« Il arrive que les fantômes du passé ne nous laissent jamais en paix. »

Graham McNeill

Hermione se dirigeait vers le bureau de Dumbledore avec une certaine appréhension. Cela faisait une semaine et demie qu'avait eu lieu le petit accident et la sorcière n'était pas sortie depuis. Remus l'avait soigné avec l'aide de Minerva, interdisant formellement l'entrée à quiconque d'autre. Mme Pomfresh avait essayé à de nombreuses reprises, mais Remus n'avait pas cédé, personne n'entrait, infirmière ou pas. Hermione avait gardé son apparence pendant tout ce temps et cela était presque étrange pour elle de revenir dans le corps d'Helena Grace. C'était Minerva qui l'avait transformée, Remus estimant qu'elle était encore trop faible pour le faire elle-même. Il n'avait pas tout à fait tort. La métamorphose humaine demandait une grande concentration et un contrôle total de sa magie, pas vraiment le cas d'Hermione à ce moment. Depuis qu'elle s'était libérée, elle avait beaucoup de mal à se contrôler à nouveau, surtout sa magie noire. Elle avait repris la baguette d'Harry, les deux autres ne lui obéissant pas pleinement.

Le directeur l'attendait de pied ferme, elle en était sûre. Elle ne savait pas vraiment comment elle allait répondre à ses questions. Sa puissance magique était inédite et Dumbledore allait sûrement vouloir en savoir plus à son sujet. Il avait déjà dû faire des recherches à leurs sujets, mais dommage pour lui, il n'avait sûrement rien trouvé. Hel avait été prévoyante et leur avait créée une identité en Espagne. Le vieux fou n'avait qu'à bien se tenir, Hermione-Helena Granger-Grace arrivait, et elle n'allait pas lui faciliter la vie. Hermione espérait une chose, c'était que l'affaire ne s'ébruite pas au-delà de Poudlard. Si elle avait les aurors à ses trousses, elle serait fichue. Elle ne s'attendait pas à être sauve, mais être renvoyée ne la dérangeait pas. Être envoyée à Azkaban serait un fort inconvénient, mais Sirius lui avait expliqué comment il s'était échappé. Cependant, avoir tout le pays a sa recherche serait un sérieux handicap pour la recherche des horcruxes et Hermione ne souhaitait pas cela.

—Miss Grace, asseyez-vous je vous en prie.

De mauvaise grâce, Hermione obtempéra, elle savait qu'elle n'avait pas le choix.

—Vous savez pourquoi je vous ai fait venir je suppose ?
—Oui, pour l'accident d'il y a deux semaines.

—L'accident ? Enfin Miss, vous avez jeté un doloris sur un de vos camarades, je n'appelle pas cela « un accident » quant aux événements qui ont suivi…

—Les événements qui ont suivi mon débordement ne concernent que moi.

—Ils se sont passés dans mon établissement.

—Il se passe beaucoup de chose dans cet école professeur. Après tout, Poudlard est une école de magie.

—Pourquoi le professeur Lucas a-t-il su réagir lors de votre libération de magie ?
—C'est mon oncle, il sait prendre soin de moi. C'est la seule famille qu'il me reste, encore heureux qu'il sache gérer mes crises, qui aurait pu le faire s'il n'était pas là ?

—En effet, Miss Grace, j'ai une question à propos de votre qualité magique.

—Je vous arrête tout de suite professeur, il doit y avoir des limites entre un directeur et ses élèves. Cela s'appelle la vie privée et vous dépassez justement cette limite. Ma qualité magique ne regarde que moi et mes proches. Vous devez me reprocher le sort que j'ai jeté sur Mulciber, le fait que je n'ai pas su gérer mes émotions mais en aucun cas ma puissance ne vous regarde.

—Bien, ce que vous avez fait est très grave. Le doloris peut causer des dommages irréversibles et une grande souffrance.

Hermione luttait pour ne pas interrompre Dumbledore, en lui disant qu'elle connaissait bien les effets du doloris et qu'elle n'avait pas besoin d'un cours sur le sortilège impardonnable. Elle avait largement vu les effets qu'il faisait, sur elle comme sur les autres.

—C'est pourquoi, jusqu'à la fin de l'année, vous aurez trois retenues par semaine. Une avec Mr Rusard le lundi, une avec le professeur Slughorn le mercredi et une avec le professeur McGonagall le samedi. Je veillerais personnellement à ce que les sanctions soient appliquées.

—Vous ne me renvoyez pas ?

—Pas encore, lui répondit Dumbledore l'air sombre. Je suis cependant tenu de vous dire qu'au moindre petit accident de ce type, vous serez renvoyée, définitivement.

—Bien, merci professeur, cracha Hermione, essayant de ne pas montrer son énervement.

—Une dernière chose, où avez-vous appris la magie noire ?

—Je n'ai jamais dit que je faisais de la magie noire, j'ai seulement lancé le doloris. Quant à la magie noire, j'ai le regret de vous dire qu'une partie de l'école la pratique. Bien plus que moi, mentit-elle.

Sans un regard pour le directeur, Hermione se leva et sortit du bureau. Elle lui avait menti, mais il n'avait pas besoin de le savoir. Il était évident qu'elle pratiquait la magie noire, elle n'aurait pas pu avoir une telle maîtrise du doloris sinon. Une bonne partie des élèves faisant partis d'une vieille famille de sang-pur pratiquait la magie noire, mais Hermione doutait sérieusement qu'ils en fassent autant qu'elle.

Hermione retrouva Remus dans sa chambre, après son entrevu avec le directeur.

—Alors, comment ça s'est passé ?

—J'ai trois retenues par semaine jusqu'à la fin de l'année. Une avec Rusard, une avec Slughorn et une avec Minerva.

—Pourquoi tu as l'air si dépitée ? Tu aurais préféré aller à Azkaban ?

—Non, bien sûr que non, mais ces retenues vont me prendre un temps fou ! Qui va chercher les horcruxes pendant ce temps-là ?

—Moi peut-être ? Tu crois que je fais quoi pendant tout ce temps ? Dès que j'ai du temps libre je m'occupe de la mission, c'est ma priorité absolue, comment peux-tu en douter ? Tu n'es pas la seule à te préoccuper de l'avenir Hermione. Rentre-toi ça dans le crâne.

Hermione ne répondit pas et préféra sortir de la pièce.

C'est ça fuit, c'est tout ce que tu sais faire, tu n'es bonne à rien. Tes amis seront mieux sans toi, sale sang-de-bourbe, lui murmura une petite voix intérieure.

Quand il saura pour la marque, il ne voudra plus te parler, tu vas finir seule, comme tu l'as toujours été. Tu es un MONSTRE ! continua la voix maléfique.

—C'est faux, aller, Mione reprends-toi.

Les pas d'Hermione l'avaient menée à la tour d'astronomie. Depuis le dernier incident au début de l'année, elle n'y avait pas mis les pieds. Si les escaliers l'emmenaient là-bas, elle faisait tout un détour pour éviter cet endroit. C'était là que sa vie avait basculé, deux fois. Hermione s'assit sur le sol et se recroquevilla sur elle-même. Elle ne sut pas combien de temps elle resta là, à attendre que le sommeil s'empare d'elle. Le sommeil était sadique, Hermione l'avait toujours su. Dès son plus jeune âge, elle avait remarqué cela lorsqu'elle peinait à s'endormir et se réveiller à l'aube le week-end et aurait volontiers bien dormi plus en semaine, lorsqu'elle se levait tôt. Cela ne s'était pas arrangé pour le moins du monde lorsqu'elle était entrée à Poudlard. Elle restait travailler des heures, mais même tard, le sommeil ne venait pas. A la fin de sa cinquième année, Hermione rencontra les sous-fifres du sommeil, tout aussi sadique que lui, voire plus. Les insomnies et les cauchemars. Aucun de ces deux fléaux n'était meilleur que l'autre. Hermione, dans son malheur avait des insomnies toutes les nuits et lorsqu'elle s'endormait enfin, les cauchemars venaient peuplés son subconscient.

Elle passait parfois plusieurs nuits sans dormir, peuplées par ses souvenirs. Depuis que la grande bataille avait eu lieu, Hermione ne dormait jamais plus de quatre- cinq heures par nuit, excepté après leur rencontre avec les gardiens. Son arrivée à Poudlard n'avait aucunement arrangé ses insomnies et si elle dormait cinq heures, cela révélait du miracle. Hermione s'abandonna totalement pour se laisser consumer par ses souvenirs. Elle se remémora sa sixième année, toujours cette année-là. L'année de sa descente aux enfers. Ses souvenirs la narguaient, comme si elle aurait pu tout changer à ce moment-là. Être encore plus présente qu'elle ne l'était déjà pour Harry, ne pas se laisser abattre par Ron, profiter de ses amis tant qu'ils étaient encore là. De nombreuses choses, qu'elle n'avait pas fait, du moins pas assez.

Harry vit une silhouette s'approcher de lui, lentement. Il savait qu'elle était là, toujours présente pour lui, mais c'était difficile. D'une certaine manière il était seul, tout autant qu'elle.

Harry, implora son amie d'une voix roque, ne fais pas ça, ne m'abandonne pas. Tu m'as promis, qu'on serait toujours ensemble, que pour rien au monde tu me laisserais dans ce fichu monde, seule.

Harry se retourna brusquement et manqua de perdre l'équilibre. Il se rattrapa de justesse à la barrière en fer.

Mione, murmura-t-il d'une voix larmoyante et d'un regard implorant.

Viens ici Harry, je t'en prie.

Au plus grand soulagement d'Hermione, Harry renonça et revint sur la terre ferme. Hermione se précipita dans ses bras et ils s'endormirent ainsi dans les bras de l'autre, remerciant la vie de les avoir mis sur le même chemin. Hermione sans Harry, Harry sans Hermione, la vit serait bien triste. Ils étaient naïfs, ils ne se doutaient pas que leurs certitudes s'écrouleraient un beau matin de mai, moins de deux ans plus tard.

Chaque nuit, Hermione revivait les scènes de son passé. Les scènes en question n'étaient jamais les mêmes deux jours de suite, mais elles étaient toute plus horribles les unes que les autres. Pas horribles dans le sens de meurtrier ou douloureuse, même si c'était souvent le cas, horribles parce qu'Hermione vivait inlassablement ses scènes, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle voyait son passé évolué sous ses yeux sans qu'elle ne puisse bouger, parler ou changer quoi que ce soit.

Hermione sentit une présence près d'elle et vit Harry s'asseoir près d'elle.

Comment fais-tu Harry, pour voir Ginny avec Dean ?

Hermione éclata en sanglots et posa sa tête sur l'épaule de son meilleur ami.

Je n'y arrive pas Mione, je ne m'y fais pas.

Les sanglots de la jeune femme redoublèrent d'intensité et Harry serra un peu plus son amie contre lui. Quelques secondes plus tard, Ron et Lavande vinrent briser leur bulle.

Hermione savait que ces souvenirs n'étaient pas bons, pas ceux-ci. Mais elle ne pouvait empêcher les souvenirs de s'immiscer dans son esprit.

Hermione entra dans la tour d'astronomie, légèrement angoissée. Elle n'avait pas parlé seule à seul avec Harry depuis la dernière fois, il y a trois jours. Ils s'étaient expliqués le matin et avaient affirmé que cela ne voulait rien dire, ni pour l'un ni pour l'autre, mais Hermione doutait, et si leur relation n'était plus comme avant ? Et si Harry ne voulait plus de son aide et sautait ? Hermione connaissait le proverbe « avec des si on referait le monde », mais refaire le monde, c'était si tentant. Donner la chance à Harry de grandir avec ses parents. Empêcher le sort tragique des parents de Neville, ramener Cedric et Sirius d'entre les morts. Hermione avait grandi et savait pertinemment que c'était impossible. Du haut de ses dix-sept ans, elle était bien incapable de faire quoi que ce soit. Ramener les personnes à la vie ? C'était comme rencontrer les fondateurs. Un souhait si fort mais irrémédiablement impossible.

Hermione s'assit près d'Harry. Leurs jambes pendaient dangereusement dans le vide, mais les barrières les empêcher de tomber, ou de sauter.

Si je n'étais pas l'Elu, si je n'avais pas le pouvoir de tuer Voldemort, je crois que je sauterai, là maintenant.

Je sais Harry. Je te promets, quand tout cela sera fini, quand on aura gagné cette fichue guerre, on reviendra ici et si tu as toujours envie de sauter, une envie plus forte que tout le reste, je ne t'arrêterai pas. Je sauterais avec toi.

Harry savait qu'il ne pourrait jamais dissuader Hermione de le suivre dans la mort. Hermione était la personne la plus têtue qu'il ait eu l'occasion de rencontrer. Meilleure amie était une expression bien trop faible pour décrire ce qu'Hermione représentait pour lui. Sans elle, Harry serait mort, lors de son retour à Poudlard, le soir de la mort de Sirius. Hermione est semblable au fil qui le maintient à la vie. Invisible pour les autres, mais bien présent. Personne, pas même Ron ne savait à quel point ils étaient importants l'un pour l'autre. Ils étaient un équilibre. S'il manquait l'un des poids, la balance était déséquilibrée, exactement comme leur vie. Harry savait qu'il était la personne la plus importante dans la vie d'Hermione. Ce n'était pas présomptueux de sa part, c'était l'exacte vérité. Il en était de même pour lui. Hermione était l'être qui le maintient hors des tréfonds de la mort. Son phare dans la nuit.

Les souvenirs d'Hermione s'enchaînaient, sans que la sorcière ne puisse y faire quelque chose.

HARRY JAMES POTTER ! Quitte ce bord tout de suite !

Hermione cria si fort qu'Harry se retourna brusquement et trébucha. Son amie se précipita vers lui et lui tendit une main pour qu'il la rattrape. Harry saisit la main, mais vit bien qu'Hermione n'arriverait jamais à le hisser à nouveau sur la tour d'astronomie.

Mione, lâche-moi.

C'est hors de question Harry, je ne vais pas te laisser tomber et toi tu ne vas pas lâcher ma main.

A peine, Hermione finit-elle sa phrase, sa main glissa et Harry ne la tenait plus que par ses doigts. Hermione regardait désespérément son ami glisser sans pouvoir l'en empêcher.

Par Morgane, Mione, réfléchis, aller.

Tu as remarqué ? Tu dis « par Morgane » maintenant.

Tu es une sorcière ! Je suis une sorcière, continua-t-elle sans prêter attention à Harry.

De son autre main, elle attrapa sa baguette et murmura un Wingardium Leviosa et Harry tomba sur elle. Hermione le serra contre elle avant de lui donner une gifle.

Ça va pas ? T'es tarée ! Ça fait mal. Tu ne contrôles pas ta force Mione, dit-il avec un petit sourire désolé, sentant le drame arriver.

Pardon ? JE suis tarée ? Tu as essayé de sauter Harry ! Tu m'avais promis… Ne m'abandonne pas.

Hermione éclata en sanglots et Harry la serra de plus belle contre lui. Il savait qu'il n'aurait pas dû franchir la barrière à cette heure-là, chaque jour ils se retrouvaient dans la tour d'astronomie après qu'Hermione ait mangé. Elle mangeait souvent tard, mais de temps en temps, elle allait rendre visite aux elfes de maison et mangeait en leur compagnie. C'était sûrement ce qu'il s'était passé ce jour-là pour qu'elle soit présente aussi tôt.

Tu ne vas pas me comprendre, mais j'aime cette sensation, passer au-dessus de la barrière, tout en sachant que je ne vais pas sauter. Je suis plus proche de la mort, tu comprends. Je suis plus proche de mes parents, de Sirius.

Harry, quoi que tu fasses, je te soutiendrais toujours. Même si je ne le comprends pas, tu sais que je déplacerais des montagnes pour toi. Je te suivrais, peu importe où tu iras.

Moi aussi, Mione, moi aussi.

La scène se finit et Hermione n'eut pas le temps de se remettre de ses émotions, que déjà une nouvelle apparaissait.

Je suis contente pour toi Harry, vraiment. Que tu sortes avec Ginny.

Moi aussi, mais Mione, cela ne va pas m'empêcher de faire ce que nous avons prévu. Je ne pourrais pas rester toute ma vie avec elle. Il faut qu'elle soit heureuse et elle ne le sera jamais complètement avec moi. Quant à toi, je suis d—

Ne finis pas ta phrase Harry, j'ai tourné la page « Ron ».

Harry leva un sourcil, ne se doutant pas un instant que sa meilleure amie avait oublié le jeune homme roux.

Harry Potter ! Descends ce sourcil, tu crois que je ne t'ai pas vu ? J'ai peut-être encore quelques sentiments pour lui, mais je ne pourrais jamais sortir avec Ron. Pas après cette année.

Le visage d'Harry devint grave et il soupira. Ron ne les avait pas toujours soutenus pendant l'année qui s'écoulait, Hermione et lui s'était souvent retrouvés seuls à porter le poids du monde et a parlé de leurs angoisses et leurs peurs. Mais il savait qu'Hermione avait une rancune plus profonde encore, il les avait délaissés pour cette gourde de Lavande. Harry pardonnerait sûrement à Ron. Après tout, il était son meilleur ami.

Hermione sentit des pas se rapprocher doucement d'elle. Elle entendit des voix parler, mais ne comprenait pas ce qu'elles disaient. Hermione avait froid, elle était fatiguée d'attendre que le sommeil arrive, fatiguée de revivre chaque nuit sa sixième année. Elle l'avait tant revue, qu'elle la connaissait par cœur. Du moins chaque partie de leurs entrevues avec Harry. Le visage du sorcier apparut et se fut la dernière image qu'Hermione vit avant de sombrer dans les ténèbres.