« S'il doit y avoir la guerre, qu'elle ait lieu de mon temps afin que mon enfant puisse connaître la paix. »

Thomas Paine

Hermione et Remus parcouraient les rayons d'une petite boutique moldue, à la recherche d'un cadeau. Deux cadeaux plus exactement. Alice avait accouché cette nuit à trois heures trente-sept du matin et Lily était en salle d'accouchement.

Hermione était un peu perdue, parce qu'elle ne savait pas comment elle allait réussir à agir avec les deux bébés. C'était Harry et Neville, mais pas ceux qu'elle avait connu, pas ses meilleurs amis. Même si le titre de meilleur ami ne décrivait pas assez bien sa relation avec Harry, elle n'en avait pas trouvé d'autres mots, mais c'est ce qu'il était. Et Neville, même si elle s'était toujours bien entendue avec lui, n'était devenu qu'un de ses meilleurs amis qu'après la mort de Harry. Probablement la guerre. Mais le jeune homme était devenu son pilier, un confident toujours là. Neville, Ron et elle-même dirigeaient à eux trois la Résistance de façon stricte, mais ça n'avait pas suffit.

Alors oui, Hermione ne savait pas comment elle allait pouvoir côtoyer Harry et Neville. Parce que Frank, Alice, James et Lily étaient tous les quatre des membres actifs de l'Ordre et qu'il était plus que probable qu'elle les voit souvent. Elle n'avait pas ce problème avec Ron, elle n'avait encore jamais rencontré les Weasley à cette époque.

Il n'empêche qu'elle cherchait activement une cadeau pour chaque double de ses amis. Voilà ce qu'il devait être. Des doubles uniquement des doubles. Mais au fond d'elle, Hermione savait que ça ne serait jamais aussi simple. Parce qu'à partir du moment où les noms Hermione Granger, Neville Londubat et Harry Potter étaient mentionnés, la simplicité disparaissait.

C'est Remus qui trouva le cadeau parfait pour Harry. Il y avait devant lui une peluche cerf, avec un beau pelage, et à côté, un chien noir, qui ressemblait vaguement à Patmol.

—C'est génial Rem', tu as trouvé le cadeau idéal. Il faut qu'on trouve un loup maintenant.

—Un loup ?

—Pour ton double. Ne fais pas cette tête, c'est évident, on va prendre les trois.

Remus semblait tellement étonné que Hermione se demandait comment s'était passée la naissance de Harry. Remus était-il seulement l'ami de James et Lily, et ne voyait jamais Harry ?

Hermione avait du mal à y croire étant donné la situation actuelle, les maraudeurs étaient tellement proches que ça paraissait inconcevable. Mais c'était différent. Parce que pour Rem', il y avait un traître au sein de l'Ordre, et évidemment, il était soupçonné simplement à cause de sa lycanthropie.

Hermione n'osait pas imaginer l'horreur que Remus avait vécu en apprenant que ses amis le pensaient coupable. Il s'était sûrement tu, comme toujours, mais Hermione ne connaissait pas cette douleur. Si Harry ou Ron l'avaient soupçonné de trahison, elle ne sait pas comment elle aurait pu réagir.

Elle connaissait assez son ami pour savoir qu'il en avait terriblement souffert et aujourd'hui encore, il avait toujours une certaine rancœur par rapport à cela. Hermione avait toujours appris à être tolérante et ouverte d'esprit, c'est pour ça que lorsqu'elle avait constaté que Remus était un loup-garou, elle ne s'en était pas souciée plus que ça, mais plus tard, elle avait appris comment étaient considérés les loups-garous, ou tout simplement les créatures magiques dans le monde sorcier. Depuis son plus jeune âge, elle détestait l'injustice et les inégalités, elle était une justicière née, c'était d'ailleurs pour cela qu'elle avait créé la S.A.L.E., elle voulait faire cesser l'esclavagisme, peu importe si ce n'était pas des humains qui étaient concernés. Hermione aimait penser que Ron et Harry auraient parfaitement accepter sa propre lycanthropie, que cela n'aurait rien changé à leur amitié, mais au final, elle n'en savait rien. Ce n'est pas parce qu'ils côtoyaient Remus qu'ils auraient pour autant accepter que leur meilleure amie devienne une bête sanguinaire. Parce que même si elle n'était pas ça, c'était l'image qu'elle projetait, à partir du moment où elle disait sa nature, non pas qu'elle l'ai révélé à beaucoup de monde, mais voilà.

Elle sortit de ses réflexions en apercevant un loup en peluche qu'elle trouva adorable et le montra à Remus.

—Hermione, je peux t'assurer que je ne ressemble pas à ça pendant la pleine lune. Et il reste moi, alors je t'affirme que Lunard ne ressemble pas à ce truc, que j'ai vingt ou quarante ans. Tu as déjà vu des loups-garous la nuit, tu en es une toi aussi, et on ne ressemble pas à ça.

C'était une peluche grise, au pelage soyeux, aux yeux pétillants et à l'air doux, tout le contraire de lui.

—On est chez les moldus Rem' ! Ils n'ont pas de peluche loup-garou, et je ne suis même pas sûre que les sorciers en ont quand on voit comment on est traité.

Hermione n'attendit pas qu'il argumente plus et partit chercher des peluches pour Neville, autant rester dans le même thème. Elle trouva quatre peluches, un aigle, un lion, un serpent et un blaireau, et se dit que ça allait faire parfaitement l'affaire. Autant ne pas influencer un bébé en ne choisissant qu'une seule peluche et le prédestiner à une seule maison. Elle fera peut-être la même chose pour Harry. Rien qu'en pensant à la tête de James si son fils possédait une peluche serpent, Hermione ne put retenir un sourire en coin.

Ils finirent par transplaner dans une petite ruelle et regagner Sainte-Mangouste. Ils avaient demandé à Alice et Frank s'ils souhaitaient recevoir ou non de la visite. Hermione savait que souvent, les nouveaux parents aimaient avoir un temps, seuls avec leur enfant, sans que tout le monde débarque dans la chambre, mais le couple avait déclaré que cela ne les dérangeait pas, ils avaient hâte de leur montrer leur magnifique enfant, selon leurs dires. Ils demandèrent à l'accueil le numéro de la chambre et on le leur donna sèchement, la personne était tout aussi aimable que celle qu'Hermione avait rencontré lorsqu'elle était venue rendre visite à Arthur Weasley en cinquième année.

Ils frappèrent à la porte puis entrèrent timidement. Hermione n'était jamais allée voir de nouveau-né à la maternité, elle ne savait donc pas comment agir avec Alice et Frank ou avec Neville. Elle souriait tout simplement, d'un vrai sourire sincère, pour une fois. Parce qu'elle était heureuse de la naissance d'un de ses meilleurs amis. C'était très paradoxal, mais c'était ainsi. Elle félicita les deux jeunes parents, s'inquiéta de l'état d'Alice puis tourna enfin son regard vers Neville.

Et aucun des trois autres adultes n'auraient pu s'attendre à ça. Hermione, au moment où son regard se posa sur Neville, tomba à genoux. Un fil d'or s'échappa de sa poitrine, de son cœur plus précisément et entra dans le corps de Neville, à l'emplacement exact de son cœur aussi. Le lien flottait entre eux, sans que cela ne bouge. Hermione finit par reprendre ses esprits et s'enfuit, en larmes.

Le couple Londubat avait pâli et regardait Hermione, l'air horrifié, comme si elle venait de frapper leur fils. Ils ne savaient pas ce qu'il venait de se passer, mais ils n'étaient pas rassurés. Comment pouvaient-ils l'être face à une telle démonstration de magie ? La chambre était remplie d'aura magique. Ils semblaient demander des explications, sans réussir à les formuler oralement. Remus savait ce qu'il venait de se passer, il pensait que c'était une légende, mais avec Hermione, les légendes finissaient souvent par devenir réalité. Il hésita une demie-seconde à suivre Hermione pour tout lui expliquer, mais devant l'air d'Alice et Frank, il choisit de les rassurer d'abord. Il sait que si quelque chose était arrivé à la naissance de son fils, sans qu'il sache ce que c'était, il aurait paniqué, non il ne fallait pas qu'il pense à Teddy maintenant, c'était une très mauvaise idée. Il avait deux jeunes parents à rassurer, mais il savait que ça n'allait pas être facile.

—Pour commencer, je ne connais pas toutes les conséquences de ce qui vient de se passer. Je n'en avais jamais vu auparavant, mais j'en ai entendu parler, et je sais que ce n'est pas dangereux.

—Mais qu'est-ce que c'était ce bordel ? demanda Frank en prenant Neville dans ses bras.

Il dormait toujours, comme si rien n'avait changé pour lui. Ses parents, en revanche, attendaient plus d'explications que ce que Remus leur avait dit.

—C'est le Lien.

—Le Lien ?

—Je pensais que c'était une légende. Chez les loups-garous,

Remus s'arrêta en voyant les deux sorciers pâlirent encore plus et leurs visages se déformèrent par une grimace d'horreur.

—Je vous ai dit que ce n'était pas dangereux, Neville ne va pas se transformer ou quoi que ce soit. La pleine lune ne devrait avoir aucun effet sur lui. Le Lien est extrêmement sacré chez les loups-garous. C'est un don très rare, et beaucoup penseraient que Neville avait énormément de chance. C'est comme s'il appartenait à la meute d'Helena, sans les relations alpha et omega. Elle le protégera, au péril de sa vie, sans même en être consciente. Elle pourra le calmer. Il ne sera jamais attaqué, sous peine que ses assaillants se retrouvent face à une louve en colère. Même si… Même si Helena mourrait, il serait toujours protégé.

—Donc… il a de la chance… parce qu'il ne va jamais être attaqué ?

—Les loups-garous considèrent ça comme un don du ciel. Ce sont d'ailleurs les seuls humains qui sont acceptés en meute. Neville fait partie de la meute d'Helena, mais il ne doit pas lui obéir ou quoique ce soit.

—Mais il y a forcément des conséquences négatives.

—Je n'en sais rien, murmura Remus, désolé de ne pas pouvoir les rassurer plus que cela. Juste, ne le prenez pas comme une mauvaise chose, parce que ce n'est pas le cas.

Remus leur offrit les peluches, puis partit voir Hermione, de toute façon, Augusta Londubat arrivait, et il doutait qu'elle voudrait d'un inconnu dans la chambre de son petit-fils.

Il trouva Hermione assise sur un banc, les yeux dans le vague. Il s'assit près d'elle et commença à parler, il savait qu'elle ne le ferait pas autrement.

—Je ne pense pas que tu saches ce qu'il s'est passé. Le Lien s'est manifesté.

Il expliqua la même chose à Hermione que ce qu'il avait dit précédemment avec Alice et Frank, il ne connaissait pas beaucoup plus de choses de toute façon.

—On ne sait pas ce que c'est. D'accord ça peut être bénéfique pour Neville, mais qu'est-ce qu'il se passerait si on avait une connexion mentale ? S'il pouvait voir mes cauchemars, ma vie, les batailles, le chaos ?

—Ça ne va pas arriver.

—Tu n'en sais rien. J'ai peur, je crois.

—Évidemment que tu as peur. On a tous peur des choses qu'on ne connaît pas. La peur de l'inconnu est un sentiment humain.

Ils rentrèrent chez eux, et partirent s'entraîner. Chacun avait besoin de s'occuper l'esprit. Hermione voulait se sortir ce mystérieux lien de la tête et Remus voulait arrêter de penser à la naissance de Neville, ou celle d'Harry qui allait venir dans les prochaines heures. Deux petits garçons, aussi petits que Teddy quand il était né, à peine plus petit que lorsqu'il l'a trouvé mort.

Harry naquit quelques heures plus tard, à minuit trois, le trente-et-un juillet. Ils ne peuvent pas dire qu'ils sont étonnés, mais ils ont mal, peut-être pour des raisons différentes, mais ils ont mal.

Le Lien se forma aussi pour lui. Remus expliqua à nouveau ce qu'il savait, cette fois-ci, Hermione resta là, à fixer le mur blanc de la chambre d'hôpital. James et Lily le prirent un peu mieux que Frank et Alice, peut-être parce que leur meilleur ami était loup-garou et le leur expliquait aussi. Ils étaient tous les quatre très heureux. Lily et James, bien que fatigués, avaient un sourire scotché sur le visage, Sirius criait tout va qu'il était parrain et Hermione n'avait pas manqué le regard ému de Remus lorsqu'elle avait offert les trois peluches pour Harry. Le loup était le symbole qu'il ferait aussi partie de la vie de Harry, qu'il ne serait pas uniquement l'ami de ses parents.

Hermione finit par transplaner, Remus ne savait pas où elle était allée, mais elle avait besoin d'être seule. Elle venait d'assister à la naissance de son meilleur ami après tout. Il transplana lui aussi et atterrit directement sur la plage. Il n'était pas dans les limites des protections du QG, alors les membres de l'Ordre ne viendraient sûrement pas. Il sortit avec précaution une photo, et les larmes commencèrent à couler le long de ses joues, d'abord une à une, puis la cadence s'accéléra jusqu'à ce que sa vision soit brouillée et qu'il ne discerne qu'une vague ombre. Il sanglotait, sans pouvoir s'en empêcher. Il avait fermé son cœur, s'était empêché de ressentir la douleur, mais voir deux bébés en bonne santé, accompagnés des sourires resplendissants de leurs parents, lui avaient tout ramené en pleine figure. Son fils était mort avant d'avoir fêté son premier mois, sa femme était morte. Jamais il ne connaîtrait l'apparence préférée de son fils, jamais il ne saurait ce qu'il aime faire, ce qu'il aime manger… Ils étaient morts, l'abandonnant à son triste sort. Ils avaient tous les deux étaient abattus par Bellatrix Lestrange, aucun traite-à-son-sang ayant du sang Black ne devait survivre. Elle avait tué son cousin, elle avait tué sa sœur, elle avait tué sa nièce et son petit-neveu. Et lui était seul.

Il pleurait, les larmes ne s'arrêtant pas, le nœud dans sa gorge restant présent. Il voulait hurler, mais en était incapable, alors il pleurait et pleurait encore, déversant sa douleur, sa tristesse, sa haine, son désespoir.

Il ne s'était pas permis de le faire avant, il avait pleuré bien sûr, mais son cœur était tellement douloureux qu'il avait fini par devenir hermétique, il s'était enfermé dans sa propre douleur, essayant d'oublier qu'il était seul, que sa famille avait été sauvagement assassinée. La douleur qu'il avait ressenti lorsqu'il avait vu le cadavre de son fils n'avait pas de comparaison. Elle n'en aurait jamais.


Remus marchait sur la plage, seul. Il avait laissé James et Lily avec Sirius, pour qu'ils profitent en temps que parents et parrain de Harry. Sirius ne devrait pas rester très longtemps encore, mais il était tellement admiratif de son filleul qu'il ne voulait plus le quitter. Remus pensait qu'il prévoyait déjà toutes les blagues qu'ils allaient pouvoir faire à ses parents.

Il avait été surpris en se retrouvant pour la première fois devant ce petit être. Il avait été ému en le prenant dans ses bras. Il savait que le loup en lui l'avait immédiatement considéré comme son louveteau, un membre de sa meute. Il n'en avait pas parlé aux autres, ça n'avait pas d'importance de toute façon. Il avait été plus qu'étonné du Lien qui s'était manifesté. Il avait entendu parler de ça, c'était une légende, aux mêmes titres que les Lupryadalis, et jamais il n'aurait pensé voir un jour ce phénomène. Grâce à ses explications et celles de Remi, James et Lily avaient plutôt bien pris la nouvelle, mais ils étaient encore sur leur petit nuage, peut-être qu'ils changeraient d'avis dans quelques jours.

Il entendit des sanglots provenant de quelques dizaines de mètres plus loin. Jamais Remus n'avait entendu de sanglots aussi déchirants. Même ceux d'Helena, qui étaient déjà horribles, n'étaient pas à la hauteur de ceux-ci. Il fut étonné de tomber sur Remi, mais il sentit son cœur se briser en le voyant dans un tel état.

Il tenait une photo que Remus discerna sans peine en s'approchant près de lui. Un petit garçon éclatait de rire, ses cheveux alternant entre le bleu turquoise et le rose fuchsia. Ses yeux étaient bleus et pétillaient joyeusement. C'était un nourrisson, il ne devait avoir que quelques jours.

Son fils.

La réponse apparut soudainement à Remus, comme si elle avait toujours été là. Son fils qui était mort quelques jours à peine après être né. Non pas qu'il était en mauvaise santé, il avait été tué, comme toutes les personnes qui avaient appartenu au passé de Remi et Helena. Ils l'avaient tous oublié.

Remus était horrifié. Comment avaient-ils tous pu manquer d'empathie à ce point. Il était vrai qu'ils étaient tous tellement heureux de la naissance de Harry et Neville qu'ils n'y avaient pas pensé. Remi avait perdu son fils, et il venait d'assister à deux naissances ou tout s'était bien passé, avec des parents au comble du bonheur. James lui avait même proposé de porter Harry. Remus comprenait pourquoi il avait décliné maintenant.

Remi était tellement fort, tout le temps, il ne craquait jamais, mettait toujours les besoins d'Helena en avant, se faisant oublier parfois, mais ce n'est pas parce qu'il ne craquait pas en public, comme ça avait été le cas pour Helena que ça n'arrivait jamais. Ils avaient tous les deux vécu l'horreur. Ils étaient usés par la guerre, mais Remus avait lu dans leurs yeux. Les yeux sont le miroir de l'âme. Cette phrase est vraie pour Helena, toutes ses émotions passent à travers ses yeux. Mais ce n'est pas le cas de Remi, comme pour tout, il a appris à les maîtriser, à cacher, à enfermer sa douleur.

Remus ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas consoler quelqu'un qu'il connaissait toujours si fort. Il ne pouvait pas le consoler alors qu'il n'avait jamais vécu une telle douleur. Il était orphelin, il avait perdu ses parents, et bien sûr qu'il avait souffert, il souffrait toujours d'ailleurs, mais il ne pouvait imaginer la douleur de perdre son enfant.

Remus attendit plusieurs heures que les sanglots se taisent et que Remi s'endorme. Il finit par le faire, longtemps après. Il lui déposa une couverture sur les épaules et repartit. Il avait été un soutien silencieux. Remi ne l'avait probablement pas senti, mais il avait été là.

Remus jeta un dernier coup d'œil en arrière, avant de reprendre le chemin de la maison. Des larmes coulaient le long de ses joues. Il ne savait pas trop pourquoi. Pour Remi, pour son fils, pour les épreuves qu'il avait traversé, pour la douleur qu'il éprouvait.

Et peut-être pour lui aussi.