CHAPITRE 21 : SON ALTESSE, LE PRINCE DE NORVEGE
Le 31 octobre avait toujours été un jour particulièrement détestable pour Daesyn Potter, dont les yeux gris scintillèrent d'agacement alors que le pied de Cornelius Fudge frappait une nouvelle fois le sol.
Ce 31 octobre n'était pas une exception, alors qu'elle se demandait ce qui allait certainement, lui tomber dessus.
Le pauvre homme retirait son chapeau melon vert à tout va, puis tamponnait vaillamment son front avec un mouchoir en papier. Daesyn dut étouffer un ricanement derrière sa main quand des morceaux blancs collèrent à son front transpirant.
Dumbledore lui jeta un regard derrière ses lunettes.
La raison pour laquelle ils étaient tous réunis dans le bureau du directeur était la faute de l'emblématique Prince de Norvège, qui débarquerait au château d'une minute à l'autre, faisant son entrée après les autres étudiants étrangers arrivés plus tôt dans la soirée.
Daesyn attrapa le regard du Ministre, dont l'air oscillait entre excitation et appréhension. La sorcière avait connu ce sentiment… quand elle avait dû affronter un dragon, non pas lorsqu'elle devait rencontrer un sorcier, quel qu'il soit.
Toutefois, Daesyn comprenait les grands enjeux de cette rencontre, et savait pertinemment que le Ministre attendait beaucoup d'elle et de ses bonnes relations avec le Prince.
Il ne lui était pas très difficile de comprendre pourquoi le Ministère l'utilisait. Voldemort, avec sa guerre et sa volonté de mettre fin à la vie de tous les sang-de-bourbe n'avait pas seulement amputé une partie de la population magique du pays mais avait également tué toute envie des autres pays de commercer avec eux. Même aujourd'hui, avec la disparition du Mage Noir, la Grande-Bretagne peinait à établir des relations à l'international.
Ainsi, elle, la grande Daesyn Potter, peu importe que les gens l'aiment ou la haïssent, pouvait mettre le monde à ses pieds si elle le souhaitait. Elle était Lady Potter, future Lady Black, avait tué Voldemort. Elle avait plutôt un bon palmarès.
Le Ministère utilisait sa notoriété pour se rapprocher de la famille Royale et s'en attirer les faveurs. Pour une fois, l'Héritière Potter était d'accord avec cela. De son côté, elle espérait avoir un plus grand accès au savoir de la société magique et peut-être, qu'en visitant la Norvège, elle aurait également accès à la bibliothèque du palais royal qui sûrement, abritait bien des secrets. Et des livres. Tellement de livres.
Toutefois, la reconstruction du marché international passait avant tout par sa réussite à forger des liens amicaux avec le Prince Evan Lyxem.
La cheminée s'illumina soudainement de vert. Fudge frotta compulsivement ses mains l'une contre l'autre avant que ses yeux ne débordent d'admiration, fixant un point au-dessus de sa tête. Une grande silhouette apparut dans l'âtre de la cheminée. Daesyn se redressa d'impatience.
Un jeune homme à la peau pâle dégagea les cendres de sa robe d'un coup de baguette magique.
-Bienvenue à Poudlard Prince Lyxem.
Daesyn regarda Fudge, qui paraissait complètement figé de stupeur.
Lavande et Parvati avaient décrit le Prince royal comme un sorcier magnifiquement séduisant et Daesyn pouvait désormais constater que les filles n'avaient peut-être pas tout à fait tort. Evan était bien plus grand que Lee et ses yeux étaient d'un bleu aussi profond que la nuit. Chacun de ses habits portaient le blason de la famille royale, cousu dans le meilleur tissu qui puisse exister.
Daesyn fit volte-face vers le Ministre, les joues chaudes, dans l'espoir qu'il soit assez intelligent pour faire les présentations.
-Votre Altesse, je vous présente l'Héritière Potter, dit Fudge en souriant béatement au Prince.
La sorcière aperçut les yeux incroyablement pétillants du directeur. Celui-ci l'observait avec un tel amusement que Daesyn se sentit de nouveau rougir. Elle leva les yeux vers le garçon puis avec un sourire lui tendit la main.
Un regard du prince l'arrêta net. Daesyn sentit son sourire vaciller et son cœur fit un drôle de remue-ménage dans sa poitrine. Elle connaissait ce regard, profond, noir de dégoût. Bien des gens autour d'elle l'avait porté : Vernon, Rogue, Voldemort comme si elle n'était rien de plus qu'une bouse de dragon sur la moquette. A y réfléchir, Voldemort l'avait sûrement pensé. La sorcière redressa la tête.
-Ravie de te rencontrer.
Daesyn le bras tendu, scruta le Prince avec insistance, perplexe face à sa notable indifférence. Evan regardait tout à tour sa main avec une arrogance imperturbable puis son visage comme si elle n'était rien de plus qu'un Botruc sur une branche d'arbre. Daesyn commençait à se sentir contrariée par le garçon. Mais valait mieux un Botruc qu'une bouse.
Il grimaça, tendit la main de mauvaise grâce, effleura la sienne rapidement avant de la retirer sur son côté, muet. Daesyn secoua d'un mouvement de tête, le frisson électrique qui avait parcouru son échine, le cœur battant furieusement. Elle regarda Lyxem mais si jamais il avait ressenti la même chose, il n'en laissait rien paraitre.
-Et bien, tu sembles merveilleusement drôle toi, dit-elle nonchalamment avec une pointe de sarcasme.
Fudge s'étrangla avec sa propre salive. Elle ne savait pas pourquoi il était surpris, c'était lui-même qui lui avait dit de le traiter comme un camarade normal.
-Merci d'être venue Daesyn, tu peux aller te coucher. Nous avons encore certains points à discuter avec Mr Lyxem.
Daesyn fixa le prince, qui plissa les yeux vers elle, l'air indigné. La sorcière fut tentée de lui tirer la langue.
La métamorphomage n'avait jamais observé si longtemps la porte du bureau de Dumbledore alors qu'elle se fermait derrière elle. Elle fronça les sourcils. Si Fudge avait compté sur elle pour redresser l'économie branlante de la communauté sorcière, c'était raté car le prince semblait s'être déjà fait son propre avis sur elle et ne semblait pas prêt de le changer.
Ce qui allait lui tomber dessus ?
Un prince mal luné donc.
-Le paillasson m'a attaquée !
Daesyn sursauta, le cœur battant, au cri perçant qui la réveilla le lendemain matin. Elle grogna d'agacement avant de balancer d'un geste du pied les couvertures pour voir qui avait provoqué ce tumulte.
-Pattenrond n'est pas un paillasson ! Dit Hermione d'un ton indigné.
La scène sous ses yeux aurait paru comique s'il n'était pas beaucoup trop tôt pour rire de quoi que ce soit. Une grande brune aux yeux verts se tenait debout sur un tabouret, pointant un doigt accusateur sur le chat d'Hermione, Pattenrond, qui l'observait nonchalamment depuis le sol.
La sorcière se demanda s'il était trop tôt pour commettre un meurtre.
La faible lumière parvenant du ciel, lui indiqua qu'il devait être bien trop tôt pour que le petit-déjeuner soit servi. N'ayant pas la moindre envie de faire connaissance avec les nouvelles filles arrivées la veille lors du Dîner de Rencontre, la sorcière s'échappa du dortoir pour piquer un croissant dans les cuisines.
La Salle Va-et-Vient dissimulait tant de trésors, d'artefacts précieux et anciens que la sorcière se demandait si elle aurait un jour le temps d'en explorer tous les recoins. Pour l'instant, elle se servait de la pièce comme salle d'expérimentation, et le nombre d'objets cassés s'était vu augmenter au fur et à mesure de ses visites.
Daesyn, les yeux profondément concentrés sur le plafond, tourna lentement son poignet sur la gauche tandis que son autre main restait bien droite devant elle. Une goutte d'eau apparut sur son front, collant de petites mèches brunes sur son visage trempé de sueur alors qu'un sillon de sang traçait son chemin de son nez jusqu'à ses lèvres.
L'un des ouvrages suspendus dans les airs pivota lentement alors que les trois autres chutaient, un par un, sur le sol carrelé, bientôt rejoint par le quatrième dans un fracas de poussière.
-Merde ! S'énerva Daesyn en balayant l'air d'un geste de la main. Les livres sautèrent du sol, projetés loin d'elle par magie. Elle retira son pull trop chaud pour s'essuyer le nez du bout de la manche, déjà teintée de rouge.
-Satanés bouquins !
Daesyn se déplaça pour les ramasser quand, l'un des livres ouverts attira son attention. Rassemblant rapidement les autres ouvrages, qu'elle posa sur une chaise non loin, la sorcière attrapa le livre qui ressemblait plus à une encyclopédie qu'autre chose et s'assit sur le sol.
Dès lors que les runes furent apposées sur la Terre, le grand Hàvar fut béni par la Magie d'un don que nul autre ne possède en ce monde : celui qui lui permettrait la protection de ses semblables. Ce don ne fut transmis qu'au premier enfant d'Hàvar, Astrid, puis au premier né de cette dernière.
Le tissage de runes permet à ce jour, l'invisibilisation de notre magie face aux non-magiques. La Toile comme on la nomme, ne dépend que du pouvoir de celui qui détient le don. Il peut la renforcer, comme il peut la détruire et entrainer notre chute…
Anonyme – 1853.
Le reste du texte s'était tellement effacé qu'il en devenait illisible. Daesyn sentit un élan de frustration la parcourir. Ces mots donnaient tellement et si peu d'éléments à la fois sur cette magie qui les protégeait du reste du monde ! La royauté avait une histoire intéressante, dont la seule source d'information était l'un de ses membres lui-même. Cela aurait été une chance que la sorcière en côtoie un, si seulement ce dernier ne semblait pas la détester profondément.
-Potter ! Où, étiez-vous passée ?
La terrible voix du professeur McGonagall fit tourner quelques têtes à la table des Gryffondor.
-Nous avons votre nouvel emploi du temps, adapté pour que vous puissiez suivre les classes les plus avancées lorsque vous avez du temps libre, expliqua-t-elle brièvement en lui tendant un morceau de parchemin griffonné.
-Potter ?
Daesyn se tourna vers McGonagall. Cette dernière la regardait d'un air farouche.
-Essayez de créer des liens.
Transfiguration et Défense étaient les seuls cours qu'ils partageaient. Daesyn en fut quelque peu soulagée. Il y avait également les Runes, mais ce cours rassemblait tous les niveaux car il y avait habituellement très peu de monde.
Pour la première fois depuis le dîner de la veille, Daesyn remarqua toutes les nouvelles têtes se baladant dans le château. Elle réussit à attraper des bribes d'une conversation française, l'accent allemand dans les escaliers menant à la Grande Salle et… le rire du Prince.
Son Altesse se promenait dans les couloirs avec ni plus ni moins que la sorcière qu'elle avait trouvée debout dans le dortoir ce matin-là, tout souriant et plaisantant. Daesyn sentit un étrange dragon se faufiler au creux de son estomac. La brune souriait au prince d'un air niais, une main devant la bouche, rigolant à quelque parole qu'il avait pu prononcer.
La fille, qui l'avait aperçue, avait maintenant un sourire narquois suspendu à ses lèvres, comme si elle avait gagné une compétition à laquelle Daesyn ne savait même pas qu'elle participait. Elle serra les dents, ses yeux s'assombrirent.
Dès que le prince s'aperçut de sa présence, son sourire tomba et son visage se referma comme une huitre. Merveilleux, pensa-t-elle alors qu'elle faisait un pas vers lui. Comment « créer des liens » avec quelqu'un qui ne voulait rien avoir à faire avec elle ? Daesyn essaya d'ignorer l'aiguille qui s'enfonça légèrement dans son cœur. Le changement d'émotions flagrant entre la fille et elle-même témoignait de son hostilité.
-Bonjour, marmonna-t-il quand elle fut à portée de voix.
-Salut.
Sa main se crispa sur son sac.
-Nous commençons par Défense Contre les Forces du Mal. La classe n'est pas loin de la tour Gryffondor, dit-elle, en essayant d'ignorer son absence d'empathie à son égard.
-Nous ? Répéta-t-il, médusé. « Tu n'es qu'en cinquième année.
-J'ai les capacités pour assister aux mêmes cours que les septièmes années, continua Daesyn, plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Ses cheveux prirent une teinte rouge fumant, alors que la sorcière regardait sa bouche se plisser de mécontentement.
De nombreux étudiants qu'ils croisaient inclinaient la tête vers le prince d'un air solennel, les yeux remplis d'admiration et de curiosité. Certains d'entre eux pointaient ensuite sa cicatrice, tant bien que mal cachée par un brin de cheveux.
Daesyn se demandait à quoi il pensait, alors qu'elle louchait discrètement sur le prince. Il se tenait droit, aucunement affecté par la reconnaissance qu'on lui procurait à part le léger signe de tête qu'il se permettait. Il était définitivement grand, très grand et ses larges épaules cachaient la silhouette de Daesyn des autres sorciers. Ses cheveux étaient plus noirs que l'encre, et ses yeux plus bleus que le ciel à la nuit tombée. Elle sentit ses joues rougir et se força à inspirer profondément puis expirer.
-As-tu as des frères et sœurs ? Demanda-t-elle d'un ton léger.
Daesyn avait toujours eu un problème avec les silences. Elle pensait que souvent, ils n'annonçaient rien de bon et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour les combler, même si ce qu'elle disait paraissait idiot.
-Oui, trois.
-Il fait plus froid en Norvège qu'ici, non ?
-Oui.
Daesyn se racla la gorge. Elle trouvait cette conversation définitivement trop stupide pour son cerveau.
-Comment…
-Ne peux-tu pas te taire ? Tonna-t-il d'une voix grave.
Daesyn se figea, et son cœur brûla un peu sous son regard gris, méprisant. La sorcière soupira, passant une main lasse dans ses cheveux brun, qu'elle avait finalement libérés de leur chignon après avoir reçu tous ces regards.
-J'essaie seulement d'apprendre à te connaître, expliqua-t-elle.
-Alors n'essaie pas, renchérit-il d'une voix dure.
Daesyn le regarda s'éloigner, dépitée, une flamme de colère lentement attisée dans ses entrailles.
-C'est à droite, dit-elle du bout du couloir quand elle le vit continuer à avancer, puis passer la porte de la salle de classe. Elle l'entendit grommeler quelque chose avant de partir à sa poursuite.
La classe de Défense contre les Forces du Mal du professeur Anderson était pour le moins austère. Daesyn fut presque surprise de voir Fred et George avec deux des garçons qu'elle avait entrevus la veille, passer la porte, avant de se rappeler qu'elle était avec les septièmes années.
Daesyn se positionna en face d'Evan, qui lui jeta un coup d'œil ennuyé. Les classes d'ASPICS contenaient presque exclusivement des cours de pratique, dont le duel.
La sorcière serra les dents quand des regards moqueurs tombèrent sur sa plus petite forme, et releva le menton. Croyaient-ils vraiment qu'elle n'avait pas le niveau pour être ici ? Ils se trompaient. Ses expériences acquises lors de ses rencontres avec Voldemort avaient exigé bien du talent pour qu'elle s'en sorte, et cela même lui conférait un avantage dans l'art du duel plus que quiconque dans cette salle, y compris le Prince, qui l'observait toujours du coin de l'œil. Le garçon ne s'attendait certainement à ce que ce soit elle qui lance un sort la première, dès le top départ lancé.
-Expelliarmus, murmura-t-elle en courbant le poignet.
Lyxem riposta immédiatement après un sort de bouclier que Daesyn évita simplement avant de renchérir par un Stupefix, contré par le bouclier du prince. Anderson prenait des notes sur chaque binôme, et de temps à autre, donnait un ou deux conseils.
-Serpensortia, murmura Lyxem. Une vipère jaillit devant elle, mais Daesyn n'y prêta aucune attention. Elle n'allait pas refaire la même erreur qu'avec Malfoy.
-Petrificus Totalus ! Ce fut l'erreur du prince de penser qu'elle se concentrerait sur le reptile. Elle n'avait rien à craindre des serpents, étant Fourchelangue. Le corps du prince tomba et se figea comme de la pierre. Essoufflée, Daesyn posa les mains sur ses genoux, puis lui lança rapidement le contre-sort.
-Tu as triché, dit-il de mauvaise foi, en bannissant le serpent.
-Pas du tout, riposta Daesyn en essuyant son front dégoulinant. Elle savait que ses yeux brillaient. Elle adorait utiliser tous les sorts qui lui passaient par la tête, faire confiance à sa magie et son instinct pour s'en sortir et laisser libre cours à son imagination. C'était grisant.
Elle tendit la main pour l'aider à se relever, mais le garçon préféra prendre appui sur le sol et le faire de lui-même. Daesyn grimaça. Il n'y avait pas plus flagrante démonstration d'antipathie et malgré tout, son ego en prenait un coup.
-Ecoute Potter, commença le Prince d'un ton froid. Je ne veux pas être ton ami. En fait, je préfèrerais que tu restes le plus loin possible de moi.
Daesyn ouvrit la bouche pour contester.
-Je me contrefiche de l'échange. Si je pouvais ne pas être ici je ne le serais pas. Pour moi tu n'existes pas et n'existera jamais. Débrouille-toi pour faire de même.
Sur ce, il tourna les talons. Daesyn, les bras ballants, regarda autour d'elle, désorientée et attrapa le regard de Fred qui lui sourit d'un air désolé. Elle sentit son cœur se contracter et le peu d'espoir qu'elle avait fondre comme neige à la perspective d'une nouvelle amitié.
Fudge n'allait pas aimer ça.
-Je pense que tu t'en soucies trop, voilà tout.
Lee enfourna une autre cuillère de purée dans sa bouche. Daesyn grimaça. Elle ne pensait pas qu'elle en faisait trop, Lyxem était désagréable alors même que le but de l'échange était de rapprocher les nations. Si elle, ne réussissait à avoir une entente un tant soit peu cordiale avec le prince qui voudrait le faire avec son propre correspondant ?
-Ce n'est pas qu'une question de se soucier, contra Daesyn. « Il me déteste.
-Et alors ? Plein de gens te détestent. Quoi c'est vrai ! Ajouta-t-il devant son regard exaspéré.
-Mais ce n'est pas n'importe qui et tu le sais.
-A quoi tu pensais exactement ? Une demande en mariage ? Demanda-t-il avec malice.
-Lee ! S'indigna-t-elle.
Fred et George arrêtèrent leur discussion hachée avec Godric, un de leur correspondant, pour les regarder. Daesyn fixait Lee de l'autre côté de la table, décontenancée. C'était comme s'il ne se souciait pas de ses problèmes.
-Pardon.
Ses grands yeux bruns étaient remplis de regrets. Daesyn détourna la tête.
-C'est bon.
Quelques instants plus tard, elle quitta la table avec Lee, non sans manquer les yeux méprisants du prince, assis près d'Hermione. Ils se baladèrent dans le parc, côte à côte, les mains dans les poches pour les protéger de la température glaciale, silencieux.
-Mon oncle m'a envoyé une lettre. Apparemment vous vous seriez croisés au Ministère l'autre jour. Daesyn acquiesça vaguement, n'ayant point l'envie de bavarder pour le moment.
Lee se racla la gorge. « Hé, Daesyn, je peux te poser une question ?
-Bah oui.
-Qui t'a envoyé un contrat de fiançailles jusqu'à présent ?
La question la surprit. Depuis quand Lee s'intéressait-il à ce genre de chose ?
-Aucune idée, c'est Kingsley qui s'en occupe.
-Oh d'accord, le sorcier paraissait presque déçu et Daesyn se retrouva à en demander plus.
-Et toi ?
-Quoi moi ?
-Tu as fait des demandes ?
-Pas encore.
-Oh ça veut dire que tu as quelqu'un en tête, dit-elle d'un ton taquin en poussant son épaule. Elle jura que Lee était au comble de l'embarras et comprit immédiatement la raison de sa question. Le sorcier avait quelqu'un en tête.
-Qui c'est ? Insista-t-elle, désormais plus que curieuse quant à la mystérieuse personne que le sorcier se sentait obligé de cacher.
-Personne.
-Allez !
Lee secoua la tête et elle abandonna, un peu déçue malgré tout. Il n'y a pas si longtemps, Lee ne lui aurait pas caché cette information.
Le soir venu, Daesyn monta dans son lit le plus rapidement possible pour éviter Lavande et Parvati. Ces dernières semblaient particulièrement excitées à propos de Son Altesse et elle n'avait aucune envie d'être victime de leurs bavardages.
Surtout qu'elle n'aurait pas grand-chose à leur raconter à son sujet. Le Prince lui avait tiré la tête tout le cours de Métamorphose, qui lui avait paru si long, qu'elle aurait souhaité être avec Neville, son binôme habituel. Ajouté à cela les étrangers qui ne cessaient de leur jeter des coups d'œil avec un air ébahi, les filles et garçons de Poudlard qui tentaient par tous les moyens de les approcher et McGonagall qui, elle, s'obstinait à essayer de les faire communiquer.
Les cours de Métamorphose de septième année étaient pour le moins compliqués, basés sur la pratique acquise les années précédentes. Daesyn se débrouillait mais il lui manquait parfois certaines notions, qu'elle avait dû travailler à la bibliothèque pour combler ses lacunes.
La jeune femme soupira en frappant l'arrière de son crâne dans les coussins, croisant les bras sur son visage. Elle avait besoin de discuter avec quelqu'un qui l'écouterait vraiment. Lee avait plus ou moins ignoré ses sentiments ce soir.
-Daesyn, je suis content de te voir.
La jeune femme ne s'attendait pas au soulagement qui l'inonda quand le visage de son tuteur prit la place du sien dans le miroir enchanté. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas discuté. Depuis qu'elle s'était perdue dans le Ministère, Daesyn avait l'étrange sensation que Kingsley lui en voulait. Et, comme elle n'était pas franchement douée pour gérer les problèmes relationnels, elle avait tout simplement fui.
Toutefois la réaction de l'homme lui donnait l'impression qu'il n'avait jamais été fâchée contre elle. Daesyn se sentit légèrement coupable.
-Il me déteste, chuchota-t-elle dans le silence du dortoir. La dernière des filles avait éteint la lumière et le bout de sa baguette allumée donnait à son visage un air fantomatique. Kingsley lui envoya un regard confus.
-Le Prince, elle soupira, ne veut rien avoir à faire avec moi.
-Je suis certain que ce n'est pas la vérité, tenta l'Auror pour la rassurer, prenant place dans son canapé. Daesyn secoua la tête.
-Je ne suis pas aveugle, encore moins stupide. Je sais très bien qu'il ne veut pas de moi, mais je ne sais pas pourquoi.
-C'est étrange, affirma l'homme d'un hochement de tête.
-Merlin, j'ai entendu trop de fois ce mot pour que cela signifie une bonne chose, elle frappa dramatiquement ses mains sur son visage, arrachant un petit rire de l'Auror.
-Je sais de source sûre que sa Majesté attendait avec impatience l'évènement qui lui permettrait de renouer des liens plus profonds avec notre gouvernement. Je ne comprends pas pourquoi il aurait subitement changé d'avis, expliqua Kingsley, les sourcils froncés. « Surtout quand c'est le Prince lui-même qui en a suggéré l'idée.
-Peut-être qu'il a changé d'avis quand il m'a vue justement, répondit-elle avec une pointe d'ironie dans sa voix.
-Ce n'est pas possible puisqu'il savait déjà que tu serais avec lui, réfuta Kingsley d'un mouvement de tête.
Le cerveau de Daesyn eut du mal à digérer l'information. Lyxem ne l'avait pas détestée au premier abord. Au contraire, il avait organisé l'échange, en connaissait les tenants et les aboutissants. Il devait s'être passé quelque chose, d'assez important pour expliquer cette animosité.
La jeune femme se sentit toutefois quelque peu blessée. Elle s'était inconsciemment fait une idée de ce à quoi pouvait ressembler Lyxem, en écoutant les bavardages autour d'elle. Elle avait pensé un être charmant, généreux, bienveillant, humain, quelque peu séduisant. Ses joues rougirent. Elle devait admettre qu'il était séduisant. Mais les seuls termes que son esprit pouvait trouver pour le qualifier désormais étaient banal, condescendant, arrogant, hautain et prétentieux et autres, bien moins polis lui passant par la tête. Elle avait l'impression de ne plus être elle-même avec lui, sa répartie s'envolait et elle ne cessait d'avoir l'impression de s'écraser sous le poids de ses paroles. Pourtant, on lui avait dit des choses bien plus dures. Mais c'était différent.
-Pourquoi ce comportement alors ?
Kingsley avait l'air préoccupé, d'une façon qui lui faisait penser que quelque chose ne tournait pas rond. Daesyn se souvint que Dumbledore avait demandé à parler à Lyxem avant qu'elle ne se fasse congédier dans son dortoir. Était-ce à ce moment-là que le Prince avait décidé de leur destin ? Elle secoua la tête.
-J'aimerais te poser une question si tu le permets. L'expression du plus âgé était prudente, comme s'il s'apprêtait à lui demander de lui révéler ses secrets les plus profonds et les plus sombres. Daesyn rigola toute seule, à la consternation de son tuteur, avant d'acquiescer.
-Qu'as-tu vu dans le Département des Mystères ? La sorcière leva les yeux, légèrement déstabilisée.
-Pour commencer, je te jure que je n'ai pas fait exprès. C'est vrai ! Ajouta-t-elle quand elle remarqua que Kingsley se retint de sourire. « Je voulais voir le Magenmagot. Puis il y a des gens qui sont rentrés alors je suis partie par la porte de derrière. Quand j'ai voulu retourner dans l'hémicycle il n'y avait plus de sortie. Je me suis retrouvée dans la salle des prophéties.
-Quoi !? Il avait l'air alarmé. Daesyn acquiesça en se remémorant les petits globes de verre.
-Il y a ces prophéties… à mon nom.
Kingsley s'était résolument penché en avant. « Que disaient-elles ?
-Tom Elvis Jedusor et…
-Non, leur contenu, tu ne les as pas écoutées ? Coupa-t-il, d'un ton ferme.
-Bah non, répondit-elle en haussant une épaule. « Quelqu'un est arrivé derrière moi, je ne voulais pas me faire prendre.
-Qui ça ?
-Aucune idée, je n'ai pas regardé, j'ai un minimum d'instinct de conservation tu sais.
-On dirait pas, plaisanta-t-il, une lueur troublée dans les yeux. « Personne ne peut pénétrer dans ces Salles sans surveillance. Que, non pas une, mais deux personnes s'y soient introduites en même temps… Ce n'est pas normal.
Kingsley griffonna rapidement une note sur un carnet, qu'elle supposait être destinée au bureau des Aurors.
-Pourquoi l'une des prophéties ne concerne que moi ? Chuchota Daesyn, lorsqu'une des filles s'agita dans son sommeil.
-Je n'en sais rien Daesyn. Tout ce que je sais c'est que tu es promise à un grand destin, pour être marquée ainsi par deux fois.
La réponse énigmatique lui donna des frissons. « Comment ça ?
-Tu es spéciale, tu as quelque chose en plus que les autres n'ont pas, je ne saurais te dire pourquoi. Et cela fait de toi la cible première chez les sorciers.
Son cœur battit un tout petit peu plus fort. Daesyn déglutit, le cerveau tournant à plein régime.
-Qu'as-tu vu dans le Voile ? Continua Kingsley, obstiné à découvrir tout ce qu'elle avait pu lui cacher, ce soir.
-Comment sais-tu que j'ai vu quelque chose ?
-Car tu paraissais tellement absorbée que j'ai cru que tu allais le traverser.
Daesyn déglutit, essayant de calmer un tout petit peu son cœur battant. Elle sentit sa poitrine se soulever un peu plus vite et ferma les yeux pour tenter de dissiper les images dans son esprit. Au contraire, c'était pire.
-Tu n'es pas obligée de répondre. J'espérais seulement savoir si je pouvais t'aider.
Son ton se voulait rassurant et Daesyn ne voulait pas lui mentir.
-C'était Thanatos.
-Qui est Thanatos ? Son visage était si confus qu'il aurait pu être drôle.
-La Mort, murmura-t-elle tout bas.
Kingsley resta silencieux un moment, sa bouche formant parfois des mots qui ne furent pas prononcés. « Comment le saurais-tu ?
-Je l'ai vu, je l'ai rencontrée deux fois déjà.
Son ton était léger pour quelque chose qui ne l'était pas.
-Mais le sortilège de la mort t'a simplement assommée-
Daesyn secoua la tête en signe de déni. « Le sortilège m'a tuée comme il l'aurait fait avec n'importe qui d'autre. J'ai seulement eu à faire un choix, qui n'a été offert qu'à moi.
Kingsley parut soudainement extrêmement fatigué, comme s'il n'avait pas dormi depuis au moins cent ans. Il raccrocha peu après cela, un Patronus l'escortant dans son appartement, vers le Bureau des Aurors. Le sorcier lui fit promettre de rappeler bientôt, et son sourire doux et chaleureux, réchauffa un petit peu le cœur de Daesyn.
Cette nuit-là, son sommeil fut peuplé d'étranges rêves au sujet de Thanatos qui lui faisait la promesse d'être son protecteur éternel, alors qu'il lui déposait la couronne royale sur la tête, la proclamant Reine de la Magie. Mais malgré tout, ce fut la nuit la plus reposante qu'elle ait jamais effectuée.
Le lendemain, matin, Daesyn ne se souvenait plus de rien.
Les jours suivants, Daesyn ne fit qu'observer Lyxem de loin, sans essayer une seule fois d'interagir avec lui. Le fait qu'ils n'aient aucun cours ensemble pour le reste de la semaine jouait en sa faveur.
Autant dire qu'elle était plus que découragée par ce qu'elle vit. Elle trouvait que le Prince était relativement charmant quand elle se trouvait loin de sa portée. La jeune femme le regarda éclater de rire et se cacha derrière la statue. Un mystérieux dragon grogna dans son ventre et ses joues rougirent quand Emma, la coéquipière brune d'Hermione posa une main sur son avant-bras en penchant la tête, tout sourire.
Daesyn déglutit lourdement. Qu'avait-elle de plus, qu'elle, n'avait pas ? Pourquoi l'aimait-il, et la détestait ? Elle pouvait à peine l'approcher, elle.
-Qu'est-ce que tu fais ?
Daesyn sursauta. George la rejoignit derrière la statue.
-Oh je vois, murmura-t-il d'un air extatique en apercevant le Prince.
-Arrête, grogna Daesyn de mauvaise humeur. « Qu'est-ce que tu fais là ?
-Je ne peux plus te voir sans avoir besoin d'une raison ? George lui fit un clin d'œil, puis se recomposa en apercevant son air sérieux. « Il se passe quelque chose entre toi et- » il désigna le Prince d'un mouvement de menton « lui ? »
La sorcière fixa un long moment le Weasley, abasourdie, les joues roses. Quelque chose entre elle et Lyxem ? Jamais. Il faudrait déjà qu'elle réussisse à l'approcher.
-Es-tu idiot ?
George et elle n'avaient pas beaucoup discuté ces derniers temps, s'étaient à peine vus pour échanger quelques banalités, et voilà qu'il s'interrogeait soudainement sur sa vie sentimentale ? Il y avait Strangulot sous roche. Toutefois, la sorcière était secrètement heureuse de voir le Weasley. Les jumeaux, occupés par leur business, avaient pratiquement abandonné les cours et s'occupaient des commandes pour leur magasin de farces. Elle était contente pour eux, mais ils s'éloignaient tous les uns des autres et ne put s'empêcher de penser au vide que sera Poudlard quand ils partiront.
De son côté, George semblait soudainement très mal à l'aise, ce qui ne lui convenait pas du tout.
-C'est Lee qui t'a demandé ça ?
C'était une question rhétorique. La grimace de George lui vendit le coupable. Elle soupira.
-Dans tous les cas, ça ne le regarde pas. Et Lee devrait savoir que Lyxem me déteste, ce n'est pas faute d'en parler. Il ne m'écoute plus.
Daesyn recula de son poste de chasse et s'engagea dans un autre couloir pour éviter le prince, sans un regard en arrière.
-Peut-être que tu devrais lui proposer d'aller voler avec toi ? Il adore le Quidditch, je l'ai vu regarder un match sur son ordinateur l'autre jour.
Daesyn s'immobilisa avant de lancer un regard distrait au Weasley. Depuis que ses ordinateurs avaient été commercialisés, les matchs de Quidditch étaient rediffusés partout dans le monde sur lesdits ordinateurs. Une étrange satisfaction l'envahit à l'idée que Lyxem possède l'un de ses appareils, un projet mûrement réfléchi dans sa tête à elle.
L'idée de George pouvait valoir le coup si le prince aimait voler et non pas seulement regarder les matchs. Cependant, Daesyn allait prendre le risque. Ce n'était pas comme s'il pouvait la détester plus qu'il le faisait déjà.
-Tu penses que c'est une bonne idée ?
-Merveilleuse, dit George avec un sourire carnassier.
Les jumeaux avaient aidé aux préparatifs secrets. Ils avaient demandé à Angelina de leur prêter son balai, plus que ravie de rendre service quand elle apprit la raison de cette demande. Daesyn fit en sorte de faire coïncider le jour J au concours de Bavboules, ce qui libérerait le Lac de la plupart de ses promeneurs, leur laissant le champ libre pour un bon moment. La métamorphomage avait tout prévu : ils iraient voler un moment autour du Lac, peut-être au-dessus du château, prendrait du bon temps et consoliderait une nouvelle amitié.
C'était un peu trop beau pour être vrai.
Maintenant que tout était prêt, il ne restait qu'une seule chose : le Prince.
Daesyn s'approcha du sorcier, les poings serrés, le cœur tremblant. Ils s'arrêtèrent de parler. Elle sentit sa gorge devenir sèche. Emma eut un sourire narquois et s'appuya nonchalamment contre le mur, les bras croisés.
-Est-ce que tu voudrais voler au-dessus du Lac ?
-C'est complètement stupide comme idée. Non mais regarde-toi, qui voudrait même aller s'amuser avec toi.
Daesyn plissa les yeux vers la fille. Elle commençait sérieusement à être agacée par son hautaineté et ses manières de bourge coincée, qui pensait que tout lui revenait de droit.
-Va-t'en, personne ne veut de toi ici, ajouta Mini-bourge, l'air dédaigneux.
Daesyn la dévisagea de haut en bas, puis regarda Evan, qui n'avait rien dit jusqu'à présent. Une ombre passa sur le visage du prince, qu'elle interpréta comme une pointe de regret. Les millions de Botrucs dans son estomac remuèrent ses entrailles jusqu'à ce qu'elles ressemblent à de l'or fondu. La jeune femme déglutit et détourna la tête de son visage.
-Tu sais, tu devrais vraiment penser à répondre par toi-même au lieu de laisser les autres le faire à ta place, surtout quand ils sont particulièrement stupides. Non seulement tu passes pour quelqu'un de stupide toi-même mais aussi pour un lâche.
Le cou du prince se tourna si vite qu'il aurait presque pu finir comme Nick-Quasi-Sans-Tête. « Quant à toi, » elle désigna Emma du menton, « tu finiras soit mariée, soit dans une ruelle, tard le soir. »
-Comment oses-tu ! La fille avait presque collé son visage au sien, les lèvres retroussées de colère.
-Avec ton attitude tu te fais des ennemis Emma. Et je serais toi, j'éviterais de me parler comme tu l'as fait à l'avenir. Cela pourrait te coûter très cher.
Elle savait qu'elle proférait des menaces, qui pouvait lui valoir des ennuis si cela parvenait aux oreilles des professeurs. Mais cette gamine commençait à l'énerver très sérieusement, et tout le monde savait qu'il ne valait mieux pas la mettre en colère sans en faire les frais.
-Tu me menaces ?
-L'Héritière Potter-Black te menace oui.
Elle vit la fille perdre quelques teintes de peau, comme si un fantôme lui était passé au travers. La sorcière recula la tête haute, comme Sirius le lui avait appris et s'éloigna avec un dernier regard au prince, qui l'observait impunément.
Lorsque Daesyn rangea son balai dans sa malle sous le regard attentif d'Hermione ce soir-là, elle se fit la promesse que le prince ne brûlerait plus jamais son cœur de cette manière. A partir de maintenant, elle prendrait son avertissement à cœur : elle n'existait pas pour lui, il n'existerait pas pour elle.
La jalousie broya ses entrailles. Une question persistait toujours dans son esprit vif : qu'avait-elle de plus ?
Il fallait qu'elle efface les pensées d'une nouvelle amitié de son cerveau, et elle hésitait à soumettre la partie de son esprit qui avait souhaité plus à un Oubliette. Son cœur percuta ses côtes, une pointe de douleur s'enfonçant profondément telle une aiguille dans ses nerfs. Même oublier serait douloureux.
Une larme dévala sa joue quand Daesyn s'endormit ce soir-là, se promettant de ne plus jamais pleurer pour un garçon, ou qui que ce soit d'autre.
Pourquoi tout était toujours si compliqué ?
Daesyn comprit très rapidement qu'il ne serait pas si facile d'oublier la première personne qui lui avait donné naissance à une colonie de Botrucs et de dragons dans son corps, surtout quand cette personne était présente à la majeure partie de ses cours.
La sorcière ignorait totalement le garçon et, à son plus grand malheur, ce dernier semblait plus intrigué quand elle ne parlait pas que quand elle parlait. Elle avait réussi le sort enseigné par McGonagall avant la première moitié du cours, et passait désormais le temps à jouer avec sa baguette en la faisant tourner entre ses doigts, sous le regard sévère de sa cheffe de maison. Elle pouvait sentir le regard du Prince, qui ne cessait de lui jeter des coups d'œil qu'il pensait discrets sans toutefois ouvrir la bouche.
Probablement parce que, quand elle finissait avant l'heure, avant, elle lui posait toujours tout un tas de questions pour essayer de le faire sortir de sa coquille et en apprendre plus sur lui. Certes, cela restait des questions plus que banales sur sa vie mais elles comblaient le silence qui planait entre eux.
Leurs interactions se limitaient désormais à des silences pesants. C'était sa décision, mais cela ne rendait pas les choses plus faciles.
Ce fut donc démunie qu'elle rejoint ses amis devant la porte de leur dernière classe.
-C'est une catastrophe, souffla-t-elle. « Cet échange est un pur et simple échec.
Les jumeaux partagèrent un regard indéchiffrable.
-Regardez, dit-elle en s'arrêtant au milieu du couloir.
Lyxem et Mini-bourge conversaient tranquillement, de temps à autre interrompus par un rire. Emma était accrochée au bras du sorcier comme s'il pouvait éventuellement s'envoler.
-Pas cool, approuva George d'un signe de tête. Lee resta silencieux en observant le couple, haussant simplement les épaules.
-Qu'est-ce qu'elle a de plus que je n'ai pas ? Marmonna-t-elle, agacée, en se détournant.
-Rien.
-Quoi t'es jalouse ?
Fred et Lee avaient parlé en même temps, même si son ami métis paraissait lui-même agacé. George se tourna vers le sorcier, ouvrant la bouche pour intervenir. Daesyn elle-même haussa les sourcils, une tempête s'enflammant dans son cœur.
-Pourquoi t'es comme ça ? Demanda-t-elle froidement.
-Comme ça quoi ? Répondit-il, pour le moins déconcerté.
-Rien. Laisse tomber.
Daesyn fit demi-tour sous les réprimandes de Fred.
La Salle sur Demande était son refuge. Daesyn posa son sac sur le sol, bouillonnant intérieurement. Ils l'énervaient tous, Lee, Lyxem, Mini-bourge… La rage au cœur, la métamorphomage jeta sa cape sur le côté, qui atterrit comme un torchon froissé.
-AAAAH ! Daesyn hurla en balançant ses bras sur un côté, comme si elle tenait une batte de baseball et qu'elle essayait d'assommer quelqu'un avec.
Daesyn ne s'attendait pas vraiment aux conséquences de sa si petite action. Toutes les vitres de la Salle sur Demande explosèrent en millions de morceaux, éparpillant du verre partout sur le sol. Les plus petits débris traversèrent furieusement la pièce et allèrent se planter droit dans les fauteuils disposés dans les coins de cheminée, creusant plein de petits trous dans le cuir.
Sa poitrine se soulevait rapidement dans son corset. La sorcière se redressa de toute sa taille et secoua les bouts de verre de sa robe. Autant que sa présence ici serve à quelque chose.
La sensation de ses doigts vibrant de magie arriva plus vite cette fois. Une délicieuse traction derrière son nombril fit battre son cœur d'excitation. Un courant d'air passa dans ses cheveux. Son front dégoulinait. Désormais, elle avait l'impression de sentir la magie de la pièce. Celle-ci courrait sur sa peau, lui donnait la chair de poule puis faisait battre follement son corps.
La traction s'amplifia tellement que Daesyn crut qu'elle allait exploser. Tous les objets de la pièce décollèrent du sol. Ses mains tremblaient de puissance, alors que la sorcière sentait sa magie s'épanouir.
La traction agréable commença à picoter de douleur, jusqu'à lui brûler la peau.
Daesyn tira sa main en arrière comme si elle avait brûlée et recula d'un pas, déséquilibrée. Elle attrapa sa main avec l'autre et frotta son pouce sur sa paume. Elle avait l'impression d'avoir pris une décharge, une très différente de celle qu'elle avait prise quand elle avait touché Lyxem la première fois.
Elle sentit un liquide chaud couler de son nez, qu'elle essuya rapidement avec un mouchoir. Le blanc fut tâché de rouge. Daesyn, essoufflée, s'effondra sur le sol, les bras écartés, tentant peu à peu de reprendre son souffle. Elle se sentait vidée de son énergie.
Sa magie n'avait jamais été aussi puissante et capable, et malgré elle, Daesyn savait que quelque chose ne tournait pas rond.
Quand est-ce que les ennuis s'arrêteraient ?
L'entraînement de Quidditch restait parmi ses moments préférés de la semaine, même si Angelina était un capitaine impitoyable. Daesyn tournait en rond depuis un bon moment autour du terrain, observant le reste de l'équipe de Gryffondor en-dessous, qui essayait de mettre au point une nouvelle stratégie.
Avec une grande inspiration, Daesyn grimpa de quelques mètres avant de plonger vers le sol. Le vent lui fouetta les joues alors qu'elle poussait son Eclair de Feu à son maximum. Un pic blanc lui piqua les yeux : Malfoy, se tenait au milieu du terrain comme s'il en était propriétaire.
Daesyn, lancée à pleine vitesse, étouffa un juron. L'idiot essayait-il de se faire tuer ? Il n'y avait aucun moyen qu'elle s'arrête à temps. La sorcière cramponna son balai à deux mains, et releva le manche dans un vain espoir de faire pivoter son balai vers le haut. Heureusement ce dernier avait une vitesse de réaction incroyable et elle passa à peine au-dessus de la tête de Malfoy qu'elle entendit hurler.
La sorcière sentit ses joues rougir de colère. Ce garçon, cet enfant, était assez stupide pour se tenir sur un terrain où elle était lancée à plus de 100km/h et aurait pu facilement le tuer ? Elle se posa, deux mètres plus loin, les genoux tremblants et les cheveux décoiffés par le vent.
-As-tu le même QI qu'un Scroutt à Pétard Malfoy ?! Lui cria-t-elle, le regard dur.
Mais ce dernier ne semblait pas s'en soucier le moins du monde. Il tenait dans les mains, un papier chiffonné sous le vent provoqué par son passage, l'air victorieux et un sourire narquois qui pendait à ses lèvres. Daesyn se sentit presque mal à l'aise. Qu'avait encore fait Malfoy ?
Ce dernier lui lança le chiffon qu'elle aurait pris dans la figure si ce n'était pas pour ses réflexes aguerris. Elle fixa le garçon.
-Mais quel déshonneur Potter… Se moqua-t-il d'une voix traînarde.
Daesyn déplia lentement le torchon, le journal.
Rita Skeeter. Qu'avait-elle besoin de lire de plus ? Ce journal était certainement un ramassis de conneries comme les précédents. Elle se retint d'écraser les feuilles sur le visage soigné de l'Héritier Malfoy, jusqu'à ce que certains mots attirent son attention.
Le complot de Daesyn Potter
Daesyn Potter est sans doute la personnalité féminine la plus convoitée de notre société magique, à égalité avec la Princesse Astrid de Norvège, sœur cadette de son Altesse, le Prince de Norvège dont la beauté est chantée à bien des égards.
N'est-il pas nécessaire de rappeler pourquoi notre chère Daesyn Potter est célèbre ? Votre dévouée reporter pense que oui.
Daesyn Potter a vaincu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom par deux fois, mettant fin à la guerre qui secouait notre monde. L'enfant est désormais à la tête des deux plus grosses fortunes d'Europe : Potter et Black et ce faisant, la dernière Héritière en vie de celles-ci.
Mais ce n'est pas tout ! Votre reporter peut vous annoncer que les célèbres ordinateurs vendus partout dans le monde sorcier sont l'invention de cette chère Potter, en partenariat avec les Gobelins. Vous trouverez plus d'informations à ce sujet page 8.
Il semblerait cependant, que la célébrité de la fillette lui soit montée à la tête.
En effet, selon un certain nombre de ses camarades, la fillette ne se soucierait plus que de sa propre personne et serait capable d'exercer son autorité sur bon nombre d'entre eux, notamment en leur versant des pots-de-vin.
-Daesyn n'est plus la même. Elle ne nous parle presque plus, nous snobe complètement. C'est comme si nous n'existions plus pour elle, déplore anonymement l'un de ses camarades de la maison Gryffondor.
-Potter a toujours été arrogante et cruelle, mais c'est de pire en pire, se plaint Pansy Parkinson, une jeune fille de bonne maison, dont la déclaration est approuvée par l'Héritier Drago Malfoy.
Comme vous le savez tous, l'école de Sorcellerie de Poudlard accueille cette année une panoplie d'étudiants étrangers dans le but de rapprocher nos Nations, pour construire un monde nouveau, organisé par notre Ministère.
De toute évidence, il semblerait que cela ait donné l'occasion à Miss Potter d'affirmer une nouvelle fois sa supériorité sur ses camarades, car cette dernière est jumelée avec ni plus ni moins que notre Prince bien-aimé.
Votre journaliste, Rita Skeeter, a donc mené sa propre enquête.
Il semblerait que l'enfant Potter ait beaucoup changée, osant même proférer des menaces à quiconque se mettrait en travers de sa route, comme le rapporte une des élèves en échange.
-Elle m'a menacée, me confie Emma Torp, (dont les parents sont de proches conseillers de sa Majesté le Roi Lyxem), les larmes aux yeux, je crains pour la sécurité du prince. Et si elle lui donnait un philtre d'amour ?
Mes chers lecteurs, nous pouvons donc nous poser une question légitime : Daesyn Potter est-elle un danger pour notre Société ? Cherche-t-elle à acquérir plus de pouvoir sur notre monde ?
Pourrait-elle chercher à en avoir plus, en empoisonnant sa majesté avec un philtre d'amour pour prendre place sur le Trône Royal ?
Nous espérons de tout cœur que notre Prince est en sécurité à Poudlard et que sa position n'est point menacée par une enfant en quête de pouvoir. Car si tel est le cas, qui pourra arrêter l'ascension de Daesyn Potter ?
Votre dévouée reporter, Rita Skeeter.
-Merde, QUEL EST TON PUTAIN DE PROBLEME ? Hurla Daesyn.
Un coup de vent porta sa voix dans les gradins de Quidditch. Ses cheveux s'échappèrent et claquèrent sur son visage, son cou, ses épaules. Elle voulait que Malfoy paie pour ce qu'il avait fait. Qu'il soit ridiculisé et rabaissé comme elle était sûrement en train de l'être par toute la société magique. Elle était tentée de lui donner un coup de balai et se retint à grande peine, ses doigts se crispant sur le bois de son bien le plus cher à ses yeux.
-Il fallait bien rétablir la vérité Potter.
Cette déclaration ne faisait que lui donner la preuve que Malfoy avait tout organisé, elle soupçonnait cette Torp d'être également derrière tout cela. La colère lui monta à la tête. Ses menaces n'avaient fait que l'enfoncer plus loin et tout ça pour un stupide sorcier.
-Rien de tout cela n'est la vérité ! Cria-t-elle en s'avançant vers le blond, le journal déchiré à ses pieds.
Elle sut d'un coup d'œil de Malfoy que ses pupilles avaient viré vers un vert émeraude brillant. Elle entendit Angelina descendre de son balai juste derrière elle.
-Tu sais pourquoi t'es adoptée ? Parce que ta putain de mère a dû coucher avec un bâtard qui n'a pas voulu de toi !
-Tu parles en connaissance de cause ? Cracha Daesyn d'un ton acerbe.
-Tu sais quoi ? Je pense qu'ils sont heureux d'être morts plutôt que de te faire face. Qui pourrait aimer quelqu'un qui t'a mené à ta propre mort et n'est même pas reconnaissant pour ça ? Qui pourrait aimer une putain qui veut séduire le prince rien que pour son trône ? Oh, attends Potter…peut-être qu'en fait, c'est de famille la prostitution ?
Le silence tomba rudement sur le terrain. Le reste de l'équipe les avait rejoints sur le sol. Elle entendit un ou deux halètements derrière elle. Daesyn ne ressentait plus que cette colère qui faisait bouillir son sang. "Répète ce que tu as dit." Articula-t-elle froidement en frappant son balai sur le sol.
Elle sentit Fred, ou peut-être était-ce George, avancer rapidement derrière elle. Malfoy sortit sa baguette. Daesyn se sentit envoûtée par sa propre magie, débordant d'un pouvoir différent qu'elle ne pensait pouvoir contrôler.
-Ta mère n'était qu'une putain. Mais toi tu n'es rien qu'une meurtrière. Son sourire narquois ne cachait pas la peur qu'il ressentait face à ses yeux gris. N'importe qui aurait pu dire que sa ressemblance avec Sirius Black était effrayante, encore plus quand celui-ci était connu pour être un meurtrier de masse.
-TAIS-TOI ! Hurla Daesyn de toutes ses forces en jetant sa main pour donner un coup de poing au visage de Malfoy.
Plusieurs choses se passèrent en même temps, faisant du terrain de Quidditch un champ de bataille. Fred essaya de l'attraper par la taille pour l'empêcher de se jeter sur le Serpentard alors même qu'il était repoussé par une puissante bourrasque qui coucha tous ceux autour d'elle sur le terrain. Des éclairs violets frappèrent le sol, emportant des mottes de terres dans les airs. Une pluie battante secoua l'herbe et forma en quelques secondes des flaques d'eau immenses sur le terrain de Quidditch. Certains élèves partirent en courant se réfugier à l'intérieur.
Daesyn se jeta sur Malfoy qui avait perdu sa baguette. Ce dernier lui asséna un coup de poing dans le menton, lui faisant claquer les dents et reculer d'un pas. La sorcière goutta la teinte métallique du sang contre sa langue. La sorcière riposta par un violent coup de poing dans le nez qu'elle sentit craquer sous ses jointures.
-LÂCHE-MOI, hurla Daesyn à la personne qui la retenait par les hanches. "LÂCHE-MOI.
-Potter si vous ne voulez pas que je vous assomme alors vous feriez mieux de faire cesser la tempête que vous créez autour de ce château !
Rogue. C'était Rogue qui tentait vaguement de l'empêcher de tuer Malfoy, toujours à terre, les mains sur le nez, sanglotant pathétiquement. Elle n'arrivait plus à respirer. Le professeur de potions la rattrapa avant qu'elle tombe sur le sol. Elle était éreintée. La pluie cessa immédiatement, l'orage aussi, et les rayons du soleil percèrent à nouveau les nuages.
Il n'y avait plus personne.
-A l'infirmerie monsieur Malfoy. Immédiatement.
Le garçon s'éloigna en courant. Daesyn ne bougea pas du sol, le visage entre les mains, les coudes sur les genoux. Elle pouvait encore sentir la présence de Rogue derrière elle, furieux.
-Potter allons-y aussi.
Daesyn voulait protester avant de décider que cela n'en valait pas la peine. Rogue était déjà bien assez énervé comme ça.
-Vous êtes expulsée de l'équipe de Quidditch jusqu'à nouvel ordre !
La métamorphomage pensait que Rogue était énervé, mais ce n'était rien comparé à la fureur titanesque du professeur McGonagall, qui la dévisageait d'un air déçu auquel elle n'avait jamais eu droit.
-Professeur ! Protesta Daesyn d'effroi. « Vous ne pouvez pas, le match est dans une semaine !
-Alors espérez qu'Angelina soit assez douée pour vous trouver un remplaçant !
Daesyn sentit de nouveau l'impuissance grandir en elle. Tout était la faute de Malfoy, se dit-elle en serrant les poings alors que Mme Pomfresh terminait d'appliquer le baume sur ses plaies avant de se faire congédier.
Les portes de l'infirmerie lui paraissaient aussi lourdes que son corps, qui rêvait d'une nuit de sommeil. Secrètement, elle espérait que Kingsley était disponible pour un appel immédiat. Elle savait qu'il n'approuverait pas ses actes pourtant Daesyn avait désespérément besoin de lui, particulièrement de sa présence réconfortante.
Lyxem était appuyé contre le mur en face de l'infirmerie, les mains dans les poches, les yeux sur le sol. Il leva la tête quand les portes s'ouvrirent. Leurs regards se croisèrent.
Daesyn sentit l'ennuie la traverser, suivi d'une déplaisante accélération de son rythme cardiaque. Que pouvait-il lui vouloir ? Elle passa devant lui sans décocher un mot alors qu'il se levait pour la suivre. Elle entendit ses pas la rejoindre tandis qu'elle grimpait une volée d'escaliers.
-Comment ? Appela-t-il en courant pour se mettre à côté d'elle. « Comment as-tu fait ?
-Lâche moi. Elle bifurqua devant un portrait pour rejoindre la tapisserie des Trolls dansants où se cachait la salle sur demande. Cependant, Lyxem semblait cette fois-ci vraiment vouloir lui parler.
-Daesyn attends ! Interpella-t-il pour la troisième fois, de plus en plus essoufflé. La sorcière sentit sa magie crépiter et ses cheveux se dresser en un noir sauvage. C'était la première fois qu'il prononçait son prénom et la première fois qu'il lui parlait sans haine ni mépris.
Toutes les fois où elle avait voulu, souhaité qu'il lui adresse un seul mot, il avait choisi aujourd'hui de tous les jours pour le faire.
A son plus grand soulagement, une petite porte de la Salle sur demande s'ouvrit, laissant entrer sa silhouette dans un salon chaleureux. Un immense silence l'accueillit, auquel Daesyn soupira de soulagement. Malfoy, elle fronça les sourcils, avait complètement dépassé les bornes.
Et, elle aussi, songea-t-elle amèrement en s'avançant dans la pièce. Elle espérait pouvoir faire une petite sieste avant que le déluge de ses actions ne s'abatte sur sa pauvre tête.
-Quel est cet endroit ?
Elle sursauta, dégainant violemment sa baguette vers le visiteur. Lyxem se tenait derrière elle, observant émerveillé, autour de lui. Comment avait-elle pu ne pas l'entendre ?
-Je t'ai vue sur le terrain.
Daesyn grogna d'agacement et attrapa une pile de livres, puis se dirigea vers le canapé entassé non loin de là, l'ignorant totalement. Pourquoi semblait-il vouloir lui parler à tout prix maintenant ?
-Il le mérite, déclara-t-elle sèchement.
Il n'avait pas le droit d'émettre un jugement ses réactions.
-Qu'est-ce qu'il a dit ?
-Pourquoi tu t'y intéresses de toute façon ? Daesyn s'enfonça dans le canapé, les genoux entourés de ses bras, fixant les yeux profonds de Lyxem, installé en face d'elle. Son cœur battit un peu plus fort et elle tourna le regard. « Tout le monde peut faire ce que j'ai fait », dit-elle obstinément, le nez fourré dans les pages de son livre.
-Faux.
Bien sûr ce bâtard le savait. Il se leva, s'assit près d'elle et appuya son bras sur l'accoudoir derrière elle. Daesyn se raidit alors que le geste lui permettait de s'enfoncer plus près de son corps.
-Comment as-tu fait ? Questionna-t-il à nouveau.
La sorcière examina profondément ses yeux bleus, jusqu'à se perdre à l'intérieur. « Je n'en sais rien.
-Je sais que tu-
-Oh tais-toi un peu ! cria Daesyn qui se leva en balançant les bras. Le canapé d'en face s'éleva et retomba en un grand « boum » derrière eux tandis que les bougies s'enflammaient et des bruits de verre brisé se faisaient entendre.
La métamorphomage ne sut pas combien de temps s'écoula ensuite. Un énorme silence les avait distancés, impossible à rompre.
Qu'est-ce que j'ai fait, se demanda Daesyn en constatant les dégâts, le corps brûlant.
-Ça va ? elle se tourna, leva la tête vers Evan, qui en avait profité pour s'approcher à pas de loup devant elle. Il tenait dans sa main un mouchoir. « Je peux ? » dit-il en désignant la flaque de sang logée au-dessus de ses lèvres.
Il s'approcha d'elle avec précaution. Il craignait sûrement de finir comme Malfoy néanmoins Daesyn était trop fatiguée pour lui en vouloir.
Une main attrapa son menton. Son cœur s'emballa aussitôt, le contact ayant le même effet que l'électrocution qu'elle s'était une fois prise en voulant trafiquer le compteur électrique des Dursley. C'était une décharge agréable cependant.
Il essuya délicatement la saleté. « Voilà. Je… je suis désolé. » Dit-il en reculant finalement sans lâcher son menton.
-De m'avoir traitée comme de la merde ces trois dernières semaines ?
-De –
-Daesyn !
Fred l'attrapa et la serra fortement dans ses bras. George l'enlaça à son tour puis Lee qui s'accrocha à elle comme si elle allait s'envoler. Daesyn regarda Lyxem et par-dessus l'épaule du rouquin et fut surprise d'y déceler une étincelle de déception dans son regard, alors qu'il reculait vers la porte.
Daesyn aurait dû savoir qu'il y aurait des conséquences à ses actes. Tout d'abord, Malfoy, qui avait inventé une histoire plutôt sordide sur la façon dont ils s'étaient disputés, qui était loin, très loin de la réalité. Les commères de Poudlard effectuant leur travail, l'histoire s'était tordue, formée et déformée, pour finir en récits complètement aberrants que tout le monde croyait.
La sorcière savait qu'il était inutile d'essayer de rétablir un semblant de vérité. Les gens préféraient les mensonges à la réalité.
Toutefois, les rumeurs étaient véritablement désagréables cette fois-ci, laissant les élèves la pointer du doigt et lui lancer d'horribles maléfices Cuisant derrière son dos, lui donnant la sensation d'avoir de nouveau onze ans et rien pour se protéger, ne lui laissant que l'opportunité de raser les murs.
Kingsley lui avait fait un semblant de leçon, même si elle savait que secrètement, il n'était pas tout à fait contre le fait qu'elle ait réagi, plutôt contre la manière dont elle l'avait fait. Quant à McGonagall, elle était véritablement enragée contre elle, profitant de chaque instant disponible pour la réprimander comme il se doit.
Contre toute attente Lyxem n'avait pas quitté ses côtés et rien que cette pensée laissait son cerveau fondre comme de la bouillie. Torp n'avait pas pardonné cela, ayant même fait une scène devant toute la Grande Salle à ce sujet, l'accusant d'avoir empoisonné le prince. Ce que Daesyn n'avait pas particulièrement apprécié puisqu'il y avait déjà trop de dramas à son sujet à ce moment-là.
-Qu'est ce que le pouvoir de la Toile exactement ? Demanda pour la énième fois la sorcière en tournant autour du noble.
-Je ne peux pas t'en parler, répondit-il, l'air exaspéré.
-Peux pas, ou ne veux pas ? Insista-t-elle, avec une moue déçue.
-T'es insupportable tu sais ?
Leur relation était bizarre. Un jour, il la détestait et d'un coup, c'était comme s'ils se connaissaient depuis toujours. La pensée qu'il lui manquait des éléments pour mettre en place le puzzle, ne cessait de tourmenter son esprit. Quelque chose se tramait et la sorcière n'était pas sûre d'aimer ça. Néanmoins, une petite partie égoïste d'elle-même aimait passer du temps en sa compagnie et ne souhaitait échanger ces moments pour rien au monde. Alors même qu'il ne lui dévoilait presque rien de sa vie.
-De quoi puis-je parler avec vous alors, votre Altesse Suprême ? Demanda Daesyn d'une voix pompeuse, une note dramatique dans sa révérence exagérée.
Daesyn vit les muscles de sa mâchoire se contracter tandis qu'il regardait autour de lui.
-Arrête, dit-il d'une voix ferme. « En plus, tu le fais mal. Personne ne t'a appris ça ?
-Quoi donc ? Daesyn prit sa baguette et murmura un sortilège. Un long tapis rouge se déroula aux pieds du prince, qui souffla.
-Tu es infernale. Il fit un pas vers elle et Daesyn fut tentée de reculer pour éviter de se tordre le cou.
-A tes yeux seulement.
Lyxem s'approcha suffisamment de son visage pour que Daesyn puisse remarquer le rosissement qui parsemait ses pommettes. Son regard se promena sur son nez, ses yeux bleus, remplis d'agacement en cet instant. Son cœur accéléra dans sa poitrine alors que ses yeux tombaient enfin sur ses lèvres rose pâle. Son souffle se fit plus court alors qu'elle les disséquait se mouvoir pour l'insulter avec délicatesse sans véritablement en entendre le son. Qu'est-ce qu'il se passerait si elle ne se penchait rien qu'un tout petit peu, en avant ? Est-ce qu'il l'embrasserait en retour, comme dans les feuilletons que Pétunia aimait regarder les après-midis, que Daesyn trouvait franchement ridicules ? Au fond d'elle, elle savait bien que non.
-Daesyn ?
Elle tourna la tête si violemment qu'elle sentit son cou craquer.
Lee attendait, les bras ballants alors que son regard passait de l'un à l'autre. Elle recula doucement d'un pas, retrouvant à contre cœur son espace vital. Une mèche rousse lui tomba sur le front.
Foutue métamorphomagie.
Lyxem lui lança un regard confus, probablement parce que la tension dans l'air était devenue plutôt épaisse. Comprenant sans doute qu'il valait mieux de les laisser seuls, le prince lui serra doucement la main puis recula lentement.
-On se voit à la bibliothèque, salua-t-il, avant de se détourner d'eux.
Daesyn acquiesça vaguement, plus concentrée sur le picotement électrique de la magie dans la main qu'il avait touché. Comment pouvait-il ne pas le sentir était au-dessus de sa compréhension.
Le visage de Lee se ferma. Il n'en fallut pas plus à la sorcière pour rejoindre son ami sans un regard en arrière. Ses pas résonnèrent étrangement dans l'air pesant et silencieux, ce qui commençait sérieusement à l'agacer.
-Qu'est-ce que tu fichais avec lui ?! Explosa enfin Lee.
Daesyn s'arrêta. C'était donc à cause de ça. Lee commençait vraiment à l'agacer avec sa jalousie mal placée, qui la houspillait depuis des semaines. C'était son ami, oui, mais cela ne lui donnait certainement pas le droit de contrôler ses relations. Elle n'avait jamais demandé à être protégée par qui que ce soit.
-Et pourquoi je ne serais pas avec le prince, Lee ?
-Lyxem par ci, Lyxem par là. Toujours le Prince n'est-ce pas ? Son visage était déformé par la colère. « Et la grande Daesyn Potter vient à sa rescousse ? Tu n'as pas encore compris qu'il ne veut pas de toi, il se préoccupe seulement de tes pouvoirs ? Il se fiche de toi, tu pourrais disparaître qu'il ne saurait même pas que tu aies déjà été là en premier lieu. » Cracha-t-il avec méchanceté.
Daesyn sentit ses genoux fléchir, le cœur battant à tout rompre. Elle fixa un moment Lee, bouche-bée. Sa gorge se serrait, et ses yeux, à son insu, s'étaient remplis de larmes qui menaçaient de dévaler ses joues.
-Daesyn je… Il tendit une main pour attraper son poignet mais elle recula hors de sa portée, ce qui lui valut un regard trahi. Elle s'en fichait.
Il n'avait pas le droit de lui dire ça.
-Va te faire foutre Lee. Murmura-t-elle sans ferveur.
Le cœur lourd, Daesyn se retourna sans demander son reste, blessée au plus profond de son âme. Ses pieds la portèrent vers un endroit inconnu, les yeux embués qui l'empêchaient de se repérer. Elle rentra dans plusieurs personnes, en bouscula d'autres, et donna plusieurs coups d'épaule. Hermione essaya de l'arrêter, mais elle passa devant la fille sans un mot.
Son cœur lui paraissait si gros qu'elle se demandait s'il allait exploser. Son esprit ne lui répétait plus que mots : Lee n'avait pas le droit de dire ça. Lee n'avait pas le droit de dire ça. Elle voulait hurler sa douleur, ce mantra qui jouait la scène en boucle dans sa tête, transformait sa tristesse en une colère sourde, grondante et montante, qui ressemblait à l'orage qu'elle avait créé autour de Malfoy. En ce moment, ce qu'elle souhaitait plus que tout, c'était que son cœur soit emporté dans cette tempête qui essayait de la noyer. Elle ne savait plus qui elle était, ce qu'elle était. Elle voulait Kingsley, Kings saurait quoi faire, mais son tuteur était en mission à des lieux d'ici, et ne pouvait lui répondre.
Daesyn entendit le fracas des portes de la salle sur demande claquant contre les murs, plus qu'elle ne le vit, les yeux flous. Elle avait l'impression que son cœur se déchirait en deux et que sa magie tentait d'en recoudre les morceaux à vif. Des larmes chaudes dévalèrent ses joues avant qu'un hoquet n'éclate de sa bouche. Ça faisait horriblement mal. Lee était la dernière personne sur cette Terre qui dans son esprit, aurait pu lui infliger ce genre de douleur.
Le corps secoué de sanglots, Daesyn s'effondra sur le carrelage froid, les mains sur le sol. La colère lui mina le cœur alors qu'elle arrachait sa baguette de la poche de sa cape pour se déchaîner contre les objets éparpillés, faisant s'envoler un drôle de caillou de ladite poche. Daesyn hoqueta à nouveau, des sanglots plein la gorge. Elle se pencha en avant pour ramasser le caillou, qui n'était en réalité, pas du tout un caillou. C'était la pierre qu'elle avait ramassée de l'Horcruxe de Voldemort et qu'elle avait oublié au fond de sa cape depuis lors.
Dans un accès de rage Daesyn hurla en l'envoyant au fond de la pièce. La pierre rebondit trois, quatre, cinq fois avant de s'arrêter sur le sol. La sorcière inspira, puis expira, le corps tremblant, la gorge défoncée par la douleur.
Lee était complètement minable.
La jeune sorcière marcha jusqu'au bijou noir et se pencha pour le ramasser. Elle le fit rouler doucement dans sa main et son reflet lui envoya ses joues tachées de larmes, qu'elle frotta rapidement de sa manche. Un courant d'air glacial la fit frissonner, serrant fermement la pierre dans sa main.
-Oh, mon enfant.
Daesyn cessa tout mouvement, figée. « Maman. »
