Chapitre 16 : La Surprise de Poudlard
-Voilà la déclaration signée par le directeur de la Banque Gringotts, concernant la protection de votre anonymat, même si vous devez garder à l'esprit qu'une âme sur cette terre reliera forcément cette innovation à vous. Et ci-contre, le contrat que notre équipe Gobeline a accepté et qui ne lui permet de divulguer quoi que ce soit de relatif à vos travaux, c'est-à-dire, vos notes, vos plans…
-Pour le moment, les dépenses de votre entreprise, entre autres les salaires et les coûts subalternes, sont directement prélevées des comptes Potter à votre disposition. Cependant, dès que vous aurez commencé à faire des bénéfices, nous séparerons vos voûtes personnelles de vos voûtes professionnelles.
-Monsieur Remus Lupin est revenu de New-York avant-hier et vous fait savoir que les négociations se sont très bien passées, puisqu'il a réussi à obtenir une réduction de dix-sept pourcents sur le prix total des matériaux.
-Ainsi, la clause concernant l'exportation dans les pays étrangers se trouve en troisième page. Votre déclaration nous accordant quinze pourcents des parts du Magicweb s'y trouve aussi, voici, le Gobelin lui tendit un épais dossier rouge, -lisez et signez chacune de ces pages. Ces documents sont à conserver impérativement car ce sont eux qui vous attestent comme propriétaire légale de votre entreprise.
-Enfin, l'équipe Gobeline désormais sous vos ordres a d'ores et déjà lancé la production, et estime que le premier lancement du produit se fera demain matin dans un local du Chemin de Traverse, en première heure.
Daesyn poussa un long soupir soulagé puis posa son front contre le bois frais des lourdes portes. La sorcière savait que ses talents de métamorphomage illustraient superbement la joie immense qu'elle réalisait à peine et qu'elle n'essayait même pas de cacher.
Elle prit quelques profondes inspirations avant de se redresser et de rassembler les mèches de cheveux qui cascadaient autour de son visage, dans son chignon. Ses pieds la portèrent d'eux-mêmes à l'entrée, puis vers la chaise sur laquelle Kings était à moitié avachi. L'Auror dût sentir ou sa présence, ou le bonheur qui irradiait de son corps car il rouvrit les yeux quand elle se planta devant lui.
Il se redressa en fixant d'un œil endormi ses cheveux pourpres.
-J'imagine que ça s'est bien passé ? Demanda-t-il rhétoriquement.
-Extraordinairement génial ! Mais je ne peux pas t'en parler, ajouta-t-elle rapidement avant de se lancer dans une diatribe ininterruptible. Pas tout de suite.
Kingsley s'étira avec un sourire indulgent.
-Hmm, je suis certain que tu t'es parfaitement bien débrouillée, le sorcier la guida hors de la Banque, sous les regards satisfaits des Gobelins. Est-ce que tu as quelque chose contre la pizza ?
Daesyn cligna des yeux d'étonnement.
-Et bien, non, pourquoi ?
-Parce que je suis trop fatigué pour aller manger dehors, il fut obligé d'hausser le ton pour se faire entendre par-dessus le bruit de la foule de plus en plus proéminente.
Un troupeau de sorciers les enveloppa inopinément et la métamorphomage aurait été dans l'incapacité d'avancer si Kingsley n'utilisait pas sa grande taille pour leur déblayer le passage. Les nombreuses familles sorcières se bousculaient et se précipitaient à contresens dans la cacophonie la plus totale, les poussant inexorablement vers l'arrière.
-Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi tout le pays s'est ramené ici d'un coup ? Pesta Daesyn quand ses orteils furent piétinés une énième fois. Elle maugréa et leva son pied pour l'abaisser avec force sur le propre pied de l'imposteur. Son glapissement de douleur fut accompagné d'un trébuchement maladroit, qui lui valut quelques injures agacées de sorciers impatients qui attendaient derrière lui, et, Daesyn, continua à marcher mine de rien, un sourire angélique sur les lèvres.
-Ils achètent les fournitures scolaires, répondit son tuteur. Son sourire s'évanouit. Il y en aura encore plus demain.
-On a reçu la lettre au début du mois ! Ils ne pouvaient pas le faire avant ? S'énerva-t-elle bruyamment, ce qui fit tourner plusieurs têtes. La jeune femme tenta de se faire plus petite et dénoua ses cheveux qui tombèrent en cascade devant son visage, dans l'espoir de cacher la cicatrice en forme d'éclair traversant son front.
Souvent, la sorcière s'était demandé pourquoi la métamorphomagie ne lui permettait pas de cacher cette marque si particulière qui la distinguait même parmi la population magique. McGonagall lui avait fourni une réponse plutôt simple : ce qui a été causé par une malédiction aussi puissante que le sortilège de la mort ne pouvait être caché. Cette théorie était tangible, puisque la seconde balafre qui zébrait la peau juste au-dessus de son cœur ne pouvait disparaître avec son don, songea-t-elle en traversant le bar animé, puis la rue qui menait à l'appartement de Kingsley.
-Tu penses que Dumbledore va interdire mes ordinateurs à Poudlard ? Réfléchit-elle à voix haute alors qu'ils montaient les escaliers.
-C'est un homme assez progressiste tu sais, donc je ne le pense pas. Mais il imposerait sûrement des limites à son utilisation. Je croyais que tu ne pouvais pas m'en parler avant demain ?
-C'est vrai, acquiesça-t-elle avec regrets en montant la dernière marche qui menait à la porte d'entrée de l'appartement.
-En parlant de l'école- Bonjour, s'interrompit Kingsley pour saluer sa vieille voisine qui s'apprêtait à descendre.
-Bonjour Monsieur Shacklebolt, c'est un plaisir de vous voir ! Oh- Qui est-ce ? S'émerveilla-t-elle en l'apercevant à ses côtés. Daesyn fit un gros effort pour seulement esquisser un sourire poli sous le regard scrutateur et se retint de se cacher, telle une enfant, derrière l'Auror imposant.
-C'est Daesyn, elle habite avec moi depuis peu, la réponse courte l'étonna un peu mais elle fit de son mieux pour ne pas le montrer. Après tout, cette dame était moldue, comme le reste des habitants de l'immeuble.
-Vraiment ? Et pour quelle raison ?
Daesyn sentit une vague d'antipathie l'envahir.
-Mes excuses madame, mais ce ne sont pas des informations que je peux partager, avec cela, Kingsley poussa la porte d'entrée et fit un signe de la main pour qu'elle rentre à l'intérieur. Bonne journée.
Il referma la porte derrière eux.
-Elle était très… Daesyn choisit soigneusement ses mots, curieuse.
-Oui, elle est comme ça, il ajouta alors qu'elle prenait la valise qu'il lui tendait et la déposait à côté du canapé, viens tu vas poser tes affaires ailleurs.
-Pourquoi tu ne lui as pas dit que tu étais mon tuteur ?
-Parce que je ne la connais pas et qu'elle pourrait être un Mangemort jusqu'à preuve du contraire, éclaircit-il face à sa confusion.
Daesyn ne put retenir le rire qui s'échappa d'entre ses lèvres au ton très sérieux de Kingsley. Imaginer une personne comme Lucius Malfoy enfiler une jupe rose et des collants pour l'espionner, lui apparaissait une idée tout à fait improbable.
Sans cesser de rire, elle suivit le plus âgé dans le couloir jusqu'à ce qu'il ouvre la porte d'une pièce dans laquelle elle n'avait jamais été depuis son arrivée, et qu'elle avait supposée être un bureau.
-Cette pièce est à toi, annonça-t-il en ouvrant largement la porte, lui permettant de voir à l'intérieur.
Son rire mourut dans sa gorge.
La pièce était petite mais relativement bien agencée. Une grande fenêtre sous laquelle était disposé un large bureau de bois noir d'où se reflétait un rayon de soleil, donnait sur le jardin calme en contrebas. Un lit simple reposait contre le mur et une multitude de coussins formaient un tas dans un coin, ce qui lui donna immédiatement l'envie d'aller s'y jeter.
-C'est à moi ? Murmura-t-elle, étourdie, en avançant d'un pas, baissant la tête quand ses pieds heurtèrent un tapis moelleux dans lequel ses orteils plongèrent.
-Il ne reste que deux étés avant ta majorité, et bien que tu sois convaincue le canapé confortable, je pensais... qu'il serait mieux pour toi d'avoir ton propre espace. Se justifia Kingsley derrière elle. Et puis, il serait indigne de ma part, en tant que tuteur, que tu dormes sur le canapé au lieu d'une chambre avec le minimum syndical.
Daesyn déglutit difficilement à travers sa gorge serrée et tenta de stabiliser ses mains tremblantes –cette fois la cause n'en était certainement pas la déficience de ses nerfs- en les appuyant contre son short.
-Puisque tu sembles tant vouloir peindre, tu as les restes de peinture là-bas, plaisanta-t-il en désignant les pots aux couleurs vives sous le bureau, alors amuse-toi.
-C'est beaucoup trop, souffla-t-elle dans un gloussement étouffé.
Kingsley ne fit que lui donner une tape réconfortante sur l'épaule,
-Je vais commander d'accord ? Fais ce que tu veux en attendant.
Daesyn tendit distraitement la main derrière elle et frappa ses doigts contre la poignée de son coffre. La douleur, certes infime, la sortit de son état de transe. L'adolescente essuya le dos de sa main sur ses yeux qui s'étaient embués de larmes, très sûrement causées par la poussière de l'endroit et non pas par l'émotion, merci beaucoup.
D'un geste ferme, la sorcière renversa sa valise sur le sol et l'ouvrit avant de commencer à déballer ses affaires. A genoux sur le tapis décidément extrêmement confortable, Daesyn sortit l'intégralité de ses affaires et les disposa en plusieurs tas autour d'elle.
Une expression de concentration pure sur le visage, la jeune femme se redressa et souleva la lourde pile de manuels de première, deuxième, troisième et quatrième dont elle n'avait plus besoin, pour les disposer sur l'une des étagères. Elle fit de même avec les robes et capes qui ne lui allaient plus, bien qu'elle les range soigneusement au fond du placard. Au fur et à mesure, chaque chose prit sa place. Son ordinateur avec tout son matériel, son dossier d'entreprise, ses plumes et encriers se retrouvèrent sur le bureau tandis que les vêtements moldus furent pendus aux cintres qui se multipliaient magiquement lorsqu'elle n'en avait plus.
Enfin, Daesyn replia méticuleusement plusieurs tenues moldues de choix, ainsi que l'intégralité de ses vêtements magiques dans sa valise. L'adolescente se rendit compte que la plupart d'entre eux venaient de Sirius et étaient tissés dans une soie très fine à l'air coûteux.
Penser à Sirius l'amena à penser à sa dernière missive, et un pli soucieux apparut sur son front. Elle n'avait pas eu de nouvelles depuis qu'Ilya lui avait donné la lettre, et la jeune femme n'avait pas osé lui en envoyer une, de peur que les prédictions de son parrain se soient avérées vraies.
En massant ses genoux raides d'être restés dans la même position, Daesyn s'installa dans la chaise très confortable glissée sous le bureau et s'abaissa pour en tirer la dizaine de pots de peinture cachés.
-Je ne savais pas que la peinture magique existait, dit-elle à voix basse en lisant la mention 'Change de couleur en fonction de la météo' au-dessus d'un pot bleu profond.
Daesyn leva la tête et fixa le pan de mur blanc. Un petit déclic la fit sursauter. Le couvercle du pot qu'elle avait ouvert, s'était refermé sous le poids de ses mains. Dessiné sur le dessus de la boîte, un pinceau noir et blanc était entouré d'un grand L manuscrit.
Daesyn, sur le conseil de son chef de compte et partenaire en affaires, avait à peu près employé le même procédé : celui du logo. Selon la créature, les sorciers s'identifiaient bien plus facilement à un petit dessin, qu'à un nom.
L'adolescente n'avait pas perdu de temps à demander pourquoi. Les sorciers étaient juste bizarres.
Du coup, s'inspirant du modèle de son propre ordinateur, Daesyn avait demandé à ce que chaque appareil soit équipé d'un cerf ou d'une biche à l'air fantomatique, tels des Patronus. Si la popularité de sa technologie gagnait plusieurs pays, Daesyn demanderait à sortir une gamme exclusive et limitée de produits à précommander, avec une peinture du Patronus potentiel de l'acheteur. Comme Remus le lui avait expliqué en tant que professeur, peu étaient capables d'en produire un eux-mêmes.
Elle avait beaucoup d'idées pour son avenir.
Une sonnerie retentit dans l'appartement et Daesyn sursauta de nouveau.
-Daesyn, tu peux aller ouvrir ? Ça doit être le livreur de pizza, l'argent est sur la table, cria le plus âgé de l'autre bout de l'appartement.
-T'es sûr ? Si jamais c'est un Mangemort déguisé en livreur, ironisa-t-elle en se levant tout de même du sol pour aller récupérer leur repas.
-Tu as raison, je vais y aller !
-C'était une blague… marmonna la sorcière pour elle-même en se rasseyant. Selon elle, il était plus probable que Lucius Malfoy se déguise en mamie fouineuse qu'en livreur de pizzas. L'emploi était tout simplement trop…plébéien pour un homme comme lui. La jeune femme entassa la peinture sous son bureau en faisant attention à ne pas les mettre trop près de la chaise, pour qu'elle ne mette pas accidentellement les pieds dedans quand elle s'y assiérait.
L'adolescente sortit de sa dénommée chambre, et traversa le couloir pour rejoindre Kingsley. Ledit homme passa d'ailleurs devant elle, avec pour seul vêtement une serviette autour de la taille.
-Je vais m'habiller, tu mets la table ? Proposa-t-il, continuant sa route comme si de rien n'était.
Daesyn, mortifiée, s'était arrêtée à l'instant où elle avait vu Kingsley dans cette tenue, pour le moins particulière. La jeune femme attrapa son propre regard dans le miroir suspendu au-dessus de l'évier, et observa la rougeur intense qui saupoudrait maintenant ses deux joues et descendait très sûrement dans son cou.
Dire qu'elle était embarrassée était un véritable euphémisme.
-Comment suis-je censée le regarder dans les yeux après ça, bougonna-t-elle, prenant les deux pizzas dégageant une délicieuse odeur posées sur le comptoir, les posant sur la table.
Un gloussement quelque peu moqueur, mais qui n'en restait pas moins affectueux, résonna derrière elle. Daesyn pinça les lèvres de mécontentement et se retourna, priant n'importe quelle divinité magique pour que son rougissement n'enflamme son visage.
-Lorsqu'ils sont sur la plage, les gens ne sont pas bien plus habillés. Mais si cela te gêne tant que ça, je ne le ferai plus, il s'assit et s'empara d'un morceau de pizza fumant.
Une flamme amusée dansait toujours dans ses pupilles chocolat et Daesyn se surprit à sourire contre son gré.
-Pour ma défense, je ne côtoie pas tous les jours des gens qui se baladent à moitié nus. Préviens-moi la prochaine fois ? Que je couvre mes yeux innocents jusqu'à ce que tu mettes une tenue convenable. Daesyn regarda d'entre ses cils, son sourire s'élargir de plus belle.
-Bien sûr.
-Tu me parlais de l'école tout à l'heure, commenta Daesyn en se servant une part de pizza au fromage, après quelques minutes tranquilles.
L'Auror sembla fouiller dans sa mémoire. D'un coup, ses yeux s'illuminèrent de reconnaissance.
-Oui, à ce propos, il s'essuya la bouche de sa serviette, -je serai avec toi seulement quelques jours par mois -
-Mais pourquoi ? S'écria-t-elle d'un air ahuri.
Il lui lança un regard légèrement exaspéré,
-Et si tu me laissais finir ? La jeune femme se sentit rougir d'embarras, encore une fois, et prit du bout des lèvres un autre morceau de pizza. Comme je le disais, reprit-il, je ne serai pas tout le temps avec toi, notamment parce qu'on a besoin de moi pour les enquêtes et que jusqu'à présent, Poudlard a les meilleures défenses qui puissent exister malgré tous les dangers que tu as bravé à l'intérieur. Ensuite, la sécurité va redoubler cette année à cause d'un évènement que l'école accueille.
-Encore ? Ils n'ont pas compris comment ça c'était terminé la dernière fois ? L'agacement rugit dans son ventre.
-Il n'y a rien de mortel cette année, apaisa Kingsley.
-Bien heureusement ! Daesyn tapa frénétiquement ses doigts contre la table. Tu vas me dire ce que c'est ou pas ?
-En réalité, je ne sais pas, grimaça-t-il, Scrimgeour m'a seulement dit que la sécurité allait être renforcée parce que Poudlard accueillait un autre évènement cette année.
Daesyn souffla. Elle qui avait voulu espérer passer une année tranquille.
C'était raté.
Ses cheveux prirent une teinte bleuâtre mécontente.
-Est-ce qu'il y a une raison pour laquelle tu ne changes presque jamais la couleur de tes yeux ? Dora fait ça aussi.
La question soudaine de Kingsley laissa ses doigts s'attarder plusieurs secondes au-dessus du carton à pizza. La sorcière releva la tête et coinça sa lèvre entre ses dents.
-Parce que c'est plus difficile, articula-t-elle lentement, bien que ses mots n'expriment pas tout à fait ses pensées. Qui est Dora ?
-Tonks. Une Auror que tu as vu le jour du Tournoi. Alors, il est plus facile de contrôler le changement de tes cheveux que de tes yeux ?
C'était la première fois que quelqu'un lui posait ce genre de questions sur sa métamorphomagie.
-Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est juste que…non. Tu sais, Dumbledore m'a dit une fois que les yeux étaient les fenêtres de l'âme. Si je le veux, je peux avoir les yeux verts, violets, roses…Mais ce n'est pas juste. Ce ne serait pas moi. Tenta Daesyn avec l'espoir qu'elle se fasse comprendre.
-Pourquoi avoir soudainement changé alors ? Le bleu t'allait si bien.
-J'ai gardé les yeux bleus pratiquement depuis mon entrée à Poudlard et ça ne semblait pas… bien que je continue à les avoir de cette couleur, surtout à cause de Voldemort. Donc j'ai changé, et ce genre de brun me semble parfait pour l'instant.
L'Auror se laissa aller contre le dossier de sa chaise, l'air pensif.
-Tu savais que les Langues-de-Plomb avaient étudié la métamorphomagie ? De ce qu'on comprend quand on regarde les informations qui ont été rendues publiques, les résultats n'ont pas été très concluants.
-Non, je ne sais même pas qui ils sont.
Kingsley lui lança un regard étonné.
-C'est vrai que tu n'as que quinze ans, déclara-t-il pour lui-même. Les Langues-de-Plomb travaillent au Département des Mystères. Quant à ce qu'ils font, je ne saurais te dire et personne ne le sait à part eux-mêmes.
-Comment ça que quinze ans ?
-Parce que tu te comportes comme quelqu'un de beaucoup plus âgé.
Daesyn était certaine que si Rogue avait été présent, il aurait nié ces propos. Pour lui, elle n'était rien de plus qu'une enfant immature et arrogante. Dire qu'elle se comportait comme un adulte n'était certainement pas quelque chose qu'elle entendait tous les jours.
-C'est difficile de se dire que tu vas seulement rentrer en cinquième année. Quelque part, tu as déjà un métier, tu es riche, populaire et par-dessus tout plus intelligente que quiconque. Tu n'as pas quinze ans dans ta tête.
Kingsley s'étira puis rassembla leurs déchets pour les jeter dans la poubelle.
-Je vais aller me coucher d'accord ?
-Oui, oui, bonne nuit, souhaita-t-elle pensivement, regardant le grand homme disparaître dans le couloir.
Daesyn se réveilla en sursaut.
D'une main, s'appuyant sur l'autre pour se redresser, elle chercha la lampe de chevet qu'elle savait flotter magiquement à côté de son lit et appuya sur l'interrupteur.
Ses yeux whisky balayèrent toute la chambre à la recherche du quelconque intrus qui l'avait sortie de son sommeil aussi brutalement.
Rien, ni personne, se rassura-t-elle, secouant la tension de ses épaules, excepté la petite lumière bleue clignotante de son ordinateur.
Il était à peine sept heures, constata-t-elle, en consultant sa montre. Daesyn rejeta les fines couvertures de ses jambes et se traîna jusqu'au bureau avec un air endormi. Elle croisa son propre regard dans l'unique miroir et gloussa doucement en voyant ses cheveux remarquablement ébouriffés.
D'un geste expert, l'adolescente déverrouilla à l'aide de son mot de passe son ordinateur et ouvrit sa boîte mail pour s'apercevoir qu'elle avait deux courriels.
Reçu : [6h40] :
Héritière Potter,
Conformément ce que nous avions conclu lors de notre dernière réunion, les premières ventes s'effectueront sur le Chemin de Traverse le 31 août 2015 et débuteront à sept heures trente.
Clair. Net. Précis.
Digne des Gobelins.
Daesyn avait hâte de voir ce que ça allait donner. Surtout si, comme l'avait prédit Kingsley, il y avait encore plus de monde aujourd'hui qu'hier.
De surcroît, faire affaire avec les Gobelins était chose rare. C'étaient des créatures cupides qui pensaient d'abord aux bénéfices que cela pouvait leur apporter. Étant donné que la vente était dirigée par Gringotts, elle ne doutait pas –sans se vanter- que cela allait attirer les curieux et les propriétaires de commerces.
Reçu : [7 :02] :
Un mois complet. Il m'a fallu un mois pour comprendre comment ça fonctionnait. Je passe des heures dessus, à comprendre tout ce que l'on peut faire,
Et Daesyn, c'est tellement du génie ! Tu n'aurais pas pu me faire de meilleur cadeau.
Comment vas-tu et comment se déroulent tes projets ?
De mon côté, mon père m'a trouvé un emploi au Ministère en tant que rédacteur pour les effractions des mineurs au Code International du Secret. C'est très sincèrement ennuyeux. Très très ennuyeux. Le moment fort de ma journée c'est ma pause déjeunée, et encore… parfois je m'endors.
Tu repars à Poudlard demain non ? Penses-tu que Monsieur Dumbledore t'autorisera à garder ton propre ordinateur ? Je l'espère parce que les hiboux entre la Bulgarie et le Château mettent très longtemps à arriver.
J'espère pouvoir lire ta réponse très bientôt si je ne me suis pas trompé de personne.
Ilya.
-Wow, ça fait longtemps, chuchota-t-elle. En faisant attention à ne pas faire de bruit, elle ne savait pas si Kingsley dormait encore, Daesyn passa un rapide coup de brosse dans ses cheveux qu'elle laissa tomber dans son dos, puis ouvrit sa porte à l'aide de son pied pour déménager avec son ordi sur la table de la cuisine.
En sautillant silencieusement d'anticipation, la jeune femme débarqua dans la cuisine pour constater que Kingsley n'avait pas encore pris son petit-déjeuner et par conséquent, n'était pas levé. Une ombre surgit sur le mur au-dessus de l'évier et elle se retourna, surprise.
Hawk, qu'elle n'avait pas vu depuis son voyage en Bulgarie, attendait qu'elle lui ouvre la fenêtre. Posant précautionneusement l'ordinateur sur la table, Daesyn sauta sur le canapé et entrouvrit la fenêtre pour que l'oiseau rentre.
Sans plus attendre, l'aigle se posa sur son épaule et commença à lui mâcher affectueusement le bord de l'oreille.
-Salut mon garçon, ça fait longtemps hein ? Murmura-t-elle, en ouvrant le frigo.
-D'accord, qu'est-ce qu'on va manger ? Marmonna-t-elle pour elle-même. Des œufs, du jambon…ça peut être pas mal, non ?
Hawk lui mordilla le bord de l'oreille.
-Évidemment que tu en auras, Daesyn leva les yeux au ciel. Tu m'en piques toujours. L'oiseau, satisfait du marché, usa du dossier de la chaise comme perchoir.
-Où est-ce qu'il peut bien mettre les poêles ? L'adolescente ouvrit un énième tiroir, vide. Tu ne m'aides pas beaucoup, siffla-t-elle à Hawk qui lui jeta un regard non-impressionné par-dessous son aile.
-Fainéant, Daesyn ouvrit un placard qui contenait l'instrument qu'elle cherchait. Elle la posa sur le gaz et alluma ce dernier, priant pour ne rien faire brûler. Cela ferait très mauvais effet.
-Oups, murmura-t-elle en basculant ses œufs et le jambon légèrement brûlés dans une assiette. Ecoute, si t'es pas content, il y en aura plus pour moi.
Daesyn planta sa fourchette dans les œufs et en porta un minuscule morceau à ses lèvres, voir si c'était comestible. Bien que sa nourriture laisse un petit goût fumé sur sa langue, ce n'était pas si horrible que ça. Elle glissa quelques bouts de jambon sur le côté de son assiette et Hawk ne se fit pas prier pour venir piocher dedans avec gourmandise.
La jeune femme ramena l'ordinateur devant elle et tapa une rapide réponse à Ilya pour l'informer de son premier lancement de produit aujourd'hui, puis éteignit l'ordinateur. Ilya ne répondrait pas avant un bout de temps.
Daesyn travaillait sur les possibles améliorations de son ordinateur depuis une petite demi-heure, lorsque Kingsley débarqua dans la cuisine, l'air reposé.
-Bien dormi ? Demanda-t-elle sans quitter les yeux de son parchemin.
-Excellent, il bâilla en s'asseyant avec une assiette remplie, A quelle heure est-ce que tu t'es levée ?
-Ça devait être sept heures.
Hawk s'envola pour se poser sur le rebord de la table, à côté de l'Auror, prêt à piquer un morceau de bacon dans son assiette.
-Tu as des projets pour aujourd'hui ? Kingsley donna à l'aigle agaçant une partie de sa charcuterie.
-Bien sûr, je dois finir mes devoirs, répondit-elle avec un air absent.
-Tu te moques de moi ? Sa fourchette resta en l'air à mi-chemin de sa bouche, et son visage neutre correspondait parfaitement à son ton plat.
-Euh…Non. Absolument pas. Répondit Daesyn, penaude, en posant sa plume pour le regarder.
-Tu avais toutes les vacances pour les faire ! Ce n'est pas croyable, tu les fais à la dernière minute, Daesyn se rétrécit dans sa chaise. Elle ne l'avait jamais vu autant agacé. Qu'est-ce qu'il te reste à faire ?
-…Mes deux essais en transfiguration, les deux de potions, celui d'histoire, d'Herbologie et mes calculs en arithmancie et en runes. Ce n'est pas…grand-chose ? Sa voix s'éleva sur la fin, ce qui transforma sa déclaration en question.
-Tout.
Daesyn secoua lentement la tête de gauche à droite. -Je…ferais mieux d'aller chercher du parchemin.
-Excellente idée. Dit-il d'un ton sec. N'oublie pas l'encre.
-Tu sais, tu n'as pas à être inquiet ? Tout est dans ma tête, dit-elle en tapant un doigt contre sa tempe, il ne me reste plus qu'à rédiger.
-Et bien, la prochaine fois, prends-t'y plus tôt. On ne fait pas ses devoirs un jour avant la rentrée, soupira-t-il, consterné.
-D'accord, Daesyn enterra sa tête dans son parchemin et fit profil bas pour le reste de la journée. Il valait mieux qu'elle ne l'énerve pas plus qu'il l'était déjà.
-On va transplaner directement sur le quai ? Demanda Daesyn en rouvrant sa valise pour en sortir ses robes de sorcière.
-Oui, ça nous évitera de mauvaises rencontres.
-Tu es sûr que je peux ?
-C'est marqué dans le règlement, le port d'une tenue convenable est obligatoire. Si tu regardes bien, peu de sixième et de septièmes années portent leurs uniformes. Le plus souvent, ce sont les couleurs ou les blasons de leur famille, ou des vêtements montrant leur future appartenance, pour les filles, à l'une d'entre elle, se justifia-t-il en posant sa cape sur le canapé. Rien ne t'en empêche. La seule obligation, c'est de mettre le blason de ta maison sur un vêtement.
-Donc si je mets ça, c'est bon ? Daesyn déplia une robe bleu nuit qui se dégradait en paillettes dorées sur le bout des manches, bien qu'elles soient plus semblables à des milliers de petites étoiles. C'était Sirius qui lui avait offerte. Elle venait d'Afrique si elle se souvenait bien. La robe était à peu près coupée comme celles que portait le professeur McGonagall, mais n'était pas trop sophistiquée pour autant.
-Parfait, répondit Kingsley avec le sourire, tant que tu as une cape avec. Il va sûrement pleuvoir.
Daesyn tourna la tête pour contempler la surface grise qui obscurcissait dramatiquement le ciel.
Un brusque 'clac' tout près de son visage la fit violemment sursauter.
-On part dans cinq minutes, dépêche-toi d'aller enfiler ça.
Daesyn sauta sur ses pieds et se précipita en rigolant dans sa chambre, sous les soupirs pour le moins exaspérés de son tuteur.
-Ok, on peut y aller ! La sorcière redressa son chapeau de travers et enfila la cape grise que lui tendait Kingsley.
-Viens par ici.
En trépignant d'excitation, Daesyn se rangea au côté de l'Auror, qui entoura ses épaules d'un bras.
-Attends ! S'écria-t-elle alors qu'il était sur le point de transplaner.
-Quoi ?
-Ma valise ! Rappela-t-elle en faisant de grands gestes de ses bras.
-Dans ma poche.
Le craquement distinctif du transplanage résonna dans ses oreilles. Alors que la sensation d'être de nouveau coincée dans une paille et écrasée, et étirée, dans tous les sens n'était toujours pas agréable, le sentiment nauséeux lui, avait bel et bien disparu.
Contrairement à ce qu'elle avait pensé, la gare était bondée. Tout autour d'elle, les gens s'embrassaient, criaient, s'entassaient dans de petits groupes heureux.
-Bordel, Kings' ! Chuchota-t-elle frénétiquement avec de grands yeux.
-Quoi ? L'interrogea-t-il précipitamment, scrutant le quai à la recherche de menaces éventuelles.
-J'ai oublié mes essais sur la table, gémit-elle en se frappant le front d'une main.
-Ils sont dans ta valise, dans ton sac. Je les ai mis pendant que tu t'habillais.
-Ah. Heureusement que tu es là.
Kingsley émit un léger rire.
-Allez, va trouver un compartiment, je vais parler au conducteur. Il la poussa doucement vers les portes du train. On se voit plus tard.
-Vous pensez que Dumbledore a trouvé un professeur de Défense ? Demanda Lee en enfournant une Chocogrenouille dans sa bouche avant qu'elle ne s'enfuie.
Leur compartiment était blindé. Daesyn était certaine que les banquettes auraient craqué sous leurs poids si elles n'étaient pas magiquement incassables. Ils étaient huit en tout : Fred, George et Lee, Cédric et Cho, qui s'étaient incrustés peu de temps après, suivis de Ginny et Luna qui ne trouvaient pas de place.
Elle s'était rapidement retrouvée coincée contre la fenêtre, le temps qu'ils s'organisent avec les places. Les garçons étaient donc en face, avec Cho sur les genoux de Cédric, et Luna était à côté d'elle, laissant la place contre la porte à Ginny. Dans l'ensemble ce n'était pas si mal mais de son point de vue, légèrement étouffant.
Daesyn avait fini par sortir son ordinateur pour consulter ses mails, quelque chose qu'elle n'avait pas eu la chance de faire depuis le petit-déjeuner d'hier. Kingsley, qui prenait son rôle de tuteur bien plus à cœur qu'elle ne l'avait prévu, l'avait installée à table avec pour seule compagnie ses livres de cours et son parchemin.
Par Morgana, ses devoirs lui avaient pris toute la journée.
Reçu le 31/08/2015 à [15 :00] :
Je suis super content pour toi ! Prévois-tu une vente en Bulgarie ? Je pourrais te faire de la pub si tu es d'accord ?
Concernant mon travail, à vrai dire, rien ne m'intéresse. Mon père m'avait proposé un emploi définitif dans l'agence d'enquêtes pour laquelle j'ai travaillé, mais je ne veux pas faire plus de mal aux gens en m'attachant à eux alors que je ne devrais pas. Comme avec toi.
As-tu lu le livre ? Qu'en as-tu pensé ?
A bientôt, Ilya.
Reçu le 31/09/2015 à [15h36] :
Héritière Potter,
Nous avons écoulé plus de la moitié des stocks. Monsieur Lupin est reparti à New-York pour repasser une commande. Votre bénéfice est déjà extravagant.
Vous recevrez par hibou votre chiffre d'affaires d'ici quelques jours.
Gringotts Banque.
Reçu le 1/09/2015 à [1h15] :
Héritière Potter,
Les documents concernant l'exportation aux États-Unis, en Europe et en Russie de vos produits vous ont été envoyés ce jour. Veuillez en prendre connaissance et y apposer votre signature au plus vite pour que nous puissions procéder à la vente dans plusieurs points commerciaux.
Aussi, il serait utile que votre nombre d'employés augmente afin que nous puissions répondre à la demande croissante des consommateurs.
Gringotts Banque.
-Il a dû réussir, puisque nous avons eu nos lettres, répondit Cédric.
-J'espère qu'il nous enseignera quelque chose, un peu comme le professeur Lupin, intervint Cho avec un air inquiet.
-Ou un peu comme Maugrey, ajouta Fred.
-C'est vrai que ce qu'il nous a appris n'était pas inutile et que ses cours étaient plutôt bien construits, poursuivit Cho.
-Maugrey n'était pas Maugrey, lui rappela Cédric avec une grimace.
-Daesyn ne l'aimait pas, commenta Lee en plongeant sa main dans le sac de bonbons.
La jeune femme sentit tous les yeux se poser sur elle, et elle leva la tête de son écran pour constater que c'était le cas.
-De quoi ?
-Tu n'aimais pas ses cours ? Reprit Cho avec un air étonné.
-Non, dit-elle en secouant la tête.
-Pourquoi ?
-Premièrement, ses méthodes pédagogiques étaient absentes ; deuxièmement, il a pensé que c'était utile de comprendre l'influence qu'avait le sortilège de l'Imperium sur nous et j'ai fini par me fracasser la tête contre le bureau et troisièmement, ses cheveux migrèrent du brun vers un noir bleu, il a essayé de me tuer. Honnêtement, mes attentes pour le professeur de cette année ne sont pas trop élevées. Tant qu'il n'est pas possédé, ne s'admire et ne m'admire pas, que ce n'est pas un idiot –au sens très large du terme- et qu'il ne veut pas me tuer à tout prix, ça me va.
-Ton ordinateur est bizarre ! S'écria Ginny avant de rougir quand toute l'attention se tourna vers elle, surtout celle de Daesyn.
-Pourquoi donc ? Demanda soigneusement la jeune femme, passant ses doigts sur l'échiquier qu'Ilya lui avait offert et qu'elle utilisait maintenant pour jouer avec Cédric.
-Tous ceux qu'on a vu n'avaient qu'un dessin. Toi tu en as deux. Fit remarquer la rousse avec perspicacité.
Ce serait plus difficile de cacher qu'elle était l'investigatrice de cette révolution technologique qu'elle ne le pensait, songea-t-elle, au moins, c'était seulement Ginny.
-C'est normal, intervint Luna sans lever les yeux du Chicaneur, c'est Daesyn qui les a construits.
Ce serait beaucoup plus difficile à cacher qu'elle ne le pensait.
-Waouh ! S'exclama Cho, bougeant pour le voir de plus près. Papa en a acheté pleins pour son commerce. Je voulais emmener le mien, mais je ne savais pas si c'était contraire au règlement ou non.
-J'en ai acheté un…sans savoir que c'était toi. J'aurais dû savoir, murmura Lee, les yeux agrandis de stupeur. Daesyn roula des yeux. Lee était pourtant au courant de ses projets. Lui seul pouvait oublier ce genre de choses.
-Évidemment, je ne m'attends pas à rester cachée longtemps mais s'il vous plaît ? S'enquit Daesyn en les regardant tour à tour. Les sorciers hochèrent la tête en reprenant amiablement le récit de leurs vacances, et d'un ordre sec, Daesyn abattit une autre pièce de Cédric.
Le Poudlard Express ralentit enfin dans la gare de Pré-au-Lard plongée dans les ténèbres. La pluie qui les avait menacés tout le long du voyage s'abattit sur eux dès qu'ils sortirent du train et gifla leurs joues rapidement rougies de froid. Bousculés par leurs pairs puis mis à l'écart de leurs amis, Lee et elle se retrouvèrent à l'arrière de la foule et décidèrent, à l'instant même où le déluge redoubla d'intensité en trempant leurs chaussettes, de trouver n'importe quelle diligence pour se mettre à l'abri.
-Je n'aimerais pas être à leur place, dit Lee tout près de son oreille en visant les premières années, rassemblées tant bien que mal par Hagrid, le demi-géant.
-Je suis contente d'avoir mis cette robe, Daesyn grelotta, une jupe aurait été l'enfer.
Le rideau d'eau glacée que formaient les milliers de gouttes de pluie les empêchait de voir loin devant eux, et ce fut avec grande peine qu'ils arrivèrent devant l'un des derniers carrosses. Elle plaignait les premières années qui devaient traverser le Lac.
-Cédric, expira Lee en se jetant sur la banquette pendant que la carriole s'ébranlait. Tu as perdu les autres toi aussi ? Hé Luna !
Il ne fit qu'acquiescer. Luna continua à lire son journal à l'envers, détrempé, sans être dérangée pour autant.
-Ça ne va pas ? Hésita Lee quand le silence se prolongea dans la petite cabine.
-Est-ce que tu les vois ? Le Poufsouffle se tourna vers elle. Les Sombrals ?
-Oh, murmura Lee en se tournant pour observer le vide derrière eux.
-Voir quoi ? Daesyn se tourna elle-aussi puis se figea en voyant d'étranges chevaux squelettiques qui les tiraient vers le château. Elle les observa quelques instants de plus avant de se détourner pour fixer Cédric, qui avait l'air moins pâle et beaucoup plus sûr de lui maintenant qu'il n'était plus tout seul à voir ces étranges créatures.
-Ils ne sont visibles seulement par ceux qui ont vu la mort et l'ont comprise, expliqua Luna d'une voix éthérée. Pour toi, cela vaut littéralement plus que les autres. Moi aussi je les vois.
Daesyn tenta d'avaler l'étrange nœud qui s'était formé dans sa gorge. Elle avait l'impression que Luna savait ce qu'il s'était passé.
-J'aimerais dire que c'est étonnant mais ce n'est pas le cas, Daesyn haussa les épaules d'un air qu'elle espérait être nonchalant et s'appuya contre la vitre, et puis ce n'est pas parce qu'ils sont moches qu'ils sont forcément mauvais.
La balade jusqu'au château se fit principalement avec le bavardage de Lee en bruit de fond, et aux quelques réponses de plus en plus longues de Cédric, toujours un peu secoué à l'idée de voir ces créatures.
Arrivés devant les portes de chêne de l'école, leur trio se précipita au sec, à l'instar des autres élèves. Ils déboulèrent dans l'immense Hall d'Entrée, éclairé par d'impressionnantes torches enflammées dont la lumière se reflétait dans l'escalier de marbre.
-Mademoiselle Potter ! L'accent écossais du professeur McGonagall fit tourner quelques têtes curieuses, avides de savoir où se trouvait leur célébrité. Daesyn s'arrêta au milieu du Hall pour attendre sa professeure qui avançait à grands pas vers elle, tout en faisant signe aux garçons de ne pas l'attendre.
-Minnie ! Salua-t-elle joyeusement.
McGonagall pinça les lèvres et ses yeux la foudroyèrent.
-Combien de fois vais-je devoir vous répéter de ne pas m'appeler ainsi ? Elle poursuivit sans attendre sa réponse. Le directeur veut vous voir dans son bureau après le dîner. Le mot de passe est Chocogrenouille. Tâchez de ne pas oublier.
Daesyn cligna plusieurs fois des yeux puis hocha lentement la tête. Dumbledore qui voulait la voir n'était jamais annonciateur de bonnes nouvelles. Elle espérait que ce n'était pas trop grave.
-Daesyn, la voix grave de Kingsley l'interrompit. Elle n'avait pas vu l'homme depuis qu'elle était montée dans le train. Je vais y aller.
-D'accord, elle était un peu triste de le voir partir. Ils cohabitaient depuis un moment. Ce serait bizarre qu'il ne soit plus près d'elle pour la protéger. Kingsley s'approcha et lui serra brièvement les bras avant de passer une main dans ses cheveux blonds toujours un peu en désordre.
-On se voit bientôt.
-A bientôt alors.
La Grande Salle était toujours plus bruyante lors de la Cérémonie de Répartition et cette année ne fit pas exception. Cho leva la main d'où elle était assise à la table des Serdaigles et elle lui renvoya une vague enthousiaste en retour avant de s'installer sur l'une des dernières chaises disponibles, près des portes et juste devant George.
Ce dernier l'interrogea d'ailleurs du regard quand elle arriva.
-Dumbledore veut me voir dans son bureau après le repas.
-Pourquoi ? Lee, qui discutait alors joyeusement des mygales qu'il avait rencontrées cet été, s'interrompit dans son passionnant récit.
Daesyn haussa insouciamment les épaules.
-Probablement ce qu'il s'est passé en juin. On n'a pas eu le temps d'en parler.
La jeune femme observa gobelets et vaisselle d'or, scintiller délicatement à la lumière des centaines de chandelles qui lévitaient au-dessus de leur tête. Elle entendit l'arrivée des premières années plus qu'elle ne la vit. Elle était trop préoccupée par le fait qu'une chaise se trouvait être vide à la table des professeurs et qu'aucun nouveau visage n'était présent.
-A tous ces nouveaux et anciens visages, bienvenue ! Beugla joyeusement Dumbledore après le Tri. Il attendit que les applaudissements se tarissent pour continuer son discours. Je n'ai que deux mots à vous dire : Bon appétit !
Aussitôt, des centaines de plats apparurent sur les tables qui ployèrent presque sous le poids soudain. L'exclamation de surprise et d'enchantement habituelle, émise par les premières années, accompagna le bavardage enthousiaste qui suivit l'apparition de la nourriture.
Daesyn se laissa servir par Fred, qui contrairement à ce qu'il ne cessait de répéter, avait un peu les mêmes tendances mère-poule que Mme Weasley. La sorcière n'avait pas très faim. Elle voulait surtout savoir quel évènement allait se dérouler au château cette année pour pouvoir élaborer des plans afin de s'en tenir le plus loin possible.
Enfin, Dumbledore se leva, l'air aussi joyeux que jamais.
-Puisque nous avons tous, bien mangé et bien bu, j'ai plusieurs annonces à faire. Tout d'abord, la forêt interdite est, comme son nom l'indique, interdite. Certains d'entre vous feraient bien de s'en souvenir, il jeta un rapide coup d'œil sur la table des Gryffondor. En outre, monsieur Rusard souhaite que je vous informe que la liste complète des objets interdits dans notre école est disponible à la consultation dans son bureau, pour ceux qui seraient intéressés.
-Comme si quelqu'un y était déjà allé, marmonna George près de son oreille. Daesyn gloussa d'amusement et reporta son attention sur le directeur qui les regardait tous de ses yeux bleus incroyablement pétillant. La jeune femme jura que son regard se verrouilla plusieurs secondes avec le sien avant qu'il ne reprenne la parole.
-Ensuite, je suis certain que beaucoup d'entre vous ont assisté à cette incroyable nouveauté qui a fait irruption dans notre monde : l'or-di-na-teur ! Il décortiqua si lentement chaque syllabe que Daesyn ne fut pas la seule de la salle à retenir un sourire. Peu importe qui peut être le sorcier ou la sorcière qui a décidé d'apporter un tel vent de nouveauté dans nos communautés. Mais de mon point de vue, il me paraît évident que l'idée a été très réfléchie et conçue pour que chacun d'entre nous puisse s'informer des beautés et dangers de la magie, tout en, en ayant conscience.
-Je sais également que plusieurs dizaines d'entre vous, en ont en leur possession, poursuivit-il en passant un regard sérieux sur la Grande Salle. Et je serais le dernier homme sur cette terre à interdire un instrument de connaissance. Cependant, leur utilisation hors de vos salles communes est proscrite. Si quiconque ne respecte pas cette règle, l'appareil sera immédiatement renvoyé à son domicile.
-Pour terminer sur une note plus joyeuse, j'aiune grande nouvelle à vous annoncer ! Dumbledore s'interrompit pour laisser planer le suspense. Daesyn sut qu'il allait parler de l'évènement dont l'avait averti Kingsley et se redressa d'attention. Afin d'améliorer les relations internationales entachées par la précédente guerre, la Confédération Internationale des Mages et Sorciers a décidé de mettre en place un programme d'échange avec nos compatriotes allemands, français, et norvégiens !
Des salves d'applaudissements tonitruants et sans précédent s'élevèrent et firent pratiquement vibrer les fondations du château, suivies d'intenses bourdonnements provoqués par les discussions qui éclatèrent un peu partout. Daesyn couvrit une grimace de la main et attrapa son verre de jus de citrouille pour qu'il cesse de trembler.
-Chaque élève, de cinquième, sixième et septième année, a été jumelé à l'un des sorciers de l'un de ces pays de la même classe d'âge que lui. Rassurez-vous, de nombreuses réunions ont eu lieu cet été, afin que vos professeurs puissent vous trouver un binôme qui partage vos centres d'intérêts.
Plusieurs exclamations déçues retentirent entre les rangs, qui provenaient pour la grande majorité des quelques élèves trop jeunes pour participer à l'initiation. L'autre petite minorité des déceptions venaient de Lavande Brown et Parvati Patil, toutes deux désespérées de ne pas pouvoir choisir leur propre correspondant.
Et bien, ses plans soigneusement construits pour échapper à la catastrophe qu'était ce nouvel évènement venaient d'être réduits en poussière.
-Votre partenaire vous suivra tout au long de son séjour pendant vos cours et vos activités habituelles. Et je compte sur vous pour tout faire afin qu'il sache que Poudlard est ici chez lui. Sa dernière phrase se répercuta contre les murs de pierre, et tous furent un peu plus attentifs aux paroles du Directeur. Au terme de cette année, vos correspondants devront repartir dans leur école respectives, où vous serez libre de les suivre pour un trimestre complet!
Daesyn haussa un sourcil noir. Il y avait un mais quelque part. Bien que l'idée de partir à l'étranger lui semble assez attrayante, elle devait voir si elle s'entendait d'abord avec son/sa correspondant(e). Peu de gens pouvaient la supporter, alors un étranger qui l'avait seulement connue de par les journaux et les livres de contes ?
Il pourrait être très déçu.
-Toutefois, si vos professeurs constatent un manque d'assiduité dans votre travail, un comportement inapproprié ou quoi que ce soit d'autre qui puisse nuire à notre vie -j'ose dire- paisible au château, l'élève en question devra se justifier directement face à moi. Également, peu importe votre décision, vos examens de fin d'année scolaire sont maintenus. Est-ce clair ?
Des signes d'assentiments surgirent d'à peu près partout .
-Bien ! Dumbledore écarta les bras comme pour tous les envelopper dans une gigantesque étreinte, Il ne me reste plus qu'une dernière chose à faire et pour cela, veuillez tous vous lever s'il vous plaît !
La métamorphomage observa les visages confus des professeurs devant l'étrange manège de leur supérieur, et se levèrent avec réticence. Daesyn échangea un regard avec ses amis mais obéit et se plaça derrière le banc de la table des Gryffondor.
-Contrairement à ce que soutient et proclame le Ministère, je pense qu'il est capital que nous revenions sur les évènements de juin dernier, qui ont permis la disparition définitive de Lord Voldemort, ils tressaillirent et elle ne pourrait jamais se vanter du fait que ce ne soit pas son cas. Daesyn se sentit se figer et difficilement déglutir quand le regard désormais grave scruta tour à tour, chaque sorcier, jusqu'à ce qu'il repose longuement sur la table des Poufsouffle.
-Cédric. Avec courage et loyauté, tu as réussi à faire face aux Mangemorts afin de sauver ta camarade et malgré le danger, a usé d'une magie dangereuse pour vous ramener en lieu sûr. Quant à toi, Daesyn. Tu as fait face à la mort avec une sagesse indiscutable pour épargner la vie d'un camarade et certainement de tant d'autres. L'intégralité des sorciers avait convergé vers eux. La jeune femme essaya de ne pas se rétrécir face au poids de leur regard et garda tant bien que mal un visage neutre.
-A Cédric et Daesyn.
Chacun prit son verre magiquement plein et répéta les mots fidèlement leurs noms. Daesyn ne put se résoudre à avaler le contenu de son verre et le reposa sur la table une fois que tous eurent le leur.
-Excellent ! S'écria-t-il, le ton solennel de précédemment envoler. Il se fait bien tard, rejoignez donc vos dortoirs pour une bonne nuit de sommeil ! Allez, allez, poussa-t-il gentiment.
Au milieu des bousculades fatiguées de la population de l'école, Daesyn se secoua et se tourna vers Lee, qui lui tapait sur l'épaule depuis deux minutes.
-Ça ne va pas ? Tu fais une drôle de tête.
-Non, non, je vais bien, l'expression de Lee resta sceptique, je vais dans le bureau de Dumbledore. On se voit demain ?
-D'accord. Bonne nuit.
Il hésita à partir.
-Bonne nuit.
-Vous vouliez me voir professeur ? Appela Daesyn quand elle arriva dans le bureau vide du directeur à l'exception de Fumseck, le phénix de Dumbledore, qui vint se nicher sur son épaule.
-Professeur ? Appela-t-elle à nouveau quand elle ne reçut aucune réponse. La sorcière s'installa sur la seule chaise présente devant l'illustre bureau.
-Ah, Daesyn, excuse mon retard, la jeune femme retint avec peine sa grimace quand les couleurs psychédéliques des robes du vieil homme heurtèrent ses yeux, comment se sont donc passées tes vacances ? Il descendit les petits escaliers de bois en sautillant, tel un jeune homme en bonne santé.
-Les meilleures que j'ai pu avoir à ce jour, et les vôtres monsieur ?
-Bien, très bien, il lui semblait que le directeur voulait ajouter quelque chose, mais il s'interrompit. Entrez. Daesyn lui lança un regard interrogateur auquel il répondit simplement par un sourire rassurant qui pour le coup, ne la rassura pas.
Ses yeux s'élargirent quelque peu quand les quatre directeurs des quatre maisons de Poudlard s'avancèrent dans le bureau, et s'assirent à sa droite, sur des chaises nouvellement transfigurées.
-Mademoiselle Potter, sa cheffe de maison lui adressa un petit hochement de tête, vous n'avez donc pas oublié après tout. Daesyn sourit et passa outre le grognement de Rogue, plus renfrogné que jamais.
-Que se passe-t-il ? Demanda la métamorphomage en se félicitant intérieurement pour avoir gardé sa voix stable. Tout ce beau monde pour ce qui était censé être une simple réunion l'inquiétait, et ses mains s'engouffrèrent dans les plumes de Fumseck qui trilla doucement. Je jure que je n'ai pas escaladé la Tour d'astronomie cette année…pas encore. Ajouta-t-elle au regard perçant de McGonagall.
-Aucune inquiétude Mademoiselle Potter, intervint Flitwick d'une voix guillerette.
-J'ai demandé à ce que tu viennes ce soir car nous avons eu un petit problème entre toi et ton correspondant. Plusieurs en réalité, ont déjà été réglés mais le dernier ne dépend que de toi. Reprit Dumbledore, calme.
-Wow, on ne s'est même pas rencontré qu'il y a déjà un problème.
-Vous avez à Poudlard, été l'une des personnes les plus difficiles à jumeler. Commença Chourave.
-Excusez-moi, mais vous pouvez en venir au but s'il vous plaît ? Coupa Daesyn, sentant son ventre bouillonner d'inquiétude.
-Nous avions pour but de jumeler les filles avec des filles, garçons avec des garçons, pour favoriser l'entente et surtout par souci pratique, pour les loger dans le même dortoir. Comme je l'ai précisé tout à l'heure, des correspondants de la même catégorie d'âge favoriserait les rapprochements. Je n'ai pas terminé, continua-t-il quand elle ouvrit la bouche, Monsieur Lyxem, ton correspondant, a donc dix-sept ans ce qui signifie qu'il n'est pas dans ta classe.
-Le programme est conçu pour pouvoir étudier à l'étranger mais sans perdre une année de travail et redoubler. Malheureusement, voilà tout le problème. Poursuivit Chourave avec inquiétude.
-Je suis certain que vous arriveriez à de grandes choses ensemble. Cependant, si tu le souhaites tu devras assumer le programme scolaire de cinquième et de septième année. Sans oublier tes BUSES. Reprit Dumbledore.
-Croyez-moi Potter, sa cheffe de maison attira son regard. Nous ne vous l'aurions jamais proposé si l'on ne vous en savait pas capable. Nous sommes tous d'accord ici pour dire que vous avez d'incroyables capacités d'apprentissage. Elle jeta un regard furieux à Rogue de derrière ses lunettes. Néanmoins, nous respecterons votre décision.
Daesyn regarda les cinq adultes de la pièce. Pourquoi Kingsley n'était-il donc pas là quand elle avait besoin de lui ? Il lui aurait éclairci les idées, parce que là…oui elle voulait participer comme les autres. Ne pas le faire apporterait plus de questions dont elle ne voulait pas.
-Si je dis non ? Il aura un autre correspondant ? Demanda-t-elle au bout de plusieurs secondes.
-Non, Flitwick secoua la tête.
-Mes chers collègues, je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que la nuit porte conseil. Daesyn, tu me rendras ta décision, demain ? Il avait formulé ça comme une question mais elle savait que ce n'était pas.
-Venez Potter, je vais vous ramener. Commença McGonagall alors que Rogue sortait en trombe du bureau, l'air soulagé d'avoir été débarrassé d'elle.
-Ne vous en faites pas Minerva, il contourna le grand bureau, je vais m'occuper moi-même de Daesyn.
Avec cela, Dumbledore sortit de la pièce en lui faisant signe de le suivre. Daesyn ne se fit pas prier et courut après lui, grimaçant quand ses chaussettes émirent un bruit de succion désagréable. Bon sang, elle avait les pieds gelés. Curieux qu'elle ne s'en soit pas rendu compte avant.
-Il y a une chose que je souhaiterais te mentionner, et qui a poussé notre décision à vous jumeler, Monsieur Lyxem et toi. Sa voix se répercuta contre les murs des couloirs silencieux alors qu'ils montaient les escaliers, étrangement fixes.
-Quoi donc ? Poussa-t-elle avec curiosité.
-Monsieur Lyxem est le prochain héritier de la couronne royale magique.
