« Un cœur plein d'amour et de compassion est la principale source de force intérieure, de volonté, de bonheur et de tranquillité mentale »
Inconnu

Frank Londubat angoissait. Dans quelques heures à peine, il serait marié. Beaucoup de mariés angoissaient à la dernière minute, mais son angoisse à lui était différente. Il n'avait pas de doutes sur son amour pour Alice ou sur l'amour qu'elle lui portait, mais il craignait une attaque.

Ils étaient en pleine guerre depuis des mois, presque de années. Voldemort n'était pas encore connu lorsqu'il avait commencé ses études d'auror. Certes, des meurtres étranges et des disparitions de plus en plus fréquentes arrivaient, mais ce n'était rien comparé à l'angoisse de voir apparaître la marque des ténèbres ou les familles décimées qu'il y avait ces derniers mois. Frank n'avait pas choisi d'être auror pour combattre les mangemorts comme c'était le cas de la majorité de la promotion d'Alice. Non, Frank voulait être auror pour que les générations futures aient un meilleur avenir, pour que le plus grand nombre de criminels soient hors état de nuire lorsque ses enfants entameraient leur vie d'adulte. Il savait que sa vision était utopique, elle l'était déjà avant l'arrivée de Voldemort, mais maintenant... Il souhaitait juste que cette abomination soit vaincue le plus rapidement possible, en faisant le moins de morts du côté des aurors, de l'Ordre du Phénix et des civils.

Il y avait une autre raison qui avait poussé Frank à devenir auror. Son père. Son père avait été le héros de sa jeune enfance, un super-héros qui sauvait les gentils et enfermait les méchants à Azkaban. Frank idolâtrait son père. Il ne le voyait pas tant que cela, il était souvent en mission, mais Frank l'adorait. Son enfance se brisa lorsqu'un soir, un hibou vint délivrer à sa mère une lettre dans une enveloppe noire. Avant même de l'ouvrir, elle s'était effondrée. Ce fut Frank, du haut de ses six ans, qui lut la lettre à voix haute, il ne savait lire qu'ainsi de toute façon. Il se rappelait vaguement demander à sa mère ce que voulait dire les mots compliqués de la lettre. Sa mère l'avait pris dans ses bras, lui expliquant que son père était mort. Frank n'avait pas compris, il ne savait pas qu'est-ce qu'était la mort. Il n'avait que six ans. Ce fut bien des semaines après, lorsqu'il trouvait que la mission de son père était bien plus longue que d'habitude qu'il questionna à nouveau sa mère sur l'absence de son père. Ce fut ce jour-là que Frank apprit la signification de « mort par explosion ».

Frank était devenu auror en hommage à son père mais il savait également que c'était une vocation. Il adorait être sur le terrain, à mener des enquêtes, même si depuis quelques mois, cela se résumait plutôt à coincer des mangemorts dans l'allée des embrumes. Il savait que certaines personnes ne voyaient qu'en lui l'auror Londubat Junior, le fils de l'illustre Auror Londubat, un des meilleurs aurors de sa génération, toujours accompagné d'Alastor Maugrey, jamais l'un sans l'autre sur le terrain. C'était d'ailleurs lors de l'explosion qui avait coûté la vie au père de Franck que Maugrey avait été défiguré. L'auror lui avait parlé quelques fois de son père, mais il n'était pas très bavard alors Frank n'insistait jamais.

Mais aujourd'hui était un jour particulier et plus encore que tous les autres, Frank aurait aimé que son père soit là. Il avait géré lorsque tous les garçons de son âge s'étaient tournés vers leur père à plusieurs moments de leurs vies. Il avait passé outre les regards de pitié lorsqu'il disait que son père était mort où que les quelques personnes au courant de la véritable tragédie faisaient le lien avec son nom de famille. Il avait écouté ses amis parler de toutes les choses formidables qu'ils faisaient avec leur père, entre hommes, avant de lui jeter un petit sourire d'excuse, c'est vrai, lui n'avait pas de père. Entre hommes, Frank avait toujours détesté cette expression. Il n'avait pas été seulement confronté à des femmes lors de son enfance, il y avait eu son grand-père, ses oncles. Mais ne pas avoir de père l'avait comme rendu disgracieux aux yeux de la société.

Frank avait hérité de son titre de Lord à six ans. Honnêtement, il se foutait royalement de ce titre mais comme tous les sangs-purs, il avait dû s'y faire. Il était trop jeune pour avoir de telles responsabilités.

Frank secoua brusquement la tête. Ce n'était pas le moment de repenser à tout cela. Certes, son père lui manquait terriblement, mais ressasser les moments peu joyeux de sa jeunesse n'était pas bénéfique pour son angoisse. Il allait se marier il était heureux, et il n'y avait aucune raison que les mangemorts débarquent au mariage de deux sangs-purs, même si leurs idées étaient diamétralement opposée.
Il soupira un bon coup et rejoignit sa mère pour la cérémonie. Les invités étaient déjà là. Il ne s'attendait certainement pas à ce qu'il y en ait autant. Ils avaient invité leurs amis, les membres de l'Ordre et quelques collègues mais la mère de Frank avait insisté pour rajouté quelques personnes à la liste. Aucun des deux futurs mariés n'avaient émis d'objection, on ne disait pas non à Augusta Londubat.

Alice aussi angoissait de son côté. Elle n'aimait pas vraiment les grands rassemblements et connaissant sa belle-mère, il allait y avoir beaucoup de monde. Elle avait peur de trébucher devant tout le monde, il fallait dire qu'elle pouvait être très maladroite lorsqu'elle s'y mettait, mais elle ne voulait pas faire honte à sa famille ou à Frank. Mais Alice était heureuse, elle allait enfin épouser l'homme qu'elle aimait depuis des années. Lily était avec elle, très belle dans sa robe bleu nuit et l'aidait à se préparer. Les deux femmes savaient que les fantômes de Mary et Dorcas planaient au-dessus d'elle, c'était inévitable pour un événement comme celui-ci.

—Tu crois qu'elles seraient fières de ce qu'on est devenue ? demanda Alice, tremblante.

—Comment pourraient-elles ne pas l'être ? Malgré tout, nous réussissons à avancer, nous sommes heureuses, mais nous ne les oublions pas. Elles sont là avec nous, j'en suis sûre, regarde, Dorcas avait raison, c'est toi qui te marie en premier !

En cinquième année, les quatre filles avaient fait des paris sur qui se marierait en première, Dorcas et Lily étant persuadé que ce serait Alice, la jeune femme était déjà avec Frank à l'époque, tandis que Mary était persuadée que Lily se marierait d'abord. Dorcas, bien que la vie lui ait été enlevée trop tôt, n'était pas du genre à prendre des décisions hâtives comme un mariage et pour être honnête, Lily et Alice avaient toujours soupçonnée que les hommes n'étaient pas vraiment ce qu'elle recherchait, et même si c'était selon elles plus qu'absurde, seuls les mariages entre un homme et une femme étaient autorisés. Quant à Mary, elle avait toujours affirmé qu'elle ne voulait pas se marier, leur sortant une liste d'argument contre à chaque fois que le mot « mariage » était prononcé.

—Mary avait tout de même senti qu'on serait proche. Le tien avec James ne devrait pas tarder, n'est-ce pas ?

—Ce n'est pas du tout au programme, affirma farouchement Lily.

Alice lui jeta un regard explicite et son sourire en coin montrait qu'elle n'en pensait pas moins. Mais pour l'heure, c'était son mariage à elle qui avait lieu.

Elle était heureuse, tout le monde pouvait en témoigner. Son sourire éclatant qui était on ne peut plus vrai, le pétillement dans ses yeux, tout cela attestait de l'état de bonheur qu'Alice possédait. Frank était dans le même état. Ils avaient tous les deux le même sourire niais. La cérémonie avait été très belle, simple, ils avaient au moins pu obtenir cela d'Augusta, mais cela leur avait amplement suffit.

Leur mariage était une ode à l'amour. Une célébration de ce qui les rendait si différent de ceux qu'ils combattaient tous les jours. L'amour qu'ils recevait de l'autre leur donnait de la force et l'amour qu'ils portaient à l'autre leur donnait un courage que n'importe qui pouvait envier. Ils s'aimaient et rayonnaient. Leur amour paraissait invincible et il l'était. Le futur l'avait prouvé et le prouverait à nouveau.

Alice et Frank Londubat. Leur mariage, tous ceux qui étaient présents se souviendraient de la lumière qui les avait entourés lors de l'échange des vœux. La magie elle-même approuvait leur union. Lily n'avait jamais entendu parler d'une telle chose, mais cela paraissait important. D'après James, cela montrait que leur amour était pur, et pur depuis le début. Leurs sentiments étaient vrais, et c'était incroyable que cela arrive à des amis.

Les jeunes mariés profitaient de leur soirée, Alice n'avait pas trébuché pendant la cérémonie mais pendant la danse, mais c'était si léger que Frank l'avait rattrapé. Cependant, le sorcier pensait que ce déséquilibre n'était pas dû à sa maladresse mais plutôt à l'alcool que James et Sirius avaient rajouté discrètement dans les boissons, ou du moins avaient pensé être discrets.

Le plus surprenant pour Frank, c'était que tout le monde avait eu l'air de s'amuser. Peut-être que c'est cela dont avait besoin les gens. Célébrer de bonnes nouvelles, oublier le monde dans lequel ils vivaient, oublier le négatif et se concentrer uniquement sur le positif. Cela faisait du bien. D'être heureux tout simplement.

Le mariage se termina aux alentours de six heures du matin, les convives se partirent et les jeunes mariés se retrouvèrent seuls dans une des chambres du manoir.

—Madame Londubat est-elle heureuse ?

—Très heureuse Monsieur Londubat.
Alice détacha lentement sa robe de mariée mais Frank la coupa dans son geste et préféra le faire lui même.

—Tu sais, je crois qu'elles étaient là, avec moi. Mary et Dorcas, je les ai senties pendant que je remontais l'allée. Et mes parents aussi étaient là.

Frank hocha la tête, il avait senti la présence de son père lui aussi. La magie pouvait toujours les surprendre, même eux, sangs-purs de leurs états.

—Tu te rends compte ? Ça y est, on est marié !

—Et qu'est-ce que tu veux faire maintenant que nous sommes mariés ?

—Ça va te surprendre, mais je crois que je veux un bébé, déclara la sorcière.

Alice savait que c'était de l'inconscience pure de vouloir un enfant pendant la guerre, mais c'était viscéral. Elle avait toujours su qu'elle voudrait des enfants, plusieurs si possible, mais elle était encore très jeune, pourtant, elle sentait que le moment était venu, elle ne savait pas très bien pourquoi d'ailleurs.

Frank avait les yeux grands ouverts devant ce que sa femme venait de dire, il ne réalisait pas vraiment.

—Mais tes études ? Tu t'es tellement investie dedans.

—Je ne compte pas abandonner mon rêve Frank. Je sais que nous sommes en guerre, que nous pouvons mourir à chaque instant, mais je veux vraiment un bébé.

Le visage du sorcier s'éclaira, lui aussi, étant enfant unique avait très tôt voulu plusieurs enfants, mais il pensait sincèrement que c'était bien trop tôt pour Alice. Ils savaient tous deux que la guerre était là, qu'ils auraient de la chance d'être sain et sauf à la fin de celle-ci. Mais Frank mit ses doutes de côté, il ne pensait plus à la charge qu'était un jeune enfant alors que ses parents travaillaient et combattaient énormément, il mit de côté sa crainte de voir ses enfants grandir sans l'un, voire leurs deux parents.

—Alors faisons-le ce bébé.

Et le jeune homme fondit sur les lèvres de sa femme.