« Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu. »
Jean Renard

1er août 1980

Harry, mon cher petit Harry,

Tu te demandes pourquoi je t'écris, n'est-ce pas ? Si tu lis ces mots, je peux voir ton nez se froncer et ton regard intrigué. Mais je doute que liras ces mots. Tu ne vis plus après tout. C'est Sirius qui m'a offert ce carnet, le jour où je me suis un peu trop livrée, il me dit qu'écrire pourra m'aider à aller mieux. J'en doute, mais je vais essayer.

Tu es né hier. Ou plutôt, ton double est né. Parce que cet enfant ne sera jamais toi, je te le promets. Il vivra entouré de l'amour de ses deux parents, de son parrain, de son oncle, et de toutes les personnes qui auront, un jour, compté pour lui.

J'ai peur, Harry. Peur de ne pas être à la hauteur pour t'accorder la vie que tu mérites. Je veux que tu grandisses heureux, sans te soucier de la guerre. J'ai peur de ce lien qui nous unit, parce que je n'y connais rien. Remus me l'a expliqué, comme à tes parents et à Frank et Alice, mais j'ai peur. Je ne veux pas que toi ou Neville voyez ce que je vois, les horreurs de la vie, de la guerre, à travers mes yeux. Ce lien est rare, et est uniquement réservé aux loups-garous. Avec ces deux conditions, tu te doutes bien que nous en savons très peu.

Et j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Peur de te confondre avec ton double. Parce qu'il n'est pas toi et ne le sera jamais. J'ai peur de ne pas pouvoir faire la différence entre les deux Harry, peur de l'étouffer avec mon amour qui n'a pas lieu d'être, peur d'échouer à le protéger, comme j'ai échoué pour toi.

J'ai peur, Harry.

8 septembre 1980

Il y a eu une bataille aujourd'hui, Harry. C'est la première à laquelle ta maman a participé depuis que tu es né. J'ai eu peur pour elle et pour Alice, bien évidemment, ça fait moins d'un mois et demi qu'elles ont accouché. Mais c'est la guerre, et leur corps a beau ne pas s'être totalement remis, elles veulent combattre. C'était dans une université moldue. Il y a eu plus de deux mille morts chez les civils. Je parle comme un soldat maintenant, tu te rends compte... J'ai tué Yaxley, dans le feu de l'action. Je ne vais pas dire que je me soucie de lui, après tout, il a tué Bill, Fleur et Percy. Il ne fera plus de mal à personne, c'est déjà ça, mais je ne me sens pas bien. Parce que de tous les mangemorts, il n'était pas le pire, du moins à cette époque. Il y en avait d'autres à éliminer en priorité, et je ne l'ai pas fait. Bellatrix vit toujours, de même que son mari et son beau frère, pareil pour Lucius Malefoy, et tant d'autres. Yaxley ne sera plus un souci, mais les autres voudront le venger. Je suis une cible, ça ne va pas s'améliorer.

Rem', lui a tué la sœur Carrow. Le frère ne l'a pas tout de suite vu, mais je sais qu'il voudra à tous prix venger sa sœur. Rem' devra être vigilant pour les prochains combats.

Dix aurors sont morts, et l'Ordre a perdu deux membres : Dedalus Diggle et Elphias Doge, tu sais le vieil ami de Dumbledore que tu avais vu au mariage. Je ne les connaissais pas tant que cela, mais ils étaient de redoutables combattants, et ils avaient une famille. Je sais que je ne pourrais jamais sauver tout le monde, mais je me demande encore combien de personnes vont mourir pour la cause. Nous ne sommes pas assez. L'Ordre pourrait avoir plus de pouvoir, mais nous ne sommes qu'une petite quinzaine, comment pouvons-nous lutter contre Voldemort et ses mangemorts efficacement ? Il faut recruter plus de monde, leur faire un interrogatoire poussé au veritaserum pour analyser leurs motivations, les entraîner au combat, puis aller se battre. C'est comme ça que nous devons procéder. Le Ministère est infiltré, Poudlard est infiltré, il nous faut agir, mais j'ignore encore la manière de le faire.

Cette bataille me laisse déconcertée, parce que c'était la plus grande tuerie à laquelle j'ai assisté depuis la Bataille de Poudlard. J'ai encore l'odeur du sang, de la sueur, de la poussière sur moi.

19 septembre 1980

Salut Harry.

C'est mon anniversaire aujourd'hui. J'ai vingt-six ans. Ou un an, selon à quelle Hermione tu t'adresses. Dans tous les cas, je me sens bien plus vieille. Fabian et Gideon sont censés avoir trois ans de plus que moi, mais je ne peux m'empêcher de me sentir plus vieille qu'eux. J'aimerais te serrer dans mes bras Harry, puis te donner une claque pour m'avoir abandonnée. Même si je ne suis pas seule, Remus est avec moi, et je remercie Morgane pour cela, tu me manques énormément. Est-ce que tu me vois au moins ? Connais-tu les détails de ma vie ? Tu m'avais dit à travers la pierre de Résurrection que Ron et toi me voyiez, mais j'en doute, ce n'était pas vraiment vous après tout.

Lily et James sont sortis. Ils n'étaient pas très rassurés de te laisser, alors je me suis proposée pour te garder. On est chez toi, dans ta maison à Godric's Hollow. Tu m'aimes bien, enfin je crois. C'est peut-être dû au lien, mais tu me souris souvent, tu te calmes lorsque je te prends dans mes bras. C'est la même chose avec Neville. Au début, que ce soit tes parents ou Frank et Alice, ils ne comprenaient pas vraiment et n'étaient pas très rassurés, ce que je comprends, de me laisser tenir leurs enfants, mais quand les nuits blanches se sont accumulées, ils étaient heureux de vous laisser à moi lorsque vous pleuriez toute la journée. J'aime m'occuper de toi et de Neville. Vous êtes encore trop petit pour jouer ensemble, mais je suis sûre que vous vous entendrez à merveille dans quelques mois.

J'aurais aimé que ce soit toi qui soit là pour mon anniversaire, mais j'ai au moins ton double. A chaque fois que je croise ses yeux verts, je ne peux m'empêcher de penser aux tiens, plus que quand je croise ceux de Lily d'ailleurs. Je t'aime très fort Harry. Les autres ne comprennent pas pourquoi je tiens tant à vous protéger Neville et toi, mais ce n'est pas grave, je le fais, c'est tout.

31 octobre 1980

Depuis que je te connais, je n'ai jamais vraiment aimé ce jour-là, le 31 octobre. Pour toi, c'est pire, bien évidemment, c'est le jour de la mort de tes parents. Pour beaucoup, ce jour ne représente que Halloween, ou à la limite, le jour de la « mort » de Voldemort. Mais c'est bien plus que ça. Je pense que c'est un jour maudit, plus que le deux mai, même. Entre le troll dans les toilettes —ce que je ne regrette pas, parce que sans ça, on ne serait probablement jamais devenu amis tous les trois—, assister à un anniversaire de mort, la pétrification de Miss Teigne, un (supposé) meurtrier fou qui entre dans notre dortoir, ta participation au Tournoi des Trois Sorciers... Ce n'est pas vraiment un jour qui porte chance.

Remus a eu mal à sa cicatrice aujourd'hui. Elle l'a brûlé. Tu ne le sais peut-être pas, mais il a obtenu cette cicatrice lors d'un combat. Je n'étais pas là, je me remettais doucement de mon coma magique dû à une attaque, d'ailleurs, Remus et moi ne savons toujours pas comment j'ai pu me retrouver dans cet état. Je disais, qu'il avait une cicatrice en forme d'éclair, sur le front, exactement à la même place que la tienne. Et elle le brûle. Je lui ai fait un examen complet, mais je n'ai rien vu de particulier. Mais d'après ce que j'ai observé, c'est sensiblement les mêmes douleurs que toi, lors de notre première année. Ce que je ne comprends pas, parce que pour toi, Voldemort n'était qu'un morceau d'âme, sans véritables forces, ni même sans véritable corps, celui de Quirell n'était qu'une enveloppe de passage. Lorsqu'il est revenu à la vie, tu as eu des cauchemars, des visions, ce qui n'est pas le cas de Rem'. C'est comme si l'âme de Voldemort était proche. Mais s'il est capable d'avoir mal à la cicatrice, c'est que la cicatrice est vivante, non ?

Je suis perdue et inquiète, Harry, parce que je ne crois pas aux coïncidences, ni au hasard. Et si Remus a obtenu cette cicatrice, visiblement identique à la tienne, il y a forcément une raison. Quelqu'un qui te connaissait, qui nous connaît Remus et moi. C'est la seule solution que je suis capable de trouver, et tu te doutes bien qu'elle ne me convient pas. Parce que ça voudrait dire que cette personne a voyagé dans le temps également, et qu'elle possède les mêmes informations que nous. Plus j'y pense, plus je me dis que c'est cette personne inconnue qui a été responsable de mon état.

J'ai fait une crise d'angoisse. Ça ne m'était pas arrivée depuis longtemps, mais face à toutes ces informations, c'était plus fort que moi. Parce que je ne suis pas prête à combattre un ennemi inconnu du futur. Nous ne le sommes pas. Que ça soit Remus et moi en tant qu'Élus ou l'Ordre du Phénix, les aurors, ou simplement le monde sorcier.

Si mon hypothèse s'avère vraie, j'implore Morgane pour que ce ne soit pas le cas, les conséquences seraient terribles. J'espère que le 31 octobre de l'année prochaine sera meilleur, il devrait l'être, parce que tes parents seront avec toi. Je t'embrasse, Harry, je vais aller m'entraîner, c'est la seule chose que je puisse faire maintenant.

24 novembre 1980

Ah, si tu savais comme je suis en colère ! J'ai envie de tout frapper. Je vais aller faire ça, je te raconterai après.

Je suis toujours énervée, mais ça va un peu mieux. Je n'aime pas Dumbledore. Il m'horripile, et encore, c'est un mot bien faible. Je l'ai admiré, c'est vrai, avant de connaître sa véritable nature de manipulateur. J'avais été surprise lorsqu'il m'avait laissé me débrouiller pour chercher les horcruxes seule, sans qu'il n'y mette son nez. J'aurais dû me méfier. Il m'a fait suivre ! Moi ! Depuis que je suis dans l'Ordre, soit plus de deux ans ! Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte. Mais je suis en colère, autant contre moi-même que contre lui. Il n'a pas pu me suivre souvent, après tout, je transplane souvent, c'est uniquement quand je pars de la maison à pieds et qu'il est là. Comme aujourd'hui.

Je sais ce que tu vas me dire, que le stupéfixier puis aller à Poudlard hurler sur Dumbledore devant tous les élèves n'était pas une bonne idée, mais je n'y peux rien, je suis une Gryffondor, je fonce dans le tas sans réfléchir, mais uniquement quand je suis très énervée...

Il n'empêche que j'ai beaucoup aimé voir sa tête lorsqu'il a vu que j'avais découvert son petit secret. Me faire suivre par Mondingus Fletcher, et puis quoi encore ! Je ne sais pas s'il imaginait que je n'allais jamais le découvrir, mais je l'ai fait.

A propos de ça, j'ai découvert que le médaillon avait été mis en place dans la caverne. Je ne sais pas encore quand Remus et moi allons pouvoir aller le chercher et le détruire, mais je l'espère le plus tôt possible.

Il faut que je m'améliore Harry, il faut que je cherche un sort qui permet de repérer si quelqu'un te suit. Et s'il n'existe pas, je le créerai.

24 décembre 1980.

Joyeuse veille de Noël, Harry.

Ça fait huit ans aujourd'hui. Huit ans qu'on s'est rendu sur la tombe de tes parents, tous les deux, pour la première fois. Je repense encore à ce moment. C'était une des fois où j'ai été le plus émue dans ma vie, malgré les circonstances, j'étais heureuse, ce n'est pas vraiment le bon mot mais je n'en trouve pas d'autres, d'être là, avec toi. Parce que tu ne vivais pas cette épreuve seul. Je te soutenais. Bien sûr, ce qui a suivi n'a pas été très joyeux, mais ce moment fort et puissant restera encore longtemps gravé dans ma mémoire.

Les membres de l'Ordre sont tous en famille ce soir, alors Rem' et moi avons décidé d'aller chercher l'horcruxe aujourd'hui. Notre esprit sera ainsi occupé par autre chose que les morts, enfin pas tout à fait, puisque l'horcruxe nous y attend.

25 décembre 1980

On a réussi. On a détruit le médaillon. Je n'ai pas pu te le dire hier, j'étais encore trop faible, enfin, je ne vais pas te décrire ce qu'il s'est passé, tu connais déjà les effets de la potion. Remus voulait prendre la potion, moi aussi, j'ai réussi à le convaincre, tu t'en doutes bien. Ça n'a pas été facile de revoir tout ça, mais je gère mieux mes souvenirs qu'avant. Remus a presque été plus traumatisé que moi, ce qui conforte mon choix pour avoir pris la potion. Il a eu mal à sa cicatrice, encore, et c'était encore plus douloureux d'être proche du médaillon, mais ça ne l'a pas empêché de le détruire avec le feudeymon. J'ai peur que mon hypothèse se confirme.

Et voilà, un horcruxe de plus détruit. Le diadème, le journal, la bague, la parure, le médaillon, ils sont tous détruits. Il manque la coupe de Poufsouffle, et peut-être Nagini. Je ne sais pas si le serpent a été transformé à cette époque, mais dans le doute, nous le détruirons. La vulnérabilité de Voldemort approche, pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il va vivre encore longtemps. Combien de temps ? Je ne sais pas, mais plusieurs années je crois.

18 février 1981

Je sais... ça fait longtemps que je ne t'ai pas écrit, je suis désolée. Les batailles s'enchaînent, je n'ai plus vraiment le temps de penser à autre chose. J'ai failli y passer aujourd'hui, vraiment. Mon cœur s'est arrêté de battre pendant sept minutes, c'est un miracle que mon cerveau n'ait pas été endommagé. Mais voilà, je suis toujours là. Si ça continue, je vais finir par te voler ton titre de Survivant. J'ai été réanimée, je vais bien. Remus s'est endormi, à côté de moi. Il est devenu incontrôlable lorsqu'il a vu que je ne me réveillais pas, ils ont dû le faire évacuer de l'infirmerie tellement il hurlait et se débattait. Je le comprends, je ne sais pas dans quel état j'aurais été si nos places étaient inversées.

Je suis lasse de tous ces combats, ces derniers temps, il y a presque un village moldu détruit un jour sur deux. Souvent ce sont des petits villages, mais il n'empêche, au final, ça fait beaucoup de monde. Il n'y a pas eu d'aussi grande tuerie depuis l'université moldue, mais les morts pleuvent de partout, et la marque des Ténèbres est à chaque coin du Royaume-Uni.

Hagrid fait officiellement partie de l'Ordre, mais s'il n'assiste pas aux réunions —tu le connais, il pourrait lâcher une information—, mais d'une certaine façon, il en faisait déjà partie et donnait des informations à Dumbledore. D'après Remus, tous les membres de la première guerre sont dans l'Ordre ou sont morts. Nous allons devoir approcher ceux qui sont assez vieux pour y entrer, mais qui l'ont fait qu'à son retour : Kingsley, Molly et Arthur, Hestia Jones...

Tu me manques.

1er avril 1981

Je suis allée au Terrier aujourd'hui. J'ai eu peur de ne pas réussir à y entrer, mais ça c'est plutôt bien passé. C'est Fabian qui m'a invitée. Gideon est venue avec sa copine, et il en avait marre de se prendre des réflexions de la part de Molly sur sa solitude, alors il m'a proposée de venir. Il sait que j'aime les Weasley comme ma propre famille, mais il sait aussi que les revoir pourrait me mettre plus bas que Terre. Il m'a soutenue, et j'ai pu profiter de cette journée.

Une fois n'est pas coutume, il faisait beau en avril, en Angleterre. C'est l'anniversaire de Fred et George. J'ai eu du mal au début, à me faire à l'idée que ces deux petits garçons de trois ans étaient les jumeaux que nous avions connus. Ils sont déjà turbulents, mais ils m'ont fait beaucoup rire. D'ailleurs, je leur ai offert des farces et attrapes moldues. Remus trouvait qu'il était un peu jeune, mais les connaissant, ils ont dû démarrer leur art très tôt.

Mais il y a quelque chose que je n'ai pas compris. Le lien que nous partageons avec Neville ne s'est pas activé. J'ai été surprise, parce que Ron est mon meilleur ami, il l'a été plus longtemps que Neville même, mais le lien ne s'est pas formé. C'est une chose de plus que je ne comprends pas dans ce lien, et Remus n'a pas su m'éclairer davantage.

J'ai passé une bonne journée, j'étais angoissée à l'idée de revoir les Weasley, mais je crois que ça m'a fait du bien. J'ai découvert Fabian et Gideon autrement que sur le champ de bataille ou à travers les réunions. Enfin plus Fabian, Gideon est toujours méfiant, même si on lui a raconté toute notre vie.

J'espère que nos doubles seront toujours amis, c'est ce à quoi j'ai pensé aujourd'hui, en voyant un Ron de un an pour la première fois. Peut-être que ça ne sera pas le cas, peut-être même qu'on sera chacun dans une maison différente, je n'en sais rien. J'espère retourner bientôt chez les Weasley.

Je t'embrasse

P.S. Tu savais que Percy est déjà obnubilé par la lecture, que les jumeaux l'embêtent depuis qu'ils ont deux ans, que Bill a déjà les cheveux longs au grand désespoir de Molly et que Charlie est passionné par les dragons depuis qu'il en a rencontré un quand il avait quatre ans ?

3 mai 1981

Je ne t'ai pas écrit hier, je pense que tu sais pourquoi. Il y a eu beaucoup de batailles ces dernières semaines, et beaucoup de morts. Remus a passé trois semaines dans le coma, il s'est réveillé il y a quatre jours. Marlene a perdu toute sa famille. Mais contrairement à la première fois, elle a survécu avec son mari. J'ai conseillé à Edgar de mettre sa maison sous fidelitas, d'après Rem', sa famille a été décimée avant le 31 octobre. Il est une cible de choix, c'est un des meilleurs combattant de sa génération, ses parents étaient tous les deux de grands aurors, tué de la main de Voldemort lui-même, sa sœur travaille au département de la Justice Magique et son frère, le père de Susan est langue de plomb. Je n'ai pas beaucoup connu Susan, mais elle vivait avec Amelia Bones, non ? Son père a dû mourir lui aussi.

Je n'ai pas passé la journée d'hier à pleurer —pour une fois—, il y a eu beaucoup de batailles en un seul jour. Voldemort recrute activement. Ils ont attaqué les différents ministère moldu, et pour faire diversion, ont aussi attaqué le chemin de traverse, dix minutes avant. Ça a été un massacre. Le Premier Ministre est mort, le chef du bureau des aurors et trois langues de plomb haut gradés aussi, sans compté les milliers de moldus et les dizaines de sorciers.

Il est presque minuit, je n'ai pas dormi depuis plus de quarante-cinq heures et je tombe presque d'épuisement. Mais je ne peux pas aller dormir, parce qu'il y a trop de blessés. C'est la panique chez les moldus, ça l'est depuis longtemps chez les sorciers, mais ça c'est amplifié, énormément. Les médicomages sont débordés, alors ils ont appelé des volontaires, des personnes qui ont quelques notions de premier secours. Des étudiants sont là aussi, certains n'ont même pas terminé leur première année d'apprentissage, n'ont jamais été sur le terrain, mais on leur demande d'être là, comme s'ils étaient des médicomages avérés. Ils doivent soigner des centaines de personnes, alors qu'ils ne connaissent pas le quart des blessures et ne savent pas comment les traiter.

J'essaie d'aider autant que je peux. Je n'ai jamais eu de cours, j'ai tout appris dans les livres et sur le terrain. C'est une journée horrible, et les semaines qui vont suivre vont l'être tout autant, je le sens. Notre pays va être plongé dans le chaos. Il n'y a plus de gouvernement moldu, personne ne connaît les causes de la mort du Premier Ministre, c'est une horreur.

24 juin 1981

Je continue à ne pas mourir.

4 juillet 1981

Salut Harry. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop dans la mort.

Ça fait trois ans jour pour jour que j'ai découvert la prophétie. Ma prophétie. Et je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas si je dois en parler à Remus ou le préserver de savoir. Il y est mentionné, enfin je suis pratiquement sûre que c'est lui, mais tu connais les prophéties, elle laisse souvent dans le flou. Je suis concernée aussi. Je n'ai pas vraiment compris l'interpellation, mais je sais que c'est moi. Il y a d'autres personnes mentionnées, dont une que je n'ai pas encore rencontré, j'en suis certaine. Parce que je ne considère personne comme ça. J'ai pensé que ça pouvait être toi, enfin ton double, mais non, je ne le considère pas du tout comme ça.

Je suis complètement perdue, mais je ne veux pas mettre sur les épaules de Remus ce poids supplémentaire, notre destin.

31 juillet 1981.

Joyeux anniversaire Harry.

J'ai toujours un pincement au cœur ce jour-là, parce qu'on célèbre ta naissance, mais tu n'es plus là. Mais aujourd'hui, on célèbre surtout la première année de ton double. C'est la nouvelle lune ce soir, alors je suis énervée et insupportable, mais je fais de mon mieux pour rester calme.

Tes parents ont invité quelques personnes, pratiquement les mêmes que pour l'anniversaire de Neville hier, tes grands-parents en plus. D'ailleurs, le vaccin contre la dragoncelle fonctionne, d'après Rem', ils auraient dû mourir en avril. Tu as été gâté, et j'ai beaucoup aimé la réaction de Lily quand elle a découvert le balai-jouet que Sirius t'a offert. J'ai cru qu'elle allait soit s'évanouir, soit hurler à Sirius que tu étais trop jeune. Elle est devenue rouge et James a pris le relais. Mais le meilleur moment de la soirée fut le moment où je t'ai offert ton cadeau. Je n'avais pas vraiment d'idées, alors je suis restée dans la même ligne que pour ton cadeau de naissance. Tu as eu quatre peluches, un lion, un serpent, un aigle et un blaireau, pas de différence entre les maisons. James a sérieusement blanchi quand tu lui as montré que ta préférée était le serpent, mais pour la première fois depuis quelques mois, j'ai souri, sincèrement.

Je tiens à préciser que l'idée d'offrir un serpent en peluche pour voir la tête de James vient de Remus et non de moi.

22 août 1981

Je suis retournée au Terrier, Fabian m'a invité à l'anniversaire de Percy. Je voulais lui offrir un livre sur la théorie de la magie, mais Remus m'a rappelé qu'il n'avait que cinq ans. Je lui ai donc offert l'Histoire de Poudlard. Il est peut-être un peu jeune mais il sait lire, alors autant lui donner un gros pavé plutôt qu'un livre de cinq pages qu'il aura fini le jour même.

19 septembre 1981

J'ai vingt-sept ans, il n'y a rien à ajouter.

14 octobre 1981

Hier c'était la pleine lune. Elle était différente des autres. Plus douloureuse, comme si mon loup essayait de sortir, alors qu'il l'était déjà, comme pour m'avertir. Je vais retourner dormir, je tiens à peine debout.

9 ou 10 novembre 1981, je ne sais plus.

Je suis... Je suis tellement désolée Harry. J'ai échoué. J'ai échoué. Je voulais que tu grandisses heureux, entouré de toutes les personnes qui ont compté pour toi.

Je suis désolée... Pardonne-moi Harry... J'ai échoué.