Eddie attrapa le doudou de Junior et le posa sur le reste de ses affaires.
C'était difficile à faire mais Kameron serait là dans quelques minutes pour reprendre son fils et il ne pouvait pas retarder plus longtemps le moment fatidique.
Il comprenait pourquoi la jeune femme agissait ainsi mais il la détestait de faire souffrir Buck de cette façon.
La nuit précédente il s'était réveillé alors que Buck était en train de faire les sacs de son fils. Il était parvenu à le convaincre de revenir se coucher et son fiancé avait été un gâchis de larmes et de désespoir entre ses bras.
Eddie jeta un œil à la petite chambre de fortune faite spécialement pour Junior.
Il pouvait y voir tout l'amour que son fiancé y avait mis, tout le soin qu'il avait apporté à chaque détail, tout comme le jour où il avait décidé d'installer un plafond étoilé au-dessus du lit de Christopher. Quoi qu'il fasse, Buck y mettait toujours tout son cœur et c'était pour ça que ça faisait aussi mal.
Il vérifia une dernière fois qu'il n'avait rien oublié et quitta la petite chambre.
Il récupéra le paquet de couches dans la salle de bain et le lait en poudre dans la remise. Il n'en n'aurait plus besoin, plus avant un long moment. Buck ne serait pas prêt à redevenir père avant que la plaie ne soit cicatrisée et Eddie savait que cela allait passer par une longue thérapie.
Ce qu'il vivait était inhumain.
Il les retrouva dans le salon. Buck serrait son petit garçon dans ses bras en lui murmurant des paroles que lui seul pouvait entendre. Ils avaient besoin de ce petit temps ensemble. Christopher lui avait dit au revoir avant de s'enfermer dans sa chambre et Eddie irait le voir un peu plus tard, lui laissant le temps d'accepter ce qui se passait.
Lui-même avait dit au revoir au bébé dans la nuit, se donnant quelques minutes pour pleurer avant de redevenir fort pour sa famille. Buck n'avait pas besoin de plus de larmes, il avait besoin qu'il soit fort pour eux, pour leur famille.
Il ne pouvait pas se permettre de s'effondrer, même si ça faisait mal.
Il s'était tellement attaché à Junior, il l'aimait autant qu'il aimait Christopher ou Buck. Ils étaient une famille et il allait devoir apprendre à vivre amputé de l'un de leur membre. La vie était putain d'injuste.
La sonnette retentit et il vit une larme dévaler la joue de Buck.
Il posa le sac sur le sol et rejoignit la porte pour laisser entrer la jeune femme. Il la salua poliment, prenant garde de ne pas laisser sa colère prendre le dessus dans son ton. Elle n'était pas responsable de cette situation et elle aussi avait perdu une partie importante de sa vie. Il serait injuste de la blâmer ou de lui demander de leur laisser le seul être important de sa vie.
– Bonjour Kameron, murmura Buck en venant les rejoindre, Junior sur sa hanche.
– Bonjour Buck. Bonjour, mon amour, lâcha-t-elle en tendant les mains.
Buck la laissa récupérer son fils.
Eddie vit qu'il se tordait les mains de nervosité et il alla glisser sa main dans la sienne pour le calmer. Buck prit sur lui le temps d'expliquer à la jeune femme les habitudes de son enfant et Eddie lui donna des indications sur l'endroit exact où il avait rangé chaque affaire dans les sacs.
– Merci Buck et aussi à toi Eddie, d'avoir pris soin de mon bébé quand je ne pouvais pas le faire.
– Merci à toi pour... tu sais, m'avoir permis d'être le parrain.
– La meilleure décision de notre vie, admit-elle.
– Peut-être qu'on pourrait, je ne sais pas, prévoir un moment quand tu iras mieux pour... Enfin, je pourrais venir vous voir, tu sais... T'aider aussi...
– Buck, le coupa-t-elle. Je vais m'en sortir. Evan et moi, on s'en sortira mais pour le moment, je préfère que tu restes en dehors.
Eddie vit que Buck encaissait en silence.
– Je comprends, souffla-t-il en retenant ses larmes.
– Merci encore pour tout, tous les deux mais... Evan et moi avons beaucoup de route.
– Oui bien sûr, se reprit Buck.
– J'ai... sorti le siège bébé de ma voiture. Il est un peu trop grand pour le cosy maintenant alors...
– Merci c'est gentil. On doit vraiment y aller.
Eddie acquiesça et aida Buck à charger les affaires de Junior dans la voiture de location de Kameron. Buck se pencha sur le siège pour embrasser une dernière fois le front de son fils et Eddie serra sa petite main dans la sienne dans un ultime adieu.
– Je garde le même numéro, tenta une fois de plus Buck. Si tu as besoin ou si t'as des questions, n'hésite pas.
– D'accord.
– Soyez prudent.
– On le sera, affirma-t-elle.
Kameron monta dans sa voiture et démarra.
Eddie ancra sa main dans celle de Buck pour l'empêcher de courir après la voiture. Il avait l'air tellement perdu et désespéré et il détestait d'être aussi impuissant. Il lui avait promit quatre mois plus tôt de tout faire pour le rendre heureux pour l'aider à obtenir ce qu'il désirait le plus au monde et on lui arrachait tout son monde cruellement.
Il avait échoué et il espérait qu'il serait assez pour son fiancé maintenant.
Buck lâcha sa main et rentra dans la maison. Eddie le suivit et le regarda s'installer sur le canapé, le regard dans le vide. Il le rejoignit mais la voix brisée de son fiancé le figea.
– S'il te plait, ne le fais pas.
– Faire quoi ?
– Me dire que tout ira bien et que ça s'arrangera.
– Ce n'est pas mon intention, lui promit-il.
– Parce que tout ça, c'est tellement foiré, lâcha-t-il. Je me suis attaché Eddie, je l'aime plus que tout au monde, je l'aime comme tu aimes Christopher, comme j'aime ce gamin moi-même et on vient de me le reprendre. Et j'aurais dû garder mes putains de distances parce que je ne suis pas fait pour ça...
– Bien sûr que si, lui affirma-t-il en le rejoignant, s'accroupissant devant lui. Tu es fait pour être père. Tu es un père formidable mais tu vas avoir besoin de temps pour guérir et je sais que pour l'instant c'est trop douloureux pour ne serait-ce que l'envisager mais tu vas surmonter ça, parce que je vais rester avec toi et t'aider. Je te soutiendrai dans tout ce que tu entreprendras, je serais là pour toi. On est une famille Buck et Chris, toi et moi, on se relèvera parce que c'est ce que fait une famille. Notre famille.
Buck laissa couler ses larmes et Eddie les essuya d'un geste du pouce et plongea au fond de ses yeux.
– On va s'en sortir.
– Tu as raison, souffla-t-il. J'ai besoin de temps pour guérir. Je ne sais pas combien de temps, affirma-t-il encore en retirant sa bague de fiançailles pour la poser dans sa paume.
– Buck, suffoqua-t-il.
– Ça pourrait-être long.
– Ne fait pas ça, le supplia-t-il.
– Je t'aime Eddie, mais je ne t'entrainerai pas dans ma chute.
– Je t'en prie, sanglota-t-il.
– Christopher et toi méritez mieux de ma part. Je suis désolé.
Il déposa un baiser sur son front et quitta la maison.
Eddie resta figé sur place, sa bague dans la main avant de s'écrouler en larmes. Les sanglots lui déchiraient le cœur et il avait l'impression que son monde entier venait de s'écrouler.
Sa famille avait seulement éclaté de la pire des façons.
