« L'avenir nous tourmente, le passé nous retient. C'est pour ces raisons que le présent nous échappe. »

Gustave Flaubert

Lorsque Hermione réalisa dans quel état se trouvait Remus, elle se précipita vers lui. Elle vérifia sa respiration, mais elle n'entendait que la sienne. Elle commença à lui faire un massage cardiaque.

—Mon pauvre Remus, que t'ont-ils fait ?

Hermione faisait de son mieux, mais elle n'avait jamais fait de massage cardiaque. Ses larmes coulaient, sans qu'elle puisse les interrompre.

—Remus, reste avec moi, tu ne peux pas partir tu m'entends ? Pas maintenant, après tout ce que tu as traversé, après tout ce qu'on a traversé. Tu ne peux pas me faire ça. Je ne survivrai pas toute seule.

—Chérie, qu'est-ce que tu as fait ? On avait dit que personne ne devait mourir pendant l'examen, à moins que son potentiel ne soit suffisant et je doute que cela soit le cas de cet homme, commença le gardien.

—Ça va, il n'est pas encore mort. Je lui ai simplement brisé la nuque.

Hermione arrêta brusquement ce qu'elle faisait et se releva d'un coup. Elle se tourna vers la gardienne, les mains sur les hanches.

—Vous lui avez brisé la nuque ? Vous l'avez tué ! On ne peut pas survivre à ça !

—Vous avez beau connaître des tas de choses, la magie est et sera toujours un mystère Hermione Granger. Remus Lupin n'est pas mort, du moins pas encore.

Hermione se remit immédiatement à faire un massage cardiaque, ses larmes avaient arrêté de couler mais les sillons étaient toujours bien visibles sur ses joues. Les Gardiens, eux avaient repris leur discussion, sans se soucier plus que cela des deux sorciers.

—Il faut respecter les règles, sinon tu sais ce qu'Elle fera. Oh mais c'est dégoutant, s'interrompit-il en voyant Hermione faire un massage cardiaque ainsi que des insufflations à Remus.

—Bah quoi ? Vous voyez un défibrillateur et un masque à oxygène dans la pièce ? Vous pouvez m'aider à sauver Remus plutôt que de parler inutilement. Vous aurez tout le temps de le faire plus tard.

Le gardien s'offusqua et prit un air choqué sur le visage.

—Jamais, en cinq cents ans…

—Oui vous parlerez plus tard, aidez-moi !

Il regarda Hermione de haut et fit un signe de la main. Le torse de Remus se souleva brusquement et il sembla reprendre sa respiration lentement.

—Remus, Rem' ? Tu m'entends ?

—Dora, c'est toi ?

—Non, Rem', c'est Hermione on est au Pérou, tu te souviens ?

—Mione ? Tu peux m'aider à me lever.

Hermione fit ce que Remus lui demanda et l'aida à s'asseoir sur le canapé. Elle l'interrogea sur ce qui c'était passé, avant de s'apercevoir des sillons de larmes sur les joues de son ami.

—On pourra en parler plus tard si tu veux.

—Non, c'est bon, autant le faire tout de suite. Elle a testé mon potentiel émotionnel. Il s'empressa de continuer devant l'air interrogateur d'Hermione. C'est-à-dire qu'elle m'a fait revivre mes pires souvenirs. De ma morsure, aux morts de mes amis en passant par les pleines lunes, elle m'a fait tout revivre. Je ne veux pas de ta pitié Mione,

—Je n'ai pas pitié ! s'offusqua-t-elle. J'éprouve juste de la compassion, je comprends mieux ton état. Je ne sais pas si j'aurais réussi à être aussi forte que toi.

—Et que t'a-t-il fait faire à toi ? Je pense que tu n'as pas dû échapper à un test.

—Il a testé mon potentiel physique. J'ai dû le combattre en alliant la méthode moldue et magique, le tout sans baguette. C'était éprouvant mais il m'a dit que j'avais réussi…

—Ça va, nous ne vous dérangeons pas trop ? Nous n'avons pas que ça à faire, les interrompit le gardien.

—Ce n'est pas comme si tu faisais quelque chose de ton temps pauvre idiot ! Ce sont les premiers visiteurs depuis des siècles, montre leurs un peu de reconnaissance, lui répondit sa femme.

—De reconnaissance? Ils troublent ma tranquillité.

—Tais-toi ! Elle pourrait nous entendre.

—Allez-vous enfin nous expliquer qui vous êtes et quel est votre rôle ? Vous n'avez peut-être pas grand-chose à faire mais ce n'est pas mon cas. Accessoirement j'ai le monde à sauver, les coupa Hermione.

—Ce sont des gardiens, commença Remus. Je pense qu'ils gardent le second bijou du temps. La femme se nomme Proserpine. Ça ne te rappelle rien ?

—Proserpine, Proserpine, dans la mythologie romaine c'est la femme de—

—Pluton. Et c'est comme cela que vous vous appelez n'est-ce pas ? demanda-il en s'adressant au gardien.

—Comment avez-vous deviné ? Jamais personne n'a eu la moindre idée, balbutia-t-il, l'air étonné et surpris.

—Parce que vous et moi savons très bien que ce n'est pas tout. Vous êtes les Epoux Damnés.

Les deux gardiens blanchirent soudainement au moment où Remus révéla leur secret. Ils s'étaient promis de ne plus jamais évoquer ce nom. C'était si tabou qu'il n'avait pas été prononcé depuis des millénaires.

—Les quoi ?

—Les Epoux Damnés. Tu ne connais pas la légende ? Elle est pourtant assez connue. Mais c'est vrai, seuls les enfants ayant un parent sorcier peuvent la connaître. Elle est transmise de génération en génération. Je ne me rappelle plus l'entièreté de l'histoire mais elle eut lieu environ un siècle après la création de Poudlard. Deux élèves tombèrent amoureux au-delà du raisonnable. Ils s'aimaient tellement que leur amour vira à l'obsession. Ils ne passaient plus un seul instant l'un sans l'autre. Peu à peu, ils commencèrent à détruire tous ceux qui se dressaient sur leur passage. Ils se détruisaient eux-mêmes. Un jour, le directeur de l'école observa des pierres tout autour du château. C'était les fondations de Poudlard qui s'effritaient, comme si le château pleurait. L'amour avait détruit le château. Pour punir le couple, un groupe d'élèves tua la jeune femme et on dit que son mari erra comme une âme en peine pendant des mois. Il trouva un moyen de la ramener à la vie et tout recommença. Un jugement leur fut rendu, on ne sait pas très bien par qui mais ils furent condamnés à servir Poudlard jusqu'à la fin de leur vie pour avoir mis leur monstruosité sur le compte de l'amour. Mais, ils étaient immortels, on ne sait pas comment non plus. Il est dit que chaque année, au moment de leur damnation, ils retournent au château hanter l'actuel directeur et le corps enseignants. Leur amour les a transformés en monstres et ils sont condamnés à le payer toute leur existence. Ce ne sont plus des humains, car ils ne sont ni vivants ni morts. Ils sont devenus une espèce à eux deux, les damnés. Cette histoire est racontée aux enfants pour leur apprendre que la plus belle des choses peut se transformés en véritable horreur si elle est abordée avec excès.

—C'est parce que j'ai fait revivre ma femme que nous sommes devenus immortels. Nous avions réussi à contrer la mort, et la mort n'accepte pas de perdre, elle n'a plus voulu de nous. Et ça l'arrangé bien de nous laisser à Elle.

—Mais qui est cette Elle ?

—Vous la connaîtrez si vous le méritez. Elle ne se montre pas aux premiers venus. C'est d'ailleurs Elle qui nous a condamné. Étrange sens de l'humour non ? Pluton et Proserpine, les damnés qui gardent une chose, sous terre. Elle adore la mythologie. Comment vous dites maintenant ? Elle en est fan !

—D'ailleurs le terme « époux damnés » est faux, nous n'avons jamais eu le temps de nous marier.

—On est sous terre ?

—Oui Hermione Granger, à plusieurs centaines de mètres sous terre.

—Mais vous n'avez toujours pas répondu à notre principale question. Que faites-vous ici ? Quel est votre rôle ?

—Nous protégeons un objet. Un objet auquel vous semblez accorder une grande attention. Vous l'appelez, « bijou du temps ». Nous avons pour mission d'examiner les voyageurs qui s'aventurent jusqu'aux Enfers —là aussi beaucoup d'humour sur le nom de notre résidence—. Nous pouvons leur faire une épreuve sur le physique, les sentiments, la magie, la logique, le savoir. Nous sommes assez libres là-dessus. Je m'occupe toujours des femmes et Proserpine toujours des hommes.

—Et s'il y a deux femmes ou deux hommes.

—Et bien l'autre aura deux fois plus de travail.

—Je n'ai plus le droit d'approcher une femme seule depuis que j'ai écartelé la dernière.

Voyant l'air choqué des deux sorciers, elle s'empressa de continuer, ce qui n'arrangea pas les choses.

—Elle avait regardé avec trop d'insistance mon mari.

Toujours aussi éberlués, les deux amis préférèrent ne rien ajouter.

—Est-ce qu'il y a des conditions pour entrer ici ?

—Bien sûr. Deux personnes, pas une de plus, pas une de moins. Il faut, logiquement, avoir réussi la première phase. Il ne faut pas être en couple,

—En couple, ça veut dire que seuls les amis peuvent venir ici ?

—Les amis, les collègues, même de parfaits inconnus, tant qu'ils n'ont pas fait acte de chair.

—Acte de chair ? répéta Hermione, incertaine d'avoir bien compris

—Coucher. Tant qu'ils n'ont pas coucher ensemble, expliqua Remus.

—Exactement, donc pour en revenir à votre question, non pas seulement les amis et tous les amis ne peuvent pas venir ensemble. Par exemple vous avec—

—Non, je ne veux rien entendre de plus, cela fait partie de ma vie privée, l'interrompit brusquement Hermione.

—Trêve de bavardages, même si cela ne fait que deux lunes que vous êtes là, nous allons devoir vous relâcher.

—Deux lunes ? Mais nous ne sommes restés ici que quelques heures.

La gardienne secoua la tête et leur expliqua que le temps passait plus lentement aux enfers qu'à la surface. Elle se prit les mains de son compagnon, puisqu'ils n'étaient pas mariés, et ils murmurèrent une incantation un latin. Ils commencèrent à briller, jusqu'à ce que la pièce ne contienne plus un seul recoin d'ombre. Puis, tout s'arrêta.

—Excusez-moi mais c'était censé faire quoi ?

—Vous devriez prêter plus d'attention aux détails Hermione Granger. Observez votre poignet.

Hermione baissa la tête et vit avec stupéfaction un bracelet aux nombreuses couleurs qui ornait son poignet. Comme sur le collier, il émanait d'une aura magique extrêmement puissante. Hermione sauta dans les bras de Remus qui sautillait lui aussi de joie.

—On a réussi Rem' ! On a le deuxième bijou, il n'en manque plus qu'un.

—Et il sera sûrement le plus difficile à atteindre. N'oubliez pas ce que je vous ai dit Hermione Granger. Entraînez-vous au combat, sans relâche, entraînez Remus Lupin aussi, c'est ce qui fera la différence.

—Je le ferais. Merci, merci infiniment pour vos conseils et votre aide. Ce bijou est vital pour nous. J'espère qu'Elle, qui qu'elle soit, vous traitera un peu mieux dorénavant.

Les gardiens se tenaient en face d'eux, ils étaient main dans la main et une lumière qui sortait de leurs cœurs, semblait ruisseler dans tout leur corps. Ils se regardèrent et se mirent à pleurer.

—Vous nous avez sauvé…

—Mais comment ?

—Votre merci, il a fait office de pardon. Il a pardonné nos fautes passées.

—Que le destin soit avec vous, vous nous avez sauvé la vie.

Les deux gardiens se transformèrent en poussières et les deux sorciers se regardèrent, ne sachant plus quoi faire. Ils commencèrent à chercher la sortie mais les gardiens ne leur avaient donné aucune indication sur le lieu de sortie.

—Passe-moi le bracelet, j'ai une idée.

Remus positionna le livre du temps au centre de la pièce et plaça les deux bijoux à une extrémité du livre chacun.

—Donne-moi ta main et touche le livre avec l'autre.

Hermione fit ce que Remus lui demandait et il en fit de même. Dans un premier temps rien ne se passa et Hermione allait briser le silence et chercher autre chose pour sortir des enfers, quand le livre se mit à scintiller et un dôme engloba les bijoux, le livre et les sorciers. Ils se sentirent aspirés et réapparurent au bord d'un grand escalier.

—Où sommes-nous ?

—On est toujours sous terre, on est juste sorti des enfers. Regarde cet escalier. On va devoir le gravir pour retourner à la surface.

—Gravir cet escalier ? Mais Rem' ils ont dit qu'on était à plusieurs centaines de mètres sous terre, comment on va pouvoir tout remonter ?

—On n'a pas le choix, le transplanage est impossible.

Les deux amis se mirent à gravir les marches pendant des heures. Ils étaient épuisés et les quelques pauses qu'ils faisaient ne les ressourçaient pas vraiment. Ils étaient si exténués qu'ils s'endormirent au détour d'une pause. Ils ne surent pas très bien combien de temps ils avaient dormi mais ils préfèrent quitter le plus vite possible cet endroit. Heureusement pour eux, la magie était possible et ils pouvaient faire apparaître de l'eau et pouvaient s'éclairer. Après plusieurs jours d'ascension, les sorciers virent enfin la lumière du soleil. Il faisait assez chaud et l'air était très sec.

—Tu crois qu'on est toujours au Pérou ? demanda Hermione

—Sûrement pas.

—Qu'est ce qui te fait dire ça ?

Hermione se tourna vers Remus, qui lui regardait dans la direction opposée. Hermione observa à son tour le paysage qui s'offrait à elle. Hermione et Remus se trouvaient devant une gigantesque pyramide égyptienne. Ils n'avaient jamais vu une telle chose. Ils étaient habitués à l'immensité de Poudlard mais la pyramide dégageait autre chose, elle avait été faite par des moldus, et c'était tout bonnement impressionnant.

—Tu crois que c'est la Pyramide de Khéops ?

—J'en suis sûr. C'est vraiment magnifique mais on ne doit pas rester là. On parait un peu suspect dans le décor.

A en juger l'emplacement du soleil, il était encore assez tôt le matin et les touristes n'avaient pas encore débarqués. Remus essayait de trouver de quoi se repérer et quelqu'un qui parlait anglais pour lui donner la date du jour tandis qu'Hermione cherchait de quoi manger. Ils se retrouvèrent une heure plus tard sur une petite terrasse à goûter un plat égyptien.

—On est le vingt-huit novembre, les gardiens avaient raison, il y a bien deux lunes qui sont passées. Je me demande comment on a pu échapper aux transformations.

—On ne va pas non plus s'en plaindre. Je pense que c'est parce que nous étions si profondément sous terre que la lune n'avait plus d'influence sur nous. La prochaine est dans combien de temps ?

—Deux jours, il faut qu'on se tienne prêts, je ne sais pas comment les loups vont réagir de ne pas être « sortis » pendant deux lunes. Je sens que ça va être très douloureux. Il faut qu'on trouve un hôtel ou une chambre d'hôte pour la transformation, pour la troisième phase mais surtout pour dormir.


Les deux amis avaient dormi plus de dix-neuf heures chacun. Ils s'étaient parfois réveillés après un cauchemar, mais leur épuisement avait eu raison d'eux et ils se rendormaient instantanément. C'était comme si leurs corps prenaient conscience des deux mois sans dormir. Après avoir récupéré leurs forces, Remus et Hermione s'enfermèrent dans la chambre de cette dernière pour connaître enfin, de quoi en retourner la troisième phase. Ils avaient beaucoup de mal à l'appelée « phase finale », ils savaient que même lorsque leur quête serait terminée, jamais elle ne ferait office de fin.

Remus fit couler le sang de Rosier sur le livre et le même phénomène que la fois précédente se reproduit. Les bijoux ainsi que le livre se mirent à briller et éclairèrent l'ensemble de la pièce. Peu à peu les mots se formèrent sur la page, auparavant parsemée de runes.

Elus du temps, félicitations, les deux premières phases ont été accomplies avec succès. Vous avez traversé de nombreuses épreuves mais le plus dur reste encore à faire. Voici l'énigme qui vous permettra d'arriver à la phase finale.

« L'ultime phase se déroulera à travers les méandres du temps. Les élus devront prouver à la toute puissante leurs volontés. Seule la Destinée tranchera, là où tout a commencé. »

Les deux amis se regardèrent, abasourdis par ce qu'ils venaient de lire. Cette énigme était bien différente des autres. Leur destinée ne semblait plus leur appartenir. Les derniers mots ne pouvaient signifier qu'une chose. Là où tout a commencé. Là où ils ont appris tant de choses, là où ils se sont rencontrés, là où les ténèbres se sont transformées, là où la lumière a perdu. Remus et Hermione se regardèrent et dans leurs yeux, ils surent qu'ils pensaient au même endroit. Remus semblait sur le point de pleurer et Hermione était aussi pâle qu'un fantôme. La jeune femme prit la parole, la voix plus tremblante que jamais, et révélant au passage leur pire crainte.

—Rem' ça ne peut pas signifier qu'on doit aller à Poudlard n'est-ce pas ?