« Il y a des moments de la vie, où il est essentiel de pouvoir se confier à une oreille attentive. »
Gayle Forman
Minerva McGonagall était une de ces personnes, qui avaient toujours connu leur vocation. Depuis ses premiers cours de métamorphose, elle travaillait toujours pour réaliser son rêve et devenir professeur de métamorphose. Son mentor, Albus Dumbledore, avait toujours cru en elle et la poussa à explorer les branches les plus difficiles de ce noble art. Ce fut grâce à lui qu'elle devint animagus, puis qu'elle enseigna à Poudlard. La vie était faite de haut et de bas, et elle avait dû vivre une carrière au ministère ennuyante au possible avant de pouvoir enfin devenir professeur et exercer le métier de ses rêves. Jamais Minerva n'avait regretté de suivre son rêve, jamais. Mais parfois, sa classe la poussait à bout, comme aujourd'hui. Les élèves de septième année de Gryffondor et Serdaigle ne l'écoutaient pas. Certes, c'était un cours théorique, mais il ne pouvait pas être aussi ennuyant que cela. Seules Lily Evans et Dorcas Meadowes prêtaient attention à ses explications et c'était bien trop peu en comparaison avec le nombre d'élèves dans la classe. C'était très rare qu'ils écoutent tous, mais ils étaient généralement plus de deux. Elle balaya la classe du regard et inspira un bon coup.
—Voulez-vous bien arrêter vos jeux stupides ! Vous êtes en cours ! Vos ASPICS sont à la fin de l'année. La métamorphose peut être une matière déterminante selon vos choix de carrière. Certains d'entre vous souhaitent être aurors non ? La métamorphose que vous suivrez sera bien plus complexe que celle que vous pratiquez ici, la pratique se fera chez vous et la théorie en classe. Croyez-vous réellement que vous deviendrez aurors en jouant ainsi ? Même les élèves de première année ne le font pas. Vous ne voulez pas tous être aurors, mais qu'importe. Tout sorcier a besoin d'utiliser la métamorphose, pratiquement tous les jours. Vous n'aimez certainement pas ce cours, mais vous devez grandir. Il y a un temps pour s'amuser et un temps pour apprendre.
Elle s'interrompit et jeta un regard entendu à toute la classe. Elle les menaça de faire perdre cinquante points à la maison du premier qui mettrait le bazar dans son cours. Elle vit alors, avec stupéfaction, Hermione, qui était couchée sur sa table et semblait dormir.
—Miss Grace ! appela-t-elle, l'air indigné.
Hermione ne bougea pas et Minerva s'approcha d'un pas précipité vers elle. Tous les regards étaient tournés vers la jeune femme, et certains chuchotaient entre eux. Minerva la secoua brutalement et Hermione rejeta brutalement la tête en arrière. La professeure de métamorphose ne put retenir un sursaut de recul. Hermione avait les yeux vitreux et un sourire étrangement sadique sur le visage.
—Miss Grace !
—Sale sang-de-bourbe, endoloris ! hurla-t-elle avant d'éclater d'un rire sadique.
La classe était pétrifiée et tous les élèves se regardaient sans savoir quoi faire. Hermione alternait entre hurler de douleur, jeter des sorts de torture et rire sadiquement. Elle était prise de convulsion entre chaque nouvelle phase et Minerva essayait de la maintenir sur sa chaise du mieux qu'elle pouvait. Elle ordonna à James et à Sirius de venir l'aider. Ils s'approchèrent d'elle, et l'immobilisèrent sur sa chaise.
—Traitre-à-son-sang ! Tu fais honte à la grande noble et maison des Black, avada kedavra ! cria-t-elle avant de hurler de douleur à nouveau.
—Professeur, il y a un problème, dit James en regardant ses mains pleines de sang, posées auparavant sur le coup d'Hermione.
Ils s'aperçurent alors que le haut du corps d'Hermione était rouge et que du sang coulait de son bras.
—Lupin, Evans, allez chercher le professeur Lucas, les autres dehors, le cours est terminé, lança-t-elle d'une voix blanche.
—Le professeur Lucas, m-
—Evans, dépêchez-vous.
Lily obéit et ils coururent avec Remus vers le cours du professeur Lucas. Ils entrèrent en trombe dans la classe de défense contre les forces du mal avec des deuxième année interloqués. Remus se tendit tout de suite lorsqu'il vit les airs affolés des deux élèves.
—Professeur, Helena, McGonagall, venez, marmonna Lily, toute essoufflée.
Remus avait blanchi furieusement et déclaré que le cours était terminé, sous l'œil curieux et incompréhensif de ses élèves. Il courut vers la salle de métamorphose, et vit avec effroi James et Sirius, les mains en sang, Minerva qui avait le visage soucieux. Tous les autres élèves étaient sortis, mais Mary, Alice et Dorcas attendaient devant la salle.
—Qu'est-ce qu'il se passe ?
—Sang-de-bourbe, endoloris, avada kedavra, hurla Hermione.
—On dirait qu'elle est possédée.
—C'est impossible Monsieur Potter, elle ne peut pas être possédée à distance ainsi.
—James a raison. Vous ne la connaissez pas, mais elle a l'expression de ma cousine.
Devant l'air encore plus inquiet de Remus, il continua :
—Elle ne l'a jamais rencontrée, hein.
—Messieurs Black, Potter, merci pour votre aide, vingt points pour Gryffondor. Allez vous laver les mains et ne parlez à personne de cette histoire. Pas de discussion.
Ils sortirent, non s'en râler expressément. Le « n'en parlez à personne » de McGonagall ne semblait pas inclure les filles de Gryffondor, puisque James leur raconta tout. Ils sortirent tous dans le parc, se posant milles questions à propos d'Helena Grace, la nouvelle qui ne l'était plus tant que cela.
Du côté des deux professeurs, l'ambiance était bien plus froide.
—Tu crois que Bellatrix pourrait la contrôler ?
—Je n'en sais rien. Elle a la marque sur son bras, et elle saigne quand elle y repense trop, mais elle ne peut pas la possédée à travers ça. Pourquoi elle saigne autant ?
Remus regarda d'où venait la blessure au cou d'Hermione et ne put retenir une grimace de dégoût.
—Par Merlin.
Minerva fut tout aussi choquée de la blessure. Sur la nuque d'Hermione, était ornée un grand tatouage, semblable à la marque des ténèbres, cependant ce n'était point ce graphisme qu'il y avait mais un gigantesque serpent, qui semblait vivant, prêt à mordre. De ses crochets s'écoulaient du sang, qui quittait abondamment le corps d'Hermione. Les deux sorciers entreprirent de calmer l'hémorragie, ce qui était loin d'être aisé. Hermione bougeait sans cesse, hurlant, riant et torturant toujours, et aucun sort ne la calmait. Elle ne s'endormait pas sous les sorts d'endormissement et ne se pétrifiait pas sous ceux de pétrification. Le stupefix ne fonctionnait pas non plus.
—On est désormais fixé. Quand a-t-elle eu cette blessure ?
—Je n'en ai pas la moindre idée, elle ne me l'a jamais montré Ça ne peut pas être les deux fois où elle est allée au Manoir Malefoy, la première fois elle l'a torturé mais c'est son bras qu'elle a marqué et la seconde, elle ne l'a pas torturée seule, tous les mangemorts étaient présents.
Remus s'arrêta et réfléchit à ce qu'Hermione lui avait raconté sur les mois qui avaient suivi la grande bataille. Elle avait établi le Quartier Général de la résistance au Square Grimmaurd, comme pour l'ordre et la réponse arriva dans son esprit.
—J'avais oublié cette attaque. Ils étaient allés au Manoir Lestrange pour libérer des prisonniers et ça a mal tourné. Beaucoup sont morts, je crois que Kingsley a été tué là-bas, et Hermione est restée avec Bellatrix. Elle l'a torturée pendant de longues heures et c'est grâce à Ron et Neville qu'elle s'en est sortie. Elle ne m'en a pas beaucoup parlé, mais cette torture l'a marquée, bien plus profond qu'elle ne le disait. Je comprends pourquoi maintenant. Mais cette torture remonte à longtemps, pourquoi maintenant ? Pourquoi la posséder ?
—Il y a bien plus dangereux Remus, Hermione peut être contrôlée par Bellatrix Lestrange. Probablement même, sans que celle-ci ne le sache puisqu'elle ne l'a pas encore rencontrée dans ce monde, n'est-ce pas ? Il faut qu'on la réveille avant de se lancer dans des conjonctures dénuées de sens.
Remus acquiesça et prit Hermione par le bras. Il lui répétait qu'elle était plus forte que la mangemort, qu'elle pouvait se contrôler, mais rien ne changeait, Hermione continuait d'hurler et de vociférer des atrocités.
—La légimencie. Ça pourrait marcher non ?
—J'en doute, Hermione a eu plusieurs années pour s'entrainer et elle ne laissera personne entrer dans son esprit aussi facilement. Elle m'a expliqué qu'elle l'avait conditionné pour repousser toute attaque extérieure, même lorsqu'elle était torturée ou inconsciente. Cela lui a pris des années, à s'entrainer tous les jours, alors je doute fortement pouvoir y pénétrer. Je maitrise à peu près l'occlumencie, mais je suis loin de maitriser la légimencie.
—On peut tout de même essayer, elle se réveillera peut-être un détectant une tentative d'intrusion.
Les deux professeurs essayèrent à tour de rôle, mais, ni l'un ni l'autre ne réussit à la ramener. Ils patientèrent alors, vérifiant le pouls d'Hermione et si elle ne se remettait pas à saigner. Ils étaient tous deux dans un piteux états, les vêtements tachés de sang. Les Gryffondor qui stationnaient devant la porte avaient fini par s'en aller et ils restèrent ainsi pendant une heure, à entendre Hermione gémir, puis hurler, sans qu'ils ne puissent faire quelque chose pour la soulager. L'épuisement sur son visage se voyait, même lorsqu'elle reprenait les mimiques de Bellatrix et après un dernier hurlement déchirant, elle se redressa brusquement. Elle observa la pièce, désorientée et elle étouffa un gémissement lorsqu'elle vit Remus et Minerva, tachés de sang, probablement le sien. Elle prit son courage à deux mains et commença à parler.
—Je peux tout vous expliquer.
Hermione attendit une réponse qui ne vint pas, Remus la regardait avec un air déçu, en colère et inquiet à la fois, tandis que Minerva pinçait les lèvres d'un air sévère.
—Cette marque, c'est Bellatrix qui me l'a faite. Elle me dégoûte, beaucoup plus que celle sur mon bras. C'est viscéral. Elle peut me contrôler, ce serpent...
La sorcière s'interrompit brusquement, cherchant de l'air. Elle sentait la crise d'angoisse venir, elle avait des bouffées de chaleur, des difficultés à respirer. La dernière fois qu'elle en avait fait une remontait à plusieurs mois, lorsque Ella, son amie moldue, s'était mal exprimée et qu'elle avait cru que Remus était mort. Ses deux amis s'approchèrent d'elle et lui parlèrent, mais elle n'entendait que des voix lointaines. Elle se concentra sur sa vision, pour avoir une vue nette de son environnement et vit parvint à force de persévérance.
—Hermione, tu pourras en parler plus tard.
—Non ! Minerva, enfin ! Il faut qu'elle parle. Elle doit se libérer de ses démons.
—Je vais le faire Rem', c'est juste… difficile d'en parler. La torture a eu lieu dans le manoir Lestrange, j'étais seule avec elle, elle a usé d'innombrables sorts de magie noire, mais à mon plus grand étonnement, pas du doloris. Elle m'a torturé, et elle a terminé par cette marque. Ron et Neville m'ont sauvé quelques minutes plus tard, mais il s'en est fallu de peu. J'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre, je suis resté shootée aux potions calmantes, à celles de sommeils pendant de longues semaines. Pendant que les autres se battaient, j'étais dans mon lit, à divaguer entre le cauchemar et l'illusion. Beaucoup sont morts. Je n'ai pas pu aider Ron à sauver Neville et les autres. Si j'avais été là, beaucoup d'entre eux auraient survécu. Je ne les aurais jamais laissés risquer leur vie ainsi. J'ai tellement honte. Je me sens si coupable, pleura-t-elle.
Les deux professeurs la laissèrent pleurer, même si Remus aurait préféré la réconforter et la serrer dans ses bras, Minerva l'avait retenu d'un signe, Hermione n'avait pas besoin de contact, pas dans son état.
—Ce n'est pas de ta faute Mione, tu n'es pas invincible, tu ne peux pas tout empêcher. On ne pourra pas sauver le monde sans faire des sacrifices. C'est ce qu'il s'est passé. Tu n'as pas à avoir honte.
—Je suis possédée par Bellatrix ! Comment pourrais-je ne pas avoir honte ? Je me souviendrais toujours de la première fois, Ron était là, désemparé, il ne pouvait rien faire. Elle me possédait lorsqu'elle en avait envie, sans que je ne puisse rien contrôler. J'ai failli me noyer un bon nombre de fois à cause d'elle, j'ai failli m'immoler avec du feudeymon, je me suis donné en spectacle devant tous les Gryffondor qui se battront à mes côtés dans quelques mois ! Cette marque me brûle, comme la magie que des ténèbres ! Je suis comme les mangemorts devant Voldemort ! Elle peut me contrôler ! Tu ne connais pas cette sensation, de voir plus que ta vue, ton propre contrôle t'échapper. Je ne me contrôle pas. Je n'ai aucune idée de la portée de ce sort. Elle peut peut-être me tuer à distance, me torturer, je n'en sais rien. C'est pire que le lien entre Harry et Voldy, parce que je ne peux pas le rompre !
Sans attendre une réponse, Hermione se précipita hors de la salle, sous les cris désespérés de ses amis. Ils ne pourraient jamais comprendre sa douleur, sa honte. Ils devaient la détester. Elle perdait contrôle d'elle-même au profit de la sorcière qui avait tué tant de personnes, qui avait torturé à en devenir fous Alice et Frank Londubat, qui avait tué Sirius et Tonks. Elle se dégoûtait tellement.
Elle était dans une rage folle contre elle-même. Elle avait besoin de se défouler. Elle était seule au milieu de la forêt interdite et lançait des sorts contre les arbres qui l'entouraient. Sa conscience avait préféré éviter de prendre son mannequin d'entraînement, qui aurait sûrement fini en poussière après un sort de feudeymon et elle aurait dû le reconstruire depuis le début, ce qu'elle n'avait pas envie de faire du tout. Elle incendia quelques arbres, canalisa sa magie en un seul endroit pour créer un feudeymon gigantesque, qui avait une forme de lion, semblable à celui de Gryffondor. Elle resta avec son lion pendant plusieurs heures, avant de le faire disparaître. Elle essaya sans succès de produire un patronus, elle s'efforçait de le faire chaque jour, mais les résultats n'étaient toujours pas présents, à son plus grand désarroi.
Elle se laissa tomber lourdement sur le sol, épuisée par la quantité de magie qu'elle avait utilisée pour produire son lion de feu. Elle s'endormit sur l'herbe et ne se réveilla que quelques heures plus tard, à la tombée de la nuit. La vue était magnifique, le ciel était bleuté, rosé et orangé, les nuages étaient quant à eux violets. Le ciel ajoutait encore à la dimension magique de Poudlard. Hermione fit alors quelque chose qu'elle n'avait encore jamais fait, elle n'était certainement pas prête, mais bien qu'entourée de nombreuses personnes, elle se sentait plus seule que jamais. Elle avait toujours lutté pour ne pas se laisser dominer par ses émotions, à ne pas faire cela, Ron l'avait prévenue des dangers que cela représentait mais Hermione en cet instant, ne se sentait pas plus forte que les jours précédents, le contraire était probablement de rigueur, mais son cœur lui dictait de le faire. Hermione n'avait jamais privilégié son cœur au détriment de sa raison. Cette dernière l'emportait le plus souvent, excepté lorsque cela s'agissait de ses plus proches amis. Mais Hermione, pour une fois, écouta son cœur et sortit de sa poche une lourde pierre noire, ronde, mesurant quelques centimètres. Il n'y avait pas d'inscription mais un trait et un cercle enfermés dans un triangle. La voyageuse du temps ferma les yeux et concentra toute son énergie sur la pierre de Résurrection. Elle garda ses yeux fermés un moment. Un mélange de crainte et d'impatience grandissait en elle, mais elle avait peur de ce qu'elle allait voir, peur de ne pas pouvoir se défaire des illusions, d'avoir une nouvelle crise de souvenirs.
—Hermione
La voix était chaude et familière. Hermione laissa couler les deux grosses larmes qui étaient retenues par ces yeux, sous le coup de l'émotion. Elle ne pensait pas pouvoir entendre cette voix à nouveau un jour et entendre cette fois la rendait aussi heureuse que triste.
—Ron, gémit-elle.
La jeune femme ouvrit les yeux et son regard tomba sur son meilleur ami. Il n'avait jamais paru aussi heureux. Ses yeux bleus pétillaient, ses cheveux roux étaient flamboyants et il regardait Hermione le sourire aux lèvres.
—Tu me manques tellement.
—Je sais. Toi aussi tu me manques, mais je suis heureux que tu sois vivante.
—Pas moi. La vie sans toi est horrible. Je pense chaque jour à toi et à Har-
Avant qu'elle n'ait pu finir sa phrase, Harry Potter avait surgi de l'ombre avec un grand sourire, semblable à celui de Ron. Il paraissait si paisible que s'en était presque déconcertant. Les larmes d'Hermione redoublèrent et elle s'approcha un peu plus des ombres.
—Harry
—Tu m'as manqué Mione, répondit le Survivant avec un sourire contrit.
—Je suis si fatiguée.
—Va dormir alors !
— Ron, tu n'as aucun tact. Hermione parle de la fatigue de vivre.
Ron eut un petit rire et s'excusa auprès de sa meilleure amie, qui pleurait toujours, heureuse de les voir.
—Ça fait du bien de vous retrouver. Vous n'avez pas changé, enfin si, vous paraissez tellement plus heureux.
—Nous le sommes. J'ai retrouvé mes parents. Tu te rends compte, ils m'ont dit qu'ils étaient fiers de moi, après tout ce que j'ai fait.
Les yeux d'Harry pétillaient de joie de vivre, éclat qu'Hermione ne l'avait jamais vu abordé, même lors de ses moments les plus heureux de sa scolarité à Poudlard.
—En parlant des parents d'Harry, Hermione tu es amie avec la chauve-souris des cachots !
—Ne l'appelle pas comme ça, Sev' est un très bon ami. Le meilleur que je me suis fait dans cette époque. Je sais que c'est étrange mais je n'y peux rien.
—Je sais que tu as du mal avec les maraudeurs et les amies de ma mère, mais tu as forcément un décalage, tu es censée avoir vingt-trois ans, pas dix-sept. Je ne t'en veux pas, je dois dire que tu étais magnifique dans ta robe de Poudlard.
—Vous m'avez vu ?
—Bien sûr, on veut savoir comment tu vas, qu'est-ce que tu deviens, lui répondit Ron, les yeux brillants.
—J'ai tellement peur ! Je ne vais jamais pouvoir réussir la mission, je suis détruite rien qu'en anéantissant le diadème. Comment pourrais-je réussir à tous les détruire ? Je veux tellement réussir Harry, je veux te donner la vie que tu n'as jamais eu, avec tes parents, Sirius, Remus… Je veux que tous les Weasley survivent, je veux que vous deveniez amis et que vous soyez heureux, même si vous n'êtes pas encore nés. Mais parfois, la vie m'abandonne, je n'ai plus la force de lutter contre la Mort, je l'ai rencontrée tellement de fois. Et ces marques que je porte sur mon corps, je me dégoûte. Vous devez avoir honte de moi !
—Tu entends ce que tu dis ? On ne pourra jamais avoir honte de toi ! Tu es notre meilleure amie, tu es la personne la plus forte que je connaisse. Tu vas réussir ! C'est pour cela que tu as survécu, tu es l'élue du Temps, l'élue de Poudlard. Ce n'est pas rien. Tu vas réussir la mission, sauver le monde, envoyer Voldemort six pieds sous terre et tu nous rejoindras quand tu seras une vieille sorcière, au moins aussi vieille que Dumbledore ! s'exclama Ron
Entre ses larmes, Hermione ne put se retenir de pouffer. Ils lui manquaient tellement.
—Et tu n'es pas seule, Remus est là pour toi et tu es là pour lui. Il te l'a déjà dit mais ne l'oublie pas. Il ne te connaît certainement pas comme Ron ou moi mais vous avez partagé plus de deux ans de vie commune, à chercher les Bijoux du Temps. Il a vécu beaucoup de choses aussi. La mort des maraudeurs l'a détruit, la guerre tout autant. N'oublie pas ça.
—Je sais Harry, mais nous sommes tous les deux tellement brisés que je ne veux pas le faire souffrir plus que nécessaire.
—Harry a raison, tu ne peux pas porter le poids du monde sur tes épaules ma vieille ! Hermione, on doit partir.
—Non ! Ron, Harry, vous ne pouvez pas me laisser, pas encore.
—On doit le faire. Nous ne faisons plus partie des vivants, tu dois le comprendre. Une dernière chose, tu ne pourras pas sauver tout le monde Hermione, c'est une guerre, il y aura des morts. Ne me privilège pas au détriment des autres.
—Tu ne peux pas me demander ça Harry, je te ferais passer avant tout le monde, je ne peux pas te promettre ça.
—Tu le dois. Je te le demande. Tu y arriveras Mione. N'oublie jamais que je t'aime. On sera toujours là pour toi. N'use pas la pierre au détriment de ta santé mentale, confie-la à quelqu'un qui l'utilisera à bon escient. Je t'aime Mione.
Harry s'effaça et il ne resta plus que Ron. Hermione pleurait à chaudes larmes désormais et ne se retenait plus. Elle avait essayé d'être forte devant ses amis, mais maintenant, elle ne pouvait plus.
—Harry a raison. Et moi aussi je t'aime Hermione, même si j'ai plus de mal à exprimer mes sentiments. Un dernier conseil, Harry a fait l'objet d'une prophétie, peut-être que toi ou Remus aussi ? Prends soin de toi. Nous sommes avec toi, dans ton cœur.
Ron s'effaça également, Hermione s'était précipité vers lui mais n'avait fait que le traverser. Il eut un sourire triste et suivit son meilleur ami dans la mort. Hermione s'était écroulée au sol, de longs sanglots brisant le silence de la forêt interdite. Elle avait été si heureuse de voir Harry et Ron, de pouvoir leur parler mais ce moment c'était écoulé bien trop vite à son goût et elle se retrouvait de nouveau seule. Elle serra la pierre contre son cœur et pleura pendant un long moment.
Cachée derrière un arbre, une personne avait assisté à la totalité de la scène, et bien qu'elle se doutait de quelque chose, cette discussion ne faisait soulevé que de nombreuses questions de plus. Elle s'approcha lentement d'Hermione et s'assit près d'elle, faisant sursauter la jeune femme.
—Bonjour Helena.
La sorcière la regarda déconcertée. Que faisait-elle là ? Avait-elle entendu la conversation ? Elle ne pouvait pas voir Harry et Ron, mais elle pouvait l'entendre, elle.
—Mary ! Mais, que, tu, bégaya l'élue du Temps.
—Pour répondre à ta question, oui je t'ai entendu. Je peux voir la pierre ? demanda-t-elle avec un petit sourire.
—Tu crois aux reliques de la Mort ?
—Bien sûr. Ma mère travaille sur la magie je te rappelle, mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir une. Elle est vraiment magnifique.
—Mary, qu'est-ce que tu fais là ?
—Je te tiens compagnie, tu pleures toujours et tu sembles au plus mal. Je suis désolée pour Harry et Ron. Je ne les connais pas mais ils devaient être de grandes personnes, tu ne t'attaches à personne, mais tu l'étais à eux. C'est ce qui me marque le plus. Tu sembles tellement inaccessible, tellement froide, mais aujourd'hui je t'ai vu comme tu es vraiment. Une très belle personne.
—Quelqu'un m'a dit un jour de devenir ainsi, aussi froide que de la pierre. Et j'ose espérer que c'est cela qui me permettra de gagner. Mais tu sais, je ne suis pas une bonne personne, j'ai tué, torturé des gens et au bout d'un moment, les entendre hurler ne me faisait plus rien, je ne ressentais plus d'empathie. Tous mes amis sont morts.
—Excepté Remus, dit la sorcière, d'un ton on ne peut plus calme. Elle l'avait dit, d'une façon si détachée qu'Hermione se demandait si elle avait bien entendu.
—Pardon ?
—Tu l'as très bien entendu Helena Grace, ou quel que soit ton nom, je sais que tu viens du futur.
Hermione était si hébétée, qu'elle avait ouvert la bouche en un parfait O et ses yeux paraissaient prêts à sortir de son crâne.
—Ma mère travaille sur la magie, y compris la magie du temps, même si elle n'a pas encore trouvé comment tu as atterri ici, avec ce que je lui ai raconté, elle a deviné que tu ne viens pas de cette époque.
—Je m'appelle Hermione Jean Granger.
Mary acquiesça, elle ne paraissait pas surprise qu'Hermione approuve son argument plutôt que de le réfuter.
—Et tu es ici pour sauver le monde. Tu viens de quelle année ?
—Je suis née le dix-neuf septembre 1979. Nous sommes partis en mars 2002.
—Tu as vingt-trois ans ? Tu ne les fais pas.
—Métamorphose humaine. Sans celle-ci, je fais plus vieille que je ne le suis. Je ne te montrerai pas mon physique, je ne suis pas belle à voir. Mon corps est zébré de cicatrices. Mais je dois avoir une photo.
Hermione sortit une image de son sac mais se retint avant de la tendre à la Gryffondor.
—Comment je peux être sûre que tu ne dévoileras à personne ce que tu m'as dit ?
—Je ne le ferais pas. Cela mettrait en danger ma mère, cela te mettrait en danger. Et tu es beaucoup trop importante.
Hermione lui donna alors la photo, représentant le trio d'or si connu à travers Poudlard, du moins à leur époque. Mary regarda la photo avec appréhension, comme si elle craignait de violer l'intimité d'Hermione et ses secrets. Son regard tomba sur un jeune homme roux, le sourire aux lèvres, resplendissant la joie de vivre, la copie conforme de celui qu'elle avait vu lorsqu'il avait travaillé la métamorphose humaine. C'était donc lui le dénommé Ron. A côté de lui se trouvait une jeune femme brune, aux yeux noisette, très belle, et ses cheveux étaient impressionnants, très emmêlés. La dernière personne était un garçon brun, aux yeux émeraudes cachés derrière une paire de lunettes rondes.
—C'est Harry.
—Harry Potter n'est-ce pas ?
—Il lui ressemble tellement, du moins physiquement, il ressemble bien plus à Lily au niveau de son comportement. Excepté pour le travail. C'est moi qui fais tout. Ils me manquent tellement.
Les larmes d'Hermione commençaient à perler au coin de ses yeux mais les ravala et inspira un grand coup.
—Comment est le futur ?
—Désastreux.
Hermione raconta alors l'histoire de sa vie, ainsi que celle de Harry, de Ron et de tous les autres. Elle omit de nombreux de détails, ne souhaitant pas raconter tout à Mary, on ne sait jamais vraiment qui pourrait avoir accès à ses souvenirs.
—Je vais faire un serment inviolable.
—Merci. Ce n'est pas contre toi, mais une phrase peut toujours s'échapper, les souvenirs peuvent être pris.
—Je m'entraînerai à protéger mon esprit.
Les deux femmes firent le serment ensemble, et gardèrent leur bras dans celui de l'autre un long moment, elles se fixèrent les yeux dans les yeux sans dirent un mot, scellant leur amitié et leurs secrets à cet instant précis.
—Je sais que les maraudeurs et les filles te poseront des questions, si tu veux tu peux leur dire que les meilleurs amis sont… morts. Mais rien d'autre.
—Je le ferais, et Helena, ou Hermione, se remémorer trop souvent le passé n'est pas bon. Tes amis sont en paix dans la mort. Ne les ramène pas trop souvent dans le monde des vivants.
—Je vais parler à Rem' de notre conversation, je veux que tu le saches.
Elles partirent chacune de leur côté, réfléchissant à l'étrange conversion qu'elles venaient d'avoir, Mary ne s'attendait pas à cela lorsqu'elle était entrée dans la forêt interdite et Hermione ne pensait pas que son secret allait être découvert aussi vite. Elles se dirigèrent vers la salle commune des Gryffondor pour l'une et vers la salle de défense contre les forces du mal pour l'autre, s'apprêtant à révéler de sombres secrets.
