Les semaines suivantes, une fièvre studieuse s'était emparée des livreurs dans le secret.
Deryn passait beaucoup de temps dans le studio, à monter des émissions, chaque fois qu'ils avaient un moment de libre.
L'émetteur radio fonctionnait en permanence, rediffusant certaines émissions quand le contenu manquait.
On avait appelé la radio "Crochenydd watch" d'après le nom du terrain.
Béatrice s'occupait des éditoriaux politiques. On ressortait essoré intellectuellement de l'écoute, avec l'envie d'attraper des torches et des fourches pour aller brûler le ministère.
"Les courants politiques sont comme les vents, ils semblent parfois favorables mais ils sont trop changeant pour les utiliser pour se diriger".
Kenneth, qui livrait les gamelles des journalistes de la Gazette, réussissait à avoir des articles avant parution, ce qui lui permettait de diffuser ses émissions dénonçant le silence sélectif des médias au petit déjeuner, quand les auditeurs recevaient leur gazette du jour.
"La gazette a encore annoncé aujourd'hui que des moldus sont morts percutés par les sorts sortis d'une baguette. C'est bien confortable, le langage, n'est-ce pas ? Surtout quand on ne veut surtout pas dire que des sorciers ont assassiné des moldus. Pourquoi tourner cette phrase ainsi ? C'est une question qu'on pourrait se poser si elle n'avait pas évidemment pour réponse le retour de Celui-que-le-ministère-dit-ne-pas-etre-revenu"
Avec un ton parodique très réussi, Barnabé et Terence dénonçaient les passe-droit dont bénéficiaient les familles les plus riches, et mettaient en lumière leur mainmise sur les décisions politiques.
"- C'est décevant, les riches, ils ne font aucun effort, ils ne veulent pas s'intégrer. Toute une éducation à recommencer"
- Leur modes de vie sont différents des nôtres, ils se marient entre eux, restent dans leurs ghettos, se croient partout chez eux. Ce sont tous des voleurs, regardez leurs vêtements. "
Chiara s'adressait aux femmes, se moquant ouvertement de Sorcière Hebdo, et donnant aux auditrices accès à des informations indispensables mais censurées.
"L'article édifiant de Sorcière Hebdo se finit par "Et voici, mesdames, la recette d'un succulent et nourrissant goûter pour vos chers petits". Donc voici, mesdames et les autres, la recette de la potion de contraception, parce que des petits, c'est si je veux et quand je veux…"
On arrivait à suivre l'augmentation de l'audience en fonction du nombre de hiboux reçus, souvent très peu sympathiques.
Remus et Tonks les triaient patiemment, en s'occupant d'une rubrique "courrier des auditeurs et auditrices". Remus prenait seul la parole pour répondre patiemment aux oppositions dubitatives. "On remet tout leur univers en question, c'est normal de prendre du temps pour les aider à encaisser, même quand les courriers ne sont pas sympas" dit-il une fois, après avoir dû s'occuper d'une beuglante particulièrement gratinée.
"Dans notre rubrique "courrier des éditeurs" un monsieur nous met au défi de lire son courrier. Nous colleporterions, semble-t-il, des mensonges en parlant du meurtre des frères Bernard par des mangemort, alors que Sainte Mangouste a indiqué à la Gazette qu'ils ont été tué par la dragoncelle. Nous sommes donc aller chercher un soignant de sainte Mangouste ayant pu voir les corps qui a bien voulu témoigné sous couvert d'anonymat…"
Les courriers les galvanisaient. Le nombre était restreint, mais ne laissait aucune place au doute : des gens les écoutaient.
Toutefois, ils se doutaient tous que la radio comptait encore trop peu d'auditeurs pour peser.
Dirk s'était arrêté devant la cabine téléphonique pour enfiler son élégante robe de travail par-dessus son jean fatigué et ses grosses chaussures boueuses.
Il se sentait de plus en plus déguisé, se demandant à quoi bon continuer à aller au ministère quand le fossé était devenu si grand entre lui et sa hiérarchie.
Fudge avait été remplacé par son sosie, Scrimgeour. Officiellement il entendait lutter contre Voldemort, officieusement, il était tout aussi paralysé que Fudge, ses actions téléguidées par les grandes familles sang-pur.
Remus et Tonks avaient convaincu Dirk de continuer à travailler pour le ministère, ce qui lui permettait d'accéder à des informations de première main.
Néanmoins la situation lui pesait. Il vivait chez Deryn, mais elle était la seule à prendre vraiment part aux combats.
Dans l'ascenseur, il entendit deux de ses collègues du bureau de l'information du ministère chuchoter à voix basse.
Pris d'une soudaine inspiration, il se pencha vers eux, un air de conspirateur naïf sur le visage.
- Dites les gars, c'était bien joué le coup de la dragoncelle pour les Bernard. Dommage pour l'interview d'un soigneur anonyme de sainte Mangouste par la radio pirate qui confirme que c'est un avada. La radio Crochenydd Watch, précisa-t-il obligeamment. On prépare un démenti ?
Les deux se turent pour le dévisager intensément.
Ce jour-là, très amusé, il assista à des cavalcades de communicants et d'adjoints de secrétaires.
Puis, gaiement, il salua à l'heure du déjeuner de plus haut gradés qui couraient avec des radios neuves vers les bureaux de la justice et du ministre.
Il fut convoqué ainsi que tous les autres hauts gradés du ministère à une conférence de presse organisée en catastrophe par Scrimgeour lui-même.
Prenant l'air grave de circonstance, il n'oublia pas d'opiner du chef tout au long de la prise de parole du ministre.
- Mes équipes et moi-même démentons toute cette histoire de manipulation de la presse, dit l'homme au physique de lion, en tremblant d' prétendus journalistes de cette radio illégale feront l'objet d'une enquête approfondie. On ne joue pas comme ça avec l'information.
La photo du ministre tapant du poing sur la table contre les faux journalistes fit le tour des journaux officiels.
Comme l'avait prévu Dirk, cela permit surtout à la radio pirate de voir la hauteur du tas de courriers des lecteurs multipliée par un nombre à plusieurs chiffres, de même que son audience.
