Chapitre 11 : Les Vacances d'Eté
-Cho, je suis vraiment heureuse que tu sois là et tout mais…où est-ce qu'on va au juste ? Finit par demander Daesyn en suivant tant bien que mal, l'adolescente asiatique dans la foule qui composait les quais.
La jeune femme rigola et ralentit pour se tenir à sa hauteur, gagnant au passage quelques commentaires désagréables de la part de moldus pressés.
-Il ne nous reste plus qu'un train à prendre et nous arriverons à Paris. Daesyn, il faut que nous revoyions absolument l'intégralité de ta garde-robe, déclara-t-elle d'un ton sérieux, et pour ça, rien de mieux que la capitale de la mode.
Elle ponctua son discours en jetant ses bras dans de grands gestes pour illustrer ses propos. La sorcière ne put s'empêcher de se moquer un peu mais tout ce qu'elle reçut en réponse fut un regard ennuyé.
-Combien de temps il nous reste ? Demanda-t-elle par-dessus le brouhaha ambiant.
-Pas beaucoup, répondit-elle vaguement.
Daesyn soupira de dépit et partagea un regard désespéré avec Hawk, son aigle en cage depuis le début du trajet, et très mécontent. La jeune femme prit pitié de l'oiseau et s'arrêta en plein milieu du passage pour ouvrir la cage. Elle essuya d'un sourire innocent les quelques injures colorées qui lui furent lancées et passa une main à travers les plumes de Hawk avant qu'il ne s'envole.
La sorcière se dépêcha de retrouver sa compagne et piétina quelques paires de chaussures au passage pour monter avec elle à bord d'un train bondé. Elle laissa Cho se débrouiller pour leur trouver des places et Daesyn ne se contenta que de la suivre. Elle essaya vaguement de comprendre les quelques mots de français que Cho échangea avec plusieurs passagers, puis abandonna et songea aux formules utiles qu'elle pourrait apprendre si elles passaient un peu de temps dans le pays.
-Est-ce que Dumbledore est même au courant ? S'enquit Daesyn à voix basse en s'affalant dans un siège.
-Je lui ai écrit pour dire que je venais te chercher, répondit Cho.
-Et il a dit oui ?
Son ton contenait une certaine dose d'incrédulité. Le Directeur avait toujours insisté pour qu'elle passe ses vacances chez les Dursley. Qu'il accepte soudainement qu'elle parte en voyage sans au moins une petite escorte était étonnant de sa part.
-Aucune idée, je n'ai pas attendu la réponse-.
-J'ai beaucoup trop d'influence sur toi, s'amusa la sorcière entre deux éclats de rire.
La voix qui résonna dans les haut-parleurs la fit sursauter tandis que Cho s'empressait de se lever.
-Dépêche-toi, on descend ici !
-Oui, deux secondes, maugréa Daesyn en tirant sa malle trop lourde derrière elle. Pourquoi ce coffre contenant si peu de choses pesait-il si lourd ?
Cho la guida hors de la gare, prise d'assaut par des employés de bureau impatients, et Daesyn eut un mouvement de recul en voyant le tumulte au dehors. Elle ne réussissait pas à poser son regard sur une seule partie de rue qui n'était pas agitée.
-Où allons-nous ? Demanda la sorcière qui s'assura de ne pas user de ses compétences de métamorphomagie au milieu de tous ces moldus. Elle n'avait ni besoin d'un scandale ni d'une rencontre avec le Ministère Français.
-En premier, t'acheter des vêtements pour naviguer dans le monde moldu, Merlin, sait que tu en as besoin ! S'exclama-t-elle d'un ton indigné en fusillant la chemise sans teinte ample qui lui arrivait au milieu des cuisses, et le pantalon qui tenait avec un petit bout de ficelle enroulé trois fois autour de sa taille, gracieuseté de Pétunia. Les semelles de ses chaussures émettaient un étrange flop à chacun de ses pas et menaçaient sérieusement de se détacher.
-Très bien, ne bouge plus, l'avertit Cho en observant les quelques passants autour d'elles.
Les deux sorcières se trouvaient sur une petite place composée d'une unique statue de femme en bronze verdi debout sur un piédestal de pierre. Cho se tenait à côté d'elle et agita sa baguette. Daesyn regarda avec curiosité la statue s'animer et se déplacer de façon à leur laisser assez de place pour passer.
-Alors, c'est génial tu trouves pas ? Cho sautillait sur ses pieds, ses grands yeux noirs en amande pétillant d'excitation. Allez, on se dépêche, nous repartons dans trois jours.
La rue dont Daesyn ne pouvait voir la fin, grouillait de sorciers, créatures en tout genre, qui se pressaient et s'affairaient avec un empressement non dissimulé. La sorcière se laissa guider dans l'allée, trouvant les sonorités de la langue française étranges à ses oreilles. Des marchands hurlaient des prix à quiconque voulait bien entendre, montraient de leurs doigts divers étals entassés le long des devantures de magasins.
Daesyn était tellement absorbée par les structures typiquement françaises, qu'elle ne vit absolument pas le sorcier se dirigeant dans le sens contraire au sien avant qu'elle ne le heurte. Le choc la fit rebondir sur les fesses et interloquée, elle leva la tête pour s'excuser de son étourderie. Avec une surprise non-feinte, Daesyn reconnut les traits de l'Auror Shacklebolt, l'homme qui l'avait interrogée une semaine plus tôt.
Les plusieurs sorciers et sorcières curieux s'éparpillèrent lorsqu'elle attrapa la main tendue pour se remettre sur pied. L'adolescente essaya, sans beaucoup de succès, de retirer l'excès de saleté qui collait à ses vêtements déformés avant d'abandonner avec un haussement d'épaules.
-Désolée, je ne regardais pas devant moi Auror Shacklebolt, s'excusa-t-elle poliment. Daesyn ramassa la poignée de sa malle, tombée elle-aussi, et la souleva avec peine.
-Aucun dommage Mademoiselle Potter, répondit-il avec un petit rire. Elle soupira intérieurement. Il était évident que si elle l'avait reconnu, il l'avait fait aussi. Je peux peut-être vous aider avec ça, il désigna d'un signe de tête sa valise, puis pointa sa baguette dessus.
-Merci, cela sonna comme une question. Désormais son coffre était plus léger qu'une plume et elle pouvait facilement le lever d'une main.
-Puis-je demander ce que vous faites en France mademoiselle Potter ? S'enquit-il en marchant lentement à côté d'elle. Daesyn se mit sur la pointe des pieds pour essayer de trouver la tête pleine de cheveux noir brillant qui correspondaient à celle de Cho, qu'elle avait perdue plus tôt dans la cacophonie de sa chute.
-Shopping et vous ? répondit-elle simplement. Ses yeux s'activaient toujours à la recherche de son amie.
-Hmm, fredonna-t-il, travail. J'ai été envoyé pour vous surveiller mademoiselle, l'air légèrement contrit.
-Me surveiller ? Répéta-t-elle lentement, en articulant exagérément chacune des syllabes. -Pourquoi ?
-Avez-vous lu les journaux ces derniers temps ? Retourna Shacklebolt. Son visage sérieux et son ton inquiet lui apporta une certaine nervosité. Était-ce Sirius ? Elle n'avait pas eu de nouvelles depuis trop longtemps et ses lettres lui avaient toutes été retournées non décachetées par un Hawk désemparé.
Elle lui donna un signe de tête négatif.
-La prison d'Azkaban a vu plusieurs de ses criminels s'échapper. Il est évident qu'ils sont après vous, et non pas pour vous chanter vos louanges.
Son ton grave lui apporta un froncement de nez sur son visage. Encore une fois, des meurtriers se trouvaient après elle.
-Donc vous êtes mon garde du corps, conclut-elle en passant une main dans ses cheveux, secs à cause du manque de soin quotidien qu'elle ne pouvait pas (n'avait pas le droit) leur fournir à Privet Drive.
-On peut appeler ça comme ça, il semblait amusé par elle, bien qu'elle ne comprenne pas pourquoi.
La sorcière n'aimait pas l'idée d'avoir quelqu'un à ses côtés partout, à chaque instant, mais pouvait néanmoins en saisir l'utilité. Et puis, elle aurait pu tomber sur pire. Au moins, Shacklebolt était sympathique. Elle supposait qu'il faudrait juste s'habituer à avoir toujours quelqu'un près d'elle.
Son visage s'illumina lorsqu'elle aperçut enfin la tête inquiète de Cho parmi la foule, se dirigeant tout droit vers eux.
-Daesyn, je suis désolée ! Oh, bonjour Auror Shacklebolt, son expression étonnée devant la présence de l'homme fit sourire la sorcière.
-Est-ce que vous serez avec moi à Poudlard ? Demanda Daesyn en suivant son amie dans une boutique. Une vingtaine de couturières gravitaient autour des quelques clients, s'agitant pour repriser les robes et faire les derniers ajustements nécessaires. Cho ajouta plusieurs vêtements sur la pile dans ses bras et la regarda étrangement.
-Tant que vous n'êtes pas en sécurité, il le faut mademoiselle, acquiesça Shacklebolt.
-C'est Daesyn, parce que je ne survivrai pas si je dois passer toute mon année avec toi m'appelant mademoiselle. Elle s'installa sur un tabouret indiqué par une dame âgée avec un sourire charmant et se laissa aux soins des mains expertes.
-Alors ce sera seulement Kingsley, répondit-il. L'Auror se détourna d'elles pour leur donner un semblant d'intimité tout en inspectant inlassablement et minutieusement chaque recoin du magasin. Il semblait qu'il prenait son rôle très à cœur.
La femme qui travaillait autour d'elle se tendit et elle se reconcentra sur son environnement. Les yeux pâles de la couturière s'étaient figés sur sa peau, légèrement dorée par le soleil, pile là où se détachait un faible éclair rosé dessiné sur sa clavicule, qui descendait jusqu'à la naissance de sa poitrine. Une conséquence du second sortilège de la mort qui ne dérangeait pas vraiment Daesyn, mais elle savait qu'elle préférait garder cette marque du public.
Ce ne serait peut-être pas aussi simple qu'elle l'avait pensé.
Daesyn se racla maladroitement la gorge, permettant à la femme de reprendre ses esprits. Le travail qu'elle effectuait se termina dans le silence le plus total, pas que la sorcière puisse le briser en faisant la conversation en français. Elle paya les vêtements, qui seraient envoyés par hibou à l'hôtel que son amie avait réservé, avec les bons d'achats du Noël précédent, offerts par Sirius. Il était agréable d'avoir des affaires à elle, et Daesyn devait avouer qu'aller dans les magasins de temps en temps n'était pas si mauvais.
L'air climatisé à l'intérieur du magasin était certes, rafraîchissant, mais Daesyn fut heureuse de retrouver le soleil brûlant. L'atmosphère était bien trop tendue pour son bien dans le petit espace. Cho avait choisi un petit restaurant à l'apparence familiale qui permettait à ses clients d'y manger sans être dérangés pour le dîner.
La jeune femme avait insisté pour que Kingsley vienne s'asseoir avec elles. Sinon, il aurait décidé de rester planté devant leur table, sans manger, pour surveiller les menaces potentielles. L'homme était têtu mais Daesyn savait tourner les choses à son avantage et il avait cédé, non pas malheureux de reposer ses jambes quelques minutes.
Le vide.
Il n'y avait rien que du vide.
Il l'oppressait et la serrait de plus en plus fort, il l'empêchait bientôt de penser, de respirer, de…
De vivre.
-Bonjour, Daesyn, salua la voix désincarnée de la Mort.
-Bonjour, hésita-t-elle. La cape recouvrait chaque partie de son corps, qu'elle pouvait deviner d'une maigreur maladive. Les os pointaient de tous les côtés et faisaient ressembler la divinité à une marionnette dont plusieurs fils étaient cassés.
-Prends la baguette, le morceau de bois légendaire flottait au-dessus de son nez et la tentait horriblement. D'un geste sec, elle l'attrapa et le serra entre ses doigts.
Elle n'aurait jamais pensé qu'elle aurait dû apprendre à respirer. C'était, de son humble avis, l'expérience la plus horrible qu'elle ait pu vivre jusqu'ici. Néanmoins, elle persévéra et put presque goûter à l'herbe infâme sous son nez.
Les Horcruxes étaient tous là, devant elle, avant même qu'elle pense à les appeler. D'un mouvement brusque elle les détruisit avec une facilité alarmante, puis se tourna vers Voldemort qui partit en cendres dans un cri. Un sentiment de victoire mais aussi de pitié la remplit.
Elle se tourna vers Cédric qui la regardait auparavant avec espoir, et observa sans comprendre son expression faciale se muer en de la peur et du dégoût.
Son regard plein d'incompréhension se posa sur le Trophée aux reflets lumineux doux.
Ses yeux autrefois bleus s'étaient tournés vers un rouge mais pas n'importe lequel : celui de Voldemort.
Daesyn paniqua. Elle tomba à genoux et agrippa à deux mains ce semblant de miroir. Elle essaya de changer avec frénésie cette couleur sanguine mais tout ce qu'elle réussit à faire, fut de changer ses traits autrefois gracieux en traits blafards. Bientôt, sa peau devint aussi rugueuse que celle d'un serpent.
Son nez s'aplatit.
Daesyn se releva d'un bond et lâcha le Trophée, qui s'éparpilla en un milliard de morceaux sur le sol.
Ses cris terrifiés et angoissés firent échos au son du verre brisé.
Daesyn se redressa d'un seul coup, la respiration irrégulière et s'inquiéta de ne pas savoir où elle était. Fébrilement, elle jeta les couvertures de satin, trempées de sueur et entortillées avec difficulté autour de son corps et passa ses mains sur son visage.
Elles tremblaient.
La sorcière effaça les gouttelettes sur son front puis attrapa, en versant la moitié du contenu au passage, le verre d'eau posé sur sa table de nuit. Son cœur frappait sa poitrine comme jamais, avec une telle férocité qu'il lui fit même mal.
Ce n'était qu'un rêve, se répéta-t-elle dans sa tête, ce n'est pas ce qui s'est passé. La notion était devenue un mantra régulier. Daesyn détestait devoir être obligée de dormir. Cela lui apportait toujours des cauchemars. Au moins à Poudlard, elle pouvait aller travailler dans la salle sur demande, ou se balader dans les couloirs pour éviter de dormir. Chez les Dursley, c'était à peu près pareil sauf qu'elle faisait ses devoirs d'été.
Ici, elle ne pouvait tout simplement pas ignorer l'appel du sommeil.
La jeune femme envisagea de sortir pour visiter mais elle n'était pas certaine que Kingsley serait absolument ravi de l'idée. Le gars avait été assez cool jusqu'à présent, elle ne voulait pas qu'il démissionne tout de suite parce qu'elle était incapable d'avoir un minimum d'instinct de préservation de soi.
La pénombre commençait rapidement à devenir insupportable. La chambre d'hôtel ne lui était pas assez familière pour qu'elle puisse s'y sentir à l'aise. Sa main tâtonna quelques instants pour trouver le bouton de la lampe de chevet, qui projeta une lueur dorée sur les hauts plafonds.
Daesyn entra dans la salle de bain confortable et passa sa tête sous l'eau froide du robinet. Ses yeux rencontrèrent le miroir accroché au-dessus du lavabo et prirent son apparence.
Sa peau était pâle, plus qu'à l'ordinaire, malgré le léger bronzage qu'elle avait acquis dans le Surrey depuis le début de l'été. Les poches qui se marquaient lentement sous ses yeux commençaient à ressembler à des ecchymoses. Et surtout, ce qui l'irritait le plus étaient ses mains. Ses mains qui tremblaient, incontrôlables, comme mues par leur propre volonté.
Mme Pomfresh l'avait pourtant prévenue. Il faudrait du temps et elle l'avait avertie que, peut-être, sa mobilité ne redeviendrait jamais celle qu'elle avait connue. La plupart du temps, Daesyn menait un semblant de vie normale, enfin, jusqu'à ce que ses mains se mettent à mener leur propre vie.
Dans ce cas, la plus petite des actions pouvait vite devenir irréalisable. Et elle se détestait pour ça.
Daesyn s'assit devant le seul bureau ancien de la pièce. Plusieurs piles de papiers s'étendaient de bout en bout de la surface de bois, posées par elle-même juste avant qu'elle aille dormir. Ne souhaitant pas se coucher de nouveau, elle les rassembla en une seule et même pile après en avoir sortie une du lot.
La sorcière ouvrit son coffre et plongea le bras dedans pour en sortir l'ordinateur magique qu'elle avait commencé à concevoir. Elle le posa au centre du bureau et souleva l'écran. L'appareil, bien qu'endommagé par Dudley, mit peu de temps à s'allumer et elle se retrouva bientôt sur l'écran d'accueil.
Un discret ronflement la fit sursauter et elle se retourna immédiatement vers le canapé de l'autre côté de la pièce. Kingsley avait insisté pour qu'elle dorme dans le lit, même si elle avait essayé de lui expliquer que c'était inutile. Et bien, ce n'était pas un mensonge, si ?
En attendant, Daesyn avait bien des idées pour relier son ordinateur à Google, mais ne possédait pas les ressources nécessaires pour mettre en place un code afin d'y relier les futurs téléphones qu'elle comptait concevoir et ce fut avec grand plaisir, que les Gobelins mirent leurs meilleurs employés sur le projet.
La sorcière avait pour mission de tester chaque codage runique, puis d'intégrer l'intégralité des connaissances moldues puis y ajouter celles des sorciers. Mais avant ça, la question du réseau était de mise. Pour l'instant, elle restait sur celui moldu mais il faudrait en créer spécialement un pour la magie.
-Ne me dis pas que tu es restée ici toute la nuit ?
Daesyn sursauta et se cogna la tête contre le bureau. Elle ne savait plus comment, mais elle avait dû faire tomber une pile de papier dans sa frénésie à vouloir réussir et avait fini par tout simplement, travailler par terre.
L'Auror, incrédule, était agenouillé à côté d'elle et regardait le bazar qu'elle avait mis sur la moquette qui recouvrait le sol. Les rayons du soleil qu'elle savait chauds filtraient à travers les épais rideaux couleur taupe, et baignaient la pièce d'une légère clarté.
-Euh, pas toute la nuit, répondit-elle en frottant ses yeux.
Elle se demandait si Cho était déjà réveillée. Probablement pas, il était encore tôt après tout. Kingsley soupira entre compréhension et préoccupation, l'étonnant par la capacité d'un seul souffle à exprimer autant d'émotions.
-Viens le petit-déjeuner est servi, déclara-t-il en proposant sa main pour l'aider à se redresser. Daesyn se leva et étira ses muscles tendus.
-Ouais, petit-déjeuner, acquiesça-t-elle d'un air entendu.
Daesyn,
Pour commencer, je suis sincèrement désolé de ne pas avoir écrit plus tôt mais j'ai lu et apprécié chacune de tes lettres. Le Tournoi a mis le bazar un peu partout chez les sorciers, et cela ne fait pas exception en Bulgarie.
Je vais plutôt bien, merci, et toi comment te portes-tu ?
J'ai le regret de t'annoncer que je n'ai aucune nouvelle de ton parrain. Cependant, une équipe a été mise en place pour rechercher Pettigrow et je dois dire que ça avance très bien. Ils ont déjà trouvé des preuves de son existence, hormis celles que j'ai fournies bien entendu. Peut-être peux-tu espérer que cela se termine d'ici l'année prochaine ?
Mon adresse est au dos de la lettre, viens me rendre visite si tu le peux, j'ai vraiment hâte de te voir à nouveau.
Bonnes vacances,
Ilya Vladislav.
-De bonnes nouvelles ? S'enquit Kingsley en plongeant ses lèvres dans sa tasse de thé.
-Plutôt oui, répondit-elle distraitement, en griffonnant une réponse qu'elle attacha à la patte du hibou qui se reposait actuellement sur le dossier de sa chaise.
-Bonjour ! S'exclama Cho en les rejoignant sur le balcon. La fille avait coiffé ses cheveux en un chignon et était vêtue d'une simple robe bleue qui descendait juste au-dessus de ses genoux.
Daesyn de son côté, avait savouré la sensation de mettre des habits à sa taille ce matin-même en s'étant installée dans un débardeur blanc et un short en jean.
-Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? Demanda la sorcière. Elle ajouta encore quelques crêpes dans son assiette et les recouvrit de confiture.
-On profite de la piscine et après, Cho but une gorgée de thé, je t'emmène chez Ilya. Il se débrouillera pour t'emmener chez les Weasley ne fais pas cette tête ! S'écria-t-elle devant son air ahuri.
-Comment ça, tu m'emmènes ? Tu ne restes pas ?
-Non, je vais rejoindre mes parents et la maison d'Ilya est sur le chemin autant t'y déposer.
-Mais je ne l'ai pas prévenu !
-Je l'ai fait.
Daesyn abandonna à son regard déterminé. Oui, elle voulait revoir Ilya, elle l'appréciait beaucoup mais ce n'était pas…correct de s'inviter de cette façon.
Ses doigts clapotèrent contre sa jambe. Elle en avait marre de rester assise et Cho n'avait pas l'air décidée à finir de manger tout de suite. Kingsley lisait son journal et elle ne voulait pas lire par-dessus son épaule parce que premièrement elle détestait que l'on fasse ça par-dessus la sienne et deuxièmement, on parlait d'elle.
Comment ça on parlait d'elle ?
Daesyn se leva brusquement et se pencha pour lire l'article à son tour. Elle poussa un discret soupir de soulagement quand elle vit que ce n'était pas de Skeeter–bien que personne sache où elle était exactement, mais son visage fut envahi par le désespoir lorsqu'elle parcourut l'article en diagonale qui était en réalité, un amassement de plusieurs petits articles en contradiction totale les uns et les autres.
Daesyn Potter, la Fille-Qui-Ment ?
La Fille-Qui-A-Survécu, traîtresse ?
Le courage et la bonté de la Fille-Qui-A-Vaincu !
L'héritière Potter, différents partis en vue ? On vous explique tout !
La santé de Daesyn Potter, Fille-Qui-A-Survécu en grave danger ?
-Mais c'est quoi toute cette merde ! S'exclama-t-elle avec un bruyant souffle.
-Les joies de la célébrité, répondit calmement Kingsley avec un semblant de sourire.
-Wow, hilarant, se moqua-t-elle, en lui rendant le journal.
Daesyn aimait beaucoup l'eau. Nager, plonger, se prélasser quelques minutes. Ouais, c'était pas mal.
Mais elle ne se sentait tout simplement pas dans son élément.
Son cerveau était tout le temps en train de travailler et c'était l'une des raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas dormir très longtemps, ou rester des matinées complètes dans un lit, à rien faire.
Elle avait besoin de travailler. De mettre sur papier ses idées, d'améliorer ses projets, d'apprendre, d'inventer. Il était courant qu'elle ne pouvait pas se concentrer sur la même chose pendant un long moment.
Ce n'était pas sa faute si elle ne pouvait pas s'arrêter, elle n'avait pas de bouton pause.
Heureusement, Cho était une excellente amie et ce fut avec un regard encourageant qu'elle la renvoya dans sa chambre d'hôtel avec pour ordre d'arrêter de bouger comme un strangulot que l'on avait retiré de son bocal.
Bien évidemment, Kingsley la suivit. Pas qu'elle ne l'appréciait pas, non, mais elle aimait vraiment sa tranquillité et surtout, garder ses projets secrets. Daesyn changea son maillot de bain en quelque chose de plus confortable (après que Kingsley ait vérifié si la salle d'eau n'était pas piégée ou quoi que ce soit), et s'installa devant son écran.
L'adolescente fouilla dans les liasses de papier que les Gobelins lui avaient transmises et en sortit un du lot.
10.4 A) - Batterie :
Comme vous l'avez fait remarquer, la recharge de l'appareil est un autre problème néanmoins, il est le plus simple à régler.
Vous n'êtes pas la première à vouloir intégrer les ressources moldues chez les sorciers mais vous êtes pourtant la plus déterminée. C'est pourquoi voilà ci-joint le code runique vérifié à inscrire sur chaque composé qui recharge l'appareil.
Il est évident que l'installation de l'électricité n'est pas envisageable. Bien des avancées ont eu lieu, les sorciers sont fiers de leurs origines et traditions et surtout, de leur séparation avec les moldus.
Une précaution cependant. Votre couteau runique doit être absolument impeccable. Aucune entaille, coupure, rayure ne doit entacher de quelconque manière la lame.
Il est prudent de dire que vous pourriez vous faire exploser.
N'activez pas le code tant qu'il n'est pas terminé. Vous pouvez sans aucun problème le laisser de côté inachevé, mais ne l'ACTIVEZ pas.
La combinaison en elle-même était simple mais plutôt minutieuse. Daesyn ne perdit pas plus de temps et se mit de suite au travail. Bientôt elle en oublia la présence de Kingsley en arrière-plan, qu'elle savait garder un œil sur elle.
Ce ne fut que plus tard, bien plus tard (avec le Médicomage) qu'elle se rendit compte de son erreur.
Distraitement, elle avait commencé à gratter la peau de ses poignets. La sorcière avait fredonné de mécontentement lorsque la démangeaison était remontée au bout de ses doigts, puis jusque dans le creux de son coude. Elle n'arrivait plus à arrêter de passer les ongles sur sa peau et ce fut avec les traits tirés qu'elle releva la tête pour relever la cause de ce soudain besoin.
Sa peau était rouge et marquée par ses ongles. Daesyn remarqua avec angoisse que ses mains s'étaient remises à trembler mais que chaque secousse piquait un peu plus sa peau déjà gravement irritée. Et elle n'avait pas besoin d'être un génie pour savoir que ce n'était pas sain.
-Par tous les dieux Daesyn ! Kingsley releva la tête pour trouver la raison de cet excès de tension et posa ses yeux sur ses bras. En voyant son regard incompris, l'homme soupira et posa délicatement l'ordinateur sur les draps.
-Viens, il faut consulter quelqu'un, ça ne peut pas continuer tu vas finir par gratter jusqu'au sang. Il la remit doucement sur ses pieds tandis qu'elle continuait à regarder l'état de sa peau.
-Mademoiselle Potter ? Elle leva la tête en même temps que son garde du corps. L'homme, d'une trentaine d'années, les attendait à la porte et leur fit signe de le suivre.
Daesyn détestait cette ambiance stérile qui régnait partout dans les hôpitaux mais bougea sans discuter. Elle ne savait pas comment se comporter ici. La jeune femme n'était jamais allée chez le médecin à part ses visites annuelles de fin d'année à Poudlard. Mais bon, elle commençait à réellement vouloir enlever la peau qu'elle avait sur les os et même si elle n'aimait pas l'admettre, elle avait besoin d'aide.
Après les diverses informations apparemment nécessaires sur son âge, sa taille, son poids etc… le Médicomage posa enfin la question.
-Je suppose que c'est la source du problème n'est-ce pas ? Dit doucement le Médicomage en désignant ses bras rougis.
-Euh oui. Ce n'est pas assez évident ? Immédiatement après, elle se mordit la langue. Pourquoi maintenant de tous les instants, devait-elle être irrémédiablement honnête.
A sa grande surprise, l'homme ne s'offensa pas.
-Laisse-moi voir ça, d'accord ? Il lui demanda de s'allonger et sortit sa baguette pour lancer quelques sortilèges. A peine cinq minutes après, le Médicomage un pli sur le front, lui demanda de se rasseoir au bureau.
-Quelle est la raison d'un tel endommagement de vos nerfs ? S'inquiéta-t-il, en joignant ses mains entre elles.
-Doloris, répondit-elle facilement, faisant apparaître une nouvelle ride sur le visage de l'homme. C'est irréparable ce que j'ai ou non ? Autant savoir si elle avait le temps de vivre ou si elle pouvait mourir demain.
-Laissez-moi vous expliquez mademoiselle Potter, soupira le Médicomage, soudainement très fatigué.
Daesyn avait remarqué qu'elle donnait souvent cette apparence aux gens mais s'installa à son tour, plus confortablement.
