« Soit toujours comme la mer, qui se brisant contre les roches, trouve toujours la force de recommencer. »

Jim Morrison

Dix mois étaient passés depuis que Remus et Hermione avaient mis les pieds en Australie. Ils avaient loué un petit appartement dans un quartier moldu assez tranquille et proche de la mer. Chaque jour, ils plongeaient et ratissaient chaque millimètre carré de corail. C'était un travail de fourmi qui en aurait fait fuir plus d'un à la fin de la première journée d'exploration mais les deux amis n'avaient, en dix mois, jamais raté un seul jour de recherche. Ils y passaient près de dix heures par jour. Qu'il pleuve, qu'il vente, que ce soit la canicule, ils y allaient toujours avec le même espoir et revenaient toujours avec la même déception. Le sortilège de têtenbulle se révéla très utile car ils étaient bien incapables de respirer dix heures sous l'eau. Plus les mois passaient, plus les deux amis semblaient désespérés. Chacun avait pris une extrémité de la barrière et ratissait sa partie. Ils savaient qu'un jour, en théorie, ils se retrouveraient à fouiller le même endroit mais cet instant semblait très lointain.

Hermione vit qu'il était déjà dix-huit heures trente et se décida donc de sortir de l'eau. Elle se sécha d'un coup de baguette et se dirigea vers sa voiture. Elle mit environ vingt minutes à rejoindre l'épicerie du quartier. Elle devait s'occuper des courses pour la semaine car ils n'auront pas le temps d'en faire pour la semaine qui venait. Celle-ci promettait d'être chargée. Le lendemain, leurs amis moldus qu'ils avaient rencontré lorsqu'ils souhaitaient apprendre à nager, venaient dîner dans leur appartement. Ella et Alex étaient deux cousins qui avaient tous deux été élevés par leur grand-mère, les parents de la jeune femme étaient décédés dans un accident de voiture et ceux du jeune homme étaient journalistes et avaient préféré parcourir le monde plutôt que de s'occuper de leur fils et l'avaient donc laisser au soin de sa grand-mère. Le jour suivant, ils avaient rendez-vous avec un journaliste sorcier qui était allé faire le point en Europe. Ils étaient très peu informés de ce qu'ils se passaient puisqu'ils n'avaient plus de contact là-bas. Le samedi suivant, ils avaient une nouvelle conférence sur le corail. Même s'ils en voyaient tous les jours, ils souhaitaient en apprendre plus sur quelles cachettes les coraux pouvait habiter.

Lorsqu'elle eut fini ses courses, elle décida d'aller se balader sur le bord de mer. Cela faisait une éternité qu'elle n'y était pas allée, bien qu'elle passait la plupart de son temps dans la mer, elle aimait se promener dans cet endroit. Elle s'aperçut qu'une petite librairie avait ouvert ses portes et Hermione Granger restait toujours Hermione Granger, peu importe les évènements, elle ne pouvait pas s'empêcher d'entrer dans une librairie. Elle parcourut tranquillement les différents rayons et feuilleta quelques livres.

—Monica, j'ai trouvé le livre que tu cherchais, s'exclama un inconnu en prenant le bras d'Hermione.

La jeune femme s'était figée en entendant cette voix qu'elle connaissait si bien. Elle se retourna lentement et fit face à l'homme qui l'avait interpellée.

—Oh, excusez-moi, je vous ai pris pour ma femme. Vous lui ressemblez beaucoup. Vous allez bien ? s'interrompit-il en voyant l'expression d'Hermione.

Ses yeux s'étaient remplis de larmes et sa lèvre inférieure tremblait sans qu'elle ne puisse l'empêcher. Elle semblait si fragile, si vulnérable, qu'à cet instant, il était impossible d'imaginer qu'elle avait passé plus de dix heures dans l'eau pour trouver un objet inconnu. Dans un murmure inaudible elle prononça le nom « Papa ». Elle était si bouleversée qu'elle semblait se briser sur place.

—Hermione !

Elle se retourna vivement, se détournant le plus rapidement de l'homme, pour qui, un jour, elle avait été la fille. Elle connaissait aussi cette voix, féminine, mais fut rassurée de constater que ce n'était pas celle de sa mère. C'était celle d'Ella qui se demandait bien comment la jeune femme s'était retrouvée dans cette état.

—Viens on y va, tu vas m'expliquer, lui dit-elle d'une voix douce, la prenant précautionneusement par le bras.

L'homme était resté immobile, ne sachant pas que faire. Un déclic se fit lorsqu'il entendit le prénom de la jeune femme.

—Hermione ? Comme dans…

—Le Conte d'hiver, continua la concernée

Le cœur d'Hermione se brisa lorsqu'elle entendit son père prononcer son nom. Elle devait absolument les oublietter, elle avait laissé trop d'indice mais il était impossible de le faire tout de suite, la librairie était bondée. Ella la tira par le bras et la fit sortir du magasin sous les yeux étonnés de Mrs Wilkins qui avait rejoint son mari et tous deux se demandaient ce qui avait bien pu se passer pour que la jeune femme réagisse ainsi.

Ella ramena Hermione à son appartement. Elle ne lui posa pas de question sur le chemin du retour, elle préférait lui laisser le temps d'analyser ce qu'il venait de se passer plutôt que de la brusquer. Lorsqu'elles passèrent la porte d'entrée, Remus se précipita vers elles et leur demanda ce qu'il s'était passé. Ella secoua la tête et haussa les épaules, indiquant qu'elle était aussi perdue que lui.

—Hermione, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Hermione releva lentement la tête, elle avait les yeux rouges, pleins de larmes et avait un air si désespéré que Remus n'avait jamais aperçu sur son visage. La sorcière n'avait pas senti ce profond désespoir en elle depuis la mort de Ron, qui remontait à bientôt deux ans.

—J'ai… J'ai vu mes, elle étouffa un sanglot, parents.

Remus ne sut pas quoi répondre. Hermione ne lui avait jamais parlé de ses parents et il ne lui avait jamais posé de questions non plus.

—Tes parents ? Mais je croyais qu'ils étaient morts ? s'étonna Ella, une expression de totale incompréhension inscrite sur le visage.

—Il faut les oublietter Rem', ils en savent trop... Ils en savent trop. Il faut les oublietter.

—Ella, tu peux nous laisser s'il te plaît, demanda Remus, l'air crispé

—Vous laisser, mais Remus, t'as vu dans quel état elle est ? Elle délire complètement. Ses parents ressuscitent d'un coup, vous parler d'oublietter, je ne sais même pas ce que ça veut d—

—Ella, viens dîner demain soir comme prévu, on t'expliquera tout.

—Demain soir ? Mais...

Le regard glacial de Remus la dissuada de continuer, elle attrapa son sac, lui rendit son regard et sortit en claquant la porte. Remus retourna s'asseoir près d'Hermione.

—Hermione, tu pourrais me raconter ce qu'il s'est passé tout à l'heure ?

La jeune femme secoua la tête de gauche à droite, elle lui fit signe de prendre sa baguette et d'observer par lui-même.

Legilimens

Remus vit Hermione entrer dans la librairie, vit son père l'interpeller, ses yeux pleins de larmes, Ella qui la prit dans ses bras et l'emmena dans l'appartement. Remus fut éjecté de la tête d'Hermione et se releva doucement. Hermione le regardait, ses yeux étaient toujours rouges et ses joues avaient des sillons de larmes mais elle semblait s'être calmée.

—Je ne pense pas qu'il y ait besoin d'oublietter tes parents. Tu ne leur as rien révélé de très important. Pour Ella et Alex, c'est une autre histoire.

—Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir leur dire ? Que mes parents m'ont juste oublié et que oublietter est un terme à la mode au Royaume-Uni ?

—Non, soit on leur raconte tout, soit on les oubliette.

—Tout ? Ils vont faire une crise cardiaque sur place. On est des sorciers, les seuls qui lutte contre un mage noir qui tue toutes les personnes comme vous. Ah oui on est à la recherche de quelque chose d'inconnu parce qu'un livre nous l'a dicté.

—Bon, peut-être pas tout. S'il n'y a pas d'autre solution, on peut les oublietter.

—NON ! cria-t-elle. Je ne veux plus oublietter personne, continua Hermione plus calmement. Je pense qu'on peut leur dire qu'on est des sorciers, sans rentrer dans les détails.

—Ils voudront des détails, Hermione. Toute personne sensée voudrait des détails. Mais on ne sait jamais ce qu'il peut arriver, des mangemorts pourraient venir les interroger, bien que cela soit improbable. Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'on partira, que ce soit dans dix jours, dans dix mois ou dans dix ans, on devra les oublietter. Il faudra qu'on efface la moindre petite trace de notre passage.


Pour la première fois depuis dix mois, Remus et Hermione n'explorèrent pas la Grande Barrière de corail. Après les événements de la veille, ils avaient décidé d'un commun accord de s'octroyer une journée de pause. Il fallait qu'ils réfléchissent à comment aborder Le sujet avec leurs amis. Ils savaient qu'ils seraient durs à convaincre et il allait falloir leur expliquer beaucoup de choses.

Ella et Alex arrivèrent une heure plus tôt que l'heure initiale mais personne ne s'en formalisa. A en juger la tête d'Alex, sa cousine lui avait tout raconté. Ils se saluèrent et Ella aborda avec impatience le sujet.

—Pourquoi tu nous as dit que tes parents étaient morts ? commença-t-elle en regardant Hermione. Qu'est-ce que ça veut dire oublietter ? Et qu'est-ce vous nous cacher d'autres bon sang ?

Hermione sortit sa baguette de sa poche et Remus fit de même.

—Qu'est-ce que vous allez faire avec ces bouts de bois ?

—Ces bouts de bois comme tu dis, sont des baguettes magiques.

—Des baguettes magiques ? s'exclama Alex avec un sourire. Vous allez nous faire croire que vous êtes des magiciens ?

—Non, répondit Remus, nous sommes des sorciers.

Ella arrêta son cousin qui allait répliquer. Elle ordonna d'un regard sévère aux sorciers de prouver leurs dires.

Coloravia

Remus commença par changer la couleur des cheveux d'Hermione en rose vif puis fit apparaitre des oiseaux, enfin, Hermione, à l'aide de Wingardium Leviosa, souleva les deux cousins. Tous deux avaient perdu leurs sourires et leurs regards sévères pour laisser place à une expression de peur. Dès qu'ils furent à nouveau sur Terre, Ella se leva et s'éloigna le plus possible des deux sorciers tandis qu'Alex les regardait curieusement.

—Viens Alex, on y va on doit aller au commissariat.

—Ella, ne sois pas idiote, on vient de voir, ils sont beaucoup plus puissants que nous. Et vous ne nous avez toujours pas dit ce que signifie oublietter.

—C'est ce qu'il va vous arriver si ta cousine ne se calme pas, lui répondit Remus d'une voix froide.

Oublietter quelqu'un c'est lui enlevé ses souvenirs. Pas tous ses souvenirs mais ceux qui sont comment dire, indésirables.

—Vous n'allez pas faire ça. Enfin Ella, dis leur.

—On sera obligé de vous oublietter un jour Alex. Pour votre sécurité.

—Notre sécurité ? l'interrogea Ella pour la première fois depuis la révélation.

—C'est un peu compliqué à expliqu—

—Nous avons tout notre temps.

—Bien. Nous sommes en guerre. Ne m'interrompez pas s'il vous plait, c'est déjà assez difficile à raconter, commença Remus. Vers la fin des années soixante-dix, un mage noir est monté en puissance dans tout le Royaume-Uni, ce furent des années très noires pour les sorciers et le trente et un octobre 1981, un bébé a résisté au sort de mort que ce mage noir lui a lancé et l'a rendu dans un état proche de la mort. Quinze ans plus tard, ce mage noir revient, plus puissant que jamais et est décidé à en finir avec ce bébé qui n'en ait plus un mais qui lui résiste toujours. Deux ans plus tard, un des sbires de ce mage noir tue le directeur de notre école de magie et renverse le ministère de la magie. La grande bataille éclate en mai 1998, nous sommes presque morts cette nuit-là. On s'est retrouvé environ un an et demi plus tard avec Hermione. Nous sommes ici parce qu'une mission nous a été confié.

—Vous êtes en Australie depuis dix mois et vous n'avez toujours pas fini votre mission ? Et pourquoi personne ne vient vous aider, si cette mission est si importante ?

—Ne t'énerves pas Ella, c'est même très simple, je pense que personne ne peut venir les aider. Cette grande bataille a fait combien de morts au juste ? Et ce bébé qui a résisté au sort de la mort, ce ne serait pas un de vous deux ? Sûrement toi, Hermione, vu les dates Remus tu es un peu vieux. Et je ne sais pas si vous vous cacher ou si vous avez réellement une mission ? s'exclama Alex, sans faire de pause si bien qu'il fut essoufflé à la fin de sa tirade.

Alex s'aperçut qu'il était peut-être allé un peu loin lorsqu'il vit les deux amis au bord des larmes. Elles étaient montées au moment où il avait commencé à évoquer la Grande bataille.

—Tu te trompes complètement Alex, le bébé ce n'est pas moi mais mon meilleur ami, mon frère qui a perdu ses parents cette nuit-là, qui a perdu la vie durant la Grande Bataille comme des milliers d'autres personnes, et si on est seul pour cette mission, c'est parce que tous nos amis sont MORTS ! Tu ne peux pas imaginer ce qu'on a vécu. Voir nos amis mourir un par un, voir ces cadavres au milieu de l'école qui m'a accueilli pendant six ans. Voir les corps déchiquetés par les sorts de magie noire. Tu n'as pas idée d'un quart de ce qu'on a vécu avec Rem', alors ne remet pas ma vie en cause.

Hermione avait les larmes aux yeux et tremblait de tout son corps tandis qu'Alex et Ella ne savait plus comment réagir.

—Alors, les personnes dans la boutique, c'était vraiment tes parents ? demanda Ella

—Ella ! Mais quel manque de tact ! Bien sûr que c'était ses parents. Ils peuvent enlever la mémoire des gens !

—Ce que je veux dire, avant qu'Alex ne m'interrompe, c'est, pourquoi les avoir oublietter ?

—Parce que mes parents sont des moldus. Des personnes non-sorcières, sans magie. Des personnes comme vous.

—Vous n'allez pas nous oublietter hein ? On a peut-être été un peu brusque avec vous, mais on reste vos amis non ? Et puis on pourrait vous aider, pour votre mission.

Remus soupira, il ne connaissait les cousins que depuis dix mois mais il savait très bien qu'ils ne lâcheraient pas l'affaire de sitôt.

—C'est dangereux Alex, mais comme je te l'ai dit, tu seras forcément oublietté, nous connaître est mortel. Je regrette, mais c'est ainsi. Pour la mission, je ne suis pas seul à décider.

Il se tourna vers son amie pour connaître son avis. Elle était toujours au plus mal et Remus vit qu'elle n'était pas en état de décider de quoique ce soit. Il fit un regard qu'il espérait assez explicite pour que les deux cousins s'en aille. Ella sembla comprendre puisqu'elle se leva et incita son cousin à en faire de même. Ils promirent de repasser voir les deux amis le lendemain, ils s'inquiétaient beaucoup de l'état d'Hermione, ils espéraient ne pas avoir été trop brusque avec leur amie. Mais en même temps, comment auraient-ils pu imaginer ce qui les attendait lorsqu'ils avaient passé la porte de l'appartement.


Remus s'inquiétait énormément. Hermione avait toujours de grosses baisses de moral lorsqu'on mentionnait leur « vie d'avant ». Le fait qu'il avait parlé directement de Harry n'arrangeait rien, bien au contraire. Depuis que Ella et Alex étaient partis, soit environ deux heures, elle était enfermée dans sa chambre, ce qui n'était pas bon signe du tout. Remus prit son courage à deux mains, il était Gryffondor pardi ! Il toqua à la porte d'Hermione mais seul le silence lui répondit. Il s'autorisa donc à entrer, la jeune femme prévenue de son entrée. Il la trouva en boule, dans son lit, elle serrait un objet de la taille d'un livre dans ses bras. Remus ignorait si elle s'était endormie, mais elle n'avait sûrement pas arrêté de pleurer. Remus s'assit sur le bord du lit et murmura le nom d'Hermione. Celle-ci se releva doucement. Ses joues étaient creusées par les sillons de larmes et la jeune femme semblait en proie à un profond désespoir. Remus, bien qu'incertain, lui ouvrit ses bras et Hermione se précipita dedans. Elle recommença à sangloter, sans que Remus ne puisse prononcer un mot.

—Ils me manquent tellement Rem', tellement.

—A moi aussi, Mione, à moi aussi.

Et ils restèrent ainsi toute la nuit, à pleurer ensemble. Remus berçait lentement Hermione jusqu'à qu'elle s'endorme. Et il réitéra ses gestes à chaque cauchemar que son amie faisait. Et il les refit beaucoup. Beaucoup plus que ce que Remus imaginait. La jeune femme dormait à peine la nuit et faisait preuve d'une telle énergie au petit matin lors de leurs recherches. Il admirait beaucoup son amie. Il était fier d'elle et de ce qu'elle était devenue, malgré toutes les épreuves qu'elle avait dû subir pour son jeune âge. Une petite voix lui souffla que lui aussi avait traversé beaucoup d'épreuve, mais qui pouvait-il rendre fier ? Il secoua la tête pour chasser ses pensées obscures et se concentra sur Hermione. Il devait rester éveillé. C'était son devoir d'ami de veiller sur elle.

Le soleil commençait à éclairer le ciel australien lorsque Hermione émergea de son sommeil. Elle était étonnée de voir le soleil aussi haut dans le ciel. Jamais depuis son arrivée, elle n'avait manqué l'aurore sur la Mer de corail. Mais elle s'était peut-être endormie, c'était sûrement le crépuscule. Non, le soleil n'était pas de ce côté-là le soir. Remus vint confirmer ses craintes en lui annonçant que le petit déjeuner était servi.

—Quelle heure est-il ?

—Bonjour Remus, tu as bien dormi ? Oui très bien Hermione, merci de t'en soucier, lui répondit Remus.

—C'est ça, 'jour, alors il est quelle heure ?

—Hermione, il me semble que tu es une sorcière, tu peux donc utiliser ta baguette et lancer un tempus. Si tu préfères éviter la magie, ce qui est totalement compréhensible, les moldus ont créé une magnifique invention qui s'appelle « horloge ». Si tu ne sais pas lire l'heure, je suis heureux de t'apprendre qu'il est huit heures quarante.

Hermione manqua de s'étouffer avec son toast. Elle recracha toutes ses miettes et toussa si fort pendant deux bonnes minutes qu'elle en avait les larmes aux yeux.

—Que me vaut une réaction si… excessive ?

—Huit heures quarante ? Mais Remus, tu es fou, pourquoi ne m'as-tu pas réveillé avant ? Tu imagines les heures précieuses qu'on perd en ce moment même. Tu as pensé à la mission ?

—Je me porte très bien, merci. Évidemment que j'y ai pensé. Tu crois que je fais quoi depuis des mois ? J'y pense tous les jours à cette foutue mission. On n'a pas fait de pose depuis dix mois Hermione ! Et excuse-moi de penser que tu as besoin de te reposer après la nuit que tu as passée. Alors oui, je me doute bien que ce n'est pas la première mais tu t'es réveillée dix fois cette nuit. Dix fois ! Alors oui, on ne va pas aller en mer deux jours de suite mais ce n'est pas comme si ça aller changer quelque chose, au point où on en est.

Remus arrêta sa tirade et s'affala sur sa chaise. Hermione ne savait plus quoi dire. Elle regrettait ses paroles, elle ne pensait qu'à la mission alors que Remus était resté éveillé toute la nuit pour veiller sur elle.

—Excuse-moi Rem', je suis égoïste, je ne pense qu'à la mission alors que je devrais te remercier d'avoir veiller sur moi et de m'avoir calmé après mes cauchemars.

—C'est normal Hermione, c'est ce que font les amis.


Alex et Ella avaient résisté à la tentation de se précipiter chez Hermione et Remus dès leur réveil, si bien qu'ils tournèrent en rond toute la matinée et n'y tenant plus ils allèrent leur rendre visite en début d'après-midi. Après les embrassades habituelles, et à leur plus grand étonnement, c'est Remus, qui prit la parole en premier.

—Nous avons beaucoup réfléchit et nous sommes d'accord de vous expliquer notre mission pour que vous puissiez nous aider à la réaliser. Cependant, continua-t-il, avant que ses amis ne se réjouissent trop vite, nous ne vous dirons pas tout et vous ne nous aiderez pas pour tout.

—Nous vous oublietterons lorsque nous aurons terminé la mission. précisa Hermione.

—Très bien, on commence quand ?

Remus et Hermione soupirèrent de concert. Avaient-ils bien fait de demander l'aide de leurs amis ? Hermione se dirigea vers sa chambre, murmura quelques formules pour accéder au livre Les Bijoux du Temps, il était bien protégé tout de même, c'était Hermione Granger qui l'avait caché. Non pour le protéger des mangemorts, il y avait qu'une chance infime qu'ils viennent jusqu'en Australie, elle le cachait aux yeux des moldus. S'il leur appartement était cambriolé, bien que cela soit peu probable, au moins, elle était rassurée de savoir le livre en sécurité. Elle revint au salon l'ouvrit et versa un peu de sang sur les premières pages.

—Qu'est-ce que c'est ce liquide rouge ?

—Du sang.

—Comment l'as-tu eu ? demanda Ella d'une voix blanche.

—Oh, eh bien, j'ai tué son propriétaire. Quoi ? Ne pose pas de questions si tu n'es pas prête à connaitre la réponse.

—Hermione ! Quel manque de tact, on croirait entendre Sir-

La fin de sa phrase mourut dans sa gorge et Hermione, volontairement, ne rétorqua pas. Elle se fixa son regard sur les deux cousins qui avaient le teint semblable au Mont Blanc.

—Mais enfin, on vous a dit qu'on était en guerre, vous ne croyez quand même pas qu'on se battait avec des épées en mousse. Si ? insista-t-elle en voyant leur air ahuri. Bon, on ne va pas épiloguer là-dessus, maintenant vous êtes fixés. Si vous préférez partir, ce qui est compréhensible, je ne vous en empêcherai pas. Remus vous avez dit que notre vie était dangereuse. Ils avaient tué mes amis. Œil pour œil, dent pour dent, comme disent les moldus.

—L'énigme est apparue, on pourrait peut-être s'en occuper, non ? l'interrompit Remus, soucieux de changer de sujet au plus vite.

Les cousins se penchèrent sur le livre et lurent l'énigme à voix basse :

« L'union du plus grand animal vivant du monde et du temps a créé le Joyau de la nature, le Joyau de la nature a créé le Joyau du temps. Trouvez-le près de son parent, où les kangourous sont rois. Ceci est la phase une. »

—Qu'est-ce que ça veut dire ?

—Ça veut dire, que depuis dix mois, nous cherchons sans relâche, ce Joyau du temps, dans la Grande Barrière de corail.

—Et vous n'avez rien trouvé ?

—Réfléchis Alex ! S'ils avaient trouvé quelque chose, tu crois vraiment qu'ils seraient en train de nous dire tout ça ? Et puis la Grande Barrière, elle est énorme.

— Trois cent quarante-huit mille sept cents kilomètres carrés, ne put s'empêcher de préciser Hermione.

—Eh bien, c'est pas gagné, heureusement qu'on va vous aider à fouiller, s'exclama Alex.

—Non, Alex, on ne sait pas ce que renferme ce bijou. Pas la moindre idée. Ce serait beaucoup trop dangereux. Vous allez vous renseigner sur cette barrière, est-ce que des personnes ont repéré quelque chose d'étrange, si oui où ? Vous allez interroger, le plus de personnes possibles. Tous les spécialistes, les touristes que vous trouvez, le plus de témoignage sur ce qu'il se passe sous l'eau.


Quelques semaines avaient passé depuis la découverte du monde sorcier par Alex et Ella. Les quatre amis s'attelaient sans relâche à leur tâche, mais leurs efforts étaient vains. Aucune quelconque amélioration ou trouvaille depuis que les cousins avaient rejoint Hermione et Remus.

Ce jour-là, Hermione s'autorisa à sortir de l'eau une demi-heure plus tôt, elle était fatiguée et c'était mieux pour tout le monde si elle évitait de se noyer. L'endroit où elle avait effectué ses fouilles n'était qu'à vingt minutes de marche de son appartement, c'est pourquoi elle décida de rentrer à pied. En ce mois de mai, l'air était doux, bien que l'hiver approchait, il faisait tout de même vingt-cinq degrés. Elle continua à marcher sur la jetée quand elle s'arrêta net. L'endroit était rempli de monde, il y avait deux ambulances et un hélicoptère. Elle commença à manquer d'air, toute cette agitation lui rappelait beaucoup trop la bataille.

—Poussez-vous mademoiselle, vous gênez le passage.

Hermione était si déboussolée qu'elle ne le reprit pas sur le « mademoiselle » qu'elle détestait tant. Elle se faisait bousculée par plusieurs personnes lorsqu'elle entendit une personne l'appeler.

—Hermione !

C'était Ella. Heureuse de voir un visage familier dans toute cette agitation, elle se précipita vers elle.

—Hermione, commença-t-elle. Comment as-tu su ?

—Su quoi ?

La jeune femme blanchit furieusement, en voyant l'air interloqué de son amie.

—Tu ne sais pas ?

—Savoir quoi Ella ?

—Oh Hermione…, c'est Remus...