« Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir. »
Anatole France
Fabian transplana au QG accroché au bras de son frère. Ils s'en étaient plutôt bien tiré, mais une fois encore, ils avaient perdu deux de leurs collègues. Ils ne les connaissaient pas tant que cela, s'étaient parlés deux-trois fois tout au plus, mais même s'ils étaient presque des inconnus, ils étaient tous des aurors. Ils travaillaient tous pour rendre le monde meilleur, débarrassé des mages noirs. Comme à chaque fois, cela leur mettait un coup au moral. Mais ils allaient vite remonter, comme toujours. Il y aurait sûrement de nouveaux morts dans quelques jours à peine. Que ce soit pour les aurors, l'Ordre ou les civils. Il y avait toujours des morts. La guerre les usait.
Il vit que Remi et Helena étaient au bord de la mer, mais ils ne paraissaient pas avoir été soignés. Pour une fois, Fabian décida d'aller les déranger. Les blessures non-soignées pouvaient s'infecter beaucoup plus rapidement qu'on ne le pensait, et l'état de santé des sorciers était déjà loin d'être parfait, autant ne pas empirer les choses.
Jamais en s'approchant des deux sorciers ils n'auraient pu imaginer une telle chose. C'était tellement inconcevable. Il ne put lâcher qu'un faible « Quoi ? » d'incompréhension devant de telles aberrations. Cependant, les têtes décomposées de Remi et Helena, elles, étaient bien réelles. Mais ils ne pouvaient dire la vérité. Connaître les futurs enfants des Potter et des Londubat ? Ils déliraient complètement. Et lui aussi. Il fallait qu'il parle à son frère. Oui, Gideon l'aiderait à y voir plus clair. Il tourna les talons et courut le plus vite possible pour rejoindre son frère. Il arriva devant lui, essoufflé.
—Grace et Lucas…
—Depuis quand tu les appelles comme ça ?
—Ce ne sont pas leurs vrais noms. Il faut que tu me crois. Ils ne sont pas ceux qu'ils prétendent être.
—On s'en doutait Fabian. Ce n'est pas si étonnant.
—Tu ne comprends pas. Ils parlaient des enfants que portent Lily et Alice.
—Elles sont enceintes ?
—Ils parlaient d'enfants qui ont été traqués et tués ! Par tu-sais-qui et les mangemorts ! Des enfants à l'état d'embryon ?
—Ça n'a pas de sens. Ils ne peuvent pas voir l'avenir ou je-ne-sais-quoi.
—On s'est toujours demandé ce qu'ils cachaient. Il y avait beaucoup trop de choses qui clochaient dans leur discours. Et le pire, la femme a appelé l'homme Remus !
Son frère resta médusé une demie-seconde avant de se reprendre. Remus ? Ce n'était pas un prénom très répandu. Encore plus en Espagne. Pourquoi se cacher sous des faux prénoms si les originaux étaient répandus ? Non, leurs prénoms étaient rares. Et les deux aurors ne connaissaient qu'une seule autre personne à s'appeler ainsi.
—Tu crois enfin à ma théorie ? Celle du voyage dans le temps ?
—Comment auraient-ils pu ? Aucun retourneur de temps n'auraient la capacité de les envoyer plus de quelques heures dans le passé. Et là on parle de quoi ? Années ? Décennies ? Mais c'est plausible. Et puis Remi, enfin Remus est un loup-garou. Comme son homologue. Même si celui-ci s'efforce de le cacher.
—On va vite avoir la réponse sur comment ils ont fait, termina Fabian, en désignant d'un coup de tête les deux sorciers qui se précipitaient vers eux.
Lily et James étaient tous les deux montés dans une chambre pour réfléchir… aux dernières nouvelles. Ils étaient assis sur un lit, l'un en face de l'autre.
—Comment avons-nous pu être aussi inconscients ? Je ne comprends pas. On a tous les deux toujours pris notre potion, j'ai eu mes règles —James eu l'air quelque peu gêné à cette mention— on faisait, on fait attention !
—Rien n'est fiable à cent pourcent ma chérie.
—Comment est-ce qu'on va faire ? Je veux dire… un bébé. Maintenant. On est en guerre bordel. Chaque jour, on peut se faire tuer. Je ne veux pas d'un monde où mon enfant grandisse dans la peur perpétuelle et sans ses parents. On a que dix-neuf ans bordel ! Je suis à peine majeure et je suis enceinte !
—Je ne veux pas de ça non plus Lily. Tous les jours, des moldus comme des sorciers meurent par centaine. On fait partie de l'Ordre. On est exposé. Je suis un sang-pur qui est contre eux et n'est pas d'accord avec eux. Tu es une née-moldue. Je ne veux pas de ce monde pour mon enfant. Et même si on ne meurt pas, la guerre semble tout juste démarrée, même si ça fait des années que tu-sais-qui rassemble des partisans. Je ne veux pas d'un enfant qui attende toute la journée, se demandant si ses parents vont revenir de la guerre. Je ne voulais pas d'enfants aussi jeune. Je ne sais pas m'en occuper, je suis à peine mature.
—Comment est-ce qu'on pourrait ne serait-ce que l'élever ? On est toujours en mission ou à fabriquer de nouvelles potions.
—Je sais Lil's. Crois-moi, je le sais.
Les deux sorciers avaient tous les deux les larmes aux yeux devant l'avenir peu prometteur qui était réservé à leur enfant. S'ils connaissaient le futur… Ils étaient blottis l'un contre l'autre, les yeux fixant le vague. Qu'allaient-ils devenir ? Ils n'en avaient pas la moindre idée. Sirius et Remus arrivèrent quelques minutes plus tard et brisèrent leur bulle de silence.
—Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Sirius, devant les yeux embués de larmes du couple.
Il y eut un blanc. Long, trop long qui n'augurait rien de bon selon Remus. Avant que James ne dise quelque chose, Lily s'en chargea.
—Je suis enceinte.
Les visages des deux autres maraudeurs se décomposèrent dans une parfaite harmonie. Ils n'étaient pas idiots. Tout le monde savait qu'un bébé en temps de guerre était de l'inconscience pure. Et devant les visages défaits de James et Lily, ce n'était absolument pas voulu et il n'y avait aucun doute sur la réalité. Ce n'était pas une erreur. Ils allaient être parents.
—Comment c'est possible ?
—Tu veux savoir comment on fait les bébés, Sirius ?
—Mais vous vous protégez ! Vous faites en sorte que ça n'arrive pas. Enfin. Vous ne voulez délibérément pas un enfant en temps de guerre !
—C'est trop tard pour dire ça Sirius. J'ai un être vivant dans mon utérus et je ne peux rien y faire. On est des putains de soldats qui risquent leur vie tous les jours ! On peut tous mourir à n'importe quel moment. Qu'est-ce qui se passerait si on était tous morts et que ce bébé n'aurait plus d'attaches. Hein ? Qu'est-ce qu'il deviendra ?
—Lily. Il y aura toujours quelqu'un pour s'occuper de ce bébé. Tout l'Ordre ne va pas mourir !
—Je le sens. Je sens que tout ne se passera jamais comme on l'avait imaginé.
—Calme-toi.
—Je ne vais pas me calmer alors que je suis enceinte en pleine guerre ! Ce n'est pas toi qui ne va littéralement rien pouvoir faire pour l'Ordre pendant des mois ! Helena a raison, je passe mes journées à vomir !
—Qu'est-ce que Helena vient faire là-dedans ?
—C'est elle qui nous l'a dit, d'une façon plutôt… violente.
James entreprit de raconter la conversation qu'ils avaient eu plus tôt avec la jeune femme. Pendant que Sirius se demandait comment elle pouvait toujours tout savoir, Remus lui s'interrogeait sur les quelques détails qui lui avaient permis de le découvrir. Que ce soit pour Alice et Frank, une main sur le ventre de temps en temps, sérieusement ? Ou pour James et Lily. Lily ne passait pas ses journées à vomir, il ne fallait pas non plus exagérer. Et puis des malaises, tout le monde fait des malaises, pas seulement les femmes enceintes. Il fut brusquement sorti de ses réflexions par Lily.
—En parlant d'Helena, il y a eu quelque chose de bizarre pendant la bataille. Alice et moi on combattait, c'est ce qui a tout déclenché, fit-elle en désignant son ventre, mais lorsqu'elle nous a poussé pour pas qu'on se prenne le doloris, elle l'a eu, elle. De plein fouet je veux dire. Et elle n'a pas bougé. Elle n'est pas tombée, n'a pas hurlé, aucun son n'est sorti de ses lèvres en dehors d'un « bonjour » adressé à vous-savez-qui. Elle est restée debout et fière, comme si rien ne s'était passé. Comment c'est possible ?
—Rien ne peut contrer le doloris, dit sombrement Sirius. Pas même une potion, un bouclier ou quoi que ce soit.
—Mais alors ?
—Je n'ai pas fini. Il existe une légende dans ma famille. Lorsqu'on est trop exposé au doloris, je parle d'heures de torture, par une même personne, on sombre dans la folie. Les dommages sont irréversibles. C'est malheureusement prouvé. Chez les Black, on dit que lorsqu'on a été torturé pendant des heures, par une même personne, à la limite de la folie, la frontière est terriblement mince, lorsque la personne qui a torturé relance le doloris à la personne torturée, celle-ci est immunisé contre ce doloris-là.
—Tu veux dire que…
—Je pense que Helena n'a pas fini de nous révéler tous ses secrets, mais que oui, elle a été torturée par Voldemort au bord de la folie.
—Ça veut dire qu'elle est immunisée contre tous les doloris ?
—Non seulement contre celui de Voldemort. Et peut-être Bellatrix, je n'en sais rien. Ça peut être probable, termina-t-il en grimaçant.
Hermione et Remus faisaient face aux deux aurors qui avaient le visage fermé. Leurs regards étaient glacials, ils attendaient des réponses.
—Comment avez-vous fait pour venir ici ? Aucun retourneur de temps ne permettrait un tel voyage.
Les deux Élus se jetèrent un bref coup d'œil avant de hocher la tête.
—Nous parlerons à notre étage. Loin des oreilles indiscrètes.
Ils guidèrent les deux frères dans leurs quartiers, d'un pas hésitant. Remus annula les charmes qui empêchaient toute personne excepté Hermione et lui de passer. Cela mit quelques minutes de plus que prévu, mais ils y parvinrent. Hermione hésita entre les deux pièces à droite, mais finit par leur désigner la pièce des souvenirs. Les jumeaux entrèrent d'un pas déterminé, mais ils s'arrêtèrent de concert lorsqu'ils virent le nombre de photos qu'il y avait. Tous les murs étaient recouverts, on distinguait à peine la peinture. Il y avait de très nombreuses personnes, mais certaines revenaient plus souvent que d'autres.
Gideon regardait une photo de lui qui n'avait jamais été prise. La date marquait était 1981, cependant, Emmeline était dessus, comme Caradoc et Sturgis, et Remi et Helena n'étaient pas dessus. Fabian fixait une photo où neuf personnes étaient là. Il reconnut sa sœur, évidemment, elle avait plusieurs années de plus, mais elle était reconnaissable entre mille. Il vit aussi Arthur, comme Molly, il avait pris quelques années. Puis il observa les sept autres enfants. Enfin, enfants… Les plus âgés n'étaient plus des enfants. Le plus âgé devait être Bill, il avait bien changé. Il reconnut sans trop de mal Charlie, la forme de son visage et ses yeux rieurs étaient identiques. Il déduisit que celui qui était à droite était Percy puisque les deux autres étaient jumeaux. Les jumeaux lui ressemblaient quelque peu d'ailleurs. C'était troublant de voir ainsi sa famille, quelques années plus tard. Il ne connaissait pas les deux derniers. Le garçon devait être l'enfant que portait sa sœur et la fille devait avoir un ou deux ans de moins. Connaissait-il ces enfants ? Ce qu'ils aimaient faire, ce qu'ils détestaient manger. Il n'en avait pas la moindre idée. Il n'y avait pas de date sur la photo, alors il ne pouvait pas vraiment se repérer.
—C'était en 1993, commença Hermione. Arthur avait gagné La loterie du Gallion de la Gazette du Sorcier. Bill travaillait en Egypte, ça leur a permis d'aller le voir. Il était briseur de sorts à Gringotts. Il était très doué dans ce qu'il faisait, il adorait son métier. Je crois que l'Egypte lui manquait quand il a dû revenir à Londres.
—Parle-moi d'eux, murmura faiblement Fabian, sous les yeux pleins de reproches de son frère.
—Bill, comme je te l'ai dit, travaillait pour Gringotts, je ne l'ai pas beaucoup connu, mais d'après ce que j'ai entendu, il était très facile à vivre, il avait beaucoup d'humour mais était aussi sérieux dans ses études. Il a été préfet-en-chef, et comme tous les Weasley, il était très courageux. Molly ne supportait pas qu'il ait les cheveux longs et une boucle d'oreille. Il est revenu en Angleterre en juin 1995. Il s'est fait attaquer par Greyback en 1996, mais n'a pas été transformé. La moitié de son visage a été détruite, mais c'est tout. Il s'est marié avec Fleur Delacour, une sorcière française en 1997. Ensuite, Charlie, c'est celui que j'ai le moins connu, je ne l'ai vu que quelques fois, il travaillait en Roumanie, il s'occupait de dragons, c'était sa passion. Molly râlait souvent parce qu'elle ne le voyait pas assez souvent, mais il n'aurait quitté son travail pour rien au monde. C'était le meilleur attrapeur de sa génération, il aurait pu faire partie de l'équipe nationale s'il n'aimait pas autant les dragons. Il était aussi très courageux. Il n'a pas hésité à tout quitter pour venir combattre. Percy était le plus ambitieux, il est allé à Poudlard avec moi, alors je l'ai un peu plus côtoyé. Il avait besoin, je crois d'être reconnu dans ce qu'il faisait. Ses frères ne l'ont pas toujours compris, mais je crois qu'il était surtout très seul. Alors il s'est réfugié dans ses études. Devenir préfet et préfet-en-chef a été un véritable accomplissement dans sa vie, on lui donnait enfin de l'importance. Il s'est détourné des Weasley, parce qu'il a suivi aveuglément le Ministère, mais il l'a regretté. Même si la séparation a duré plusieurs années, il a fini par revenir et ne plus être un crétin adorateur du ministère, assoiffé de pouvoir et déloyal envers sa famille. C'est Fred qui l'a appelé ainsi, mais ça ne lui a pas empêché de l'accueillir à nouveau à bras ouvert.
Hermione fit une pause, les yeux embués de larmes, et la tête pleine de fantômes du passé.
—Et puis les jumeaux… Ils me rendaient folle, mais je les aimais beaucoup, comme tout le monde. Ils étaient les personnes les plus appréciées de Poudlard. Tout le monde voulait être leur ami. Les études, ce n'était pas ce qui leur convenait, au grand désespoir de Molly. Je n'arrivais pas à concevoir ça avant, parce que les études, l'autorité même, c'était tout ce qui comptait. Mais Fred et George m'ont montré que la réussite scolaire n'était pas la chose la plus importante. Ils avaient parié toutes leurs économies à la coupe du monde de Quidditch, ils ont gagné, mais on leur a donné de l'or de farfadet. Mais ils n'ont jamais renoncé à leur rêve, ils étaient le marché noir de Poudlard, mais à la fin de leur sixième année, ils ont obtenu une somme d'argent conséquente, et ils ont pu ouvrir leur boutique, sans même leurs ASPICs en poche. Weasley & Weasley, farce pour sorciers facétieux. Leur magasin était mieux que Zonko. Ils ont réalisé leur rêve, je ne les avais jamais vu aussi heureux. Ils étaient deux faces d'une même pièce, jamais l'un sans l'autre. Gred et Forge, comme ils s'appelaient. Ils étaient extrêmement ingénieux, en plus de toutes leurs farces, ils ont créé la radio de la résistance. Ils bougeaient partout dans le pays pour ne pas se faire attraper. Eux aussi sont venus combattre sans hésitation. Et puis, vous ne le connaissez pas encore, mais là, c'est Ron. Il était… Je ne peux même pas vous le décrire.
Hermione fondit en larmes et détourna la tête pour ne pas que les trois sorciers la voient ainsi. Fabian et Gideon ne bougèrent pas, assimilant ce que Hermione venait de leur dire, mais Remus s'approcha d'elle. Il la tourna pour faire en sorte de croiser son regard, il l'a pris dans ses bras, et lui chuchota qu'elle devait prendre son temps, que s'il en avait besoin, il pourrait prendre le relai pour expliquer les choses aux deux frères.
—Ron était mon meilleur ami. On s'est rencontré pendant notre première année. Au début, on ne s'aimait pas trop, et puis le soir d'Halloween, Harry et lui ont battu un troll, et nous sommes devenus amis. On était inséparables, le trio d'or qu'ils nous appelaient. Bien sûr il y a eu des disputes, surtout pendant la troisième et la quatrième année, mais on s'en est sorti. Beaucoup de personnes ont envié notre amitié. Ron est resté avec moi, jusqu'à la toute fin, nous étions encore tous les deux à lutter. Il avait perdu toute sa famille, mais continuait à se battre pour ce en quoi il croyait. J'ai été amoureuse de lui, puis il nous a abandonné, je lui en ai beaucoup voulu de nous laisser seuls dans cette galère, mais je lui ai pardonné, évidemment que je lui ai pardonné. La dernière, c'est Ginny. Ginevra, mais elle déteste son prénom. Elle était la petite merveille de Molly, sa seule fille, et elle en avait marre d'être surprotégée. C'était une joueuse de Quidditch hors pair, quand elle était plus petite, elle forçait la porte de la remise pour prendre un balai et voler. Elle a fait partie de l'équipe de Quidditch, la première fois en même temps que Ron et les jumeaux. Fred et George étaient batteur, Ron gardien et elle poursuiveuse. Elle lançait des sortilèges de chauve-furie comme personne, c'est comme ça qu'elle a intégré le groupe de Slughorn. Elle, Neville et Luna ont été les leaders de la Résistance à l'intérieur de l'école quand Poudlard était aux mains des mangemorts. Elle a voulu se battre, mais Molly le lui a interdit. Mais elle s'est battue. Tout le monde finit par se battre.
Hermione acheva son récit sur chacun des Weasley, les yeux dans le vague. Ces paroles avaient très certainement créé plus de questions que de réponses pour les deux frères.
—Tu parles de combattre. La dernière date, c'était en 1997. Tu-sais-qui est toujours vivant en 1997 ? commença Gideon.
—Il l'était encore en 2002, répondit Remus. Mais il a disparu en 1981, certains le croyaient mort. Mais il est revenu à la vie en juin 1994.
—Il avait disparu ? Mais comment ? Et pourquoi il n'est pas complètement mort ?
Remus l'arrêta d'un geste et entreprit de tout leur raconter. La naissance de Harry, la prophétie, la mort de James et Lily, et tout ce qui en découla. Il raconta les années à Poudlard de Harry, du moins ce qu'il savait, de temps en temps, Hermione rectifiait ou complétait ses propos, mais la plupart du temps, elle restait silencieuse. Ça lui faisait mal d'entendre ainsi le résumé de ces dernières années, sa vie à Poudlard… Cela semblait si lointain, pourtant, ça ne faisait que quelques années. Lorsqu'il passa aux Bijoux du Temps, Remus sortit son collier et Hermione montra sa bague.
Fabian et Gideon étaient choqués. Ils ne pouvaient imaginer le monde tel que le décrivait Remi, ou Remus. C'était inconcevable. Se battre tant d'années pour qu'au final, cela ne serve à rien… Leurs regards se croisèrent, et ils surent, ils surent qu'ils combattraient pour que ce secret soit gardé caché et que la mission soit menée à bien.
—Et qu'est-ce qu'il nous est arrivé ?
—Vous êtes morts en mars 1981. Ils ont dû s'y mettre à cinq, pendant plusieurs heures pour vous achever.
—Vous êtes les gardiens des Bijoux du Temps désormais. Nous avions interdiction de révéler leur existence à qui que ce soit, excepté la troisième personne qui le porte, Minerva donc. Nous avons rompu notre serment, ce qui veut dire que vous êtes au même titre que nous Gardiens du Secret. Si Hermione ou moi venons à mourir, ce sera un de vous qui devra porter le Bijou. Ils sont reliés à notre vie. Si vous divulguez le secret et qu'il tombe entre de mauvaises mains, la mission sera un échec, et nous mourrons tous.
Les deux frères acquiescèrent, ils avaient senti la Magie s'infiltrer en eux, comme pour officialiser le serment. Ils ne pouvaient rien dire à personne. Pas que l'envie leur prenait, parce qu'ils n'osaient imaginer le coup au moral que ça ferait aux membres de l'Ordre d'apprendre que dans le futur, ils étaient tous morts, que leurs sacrifices n'avaient servi à rien. Cela pourrait leur redonner de l'énergie et les motiver encore plus, mais cela pourrait être aussi l'effet totalement inverse.
Fabian et Gideon quittèrent le QG pour rentrer à leur appartement, ils avaient besoin de réfléchir. Ils reviendraient vers les deux Élus pour poser d'autres questions, c'était certain, mais pour le moment, ils avaient besoin d'être seuls pour encaisser ce qu'on venait de leur dire.
Hermione et Remus se jetèrent un bref coup d'œil, ils étaient inquiets. Hel Poudlard leur avait formellement interdit de dire la vérité sur leur rôle à quiconque, mais lorsque les deux Prewett s'étaient retrouvés devant eux, ils savaient qu'ils n'avaient plus le choix. Mais connaître la vérité n'était pas une bonne chose, ils mettaient Gideon et Fabian en danger, et ils se mettaient tous les deux en danger, ainsi que Minerva. Il y avait une raison si seulement trois personnes devaient être tenues au courant.
Ils ignoraient les conséquences de leurs actes, mais ils savaient qu'il y en aurait. Lesquelles ? Seul l'avenir le leur dirait. Le mois de décembre était déjà bien entamé, l'année touchait à sa fin, et la suivante ne serait pas comme les autres. 1980. L'année de naissance de Ron, de Neville, de Harry. L'année de la prophétie par Trelawney. L'année où l'Élu a commencé. Ils espéraient tous les deux que la prophétie ne soit jamais prononcée, parce qu'avoir fait tout cela, pour qu'au final Harry soit tout de même la cible de Voldemort, c'était inenvisageable. Ils ne savaient pas ce que 1980 leur réservait, mais ils s'en doutaient, elle serait très certainement pire que 1979.
