- Donc Chistole, ce soir ? Demanda Chiara à la cantonade dans les vestiaires.
- Yep, répondit Terence, Kenneth et Barnabé d'une seule voix.
- Hum, heu... Ça vous dérange si on attend encore un quart d'heure ? demanda Deryn mal à l'aise.
- Non, pas de soucis. On attend quoi ? Demanda Kenneth.
- Et bien… J'ai proposé… Une connaissance va nous rejoindre, répondit Deryn, terriblement gênée.
- Une connaissance ? Dit Chiara dans un gloussement.
- Non, juste une connaissance, répondit Deryn agacée.
- Ah, ça va. Parce qu'imaginez juste que ça soit une connaissance, dit Barnabé.
- Et on la connait, cette connaissance ? Demanda Kenneth avec douceur.
- Non. Peu probable. Dit Deryn.
- Une connaissance inconnue. Ça devient croustillant, dit Barnabé en se redressant pour mieux suivre. Tu la connais d'où cette connaissance.
- Du ministère.
Un silence suivi.
- À vrai dire, je dis que vous ne le connaissez pas, mais vous avez tous dû lui livrer un jour une gamelle.
- Tu t'es fait dragouiller en livrant ? Malgré la cape de déménageur et la casquette informe ? s'étonna Terence.
- Et bien…
- Tu es sûre qu'il n'a pas des problèmes de vue ? Il a bien compris que tu étais une fille ?
- Terence, on a compris. Tu trouves que Deryn ne ressemble à rien sur son balai. Dit agacé Chiara.
Terence se tut brutalement. Il n'avait jamais voulu faire de la peine à Deryn qu'il appréciait.
- Deryn, pardon. Je ne pense pas du tout que tu sois moche ou indigne d'intérêt, mais…
- Que je me laisse aller quand je bosse ? Demanda Deryn les dents serrées.
- Pas du tout. Pas plus que les autres filles, je veux dire… Reprit Terence.
- Merci pour nous aussi, dit Chiara agacée. Tu t'enfonces, Terence.
- Écoute, oui. Mais enfin, vous n'êtes même pas maquillées, les cheveux enfoncés dans la casquette et…
- Terence, va falloir lâcher la pelle et arrêter de creuser à un moment, le coupa Barnabé. Vous êtes très bien, les filles, nous sommes tous très bien. Autant qu'on puisse l'être après six heures à courir partout en portant des gamelles.
La tension se relâcha.
- Mais, reprit Barnabé, forcément, je tombe un peu des nues aussi. Tu t'es fait draguer par un des ces clients qui nous claquent la porte au nez, ou fixent un truc à la con à côté pour ne pas avoir à croiser notre regard ?
- Ça ne s'est pas passé comme ça. J'ai renversé sa gamelle. Il a été poli et urbain et je l'ai envoyé chier.
- Tu sais quoi ? Cette explication éclaire tout le mystère, acquiesça dit Barnabé.
Chiara lui ouvrit la bouche pour lui répondre entrecoupée par un ricanement grivois, quand elles furent interrompues.
- Deryn, il y a un mec bizarre, dehors, dit Barnabé dans un sourire entendu.
Deryn sortit pour accueillir Dirk. Il semblait terriblement mal à l'aise.
- Tu es venu. dit-elle en souriant.
Il dût être soulagé par son grand sourire, et sourit à son tour, les bras ballants.
- Oui. Alors, c'est ici que les livreurs vivent ?
- Yep. Ma caravane est celle vert pâle avec les lampions.
- Le jardin est charmant, euh… Plein de promesses.
- Je n'ai pas la main très verte, dit Deryn en riant. Mais j'essaye.
Ils tentaient tous les deux de se donner une contenance, cherchant des sujets de conversation.
Elle sentit le regard de ses amis, goguenard depuis les canapés.
- Tu as un balai ou tu veux que je t'en prête un ? Demanda-t-elle.
- J'ai pris mon ancien Comète, répondit-il en le sortant de son sac.
Sortir un balai à Dyffryn Crochenydd équivalait à ouvrir une boîte de thon dans une pièce remplie de chats.
Les autres s'extirpèrent joyeusement des canapés pour venir inspecter le balai. Deryn aurait juré entendre ronronner.
- On ne voudrait pas interrompre pendant que vous vous reniflez l'arrière du balai, mais ne serait-ce pas un bon vieux Comète ? Demanda Kenneth.
- J'adorais mon Comète, commenta rêveusement Terence.
- Tu n'es pas gêné par le module de freinage ? Demanda Kenneth.
- Je devrais ? s'étonna Dirk.
- Sur ces modèles, il est hyper robuste mais pas très coopératif quand on lui demande de s'oublier pour voler gras.
- Voler gras ? Demanda Dirk.
- Voler en appuyant fort, voler vite, lui chuchota Deryn.
- Pourquoi faire ?
- Pour voler, lui répondit Deryn haussant les épaules.
- Des fois, on a envie d'aller se dégourdir les étriers et de pouvoir monter en vitesse le plus vite que possible, répondit Chiara en haussant les épaules.
- Oui, des envies pressantes, comme ça, faut pas laisser traîner, dit Kenneth très sérieusement.
- Chistole ? Demanda soudain Terence.
- Chistole. Acquiesça sobrement Barnabé.
Cela provoqua un aimable remue-ménage parmi les caravanes. D'autres livreurs sortirent en hâte, un balai dans une main et la seconde en train de finir de boutonner une cape.
Dirk semblait perdu au milieu de l'agitation soudaine.
- Ne t'en fais pas. On va passer un bon moment, lui dit Deryn dans un sourire.
Il détonnait au milieu des livreurs. Il n'était plus vêtu de son élégant complet de travail, mais ses vêtements restaient trop urbains, trop colorés au milieu des livreurs en jean. Il attirait des regards polis mais interrogateurs.
Mais Deryn le regardait à la dérobée et aimait ce qu'elle voyait. Sorti du ministère, il n'exultait plus autant la confiance en lui. Elle le trouvait pourtant toujours très attirant et fondait devant son sourire doux et désarmant.
Le jour tardait à se finir, et des rayons de soleil se déchiraient sur les arbres.
Deryn volait près de Dirk. Elle avait l'habitude des excellents riders coursiers. Sans être mauvais, Dirk manquait de pratique.
Elle brida son balai, certaine de l'avoir senti piaffer d'impatience. Elle devait le freiner tout en l'empêchant de cabrer.
Dirk ne s'en rendit pas compte, concentré sur les sensations qu'on éprouve lorsqu'on remonte sur un balai pour la première fois depuis longtemps.
Il ne parvenait pas à trouver une position confortable, ses mains glissaient sur le manche, et le froid lui mordait le visage.
Il regardait autour de lui les livreurs enchaîner looping, virages serrés et petites courses puériles et se sentait empoté et ridicule.
Puis il trouva le visage de Deryn qui lui souriait, ses boucles noirs luisant dans les lueurs violettes du crépuscule.
Il répondit à son sourire, gêné mais rassuré.
- Par ici. Cria-t-elle en donnant un coup de rein pour faire bifurquer son balai.
Dirk décrocha de la formation en V inversé et la rejoint.
Il finit par comprendre qu'elle adaptait sa vitesse pour qu'il puisse se mettre dans sa traînée.
Il lutta quelques temps pour maintenir le cap, puis finit par trouver le truc, pouvant enfin décrisper ses mains et admirer la rideuse devant lui.
Elle serpenta le long de la tourbilière puis l'entraîna vers le marais.
Il aperçut au sol des feux follets qui éclairaient les bruyères. Petites flammes bleutées qui s'allumaient quelques secondes puis s'éteignaient doucement, sans produire ni fumée ni chaleur.
Ils planèrent au dessus quelques temps à admirer les glyphes étranges que produisaient cet amoncellement de feux follets depuis leur altitude.
- Au pays de Galles, on dit que ce sont des esprits venus chercher les âmes de ceux qui vont mourir.
Dirk la regarda.
- Sans vouloir vexer les gallois, je préfère ne voir que des esprits malins qui veulent nous pousser dans des ravins. Au moins, on peut les éviter.
- Vous êtes plus pragmatiques, vous les anglais, lui répondit Deryn en riant. Mais je préférerais moi aussi que ça ne soit pas des esprits venus chercher nos âmes, parce qu'ils sont de plus en plus nombreux ces derniers temps.
Il ne s'était pas attendu à avoir une bonne vision du relief malgré le noir. Mais la lune décroissante restait assez grande pour permettre une bonne visibilité. Deryn l'entraîna vers les collines.
Grisé par les sensations, il se prit au jeu et accéléra soudainement. Il entendit un ricanement et sentit qu'elle l'avait pris en chasse.
Il se doutait que son vieux Comète ne pourrait pas rivaliser longtemps mais avait l'intention d'atteindre au moins le sommet de la colline le premier.
Il tira sur son manche pour entamer l'ascension quand il sentit la main de Deryn se poser fermement dessus et l'entraîner par un autre chemin.
- Attention aux courants ascendants sur les collines, lui cria-t-elle à travers le vent.
- Aux quoi ?
Deryn lâcha le balais de Dirk. Elle avait frôlé sa main et se sentait très gênée. Et idiotement adolescente de se sentir gênée pour si peu.
Elle regarda Dirk, il semblait troublé aussi et ils échangèrent un regard hésitant.
Dirk sentit une secousse très brusque les quelques secondes avant que Deryn ne se ressaisisse du balai pour l'entraîner fermement dans un courant plus doux.
- Ça aurait pu te tirer très haut, et tu aurais tourné longtemps sans parvenir à redresser ton cap.
La formation indisciplinée en V inversée approchait d'eux, à une allure très déraisonnable.
Deryn changea de cap si agilement pour y reprendre sa place que Dirk se demanda si elle n'avait pas sauté plutôt que volé.
Tout le monde se posa à proximité du village, et Dirk nota que ce qui avait volé gracieusement ressemblait maintenant à un troupeau de canard braillards.
Il rit, et regarda Deryn rire aussi, les yeux brillants et le visage tellement pâli par le froid faisait ressortir encore plus son masque de tâches de rousseur.
Dirk n'était pas en reste, ses cheveux roux complètement ébouriffés. En passant sa main dans sa barbe naissante, il sentit des morceaux de glace tomber. Sa respiration avait givré pendant le vol, lui donnant de faux-airs de Dumbledore.
Deryn éclata de rire de le voir s'en étonner.
La chaleur dans le pub les groguie tous instantanément. Certains ne commandèrent même pas la bière réglementaire, ayant de l'ivresse et de l'euphorie à revendre.
- Alors, Dirk, parle moi de toi, tu es venu observer les pouilleux dans leur habitat naturel ? Lui demanda Béatrice.
S'il avait désigner d'un seul mot Béatrice Haywood, ça aurait été la révolte.
Elle avait été mordue par un loup-garou quelques années auparavant. Loin de calmer sa révolte adolescente contre la société sorcière aux mœurs figées et le déterminisme social, l'événement l'avait convaincue de ne jamais se résigner.
Elle n'acceptait pas d'être exclue de la société normale, ni d'être pauvre, ni d'être traitée comme telle.
Elle était toujours en guerre contre Owl Eat pour une raison ou pour une autre, et si cette attitude avait au début beaucoup dérouté les autres livreurs, sa révolte trouvait une résonance de plus en plus forte parmi eux.
- J'étais simplement venu voler avec vous, lui répondit doucement Dirk.
- Voler avec nous, appuya Béatrice soupçonneuse.
Deryn s'approcha pour venir en aide à Dirk, mais ne savait pas comment intervenir. Elle était maintenant très proche de Béatrice, et elle partageait entièrement sa révolte.
- Tu vois, mon vieux, la différence entre toi et nous, c'est que toi, ce soir, tu vas pouvoir rentrer dans ta jolie maison bien chauffée, donner ton linge boueux à ton elfe ou ta femme, et te plaindre bruyamment de tes petits bobos.
- Béa… Commença Deryn sans trouver quoi dire.
- Elle te l'a dit, Deryn, pourquoi elle cache ses mains, comme ça ? Elle ne veut pas que tu vois qu'elles sont violacées à cause de l'urticaire au froid, et couvertes de corne, du contact avec le manche.
- Béa… Retenta Deryn, en tirant sur ses manches pour mieux cacher ses mains.
- Pour toi, c'est un jeu, le vol. Nous, on n'a pas le choix…
- Béa, ça suffit, je l'ai invité. Coupa Deryn.
- Tu l'as invité ? Toi ? Dit Béa profondément blessée. Pourquoi ? Qu'est ce que tu lui trouves ? C'est un jaune. A tous les coups, il travaille pour un des départements du ministère…
- Je travaille effectivement pour le ministère, répondit calmement Dirk. ça ne fait pas de moi un jaune.
Tout le monde plongea brusquement son nez dans son verre. Béatrice dévisageait Dirk, l'œil brillant.
- Oh, vraiment. Le ministère serait donc notre allié.
Dans un geste d'impuissance, Dirk reprit.
Le ministère a pour tâche de permettre à tout le monde de...
- Laisse moi te parler, mon vieux, de la seule tâche que le ministère se soit fixé. La société sorcière maintient son état de relative prospérité uniquement parce qu'elle trouve de la main d'œuvre pas chère pour remplir toutes les tâches qui assurent sa prospérité. Tu gagnes en une semaine ce que nous gagnons en plusieurs mois. Et tu n'as le loisir de le faire que parce que la préparation de tes repas, la livraison de ta gamelle, le nettoyage de tes toilettes et toutes ces petites tâches avilissantes sont faites par d'autres que tu sous-payes et exploites.
- Je ne… Tenta Dirk.
- Ces tâches sont physiquement épuisantes, aliénantes, mal ou pas payées et tout à fait déconsidérées. Les rares à les accepter n'ont pas le choix, ce sont les rebuts du monde sorcier. Le ministère est bien conscient du problème, alors il prend bien soin de ne pas améliorer les conditions de vie des plus précaires, soit par des lois vicieuses évictant les loups garou de la casi totalité des emplois, soit en ne prenant aucune mesures pour protéger financièrement une femme, mariée trop jeune pour avoir fait des études et seule à présent, ou encore les orphelins sortis de Poudlard sans réseau ni argent. Faudrait pas que la prospérité qui bénéficie aux quelques-uns ne s'arrête.
Un silence suivi.
- Alors ne me dis pas que le ministère n'est pas mon ennemi. Parce que si ça, c'est mon allié, je préfère une bataille rangée contre cette hypocrisie.
Deryn ne savait pas où se mettre. Mais c'était elle qui avait invité Dirk, elle devait assumer.
Elle lui prit avec douceur le coude.
Viens Dirk, par ici.
Personne ne parla quand elle l'entraîna. Certains adressèrent un furtif regard désolé à Dirk, mais rien de plus ne pouvait être dit. Tout le monde partageait le point de vue de Béatrice.
Deryn emmena Dirk dans un coin plus discret du pub.
Je suis vraiment désolée, je ne savais pas comment intervenir…
Tu penses vraiment que je suis un jaune ?
Deryn hésita.
Non, je…
Je trouve la situation aussi révoltante que vous, ajouta-t-il indigné.
Deryn respira et chercha comment formuler son opinion.
Tu n'as pas choisi d'être un jaune. tu ne t'es pas levé un matin en te disant "tiens, je vais exploiter des pauvres".
Mais tu dois ta réussite à cet état de fait. Tu as pu faire une carrière brillante parce que d'autres ont été écrasés par le fonctionnement de la société à laquelle tu as pris part.
Mais qu'est ce que j'aurais dû faire ? Demanda Dirk en s'énervant. Je ne…
Deryn lui posa une main sur le bras pour le calmer.
Écouter. C'est la seule chose que tu puisses faire. Je ne t'en veux pas à toi personnellement. Béatrice non plus, au mépris de toutes les apparences. Mais elle se débat en permanence avec l'injustice dont elle est victime, et elle n'a pas réussi à te voir autrement que comme une part du système. Quand on livre vos gamelles, on est rarement vu différemment.
Dirk se tut, en regardant dans le vide.
Je ne t'avais pas invité pour te faire la morale ou te parler de lutte des classes, s'excusa Deryn dans un sourire désolé.
Dirk la regarda étonné, ayant l'air de se réveiller.
Pourtant ça a commencé comme ça, dit-il amusé.
Deryn rit en se mordant la lèvre.
Je sais bien que tu n'es pas la cause de tous nos malheurs. Je voulais juste t'inviter à voler.
Dirk sourit.
J'ai passé une superbe soirée. Merci.
"Une superbe soirée", vraiment ?
D'accord, un peu moins au pub.
Deryn ne savait pas comment continuer. "Tu voudras revenir", "j'espère qu'on se reverra". Elle craignait de passer pour une… Une quoi ? Une fille facile ? Une morte de faim ?
Qu'est ce que ça pourrait bien faire ? Pourquoi ressentait-elle encore tellement le poids de cette éducation de fille de bonne famille qui ne l'avait conduite nulle part.
Dirk ne savait pas non plus comment continuer. Il s'était marié jeune avec sa première petite amie, relation des plus conventionnelles et peu passionnée. Et si la situation n'avait pas bien vieilli, il n'avait jusque-là jamais eu l'occasion d'apprendre les choses de la séduction et de l'amour.
Deryn était la première femme qui lui inspirait autant d'attirance, il admirait sa liberté et sa fougue. Mais justement ces deux éléments lui faisaient douter des pas à suivre pour avancer dans leur relation. Il était évident que ce n'étaient pas ceux décrits d'ordinaire pas les hommes de ses relations.
Il n'osait pas l'inviter au restaurant, puisqu'il se doutait qu'elle apprécierait pas le rapport homme-femme traditionnel que ça impliquerait, ni lui offrir des cadeaux.
Est-ce que… Commença Dirk.
Oui.
Oui à quoi ?
Je ne sais pas, qu'est-ce que tu allais dire ?
Tu étais d'accord pour quoi ?
Je ne sais plus. Tu disais ?
Est-ce que tu aimerais qu'on se revoit ?
Oui.
Ah, c'était bien ce à quoi tu pensais ?
Oui.
Dirk hésita sans savoir s'il fallait rire.
Tu veux revenir chistoler ? Demanda Deryn.
Dirk hésita.
Est-ce que je peux revenir sans risquer d'être vu comme condescendant ou misérabiliste ? Parce que ce n'est pas le cas. Je suis sincèrement révolté par vos conditions de vie, et je réalise que Béatrice a raison. Aussi douloureux que ce soit de l'entendre, je fais partie du système. Je ne sais juste pas comment je dois réagir.
Il soupira, soulagé de vider son sac.
Et si j'ai envie de revenir, c'est autant pour comprendre cette part de la société que je ne connais pas que pour… Pour te revoir. J'ai vraiment passé une belle soirée.
Il lui prit la main pour la serrer.
Béatrice a raison, dit-il surpris. Le froid te mange littéralement les mains.
Elle posa sa deuxième main abîmée sur la sienne.
Ma vie est comme ça. Mais je n'ai pas besoin de pitié.
C'est noté. Mais de la compassion, ça irait ?
Elle lui sourit encore.
Je voudrais t'embrasser, est ce que tu es d'accord ? Lui demanda-t-elle.
Oui, répondit-il dans un souffle, très soulagé.
Le baiser fut doux puis de plus en plus passionné.
Viens...
Elle parvint à ne pas ajouter "Vendredi prochain à la chistole". Jetant aux orties les règles idiotes qui régissaient les relations de couples, elle l'entraîna vers sa caravane.
