Au pub, un groupe écoutait certains des livreurs débattre. Au bout de quelques semaines, Remus se sentait assez à l'aise pour tenter de discuter avec Béatrice.
- Mais Dumbledore EST le système, Remus. Il n'a jamais rien fait pour empêcher les lois sur le statut des loups-garous. Et il POURRAIT imposer un salaire minimum.
- Ça ne dépend pas de Dumbl… tenta Remus.
- Même ma carte de chocogrenouille le sait, Remus, il est président du magenmagot. Enchanteur-en-chef et Manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers. Il sait tout ce qui se passe, il aurait pu le faire. Il aurait pu mille fois prendre publiquement la parole pour parler des opprimés.
- Je ne sais pas pourquoi il ne l'a jamais fait, mais là, on ne parle plus de problèmes politiques. On parle d'une guerre, par Merlin ! Dit Remus.
- Mais une guerre qui ne nous concerne pas. Dit Kenneth agacé.
- Comment pourrait-elle ne pas nous concerner ? Demanda étonné Remus.
- La dernière fois, la guerre n'a rien changé à la situation des loups-garous, et la paix encore moins. Dit Kenneth le visage dur.
- Mais Dumbledore… Tenta Remus.
- Dumbledore nous a abandonnés. Pire qu'abandonnés, il ne nous a jamais regardés, dit Kenneth. Personne ne nous voit, ni le gouvernement, ni le parti d'opposition. Peut-être qu'il est temps de se tourner vers d'autres personnes.
Un silence se fit.
- Kenneth, je pense que je sais à quoi tu penses, s'horrifia Béatrice. Mais on peut lutter contre ce système sans… Sans...
- Comment ? Demanda Kenneth
- On pourrait parler aux médias. Dit Béatrice.
- Lesquels ? Ceux qui relaient l'opinion officielle visant à ne pas faire de vagues pour protéger l'économie et la paix sociale ? Sorcière-Hebdo qui parle à la masse opprimée la plus nombreuse pour bien leur apprendre comment se conduit une masse opprimée ? Ou alors le chicaneur, qui est autorisé uniquement parce qu'il dit trop de bêtises au milieu des vraies informations pour être pris au sérieux ?
- Kenneth… Tenta Remus.
- Au moins quelqu'un propose quelque chose ! Dit Kenneth.
- Greyback n'est pas une solution Kenneth ! S'énerva Béatrice. C'est un fou sanguinaire !
Lupin ferma les yeux, horrifié. Le nom avait été prononcé.
- Il propose de se soulever pour renverser la société sorcière qui nous opprime ! C'est ce que tu dis toi aussi, Béa !
- Mais moi, je veux des salaires décents, la fin de la ségrégation sociale et l'égalité des chances.
- Greyback ne veut que le pouvoir ! Ajouta Remus au désespoir.
- Écoute, je te comprends, Kenneth. Reprit Béatrice. Tu en as marre de ne pas être entendu et tu voudrais faire quelque chose pour renverser la situation. Mais Greyback est un assassin.
- Et pour beaucoup d'entre nous, c'est lui qui nous a mis dans cette situation. Dit Chiara calmement.
- Kenneth eut l'air d'avoir reçu un violent coup. Il se tut et réfléchit, les yeux dans le vide.
Barnabé et Terence les rejoignirent avec des pintes alors que le blanc commençait à s'installer.
- Hey, les gens. Laissez-moi deviner. Dit joyeusement Barnabé. Vous parliez de politique.
Le silence lui répondit, chacun regardant dans le vague.
- Vous savez, ce n'est pas si grave si on ne met pas fin au capitalisme ce soir. Dit-il en attrapant le verre que lui tendait Terence.
- Dis moi, Barnabé. Demanda Tonks. Tu es de la famille des Lee d'Azkaban. Tu ferais quoi si Tu-sais-qui était vraiment de retour.
Tous se retournèrent pour la regarder étonnés.
- Au moins, c'est direct, salua Terence en trempant les lèvres dans sa pinte.
- Tu sais, Tonks, tu es la deuxième à me poser la question, répondit calmement Barnabé.
- Qui était le ou la première ? Demanda-t-elle étonnée.
- Un potentiel ancien mangemort, dit Barnabé.
- Le silence qui s'abattit soudain pesa des tonnes. Deryn n'osait plus bouger.
- Et… Et tu… Hésita-t-elle à demander.
- C'est dur de répondre "merde" à son tonton, n'est-ce pas, Deryn Runcorn, dit Barnabé, l'air de ne pas y toucher. Il s'agit de ma famille, de mes parents. Les voir enfin, pour leur dire… Pardon, Papa, Maman, vous allez être un peu déçus mais je ne suis pas hyper fan de votre combat, on se voit toujours pour Noël ?
Entendant les paroles de Barnabé, Terence s'enfonçait dans son fauteuil.
- L'ami Terence, il ne fait pas le fier. Parce que lui aussi, il a dû recevoir deux-trois hiboux de cousins qui prennent des nouvelles pour la première fois depuis un moment.
- En l'occurrence, de mes parents, mais oui, tout pareil.
- C'est sûr, ça résonne, pour nous, quand on nous dit qu'il faut restaurer la grandeur des sorciers de sang pur. Qu'il faut arrêter avec cette hérésie d'intégrer les nés-moldus qui ne connaissent rien à notre société et nous humilient.
Deryn grelottait en entendant cette phrase.
- Deryn, ma vieille. Je devine parfaitement que, toi aussi, tu as été convoquée ou sommée de prendre les bonnes décisions, ajouta Barnabé avec un sourire sans joie.
Elle le regarda, du défi plein les yeux.
- Tu veux dire ceux qui m'ont oubliée, seule, quand l'exécuteur testamentaire m'a dit que je pouvais rester encore quelques jours dans la maison, le temps de me retourner ? Non, étonnamment, ma lignée est assez pure mais pas assez propre pour eux. Ils ne se sont pas encore souvenus de mon existence. Et je parierai qu'ils ne s'intéressent pas beaucoup à votre sort, non plus. Ils veulent juste de la chair à canon, des pions qui ferment leur bouches.
Terence et Barnabé se regardèrent.
- J'en suis arrivé à la même conclusion, pour être honnête. Dit Terence.
- Yep, dit Barnabé en levant sa choppe pour trinquer avec Deryn et Terence. Mon sort ne pourrait pas moins les intéresser.
- Mais la question demeure. Si nos parents nous disent de les rejoindre, est-ce que nous pouvons vraiment tourner le dos ? Demanda Terence, fataliste.
- Prendre le parti de vos parents, ça peut vouloir dire devenir un meurtrier pour une idéologie à laquelle vous ne semblez pas vraiment croire, dit Tonks.
- Et le non-choix revient à choisir, ajouta sombrement Remus.
Deryn ramassa quelques pintes vides et se leva pour rejoindre le comptoir.
Chiara la rejoignit.
- C'était joyeux, n'est-ce pas ? Remarqua-t-elle.
- J'ai plus ri à certaines funérailles, répondit Deryn.
Chiara la serra dans ses bras et lui frotta le dos, réconfortante.
- Tu sais, avant, on était plein de livreurs et livreuses précaires qui refaisaient le monde. Maintenant, je me demande si on est pas une demi-poignée de turbineurs et les autres sont des agents infiltrés qui veulent nous convaincre de refaire le monde comme eux le veulent.
- Pff, soupira Deryn, posant sa tête sur l'épaule de son amie.
Elle ne parvenait pas à arrêter de grelotter, sans savoir pourquoi. Remus avait dit quelque chose de fort. Tôt ou tard, tous devraient faire un choix. Et s'ils étaient tous des looser, c'est aussi parce qu'aucun d'eux n'avait jamais su prendre la bonne décision au bon moment.
