Chapitre 9 : Recherches et trouvaille
Ville de Selphia, 3ème jour de l'Automne…
Emaline s'assit lourdement sur un banc de pierre au bord d'un petit canal de Selphia. Elle aimait cet endroit à l'écart de l'agitation de la foule. Fatiguée, elle regarda les poissons aux écailles argentées s'ébattre joyeusement dans l'eau. Mais elle ne s'approchait pas de l'eau, sa surface cristalline lui renverrait son visage laid et boursoufflé, ses noirs cheveux filasses et sa bosse. Elle avait l'impression en faisant face à son reflet de rencontrer une vieillarde vivant au fond des bois. Elle n'avait même pas trente ans.
_ Je me demande ce que c'était, cette pancarte… la fillette à côté, on aurait dit un fantôme.
_ C'en était un.
Emaline sursauta et leva sa canne grossière au son de cette voix de velours. Les gens ne lui adressaient la parole que très rarement, et le plus souvent pour se moquer d'elle, l'injurier et l'humilier. Certain la brutalisaient, et elle avait apprit à se servir de sa canne pour autre chose que marcher. Les nœuds épais du bois avaient leur utilité.
_ Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur !
La jeune femme regarda le nouveau venu. Il était là aussi lorsque la petite fille en violet était apparue à côté de la pancarte. C'était un homme elfe noir à la grande beauté comme la plupart des membres de sa race, avec de longs cheveux couleur de lune cascadant dans son dos avec souplesse. Il portait un manteau de mage noir brodé de fils d'argent et des vêtements gris en dessous, avec des bottes de cuir noir. Son regard d'améthyste était fixé sur Emaline, là où la plupart des gens détournaient le regard pour échapper à sa laideur difforme.
_ Que veux-tu ?
L'elfe sourit largement, révélant des dents blanches bien alignées.
_ Je t'ai vue avoir l'air fatiguée et essoufflée alors je me suis inquiété. Est-ce que ça va ?
_ Va marcher avec des pieds bots, toi, et on en reparlera.
_ Alors tu accepteras de reparler avec moi ?
Emaline haussa un sourcil. C'était quoi cet elfe ? Ceux de sa race l'évitaient plus encore que les autres peuples, d'habitude, vénérant la beauté, haïssant la laideur.
_ Tu as perdu un pari ?
_ Non, je t'ai juste vue l'autre jour donner les provisions que tu venais d'acheter à un orphelin, un petit garçon homme-renard avec la peau cuivrée et le poil roux, il était en haillons. Les autres passaient à côté de lui sans prêter attention à sa main tendue, mais toi non. Alors que tu as des difficultés à marcher, tu lui a donné tes achats et fait demi-tour pour retourner en acheter d'autre. Je me suis dit que tu devais avoir le cœur aussi bon que tu es laide.
C'était un étrange compliment, mais il arracha un sourire à Emaline. L'elfe prit cela pour un encouragement et vint s'asseoir à côté d'elle. Vraiment, elle le trouvait bizarre.
_ Je m'appelle Dawn, et toi ?
_ Emaline.
_ C'est joli.
_ Il faut bien qu'il y ait quelque chose de beau chez moi…
Dawn l'observa avec attention et hocha la tête.
_ Je crois que tu n'as pas idée de tout ce qu'il y a de beau chez toi, Emaline…
Et il aurait juré l'avoir vu rougir.
_oOo_
Ruines Englouties, 4ème jour de l'Automne…
Frey enfila une robe de toile beige et un tablier qui avait dû être blanc, mais le temps l'avait fait jaunir. Elle attache ses longs cheveux vert clair en ses deux couettes habituelles et sorti de la pièce à peu près correcte où elle dormait sur une paillasse dégageant une forte odeur d'humidité.
Ça aussi, il faudrait qu'elle trouve quelque chose pour la remplacer. Sa santé en pâtirait vite si elle devait dormir toute sa vie sur ce tas de paille.
Elle remonta plusieurs couloir lui étant désormais familier malgré leur monochromie grise et effondrée si répétitive, dévala un escalier et se retrouva sur un chemin pavé bordé par l'eau du lac.
_ Bonjour Dylas !
Le cheval noir redressa la tête, les naseaux dégoulinant d'eau. Il l'observa, les oreilles pointées vers l'avant. Le vent jouait dans ses longs crins prenant sous le soleil matinal une teinte lavande. Les blessures causées par sa lourde armure si longtemps portée avaient séchés, formant de grosses croutes disgracieuses sur sa robe. C'était une bonne nouvelle, signe qu'il guérissait. Frey lui sourit en le rejoignant et plongea ses mains nues dans l'eau juste à côté de lui, aspergeant son visage pour se débarbouiller.
_ Elle est froide !
_ Nous sommes en Automne. Attendez de voir l'Hiver arriver. Le lac va geler.
_ S'il gèle, je ne pourrais plus pêcher pour manger… Dylas, je voudrais traverser le pont pour trouver de quoi manger. J'ai trouvé des graines de navets dans une pièce déserte. Je n'irais pas loin, juste sur la berge, tu me verrais toujours. De tout façon, je cours beaucoup moins vite qu'un cheval au galop, tu aurais vite fait de me rattraper.
_ Non.
Frey soupira. Le cheval était têtu, et lorsqu'elle le regardait quand il lui opposait un refus, elle avait l'impression de voir un jeune homme croisant les bras avec obstination.
_ Suivez-moi.
Frey leva les yeux alors que le cheval s'éloignait, ses sabots claquant sur les dalles de pierre. Elle le suivit et franchit une petite porte dérobée. Il bondit au-dessus de quelques marches pour les descendre, les escaliers n'étant pas commodes pour un cheval, et remonta un couloir bordé de cellule. Si les Ruines Englouties avaient été un château, elle se trouvait sans nul doute dans les geôles. Dylas avait-il l'intention de l'enfermer ici pour s'assurer qu'elle ne s'enfuie pas ? Elle pensait pourtant avoir réussi à se rapprocher un peu de lui.
Finalement, ils arrivèrent dans une vaste pièce circulaire aux murs couverts de chaines et d'anneaux rouillés et tachés. La salle de torture, sans l'ombre d'un doute. Les dalles de pierre couvrant le sol avaient été brisées par des coups furieux pour révéler la terre nue en dessous, les gravats poussés sur les côté. Les chauds rayons du soleil se déversait par le haut, le toit ayant disparu sans doute depuis bien des années.
Dylas resta debout à l'entrée de la salle. Frey le regarda, ses jambes puissantes écorchées, ses sabots abimés, puis elle regarda les dalles brisées, la terre battue, les empreintes arrondies marquant ça et là la surface.
_ Dylas…
_ Je ne peux pas vous laisser traverser le pont. Mais ici, vous pourrez faire pousser vos légumes, comme vous me l'avez demandé. Vous devriez trouver de quoi fabriquer des outils dans ces ruines.
Frey resta quelques instants silencieuse sous le regard attentif de Dylas. Elle finit par sourire et se tourna vers lui, joignant ses mains contre sa poitrine.
_ Merci, Dylas !
Il n'avait jamais vu, de sa longue vie, un sourire aussi éblouissant.
_oOo_
Ville de Selphia…
Doug referma d'un geste un peu trop empressé le carnet à épaisse couverture de cuir rougeâtre en entendant des pas lourds montant l'escalier de bois. Les marches grinçaient d'une façon particulière lui étant désormais familière. Il se rappelait de son arrivée en ville, jeune nain perdu au milieu d'une foule cosmopolite. Il n'aurait jamais cru qu'autant de peuples et de races puissent cohabiter ainsi, mais à Selphia, c'était plus ou moins possible. Les chevaliers patrouillant constamment pour maintenir l'ordre n'y étaient pas étrangers. Combien de fois avait-il vu Forte s'interposer entre des hommes-bêtes de différentes espèces ne pouvant refréner leurs instincts querelleur, ou bien empêcher un elfe se croyant insulté dans sa vanité de trucider proprement un pauvre ignare inconscient.
Il s'était senti désorienté dans cette ville immense, et ne remercierait jamais assez Forte de l'avoir empêcher de se faire détrousser par un enfant des rues. La jeune fille aux longs cheveux blonds l'avait guidée jusqu'au magasin tenue par la vieille Blossom pour qu'il puisse acheter de quoi manger et un plan pour s'orienter.
Il n'était pas reparti du magasin, la vieille femme au doux regard bleu azur et aux cheveux d'un beau gris rosé l'avait immédiatement prit en affection, lui offrant un toit et un travail. Depuis, il l'assistait dans la tenue de la boutique.
Le jeune nain secoua la tête en entendant Blossom remonter de la boutique. Il rangea son carnet dans un tiroir du bureau de bois meublant sa petite chambre, avec des étagères remplies, des tapis couvrant le parquet et un lit confortable où il aimait se blottir le soir, regardant la lune par la fenêtre.
_ Doug, tu es là ?
_ J'arrive !
Le jeune nain passa sa main dans ses cheveux d'un cuivré éclatant pour les ébouriffer et quitta sa chambre. Blossom se trouvait sur le pallier, un paquet de linge dans les bras.
_ Est-ce que tu pourrais m'aider à ranger ça sur l'étagère du haut, dans la boutique ?
_ Avec plaisir !
Doug s'empressa de pendre le paquet des mains de la vieille femme et descendit avec elle les escaliers. Ils arrivaient en bas lorsque Blossom se mit à tousser dans son mouchoir. C'était une toux désagréable, et Doug l'avait déjà emmenée de force plusieurs fois voir le docteur Jones. Il avait beau l'examiner et consulter ses ouvrages médicaux, il n'arrivait pas à trouver de quoi souffrait la vieille dame.
_ Est-ce que ça va ?
_ C'est l'âge Doug, je ne suis plus aussi fringante que dans ma jeunesse… Savais-tu que j'étais le portrait craché de Forte, lorsque j'étais jeune ?
Doug essaya d'imaginer la vieille femme jeune, mais ne réussi qu'à visualiser une Forte aux cheveux gris rosé portant les châles pastel de Blossom. C'était assez déroutant.
_ Je n'aime pas votre toux, grand-mère…
_ Jones ne trouve rien d'alarmant, cesse de te faire du souci.
_ Il ne trouve rien, tout court… Il a envoyé un courrier à la capitale de Norad lors du dernier départ de dirigeable, peut-être qu'un médecin de là-bas pourra nous en dire plus.
Blossom rangea le mouchoir dans la poche de sa robe, un mouchoir que Doug pensait intégralement blanc mais sur lequel il aperçut un éclat rouge. La vieille dame s'approcha du nain et posa ses mains ridées sur ses épaules avec un sourire bienveillant.
_ Ne te tracasse donc pas tant pour moi, mon garçon. Et puis, il faut bien mourir de quelque chose. C'est notre unique point commun, nous tous, êtres vivants. Un jour, nous mourrons. Moi, toi, l'oiseau Eclat, les elfes malgré leur longévité, les monstres dans la forêt… nous sommes en vie, et avoir peur de mourir, ça signifie avoir peur de vivre. J'ai eut une vie heureuse ; et moi qui croyait avoir déjà tout, j'ai eut la chance de recevoir un dernier cadeau inattendu de la vie.
Doug pencha la tête sur le côté, sans comprendre. Blossom lui sourit avec ce regard canaille qu'ont les vieilles personnes sachant des choses que les plus jeunes ne peuvent encore connaitre et comprendre.
_ Mais assez parlé de tout ça, je ne suis pas encore morte, et mes draps ne vont pas se ranger tout seuls !
_ Ah ! Oui !
Doug s'empressa d'aller ranger les linges pliés, sous le regard tendre de la vieille femme.
_oOo_
Jour 6 de l'Automne…
Arthur était ennuyé. Son idée de bal plaisait à tous ceux à qui il en avait parlé. Porcoline lui avait déjà promit de préparer un véritable festin, Margaret s'était engagée à y jouer son meilleur répertoire et Lest avait mit à sa disposition tous les domestiques du château, une suggestion de Vishnal voulant se rendre utile. Illuminata et Amber s'occuperaient des fleurs et Lin Fa lui avait proposé de lui prêter du mobilier de la salle de restauration de son hôtel des bains.
Le Grand Prince de Norad se sentait touché par autant de gentillesse. A la capitale, jamais les habitants, nobles hautains et bourgeoises dédaigneuses, n'auraient fait preuve d'autant de spontanéité pour l'aider.
Arthur ne voulait pas les décevoir.
_ Il faut que je trouve l'endroit parfait… grand et élégant, proche d'ici…
Un bruit de verre brisé le fit sursauter. Il tourna la tête et fronça les sourcils en voyant le presse-papier de verre jusque là posé sur son bureau gire sur le sol, cassé en plusieurs morceaux.
_ Comment tu as put tomber, toi ? Cela dit, après cette histoire de pancarte se promenant toute seule…
Il se leva dans un froissement de son épais manteau clair et ramassa les éclats avec précaution pour ne pas se couper. Il pourrait bien sûr demander à Nancy de le soigner si cela arrivait, mais il voulait épargner au docteur Jones la vue du sang. Un médecin ayant peur du sang… il trouvait ça assez ironique.
Il se redressa et posa les morceaux du presse-papier sur son bureau.
_ Où en étais-je… Ah oui, le bal…
_ Le Manoir Obsidienne, c'est grand et beau, et à deux pas de la ville !
_ Oui, c'est une bonne idée… mais il n'y a pas de porte…
_ Il suffit de longer le mur d'enceinte jusqu'au portail, en partant à l'ouest d'ici, jusqu'à l'entrée de la route d'Automne, ce n'est pas loin !
_ Oui, c'est…
Arthur se tût, réalisant soudainement qu'il conversait avec une voix sortant de nulle part.
_ Qui est là ?
Mais il n'obtint aucune réponse. Il finit par hausser les épaules.
_ Je travaille vraiment trop, me voilà qui entend des voix, maintenant. Porcoline et Lumie ont raison, je dois me ménager un peu… Mais je n'ai pas le temps ! Il faut visiter le Manoir Obsidienne sans tarder !
Le Grand Prince de Norad quitta son bureau en courant.
L'après-midi touchait à son terme, mais les rues de Selphia étaient encore bondées. Il prit la direction du Palais du dragon avec la ferme intention d'exposer son idée à Lest et à La Dame. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait courut au manoir sans attendre, mais il avait besoin de leur autorisation pour l'utiliser, et aussi d'une escorte pour s'y rendre, lui qui n'avait même jamais soulevé une épée de sa vie. Cela dit, il savait utiliser la magie, et était même plutôt doué pour ça. Mais mieux valait rester prudent. S'il lui arrivait quelque chose à Selphia, les choses pourrait très mal tourner pour la ville devant assurer sa sécurité, et Lest se retrouverait dans les ennuis jusqu'au cou. Il avait d'autres sujets de préoccupations en ce moment pour qu'Arthur lui en rajoute par un comportement imprudent.
_oOo_
7ème jour de l'Automne…
Arnaud émit un léger sifflement en voyant cinq chevaux montés s'arrêter devant lui, sortant de la ville alors que l'aube n'était même pas encore tout à fait levée. Le groupe était pour le moins hétéroclite. Arthur menait la marche sur un étalon blanc qui allait comme un gant au Grand Prince qu'il était. Illuminata venait à ses côté sur un canasson baie, clamant à son voisin qu'elle ne pouvait laisser cette occasion de résoudre les mystères entourant le Manoir Obsidienne ! Elle ajouta en rajustant son monocle que sa boutique de fleuriste était en sécurité, gardée par Amber et Kiel, le jeune garçon ne quittant décidant plus sa jeune pensionnaire. Arthur l'écoutait avec un sourire paisible. Derrière eux venait Lest, sur une jument à la robe pie noire et blanche, qui avait décidé d'aider jusqu'au bout Arthur et l'accompagnant explorer la vieille bâtisse où il voulait organiser son bal. Vishnal, refusant cette fois de laisser partir son maitre de crainte de le voir se faire à nouveau prendre en otage par un monstre maniaque des roses, chevauchait presque botte à botte avec son prince sur un hongre alezan. Forte fermait la marche sur un étalon gris.
Arnaud avait vu Bado revenir à Selphia après avoir été à une vente de chevaux dans une ville voisine. Il avait offert l'animal à Forte alors que la Chevalier Dragon rêvait de posséder une monture comme dans les livres de son frère. Kiel avait eut beau lui faire lire des passages indiquant qu'un chevalier n'avait pas besoin d'un cheval pour être fort, elle n'en avait pas démordu. Le garde de la porte se souvenait d'un jour où Forte avait d'ailleurs sauvé Kiel sur le dos de ce cheval, empêchant son petit frère de mourir piétiné par un troupeau d'Elefun en furie. Ce qui avait mit ces monstres paisibles et mollassons dans un tel état était un mystère pour beaucoup.
Le petit groupe de cavalier, tous équipés et armés, s'arrêta devant Arnaud, et Lest lui sourit.
_ Arnaud, nous quittons Selphia quelques temps. J'espère que nous serons de retour ce soir ou dans la nuit, mais sait-on jamais. Si nous ne sommes pas rentrés demain soir, la Garde des Vents devrait partir à notre recherche.
_ Très bien, Majesté.
Lest inclina la tête et pressa les mollets contre les flancs de son cheval, partant d'un trot avec le reste du groupe sur la route menant à l'ouest de la ville.
Moins de deux heures après leur départ, les arbres verdoyant prirent une teinte orangée et l'herbe une couleur terne. Ils franchirent un solide pont de bois enjambant un précipice au fond duquel coulait un torrent rapide, les sabots de leurs montures claquant que les planches. De l'autre côté, la végétation automnale arborait les couleurs rouge et or de la saison. Le groupe s'arrêta une fois de l'autre côté du pont et Vishnal se dressa sur ses étriers pour scruter la route devant eux, disparaissant entre les arbres aux feuilles tombantes.
_ Nous arrivons sur la Route de l'Automne. Le Manoir Obsidienne ne doit plus être très loin.
La Route de l'Automne devait son nom à l'automne perpétuel installé dans la région. C'était une zone pluvieuse où les champignons poussaient à foison. Les ornières de la route boueuse étaient remplies d'eau et de feuilles mortes. Comment les arbres faisaient-il pour encore en avoir en en perdant autant était un mystère. La nature semblait être en agonie éternelle à cet endroit, que ce soit par les végétaux mourant où par l'odeur lourde de moisissure et d'humidité. Pourtant c'était une belle région, lorsque le soleil l'éclairait de ses chauds rayons.
Ce n'était pas le cas de cette journée, et les premières gouttes s'écrasant sur le nez de Vishnal le confirmèrent. Il rabattit la capuche de sa lourde cape de voyage noire.
_ On devrait se dépêcher avant que l'averse n'éclate pour…
Un coup de tonnerre simultané à un éclair claqua avec force, faisant paniquer les chevaux.
Tous bons cavaliers, ils parvinrent à reprendre le contrôle de leurs montures, mais la pluie s'abattit pour de bon.
Vishnal soupira en tenant fermement les rênes de son hongre alezan et regarda Lest retenir son propre cheval avec douceur mais fermeté. Il esquissa un léger sourire, qui s'effaça très vite alors que le prince de Selphia levait les yeux vers lui.
_ Il y a un problème, Vishnal ?
_ Derrière vous…
Lest se retourna sur sa selle et blêmit. Un nouvel éclair jeta sa lumière blanche sur le monde, illuminant la silhouette d'une fillette trempée par la pluie, ses cheveux tombant devant son visage. Son large chapeau ne suffisait pas à la protéger de l'averse brutale. Elle leva un regard vide vers eux et ses lèvres pâles remuèrent.
_ Vous êtes venus… vous m'avez entendue… Dépêchez-vous, elle est de plus en plus loin ; et moi, je ne peux pas…
Elle disparu avec un nouvel éclair, laissant le petit groupe échanger des regards interloqués et effrayés.
