« Il n'y a pas de meilleur exercice pour le cœur que de se pencher pour aider quelqu'un à se relever. »
John Holmes
Lily sortit de son dortoir pour faire sa ronde habituelle. Etrangement, cette ronde était une des choses qu'elle préférait dans le rôle de préfète. Ses rondes avaient largement augmenté depuis qu'elle était préfète-en-chef mais elle ne s'en plaignait pas le moins du monde. Ce n'était pas vraiment la satisfaction de retirer des points aux autres maisons, même si Lily était juste et en retirer aussi aux Gryffondor, qui passaient un sale quart d'heure dans la salle commune, ce que Lili préférait, c'était avoir une bonne raison d'errer dans les couloirs de Poudlard et observer la magie du château. Elle entendit du bruit à la tour d'astronomie et ce fut tout naturellement qu'elle se dirigea là-bas. Elle vit les maraudeurs au grand complet se tenir devant une personne au sol.
—Mais qu'est-ce que vous faites ?
Ils se retournèrent tous les quatre de concert, en sursautant. Lily avait sa tête de préfète-en-chef qui leur montrait qu'ils allaient se faire gronder comme des enfants de huit ans.
—Lily ma chérie...
—Je n'en attendais pas moins de vous trois, dit-elle en désignant James Sirius et Peter, mais toi Remus, tu es préfet ! Comment peux-tu cautionner cela ?
—C'est pas gentil Evans ! intervint Sirius, que personne n'écouta.
—Lily, tu oublies trop souvent que je ne suis pas seulement préfet, je suis aussi un maraudeur, sourit le préfet en question.
—Ça c'est Mumus, il est trop gentil et on oublie que c'est le plus rusé des maraudeurs.
—N'exagère pas Sirius, et ne m'appelle pas Mumus.
—Mais c'est Helena ! Qu'est-ce que vous lui avez fait, hurla Lily, en apercevant le corps de la sorcière.
—Ma chérie, il est deux heures du matin, si tu pouvais éviter de ramener tout le château ici, je t'en serais infiniment reconnaissant.
—James Fleamont Potter ! Tu es hors de ton dortoir à deux heures du matin ! Tu crois que je vais oublier cela ? Vous n'avez pas répondu à ma question. Qu'avez-vous fait à Helena ?
—Avant que ta douce voix nous interrompt, nous regardions justement ce qu'il lui était arrivé.
Les maraudeurs et Lily se retournèrent en entendant un léger gémissement du corps qui se trouvait à leurs pieds. James et Remus s'agenouillèrent près d'elle. Remus essaya de voir si elle n'était pas blessée tandis que James tenta de capter son regard.
—Elle est gelée. Je ne sais pas si elle est en hypothermie, mais si ce n'est pas le cas, elle ne devrait pas tarder, annonça Remus.
—Harry, Harry, ne m'abandonne pas !
Le groupe se dévisagea, se demandant qui était ledit Harry qui pouvait mettre dans cette état la nouvelle. James se pencha à nouveau vers Hermione et la fixa droit dans les yeux.
—Harry ? demanda la jeune femme avec une lueur d'espoir au fond du regard.
—Euh, je ne sais pas qui est Harry, mais moi c'est James. Potter comme tu m'appelles.
La sorcière se crispa et son cœur s'accéléra. Elle semblait se débattre contre un homme invisible et murmurait de temps à autre des « Harry ».
—Elle s'agite trop, ce n'est pas bon pour son cœur. Si elle a des antécédents cardiaques, ça peut même être grave.
—Et qu'est-ce que propose Mumus le médicomage ?
—Arrête Sirius, Remus a raison. Il faut qu'on l'emmène à l'infirmerie, dit Lily.
Cette proposition ne sembla pas plaire à Helena qui chuchotait des « pas l'infirmerie » à James. Le jeune homme quant à lui ne savait pas vraiment quoi faire, sa camarade de maison était toujours accrochée à son bras et ne voulait pas le lâcher.
—Qu'est-ce qu'on fait ?
—Elle ne veut pas aller voir Pomfresh, on l'emmène à la salle commune.
Les trois autres maraudeurs et Lily se tournèrent vers Sirius qui ne comprenait pas pourquoi ses amis le regardaient comme s'il était devenu fou.
—Quoi, j'ai dit quelque chose de mal ?
—Pas du tout Sirius, je crois qu'on n'y avait juste pas pensé, lui répondit Remus.
—Comme quoi tout peut arriver Black, tu as de bonnes idées.
Avant que Sirius n'ait eu le temps de répondre à la pique de Lily, James embraya sur le sujet.
—Très bien on y va.
—Comment on va l'emmener là-bas. L'un de vous devrais la porter.
—Par Merlin Lily, nous sommes des sorciers, un levicorpus et la magie va la porter pour nous.
—Tu as vu comme elle est faible ! Ça pourrait la tuer. Oui un simple sortilège comme celui-ci peut tuer. Vous ne lisez donc jamais ?
Lily sembla se rappeler à qui elle avait affaire et qu'effectivement, non, ils ne lisaient jamais. Elle allait ouvrir la bouche quand Peter prit la parole pour la première fois de la soirée.
—Je ne crois pas que Grace ait envie de lâcher James.
En effet, Hermione ne dissociait toujours pas Harry de son père et répétait à James « ne m'abandonne pas, tu m'as promis ». Celui-ci voyant les regards de ses amis et la détresse d'Helena, il céda.
—Très bien, je vais la porter. Ce n'est pas comme si j'avais le choix de toute façon. Même Helena Grace ne résiste pas à mon charme légendaire. J'avais raison Patmol, je suis le plus beau de nous deux.
—Tu rêves Cornedrue, tu rêves.
Les maraudeurs étaient partis se coucher depuis bien longtemps, mais Lily était toujours présente dans la salle commune des Gryffondor à l'aube. Elle avait bien été incapable d'abandonner Helena dans la salle commune, seule. La sorcière n'avait cessé de s'agiter pendant le reste de la nuit et Lily avait fait du mieux qu'elle avait pu, essayant de la réconforter. Le nom « Harry » revenait très souvent, mais il était aussi accompagné de « Ron », « Neville », « Luna » et « Ginny ». Lily supposait que ces personnes étaient des amis d'Helena, le dénommé Harry semblait en revanche bien plus proche d'elle, peut-être son petit ami ? L'état d'Helena était plus qu'étrange, elle ne semblait pas vraiment dormir, mais n'était pas non plus pleinement réveillée. Cependant, dès qu'elle s'agitait trop, Lily plantait son regard émeraude dans les yeux bleus d'Helena, et cela la calmait tout de suite. Le « Harry » se faisait moins craintif, comme une lueur d'espoir.
Lily ne connaissait pas l'histoire d'Helena. Même si un jour, elle deviendrait plus proche de la jeune femme, elle ne la connaîtrait probablement jamais. Helena avait des secrets. Lily en était sûre. Derrière son masque de froideur, se cachaient de lourds secrets et sûrement un passé tout aussi lourd. Cependant, Lily savait qu'Helena Grace était une bonne personne. Peu importe ce qu'il s'était passé de dramatique dans sa vie, car aux fonds de ses yeux, il y avait de la souffrance, de la tristesse que Lily espérait ne jamais connaître et une voix soufflait à Lily qu'il y avait du y avoir plus de drames que de comédies dans sa vie, Helena Grace resterait une bonne personne. Quelqu'un de mauvais ne pourrait pas avoir cette détresse qu'elle avait vu au sommet de la tour d'astronomie. On peut mentir sur beaucoup de chose, mais Lily l'avait appris au fil du temps, les yeux ne mentent jamais. Jamais.
James fut réveillé par un énorme saut d'eau qui se déversa sur sa tête. Les maraudeurs avaient l'habitude de se réveiller ainsi. A tour de rôle, chacun le versait un saut d'eau, glaciale de préférence, pour réveiller les autres.
—Sirius, putain !
—C'est pas moi ! Je te signale que j'ai été réveillé par un saut beaucoup plus grand que le tien !
—Peter ?
—Non ! C'était moi la dernière fois.
Ils se retournèrent tous les trois vers le lit du quatrième maraudeur, qui était vide. Remus était le plus réfléchit de sa bande d'amis et n'avait pas attendu qu'ils aient pleinement repris conscience et soient parfaitement réveillé pour décamper. Ils se précipitèrent vers les escaliers et apparurent détrempés aux yeux des Gryffondor présents dans la salle, c'est-à-dire Lily, Helena, mais qui ne réalisa pas vraiment ce qu'il se passait, toujours perdue dans les tréfonds de sa mémoire, Remus et quelques autres élèves qui se levaient tôt.
—Lupin, cours !
—Je crois que Remus n'a pas vraiment aimé le « Mumus médicomage » Sirius, dommage pour toi. Pour toi aussi mon chéri, intervint Lily avec un petit sourire satisfait.
James, Sirius et Peter s'élancèrent vers Remus et l'arrosèrent de concert. Remus fut plus rapide et s'écarta au dernier moment. L'eau atterrit sur Hermione et cela eut le mérite de sortir la jeune femme de ses hallucinations.
—Aaarh ! Ron ! Tu avais dit que tu ne me réveillerais p—
La fin de sa phrase mourut brusquement dans sa gorge. Elle faisait face aux trois maraudeurs penauds, qui étaient tout aussi trempés qu'elle. Elle prit conscience qu'elle était dans la salle commune des Gryffondor et non dans la salle sur demande ou à la limite dans les appartements de Remus.
—Vous pouvez m'expliquer ?
—Ce n'est pas notre faute ! commença Peter.
—C'est Remus qui a commencé, continua Sirius.
—S'il ne s'était pas décalé, ce serait lui qui serait trempé, renchérit James.
—C'est entièrement sa faute, finirent-ils en cœur.
Remus les regarda en fronçant les sourcils, il s'était décalé pour éviter d'être aussi trempé qu'eux. Ce n'était pas lui qui avait lancé un jet d'eau sur Helena.
—Je m'en fiche de ça, je me vengerai plus tard. Je veux savoir ce que je fais ici. Dans la salle commune.
—Oh
Les cinq amis se regardèrent un peu gêné. Même pour eux l'état d'Helena était un peu confus, alors comment lui expliquer clairement.
—Eh bien, on se baladait dans Poudlard et on t'a trouvé dans la tour d'astronomie. Tu étais… Tu délirais complètement. Lily faisait sa ronde et nous a trouvé avec toi. Tu murmurais un nom, toujours le même, Harry. Tu n'étais pas inconsciente, mais c'est comme si on t'avait perdue, que tu étais partie dans un autre monde. Tu hurlais, te débattais, tu m'as pris pour Harry. Tu ne voulais plus me lâcher et je t'ai porté jusqu'à la salle commune. On est monté et Lily devait nous suivre. Ce qu'elle n'a évidemment pas fait.
—Je n'avais pas le cœur à te laisser. Tu semblais te calmer quand tes yeux rencontraient les miens. Je suis restée veiller sur toi, comme, je pense, mes cernes en témoignent.
—Vous n'étiez pas obligé. Vraiment, j'aurais pu me débrouiller seule.
—Grace, tu ne te rends pas compte comment tu étais. Tu étais partie, tu ne réagissais plus à ce qu'on te disait. Il t'a fallu trois jets d'eau, puissant, pour te réveiller.
—Sirius…
—Non, c'est bon Lily. Black a raison. Merci d'avoir pris soin de moi.
Sur ces mots, Hermione quitta la pièce et se dirigea vers les appartements de Remus. Il était encore tôt, mais la voyageuse espérait que son ami soit déjà réveillé. Il fallait absolument qu'elle lui parle de ce qu'il s'était passé. Hermione préférait garder les choses pour elle, mais elle ne pouvait se permettre que cela se reproduise. Remus était presque toujours de bons conseils et elle préférait lui en parler d'abord avant de demander son avis à Minerva.
Elle frappa à la porte et entra ensuite. Elle vit son ami assis sur son canapé, à corriger des copies. Il s'aperçut de sa présence et l'invita à s'asseoir près de lui.
—Qu'est-ce qu'il se passe ?
—Pourquoi tu me demandes ça ?
—Tu ne viens jamais me voir juste comme ça, pour savoir comment je vais. Ce n'est pas un reproche, poursuivit-il en voyant l'expression de la jeune femme, c'est juste que tu viens me voir seulement s'il s'est passé quelque chose. A chaque fois que tu franchis cette porte sans que je t'aie invité je me dis, de nouveaux ennuis arrivent. Ai-je tort ?
—Non, tu n'as pas tort. Tu m'énerves quand tu fais cette tête.
—Quel tête ? demanda-t-il innocemment.
—Ta tête de « je te l'avais bien dit, j'ai toujours raison »
—Mais j'ai toujours raison !
Hermione haussa un sourcil, doutant sérieusement de la dernière phrase de Remus.
—Qu'est-ce que je vais encore devoir régler comme problème ?
—Eh bien, je ne sais pas comment de le dire, ce n'est pas encore très clair pour moi. On s'est disputé et je suis sortie d'ici. Inconsciemment, je me suis dirigée vers la tour d'astronomie et les souvenirs me sont revenus en plein visage. Je dors très peu, je pense que tu le sais. Tu ne dois pas dormir beaucoup non plus n'est-ce pas ? J'ai beaucoup d'insomnies et à chaque fois, les souvenirs de ma sixième année me reviennent. Toujours ma sixième année. Contrairement à mes cauchemars, où la période change à chaque nouveau cauchemar. Pendant cette année, Ron nous a lâché, une bonne partie de l'année. Harry faisait le lien entre nous deux, mais quelque chose s'est brisé dans notre amitié. Il ne remarquait pas la descente aux enfers d'Harry. Cette période a été très sombre et je faisais du mieux que je pouvais pour ramener Harry hors de l'eau. Mais à force de me plonger dans les ténèbres, j'y suis tombée. Tu ne peux pas imaginer les pensées qu'on avait avec Harry. Chaque soir, je me demandais si on allait sauter, ou pire, si j'allais trouver Harry mort, aux pieds de la tour. On n'est jamais vraiment sorti de cette période. On a gardé notre masque. L'état d'Harry aurait pu s'améliorer quand il est sorti avec Ginny, mais je pense qu'honnêtement, cela a renforcé le sentiment qu'il avait grandi, qu'il ne pourrait jamais vivre complètement heureux. Ce qui a maintenu Harry en vie, c'est le poids qui reposait sur ses épaules. Il savait que s'il mourrait, Voldemort ne pourrait jamais être vaincu. Il est resté en vie pour que les autres le soient. Quant à moi, ce qui m'a maintenu, c'est Harry.
Remus resta silencieux après la longue tirade d'Hermione. Il appréciait que son amie se confie à lui, mais il ne comprenait pas vraiment le rapport avec le soi-disant problème. Il ne savait pas non plus très bien comment réagir, il décida de continuer les confessions.
—Comment as—tu fait pour t'en sortir après la mort de, après la grande bataille.
—Ron et Neville me surveillaient. Les seuls moments où j'avais le droit un peu de solitude, c'était quand je m'entrainais. Je ne vais pas te mentir, à la mort de Ron, si Malfoy ne m'avait pas donné l'indication des bijoux du temps, je serais morte dans la soirée. J'ai failli abandonner. De nombreuses fois. Si je n'étais pas allée dans le manoir Malfoy et que je ne t'avais pas trouvé, je crois que j'aurais mis fin à mes jours. Il faut que tu me comprennes Remus, j'étais seule, plus personne ne me soutenait, je n'avais aucun moyen de quitter le pays, je n'avais tout simplement plus la force de vivre.
—Je ne te blâme pas Hermione. Je suis resté seul un an et demi. Tu crois vraiment que je n'ai jamais eu ce genre de pensée. Un an après la bataille, j'ai vraiment cru mourir. Ce qui m'a fait tenir, c'est un article que j'ai lu dans la Gazette du Sorcier, annonçant la mort de Ron, mais certifiant que toi, tu étais encore bien vivante. Mon objectif a été de te retrouver. Qu'est-ce qu'il s'est passé dans la tour d'astronomie ?
—Je me suis assise, et je n'ai pas pu empêcher mes souvenirs d'affluer dans mon esprit. Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. Je me suis perdue dans les tréfonds de mon passé. Les scènes que je voyais étaient réelles. J'étais comme en transe, ne pouvant me libérer de mes souvenirs. Les maraudeurs vagabondaient dans le château et ils m'ont trouvé ainsi. Lily faisait une ronde et nous a rejoint, se demandant ce qu'il se passait. J'ai tellement honte, j'ai pris James pour Harry.
Hermione éclata en sanglots et Remus la prit dans ses bras tout en la berçant lentement. Il savait que cela finirait par arriver, il avait essayé de prévenir Hermione, mais la chute n'en était pas moins brutale. Hermione pleurait et ne semblait pas pouvoir se calmer un jour. Remus fit alors ce que tout ami ferrait, il garda Hermione dans ses bras pendant de longues minutes, attendant patiemment qu'elle se calme.
—Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
—James m'a porté jusqu'à la salle commune, je ne voulais pas le lâcher. Les garçons sont montés et Lily est restée veiller sur moi. Elle me regardait dans les yeux, il n'y avait que ça qui pouvait me calmer.
—Comment es-tu sortie de ta transe ?
—Je me suis prise trois aguamenti qui étaient destinés à ton toi jeune.
—Juste comme ça ?
Hermione acquiesça et cela ne fit qu'augmenter les questionnements de Remus.
—C'est très grave ce qu'il s'est passé Hermione. Très dangereux. C'est comme si tu étais retourné dans ton passé, mais pas à l'époque où tu es partie.
—Mais c'est impossible Rem', je ne peux pas retourner dans le présent, ou le futur…
—Exactement, et c'est cela que je ne comprends pas. Mais tu m'as décrit ce que tu ressentais et ce qu'il s'était passé du point de vu extérieur. Tu n'étais pas endormie, ça ne peut donc pas être des cauchemars, mais tu n'étais pas pleinement consciente non plus, tu ne vivais pas simplement en spectatrice. La magie temporelle est si complexe !
—Rem', je n'ai pas vu la scène dans sa globalité. J'étais moi-même. J'étais comme la Hermione du passé.
Voilà deux chapitres puisque j'ai oublié de publier vendredi. J'espère qu'ils vous ont plu !
