Chapitre 7 : La Seconde Tâche
Daesyn lâcha un gémissement plaintif et enterra sa tête dans un coussin, permettant à l'œuf d'or de tomber ridiculement à côté de son épaule. Il lui restait encore une demi-heure de libre étant donné qu'elle avait décidé de ne pas assister au cours du professeur Gobe-Planche, après quoi elle devrait aller en runes.
La jeune femme avait été déterminée à faire payer à Skeeter son article sur Hagrid une heure plus tôt, puis s'était persuadée que ce ne serait pas une bonne idée d'y aller sans aucun plan en tête. Elle s'était donc dirigée, bouillante de colère, dans son dortoir afin de résoudre l'énigme de la seconde tâche.
- Descends nous visiter et entends nos paroles
Nous devons pour chanter être au-dessous du sol.
À présent, réfléchis, exerce ton esprit,
Ce qui t'es le plus cher, nous te l'avons ravi,
Pendant une heure entière il te faudra chercher
Si tu veux trouver ce qu'on t'a arraché.
Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir
Tes efforts seront vains car il sera trop tard -
Les paroles du chant se retournaient sans cesse dans sa tête, créant le chaos total. Malheureusement, l'absence d'Hagrid l'empêchait tout bonnement de se concentrer. Mettre son cerveau au travail était une rude épreuve qu'elle n'avait certainement pas encore gagnée.
Concrètement, elle n'avait pour l'instant compris que trois choses à ce stupide chant. La deuxième tâche durerait une heure, elle devrait retrouver ce qu'elle avait perdu et tout ça, sous terre.
Daesyn était cependant certaine que l'œuf avait un but. A quoi servait-il sinon à permettre aux champions de préparer un plan pour affronter les prochains dangers ? Il était extrêmement important pour elle de découvrir la réponse à l'énigme.
Elle espérait sincèrement qu'Hagrid allait bien. Elle se doutait que l'article ne contenait pas que du faux et s'en était inquiétant. Evidemment, certaines informations avaient été modifiées à l'avantage de Skeeter –les Scroutts par exemple- mais ce qui était préoccupant était la façon dont elle s'y était prise pour recueillir ces données personnelles qu'elle n'était pas censée connaître.
L'adolescente savait que son ami demi-géant n'aurait jamais délibérément et volontairement avoué être un descendant géant, parce qu'il en connaissait les conséquences. Skeeter avait donc dû venir fouiner à un moment donné. La question était comment ?
-Alors, tu t'en sors ? Demanda George avec compassion en s'installant sur son lit à côté d'elle, la surprenant un peu.
-Je pense à Hagrid. Répondit-elle en tournant les yeux sur le roux.
-Je sais.
Il y eut une pause apaisante.
-T'as trouvé quoi déjà ? Il se redressa sur les coudes et posa ses mains sous son menton.
-Une heure sous la terre et je dois trouver ce qui m'a été arraché. Lui annonça-t-elle laconiquement.
-Euh, sous la terre il y a de…l'eau ? proposa-t-il, hésitant. Peut-être un rapport avec le Lac ? Poursuivit-il.
Ses yeux s'illuminèrent et elle frappa son front violemment contre le matelas.
-Pourquoi j'y ai pas pensé plus tôt ?! Gémit-elle, sa voix étouffée par la couverture épaisse.
Le plus âgé se moqua.
-Parce que c'était évident. Il se reprit, paniqué. Attends, tu dois rester une heure sous l'eau !
-Ouais.
-…
-Je dois rester une heure sous l'eau. Répéta la jeune femme en se tournant vers George.
-C'est ce que je viens de te dire.
-C'est vrai. Comment on respire une heure sous l'eau ? S'enquit-elle, pas du tout horrifiée de la tâche. Le choc n'était pas encore passé.
-Tu devrais voir dans les potions ou les plantes, je chercherai avec toi.
-D'accord.
Elle n'était pas vraiment inquiète pour le moment. Il lui restait encore un peu plus de sept semaines pour s'en occuper.
-Depuis combien de temps tu es dans le dortoir ? Tu ne devrais pas avoir cours ? Demanda-t-il pour changer de sujet quand il devint évident que Daesyn ne se souciait aucunement de la tâche à venir.
-Un moment, fut sa réponse vague, je n'aime pas Gobe-Planche. Tu devrais être en cours aussi.
-J'ai accompagné Lee à l'infirmerie, il a eu le malheur de sursauter après une démonstration d'un Bombarda de Maugrey. Du coup, il lui a envoyé une malédiction et depuis Lee est tétanisé. Expliqua George rapidement en étouffant un bâillement.
-Il va bien au moins ? Daesyn se redressa soudainement en entendant son ami blessé. Elle détestait qu'ils soient en danger.
-Rien que Pomfresh ne puisse pas soigner, il devrait sortir bientôt. Rassura le Weasley.
Comme l'avait prédit George, Lee ressortit en pleine forme de l'infirmerie en racontant à qui voulait l'entendre, son aventure éprouvante avec des détails improbables et exagérés, qui faisaient plus rire ses auditeurs qu'autre chose. Et trois semaines plus tard, les rumeurs courraient bon train, l'une d'elle racontant que Lee avait dû faire face à un Hippogriffe enragé que même Maugrey n'avait pas pu contrôler.
Ce qui était bien loin la version originelle.
Sans le vouloir, son ami lui avait donné la réponse à l'énigme de la seconde tâche qui, elle en était certaine, se passerait au fond du Lac Noir de Poudlard. Daesyn avait cependant plusieurs préoccupations.
Premièrement, comment tiendrait-elle une heure sous l'eau ?
Deuxièmement, qu'est-ce qui était passé par la tête des sorciers sans esprit qui organisaient ce Tournoi, pour leur demander de plonger dans l'eau en écosse ET en février ?
Si elle attrapait une pneumonie, elle les blâmerait tous.
La jeune femme se retrouvait donc, une fois de plus, dans la fameuse bibliothèque. Cette fois, elle espérait sincèrement que personne ne viendrait la surprendre en s'asseyant à sa table. Elle avait d'importantes recherches à faire auxquelles elle ne pouvait pas se dérober.
Même si pour l'instant, la solution à la seconde tâche ne semblait tout simplement pas vouloir se présenter. Les dizaines de livres qu'elle avait épluchés étaient éparpillés un peu partout autour d'elle et ne donnait absolument rien qui puisse l'aider. C'en était décourageant.
-Bon-bonjour D-Daesyn. Bégaya une voix près d'elle.
La Gryffondor leva les yeux et vit Neville, debout devant elle, les yeux grands de nervosité. Ce garçon avait décidément un gros problème de confiance en lui.
-Bonjour Neville, répondit-elle avec un sourire, espérant le mettre à l'aise. Au contraire, il se tortilla encore plus sur ses pieds et en retenant un soupir plaintif, elle se décida. Assieds-toi.
C'était la troisième personne qui empiétait sur son espace personnel mais étonnamment, Neville la dérangeait moins que les autres. Le Gryffondor sursauta et trébucha, puis parvint à s'installer en face d'elle, son livre épais entre ses bras protecteurs.
-Tu as besoin de quelque chose ? Demanda la jeune femme en se plongeant dans un autre livre, qu'elle jeta sur la pile après en avoir parcouru le sommaire.
-Je-je lisais ce…ce livre. Fred et George m'ont dit de venir…te voir. Débita Neville d'un coup. Daesyn sourit presque mais se retint, ne voulant pas offenser son presque-ami. Il lui avait dit deux phrases entières sans beaucoup trébucher et elle trouvait personnellement qu'il progressait. Si seulement Rogue cessait de le rabaisser à chaque cours de potion.
-Pourquoi donc ? continua-t-elle.
-Ils m'ont dit que ça- ça t'aiderai pour le Tournoi. Expliqua-t-il.
-Vraiment !? Elle sauta sur ses pieds et posa ses avant-bras sur la table en quête de plus d'informations.
-Oui, il hocha vigoureusement la tête, se mettant pour la première fois à l'aise en sa présence. -Que cherches-tu ? Demanda Neville avec hésitation.
-Je dois rester une heure sous l'eau, confia-t-elle en baissant la voix. Les Champions n'étaient pas censés être aidés par qui que ce soit. C'était contre les règles et ses amis risquaient gros s'ils se faisaient prendre.
Mais bon, les règles indiquaient aussi qu'il y avait seulement trois Champions.
-Euh, et bien, il y a la Branchiflore qui peut faire ça, répondit Neville, sans remarquer qu'il n'avait pas bégayé. Plongé dans son livre, il lisait les caractéristiques de la plante en question. Oui, c'est ça, la Branchiflore. Acquiesça-t-il en levant la tête vers elle d'un air sérieux.
-Oh Neville, tu es tout simplement génial ! S'exclama-t-elle à voix basse. Les joues rondes du Gryffondor rougirent d'embarras et plaisir, et il se leva une nouvelle fois en trébuchant sous le coup de l'émotion.
-S-salut.
Daesyn le regarda s'éloigner et sauta de joie en comprenant qu'elle n'avait pas à continuer à chercher inutilement le moyen qui lui permettrait de respirer sous l'eau. Maintenant, elle n'avait plus que six semaines pour trouver cette plante qui serait son salut.
Cela faisait d'ailleurs une semaine qu'Hagrid n'avait pas pointé le bout de son nez au château. Ses cours étaient assurés par Gobe-Planche, auxquels elle n'assistait pas, et sa place à la table des professeurs était bel et bien, toujours vide.
Daesyn frappait tous les soirs à la porte de sa cabane et à chaque fois elle n'avait aucune réponse, hormis celle de Crockdur qui aboyait furieusement.
Une dizaine de jours plus tard, la jeune femme se réveilla de meilleure humeur qu'à l'ordinaire. Elle avait espéré toute la nuit pouvoir avoir l'occasion de croiser Hagrid au village de Pré-au-Lard, et lui donner son avis quant à sa soudaine disparition. L'adolescente n'avait pas l'intention de le laisser se terrer pour le restant de ses jours dans sa petite hutte.
Ce fut alors avec déception que ses yeux bleus parcoururent attentivement la surface des Trois Balais et ne trouvèrent aucunement la grande forme imposante et rassurante de son ami. Lee, voyant sa tristesse, serra son épaule et la guida vers une table pour attendre les jumeaux, partis chercher leurs bières. Lee tenta de la distraire en lui racontant les dernières rumeurs sur son récent passage à l'infirmerie, sans beaucoup de succès.
-Il a peur Daesyn. Affirma finalement Lee à voix basse pendant que George et Fred s'installaient autour de la table ronde. Elle prit une gorgée de bière et grimaça au goût légèrement amer.
-Oh mais tiens, tiens, tiens, ne serait-ce pas notre chère Daesyn Potter ! La voix perçante lui fit grincer des dents. Avec une grande inspiration, elle se redressa et leva les yeux vers l'horrible blonde.
Daesyn s'aperçut vaguement que tous s'étaient tus à l'exclamation faussement surprise de Rita Skeeter.
-On y va. Son chuchotement résonna dans le pub lourdement silencieux. Les chaises raclèrent les planchers de bois avec un crissement strident et leurs pas sonnèrent comme les gros orages écossais de fin d'été.
-Pas si vite ! Nous venons juste de nous rencontrer, nous pourrions prendre un verre ensemble ? La journaliste agrippa avec ses ongles pointus et acérés le poignet de Daesyn avant de la tirer vers le fond du bar.
-Non. Refusa-t-elle d'un ton ferme en se dégageant de ses griffes sans aucune délicatesse. Elle se détourna et passa entre Fred et George pour atteindre la sortie avant que Skeeter ne puisse l'arrêter à nouveau.
-Tu ferais mieux d'accepter. Déclara mielleusement l'infâme journaliste. Daesyn ne l'écouta pas et sortit de l'endroit qui lui paraissait soudainement moins accueillant en trombe.
-J'ai cru que tu allais l'étrangler, plaisanta Lee pour rompre la tension qui régnait. Daesyn lâcha un sourire tendu et accéléra le pas vers l'école. Les jumeaux, qui avaient discuté avec quelques-uns de leurs clients, les rattrapèrent en courant et lui jetèrent un coup d'œil inquiet.
-Elle va trouver le moyen d'écrire quelque chose sur toi. L'informa Fred en grimaçant.
-Tu ferais mieux de surveiller tes arrières. Poursuivit George.
-Je sais mais il faut qu'Hagrid sorte de sa cachette et cesse de faire l'enfant. Il lui donne raison juste en refusant de se montrer. La jeune femme accéléra en passant le grand portail de l'école. Elle avait attendu assez longtemps qu'Hagrid revienne et maintenant, elle allait lui botter le cul s'il continuait à rester terré dans son coin. Il fallait bien qu'elle ait des cours de soins aux créatures potables !
La métamorphomage traversa le parc si vite que les garçons durent suivre en courant derrière. Ils arrivèrent essoufflés à la hutte du demi-géant et prirent quelques minutes pour ralentir leur respiration. Daesyn avança à la porte et commença à frapper continuellement sur le bois.
-Hagrid ! Ouvre cette foutue porte ! Si tu ne le fais pas on passe par la fenêtre, le toit, la cheminée tout ce que tu veux ! Cria-t-elle en ignorant les protestations de ses amis sur l'escalade du toit. -Ha …
-Bien le bonjour Daesyn, messieurs, dit calmement le professeur Dumbledore, la coupant net dans ses exclamations.
-Bonjour professeur, répondirent-ils alors qu'elle demandait en même temps si Hagrid était à l'intérieur.
-Mmh bien sûr, j'ai cru comprendre que vous vouliez lui parler. Rigola Dumbledore en s'écartant pour les laisser passer. La Gryffondor ne prit pas la peine de rougir à son commentaire et rentra dans l'environnement familier.
Hagrid se mouchait bruyamment dans un grand morceau de tissu entre deux sanglots qui lui déchirèrent le cœur. Son ami était censé être jovial et heureux, avec un petit mot gentil pour tout le monde et à cause de Skeeter, il s'obligeait à rester caché.
-Hé salut Hagrid, maintenant qu'elle était ici, Daesyn ne savait pas vraiment quoi dire ou faire. Les gens qui pleuraient la mettaient toujours mal à l'aise. Elle n'avait aucune idée de comment se comporter, surtout qu'Hagrid semblait être totalement dépressif en cet instant. L'adolescente avait peur de dire quelque chose qu'il ne fallait pas ou de complètement inutile. Ce fut pour cela qu'elle prit son courage à deux mains et avança vers la table pour prendre une des chaises libres qui traînait.
La jeune femme resta maladroitement dans le léger silence qui s'était installé et se maudit silencieusement. De loin, réconforter quelqu'un semblait très facile, de près toutefois, cela paraissait tout autre chose. Elle allait devoir régler ce malaise bientôt car la situation devenait très…gênante.
Fred et George, Lee, Mme et Mr Weasley, Dumbledore ainsi que quelques autres étaient bien meilleurs qu'elle dans ce domaine. Elle ne pouvait pas dire à Hagrid que tout allait bien, puisque ce n'était évidemment pas le cas.
-B'jour, marmonna-t-il en frottant son poing contre ses yeux gonflés.
Fred poussa un peu son coude dans ses côtes et elle le regarda avec panique. Quand elle s'était précipitée ici, elle n'avait pas prévu de faire face au chagrin de son ami ! Elle n'avait préparé aucun plan dans son esprit intelligent pour ça ! Elle ne pourrait pas réconforter Hagrid parce qu'elle ne savait pas quoi faire ou non. Elle enterrait la plupart du temps ses propres émotions au fond d'elle-même, comment voulaient-ils tous qu'elle-
-Ce n'est pas la forme.
Daesyn se gifla mentalement. De tout ce qu'elle aurait pu dire, c'était donc ça qui était sorti de sa bouche. C'était pire que ce qu'elle espérait.
-Mais il ne faut pas se laisser marcher dessus Hagrid. Se rattrapa-t-elle rapidement.
-C'est comme je vous disais Hagrid, intervint le professeur Dumbledore à son grand soulagement, mais elle déchanta vite quand il s'arrêta là.
-Euh ouais. Continua-t-elle. Peu importe le nombre d'articles de Skeeter, Hagrid, rien ne nous empêchera de vouloir encore vous voir. Vous êtes notre ami. Affirma-t-elle, très vite suivie des Gryffondor.
Hagrid étouffa un autre sanglot et deux grosses larmes coulèrent dans sa barbe hirsute.
Daesyn reprit avec courage.
-Vous ne pouvez pas vous cacher ici toute votre vie Hagrid. Vous savez aussi bien que moi que ce n'est pas votre nom de famille, vos parents ou qui ou quoi que ce soit d'autre, qui définit la personne que vous êtes ! Si vous n'en êtes pas convaincu regardez-moi ! Je n'ai pas vraiment de famille Hagrid. Mais prenons mon parrain Sirius Black, accusé de crimes. Cela fait-il de moi une criminelle ? Elle ne laissa pas le temps à Hagrid de protester. Et les Dursley ? Et mes parents biologiques qui jusqu'à preuve du contraire, m'ont abandonnée parce qu'ils ne voulaient pas de moi ? Cela fait-il de moi quelqu'un de mauvais ? Elle acheva son discours en revenant sur sa chaise, qu'elle ne savait pas avoir quittée.
-Et voilà ! Intervint joyeusement Dumbledore. La preuve vivante de ce que je vous ai dit, Hagrid. Je reçois des centaines de lettres de parents qui se souviennent de leur scolarité et pas un seul ne m'a pas conté votre gentillesse époustouflante. Je refuse votre démission Hagrid. Dumbledore se leva et donna une caresse à Crockdur. Je t'attends dans mon bureau Daesyn. Les bonbons au citron sont mes préférés.
-Merci Daesyn, dit Hagrid avant de se moucher bruyamment. De croire en moi comme tu le fais. Moi aussi je crois en toi. Gagne ce Tournoi Daesyn. Je crois que tu leur montreras à tous que les origines n'ont aucune influence sur nos capacités si tu remportes la première place. Son visage moucheté de larmes s'évanouit sous son expression à la fois brillante et sérieuse.
Quelque peu gênée, l'adolescente laissa son regard bleu passer sur la pièce pendant qu'Hagrid racontait son entrée à Poudlard aux garçons plus qu'heureux de l'écouter. Elle remarqua sur le buffet juste à côté, une photo de Hagrid avec ce qu'elle supposait être son père.
La photographie était belle. Derrière les deux sorciers, un grand pommier qu'Hagrid dépassait se tenait en arrière-plan. Sur l'épaule droite de Hagrid était assis le père de ce dernier. Ils possédaient les mêmes yeux noirs et sourire gentil.
-Tu devrais aller voir Dumbledore Daesyn, s'interrompit Hagrid à un moment, la regardant avec une expression heureuse. Ne fais pas attendre l'homme.
-J'y vais immédiatement, merci Hagrid, elle lui fit un petit signe de la main et sortit de la hutte en laissant les garçons derrière elle.
Daesyn arriva sans tarder au bureau du professeur Dumbledore. La gargouille la regardait d'un air mauvais, probablement vexée par sa dernière visite agitée.
-Bonbons au citron, annonça-t-elle à la statue de pierre. Cette dernière grogna de mécontentement et la laissa passer de mauvaise grâce.
-Bonsoir professeur, salua-t-elle en entrant dans le bureau chaleureux. Dumbledore lui fit signe de s'installer à sa place habituelle et se plongea dans son propre siège confortable. Vous vouliez me voir ?
-J'ai trouvé remarquable la façon dont tu as géré la situation avec Hagrid tout à l'heure, félicita-t-il, -mais ce n'est pas de ça dont je voulais parler. Il s'interrompit quelques instants, le temps de chercher ses mots. As-tu commencé l'Occlumencie Daesyn ?
-Brièvement. J'ai réussi à trouver mon sanctuaire comme vous avez dit, mais je ne suis pas capable de vider mon esprit professeur. C'est tout bonnement impossible. Déclara-t-elle.
Daesyn avait passé ces dernières semaines à essayer de se concentrer sur rien. Mission impossible. Elle avait toujours une pensée profonde qui l'emmenait dans des raisonnements complexes qu'elle ne pouvait s'empêcher de résoudre. C'était comme si son esprit ne voulait pas se mettre au repos. Aucun répit permis, pas même la nuit où elle était obligée d'avoir un bout de parchemin à portée de bras pour écrire quelconque idée qui lui passait par la tête dans son sommeil.
-L'inconvénient d'être un génie, rigola Dumbledore, les yeux aussi pétillants qu'à l'ordinaire. Peut-être que tu ne peux pas apprendre à vider ton esprit, continua-t-il. Elle se sentit expirer avec difficulté. Si l'une des personnes en qui elle avait le plus confiance ne l'en pensait pas capable, comment était-elle supposée y arriver ? Alors nous devrons faire sans.
-Sans ? Répéta-t-elle, incrédule.
-Oui. Tu vas devoir redoubler d'efforts pour te protéger mais je ne doute pas de tes capacités, Dumbledore lui sourit doucement. Puis-je voir ce que tu as choisi ?
-Oui, acquiesça Daesyn, qu'allez-vous faire exactement ? Demanda-t-elle légèrement inquiète.
-Je vais prononcer un sort qui me permettra d'entrer dans ta tête. Tu sentiras ma présence bien sûr mais n'ai aucune inquiétude, je resterai seulement en surface de ton esprit. Expliqua-t-il en se levant et se plaçant debout, devant elle.
Daesyn se cala plus profondément dans le grand fauteuil et attendit. Elle savait que le Directeur n'abuserait pas du pouvoir qu'elle l'avait autorisé à utiliser sur elle, mais l'idée d'avoir, une nouvelle fois, quelqu'un dans sa tête n'était pas une chose très rassurante.
-Légilimens, dit doucement Dumbledore avec un geste négligeant du poignet.
Immédiatement, Daesyn ressentit la différence. Elle avait l'impression d'être tombée dans sa tête et tout était comme elle l'avait imaginé. Mais elle n'était que spectatrice. Une autre présence imposante sans être écrasante, lui tenait compagnie dans ce vaste espace.
Elle sursauta en voyant la figure fantomatique du professeur Dumbledore se matérialiser sous ses yeux. Il avait l'air plus jeune malgré son étrange état de transparence qui le faisait ressembler à Nick-Quasi-Sans-Tête.
-C'est un remarquable chef d'œuvre. Souffla le professeur d'un ton qu'elle qualifierait d'admiratif. Il fit quelques pas autour de la salle encore fragile vu la façon dont les murs tremblaient sur son passage.
-J'en ai assez vu pour aujourd'hui, dit-il en se tournant vers elle.
Le retour était certainement beaucoup plus brutal. La sensation de remonter à la surface était éprouvante et Daesyn mit un moment pour adopter une respiration normale. Ce n'était pas un sentiment agréable et elle dût cligner un paquet de fois des yeux pour discerner enfin les contours de son environnement.
Finalement, la jeune femme parvint à tourner sa tête d'où elle était affalée dans le fauteuil vers Dumbledore, dans son propre siège.
-Désagréable, compatit-il en lui adressant un sourire désolé qu'elle n'eut pas la force de lui retourner.
-Ouais, expira-t-elle en posant une main sur son cœur battant. Elle avait l'impression d'avoir revécu la chute d'une centaine de mètres du premier match de Quidditch avec les Détraqueurs, l'année dernière.
-C'est du bon travail même s'il reste encore beaucoup de choses à améliorer. Ton idée me paraît absolument excellente ! L'éloge lui fit très plaisir.
-La salle sur demande est l'endroit où je me sens le plus en sécurité. Je peux être au calme là-bas. Expliqua-t-elle, devançant sa prochaine question.
-Comment comptes-tu l'améliorer ?
-J'ai remarqué que lorsque vous aviez fait quelques pas, les murs tremblaient. Je pense que je vais déjà renforcer tout ça avant de passer à des choses plus complexes, dit-elle après plusieurs minutes de réflexion. Je vais adopter le même système de magie que la salle. Selon ce que l'intrus veut voir, la salle s'ouvrira sur ses besoins mais il faut que je trouve un moyen de l'en faire sortir et de le repousser. Peut-être comme un épouvantard, qui l'effraierait et le sortirait de ma tête-
-Ce sont toutes des excellentes idées, dit-il d'un ton enjoué. Mais c'est bientôt l'heure du couvre-feu et je souhaiterais que tu sois dans ton dortoir avant qu'il ne débute.
-Bien sûr professeur, merci et bonne nuit, répondit-elle, comprenant qu'elle était congédiée.
La Salle Commune ne comportait plus que quelques traînards qu'elle évita soigneusement pour se faufiler au dortoir rempli de deux filles gloussantes. L'adolescente remercia mentalement Granger qui, excédée, avait donné un coup sec avec sa baguette et éteint toutes les chandelles. Avec une myriade de protestations et grognements, les deux commères s'étaient couchées en boudant, les plongeant le silence.
Quatre semaines plus tard, Daesyn se leva avec un mauvais pressentiment. Tout en réfléchissant à ce qui aurait pu mal tourner, elle s'habilla lentement, n'ayant pas hâte de découvrir ce qui s'était passé. Elle sortit du dortoir avec un froncement de sourcils soucieux, et descendit rejoindre les garçons pour le petit-déjeuner.
Dès qu'elle sortit de la salle commune, le sentiment s'accentua crescendo. Dans les couloirs, un grand groupe de troisième année la regardèrent avec curiosité et méfiance. En descendant les escaliers, quelques ricanements retentirent de la part de plusieurs Gryffondor rancuniers. Lorsqu'elle arriva dans le Hall et que des Serpentard l'approchèrent avec un sourire narquois, Daesyn traça son chemin hors du château et se réfugia pour une promenade dans le parc.
Tant pis, elle devrait sauter le petit-déjeuner ce matin.
-Daesyn ? Appela une voix hésitante venant du Lac.
-Bonjour Ilya, le salua-t-elle, plus joyeusement que la froideur de la politesse habituelle.
Les choses étaient allées en s'arrangeant entre eux. Elle commençait même à penser qu'ils pourraient peut-être devenir très bons amis.
-Tu n'es pas allée au petit-déjeuner n'est-ce pas, sa question rhétorique l'intrigua et elle se dirigea vers lui.
-Comment ça ? L'interrogea la métamorphomage, son froncement de sourcils à nouveau sur son visage.
-Oh, tu ne sais pas. Ilya termina sa phrase dans un murmure à peine perceptible. Il s'assit sur le ponton et elle le rejoignit rapidement en pinçant les lèvres.
-Je ne sais pas quoi ?
-L'article. Répondit-il. En voyant qu'elle ne comprenait pas, il lui tendit une page de journal sortie de sa poche de robe.
Avec une anxiété et une colère grandissantes, elle déplia lentement le journal. La Gazette du Sorcier. Lut-elle en gros caractères. Les bords du papier fragile tremblèrent entre ses doigts quand elle commença à comprendre de quoi il s'agissait. Daesyn respira profondément et passa le journal à Ilya qui lui jeta un regard interrogateur.
-Lis-le pour moi s'il te plaît. Sinon je pense que tu n'auras plus de journal à la fin.
Il acquiesça sans protester, et de sa voix grave, débuta sa lecture.
DAESYN POTTER, LE GRAND MYSTERE DE L'ECOLE DE SORCELLERIE DE POUDLARD, par Rita Skeeter.
Chaque sorcier et sorcière connaît le nom de celle qui a mis fin à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, monstre de la précédente Guerre Sorcière.
Mais quelqu'un sait-il qui est vraiment cette légende ?
Bien sûr que non.
C'est pourquoi votre journaliste préférée Rita Skeeter, a décidé d'éclaircir les mystères qui entourent cette icône mythique de notre monde, et qui participe cette année à l'ancestral Tournoi des Trois Sorciers organisé à Poudlard, en partenariat avec les écoles Durmstrang et Beauxbâtons.
Mais avant de revenir sur les circonstances de la participation de Daesyn Potter, un petit retour sur ses années précédentes à notre estimée école de Sorcellerie est évidemment nécessaire, pour répondre à la problématique du jour.
La Fille-Qui-A-Survécu a fait sa première entrée à Poudlard en septembre 2011, où comme chacun de nous, elle a attendu patiemment que le Choixpeau décide de la maison dans laquelle elle effectuera toute sa scolarité.
Cependant, un évènement inattendu et inexpliqué restera à jamais gravé dans nos livres d'Histoire. Après avoir commencé à placer la petite fille à Serpentard, le Choixpeau s'est ravisé et l'a envoyée à Gryffondor.
Tout au long de son année, Daesyn Potter a bravé les divers dangers sur son chemin et a fini par faire face à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Vous-Savez-Qui a en effet pris possession du corps du professeur de Défense Contre les Forces du Mal.
Néanmoins, les aventures de la Fille-Qui-A-Survécu ne s'arrêtent pas là.
Lors de sa deuxième année, un monstre qui s'avérera plus tard être un Basilic, serpent mortel d'une centaine de mètres de long, pétrifie sans cesse les élèves de Poudlard. Par la suite, il est révélé que Daesyn Potter est Fourchelangue, seul moyen de communication permettant de parler aux serpents.
Encore une fois, l'enfant fait face à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, et sauve Ginevra Weasley d'une mort certaine.
Sirius Black est un nom connu et craint chez nous, les sorciers. Meurtrier de masse, il trahit James et Lily Potter et vend leur position à son Maître, Vous-Savez-Qui, les menant à la mort.
L'été 2013, Sirius Black réussit l'impossible : s'échapper de la prison d'Azkaban, soigneusement gardée par les Détraqueurs sous le contrôle du Ministère de la Magie. Pendant ce temps, Daesyn Potter fait presque exploser sa famille avec une poussée de magie accidentelle inhabituelle. Mais par les temps qui courent, le Premier Ministre Fudge décide d'effacer son avertissement, ce qui témoigne de la bonté de l'homme.
A la fin de l'année scolaire, Sirius Black est attrapé au château et prêt à être embrassé par les Détraqueurs. Mais celui-ci s'enfuit et disparaît mystérieusement dans la nature. Il n'y a aucun doute sur le fait que le meurtrier a été aidé car de nos jours, même nos meilleurs Aurors ne peuvent le trouver.
En regroupant les informations ci-dessus, nos lecteurs devraient tous se poser les mêmes questions :
Pourquoi le Choixpeau a-t-il subitement changé d'avis sur le Tri de l'enfant-qui-a-vaincu ? Le meurtre de Quirinus Quirrell devrait-il nous alerter ? Le Fourchelangue, une magie sombre que coule dans ses veines, raison de son abandon ? La Fille-Qui-A-Survécu a-t-elle aidé Sirius Black à échapper à un sort pire que la mort et pourquoi ? Qu'en penseraient les défunts James et Lily Potter ?
Daesyn Potter, l'illustre icône de la défaite de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, est-elle vraiment innocente ?
Le Tournoi des Trois Sorciers, vieille tradition permettant l'échange entre les écoles, revient en force cette année à Poudlard. Le nombre de morts étant assez élevé selon nos registres, que pour la première mise en jeu depuis des siècles seuls les sorciers majeurs pouvaient souscrire leur candidature.
Encore une fois, Daesyn Potter dépasse les espérances. A à peine quatorze ans, l'enfant est reçue comme quatrième championne désignée par la Coupe, volant la vedette au véritable champion, Cédric Diggory, qui lui, avait de vraies raisons de s'inscrire.
Après une première tâche mouvementée, où elle s'en est sortie avec un seul bras cassé, les questions se multiplient. Selon mes sources, Daesyn Potter reste de nombreuses heures dans le bureau du dirigeant de l'école : l'excentrique Albus Dumbledore.
Albus Dumbledore aurait-il dérogé aux règles posées par la Confédération Internationale des Mages et Sorciers en informant la jeune fille des Tâches à venir ?
Les questions restent sans réponses mes chers lecteurs, mais la vérité éclate toujours un jour.
Votre reporter préféré, Rita Skeeter.
La voix d'Ilya s'éteignit et Daesyn serra les poings de rage pure. Voilà pourquoi elle avait reçu pas mal de regards étranges ce matin. Tout le monde lisait la Gazette et tous seraient au courant de ses aventures.
C'était décidé. Elle. Haïssait. Skeeter.
-Que vas-tu faire ? Demanda doucement Ilya, dont elle avait complètement oublié la présence.
-La même chose. Déclara-t-elle d'un ton cassant.
-Même chose ? Il semblait confus.
-Oui. Trouver, fouiller, dénicher quelque chose d'humiliant sur elle peut la faire payer pour ses mensonges. Dit-elle comme si elle parlait seulement de la pluie et du beau temps.
-C'est bien ? Proposa-t-il avec hésitation.
-Je dois y aller. On se voit plus tard.
Elle lui fit un petit signe sans enthousiasme de la main et se leva. A peine debout, un petit hibou surexcité lui vola dessus, faisant tomber la lettre accrochée à sa patte.
Elle l'ouvrit avec empressement et remarqua l'écriture de Sirius. La jeune femme se mit tout de suite à la lecture, ne perdant pas une miette de la courte note.
Ma filleule,
Quelle est la date de la prochaine sortie Pré-au-Lard ?
Ton parrain.
L'adolescente sentit une poussée d'inquiétude masquer sa colère bouillonnante. Elle essaya de se détendre en pensant que Sirius se sentait assez en sécurité pour oser venir la voir. En tout cas, ça l'apaisait pour le moment. Sans prendre la peine d'utiliser un nouveau parchemin, elle écrivit en dessous la date et le renvoya avec le hibou qui sautait toujours au-dessus de sa tête.
Daesyn se dirigea vers les cuisines en évitant la ribambelle d'idiots et d'idiotes qui la regardaient comme s'ils la voyaient pour la première fois. Les gens étaient si crédules.
-Comment vas-tu Dobby ? Lança-t-elle joyeusement en posant son sac sur la table.
L'elfe de maison accourut sur le tabouret à côté d'elle et lui sauta dans les bras.
-Dobby est si heureux de voir Miss Potter ! S'écria-t-il en la relâchant.
Il sautait tellement sur le tabouret de bois que Daesyn craint qu'il ne se renverse et jette le petit être au sol. Mais elle fut surprise lorsque Dobby s'arrêta soudainement de bouger et se tordit les oreilles de nervosité.
-Dobby doit avouer quelque chose à Miss Potter. Dobby est désolé. S'excusa-t-il sans qu'elle ne sache de quoi il parlait.
-Dobby ?
-Dobby n'a pas fait exprès. Dobby a entendu la conversation de Miss Potter et le petit Londubat. Avant que Daesyn ne puisse penser à ouvrir la bouche, il continua. Dobby a apporté ça à Miss Potter, pour se faire pardonner.
Il lui tendit un mouchoir qu'elle supposait faire office de papier cadeau. Elle l'ouvrit doucement et observa avec incrédulité l'objet mou et plein d'eau à l'intérieur. Il avait un aspect spongieux et peu ragoûtant.
-Miss Potter avait besoin de Branchiflore.
-Merci ! S'exclama-t-elle lorsqu'elle comprit où il voulait en venir. Elle rangea consciencieusement la plante dans une poche de sa robe. Je vais ranger ça tout de suite Dobby.
-Bien sûr ! Dobby est ravi d'avoir pu aider Miss Potter ! Couina-t-il, des larmes de bonheur plein les yeux. Il semblait avoir oublié qu'il avait écouté sa discussion avec Neville et Daesyn en fut soulagée. Elle ne voulait pas avoir à gérer d'autres larmes.
A l'image de la première tâche, Daesyn eut l'impression que le temps ne s'écoulait plus que par à-coups, l'envoyant de son cours de métamorphose au dîner puis au petit-déjeuner et cela, jusqu'au matin de la seconde tâche.
Ce fut par ailleurs ce matin-là, un réveil assez horrible. La jeune femme s'étira d'abord tranquillement avant de se souvenir avec lassitude et ennui qu'elle allait devoir passer une heure sous une étendue d'eau écossaise gelée. Dix minutes avant le début de la seconde tâche, Daesyn se décida enfin à descendre pour leur faire grâce de sa noble présence.
En se rendant toutefois compte de son retard actuel, la jeune femme se fustigea intérieurement et traversa au pas de course les couloirs seulement occupés par quelques retardataires. L'air froid du parc gifla ses joues et les recouvrit d'une délicate teinte rose. Au moment où elle arriva devant les juges, ses jambes hurlaient leur mécontentement devant l'exercice soudain et son poing de côté lui martyrisait les côtes, lui faisant l'effet d'un couteau qu'on ne cessait de retourner dans une plaie. Elle posa les mains sur ses flancs et atterrit aux côtés d'un Poufsouffle incrédule. Si elle avait pu, elle se serait écroulée par terre.
Karkaroff et Mme Maxime semblaient déçus de la voir arriver contrairement à Ludo Verpey, presque prêt à la prendre dans ses bras, et Percy qui remplaçait à nouveau Mr Croupton portait un véritable air soulagé. Dumbledore lui adressa un petit sourire gentil et Hagrid reprit son air jovial et confiant.
Les tribunes de la première tâche avaient été disposées autour du Lac et étaient remplies de bavardages excités, de murmures incohérents se reflétant sur la surface grisâtre du Lac. De loin, elle remarqua les têtes rouges de Fred et George qui lui envoyaient des signes frénétiques d'encouragement. Daesyn leur répondit avec un vague geste de la main, trop occupée à reprendre une respiration normale après sa folle course à travers le château.
Ludo Verpey lui prit l'épaule et la dirigea à côté de Krum, déjà prêt à plonger. Daesyn retira avec réticence la cape qui l'enveloppait et la laissa glisser sur le sol, révélant aux yeux de tous son maillot de bain noir une pièce que Mme Weasley lui avait généreusement envoyé. Heureusement, il n'en dévoilait pas trop mais assez pour faire apparaître la chair de poule sur ses bras et jambes. En dernier recours pour se protéger de l'air froid, elle détacha ses cheveux devenus bruns du chignon serré qu'elle avait réalisé, d'où ils tombèrent en vagues douces dans le creux de ses reins. Elle attrapa la Branchiflore dans la poche de sa cape et la serra dans son poing, priant Merlin pour que Dobby lui ait donné la bonne plante.
Verpey se dirigea finalement vers la table d'or des juges et pointa sa baguette magique sur sa gorge.
-Sonorus.
Sa voix se répercuta partout dans le parc et la foule attendit avec excitation qu'il annonce la prochaine épreuve.
-Et voilà ! Tous nos champions sont prêts à entreprendre la deuxième tâche qui commencera au coup de sifflet ! Ils auront une heure pour reprendre ce qui leur aura été enlevé ! A trois !
Daesyn se demanda si le sortilège Sonorus était vraiment nécessaire pour une personne comme Verpey. En sachant qu'il hurlait aussi fort quand il n'en avait pas.
-UN ! DEUX ! TROIS !
Le coup de sifflet retentit en même temps que les applaudissements et cris frénétiques explosèrent dans les tribunes. Sans jeter un seul regard aux autres champions, Daesyn fourra la Branchiflore dans sa bouche et s'assit sur le ponton en attendant que quelque chose se passe. Ses doigts de pieds effleurèrent la surface de l'eau froide et lui brûla la peau au contact. Dans sa bouche, la plante visqueuse se transformait peu à peu en purée et glissa dans son estomac.
Les rires incrédules puis moqueurs de la foule résonnèrent sur la surface glacée du Lac. Les autres champions avaient déjà disparu dans les eaux profondes et étaient impossible à distinguer. Soudainement, la jeune femme ne put reprendre sa respiration. Ses poumons étaient désespérément vides et criaient pour de l'air qu'elle ne semblait pas être en mesure de donner. Elle porta les mains à sa gorge et sursauta en sentant les ouvertures bizarres sur le côté. Elle avait des branchies.
Si Daesyn avait pu rire, elle l'aurait fait volontiers mais malheureusement, elle n'avait plus de souffle et la tête lui tournait. La jeune femme sauta dans le Lac et sentit un long frisson lui parcourir l'échine. L'eau qui lui avait paru glacée quelques secondes plus tôt lui était maintenant agréablement fraîche. Sans prendre la peine de réfléchir, elle nagea vigoureusement vers le fond du Lac chercher son prix.
A ce qu'elle pensait être à mi-chemin cependant, elle ralentit la cadence et tourna sur elle-même. Le paysage aquatique luxuriant de la surface avait laissé place à des herbes sombres dont on ne pouvait distinguer les contours dans la semi-obscurité omniprésente. Daesyn pouvait à peine voir à un mètre devant elle, le silence oppressant l'agressant plus violemment que jamais. Elle souffla et un étrange jet de bulles jaillit de sa bouche. Ses cheveux formaient une auréole autour de sa tête et à l'aide de l'élastique à son poignet, elle les ramena dans une queue de cheval pour qu'ils évitent de la gêner.
En manque de ressources, Daesyn pointa sa baguette devant elle.
-Pointe-moi le fond du Lac. Mais sa formule eut pour seul effet de créer un léger ballotement de l'eau. Elle réessaya encore une fois, puis une seconde et une troisième, sans plus de succès. Agacée et désorientée, elle abandonna l'idée de prononcer le sortilège qui avait pour seul effet de faire sortir des bulles géantes de sa bouche. Elle releva sa baguette de houx et la pointa férocement devant elle avant de penser au fond du Lac.
Daesyn observa avec émerveillement un petit globe de lumière doré se glisser devant son visage et danser quelques instants, comme pour la narguer, avant de filer à toute vitesse dans les profondeurs sombres. La métamorphomage s'y propulsa à son tour, évitant avec facilité les quelques Strangulots qui essayaient de l'entraîner vers le fond et nagea à la suite du globe, qui ressemblait étrangement à un vif d'or sous-marin.
La jeune femme sut qu'elle était bientôt à destination lorsque plusieurs sirènes la regardèrent passer en murmurant derrière leurs longs doigts grisâtres. Leurs yeux jaunes suivaient sa petite forme sans cligner des yeux et un nouveau frisson la parcourut. Ils n'étaient pas hostiles mais pas accueillants non plus.
Daesyn arriva dans ce qui semblait être un petit village. Le globe d'or prenait peu à peu une lueur fantomatique et elle se résigna à poursuivre sans lui. Sa baguette fortement serrée entre ses doigts palmés, elle approcha de ce qui ressemblait à une place centrale. Une grande statue représentait grossièrement les êtres de l'eau rassemblés tout autour. Ils s'écartèrent sur son passage et elle écarquilla les yeux en voyant ce qui y était attaché. Elle comprit tout de suite ce que voulait dire Ce qui t'es le plus cher.
Quatre personnes étaient liées à la statue de pierre par de solides cordes, leur tête ballottait mollement sur leurs épaules au rythme des courants et ils semblaient plongés dans un profond sommeil. La première était une petite fille qui ne pouvait être que la sœur de Blondinette. Même cheveux blonds, traits de visage, attrait Veela. Elle ne pouvait toutefois pas avoir plus de huit ans. La seconde fille était Cho Chang, la petite amie de Cédric et sûrement son prix. Sa tête reposait sur celle de Luna Lovegood, qui elle, devait être la personne la plus chère aux yeux de Viktor.
Enfin, la personne qui lui tenait le plus à cœur. Les vêtements élimés flottants au gré des courants, les cheveux bruns, mince, les paupières fermées sur d'irréels yeux dorés, Remus Lupin était la dernière personne attachée à la pierre, juste à côté de Luna.
Daesyn se précipita sans plus attendre auprès du loup-garou et opéra à trancher les cordes à l'aide d'une pierre bien coupante. Cédric et Krum arrivèrent chacun de leur côté quelques secondes plus tard et se mirent aussitôt à détacher leur propre prisonnier. La jeune femme sursauta lorsque Cédric lui donna une petite tape sur l'épaule et elle faillit en lâcher son caillou.
-Fleur a abandonné. Lui mima-t-il en montrant la petite fille attachée à la pierre.
Daesyn regarda entre Remus et l'enfant et soupira. Elle ne pouvait pas, en toute conscience, la laisser tranquillement ici entourée de créatures étranges. La jeune femme pointa sa baguette sur les sirènes qui grognèrent de mécontentement quand elle approcha la blonde. Elle les dégagea rapidement d'un coup de baguette et détacha d'un coup sec la fillette. L'adolescente faillit hurler de colère lorsqu'elle ne vit plus ni Cho, ni Cédric derrière elle. Comment était-elle censée porter l'enfant plus un homme adulte avec sa maigre carrure ? C'était insensé !
D'une main, elle agrippa le poignet de la petite et de l'autre, le col de robe de Remus puis commença lentement à les tracter. Autour d'elle, les sirènes formaient un cercle gracieux et se propulsaient aisément à l'aide de leurs nageoires alors que de son côté, à peine une dizaine de mètres plus haut, ses bras se fatiguaient de leur lourde charge. A bout de forces, elle s'arrêta et se laissa redescendre, entraînée par le poids des prisonniers.
Elle fit glisser sa baguette entre ses doigts et lança un sortilège de plume sur Lupin puis sur l'enfant afin de pouvoir enfin remonter à la surface. Il ne lui restait plus beaucoup de temps.
Sa charge allégée, elle commença à frapper l'eau de ses jambes qui protestèrent contre le mouvement brusque pour remonter au plus vite sur la terre ferme. Engourdis, ses muscles répondirent de moins en moins à ses commandes et elle faiblit peu à peu, avant de reprendre espoir en voyant la lumière qui pointait le bout de son nez. Ereintée, Daesyn regarda ses pieds qui avaient perdu de leur vigueur et sa peau, redevenue pâle. Dans un dernier geste elle lança à bout de bras, les deux sorciers pour qu'ils atteignent la surface.
Ses branchies disparues, ses poumons avaient maintenant grandement besoin d'oxygène dont elle venait à manquer. Daesyn était sûre que le sortilège qui maintenait les quatre sorciers endormis les réveillerait au moment où ils sortiraient la tête de l'eau. La tête levée vers les ondulations de l'eau, elle observa Remus prendre la petite fille agitée dans ses bras et la porter au ponton.
Se noyer était une sensation très désagréable. Elle pouvait distinctement sentir ses poumons se remplir d'eau et sa vue se brouiller et déformer les contours de son paysage pour les transformer en monstres mortels qui l'attraperaient dès qu'elle perdrait conscience. L'eau était glaciale, lui brûlait la peau jusqu'à ce qu'elle ne la sente plus. Daesyn perdait lentement ses repères, se sentant glisser de plus en plus loin, de plus en plus vite dans l'obscurité.
Brièvement, l'image fugace des sourires confiants de Hagrid, maternels de Mme Weasley, pétillants de Fred et George lui traversa l'esprit. D'un mouvement brusque elle sortit sa baguette et se la pointa sur ses pieds qu'elle distinguait à peine à cause de la brume formée par son esprit. Quelques semaines plus tôt, Flitwick leur avait enseigné le sortilège d'Expulsion, le contraire de celui d'Attraction. En pensant aussi fort qu'elle le pouvait la formule, elle imagina les effets produits par le sortilège et se sentit décoller de plus en plus vite.
Daesyn sentit distinctement le bois dur sous son dos et l'air lui consumer les poumons. Elle aurait probablement de beaux hématomes ces prochains jours. Avec un haut-le-cœur, elle se tourna sur le côté et recracha l'eau qu'elle avait avalée pendant sa période de semi-inconscience, ne se souciant aucunement de ce à quoi elle ressembler. La jeune femme ouvrit les yeux et vit les contours flous d'une personne penchée sur elle qui lui massait le dos. Et sans plus de cérémonie, Daesyn plongea dans les bras accueillants de l'inconscience, laissant des sorciers agités s'occuper du bazar qu'elle avait mis derrière elle.
Chronologie :
4 janvier 2015 Début du 2nd Trimestre.
16 janvier 2015 Sortie Pré-au-Lard, Occlumencie.
13 février 2015 Article de Skeeter sur Daesyn.
24 février 2015 Seconde Tâche, 9h30.
