chapitre 15 : Son Tuteur


-Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai accepté, marmonna-t-il en se massant les tempes. Il attrapa les clés au fond de sa poche et les inséra dans la serrure.

Daesyn sauta dans l'appartement de son nouveau tuteur jusqu'à se retrouver debout sur le canapé.

-Moi je suis bien contente ! Puis c'est pas comme si ça changeait grand-chose à d'habitude, on est pratiquement tout le temps ensemble. La sorcière tourna sur elle-même, rayonnante, honnêtement, n'y avait pas mieux que toi !

Kingsley s'installa sur le canapé, posa les papiers sur la table basse avant de tirer d'un coup sec ses jambes pour qu'elle s'asseye à côté de lui. Daesyn atterrit sur les fesses avec un 'humpff' étouffé.

-Tu me connais à peine. Préviens-moi la prochaine fois que tu me fais un coup pareil. Et enfin, tu me connais depuis quoi, trois semaines ?! Répéta-t-il.

Elle le regarda, mi-inquiète, mi-amusée, remuer furieusement les papiers que lui avait donnés Amélia Bones.

-Daesyn, la jeune femme continua à le regarder, immobile, il y avait plein d'autres personnes éligibles pour devenir responsables de toi.

Pour une fois dans sa vie, la métamorphomage resta à court de mots.

-Euh…non.

-Les Weasley, Remus Lupin, tu aurais même pu donner le nom du professeur Dumbledore. Poursuivit-il quand il devint évident que sa langue n'allait pas fonctionner correctement.

-Je…et bien, tu étais la meilleure personne pour ça ? Je veux dire, tu sais, les Weasley n'ont pas besoin d'une charge supplémentaire à se soucier, Remus n'aurait jamais eu le poste à cause du loup-garou. Puis j'aurais pu choisir le Ministère, mais avec les contrats de fiançailles je ne voulais pas m'embarquer dans un truc que j'aurais pas pu contrôler. Donc il me restait toi, déclara-t-elle avec plus d'assurance sur la fin.

Kingsley fixa quelques instants ses cheveux rouges avant de soupirer de défaite.

-Sérieusement, tu es la personne la plus imprévisible que je connaisse. Je n'ai même pas de lit pour toi. Ajouta-il.

Elle rit du prétexte totalement ridicule.

-Ce n'est pas grave, ton canapé est confortable.

-Je me lève tôt le matin, je vais te réveiller.

-Moi aussi.

-Tu comptes détruire chacun de mes arguments ?

-Ça dépend, est-ce que tu vas encore en trouver beaucoup ?

Il lui jeta un coussin qu'elle esquiva au dernier moment.

-Allez, prépare-toi, on va chercher des pizzas, Clôt-il avec bonne humeur.


Daesyn se réveilla tôt.

Elle n'avait peut-être pas de réveil à portée de main, mais l'absence totale de quelconque brin de lumière lui faisait nettement savoir qu'elle s'était réveillée bien plus tôt qu'elle en avait l'habitude.

Une sensation de malaise engourdissait ses bras d'une manière peu agréable. Daesyn grogna doucement et se tourna sur le côté pour tenter d'adopter une position plus confortable qui lui permettrait éventuellement de se rendormir.

Peine perdue.

Le cerveau de la sorcière semblait avoir décidé de son propre chef qu'elle avait dépassé le temps de sommeil requis, et la poussait donc à se lever pour réfléchir et inventer. De plus, ses mains la piquaient et la suppliaient de les gratter.

-Fallait que ça tombe maintenant, murmura la métamorphomage, de mauvaise humeur, en pensant à la crème qu'elle devait appliquer dans les plus brefs délais pour soulager ses nerfs, et qui se trouvait actuellement au fin fond de sa valise.

Déjà que de nuit, elle allait devoir user de ses bons yeux pour la trouver mais en plus, elle était prise de tremblements incontrôlés.

Gé-nial.

Daesyn secoua la légère couverture de son corps et posa les pieds par terre le plus silencieusement possible. Elle ignora les démangeaisons qui remontaient le long de ses avant-bras et chercha à tâtons son coffre qui était posé non loin du mur. Bien heureusement, sa valise n'émit aucun son dérangeant à l'ouverture, lui permettant de fouiller furieusement le plus tranquillement possible sous la tonne de vêtements entreposés sur le dessus.

-Qu'est-ce que tu fabriques ?

Daesyn sursauta au son qui traversa la pièce désormais éclairée par une veilleuse. Le couvercle de sa valise lui tomba douloureusement sur la tête et coinça son bras dans le tas de vêtements.

-Aïe, marmonna-t-elle en retirant son bras et sortant de sa position ridicule.

-Daesyn, c'est minuit passé. Kingsley s'approcha pour l'aider à se relever. En y songeant, elle n'avait peut-être pas été si silencieuse que ça.

-Je sais je dormais, chuchota-t-elle presque inintelligiblement. Je cherchais la crème du Médicomage mais je la trouve plus. Ses sourcils se froncèrent et elle courba les lèvres de dépit. Je sais pas où elle est.

Même dans la pénombre et avec la fatigue, Daesyn put voir les yeux de Kingsley scintiller d'inquiétude.

-Tu as mal ? L'Auror se détourna et partit fouiller elle ne savait quoi, dans les placards.

-Pas pour l'instant.

-Tiens, il lui donna le fameux pot déjà ouvert.

-Tu sors ça d'où ? Lui demanda-t-elle avec un certain étonnement somnolent en étalant une généreuse quantité de crème sur ses mains.

Kingsley émit une sorte de petit rire.

-Tu me l'as confié dès que tu es sortie du bureau du Médicomage.

L'Auror disparut de nouveau dans la cuisine. Daesyn reboucha le pot de crème d'une main assurée et fut soulagée de constater qu'elle ne tremblait plus. Un verre de lait chaud lévita soudainement sous son nez, qu'elle prit avec gratitude.

-Tu vas pouvoir te rendormir ? Le sorcier passa tout d'abord une main hésitante dans ses cheveux, puis poursuivit son geste quand elle posa sa tête sur son épaule.

-M'oui, répondit-elle, déjà à moitié endormie. La métamorphomage sentit sa tête basculer sur le côté, et elle songea brièvement à se coucher avant que la noirceur ne l'emporte.

Le lendemain matin, Daesyn fut réveillée non pas par le soleil, mais par la délicieuse odeur qui filtrait de la cuisine et se frayait un chemin jusqu'à son estomac.

La jeune femme s'étira prestement, rassembla ses habits et partit sous la douche pour tenter de décoller les restes de crème séchée, collés sur ses bras. Ensuite, elle pourrait finalement découvrir quel genre de nourriture avait une si délicieuse odeur.

-Bien dormi ? S'enquit Kingsley dès qu'elle s'installa à table. L'homme lui déposa une généreuse quantité de crêpes dans son assiette avant de s'asseoir lui-même.

-Merveilleux, se moqua-t-elle avec une pointe de sarcasme. Le sorcier la regarda par-dessus sa tasse de café avec un haussement de sourcils. Il avait l'air de vouloir protester mais délaissa le sujet pour un autre.

-Mes affaires sont presque prêtes. Laisse-moi deux minutes et on transplane chez les Weasley.

-On est obligé de transplaner ? Gémit Daesyn en lavant son assiette puis en enfonçant son visage dans les coussins du canapé.

-Tu préfères prendre le Magicobus ? Demanda inutilement Kingsley en fermant sa valise.

-Non ! S'écria-t-elle dramatiquement. C'est bon, on transplane !

-Tout est prêt, annonçant le sorcier d'où il était accroupi sur le sol. Il se releva et se tourna vers elle dans l'attente.

La métamorphomage grommela et s'extirpa du canapé pour venir à côté de Kingsley avec une moue boudeuse. L'Auror souffla d'amusement et prit une profonde inspiration avant de transplaner.

Le craquement qui signala leur apparition dans le village de Loutry Ste Chaspoule résonna dans le champ. Daesyn mit quelques secondes à reprendre une respiration normale, les mains sur ses côtes douloureuses, ayant eu la véritable impression d'être passée à travers une paille.

-Tu vois c'est de mieux en mieux, commenta Kingsley en se dirigeant lentement vers la haute maison bancale qui se dessinait dans le ciel bleu.

La sorcière lui jeta un regard noir -littéralement- et leva la main pour frapper bruyamment sur la porte du Terrier. Elle entendit les conversations à l'intérieur cesser avant que la porte ne s'ouvre en un couinement précipité.

-Daesyn chérie ! Viens, entre donc, ne reste pas plantée sur le palier comme ça, voyons ! La houspilla la matrone Weasley en la ramenant à l'intérieur. La femme afficha un air surpris mais non mécontent quand Kingsley la suivit de près, une main posée sur son dos.

Ah oui. Elle avait oublié de mentionner ce détail.

Elle espérait que les Weasley avaient un dernier lit pour Kingsley parce que sinon, il n'aurait pas d'autre choix que de dormir à la lueur des étoiles.

-C'est une très belle maison que vous avez, complimenta-t-il en passant son regard sur la petite pièce encombrée, mais emplit de chaleur.

-Daesyn ! Fred délaissa son assiette remplie de bacon et d'œufs, et se jeta sur elle pour l'attraper dans une étreinte d'ours.

-Hé, t'as pas le droit de la garder pour toi tout seul ! S'indigna George qui bouscula son jumeau afin de lui dire bonjour.

Daesyn rigola joyeusement quand une nouvelle paire de bras l'extirpa de l'étreinte des frères identiques, et la souleva pour la faire tournoyer dans les airs.

-Charlie !

-Les garçons ! S'époumona Mme Weasley, indignée par l'attitude de ses fils. Laissez-la tranquille par Merlin !

-Je ne savais pas que tu revenais cet été ! Continua la jeune sorcière lorsque Charlie eut l'amabilité de remettre ses deux pieds sur le sol. Bill est là aussi ?

-Non, il a déjà passé ses quelques jours de congé à la maison, répondit nostalgiquement Mme Weasley dont l'expression contrastait avec l'avertissement qui régnait dans ses yeux perçants.

-Oh…Salut, dit poliment et avec neutralité une voix derrière elle.

La métamorphomage se retourna et donna un bonjour enthousiaste au dernier garçon de la famille.

Ron Weasley était de la même année qu'elle, et avait également été trié à Gryffondor. Néanmoins, elle n'avait jamais fréquenté le garçon malgré ses nombreux séjours au Terrier, où il ne cessait de l'éviter. Elle soupçonnait que l'influence de leurs pairs l'empêchait d'établir un contact avec elle.

Dommage. Il avait l'air vraiment bon aux échecs.

-Tout le monde, c'est l'Auror Kingsley Shacklebolt, présenta-t-elle en s'asseyant sur la chaise que les jumeaux avaient installée entre eux.

Avant que quiconque ne puisse dire quoi que ce soit au sujet de la présence d'un Auror haut placé sous leur toit, l'ouverture de la porte d'entrée combla le silence. -Kingsley, s'exclama-t-on avec surprise, -je ne m'attendais pas à te voir ici !

-Bonjour Mr Weasley ! Salua Daesyn quand il devint évident que l'homme n'avait pas enregistré sa présence.

-Heureux de te revoir Daesyn, l'affection dans son ton lui réchauffa le cœur.

-Arthur, j'espère que ma présence ne vous importunera pas. J'ai l'obligation de garder un œil sur Daesyn. Elle ne cesse de trouver les ennuis, plaisanta-t-il avec bonne humeur.

-Hé ! S'exclama la sorcière, indignée. Son interruption fut complètement ignorée.

-Il est vrai qu'elle a un certain talent pour se mettre dans des situations pour le moins dangereuses, approuva le patriarche Weasley.

-A-t-on des nouvelles de ces Mangemorts ? S'inquiéta Arthur.

-Et si vous montiez installer les affaires de Daesyn les enfants ? Coupa brutalement Mme Weasley. Je vous appellerai quand le repas sera prêt.

Il paraissait évident aux yeux de tous, qu'elle ne voulait pas qu'ils entendent parler de cette guerre qui s'était achevée avant même d'avoir réellement commencée. Daesyn trouvait personnellement que c'était un peu stupide. Premièrement parce qu'ils en entendraient parler d'une manière ou d'une autre, secondement parce qu'elle avait été particulièrement impliquée dans la dernière bataille. Troisièmement, elle ne voulait pas se lancer des fleurs, mais le rôle qu'elle avait joué y était pour beaucoup dans la manière dont elle s'était terminée.

Elle était morte pendant plus d'une demi-heure, merci bien.

Mais contrairement à Fred et George, Daesyn ne protesta pas quant à cette brusque décision et empoigna sa valise pour la monter à son étage.

Kings' lui avait promis de la tenir au courant du moindre mouvement de toute façon et elle avait confiance en l'homme pour qu'il ne lui mente pas sciemment.


-Tu ne m'écoutes pas ! Petit dragon chéri, à quoi tu penses si profondément que cela t'empêche d'être en totale admiration devant ma merveilleuse, douce et formidable voix ? Claironna Fred tout près de son oreille.

Daesyn, surprise, lui donna un violent coup de coude dans les côtes et s'effondra sur le lit du rouquin, qui portait les odeurs de poudre et de fumée.

Fred se massa les flancs avec une expression de souffrance exagérée et la regarda subrepticement. La jeune femme souffla de défaite.

-Les Gobelins ont accepté que je monte mon entreprise de technologie.

George leva immédiatement la tête de son ouvrage sur les propriétés des ingrédients de potions.

-Quand ?

-Comment ?

-Quoi ?!

Les questions fusèrent d'un bout à l'autre de la pièce sans qu'elle puisse en comprendre la moitié d'entre elles. Ce fut le petit 'pop' provenant du chaudron qui bouillonnait tranquillement sur le parquet de la chambre qui les interrompit abruptement.

-Est-ce que ça va exploser ? Interrogea Daesyn suite aux plusieurs longues secondes de silence.

-Euh…

-Non ? Ça a marché ! S'enthousiasma George en jetant son livre qui rebondit sur le matelas.

-Qu'est-ce qui a marché ? Demanda-t-elle en s'approchant du chaudron. Le liquide qu'il contenait bouillonnait très doucement et ne cessait de changer de couleur. Elle observa étonnée, les légères ondulations de la substance.

-Notre nouveau produit ! Chuchota Fred si bas pourtant si fort, qu'elle crut presque avoir affaire à un ivrogne.

-Pour ? Tenta-t-elle.

-Tu comprendras à la rentrée, dit le jumeau avec un sourire mystérieux.

-Sinon, à propos de tes Gobelins, Relança-t-il en attrapant une louche pour aider George à mettre en fiole le produit inconnu.

Un tapotement se fit entendre contre la fenêtre cachée par un rideau noir. Les jumeaux avaient insisté pour qu'il n'y ait pas de lumière et si elle avait soupçonné auparavant que c'était à cause du chaudron, elle en était désormais certaine.

La sorcière ouvrit la fenêtre sans retirer le rideau et bientôt, son aigle fier atterrit sur le parquet les plumes toutes ébouriffées, et de très mauvaise humeur.

En se retenant de rire pour éviter de l'offenser encore plus, Daesyn s'approcha de l'oiseau qui s'accrocha rapidement à son poignet pour lui lisser les cheveux. Elle détacha les deux lettres accrochées à ses serres et se faufila une nouvelle fois entre les rideaux pour s'asseoir contre la fenêtre, les pieds dans le vide.

La première lettre portait le sceau du Ministère Français, qu'elle décacheta presque fiévreusement. A l'intérieur se trouvait seulement un petit billet avec la mention : demande en cours de traitement, qui la déçue quelque peu.

Héritière Potter,

Suite à notre précédente réunion et ce que nous avons pu en conclure, il se trouve qu'il nous reste plusieurs points capitaux à régler avant le début de la production.

Conformément à votre première demande, le réseau sorcier que vous avez demandé est désormais disponible et prêt à l'emploi. Il ne tient qu'à vous d'en faire l'utilisation pour nous exposer votre point de vue. En consultant vos notes, nous avons constaté qu'il était préférable que notre réseau soit indépendant du « Google » moldu.

Ci-joint, le code runique du réseau.

En ce qui concerne la production des ordinateurs, vous avez mentionné que la qualité des appareils influait sur son fonctionnement. Il est donc nécessaire que vous établissiez un contact avec les entreprises afin d'acheter les produits que vous souhaitez.

Si vous êtes satisfaite de nos travaux, notre équipe de construction Gobeline peut aisément sous vos directives, fabriquer vos produits. Il ne fait aucun doute que votre appareil va conquérir notre monde et pour cela, vous devez penser à embaucher de la main d'œuvre pour vous aider lorsqu'elle va prendre de l'ampleur.

Du côté des finances, j'ai pris l'initiative d'ouvrir une voûte à la Banque Gringotts à votre nom, dédiée intégralement à votre entreprise.

Si tous ces détails sont réglés d'ici quelques jours, nous pouvons facilement lancer la production dans une semaine et commercialiser avant votre rentrée scolaire. Ce qui nous mène au point suivant : voulez-vous être reconnue comme propriétaire de votre entreprise ou rester dans l'anonymat ?

La réponse à cette dernière question n'a pas besoin d'être immédiate. Gringotts vous attend pour un dernier rendez-vous avant votre rentrée.

Gringotts Banque, Chemin de Traverse ; Londres.

-Hé les gars ? Daesyn sauta à l'intérieur de la chambre, ce qui eut pour effet d'un peu trop secouer Hawk, qui s'envola sur le lit en piaillant de mécontentement. Vous pensez que votre père accepterait de changer de boulot ?

Les jumeaux la regardèrent avec surprise.

-Pourquoi ? Demandèrent-ils en chœur.

Elle secoua la lettre, qu'ils pouvaient difficilement lire dans le noir, sous leur nez.

-Il ne serait pas plus intéressé par la technologie moldue ?

Ils se regardèrent avant de hausser les épaules.

-Demande-lui.

-Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?

-Détails comme l'argent, les employés, la production…

-Ça a l'air très ennuyeux, commenta inutilement George, en oubliant qu'ils fabriquaient eux-mêmes leurs farces.

-Ça l'est, acquiesça Daesyn dans la pénombre.


Daesyn se réveilla bien plus reposée qu'elle ne l'avait été depuis des lustres. Elle s'étira paresseusement et profita de quelques instants de plénitude qui persistaient dans la brume d'après sommeil.

Les mouvements de la sorcière firent doucement balancer la toile à moitié tendue entre quelques poutres. Daesyn passa une main dans ses cheveux rouge vin –pour le moment parce que les Weasley étaient tous roux et qu'il n'était pas drôle qu'elle soit la seule à ne pas l'être-, grimaçant quand ses doigts vinrent s'entortiller dans quelques mèches emmêlées.

Elle aimait dormir ici. Au Terrier, dans son hamac (qui n'en était pas un, mais qui faisait office de).

En vérité, elle ne devait pas dormir là-haut, au départ.

L'été qui avait précédé sa deuxième année, la métamorphomage avait dormi avec Ginny, la petite dernière. La fille était sympa si l'on excluait sa gigantesque timidité qui refaisait surface à chaque fois qu'elle la regardait.

Sauf l'année dernière, où toute la famille Weasley avait été réunie pour la Coupe du Monde de Quidditch. Les jumeaux dormaient donc ensemble, dans leur chambre -comme d'habitude-, Ron avait invité son ami Seamus pour aller voir le match tandis que Charlie et Percy dormaient chacun dans la leur. Bill qui ne voulait pas s'étouffer dans une pièce trop petite avec son plus grand, petit frère pendant la canicule, avait décidé de déménager avec sa Ginny préférée.

Il restait donc elle. Percy et Charlie avaient tous les deux proposé de la garder avec eux. Ça ne l'avait pas dérangée puisqu'ils la considéraient comme une autre sœur, donc elle avait déménagé dans le grand lit de Charlie.

Une erreur qu'elle ne commettrait plus jamais. Elle s'était levée le lendemain matin avec un œil au beurre noir et des côtes meurtries, cadeaux du sorcier plus âgé qui ne pouvait pas rester en place même lors de son sommeil.

Ce fut pendant son habituelle après-midi bricolage avec Mr Weasley –Arthur-, qu'elle trouva la solution parfaite. Des cordes et des piles de tissus s'entreposaient dans le fond du garage, inutilisés. Elle avait donc convaincu Mr- Arthur, de les utiliser pour assembler un hamac et d'ensuite l'accrocher dans les poutres situées entre les chambres de Percy et des jumeaux.

Et alors que Percy et Bill n'étaient pas présents au Terrier c'était devenu et resté, en quelque sorte, sa chambre. Après les multiples conversations et disputes avec Mme Weasley, bien évidemment. La femme n'était pas une très grande fan des acrobaties qu'elle devait faire pour descendre et monter chaque jour.

-Daesyn tu es réveillée ? La jeune femme se pencha pour regarder Charlie, faisant dangereusement vaciller son lit d'appoint. Il y a quelqu'un en bas pour toi. Il bougea pour partir mais fit un tour rapide sur lui-même. Arrête de te pencher, tu vas finir par tomber.

-Charlie, appela Daesyn, lorsqu'elle s'aperçut qu'il ne lui avait pas dit qui voulait la voir. Charles ! Siffla-t-elle entre ses dents, consciente que cela l'énerverait d'être appelé ainsi.

Il ne revint évidemment pas.

Très curieuse de voir qui pouvait bien l'attendre à une heure aussi matinale, Daesyn s'appuya sur les talons pour se propulser et attraper la poutre qui soutenait son hamac afin de s'y percher.

Elle longea ensuite prudemment le reste des poutres jusqu'à la petite fenêtre du couloir, sauta sur le rebord, vacilla, puis s'accroupit pour atteindre le sol.

A l'exception de Kings' et Mme Weasley, personne d'autre ne traînait dans la cuisine –Merlin seul savait où Charlie était passé- ce qui n'était pas très surprenant, étant donné que le petit-déjeuner n'avait pas encore été servi.

-Bonjour Kings, Mme- Remus ? Se coupa-t-elle en se frottant les yeux de ses poings pour être certaine qu'elle ne rêvait pas.

Le loup-garou était assis dans la cuisine, les mains autour d'une tasse de thé et un doux sourire sur les lèvres qui n'en restait pas moins énigmatique. Elle cligna des yeux comme un hibou et remarqua même pas que l'Auror l'avait poussée sur une chaise.

-Daesyn ? L'interpella Kingsley. Vu le haussement de sourcils qui traversait son visage, elle doutait que ce soit la première fois qu'il l'appelait.

-Oui ? Répondit-elle en détachant finalement ses yeux d'un Remus rieur.

-Je reviens te chercher ici dans deux semaines, d'accord ? Le Terrier est suffisamment sûr pour toi tant que tu ne sors pas des barrières de protection. Nous avons plusieurs indices qui nous permettent de dire que les Mangemorts sont récemment passés par Manchester et je serai plus utile là-bas qu'ici. L'informa-t-il en attachant une cape violette autour de ses épaules. Mme Weasley voulait protester contre toutes les informations qu'elle jugeait comme inconvenantes pour une personne de son âge.

-Ok, Son regard était attiré par Remus comme si ce dernier agissait tel un aimant. A dans deux semaines, fais attention.

Kingsley lui ébouriffa les cheveux avec un sourire affectueux et sortit.

Le silence s'étira jusqu'à ce que le sorcier pose un paquet savamment emballé sur la table et le poussa devant elle.

-C'est ton cadeau d'anniversaire, il fit une pause. Bien que je ne puisse pas en prendre tout le crédit. Une certaine personne que nous connaissons tous les deux m'ont dit que tu admirais les centaures. Par contre, je te préviens, ce n'est pas avec moi que tu vas apprendre.

Daesyn sentit ses cheveux pétiller d'anticipation. Sirius n'était donc pas mort et il avait pensé à lui offrir quelque chose, certes, en retard, mais quelque chose quand même. Elle ramena le paquet vers elle et tira sur les nombreuses ficelles qui détenaient son cadeau.

La sorcière laissa ses mains planer au-dessus du bois brillant et finement sculpté de l'arc. Elle en avait rêvé depuis qu'elle avait rencontré Firenze, le centaure qui l'avait sauvée de Voldemort dans la Forêt Interdite, en première année. Elle avait pu observer, pendant qu'il la raccompagnait, ses talents au tir à l'arc qui l'avaient non seulement impressionnée, mais lui avaient aussi donné envie de faire pareil.

Elle ne savait pas comment Sirius avait su mais en tout cas, c'était parfait.

-Et si on allait le tester ? Proposa le loup-garou, déjà sur ses pieds.


-Ok, c'est quoi l'excuse ? Demanda Daesyn sans préambule. Elle encocha une flèche, tira la corde et rata une nouvelle fois sa cible d'à peine quelques centimètres. Patmol, je peux comprendre –et encore-, mais toi ?

-Rien, répondit-il, étonné.

La jeune sorcière en fut si surprise, qu'elle en lâcha la corde tendue et la flèche qu'elle tenait se planta dans l'herbe.

-Je ne peux pas te croire. Elle secoua fermement la tête, bien que la réponse fasse son chemin jusque dans son cerveau. Il y a beaucoup de personnes qui pourraient oublier mon anniversaire, mais tu n'en fais pas partie.

-Je n'avais pas oublié ton anniversaire, nia Remus en la regardant.

-Une simple carte suffisait tu sais. Je ne demandais rien de plus que deux petits mots, juste pour me faire savoir que tu étais encore vivant. Donc…Poussa-t-elle.

-Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-il en lissant quelques plis sur sa robe de sorcier usée. Mais je n'avais pas l'argent pour payer un hibou qui pouvait aller jusqu'en Bulgarie.

Daesyn s'arrêta net. Elle avait su que Remus était pauvre mais elle ne pensait pas qu'il l'était au point de ne pas pouvoir se payer l'envoi de ses lettres.

En même temps, elle comprenait mieux pourquoi elle n'avait eu aucune nouvelle depuis la fin désastreuse du Tournoi.

La métamorphomage vint s'asseoir à côté de lui dans l'herbe.

-Ne t'en fais pas pour ça loupiot, lui dit-il gentiment, je devrais trouver un petit boulot dans pas très longtemps-

-Tu cherches du travail ? Parce que j'en ai un pour toi ! Daesyn bougea puis s'agenouilla devant l'homme qu'elle considérait comme un membre de sa famille.

Remus semblait mi amusé, mi méfiant.

-…Quel genre de travail ?

-Communication et gérance.

-Explicite.

-Tu es maintenant employé dans mon entreprise ! S'écria-t-elle en levant les bras au ciel.

-Je n'ai pas dit oui.

-Tu vas le faire, rétorqua la sorcière. Les Gobelins ont accepté que je vende de la technologie et plus précisément des ordinateurs –enfin pour l'instant-, dans le monde magique et évidemment, qui fonctionne. Comme ils pensent que l'idée va être le phénomène de l'année, voire de la décennie, ils veulent que je pense à employer des gens pour m'aider.

-D'accord, et moi là-dedans ?

-Comme tu as souvent travaillé dans le monde moldu, tu es habitué à utiliser les objets du quotidien et donc tu peux t'y intégrer très facilement. Ensuite, tu es doué pour parler et pour négocier, elle ignora le clignement d'yeux surpris, ne me regarde pas comme ça, Sirius m'a raconté la fois où tu as convaincu McGonagall de ne pas te mettre en retenue mais d'enlever des points à Malfoy, alors que c'était totalement toi qui avais fait exploser le mur. Ils se regardèrent en silence avant d'éclater de rire.

-Les ordinateurs sur lesquels je veux travailler et vendre sont connus pour être très haut de gamme. Ce que je voudrais, c'est que tu négocies pour les acheter au plus bas prix possible, tout en cachant notre monde.

Elle émit une petite pause.

-Faut que le premier achat soit fait avant le vingt du mois par contre.

Quand le loup-garou ne répondit rien, elle ajouta.

-Les Gobelins ont toutes les autorisations et les mensonges appropriés pour que nous les achetions là-bas en toute sécurité. MACUSA est d'accord avec ça, et tu n'auras à aller à New-York seulement une fois par mois, deux grand max, donc pas d'inquiétude pour la pleine lune. Les Gobelins m'ont joint le contrat de travail.

Elle lui tendit le document que la banque avait envoyé dans la même enveloppe que leur lettre.

Daesyn le regarda tourner tranquillement une page en se retenant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Le salaire…est très élevé, fit-il remarquer en levant les yeux vers elle. La jeune femme haussa les épaules.

-C'est un travail risqué. Protection de notre monde alors le salaire va avec.

Remus acquiesça lentement.

-Je pense que…c'est dans mes cordes. Déclara-t-il.

-Yesss ! S'écria-t-elle en fouillant ses poches, -maintenant tu signes ! Elle lui donna la plume et il roula des yeux.

Remus lui rendit la plume avec les parchemins et lui fit signe de s'allonger avec lui.

-Allez, raconte-moi comment est-ce qu'on en est arrivé là ? Plaisanta-t-il.

Daesyn ne se fit pas prier et se lança dans les détails de son été qui avait commencé avec Cho et qui avait continué avec Kingsley comme nouveau tuteur.

Une petite partie d'elle en voulait à Remus, même si elle tentait de l'étouffer. Ces derniers jours, elle avait pensé qu'il lui en voulait pour une chose ou autre et que c'était la raison pour laquelle il n'avait pas initié de contact. Daesyn aurait aimé qu'il lui parle de ses problèmes bien qu'elle sache d'expérience, que le sujet de l'argent pouvait être assez douloureux.

Cependant, si Remus acceptait le travail aussi facilement, c'était qu'il devait avoir de sérieux soucis d'argent.

Ils étaient installés en silence depuis un petit moment –quelque chose de très rare quand on la côtoyait- quand Remus fit un mouvement pour se lever.

-Où est-ce que tu vas ? Daesyn se remit aussitôt debout pour se planter devant le sorcier.

Le loup-garou la tira dans ses bras et la retint longuement.

-Je passais seulement pour te donner ton cadeau. Il faut que je rentre maintenant.

La jeune femme hésita à le laisser repartir mais abandonna en soupirant.

-D'accord. Je t'envoie Hawk bientôt pour que tu me donnes des nouvelles ?

-On fait comme ça, il sourit, remercie Molly de ma part pour la tasse de thé. Il ajouta, après une pause humble, et merci pour le travail Daesyn.

Remus disparut dans un craquement sonore qui résonna dans le champ. Daesyn regarda encore plusieurs secondes l'endroit où il avait disparu, avec une moue contemplative. Elle n'aurait jamais imaginé que son parrain honoraire accepte aussi facilement son offre, elle s'était même attendue à quelques combats de sa part. Il devait vraiment vraiment, avoir besoin d'argent. En haussant les épaules pour elle-même, Daesyn ramassa son arc et les quelques flèches qui avaient atterri tout autour de la cible puis se dirigea vers la maison. Il fallait encore qu'elle termine le design de son ordinateur, elle avait quelques idées qui lui trottaient déjà dans la tête à ce sujet, mais rien de très concret.

La table du petit-déjeuner avait été débarrassée quand elle rentra et chacun vaquait à ses occupations habituelles.

-Remus vous remercie pour le thé Mme Weasley, transmit la sorcière.

-Pas de quoi chérie, la plus âgée regarda de biais l'arc accroché à son épaule, ne sachant pas si elle devait approuver ou non le cadeau, Fred et George sont en haut. Je ne sais pas ce qu'ils fabriquent encore, mais il y a plutôt intérêt à ce que ce ne soit pas dangereux ! Alors que la voix de Mme Weasley s'envolait vers des tonalités plus aiguës, Daesyn la coupa dans sa diatribe.

-Ne vous inquiétez pas, je vais voir ce qu'ils font ! Loin de rassurer Mme Weasley, son commentaire pressé lui fit faire un drôle de sourire, qu'elle ne vit évidemment pas, trop occupée à sauter de marches en marches.

Daesyn souffla légèrement de soulagement, bien consciente que Mme Weasley aurait continué des heures si elle était restée dans la cuisine. Ne vous méprenez pas, elle aimait beaucoup la femme en particulier à cause de l'accueil qu'elle lui réservait chez elle, sans jamais poser de questions. Mais d'un autre côté, Daesyn trouvait qu'elle s'indignait trop facilement face aux bêtises des jumeaux.

La métamorphomage avait grimpé le long des poutres pendant qu'elle réfléchissait, et avait suspendu son arc à l'un des clous qui dépassait d'une planche de bois. Satisfaite de l'arrangement, Daesyn redescendit aussi vite qu'elle était montée, son ordinateur sous le bras.

Elle avait posé la main sur la poignée de la porte des jumeaux quand un gigantesque BOUM fit trembler celle-ci. Daesyn hésita à ouvrir, par peur de se retrouver à l'une des expériences ratées de ses amis. Ce genre de choses –les explosions- se produisaient assez souvent mais elle ne savait jamais à quoi s'attendre avec eux.

C'était l'une des raisons pour lesquelles ils s'entendaient si bien.

-Gred, Forge ? Appela-t-elle en entrebâillant la porte. Ses cheveux changèrent de couleur quand elle réalisa ce qui s'était passé et elle entra complètement avant de rapidement refermer la porte derrière elle.

-Votre produit d'hier…n'est-il pas censé rester dans vos fioles au lieu d'être…, elle fit un grand geste de la main, partout ? Je croyais que c'était quelque chose de grandiose pour la rentrée.

Daesyn tourna sur elle-même pour constater la même chose sur toute la surface disponible de la pièce. Elle lutta pour garder une expression neutre et regarda ailleurs pour ne pas croiser le regard des jumeaux, recouverts de peinture multicolore.

-Ç'a en quelque sorte…

-Éclaté.

Daesyn, ne pouvant pas se retenir, explosa de rire face à leurs mines déconfites.

-J'imagine que ce n'était pas ce que vous vouliez ? Demanda-t-elle rhétoriquement avant de partir dans une nouvelle crise de rire.

-Oh tu peux te taire, grommela George sans essayer de se débarrasser de la mixture, sans aucun doute très collante.

-C'était quoi cette explosion ? Waouh, ajouta Charlie qui referma rapidement la porte derrière lui. Son sourire s'agrandit quand il vit l'état des jumeaux.

-D'accord, vous m'expliquez ce qui s'est passé ici et pourquoi les cheveux de Daesyn ressemblent à une boule disco ?

-C'est quoi une boule disco ?

-Je ne suis pas une boule disco. Comment tu sais ce que c'est d'abord ?

-Vous feriez mieux de nettoyer avant que maman ne voie ce bordel sinon elle va vous étriper, avertit-il en posant la main sur la poignée avant de la retirer quand il s'aperçut qu'elle était couverte de peinture. Beurk.

-Aide-nous, mendièrent-ils en observant leur frère aîné d'un air suppliant.

-Je vous laisse, je vais travailler, dit précipitamment Daesyn pour échapper aux diverses catastrophes qui suivraient sans aucun doute.

Les jumeaux seuls étaient des terreurs, mais les jumeaux avec Charlie, cela finissait toujours…mal.

Contrairement à ce qu'elle avait prévu, ce ne fut pas le cas. Mais elle ne revit les trois frères que le lendemain matin, tard, et complètement épuisés. La peinture multicolore avait disparu de leurs vêtements et elle soupçonnait que de la chambre aussi. Les garçons avaient plutôt intérêt à la remercier parce qu'elle avait eu du mal à trouver une excuse pour leur absence au dîner.

En attendant, Daesyn était assez fière de dire qu'elle avait terminé les derniers détails de son ordinateur et qu'elle s'occupait désormais du design. Les runes étaient intégralement gravées et elle s'employait maintenant à les rendre invisibles. Étant donné qu'elle ne pouvait pas ajouter une simple rune d'invisibilité qui causerait une surchauffe et entraînerait l'explosion de l'appareil, elle avait opté pour de la colle liquide transparente et de la peinture. Comme la colle provenait d'un magasin moldu, elle n'empêchait pas la magie de circuler à travers les runes. Elle avait donc bouché les gravures avec la colle mélangée à la peinture pour que le tout soit de la même couleur que l'ordinateur d'origine.

Elle avait terminé ce travail une demi-heure plus tôt et s'amusait dorénavant à peindre les Patronus de James et Lily, un cerf et une biche ; sous le logo de SI. D'une manière ou d'une autre, Daesyn se sentait obligée de leur rendre hommage puisqu'elle ne serait pas là sans eux aujourd'hui. L'effet était très satisfaisant.

-Tu as proposé à papa ? S'enquit George en observant ce qu'elle faisait par-dessus son épaule. Daesyn trempa délicatement son pinceau dans la peinture bleue presque noire, et repassa par-dessus ses traits de crayon.

Charlie s'écroula sur le canapé sans cesser ses jérémiades lorsque Fred se jeta sur lui pour l'embêter.

Daesyn ouvrit la bouche.

-Me demander quoi ? Intervint Mr Weasley, qui venait de sortir par la cheminée.

-Daesyn veut que tu démissionnes. Dit George en mâchant un morceau de bacon.

Elle en fit presque tomber son pinceau.

-Quoi ?! Non pas du tout, les jumeaux la regardèrent fixement, enfin si, mais non.

Arthur émit un petit rire interdit.

-Et bien, j'attends que tu m'expliques, il posa le journal roulé sous son bras, sur la table et s'assit en face d'eux dans sa chaise habituelle.

-Je…j'ai décidé de monter une entreprise capable de faire fonctionner les objets moldus dans le monde magique et plus précisément, les ordinateurs, qui vont être les premiers produits lancés d'ici la semaine prochaine. Et il me faut des…gens pour…la développer. Comme vous aimez bien étudier les moldus, je me suis dit que vous pourriez être intéressé.

Daesyn regarda l'homme arborer une expression pensive. Arthur s'était penché dans son siège et regardait maintenant devant lui, dans le vide.

-Non, la sorcière cligna lentement des yeux à la réponse ferme qu'elle ne pensait pas être celle qu'elle allait obtenir, pas dans l'immédiat. J'aime beaucoup l'idée, rassure-toi, mais je ne souhaite pas changer de carrière pour l'instant.

-Ok, acquiesça-t-elle, un peu déçue, cependant, sachez que vous avez une place toute à vous si vous le décidez. Elle tendit son ordinateur à Charlie, qui avait migré dans la cuisine pour prendre une collation ; et il tapa distraitement sa baguette dessus pour que la peinture sèche instantanément.


Ses deux semaines de vacances chez les Weasley passèrent à une vitesse phénoménale.

Daesyn ayant terminé ses travaux pour la banque, alterna entre matchs de Quidditch et séances de tir à l'arc. Ces dernières avaient d'abord été accompagnées par les moqueries de Charlie, qui s'écroulait par terre en se tenant les côtes de rire à chaque fois qu'elle ratait la cible. Il avait néanmoins appris à se taire quand elle avait pointé l'arc vers lui et tiré une flèche d'une précision inestimable qu'il avait reçue dans le ventre.

Remus les avait enchantées pour être inoffensives, heureusement, mais Charlie n'était quand même plus venu dehors quand elle s'exerçait.

La métamorphomage ramassa les derniers vêtements qui trainaient dans les poutres et les jeta dans la valise posée en bas avec nonchalance. Elle regarda autour d'elle pour vérifier que rien ne manquait puis sauta sur le sol. Kingsley lui avait envoyé une lettre pour lui dire qu'il arrivait à onze heures et selon sa montre, il lui restait cinq minutes.

Daesyn boucla son coffre et entra dans la chambre des jumeaux. Elle se jeta sur le lit à côté de Fred en faisant attention à ne pas renverser les produits qu'ils avaient préparés pour leurs dernières commandes.

-Comment marche la boutique ?

-Nos commandes se sont étendues à des gens hors Poudlard-

-Et nous ouvrirons une boutique sur le Chemin de Traverse après nos ASPICS. Termina George avec un sourire brillant. Elle lui sourit en retour, contente que leurs plans se déroulent comme prévu.

Elle entendit du bruit venant de la cuisine.

-Je vais y aller, on se voit à la gare.

Les garçons se levèrent et prirent soin de cacher tous leurs produits sous leur lit avant de sortir de la chambre.

-Tu n'as rien oublié chérie ? Demanda Mme Weasley lorsqu'ils descendirent.

-Tout est dedans, dit-elle en désignant sa valise, portée par Fred. Merci de m'avoir accueillie Mme Weasley.

La femme l'enveloppa dans ses bras avant de reculer.

-N'importe quand chérie. Tu es toujours la bienvenue ici. L'entendre dire avec autant de sincérité lui fit chaud au cœur.

Le reste de la famille suivit l'exemple de Molly. Arrivée à Arthur, elle s'arrêta devant lui.

-La place vous est toujours offerte, appuya-t-elle-même en connaissant la réponse.

-Et je n'ai pas changé d'avis, répondit-il avec le sourire en la tenant à bout de bras.

Daesyn fit la moue, mais accepta de bonne grâce. Elle qui avait pensé que Remus serait plus difficile à convaincre que Mr Weasley, c'était en réalité tout le contraire.

Les jumeaux lui donnèrent une autre étreinte, Charlie une claque sur l'épaule, Ron un hochement de tête serré et Ginny un geste de la main qui la fit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Enfin, Daesyn arriva devant Kingsley qui avait regardé la scène depuis la porte d'entrée. Entre-temps, l'homme avait rétréci sa valise et l'avait déposée au fond de ses poches.

Avec un dernier signe en direction des Weasley, la sorcière sortit de la maison bancale et attrapa le bras que lui tendait l'Auror.

-Ne combats pas de monstres sans nous ! Entendit-elle les jumeaux s'écrier alors que le craquement distinctif du transplanage retentissait dans ses oreilles. Daesyn étouffa un rire et serra plus fort le bras qui la tenait quand le monde commença à tourner tout autour d'elle.

Les yeux désormais couleur whisky de Daesyn, se rouvrirent sur la petite allée qui séparait le Chaudron Baveur de l'appartement de Kingsley.

-Comment s'est déroulée ton enquête ? Demanda-t-elle à l'Auror.

La grimace sur son visage lui répondit mieux que ses prochains mots.

-Rien. Nous n'avons aucune preuve qu'ils étaient là-bas.

Daesyn sauta sur ses talons. Elle n'aimait pas du tout la tournure que prenaient les choses.

-Est-ce que nous pouvons passer à la banque rapidement ?

-Bien sûr, répondit-il. Daesyn le fixa un instant, attendant qu'il ajoute une chose ou autre mais rien ne vint.

Ils marchèrent en silence dans l'allée bondée, ce qui n'était pas du tout à son goût. Ce n'était pas normal. Le Kingsley qu'elle connaissait, certes depuis peu, aurait posé des questions sur son séjour chez les Weasley ou d'autres banalités de ce genre. Il ne resterait certainement pas aussi silencieux. La jeune sorcière trépigna un peu et ne cessa de lui jeter un coup d'œil toutes les quelques secondes. Finalement, elle prit son courage à deux mains et ouvrit la bouche.

-Tu as reparlé à Melania ? Daesyn fit un grand effort pour ne pas se frapper. Ça avait sonné tellement mieux dans sa tête.

Kingsley devait le penser aussi vu son expression.

-Non, pourquoi ?

-Tu as rencontré une autre femme alors ? Continua-t-elle en ignorant la question précédente.

-Non, il tira longuement sur le mot.

-Tu en cherches une ? Poursuivit-elle avec un certain détachement.

-Toujours pas. Et je te redemande pourquoi ? Daesyn remarqua la façon dont il posait sa question. Comme s'il avait presque peur de la réponse.

Ridicule. Aucune raison d'avoir peur avec elle, si ?

-Tu es bizarre, répondit-elle soigneusement.

-Donc selon toi, c'est forcément à cause d'une femme, résuma-t-il en perdant son air confus.

-Oui. Tu veux que je t'aide à trouver quelqu'un ? Proposa-t-elle sérieusement. Daesyn leva la tête pour observer les femmes dans la rue.

-Non, Kingsley était clairement amusé maintenant, si j'en ai l'envie, je me débrouillerais.

C'était à son tour d'être confuse.

-Alors pourquoi tu es bizarre ?

-Je ne suis pas bizarre, nia-t-il avec un rire.

Daesyn lui lança un regard sceptique mais ne poussa pas. Il y avait strangulot sous roche.

-D'accord, d'accord. Est-ce que tu as acheté de la peinture ?

-Pour quoi faire ? S'étonna Kingsley avant qu'il ne se souvienne de sa promesse, Hmm, non.

-Kiiing's, on devait repeindre ! C'est tout gris et tout moche chez toi ! Se lamenta-t-elle.

-Tu reprends l'école demain. Il te reste deux étés pour peindre de toute façon et les vacances si tu veux sortir de l'école, dit-il avec bon sens.

-Deux étés, répéta-t-elle, déconcertée.

Le plus âgé acquiesça, oui, les sorciers obtiennent leur majorité à dix-sept ans.

-Hmm, fredonna Daesyn avec réflexion. Elle tapa ses doigts contre la bandoulière de son sac en inclinant la tête vers les gardes Gobelins qui surveillaient l'entrée de la Banque. Pour son plus grand bonheur, celle-ci était vide, à l'exception du personnel, et elle se dirigea directement vers un guichet. Le Gobelin posté derrière n'attendit pas qu'elle ouvre la bouche et lui fit signe d'attendre quelques instants.

Kingsley s'approcha d'elle

-Je vais t'attendre ici, la créature revint et il serra doucement ton épaule, bonne chance !

Daesyn lui sourit et suivit le petit être sournois qui les mena plus profondément dans la Banque. A l'image son dernier entretien, il poussa les portes pour qu'elle s'aventure dans le bureau puis les referma sans attendre, derrière elle.

Le sourire -heureux ? - du Gobelin qui l'attendait fit naître un frisson sur sa peau.

Daesyn s'installa prudemment sur la chaise ornée de pierres précieuses sans quitter du regard les petites dents pointues de la créature.

-Héritière Potter, son sourire s'élargit, je vous attendais.