« On voyage autour du monde à la recherche de quelque chose et on rentre chez soi pour le trouver. »

George Moore.

Remus et Hermione avaient eu beaucoup de mal à accepter le fait de devoir retourner à Poudlard. La seule allusion, même involontaire, leur tirait des crises d'angoisse et de larmes et ce fut ainsi que les mois passèrent, sans que ni l'un, ni l'autre n'eut le courage de se décider à affronter les fantômes de leur passé. Un matin de mars, Remus décida qu'ils devaient se reprendre. Ils n'étaient pas dignes d'être considérés comme « Élus du temps » s'ils n'avaient pas le courage de tenter quoique ce soit. Ils étaient des Gryffondors pardi ! Que diraient leurs amis, leur famille, tout ceux qui comptaient pour eux ? Ils auraient honte d'avoir été leurs amis, honte d'avoir été dans la même maison qu'eux, qui présentait le courage comme la vertu essentielle.

Remus entra dans la chambre d'Hermione et lui annonça calmement qu'ils ne pouvaient plus continuer ainsi. Ils se détruisaient non seulement leur santé physique, mais aussi leur santé mentale. Au plus grand étonnement de Remus, qui pensait que son amie aurait besoin de plus de temps, Hermione accepta immédiatement et ils commencèrent le jour même à préparer leur retour au Royaume-Uni, leur retour en Écosse. Ils ne pouvaient évidemment pas utiliser de moyen de transport sorcier mais ils prirent partis pour rester là-bas le moins de temps possible. Arriver à Londres et traverser ensuite le pays n'était pas une option envisageable. Même si les mangemorts étaient plus qu'hostiles aux moldus, certains devaient sûrement attendre les deux sorciers dans les endroits moldus. L'aéroport était un endroit beaucoup trop prévisible. Avery et Malfoy les avaient bien trouvés au Pérou. Voldemort, il fallait malheureusement le reconnaître était loin d'être idiot. Il était même assez intelligent, et Hermione et Remus étaient ses deux derniers adversaires, les deux derniers qui n'avaient pas rejoint sa cause, et qui ne le feraient jamais. Une fois éliminés, ils ne présenteront plus aucun danger, personne n'osera se mettre en travers du chemin du grand Lord Voldemort.

Après avoir étudié plusieurs possibilités, les deux amis se décidèrent pour le trajet, qui selon eux, serait le plus prudent. Ils prendraient en avion pour aller jusqu'à Stockholm, puis ils loueraient une voiture et iraient jusqu'à Bergen, en Norvège. Le trajet sera assez long mais ils n'avaient pas le choix. Il y avait très peu de vols qui allaient en Norvège et c'était le plus simple à faire, étant donné qu'ils étaient pressés de partir de l'Egypte. Une fois à Bergen, ils prendraient un ferry jusqu'à Aberdeen. Et Poudlard serait à eux. Enfin en théorie. Ils n'avaient encore aucune idée sur comment arriver à Pré-Au-Lard et surtout comment entrer dans le château sans se faire repérer.

Remus et Hermione partirent trois jours après leur décision, le dix-sept mars. Le trajet en avion passa rapidement mais la suite ne se déroula pas aussi facilement. Ils eurent beaucoup de mal à louer une voiture et ils durent s'y mettre tous les deux à coups de sortilèges de confusion et de mémoire sur le vendeur. Le trajet devait durer plus de treize heures, sans compter les pauses. Par chance, ils savaient tous deux conduire et pouvaient ainsi se relayer. Il fallait absolument qu'ils arrivent à Bergen avant la tombée de la nuit. Le voyage en bateau serait plus sûr de nuit, même s'il n'était pas très rassurant, il se révélait assez discret. Hermione et Remus alternaient la conduite toutes les trois-quatre heures, permettant à l'autre de se reposer un peu.

Tout ne pouvait pas bien se passer, et ils furent arrêtés pendant deux bonnes heures à la frontière norvégienne. Les douaniers ne comprenaient pas l'objet de leur visite et Remus se dit qu'il aurait été beaucoup plus simple de leur faire croire qu'ils faisaient un tour du monde et qu'ils étaient de simples touristes plutôt que de leur dire qu'ils traversaient la Norvège pour se rendre en Ecosse. Lorsqu'ils purent enfin reprendre la route, Hermione pesta pendant vingt bonnes minutes sur ces incompétents gardes incapables de faire la différence entre des gens honnêtes et des tueurs en série. Remus avait légèrement tiqué sur les « gens honnêtes » et cela ne lui avait valu qu'un regard noir, et il préféra donc se concentrer sur la route plutôt que de se soucier d'une Hermione en colère. Le trajet était déjà assez long et les colères d'Hermione étaient assez spectaculaires, Remus n'avait pas besoin d'attiser les flammes, il avait déjà assez de problèmes dans sa vie, il n'allait pas non plus se mettre à dos la dernière personne vivante qui comptait pour lui.

Enfin, après de très longues heures de routes, les deux sorciers arrivèrent à Bergen. Ils abandonnèrent la voiture sur un parking, tant pis pour le vendeur, il n'avait pas qu'à leur parlé ainsi. Le ferry était encore loin d'être complet, une chance pour les sorciers, même si l'inverse aurait été étrange. Qui voudrait se rendre en Ecosse en plein mois de mars, de nuit de surcroît. A en juger le nombre de personnes présentes, sûrement pas les norvégiens. La traversée se passa bien, du moins pour Remus. Il adorait aller faire du bateau avec son grand-père lorsqu'il était enfant et n'avait plus le mal de mer depuis longtemps. Pour Hermione, se fut une autre histoire, elle avait toujours aimé la plage, se baigner de temps en temps, mais jamais au-delà d'où elle avait pieds et encore moins sur un bateau. Elle préférait de loin être sur la rive, les pieds bien au sec, plutôt que dans le danger, au milieu de l'océan. De ce fait, la jeune femme, bien qu'elle avait passé plus d'un an dans la mer de corail, à chercher désespérément le premier bijou du temps, ne supportait que très peu d'être sur la mer et passa la majeure partie de son temps sur le pont, à vomir par-dessus la barrière, dans la mer du Nord. Remus, même si Hermione lui avait ordonné de rester dans sa cabine, avait eu pitié de son amie et était venu lui tenir compagnie.

—Ne me regarde pas, je suis horrible.

—Tu n'es pas horrible Mione, tu as le mal de mer, comme des millions de personnes, ce n'est pas grave.

—Je déteste être faible.

—Qui aime ça ?

Pour toute réponse, Hermione se détourna et vomit par-dessus bord ce qui lui rester dans le ventre, c'est-à-dire rien.

—S'il a bien une chose que je déteste plus que vomir, c'est vomir avec l'estomac vide. Arrête de me regarder comme ça. Je ne comprends pas pourquoi tu restes ici. C'est si drôle de me voir vomir ?

—Bien sûr que non. Je reste pour te tenir compagnie. Tu ne vas pas rester là, seule, à vomir. Être avec les personnes qui compte pour nous lorsqu'elles sont au plus mal, c'est ce qui fait de nous de bonnes personnes, de bons amis. Tu as souvent tendance à oublier que je suis ton ami, Hermione.

Lorsqu'elle eut enfin les pieds sur la terre ferme, Hermione se sentit beaucoup mieux. La traversée avec était si longue et pénible que la jeune femme ne souhaitait pour rien au monde devoir retourner sur un bateau avant les dix prochaines années. Les sorciers étaient tous deux sous polynectar, pour plus de sécurité. Ils ne pouvaient pas rester à découvert avec leur véritable apparence. Hermione était rousse aux yeux bleus, elle aurait pu sans aucun souci se faire passer pour une Weasley. Remus quant à lui avait des cheveux aussi noirs que l'ébène et de beaux yeux noisette. Les deux amis avaient minutieusement choisi les moldus dont ils avaient pris l'apparence. Il fallait qu'ils fassent à peu près leur taille et leur corpulence, pour qu'ils ne soient pas gênés, s'ils devaient combattre les mangemorts. Les deux moldus avaient une silhouette athlétique et Hermione avait fait remarquer à son ami que si les moldus qu'ils avaient choisi s'entretenaient physiquement, cela serait plus facile s'ils devaient s'échapper.

Les deux sorciers se mirent à marcher à travers l'Ecosse pour trouver Poudlard. Cependant, il y avait un léger problème. Poudlard ne pouvait pas être cartographié. Remus savait s'y rendre, mais seulement en transplanant, ce qui, en l'état actuel des choses, était impossible. Ils ne savaient pas non plus comment se rendre précisément à Pré-au-Lard, et cela était très embêtant. Mais ni Hermione ni Remus ne se laissait abattre. Ils marchaient pendant de longues heures, ne faisant que de très courtes pauses. Cela leur rappelait étrangement leur remonter des enfers. Même si cette marche, bien que fatigante, était toutefois bien moins dure.

Le crépuscule arrivait lorsque les deux derniers membres œuvrant pour le bien s'arrêtèrent. Ce dut Hermione qui le vit en premier.

—Remus, tu as vu ce dôme ?

Le sorcier se retourna et vit une gigantesque bulle bleue qui recouvrait une partie de la ville, un kilomètre plus loin.

—Tu crois que c'est Lui qui a fait ça ?

—Seul quelqu'un ayant de la magie en lui peut faire cela. Les moldus en seraient incapables. Mais je ne pense pas qu'il se soit donner la peine de faire ce dôme. C'est soit un mangemort peu influant ou un elfe de maison, même si je penche plus sur la théorie de l'elfe. Ce sera plus dur pour nous, la magie des elfes est très particulière.

Remus, s'approcha de la barrière et celle-ci le repoussa immédiatement. Il réitéra son expérience mais le résultat fut le même.

—Tu vois, je ne pense pas qu'un sorcier pourrait créer une barrière aussi fine et aussi puissante. C'est de la magie d'elfe. Je n'ai malheureusement aucune idée sur comment la désactivée. Je ne pense pas qu'il faudrait la détruire complètement, cela serait beaucoup trop visible et on se ferait repérer immédiatement. Non, ce qu'il faudrait, c'est pouvoir faire un trou dans la barrière, qu'on se glisse à l'intérieur et qu'on referme le trou. Ce serait le plus prudent et le moins voyant.


Remus et Hermione dormirent dans une petite auberge, non loin de du dôme. Ils avaient pris cette nuit pour se remettre de leurs émotions. Ils étaient à nouveau en Angleterre, après plus d'un an et demi sans y avoir posés un seul orteil. Ils réfléchirent longuement à une solution pour franchir cette satanée barrière mais ils avaient beau penser à tous les sorts, les potions, qu'ils connaissaient, rien ne permettait de faire un trou dans une barrière magique. Hermione avait, il y a quelques années de cela, étudié la magie des elfes mais il n'y avait rien dont ils auraient pu se servir pour briser cette barrière. Ce fut Remus qui, trois jours après leur arrivée, eut une idée.

—Je ne suis pas sûr du tout. C'est même très probable que cela ne marche pas. J'ai vu ça dans un film.

—Dans un film ? Rem' ! La plupart des films ne sont que de la fiction pure. Ouvrir une porte avec une barrette n'a jamais fonctionné.

—Tu as une autre idée à proposer ?

Voyant que la jeune femme n'avait rien a ajouté, il continua.

—C'est notre seule option pour le moment. Comme diraient les moldus, qui ne tente rien n'a rien. J'ai besoin de deux miroirs, si possible des rectangles ou des carrés.

—Et ?

—C'est tout.

—Ta solution, c'est deux miroirs ? lui demanda Hermione, sans parvenir à cacher son air ahuri.

—Tu verras, je t'ai dit que ce n'était pas une solution mais un test.

—Très bien, je vais essayer de trouver des miroirs.

—Je peux venir avec toi s—

—Non, j'ai besoin d'être un peu seule.

—Très bien, murmura Remus, le visage fermé. Et Hermione, reprends du polynectar avant de sortir.

Hermione revint une heure plus tard avec les objets que Remus lui avait demandés ainsi que trois bricoles. Ils partirent immédiatement après, ne voulant plus attendre. Ils payèrent l'auberge mais il n'était pas exclu qu'ils reviennent après tout ils n'avaient jamais essayé cette technique eux-mêmes et ne pouvaient donc pas savoir si elle allait fonctionner. Lorsqu'ils furent arrivés au dôme, Hermione donna les miroirs à Remus et il les posa au sol. Ils étaient collés et Remus les poussa jusqu'au dôme. Il eut un instant d'hésitation mais se repris vite. Il fit passer la moitié des miroirs de l'autre de l'autre côté, et à sa grande surprise, aucune alarme ne se déclencha et aucun mangemort ne rappliqua.

—Ça a marché ?

—La première étape, oui. Il faut maintenant que je sépare les miroirs pour qu'on puisse passer.

Remus fit cela et lorsqu'il déplaça les miroirs, le dôme bougea aussi et un passage se forma.

—Rem' ! Ça a marché ! Tu es génial.

—Oui j'ai vu que ça a marché, j'ai des yeux tu sais. Dépêche-toi, il y a sûrement des rondes.

Les deux amis se glissèrent furtivement dans le passage et récupérèrent les miroirs, effaçant ainsi toute trace de leur passage. Ils se regardèrent et prirent leur souffle. Ils étaient emprisonnés chez l'ennemi. Si un des sbires de Voldemort venait les trouver, ils mourraient, l'installation était beaucoup trop longue s'ils étaient en course-poursuite, ils n'auraient pas le temps d'ouvrir le dôme et le transplanage étant prohibé, ils ne pourraient rien faire. Hermione reprit une gorgée de polynectar et Remus en fit autant. La protection ne serait pas infinie et les inconnus n'étaient sûrement pas bien venus, mais c'était toujours mieux que de déambuler avec leur véritable apparence.

Ils marchaient le plus discrètement possible, implorant Merlin et Morgane, les fondateurs, même Serpentard, pour ne pas se faire remarquer. Ils n'avaient jusqu'à présent rencontrés qu'une seule personne, un mangemort ne marchant plus très droit, qui avait dû consommer un peu trop de whisky pur feu. Rien de dangereux en somme.

Après une demi-heure de marche, il n'y avait pas à dire, les mangemorts protégeaient leur territoire, les deux amis arrivèrent dans ce qui semblait être un village. Ils furent tous deux stupéfaits par ce qu'ils voyaient. Certaines personnes étaient torturées en pleine rue, les seuls bâtiments qu'il y avait étaient des bars et des « maisons de plaisirs », comme il était écrit sur l'enseigne. La rue était immonde et Hermione vit au loin une femme être violée derrière un arbre. La jeune femme se détourna de Remus et rendu son dîner. Comment, en seulement un an et demi, ce village avait pu basculer autant, car Hermione en était sûre, jamais de tel village existait lorsqu'elle vivait encore au Royaume-Uni. Au loin elle crut reconnaître un endroit. Elle eut un mouvement de recul et dévisagea Remus.

—Rem'. Ce village, ça ne peut pas être Pré-au-Lard n'est-ce pas ?

Le regard de Remus voulait tout dire, il partageait les mêmes certitudes qu'Hermione. Ce village, si méconnaissable, était bel et bien Pré-au-Lard.

—Non, ça ne peut pas être Pré-au-Lard, on verrait Poudlard. Même s'il fait nuit, je ne suis pas encore devenue aveugle au point de ne pas reconnaître l'endroit où j'ai vécu six ans.

—Hermione, commença Remus d'une voix désolée, ne te fais pas d'illusion. On est à Pré-au-Lard. On a tous les deux reconnu la cabane hurlante. Poudlard doit être caché sous divers sorts. Il n'aurait pas pu détruire entièrement le château. Il compte trop pour Lui. Il y a même caché un tu-sais-quoi. Il n'aurait pas détruit l'œuvre de son ancêtre.

Les deux amis réfléchissaient au moyen de pénétrer dans l'enceinte de Poudlard le plus discrètement possible. Les passages secrets avaient tous étaient condamnés durant la chasse aux horcruxes et le château était invisible depuis Pré-au-Lard, ce qui signifiait que les protections magiques avaient considérablement augmenté depuis la bataille de Poudlard.

—La seule solution est la cabane hurlante.

—Mais Rem', tu écoutes ce que je te dis. Le passage a été condamné il y a plus de trois ans et demi.

—Je le sais bien, mais c'est Rusard qui s'en est occupé n'est-ce pas ? Et Rusard est un cracmol. Il n'a pas pu condamner l'entrée magiquement. Si elle n'a pas été condamnée depuis, il n'y a aucune raison pour que l'on ne puisse pas y pénétrer.

Remus, suivi d'Hermione, traversa la rue, le plus rapidement possible, mais en évitant d'attirer l'attention sur lui et son amie. Il devait éviter les mangemorts, les prostituées, les verres vides, jonchés sur le sol, c'est-à-dire la quasi-totalité de la rue. Il y avait très peu d'espace pour circuler et il ne vit pas une jambe en travers de son chemin et il trébucha à la vue de tous.

Si Hermione n'avait pas fait attention, il aurait été fichu, ils auraient été fichus. La jeune femme avait dégainé sa baguette, et les avaient désillusionnés. Remus tomba dans un bruit sourd, mais seulement quelques personnes lui prêtèrent attention, non-habitués au bruit de la rue. Les sorciers vivant là, principalement des mangemorts, entendaient toutes sortes de bruit, à longueur de journée et ce n'était pas un de plus qui allait les interpeller, mais cela, Hermione et Remus ne le savaient pas. Les deux amis se dirigèrent devant la cabane hurlante et se mirent à parler en même temps.

—Désolé, j'aurais dû faire attention où je mettais les pieds.

Hermione regarda Remus en souriant, il était vraiment obligé de s'excuser à chaque fois ?

—Rem' tu es incorrigible. Pourquoi tu te sens obliger de t'excuser ? Ça arrive à tout le monde de trébucher, et il y avait un obstacle devant toi. Je ne l'aurais pas vu non plus.

Hermione coupa court à la discussion et se dirigea vers l'entrée de la cabane. Elle poussa la porte qui grinça dans un bruit épouvantable. Depuis combien de temps personne n'était entrée ici ? Remus eut un haut-le-cœur et Hermione réprima une grimace de dégout lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce. L'odeur était infecte, plus encore que celle dans la rue. Les amis montèrent le vieil escalier et arrivèrent dans la plus grande pièce du lieu. Remus aurait pu être nostalgique sur les années qu'il avait passé dans cette cabane avec les maraudeurs s'il n'y avait pas eu un corps nauséabond dans la pièce. Pour la deuxième fois de la soirée, Hermione vomit et Remus luttait de tout son corps pour ne pas en faire de même. Hermione avait à peine vu le corps mais il était reconnaissable entre mille. Elle avait vu cette personne durant six ans, l'avait vu mourir. Comment le corps avait-il pu ne pas être évacué ?

—Mione, on ne peut pas rester là. Pourquoi tu observes le corps ? Tu te fais du mal pour rien.

Remus eut un instant de pause et sembla comprendre ce qu'Hermione n'avait pas voulu lui dire.

—C'est quelqu'un qu'on connaît n'est-ce pas ?

Hermione se retourna, les yeux remplis de larmes. Elle dut s'y reprendre trois fois tellement elle était choquée par ce qu'elle venait de voir, avant de réussir à s'exprimer correctement.

—Rem', c'est Rogue.

—Severus ?

Remus se pencha un peu plus sur le corps mais s'écarta vivement dès qu'il fut trop près.

—C'est impossible Mione. Même s'il était un agent double. Voldy ne le savait pas n'est-ce pas ? Tu m'as dit qu'il « regrettait » de devoir le tuer.

—Harry lui a dit.

—Quoi ?

—Harry a dit à Voldy que Rogue était un agent double à cause de Lily, pendant, tu sais, le dernier combat. Rogue était l'un de ses mangemorts les plus brillants. Enfin, il ne l'a pas été très longtemps puisqu'il a retourné sa veste. Il faut croire que Voldy n'a pas oser remettre en cause les paroles d'Harry.

—Tu crois qu'on devrait faire quelque chose du corps ?

—Je ne sais pas. On a très peu de temps et on ne peut pas l'enterrer. Si on le brûle, on risque d'alerter les mangemorts de garde avec la fumée. C'est cruel à dire, mais il ne ressemble plus vraiment à un humain. Le cadavre est en décomposition depuis plus de trois ans mais l'air de la cabane hurlante n'a vraiment rien arrangé. Je pense que c'est mieux si on n'y touche pas. Il faut qu'on se concentre sur la mission et sur les vivants, c'est-à-dire sur nous.

Hermione, bien que regrattant son geste, se détourna du cadavre de son ancien professeur et se dirigea vers le passage secret. Il avait, dans un premier temps, bien été scellé à la moldue, avec des pierres. Mais la sorcière ressentait une forte présence magique, qui n'était pas liée au lieu.

—Alors ? Qu'en penses-tu ?

—Rusard a bien condamné le passage il y a quatre ans. Mais je pense qu'il a aussi été scellé magiquement, quelques temps après la bataille de Poudlard. Il y a une forte empreinte magique. Est-ce que tu connais le contre sort ?

—Il faudrait déjà que je connaisse le sort pour en connaître le contre sort, murmura Remus avec un petit sourire. Laisse-moi voir s'il te plaît. Mais si c'est de la magie noire, tu t'y connais bien que mieux que moi.

—Ce n'est pas de la magie noire, j'en suis sûre.

—Comment le sais-tu ?

—C'est complexe à expliquer. Quand il y a un sort de magie noire, il y a comme une signature, une aura qui me montre que c'en est un. Tu comprends ? La magie noire est unique en son genre mais chaque sortilège a une sorte de marque disant « je suis un sort de magie noire ».

—Belle image.

Remus examina attentivement le passage et murmura quelques formules magiques. Après plus d'une demi-heure de recherches et d'incantations, il se tourna vers Hermione et lui annonça avec un sourire que le passage n'était plus scellé qu'à la moldue. Ils déplacèrent tous les deux les pierres à l'aide de la magie et purent enfin traverser et entrer dans l'enceinte de Poudlard. Ils arrivèrent devant le saule cogneur mais n'avaient pas penser que quelqu'un aurait pu se trouver là pour monter la garde. Cette personne se retourna vivement lorsqu'elle entendit du bruit venir de l'arbre. N'avait-il pas été condamné lorsqu'il était en septième année ?

Il fut plus que surpris en découvrant l'identité des deux voyageurs.

—Granger ? Lupin ?

Cette personne disait vaguement quelque chose à Remus mais il était bien incapable de de savoir qui était cet homme. Hermione elle, le reconnut immédiatement, il n'avait pas changé depuis qu'elle l'avait vu, à la bataille de Poudlard.

—Zabini ?

—Vous êtes complètement fous ! Le seigneur des ténèbres n'attend qu'une chose, c'est que vous vous rendiez.

—On n'est pas venu pour se rendre. Stupefix. Désolée Zabini, tu aurais sûrement parlé et si tu ne l'avais pas fait, ils auraient fouillé dans ton esprit. Oubliettes

Hermione donna la cape d'invisibilité d'Harry à Remus et se jeta un sort de désillusion avant de jeter le contre sort à Zabini. Il se releva, désorienté et observa les alentours, baguette à la main. Même si les deux sorciers n'avaient pas été invisible, ils étaient déjà trop loin pour qu'il puisse les voir.

Ils étaient arrivés devant l'entrée de Poudlard, là où ils s'apprêtaient à franchir les portes, quelques années plus tôt. Deux mangemorts gardaient fermement les portes. Remus attaqua le premier et il tomba raide, sur le sol. Le second répliqua immédiatement et jeta des sorts à tout va, sans se préoccuper de la direction de ses sorts. Hermione les évitait du mieux qu'elle pouvait mais l'un d'eux lui brûla l'épaule et, sans s'en rendre compte, elle poussa un petit cri de douleur. Le mangemort, qui semblait tout de même avoir quelques neurones, dirigea sa baguette vers l'endroit où il y avait eu du bruit. Un second sort toucha Hermione, en plein cœur cette fois et elle trébucha. Remus arrêta le mangemort d'un coup de baguette et se précipita vers son amie.

—Hermione, où as-tu mal ?

—Ce n'est rien Remus, je vais, hum, très bien.

—Tu te fiches de moi ? Ton tee-shirt et ton manteau sont déchirés au niveau de ton épaule et tu saignes.

Remus soigna rapidement les blessures d'Hermione mais ils ne pouvaient rester très longtemps à la vue de tous. Ils oublietèrent les deux mangemorts et entrèrent dans le hall de Poudlard. C'était véritablement là que tout avait commencé. C'était à cet endroit qu'ils avaient compris, devant cet immense château, que leur vie ne serait plus jamais la même. Hermione avait rencontré Harry et Ron dans le train mais jamais elle n'aurait pu s'attendre à ce qu'ils deviennent amis, aussi soudés. Le trio de Poudlard. Comment aurait-elle pu, à onze ans, imaginer tout ce qui l'attendait. Remus lui aussi avait rencontré James et Sirius dans le train. Étant tous les trois répartis à Gryffondor, ils devinrent rapidement amis et Peter les rejoignit quelques semaines plus tard. Les maraudeurs étaient nés. Chacun était perdu dans ses pensées mais Hermione, brisa le silence.

—Ça fait dix ans que j'ai mis les pieds ici pour la première fois. Comment aurais-je pu imaginer ce qu'il allait se passer ? murmura-t-elle en étouffant un sanglot. Aller Mione, ce n'est pas le moment de craquer, se reprit-elle.

—Hermione, il faut qu'on y aille. On ne peut pas rester ici.

—Mais où devons-nous aller ? Là où tout a commencé. C'est Poudlard, et c'est ici que tout a vraiment commencé non ? Ou alors dans la Grande Salle ? C'est là qu'on a été réparti.

Hermione s'interrompit brusquement lorsque Remus l'attrapa par le bras et se mit à courir. Il avait entendu des voix et des bruits de pas dans leur direction. Hermione n'était toujours pas habituée à se servir de ses sens aiguisés grâce à sa lycanthropie mais Remus, avec le temps, avait appris à s'en servir. Et ses sens aiguisés, il fallait le reconnaître, étaient parfois fort utiles.

—Rem' mais lâche-moi. Qu'est-ce qu'il te prend ?

—J'ai entendu voix. Elles se dirigeaient vers nous. Il faut qu'on réfléchisse à la mission. Peut-être que si on faisait le rituel avec les bijoux et le livre on aurait des indices ou une nouvelle énigme qui nous aideraient. Il nous faut un endroit assez tranquille, où on ne risque pas d'être retrouvé au bout de cinq minutes.

—La salle sur demande ?

—Trop prévisible.

—Le dortoir des Gryffondors ? Je doute qu'il soit occupé. Voldy a dû rayer toute personne non-Serpentard. Encore plus les Gryffondors.

—Trop incertain.

—La tour d'Astronomie ? J'y allais souvent avec Harry en sixième année. Il y a très peu de personnes qui y vont en dehors des cours, surtout la nuit.

—Trop voyant.

—Bon Remus tu ne m'aides pas là ! Je te propose des endroits et il n'y a rien qui va. Tu as vu beaucoup d'élèves traîner dans les couloirs ? La tour d'astronomie c'est parfait. Et si quelqu'un approche, tu pourras toujours le sentir et on se mettra sous la cape ou sous sortilège non ?

—Très bien, va pour la tour d'Astronomie.

Les deux sorciers se dirigèrent le plus discrètement possible vers la tour la plus haute de Poudlard, ce qui ne prit que très peu de temps, leurs souvenirs les guidaient avec une facilité déconcertante. Ils se posèrent près du bord, et admirèrent la vue qui s'offrait à eux. La tour en elle-même n'avait pas changé d'un poil depuis la dernière fois qu'Hermione s'y était rendue. Mais la vue avait énormément changé. On ne voyait plus Pré-au-Lard, et cela n'avait rien avoir avec la nuit qui était tombée. Le parc aussi avait changé. La végétation avait largement diminué, le parc semblait vide. Des pierres étaient éparpillées un peu partout. Hermione repensa à ce que les gardiens leur avait dit, qu'à leur époque, Poudlard mourait. Hermione pensait que c'était exactement la même chose qui se reproduisait. Le château avait été réparé depuis la bataille de Poudlard mais ces pierres, elles, résistaient à Voldy et continuaient de tomber.

Remus demanda à Hermione de sortir les bijoux et le livre, pour qu'ils puissent accomplir ensemble le rituel et voir, enfin, quelle était la solution de ce mystérieux livre et peut-être même, qui se cachait derrière. La sorcière sortit les biens précieux de son sac en perle, qu'elle ne quittait jamais. Toute sa vie était réunie dans ce petit sac, il était tout simplement hors de question de s'en séparer. Ils disposèrent les objets comme la fois précédente lorsqu'ils avaient voulu connaître la troisième énigme. Le même phénomène se reproduit, les bijoux s'illuminèrent tellement que Remus pensait qu'ils pouvaient être vu à cinquante kilomètres à la ronde. Les deux sorciers patientaient depuis dix bonnes minutes mais aucune énigme n'était apparue, pas plus qu'un minuscule indice.

—Tu crois qu'il faudrait rajouter du sang ?

Remus réfléchit et ouvrit la bouche, mais une voix le devança.

—Je ne crois pas non.

Les deux sorciers se retournèrent vivement et saisirent leur baguette. Hermione prit le temps d'observer leur interlocutrice. C'était une femme qui possédait une silhouette élancée, quelque chose dans son corps qui symbolisait une grande prestance, presque majestueuse. Ses cheveux étaient longs, noirs mais pas autant que ceux des gardiens. Elle abordait une expression impénétrable mais son regard vert semblait soucieux. Elle était habillée d'une longue robe, aux quatre couleurs de Poudlard. Elle portait un simple collier, qui était en vérité la lettre H et une très belle bague en diamant à son doigt. Un large sourire se forma sur ses lèvres devant les visages ahuris des deux voyageurs.

—Qui êtes-vous ?

Son regard se fit plus rieur, et la femme perdit de son impassibilité.

—Oh, je suis là gardienne de ce lieu. Mais si vous désirez savoir mon nom, je me nomme Poudlard, Hel Poudlard.