Que puis-je dire d'autre que, désolée, et bonne lecture ?
En espérant que ceci vous plaise,
Rien ne m'appartient.
Chapitre 19 : Problèmes magiques.
Il fut extrêmement rare de voir un élève de cinquième année traîner n'importe où ailleurs que dans la bibliothèque, le reste du mois du septembre. Plus d'une fois on pouvait retrouver de jeunes sorciers se battant pour quelconque ouvrage dont ils avaient besoin afin de finir leurs nombreux essais.
Madame Pince était sur les nerfs et hurlait un SILENCE à quiconque respirait un peu trop fort.
Daesyn comme l'ensemble des élèves, n'avait pas échappé à l'avalanche de devoirs qui leur avait été assignée. La sorcière passait désormais ses soirées et weekends à travailler, sans un seul moment de répit. Elle-même commençait à se demander si leurs enseignants ne devenaient pas fous à leur donner tant de travail, et comment pouvaient-ils estimer, qu'elle, puisse assumer le programme de deux années supérieures tout en restant saine d'esprit.
La sorcière pensait qu'ils n'y avaient finalement, pas si bien réfléchi que ça, à leur programme d'échange de rencontre d'elle ne savait trop quoi.
Daesyn trempa sa crêpe dans son bol de lait, son regard scrutant le silence de la Grande Salle. Il était encore très tôt pour un samedi matin, et seules, Hermione Granger et elle se trouvaient à la table des Griffons.
Ayant bouclé tous ses essais de la semaine, la sorcière avait décidé de s'accorder un moment pour bosser sur sa technologie. Elle n'avait pas l'intention de s'arrêter sur sa lancée, aussi bonne soit-elle.
La raison pour laquelle elle avait commencé par travailler sur de vieux ordinateurs n'était pas anodine. Les anciens appareils supportaient bien mieux les ondes magiques au contraire des appareils les plus récents et plus petits, tel que les smartphones, bien plus imprévisibles.
Techniquement, un téléphone, dans le concept, n'était pas tellement différent d'un ordinateur hormis par sa taille. Mais justement, c'était sa petite taille qui demeurait son plus grand souci à ce jour, car elle conditionnait tout son travail runique. Si elle gravait simplement les mêmes tissages de runes sur un téléphone ; il lui exploserait au visage à cause de la surcharge magique. Elle avait bien quelques idées pour résoudre le problème mais rien ne s'était avéré très concluant jusqu'à présent.
Daesyn posa son bol sur la table et celui-ci disparu en un clin d'œil. Elle récupéra sa cape à côté d'elle et se dirigea vers la sortie de la Grande Salle, sous le regard glacé du professeur Anderson. La sorcière réprima un frisson. Les cours de défense était on ne peut plus gênants et pour ne pas arranger les choses, Daesyn se méfiait d'autant plus du sorcier. Le professeur Anderson cachait quelque chose, elle en était persuadée.
Elle arriva devant un mur et fit trois allers-retours. Une grande porte apparut dans la pierre et, après un dernier regard vers le couloir vide, Daesyn s'engouffra dans la Salle sur Demande.
Un établi familier se tenait au milieu de la pièce et gémissait presque sous le poids des nombreux parchemins entassés, barbouillés de calculs rocambolesques. Sur le mur, des couteaux à runes étaient suspendus à de petits crochets, scintillant à la lumière de la grande fenêtre qui donnait sur le Lac.
Daesyn choisit le plus petit d'entre eux et saisit un téléphone Stark flambant neuf. Une chaise de cuir marron, brûlée sur les côtés, apparut de nulle part pour que Daesyn puisse s'installer.
Avec précaution, Daesyn saisit l'objet dernier cri et à l'aide d'un petit tournevis, retira la coque qui protégeait la batterie.
Les doigts légers, elle retira ensuite ladite batterie. Daesyn s'affaissa dans son siège. C'était, pour ainsi dire, la partie la plus aisée.
La brune poussa sur ses pieds pour faire rouler la chaise jusqu'au tiroir rempli de fines boîtes rectangulaires, qui prendraient la place du trou laissé par la précédente batterie.
Daesyn en saisit deux du bout des doigts et les posa avec précaution sur le bureau, l'air concentré, puis en fit glisser une première devant elle. Elle ramassa le petit couteau qui brillait au soleil et plaça la pointe à la verticale dans le coin supérieur gauche de la boîte.
« C'est parti," marmonna-t-elle pour elle-même.
En donnant un coup sec dans le manche, Daesyn traça une spirale de taille moyenne qui –si cela fonctionnait- canaliserait toute l'énergie du motif. Avec toute la précaution qu'elle possédait, la jeune sorcière grava le reste des runes.
Elle plaça la boîte dans l'emplacement réservé à la batterie et retourna le téléphone.
Daesyn prit une grande inspiration et pressa le bouton d'allumage. Pendant 3 secondes, rien ne se produit. La respiration coupée, Daesyn soupira de soulagement quand l'écran afficha le logo Stark Industries puis bondit en poussant un cri aigu quand la machine explosa dans un brouillis de fumée et d'étincelles. Le téléphone s'envola de l'autre côté de la pièce.
Les mains brûlantes, Daesyn se précipita pour ouvrir le robinet qui jaillit d'eau glacée.
« Bordel," dit-elle en observant le gâchis autour d'elle. « La rune était trop petite. »
Les doigts apaisés, bien qu'encore légèrement piquant, Daesyn se rassit sur la chaise et s'empara de la seconde boîte. Elle répéta le même processus, sauf contrairement au premier la spirale prit plus de place.
En effet, la taille des runes en elle-même conditionnait la quantité d'énergie qui pouvait les traverser.
Si comme précédemment, la rune gravée était trop petite, le flux de magie qui passerait à l'intérieur ferait gonfler la rune et se bloquerait avant de l'exploser pour qu'elle prenne toute la place nécessaire.
Il était assez facile de l'imaginer par un simple exemple en assimilant la magie à un gaz qui gonfle un ballon, le ballon symbolisant une rune.
Plus on gonfle un ballon avec du gaz, plus cela augmente les chances qu'il explose. Mais si l'on prend un ballon un peu plus grand que le précédent, on a besoin de le remplir un peu moins pour qu'il soit de la même taille qu'un plus petit.
L'air occupe donc plus de place, on peut donc en mettre plus.
Le principe était le même pour les runes. En théorie. Car les runes ne sont pas des ballons et ne font pas seulement qu'éclater à cause de « l'air ». Leur taille se mesurait donc au millimètre près.
Et tout le reste dépendait de cette rune précisément.
Avec un soupir, Daesyn prit la seconde boîte et la plaça dans le téléphone, l'écran complètement explosé.
La métamorphomage ne savait pas depuis combien de temps elle travaillait quand une vive lueur attira son attention. Un miroir familier était posé sur un canapé au fond de la pièce, s'allumant par intermittence. La sorcière se rinça rapidement les doigts pour apaiser les brûlures de sa dernière explosion et tendit le bras pour attraper l'objet.
Le visage de Kingsley Shacklebolt fit monter une vague de joie dans son corps. Elle ne lui avait que très peu parlé ces trois dernières semaines, et à chaque fois qu'elle avait cinq minutes, lui devait repartir sur la trace des Mangemorts.
« J'ai des nouvelles," commença-t-il sans plus attendre. « Il semblerait qu'on ait une piste pour tracer les Mangemorts. »
« Vraiment ?" S'étonna Daesyn. Elle haussa les sourcils.
Depuis que les Mangemorts, anciens partisans du très très mort Voldemort, s'étaient échappés de la prison d'Azkaban, Daesyn avait interdiction de sortir sans la présence d'un garde du corps. Les Aurors du Ministère et politiciens étaient persuadés qu'ils étaient sortis que dans un seul but : s'en prendre à elle. La sorcière avait l'espoir qu'ils soient enfin attrapés pour éventuellement, pouvoir de nouveau sortir tranquille.
Mais les paroles de Kingsley interrompirent ses pensées.
« Je serai absent au moins pour deux semaines si ce n'est plus. Je te demanderai de ne pas me contacter jusqu'à ce que je le fasse moi-même," une vague de déception l'envahit. Elle hocha la tête.
« A bientôt alors. Faites attention," répondit-elle.
« Fait attention à toi aussi," Kingsley sourit et leva les yeux quand on prononça son nom, quelque part devant lui. Il lui jeta un dernier coup d'œil et termina l'appel.
Le miroir lui renvoya son propre visage.
Daesyn s'affala dans le canapé, pour le moins déçue par la durée de leur conversation. Elle n'avait même pas pu lui demander comment ça allait.
Depuis la disparition totale de Sirius, son parrain adoré et un peu fou, l'Auror Kingsley Shacklebolt était l'unique adulte à qui elle pouvait parler comme à un membre de sa famille. Mais ce dernier était énormément pris par son travail et ne pouvait lui consacrer que peu de temps. La jeune femme haussa nonchalamment des épaules. Ce n'était que partie remise.
Daesyn contempla pensivement ses nombreux échecs, disposés n'importe comment sur son établi. Elle n'avait trouvé aucune solution et avait l'étrange impression d'avoir tourné en rond.
« Ça ne sert à rien de continuer pour aujourd'hui," dit-elle à voix haute. Elle passa une main dans ses cheveux en pétard, puis décida d'aller rejoindre Lee.
Ce dernier parut soulagé de la voir enfin pointer le bout de son nez après une longue journée d'absence.
« Où est-ce que t'étais passée ? » L'interrogea le sorcier dès qu'elle fut à portée d'oreille.
« Je bossais, » elle continua, désireuse de connaître son avis, « Les Aurors partent pour une mission. Ils ont une nouvelle piste pour tracer les Mangemorts. »
« Et Shacklebolt ? »
« Lui aussi. »
Lee rit un peu « Encore ? » Elle acquiesça silencieusement alors qu'ils passaient devant un groupe de premières années excités.
« Oui," soupira-t-elle.
Daesyn se tourna vers Lee, qui l'observait avec inquiétude. Ils étaient sortis du couloir de la Salle sur Demande, et descendaient à présent les escaliers, où les portraits étaient trop occupés à discuter pour écouter leur conversation.
« Tu penses qu'ils vont les retrouver," demanda-t-il avec un soupçon d'incertitude.
« Aucune idée," et après une seconde de silence, elle ajouta, «je l'espère."
Jusqu'à maintenant, chaque tentative de l'élite du Ministère pour capturer les fugitifs s'était solvée par un échec monumental. Elle espérait que cette fois-ci ce serait différent.
Les jours s'écoulèrent lentement, un à un, et les rapprochèrent lentement de la première sortie à Pré-au-Lard, à laquelle la jeune femme n'assisterait probablement pas si personne n'était là pour la chaperonner.
Aucune nouvelle de Kingsley n'était parvenue à ses oreilles et malgré tout, Daesyn, qui commençait à se complaire dans sa petite vie ennuyeuse et tranquille sentait un début d'inquiétude pointer le bout de son nez.
Même sans sa cicatrice, qui n'avait émis aucune douleur depuis la disparition de l'Horcruxe vivant en elle, -elle réprima un frisson-, Daesyn commençait à trouver l'absence de son gardien plutôt longue et inquiétante.
Sa vie était désormais rythmée par les cours, ses échecs technologiques, les entraînements de Quidditch et tellement de devoirs à rendre qu'elle ne pouvait presque plus penser. Il était vraiment bizarre qu'il n'y ait personne avec un plan diabolique pour la tuer, et pour la première fois de sa vie, Daesyn expérimentait ce qu'on appelait : une vie normale.
Pourtant, à ses yeux, cela n'augurait rien de bon.
Le vendredi matin, Daesyn se leva avec l'étrange impression que sa vie ne serait plus « normale » encore bien longtemps. Elle descendit les escaliers du dortoir et s'installa dans le canapé de la salle commune pour tresser ses cheveux en attendant Lee.
En observant sa tignasse brune dans le miroir, Daesyn songea momentanément à les couper. Ses cheveux atteignaient désormais le bas de son dos et ses boucles devenaient particulièrement difficiles à entretenir.
Elle eut une pointe au cœur en y songeant. La première et seule raison pour laquelle ses cheveux étaient si longs, c'était à cause des Dursley.
Un weekend, fatiguée de devoir mettre des heures à la peigner, Pétunia avait pris une paire de ciseaux et avait coupé ses cheveux tellement courts que Daesyn avait cassé toute la vaisselle à cause de sa magie accidentelle.
Les Dursley avaient été fou de rage.
Comme par magie, ses cheveux avaient repoussé dans la nuit et le lendemain matin, ils touchaient même ses épaules.
De nombreuses fois, Vernon lui avait hurlé dessus car il trouvait des cheveux dans son bacon et l'avait menacée de l'envoyer chez un coiffeur pour tout raser.
A son grand étonnement son « oncle » n'avait jamais mis sa menace à exécution, mais c'était sans doute grâce à Pétunia qui avait peur des conséquences et surtout, de ses mini exploits de magie à l'époque.
Ses cheveux étaient longs et elle ne les avait jamais coupés seulement pour embêter les Moldus.
« Tu deviens narcissique. »
Daesyn regarda Lee à travers le miroir. Le sorcier portait un sourire narquois, même si une petite interrogation persistait dans son regard brun.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Je réfléchissais à les couper. »
« Sérieusement ? » Il paraissait réellement étonné. Daesyn enroula la tresse sur sa tête pour l'y rassembler en un chignon.
« Ouais. Je suis toujours obligée de les attacher. Pour le Quidditch, les cours, pour manger sans qu'ils traînent dans mon assiette… ils sont longs uniquement parce que Pétunia a toujours voulu que je les coupe. » Elle soupçonnait en secret que la femme était jalouse de sa chevelure.
« Oh, » Daesyn se retourna, étonnée par le grain de déception qu'elle perçut dans sa voix. La jeune femme se détourna du miroir pour regarder le grand métis. Bon sang lui aussi avait grandi.
« Quoi ? »
« Non non, rien. »
Le plafond enchanté de la Grande Salle était d'une grisaille qui représentait bien l'humeur de Daesyn. La sorcière songea au fait qu'il devait pleuvoir et fut bien contente que l'entrainement de Quidditch ne soit pas prévu ce soir. Par tous les temps, Angelina les aurait traînés dehors et la moitié de l'équipe aurait fini congelée.
Au même instant, dans une bourrasque de battements d'ailes des centaines de hiboux surgirent par les fenêtres et se répandirent dans toute la Grande Salle. Ils étaient chargés de lettres et paquets qu'ils apportaient à leurs destinataires en aspergeant de gouttelettes d'eau les élèves attablés.
« Regardez qui voilà !" S'exclama, d'une voix tonitruante, Fred Weasley. Plusieurs élèves se retournèrent pour voir le grand roux agiter les bras dans leur direction.
« Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus," rajouta George, un sourire jusqu'aux oreilles.
« La faute à qui, » maugréa-t-elle, jetant un regard mauvais en direction de la table des professeurs.
Le professeur McGonagall bavardait avec le professeur Sinistra, le professeur Rogue acquiesçait sèchement aux paroles de Flitwick et Anderson... la fixait froidement. Elle se détourna immédiatement.
« Haha les fameux B.U.S.E.S," comprit George, hochant la tête solennellement. « Tout le monde devient fou. »
« La moitié de la classe est tombée en dépression, tu te souviens," Fred éclata de rire, et attira encore plus de regards des autres tables.
« Sauf vous j'imagine," ajouta-t-elle nonchalamment, bien qu'ils ne fassent pas très attention à ce qu'elle disait. Les jumeaux étaient en plein débat sur qui avait mis de la poudre de Bulbonox dans le pantalon d'un de leur camarade.
« Evidemment," dit tout de même Fred.
« La cinquième année est un cauchemar seulement si tu t'intéresses à tes résultats, « renchérit George.
Daesyn fit un bruit de gorge.
« Et à quoi servent les B.U.S.E.S exactement ? « Tous les quatre se tournèrent vers Hermione Granger, une Gryffondor du même âge que Daesyn. La fille aux cheveux bouclés les regarda dans l'expectative et Daesyn se demanda si elle écoutait leur conversation depuis le début.
« A savoir quels métiers tu veux et pourras choisir. Plus tard dans l'année, des conseils sur vos possibilités de carrière vous seront donnés pour préparer vos A.S.P.I.C.S l'année prochaine."
Hermione se détourna d'eux avec un merci rapide, attrapa son sac et sortit à grands pas de la Grande Salle.
Ils se levèrent à leur tour. Lee se tourna vers elle.
« Tu sais déjà quoi faire après Poudlard ?"
Le duo quittait la Grande Salle et se dirigeait à présent vers leur premier cours de la journée.
« Comment ça ? » Demanda Daesyn, les sourcils froncés.
« Dans quelle voie tu vas te lancer, comme Auror, Magizoologiste..."
« J'ai pas vraiment besoin de ça Lee," dit-elle avec un sourire, « j'ai déjà une entreprise, qui plus est, fonctionne très bien. »
« J'avais oublié. »
« Et toi ? » Demanda la sorcière par curiosité.
Daesyn surprit Lee se gratter la nuque, un tic de nervosité. « Je vais sûrement aider les jumeaux dans leur futur commerce, tout ça quoi. »
« Lee, allez, tu ne vas pas vraiment faire ça. »
« Si je le peux, je prendrai les sièges Jordan au MagenMagot, » maugréa-t-il à voix basse.
Daesyn fut réellement surprise. Elle n'avait jamais su que Lee s'intéressait à la politique, encore moins qu'il souhaiterait en faire son métier. Le sorcier avait de réelles qualités oratoires mais elle ne s'en serait jamais doutée.
« Et bien comme ça, tu t'occuperas des sièges Potter et Black alors, car je n'ai pas l'intention de passer ma vie au Ministère, » répondit Daesyn avec une grimace de dégoût. La simple pensée de Fudge la… répugnait.
Beurk.
Lee rigola si sincèrement que Daesyn fut, une fois de plus, surprise par son ami.
« Quoi ? »
« Je ne peux pas m'occuper des sièges qui t'appartiennent Daesyn, » répondit Lee.
« Pourquoi pas ? » Par la Barbe de Merlin, il fallait vraiment qu'elle effectue des recherches sur la vie en société des sorciers. Entre la Toile, les histoires d'héritages, de sièges, etcetera, Daesyn ne savait pas grand-chose du monde dans lequel elle évoluait.
« Personne ne peut s'occuper des sièges de quelqu'un d'autre. Ça oblige les sorciers à remplir leur devoir en quelque sorte. La seule façon dont je pourrais m'en occuper, c'est que nous nous mariions. Mais nous n'allons évidemment pas en arriver là, n'est-ce pas ? »
Daesyn fit de grands yeux. Elle devrait donc passer une partie de son temps libre au Ministère ?
« Mais tu ne t'es jamais demandé ce que tu pouvais faire de ta vie quand même ? » Insista finalement Lee. « Si tu n'avais pas tout ça ? »
« Euh, non," répondit-elle en ajustant son sac sur son épaule. « Avant, je voulais juste inventer des trucs pour m'échapper de chez les Dursley. »
Lee fit une grimace et Daesyn se tut.
La sorcière se sépara du septième année au bout de couloir pour se diriger vers son cours de potions, dans les cachots.
Il suffit qu'elle pose le pied sur la première marche pour que l'escalier se décide à bouger, avec un tressautement. Quelqu'un la poussa par derrière et, déstabilisée, Daesyn trébucha en avant, s'accrocha à la rampe et manqua de peu de dévaler les escaliers jusque dans le vide.
« Oh pardon," entendit-elle une voix paniquée, dire, derrière elle.
Daesyn se retourna. Neville avait l'air contrit, les fesses sur une marche. Elle lui tendit une main pour qu'il se relève, qu'il prit avec reconnaissance.
« Neville, ça va ?" Elle sourit avec bienveillance au garçon, qui décidemment, avait lui aussi grandi puisqu'elle devait désormais lever les yeux pour le regarder.
« Ou-oui et toi ?" Bégaya-t-il, frottant ses mains sur sa robe de sorcier. Daesyn hocha la tête avec un sourire. Un silence gênant tomba sur le duo alors que l'escalier descendait plus profondément dans les entrailles du château. Elle dansa un pied sur l'autre, remuant son cerveau pour trouver quelque chose à dire. Pourquoi lui était-il plus simple d'inventer des choses impossibles que de converser de façon simple ?
« Euh, alors... tu-tu as hâte de ren-rencontrer ta future correspondante ?" Bégaya Neville, l'air aussi gêné qu'elle.
« Je ne sais pas," répondit-elle. Daesyn se maudit intérieurement. Elle aurait pu dire «et toi ? " mais, non, bien sûr que non, elle ne l'a pas fait ? Le silence était encore plus gênant maintenant.
« J'ai entendu dire que tu cherchais tes parents. » Souffla-t-il d'une traite. Daesyn songea au fait qu'il avait dû réfléchir très longtemps pour ne pas bégayer sur toute une phrase. Elle était aussi quelque peu surprise. Neville était bien la dernière personne qu'elle pensait aurait soulevé le sujet. Cependant, il ajouta tout de suite « Désolé ça ne me regarde pas. »
Les joues du Gryffondor rougirent d'embarras.
« Ah Malfoy, » dit-elle en songeant à leur altercation. Elle aurait dû savoir que ça allait soulever des questions et était même surprise que ce ne soit pas dans toutes les conversations du château. Ou pire, dans le journal de Skeeter.
Daesyn soupira en lissant sa jupe de ses mains, « Non ça ne me dérange pas, Eh oui c'est le cas."
« C'est dur ? » Enchaîna Neville, l'air vraiment intéressé. « De ne pas savoir qui ils sont."
Les yeux bruns paraissaient si sincères que Daesyn fut obligée de répondre.
« Ne pas savoir non. De ne pas comprendre oui. Je souhaiterais juste pouvoir comprendre." Elle se lécha les lèvres, soudainement devenues sèches.
Neville observa ses cheveux blonds. « Eh bien tu n'auras qu'à leur demander. Ils doivent être très cool. »
Leur conversation n'eut pas l'occasion de se prolonger puisque l'escalier mouvant les avait amenés à leur destination. Il faisait tout de suite plus frisquet dans les cachots du château.
La porte de la salle de classe claqua contre le mur de pierre.
« Taisez-vous. »
Daesyn pensait que l'ordre n'était pas vraiment indispensable. La simple présence de Rogue suffisait à imposer le silence dans toute la classe.
Le professeur Rogue s'avança derrière son bureau dans un tourbillon de cape. Dans un calme surprenant, les Gryffondors et Serpentard prirent place à leurs tables habituelles. Les Serpentard devant, les Gryffondors derrière, avec Daesyn sur la toute dernière table de la pièce.
« Le Philtre de paix, permet de calmer l'anxiété et l'agitation. » Susurra Rogue d'une voix doucereuse.
« Je dois cependant vous avertir. Ayez la main un peu trop lourde et celui qui la boira tombera dans un sommeil profond et sans doute irré-ver-sible. »
D'un coup de baguette magique, les instructions pour concocter le philtre apparurent au tableau. Un autre coup de baguette ouvrit la porte de la réserve.
« Vous avez deux heures. »
Personne ne se fit prier pour aller chercher ce qu'il fallait dans la réserve. Rogue n'était pas la personne avec qui blaguer. A son tour, Daesyn partit chercher les ingrédients qui lui manquait, faisant des pieds et des mains pour attraper un bocal sur l'étagère.
Les potions auraient pu être un cours relativement plaisant si Rogue ne persistait pas sinistrement à loucher par -dessus leur épaule pour leur reprocher leur moindre faux pas. Les Gryffondors s'attiraient particulièrement souvent les foudres du Maître des Potions, parfois de manière injustifiée.
La sorcière pouvait dire que pour elle, les potions n'étaient qu'une simple formalité. Il suffisait de suivre les instructions données au tableau. Cela ressemblait beaucoup à une recette de cuisine, et la métamorphomage trouvait que le temps passait plutôt vite.
Cependant cela ne semblait pas être si facile pour tout le monde, à commencer par Neville et Dean en tête de liste, des catastrophes ambulantes, suivis de près par Ron Weasley, sauvé par Hermione.
Justement, Hermione Granger rattrapait largement le niveau de la classe des Gryffondor mais malheureusement, Rogue la considérerait toujours comme une effroyable Miss Je-Sais-Tout sans importance.
La cloche sonna et un brouhaha s'éleva alors qu'ils quittaient la salle de classe.
Daesyn fut la première à partir et à remonter les escaliers vers la Grande Salle. Elle s'apprêtait à rentrer pour rejoindre Lee à la table des Griffons pour le déjeuner, lorsque Dumbledore, sortit de nulle part, l'accosta au pied de l'escalier.
L'étrange impression de ce matin revint cette fois encore.
« Daesyn, je t'attends dans mon bureau s'il te plaît. » Dit le professeur Dumbledore.
La sorcière observa sans vergogne le directeur. Le professeur Dumbledore avait le dos bien plus courbé qu'à l'ordinaire, et la fabuleuse étincelle dans ses yeux bleus avait disparue. Le vieil homme semblait fatigué et on pouvait même lui donner quelques années de plus.
Il s'était définitivement passé quelque chose, et ce n'était pas pour lui plaire.
Cela avait-il un rapport avec Voldemort ? Ce serait étonnant, Voldemort était mort. Les Mangemorts alors ? Kingsley ?
Son cœur manqua un battement avant de marteler ses côtes. Tant de questions se bousculaient dans sa tête et aucune ne passait ses lèvres pour interroger le professeur.
Que se passait-il ?
Daesyn essaya d'imaginer Kingsley blessé. Ou pire, lui susurra son cerveau malicieux.
Elle se sentit devenir pâle. Non, quand même pas. Ce n'était pas possible.
Elle monta les escaliers plus vite et ne sut pas si elle était essoufflée à cause de sa course ou de son cœur qui lui martelait la poitrine comme jamais. Ses mains devenaient moites et la sangle de son sac glissait entre ses doigts tremblants.
La grande porte du bureau de Dumbledore paraissait plus lourde que d'usage même si le bureau en lui-même avait l'air aussi ordinaire que d'habitude.
Les fragiles instruments d'argent ronronnaient sereinement sur une table aux pieds effilés en laissant échapper par instant des bouffées de fumée.
Les portraits des anciens directeurs et directrices sommeillaient dans leur cadre, la tête renversée contre un fauteuil ou appuyée contre le bord du tableau.
Daesyn jeta un coup d'œil par la fenêtre. Le ciel était caché par de lourds nuages gris un peu à l'image de sa gorge, obstruée par une énorme boule qui l'empêchait presque de respirer.
La cheminée s'alluma de flammes vertes et la silhouette d'un grand costaud apparut dans l'âtre de la cheminée, puis atterrit avec grâce dans le bureau, couvert de cendres, bientôt suivi de Nymphadora Tonks. Un poids sur sa poitrine se retira lorsque Daesyn vit Kingsley.
Toutefois l'apparence des deux Aurors n'augurait rien de bon. Tonks avait l'air plus qu'accablée bien qu'aucune trace de combat récent n'apparût sur leurs vêtements. Kingsley n'avait pas l'air bien mieux.
« Daesyn, assieds-toi », proposa Dumbledore en prenant place derrière le grand bureau.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » Dit-elle doucement. Son regard bleu les scruta dans l'espoir de déceler un quelconque indice sur ce qu'il se passait. Elle avança lentement, sans toutefois s'installer. Ses muscles étaient bien trop raides pour pouvoir se poser, et la sensation d'appréhension prit une tout autre dimension.
Dumbledore, derrière son bureau, expira de lassitude. « Toutes mes condoléances, Daesyn. » Dit-il d'une voix solennelle qui respirait la tristesse.
Son cœur sauta un nouveau battement. « Qui ?" pressa-t-elle avec insistance. « QUI ? » Cria-t-elle une seconde plus tard, quand on ne daigna de lui répondre. Ses yeux bleus parcoururent la forme de Kingsley alors qu'il s'approchait d'elle comme d'un renard effrayé.
Kingsley avança, et « Oh non," murmura-t-elle, en reculant « non, non, non." Son dos heurta la grande porte de bois.
« Non, » dit-elle en secouant la tête, des larmes dans les yeux.
« Nous avons retrouvé le corps de Sirius dans la forêt de Dean » expliqua doucement l'Auror.
Mais elle n'avait pas besoin de sa réponse. Daesyn avait déjà compris, le savait déjà, tout au fond d'elle-même et Kingsley ne faisait que confirmer ce qu'elle redoutait depuis quelques semaines. Elle l'avait su bien avant du plus profond de son âme, là où un vide terrifiant, qu'elle n'aurait jamais voulu ressentir ou analyser, s'était creusé.
C'était définitif.
Absolu.
Irrémédiable.
Derrière eux, Tonks renifla.
La culpabilité l'envahissait comme un parasite monstrueux et pesant. Tout ce qu'elle avait entreprit. Ses créations. Le téléphone sur lequel elle travaillait i peine quelques jours. C'était pour Sirius. Tout était pour…Sirius.
Kingsley plongea une main dans sa poche et en sortit doucement un paquet de lettres. « Il te les a écrites. Il n'a pas dû pouvoir les envoyer. » Dit-il doucement.
L'annonce de Kingsley lui fit le même effet qu'une bombe lâchée au creux de son estomac. Le grand trou qui s'y était creusé alors, rempli par rien d'autre que du chagrin, mêlé à de la fureur à la vue de ces précieuses lettres.
Rien de tout cela n'aurait dû se passer. Elle refusait de croire que son parrain, le seul encore capable de lui raconter Lily et James soit parti. Il n'était pas … mort. Tout était une terrible farce organisée par Sirius dans l'espoir d'échapper au Ministère. Tout avait été orchestré par rien d'autre que son parrain.
Le gris des cheveux de Tonks, incapable de contrôler son talent, les épaules voûtées de Dumbledore, les yeux chagrinés de Kingsley lui dirent le contraire.
Des fenêtres et des babioles explosèrent dans tous les sens, faisant sursauter le trio. Daesyn se sentit envahie par sa magie. « Je. N'en. Veux. Pas, » hurla-t-elle. Ses cheveux volaient dans tous les sens et elle sentit le pouvoir l'envahir.
Les lettres s'envolèrent dans toute la pièce.
Un instant cela lui rappela l'été de ses onze ans. Quand les Dursley l'empêchaient de voir sa lettre d'entrée à Poudlard et qu'une centaine d'entre elles avaient rempli le salon en passant par toutes les issues possibles de la maison.
L'air fut chassé de ses poumons. Sirius.
La pensée de son parrain lui fit le même effet qu'un Avada en plein cœur. Et elle si connaissait en Avada, bien plus que quiconque. Elle était incapable de dire un mot. C'était comme si Sirius avait occupé une place en elle dont elle ne connaissait pas l'existence jusqu'alors et avait disparu.
La fureur brûlait comme une flamme dans le vide qui s'était installé. Elle avait de plus en plus de mal à respirer.
Sirius était parti. Elle ne le verrait plus jamais.
Une main sur son épaule la sortit de sa torpeur.
Daesyn leva la tête, les yeux embués. La sorcière constata avec détresse que la plupart des bibelots de Dumbledore gisaient sur le sol, et une vague de culpabilité l'envahit.
« Ce n'est que matériel Daesyn, » dit Dumbledore d'une voix douce. Le vieil homme était accroupi devant elle, ne semblant nullement offensé par le désordre dans lequel elle avait mis son bureau. « Cela n'a aucune importance. »
Pourtant les objets semblaient chers. D'une valeur inestimable.
Daesyn avait mal. Terriblement mal.
« La douleur ne disparaîtra jamais vraiment. Ce n'est pas juste. Mais elle va s'apaiser et un jour, tu te surprendras à te souvenir de ton parrain comme l'homme qu'il était. » Lui assura Dumbledore, l'air si confiant que Daesyn aurait aimé pouvoir le croire cette fois. Tout irait bien. Oui, mais sans Sirius. Sirius ne ferait plus partie de ce monde-là.
« Je te laisse le choix de rester avec l'Auror Shacklebolt ou de rentrer dans ton dortoir Daesyn. Mais ne t'éloigne pas de nous. Ne t'éloigne pas des gens qui t'aime et en qui tu as confiance. »
« L'amour n'a pas sauvé Sirius, » murmura-t-elle avec un peu de mauvaise foi, complètement abattue. Ce que lui disait le vieil homme lui paraissait pour l'instant dénué de sens.
« Sirius était un incroyable combattant, » acquiesça le professeur, « mais aucun d'entre nous ne ferait le poids face à ce qu'il a fait face. »
Daesyn ne savait pas ce que signifiait la dernière phrase du directeur mais n'avait pas l'intention de savoir. Cela ne comptait pas de savoir comment Sirius était mort.
La jeune femme chercha le mur à tâtons derrière elle pour se redresser. Le bureau de Dumbledore était dans un sacré état. Les portraits paraissaient offensés par son comportement irrespectueux et certains lui criaient quelques jurons déplacés.
Daesyn sortit du bureau du directeur sans demander son reste, le cœur plus lourd que jamais. Il était trois heures de l'après-midi, et le château était pratiquement désert mais Daesyn voulait éviter tout le monde et emprunta tous les passages secrets qu'elle connaissait qui la mènerait au dortoir.
La salle commune était aussi vide que son cœur. Il fallut un certain courage à Daesyn pour monter les escaliers du dortoir des filles afin de se blottir dans son lit.
Elle tira les lourds rideaux de velours, ce qui plongea le lit dans une lourde pénombre. Enfin seule, la sorcière se laissa aller aux larmes.
La porte du dortoir s'ouvrit et réveilla Daesyn, désorientée. Son sommeil avait été lourd, rempli de cauchemars et d'angoisse. Sirius, se rappela-t-elle, était décédé.
Elle porta sa montre à ses yeux. Deux heures du matin. Qui avait donc ouvert la porte ?
Une ombre bougea derrière ses rideaux et la jeune femme saisit sa baguette. Elle sentit sa magie frémir et réprima un froncement de sourcils. Elle n'avait jamais ressenti autant d'électricité dans son corps depuis qu'elle était entrée à Poudlard.
« Daesyn, » murmura quelqu'un derrière, avant de se glisser dans son lit.
La lumière de la baguette de Lee transperça ses yeux gonflés et elle les protégea de ses doigts. « Pardon, » chuchota le métis en donnant un petit coup du poignet.
Assis en tailleur, l'un en face de l'autre, les deux amis se regardèrent.
« Tu n'es pas venue au dîner, » fit remarquer le plus âgé, un pli dans le front.
« Comment tu es rentré ? » Dit Daesyn.
« Fred et George, » Lee haussa les épaules.
« Sirius, » murmura Daesyn après un silence. Elle tripota ses doigts sous la couverture. « Il est mort Lee. Ça fait mal. » Ajouta-t-elle, la voix pleine de sanglots mais incapable de pleurer.
« Je sais, » dit-il en grimpant à côté d'elle. Lee passa un bras autour de son épaule. « Je sais. »
Il entreprit de réorganiser les couvertures de façon plus confortables pour qu'ils puissent s'allonger côte à côte. Les lits des dortoirs étaient plutôt grands, mais n'étaient pas vraiment conçus pour deux personnes.
Si McGonagall apprenait la présence de Lee dans le dortoir des filles, elle péterait un plomb et l'expulserait probablement du château.
« Je ne veux pas y retourner. En cours. »
« Je doute que Dumbledore t'autorise à sécher un jour de plus. » Répondit Lee en étouffant un bâillement. « Et ce n'est pas une solution. »
Daesyn le savait.
« Alors comme ça, tu as détruit le bureau de Dumbledore, » demanda Lee.
« Quelque peu, »
« C'était bien plus que quelque peu, » sourit Lee à la lumière de sa baguette.
Daesyn lui renvoya un petit sourire. « J'ai perdu le contrôle. »
« J'avais cru comprendre. »
Daesyn lui donna un petit coup de genou dans les côtes.
« Oïe ! »
« Ça n'a pas fait mal, » se moqua la sorcière.
Ils restèrent un petit moment à discuter, avant que Daesyn ne s'endorme, les yeux lourds d'émotions.
Lee se glissa hors du lit au petit matin, bien avant qu'Hermione ne songe à se lever.
Le retour en classe fut bien plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé. Et heureusement que ce n'était qu'après le week-end. Tout le monde chuchotait et se retournait sur son passage, et là où Daesyn aurait auparavant envoyé quelques piques cinglantes, elle rasait maintenant les murs, la tête basse.
Ses cours de la matinée avaient été une horreur. C'était comme si Sirius avait emporté avec lui une partie de sa magie, ou plutôt, lui avait légué une partie de sa magie à lui. Car elle ne la sentait plus du tout comme avant.
C'était effrayant.
Daesyn qui avait excellé en Transfiguration, trois jours plus tôt, avait désormais du mal avec de simples sortilèges de révision. Tout ce qu'elle essayait de faire amenait immédiatement à un résultat étonnant mais qui n'était pas du tout celui demandé.
Le professeur McGonagall, leur avait demandé de changer des métronomes en Coucou. Daesyn avait totalement réussi, mais le regard sur le visage de McGonagall lui avait expliqué qu'elle ne voulait qu'UN seul oiseau, non pas la dizaine qui gisait sur sa table. Daesyn n'avait pourtant lancé qu'une seule fois le sortilège.
Elle n'avait aucune idée de pourquoi tant d'énergumènes picoraient sa table.
Heureusement, seule Hermione avait assisté au spectacle. La fille avait semblé fascinée et quelque peu peinée ? La née-moldue lui avait envoyé un petit signe de la main auquel Daesyn avait essayé de répondre par un sourire, qui avait dû ressembler à une grimace.
Non, c'était comme si… comme si elle demandait quelque chose à sa magie et qu'elle s'exécutait fois dix.
L'expérience de Transfiguration avait été pour le moins étonnante mais pas forcément la bienvenue, et Daesyn s'attendait à ce que tout redevienne normal dans les prochains jours.
Pas du tout.
C'était même encore pire.
Daesyn sentait sa magie bouillonner constamment en elle, comme une cocotte-minute sous pression, qui menaçait d'exploser d'un instant à l'autre.
Malheureusement, cela tomba sur le cours de Potions.
Rogue leur avait assigné un devoir sur les propriétés du Philtre de Paix. Et il faut dire que Daesyn n'y avait mis aucune bonne volonté et avait carrément bâclé son essai pour ainsi dire.
Le professeur Rogue avait la manie de rendre les meilleures copies en premier jusqu'à la pire. Aujourd'hui, elle était la dernière.
« C'était lamentable Potter, » dit Rogue d'une voix doucereuse, ses doigts fins agrippant sa copie marquée par un T monstrueux.
« C'en est même… décevant. Le génie du petit Potter parfait aurait-il enfin échoué ? » Daesyn sentit une rage immense monter en elle. Il essayait de la pousser à bout, comme d'habitude, mais ce n'était pas le jour. Ses cheveux virèrent au rouge sang. Elle tendit la main pour attraper le parchemin mais Rogue retira son bras d'un coup sec.
« Rendez la moi, » mordit-elle d'un ton hargneux. Elle bouillonnait de colère d'avoir été la risée de tous toute la journée pour sa relation avec un soi-disant assassin. Elle avait été insultée de traîtresse à cause de la relation de Sirius avec ses parents adoptifs, alors elle n'allait pas laisser Rogue l'enfoncer encore plus pour aujourd'hui.
Elle tendit la main mais Rogue retira la copie derrière son dos.
« Allons, allons Potter. »
« Rendez la moi putain de merde, » cria-t-elle. Son tabouret tomba alors qu'elle se levait brusquement.
« Langage Potter, langage, » Rogue semblait se délecter de sa fureur et cela ne fit que le haïr encore plus.
Sa magie prit le dessus et pour la première fois de sa vie, Daesyn craignit ses pouvoirs. Des flacons se brisèrent sous la tornade d'énergie. Aussi vite qu'elle était apparue, cette dernière s'évanouit et Daesyn se sentit plus légère. Cela n'avait duré que quelques secondes.
Complètement éreintée, la jeune femme prit place sur le tabouret, drainée par la magie intense. Rogue lui tendait un mouchoir lorsqu'elle prit conscience que son nez saignait.
« Lily a donné sa vie pour vous. Ne la détruisez pas Potter. » Le ton employé par son professeur était méconnaissable. Ses paroles l'étaient encore plus.
« Lily, » Répéta-t-elle, abasourdie. Sa chevelure vira au roux qui caractérisait si bien sa mère. Daesyn regarda le professeur Rogue, qui paraissait plutôt troublé.
« … était mon amie. » Ajouta-t-il, en réponse à sa question silencieuse.
« Vous la connaissiez. » Dit Daesyn avec une certaine fascination.
« Et elle aurait été attristée par la façon dont vous maltraitez votre magie. »
« Maltraiter ? » Répéta-t-elle.
« Oui, maltraiter Potter, » ricana Rogue, reprenant son ton laconique habituel. « Votre magie vient partout et envahit tout le monde. Elle n'est qu'une extension de vos sentiments. Et vous Potter êtes beaucoup trop sentimentale. »
« Je ne suis pas- »
« Cessez de vous moquer de vous-même Potter, vous vous ridiculisez. » Il désigna le gâchis de flacons brisés derrière lui puis son nez ensanglanté.
« Vous êtes plus puissante que la plupart des êtres sans cervelle ici, et ne faites même pas partie de cette dernière catégorie. Ne venez pas me dire que vous ne comprenez pas ce qu'il se passe. » Se moqua Rogue sans mâcher ses mots.
Daesyn le regarda dans l'expectative. Elle s'attendait qu'il lui donne une solution à ses problèmes, une piste, quelque chose à fait pour sa magie qu'elle "maltraitait" soit disant.
« Je veux un second devoir pour demain Potter. Sans faute. »
Mais non.
Elle comprit que ce n'était qu'une seconde chance et elle quitta la classe sans demander son reste. Demain, Rogue redeviendrait le personnage moqueur habituel. Mais pour l'instant, Daesyn s'accrocherait à l'idée que le Maître des Potions pouvait être humain. Rien qu'un peu. Assez pour lui laisser moins de 12 heures pour refaire tout un essai. Elle demanderait aux jumeaux de l'aider. Ils en seraient ravis.
Daesyn ne repassa pas dans la Grande Salle pour le dîner comme elle l'avait promis à Lee. Non elle monta directement au dortoir, croisa de nombreux élèves qui descendaient prendre leur repas. Il était fastidieux de monter jusqu'à la tour Gryffondor, mais une fois arrivée, la salle commune était vide.
La métamorphomage monta dans le dortoir des cinquièmes années et ouvrit les rideaux de son lit avant de les refermer derrière elle.
Son cœur s'arrêta. Sur son oreiller, un paquet de lettres familier était attaché par une simple ficelle noire. Les mains tremblantes, Daesyn l'attrapa et tira sur le cordon.
Emmitouflée dans les couvertures, Daesyn remonta les genoux contre sa poitrine. Et prit la première lettre. 12 août.
Ma filleule adorée.
Je vais bien, merci de t'en inquiéter. Je suis actuellement quelque part en Amérique, profitant du Soleil. C'est incroyable ici. La nourriture est bonne.
Daesyn haussa les sourcils, se souvenant que Remus avait mentionné la nourriture américaine comme grasse et sans saveur.
Je crois avoir aperçu Remus ici mais je pense me tromper.
Un jour je t'emmènerai en Californie. C'est tellement incroyable. Nous pourrions vivre sur la côte. Ou juste venir en vacances. J'ai entendu parler de Road-trip, sais-tu ce que c'est ?
J'ai rencontré un gars, il s'appelle Clint Barton, apparemment il est célèbre. Je l'ai rencontré en haut de la tour Stark, là où j'ai transplané–
Et pour la première fois depuis la disparition de son parrain, Daesyn sentit le vide dans son cœur se combler un peu.
