« Ne me donnez pas d'ordres, je ne les respecterai pas de toute façon. »
Inconnu

Hermione et Remus avaient tous les deux horreurs des obligations. Malheureusement pour eux, la vie était une succession d'obligations et depuis qu'ils faisaient partie de l'Ordre du Phénix, première génération, ils étaient là pour éviter qu'une deuxième génération existe et devaient donc se fondre dans la masse. Le problème était simple, la grande partie des membres de l'Ordre était des sang-pur, à la limite des sang-mêlé, ils étaient donc tenus d'aller au bal organisé par le Ministère pour la nouvelle année.

Cela ne semblait en aucun cas concerner Remus et Hermione, c'était sans compter sur les maraudeurs, et plus particulièrement James et Sirius qui avaient décidé de les emmener avec eux. Après de nombreuses protestations, aucun des deux « camps » n'avait cédé et les deux maraudeurs avaient invité tout l'Ordre du Phénix. Minerva avait forcé les deux voyageurs du Temps à y aller, prétextant que cela renforcerait leur couverture, alors en plus de devoir à se rendre à ce bal ridicule, ils devaient apprendre le fonctionnement du Ministère de la magie espagnol si on leur posait des questions.

—Il est hors de question que je mette une robe pour ce fichu bal !

—Helena, tu ne vas pas aller à un bal en jean ? s'indigna Alice.

—C'est à cause de James et Sirius, je ne leur pardonnerai jamais ! Ne comptez pas sur moi pour sourire et danser, je resterai dans mon coin, ce sera très bien.

—Une robe, on pourra te l'acheter si tu veux. S'il te plaît, supplia-t-elle.

—Alice ! Pourquoi une femme devrait-elle mettre une robe pour être belle et élégante ? Je ne mettrais pas de robe, c'est mon dernier mot.

—Ne vous fatiguez pas trop, personne n'est plus têtu qu'Helena, vous ne la ferez pas changer d'avis, les avertit Remus.

—Elle ne nous avait pas encore rencontré, sourit Dorcas avec un étrange sourire sadique.

—Si par miracle vous réussissez, prenez lui une robe à manche longue.

Les deux filles sourirent et se tapèrent dans les mains, comme pour sceller leur pacte, faire porter à Helena Grace une robe.


Le matin du bal, Hermione combattait contre son mannequin, avec fermeté. Elle craignait la soirée qui arrivait. Elle savait que les filles ne la lâcherait pas, que les maraudeurs les embêteraient le plus possible, et avec sa malchance, elle devrait parler du fonctionnement du Ministère espagnol à un sorcier quelconque.

—Arrh

Elle poussa un cri de douleur, son adversaire venait de lui envoyer un coup de poing dans le bas du sternum, à l'exact rencontre entre sa cicatrice due à l'étranglement sanglant et la seconde, boursouflée oscillant entre le mauve et le rouge, qui n'avait toujours pas cicatrisé au fil des années. Bien que la dernière n'était pas visible pour autrui, elle était toujours là et faisait toujours mal lorsqu'elle était touchée trop violemment. D'un sort, elle éteignit son mannequin et tenta de reprendre sa respiration.

—Helena, ça va ? demanda Lily qui avait aperçu la scène.

—Tout va bien, d'anciennes cicatrices sont remontées à la surface, je ferais plus attention la prochaine fois.

—Je vais te chercher une potion anti-douleur.

—Non, vraiment Lily, je n'en ai pas besoin, j'ai—

—Connu pire, je sais. Mais tu as beau avoir souffert dans le passé, tu as la possibilité de moins souffrir, physiquement, à l'instant présent, alors viens avec moi.

Le regard de Lily força Hermione à lui obéir. Même si ce regard sévère n'était jamais apparu dans les yeux de Harry, la forme et la couleur restaient les mêmes. La sorcière ne pouvait délibérément affronter le regard de Lily sans retrouver Harry.

La jeune femme lui proposa de venir manger avec elle, ce qu'Hermione refusa, tout en lui apprenant qu'elle ne mangeait jamais le midi. Cela scandalisa Lily, comment pouvait-on sauter ainsi un repas ?

—C'est l'habitude, ne t'en fais pas, je mange largement à ma faim, le petit-déjeuner et le dîner me suffisent amplement. Il y a quelque temps, je ne mangeais qu'un repas par jour, tu vois je me suis améliorée.

—Si je vois que tu ne te nourris pas correctement, tu auras affaire à moi, je te préviens.

Hermione sortit de la maison et se dirigea vers le parc d'à côté. Elle alluma une cigarette et observa avec émotion les enfants jouer tranquillement. Cette période innocente était révolue depuis bien longtemps, mais honnêtement, elle ne voulait pas y retourner. Elle ne connaîtrait pas encore Harry et Ron, la magie, Poudlard, ses amis, Remus, et tout cela faisait partie intégrante de sa vie.

—Excusez-moi, mais vous ne pouvez pas fumer dans le parc. Le tabac n'est pas bon pour les enfants, lui dit alors une grand-mère, qui surveillait ses petits-enfants.

—Oh, je suis désolée. Cela ne se reproduira plus.

—Vous semblez triste, qu'est-il arrivé pour qu'une aussi belle et jeune femme que vous semble aussi désespérée ?

—La vie. Ma jeunesse et ma beauté n'ont rien à voir là dedans. La vie nous donne des coups et je ne m'en suis toujours pas relever. Bonne journée, Madame.

Hermione partir froidement et ralluma une nouvelle cigarette, le regard froid. Qu'on lui dise de ne pas fumer dans un lieu public, elle le comprenait, mais qu'on vienne lui dire que parce qu'elle était jeune et belle, elle ne pouvait pas souffrir, cela la mettait hors d'elle.


Au plus grand malheur des deux voyageurs du Temps, la journée passa rapidement, et l'heure de se préparer arriva. Remus avait revêtu la robe de soirée qu'Hermione lui avait offert à son anniversaire, et était redescendu dans le salon. Les sorciers étaient impatients d'y aller, mais c'était loin d'être le cas d'Hermione, ils ne savaient pas encore qu'ils allaient devoir attendre longtemps, très longtemps. Sirius et son lui-jeune n'étaient pas là non plus, mais connaissaient la manie de Sirius pour être toujours en retard, cela n'avait rien d'étonnant.

Un hurlement de rage le fit sursauter et il vit Hermione, vêtue d'une robe noire, ses cheveux bouclés élégamment, descendre en furie.

—Comment avez-vous osé ? Je ne voulais pas de stupide robe ! Ni de cet affreux maquillage moldu ! Et je ne sais pas marcher avec des chaussures à talon ! Pourquoi vous ne pouviez pas respecter mon choix !

La sorcière ébouriffa ses cheveux, mais ils reprirent leur place quelques secondes plus tard, elle ne pouvait enlever la robe ou les chaussures, ne pouvait se démaquiller, les filles avaient pensé à tout.

—Tu n'allais pas te rendre à ce bal en jean.

Hermione sembla sur le point de répliquer quelque chose, mais elle s'aperçut que tout ce qu'elle pouvait dire n'y changerait rien.

—Très bien, je vais porter cette foutue robe.

—Tu n'as pas le choix.

—Mais par Morgane, enlevez-moi ce maquillage et ces foutues chaussures !

—Et tu vas y aller comment ? En chaussure de sport ?

Lily eut pitié d'Hermione, et peur des représailles, elle n'avait jamais vu un regard aussi noir, lui enleva le maquillage et lui mit des sandales à la place des escarpins.

—Voilà. Et qu'est-ce que font des amis Potter ? s'impatienta Alice.

—Je ne sais pas, je vais les voir.

—J'y vais, allez-y, vous êtes beaucoup trop impatientes.

—Qui ne nous dit que tu ne nous feras pas faux bond ?

—On y va, coupa Lily en soupirant, ses amies étaient insupportables, tout cela pour un stupide bal organisé par le Ministère.

La jeune femme ne comprenait peut-être pas l'importance de celui-ci, elle n'y était jamais allée auparavant, mais c'était certainement une tradition de sang-pur qu'elle trouvait incroyablement hypocrite. Peu de membres de l'Ordre faisait confiance au Ministre pour gérer la guerre, et ils y allaient tous le saluer et le féliciter pour son travail. Cela n'avait aucun sens, mais elle était une née-moldue, elle n'avait pas son mot à dire sur les traditions de sang-pur, aussi discriminant que cela soit.

Hermione monta chercher les deux maraudeurs manquant, elle frappa à la porte de Remus, mais n'entendant pas de réponse y entra, il n'y était pas. Elle entra alors dans la chambre de Sirius, sans penser à frapper. Ce qu'elle vit la laissa bouche bée. Sirius et Remus étaient dans un lit et s'embrassaient avec passion, ne laissant aucun doute sur leurs activités.

—Par Morgane ! Enlevez-moi ces images.

Elle s'enfuit de la chambre toujours hallucinée. Elle faisait les cents pas dans le couloir. Sirius et Remus ? Honnêtement, elle y avait déjà pensé, lorsqu'elle les avait vu à la cabane hurlante en troisième année, mais elle avait vite chassé cette idée de son esprit. Sirius était a priori le plus grand coureur de jupon de Poudlard et Remus était marié à Tonks, ils avaient eu un fils.

Les deux hommes étaient sortis de la chambre et Merlin merci, ils s'étaient rhabillés. Ils se regardèrent, gênés et Sirius prit la parole en premier.

—Grace, ce n'est pas ce que tu crois !

—Vous ne vous embrassiez pas, à moitié nu dans un lit ?

—C'est exactement ce que tu crois, se renfrogna le jeune homme. Ne dis rien à personne !

—Je ne peux rien cacher à Rem'. Mais vous devriez avertir James, il a faillit monter à ma place. Il n'y a rien de mal à cela.

—Ça ne te dégoûte pas ?

—Pourquoi ça me dégoûterait ? Qu'est-ce qui vous prend ? Je ne dirais rien. Je veux juste m'enlever ces foutues images de mon esprit.

—Qu'est qu'i enlever ? Tu as vu deux corps de dieux, beaucoup de filles en rêverait.

—Je ne suis pas comme tout le monde, grimaça-t-elle. Le bal a déjà commencé, et même si je n'ai aucune envie d'y aller, j'ai promis de vous y emmener.

Elle tourna les talons et descendit voir Remus, qui l'a regardait étrangement.

—Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je ne t'ai jamais vu faire cette tête.

Elle lui fit un signe de la main, lui expliquant qu'ils en parleraient plus tard. Elle appela les deux maraudeurs qui descendirent avec le sourire aux lèvres. Ils transplanèrent tous les quatre et se séparent, Sirius et Remus partirent retrouver leurs amis et les voyageurs du Temps restèrent à l'entrée.

—Félicitations, tu es en couple ! dit-elle avec la voix la plus neutre possible, se retenant de sourire, mais elle n'y tint plus en voyant la tête que faisait Remus et pouffa de rire.

Elle vit presque de la fumée sortir des oreilles de son ami tellement il réfléchissait.

—D'accord, Mon moi-jeune est en couple. Mais avec qui ?

La solution apparut devant ses yeux et il ouvrit la bouche sous le choc.

—Sirius ?

—Tu ne m'avais jamais dit que tu avais eu des sentiments pour lui.

—On n'a jamais parlé de ça Hermione. N'y toi, ni moi. Mais je n'aurais jamais pensé que mes sentiments auraient pu être réciproque, fit-il pensif.

—Je n'aime pas vraiment en parler, parce que ça me rappelle mes viols, commença-t-elle. Mais la première personne avec qui j'ai couché, c'était Harry, fit-elle après un temps d'hésitation, le plus sérieusement possible.

Pour la deuxième fois de la soirée, Remus ouvrit grand la bouche et s'étouffa avec sa coupe de champagne.

—Je croyais que tu le considérais comme ton frère. Harry et toi ? Je ne m'en serais jamais douté.

—Il n'y avait aucun sentiment amoureux entre nous. Pour tout de dire, je ne m'en souviens pas. Il y avait une fête dans la salle commune, l'alcool coulait à flot, j'avais beaucoup trop bu, Harry aussi. Une chose en entraînant une autre, on s'est retrouvé dans la salle sur demande. Le lendemain, on s'est réveillé nu, dans un lit. Il n'y avait pas vraiment de doutes possibles. Mais je ne regrette pas, on s'est expliqué et il n'y a pas eu d'ambiguïté. C'est pour ça que je ne dis pas que Harry était comme mon frère, je ne suis pas fan de l'inceste. La deuxième personne, c'était Ron, le soir de la Grande Bataille. J'ai eu peur qu'il se fasse des fausses idées, je crois qu'il m'aimait, mais il a comprit que je ne l'aimais pas ainsi, on en ait resté là. Voilà, tu sais tout. Les deux seuls personnes avec qui j'ai couché avec consentement était Harry et Ron, même si je ne me souviens de rien avec Harry.

—Je n'aurais jamais imaginé cela. Harry et toi ? Autant Ron, j'avais remarqué les regards qu'il te lançait, mais Harry. En même temps, vous étiez si fusionnels, si inséparables que ce n'est pas si surprenant.

Remus hésita à continuer mais puisque Hermione s'était confié à lui...

—Moi, c'était Lily, fit-il avec un sourire en coin avant de rire en observant la tête d'Hermione.

—Lily ! s'étouffa-t-elle. Mais comment ?

—Helena ! Remi ! Vous ne savez pas que le bal se déroule à l'intérieur ? Venez, les interpella Alice.

Hermione marmonna à Remus, on en restera pas là, tu vas tout m'expliquer, avant de suivre la jeune femme qui s'impatientait. Elle arriva dans une salle remplie de monde, ce qu'elle détestait par dessus tout, il y avait bien une raison à déjeuner tous les matins le plus tôt possible lorsqu'elle était à Poudlard. Cela lui rappelait la Grande Bataille, bien qu'elle était incapable de savoir pourquoi. Remus vit que son amie était crispée et sentit la crise de panique arriver posa sa main sur son épaule et lui assura que tout allait bien se passer.

—Allons danser, tu ne seras pas obligé de tenir la conversation.

Remus entraîna son amie sur la piste de danse, où de nombreux couples virevoltaient au son de la musique. C'était une valse, et heureusement pour eux, ils savaient la danser.

—Je ne savais pas que tu dansais.

—Mon grand-père m'a appris lorsque j'étais enfant. Il disait que tout le monde devait savoir danser, en particulier la valse, la danse la plus classique. Et toi ?

—Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est Dora qui m'a appris. Elle adorait ça, et malgré mon appréhension, tu connais sa maladresse, elle ne m'a pas marché une seule fois sur les pieds.

Les danses s'enchaînaient, sans qu'ils ne s'arrêtent, danser ainsi leur procurait un semblant de liberté, même si cela pouvait paraître idiot, cela les détendait. A la fin de la septième danse, ils décidèrent de faire une pause et Remus partit se chercher un verre. Hermione, elle, se tenait à l'écart de la piste de danse, aussitôt elle s'était arrêtée, des inconnus sortis de nulle part étaient venu l'aborder, elle avait décliné leur invitation, elle ne voulait pas danser, encore moins avec des personnes dont elle ignorait tout.

—Tu veux un verre ? lui demanda Sirius, qui la fit sursauter.

—Non merci, je ne bois pas d'alcool.

—Faux, je t'ai vu avec une bière au beurre il y a trois jours.

—Les commerçants peuvent en vendre à des gamins de treize ans, je n'appelle pas ça de l'alcool.

—Pourquoi tu ne bois pas ? Tout le monde aime boire.

—Je sais. Je suis la première à apprécier un bon verre de whisky pur feu. Mais je ne peux pas me le permettre. Une attaque peut si vite arrivée. Il faut que je garde la pleine possession de mes moyens, quelque soit le jour de l'année, l'heure de la journée.

—Il faut que tu décompresses ! Un verre n'a jamais tué personne !

—Et bien si, fit-elle d'une voix glaciale. Il avait quatre ans de moins que moi. Je n'ai pas su le protéger, parce que mes réflexes ont été modifié avec cette foutue bouteille de whisky pur feu. Alors je ne peux pas boire, sachant que cela a déjà coûté la vie de quelqu'un. Tu ne peux pas comprendre. Bien sûr que j'aime l'alcool. Si on n'était pas en guerre, tu pourras être sûr que je serais déjà bourrée, avant même d'avoir franchi les portes d'entrée ! Mais on est en guerre, à l'heure où je te parle, des moldus sont assassinés. Toutes les personnes importantes et haut-placée du Ministère sont là, si les mangemorts veulent prendre le pouvoir, cette soirée serait une occasion parfaite. C'est pour ça que j'ai accepté de venir. Pas uniquement pour vous faire plaisir.

Hermione jeta un regard noir au jeune homme, avant de s'éloigner à grandes enjambées de lui. Elle en avait marre. Marre qu'on la juge à chacune de ses actions, sans même connaître son passé. Marre de s'efforcer de cacher ses secrets. Marre qu'on la force à faire des choses dont elle n'avait pas envie.

—Tu danses ?

Retenant un soupir contre la personne qui l'avait, encore, importunée, elle répondit froidement qu'elle ne dansait pas.

—Tu pouvais me le dire gentiment. Je ne t'en aurais pas voulu. Je t'ai vu danser avec Remi, au moins j'ai tenté ma chance.

—Je ne t'avais pas reconnu Benjy. Désolée. Je ne suis pas ici pour m'amuser et puis Rem', c'est Rem'. Il m'aurait trainé sur la piste de danse si je n'avais pas accepté.

—Tu étais déjà allée dans un bal comme ça en Espagne ?

Hermione secoua la tête et inventa une excuse comme quoi ses parents ne faisaient pas partie du Ministère et que seuls les employés de celui-ci étaient conviés. Le jeune homme n'insista pas et changea de sujet. Ils se rendirent compte qu'il était bientôt minuit et Benjy rejoint sa famille, tandis que Hermione se précipita vers Remus. Ils regardèrent tous les deux en silence les sorciers faire le décompte.

—BONNE ANNÉE ! crièrent-ils d'une même voix.

—Elle ne peut pas être pire que celles qu'on a vécu, lança Hermione, le visage sombre.

—1979. Je ne pensais pas la revivre.

—Super, je vais naître dans neuf mois, dix neuf jours et vingt-deux heures trente-sept, railla Hermione.

—Je pense qu'on a largement tenu notre promesse. On rentre ? proposa Remus, qui obtint immédiatement l'accord d'Hermione, elle avait déjà été forcée à venir, elle n'attendait qu'une chose, c'était s'échapper de là.

Ils informèrent Dorcas, Alice était trop occupée à embrasser Frank et transplanèrent. Ils avaient choisi de s'éloigner du QG et avaient atterri au bord de la mer.

—Rem' ! Tu ne m'as pas emmené ici ! s'offusqua-t-elle.

Parmi tous les endroits du monde où il y avait la mer, Remus avait choisi de l'emmener à Aberdeen, là où ils avaient débarqué après avoir traversé la Mer du Nord. Hermione avait été malade toute la traversée et gardait un très mauvais souvenir de cet endroit.

—Je voulais voir ta tête, je ne suis pas déçu. Regarde, tu avais vomi dans cette poubelle une fois sur la terre ferme.

—Remus !

—Ça fait longtemps qu'on ne m'avait pas appeler ainsi. C'est presque bizarre que tu m'appelles comme ça. C'est Rem' maintenant. Je crois que je ne me ferais jamais à Remi. Il me faut toujours un temps d'adaptation pour savoir que c'est à moi qu'on parle.

—Moi aussi. Rem', c'est aussi pour ne pas me tromper. Je crois que je serais incapable de t'appeler Remi devant tout le monde, tu t'appelles Rem'. Remus, c'est ton toi-jeune. Enfin, c'est aussi toi, mais c'est compliqué à expliquer.

—Je comprends. Je suis toujours mal à l'aise en leur présence. Les maraudeurs ne savent pas qui je suis. C'est comme si je me voyais dans un miroir, vingt plus jeune que je ne le suis. C'est extrêmement perturbant.

—D'ailleurs on a été coupé, tu n'as pas pu finir tes explications. Lily, hein ?

—J'espérais que tu oublies, mais je savais au fond de moi que tu n'attendais que ça pendant toute la soirée. C'était en cinquième année, je venais de perdre ma mère et j'avais l'impression que les maraudeurs ne pouvaient pas me comprendre. On a commencé à travailler ensemble à la bibliothèque, son amitié avec Severus venait de se terminer et elle n'était pas très bien. On a beaucoup parlé, elle m'a dit qu'elle avait perdu ses grands-parents l'année précédente et m'a aidé à surmonter cette épreuve. Un soir, on a dérapé et couché ensemble. Je ne l'ai jamais dit à James, il était tellement obsédé par Lily qu'il m'aurait tué.

—Il ne l'a jamais su ?

—Je n'en sais rien, Lily lui a peut-être dit mais il ne m'en a jamais parlé. Ensuite, il y a eu Mary. On est resté ensemble pendant six mois.

—TU ES SORTI AVEC MARY ! Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ?

—Ce n'est pas quelque chose qu'on place facilement dans une conversation. Tiens Hermione, passe moi du chocolat et ah, tu savais que je suis sorti avec Mary, une de tes amies ?

—Tu aurais quand même pu me le dire. Pourquoi ça s'est terminé ?

—On était trop différent et puis, je ne lui avais pas dit que j'étais un loup-garou, j'avais peur de sa réaction et on ne se correspondait pas totalement. Je n'ai jamais eu d'autres relations sérieuses avant Nymphadora.

Hermione ne répondit pas et serra Remus dans ses bras. Ils regardèrent tous les deux là mer s'agiter sans dire un mot. Après un rapide coup d'œil à sa montre, Hermione manqua de s'étouffer, il était trois heures quarante-cinq. Ils se décidèrent à rentrer au QG. Ils atterrirent directement dans le salon, sous les regards interloqués d'Alice de Dorcas et Lily.

—Où étiez-vous passés ? On vous a cherché partout.

—On vous a dit qu'on partait !

Lily sembla comprendre et soupira.

—Vous l'avez dit à qui ?

—A Dorcas. Alice était trop occupée à tripoter Frank.

—Petite leçon, ne jamais rien dire d'important à Dorcas après vingt-deux heures dans une soirée, elle est complètement bourrée et ne se souvient jamais de rien.

—Merci du conseil, il aurait été préférable qu'on le sache avant.

—Vous étiez où ?

—La curiosité est un vilain défaut. Tu ne connais pas cette expression ? On était à Aberdeen.

—Qu'est-ce que vous foutiez à Aberdeen ? marmonna Dorcas, qui n'avait semblait-il, toujours pas décuvé.

—Je voulais remémorer quelques souvenirs à Helena. Je ne connaissais pas bien cette ville, mais depuis qu'elle a...

—N'ose même pas raconter cette histoire ! Tu auras affaire à moi.

—Je ne comptais pas le faire. Ton secret est bien gardé.

—Eh, je voulais connaître cette histoire moi !

—Dommage pour toi Alice.

Les deux élus montèrent dans la chambre qu'il partageait et se couchèrent. Pour une fois, Hermione s'endormit rapidement et ce fut Remus qui ne trouva pas le sommeil et partit se balader dans le parc.


Les deux semaines suivantes passèrent rapidement, sans aucun événement majeur. Hermione et Remus s'entraînaient toujours autant, ils avaient commencé un nouveau genre de combat, un combat contre leur passé. Leurs souvenirs étaient trop importants, trop douloureux pour en faire abstraction mais ils ne pouvaient plus se permettre de se faire consumer par eux, en particulier Hermione. Elle n'avait pas eu de nouvelle crise depuis un petit moment, mais elle savait qu'elles finiraient —malheureusement— par revenir.

En cette nuit du seize janvier 1979, Hermione, comme à son habitude, fumait sa cigarette dans le parc. Remus était parti la veille pour une mission avec deux autres membres de l'Ordre et comme à chaque fois qu'il partait, elle ne se sentait pas très bien. Son ami lui manquait énormément. Ils avaient vécu tellement de choses ensemble, jamais lors de son premier cours de défense contre les forces du mal, elle n'aurait imaginé devenir aussi proche de cet homme. Harry et Ron seraient toujours des cas à part, mais Hermione considérait désormais Remus comme son meilleur ami. Il était passé devant tous les autres, excepté les deux imbéciles de Gryffondor qui lui servait d'amis, comme elle aimait les appeler il y a quelques années.

—Tu sembles bien perdue dans tes pensées ce soir.

Hermione ne se retourna pas, elle prit une autre taffe, sans se soucier de l'homme qui l'avait rejointe. Elle n'avait pas besoin de le voir pour reconnaître sa voix.

—Tu as fini de m'éviter ?

—Je ne t'ai jamais évité ! rétorqua-t-il un peu trop vite.

—Depuis que je vous ai vu toi et Lupin dans cette chambre, vous ne m'avez pas adressé la parole, ni même un regard. Pas que je m'en soucie, mais j'appelle cela éviter quelqu'un .

—Tu n'as posé aucune question.

—Ce n'est pas l'envie qui me manquait, mais vous étiez mal à l'aise alors... je n'allais pas vous emmerder avec ça, ma curiosité peut attendre.

—Remus avait peur que tu le dises à Cornedrue.

—Ce n'est pas à moi de le faire. Mais plus vous attendrez, plus il vous en voudra de lui avoir caché cela. Ça fait combien de temps d'ailleurs ?

—Un peu plus d'un an.

—Vous avez vraiment été très discret, je ne me suis doutée de rien.

—Tu ne peux pas tout savoir.

—Maintenant si.

—Le pire c'est un peu toi qui nous a rapproché. James était avec Lily, Peter toujours quelque part et lorsqu'on se retrouvait tous les quatre, tu rajoutais toujours un mystère de plus. Rem' et moi on avait tous les deux besoin de parler et puis...

Hermione resta silencieuse après la tirade de Sirius. C'est vrai que si elle n'avait jamais été dans le passé, ils ne se seraient jamais mis ensemble, mais ce n'était tout de même pas grâce à elle. C'était eux qui avaient eu le courage de s'avouer leurs sentiments. Elle avait l'impression que dans cette réalité, tout devenait plus pressant, comme si la guerre commençait plus rapidement.

—T'en veux une ? proposa-t-elle en désignant son paquet.

Sirius accepta puis la consuma rapidement. Il jeta son mégot sur le sol, sous les yeux noirs d'Hermione.

—Qu'est-ce qu'il y a ?

—Tu es au courant que tu viens de polluer cinq-cent litres d'eau. On est des sorciers. La magie nous permet de faire disparaître des choses et on ne s'en sert même pas pour sauver notre planète.

D'un coup de baguette, elle fit disparaître le mégot de Sirius ainsi que le sien, avant d'en reprendre une autre.

—Tu as pour objectif de te siffler un paquet entier ?

—Notre conversation d'il y a quelques mois tient toujours. J'attends encore la mort avec impatience, désolée de te décevoir.

—Pourquoi tu déprimes autant ?

—Ce soir ou tout le temps ?

—Les deux.

—La vie ne m'a jamais fait de cadeau. Enfin si, jusqu'à mes douze ans. J'ai eu de la chance de grandir dans une bonne famille, avec des parents qui m'aimaient, mais la suite n'a été qu'un enchaînement d'épreuves, toutes plus dures les unes que les autres. J'aurais dû mourir une bonne dizaine de fois. Je ne compte même plus combien de personnes se sont sacrifiées pour moi, pour que je sois là aujourd'hui. Je ne le mérite pas. Je ne vais pas se raconter ce que j'ai subi, ce n'est pas une nuit pour les films d'horreurs. Quant à ce soir, Rem' me manque.

—Tu ne l'appelles jamais Remi ?

—Non, répondit-elle d'une voix plus froide qu'elle ne l'aurait souhaitée. C'est mon pilier, je n'aime pas être séparée de lui. J'ai l'impression qu'on ne peut plus se protéger l'un et l'autre, et je déteste ça.

—Vous avez vraiment vécu des choses atroces tous les deux.

—Tu ne peux même pas imaginer. Je vais rentrer, tu viens ou tu restes ?

—Je vais rester encore un peu, j'ai besoin d'être seul.

Hermione hocha la tête, et partit silencieusement. Elle savait ce que c'était avoir des insomnies et comprenait le besoin de solitude du Gryffondor. Ses amis n'étaient pas là ce soir, Peter était sûrement chez les mangemorts, Remus était parti fêter l'anniversaire de son père avec celui-ci et James et Lily profitaient d'une soirée en amoureux.

Hermione passa la porte, heureuse d'avoir su retenir ses larmes lorsqu'une détonation retentit. Elle vit la maison exploser. Elle se sentit expulsée à plusieurs mètres de là. Des corps volèrent à travers les flammes tels des phénix enflammés. Hermione essaya de se redresser et d'apercevoir des blessés mais n'y parvint pas. Doucement, sa conscience s'envola pour laisser place à un trou noir.