Le groupe survolait la lande du Dartmoor.
On y voyait les restes de plusieurs camping calcinés. Malgré la chaleur de cet été, l'endroit était toujours dévoré par le brouillard.
- C'était vraiment là qu'il y a eu des gens venus faire la fête pour la coupe du monde de quidditch ? Demanda dubitatif Barnabé.
- Je n'arrive pas à imaginer comment une coupe du monde de Quidditch a pu se tenir là. Dit Barnabé. Qu'est ce qui s'est passé ?
- D'anciens mangemorts avinés ont trouvé drôles de mettre le feu et de torturer des moldus. Répondit Dirk. La gazette a étouffé l'affaire, parlant de heurts entre supporters.
Ils arrivèrent devant ce qui avait dû être de magnifiques murailles dorées, et qui maintenant étaient aussi effondrées qu'un mur d'Adrien en carton-pâte humide.
Ils entrèrent dans le stade de quidditch avec répulsion, longeant les gradins.
- Je me demande si finalement, c'est une bonne idée. Dit Remus. Je sais reconnaître un appeau à ennuis quand j'en vois un.
- Tu penses qu'on va avoir des soucis ? Demanda Chiara, le visage inquiet. ça n'est pas illégal de créer une nouvelle radio.
- Comme si ce qui est légal ou illégal n'était pas devenu parfaitement secondaire ces derniers temps, répondit Dirk en volant au milieu des bancs renversés des gradins.
- Et puis, bon, le stade de la coupe du monde de quidditch a beau être vide, je pense qu'on peut raisonnablement dire que d'y prendre les micros et les émetteurs radio, c'était du vol. Dit Barnabé.
Ils atteignirent enfin les loges prévus pour les reporters radio, et Deryn se hâta d'aller inspecter le matériel laissé sur place.
Dirk la regardait, les bras croisés.
- On est vraiment sûr pour tout ça ?
Les livreurs qui s'étaient approchés de Deryn pour venir l'aider à tout débrancher, levèrent la tête pour le regarder.
Béatrice finit de débrancher un micro pour le poser dans un sac.
- C'est le moment ou jamais. Ceux qui y croient peuvent rester. Les autres…
- Mettons un gardien du secret.
Tout le monde regarda Remus qui avait parlé.
Remus avait dû connaître un événement tragique récemment, sur lequel il ne s'était pas étendu. Deryn, qui connaissait les symptômes, pensait à un deuil.
Chiara pensait qu'il ne tenait le coup que grâce à Tonks, que pourtant il repoussait en permanence.
- J'ai confiance, je crois, en vous tous, dit-il le regard noir. Mais c'est trop dangereux pour qu'on prenne des risques. Il faut qu'on puisse se cacher.
- Et ne pas trembler d'avoir intégré trois rejetons de mangemorts dans cette folie ? Demanda Terence, impassible.
Un silence se fit.
- Qui est le troisième ? Demanda Dirk.
Deryn s'éclaircit bruyamment la gorge en avertissement.
- Oh ! Oh… Répondit Dirk.
- Je n'y crois pas, répondit Chiara, ça ne colle tellement pas avec vous trois.
- Merci, ma vieille, dit Barnabé en posant sa main sur son épaule. Pourtant, c'est bien ce que nous sommes tous les trois.
- C'était ce que vous étiez à votre naissance, mais vous êtes beaucoup plus que ça. Vous n'avez aucun préjugé, vous êtes trois personnes généreuses et qu'on aime. Ils vous aiment peut-être aussi, mais ils vous mèneront à votre perte, et à la nôtre en même temps.
- Chiara, merci. Vraiment merci, parce que ça fait du bien de l'entendre, répondit Terence, mais je crois que je parle au nom des fils et filles de mangemort d'ici pour dire qu'on a déjà fait notre choix, et notre choix, c'est de… De les affronter. On a tous coupé les ponts.
- Reste Kenneth, dit Lupin.
- Moi ?
- On ne sait toujours pas ce que tu ferais si Greyback te contactait.
- Il m'a contacté, répondit Kenneth.
Un silence s'installa.
- Il m'a demandé de rapporter tout ce qui se passait sur le camp. Il m'a dit que Voldemort nous aiderait, et qu'on devait mordre le plus de sorciers opposants que possible.
- Et… Demanda Chiara
- Je ne pourrais pas maudire quelqu'un comme je le suis. Répondit Kenneth. Je ne pense pas pouvoir blesser ou tuer quelqu'un. Je lui ai raconté une ou deux fois que nous étions des looser apathiques, oubliant soigneusement le nom de la moitié des livreurs, et je suis pas retourné le voir.
Chiara prit Kenneth dans ses bras, rassurée.
- Donc ce serment inviolable ? Demanda Remus.
- Tu restes soupçonneux ? S'étonna Chiara.
- On doit l'être, répondit Tonks, on doit être beaucoup plus prudent. Il ne s'agit plus de mots mais bien d'une guerre. Certains pourraient être contraints de boire du veritaserum ou être torturés... Puisqu'on en est aux confessions…
Tout le monde se tourna vers elle.
- Tu bosses pour le ministère, dit sobrement Dirk.
- Oui. En fait j'ai bien réussi la sélection chez les aurors, c'est mon chef qui m'a envoyé à Dyffryn Crochenydd pour savoir à quoi s'en tenir sur vos agissements.
- Tu leur as dit quoi ? Demanda Deryn inquiète.
- Sur toi et Dirk ? Rien depuis la coulée de boue, et pas grand chose avant. J'avais juste rapporté que des employés du ministère se joignaient parfois aux promenades nocturnes. Ce n'est pas ce que cherchais Fudge.
- Il cherchait quoi ? Demanda Kenneth.
- Des agissements subversifs du genre monter une radio pirate, répondit Tonks détachée.
- Et tu… Chiara affichait une expression douloureuse comprehensive.
- Et je n'en ai pas parlé. J'ai décidé de rejoindre la bataille moi aussi, et je vous aiderai, répondit Tonks.
Le poids des révélations avait mis tout le monde mal à l'aise.
- Il est encore temps de renoncer, dit Béatrice.
Mais à nouveau personne ne bougea.
- Remus, sors ta baguette pour être le gardien du secret, dit Dirk.
- Pourquoi décider de me faire confiance ? Demanda Remus en traduisant la question muette de tous.
- Parce qu'on se doute tous que tu as été parachuté ici par Dumbledore, et que Dumbledore a beaucoup d'ennemis en commun avec nous.
- C'est vrai, dit l'ancien professeur après un silence.
- Sans te soupçonner le moins du monde, Remus, si on doit être plus prudents, comment en être sûrs ? Demanda Deryn.
Remus acquiesça, sombrement.
- Un serment inviolable ? dit Dirk avec répulsion.
On regarda Lupin. Il semblait répugner à accepter.
- Tu accepterais, Rémus ? Demanda Chiara. On ne demandera qu'une seule promesse : "promets-tu de protéger le secret de l'existence de cette radio, des membres qui y contribuent et des conversations afférentes, sans le dévoiler à quiconque pourrait nous mettre en danger."
Chacun réfléchit à la tournure de la question.
- il peut toujours dévoiler le secret, dit Kenneth.
- On aura peut-être besoin de le dévoiler à de nouvelles personnes, répondit Chiara.
- Mais il peut le dévoiler à Dumbledore et ses alliés, signala Terence.
- Il va falloir faire confiance à Dumbledore, dit Chiara, dans un haussement d'épaule dubitatif.
On se tourna vers Lupin.
- Uniquement cette promesse. Répondit-il enfin, très inquiet.
- Uniquement.
Tonks lui posa une main sur l'épaule. Pour la première fois, Remus répondit en posant sa main sur la sienne.
