NDA 09/08/23 : Bonsoir à tous, j'espère que vous êtes encore là! Avec un petit peu de retard, mais c'était de ma faute, je vous offre le chapitre suivant. Cette fois, c'est un point de vue externe et définitif. Vous aurez toujours les pensées de Sacha de temps en temps, mais ce sera full narratif. J'espère que ça vous plaira quand même, d'autant que je vous offre quelque chose qui va vous plaire.
Maintenant, place à l'action et bonne lecture!
Chapitre 21 - La chasse est ouverte.
Le soir même, après que Maisy Reynolds ait trouvé l'idée incroyablement géniale d'échanger leurs places, la mini brune emménageait dans le dortoir des 4e années à la place de Sacha. Et cette dernière dormirait désormais dans le dortoir de Luna Lovegood, Maria Glossop et Hilary Erskine. Les deux autres filles, un peu moins portée sur la popularité et le sang, ignorèrent tout simplement le changement. Se consacrant à leurs bouquins de sortilèges.
C'était une aubaine, et Luna le fit bien savoir. C'était la première fois qu'elle avait une amie dans sa chambre, même si elle partageait ladite chambre avec deux autres personnes. Elle imaginait déjà leur soirée à papoter, comme elles le faisaient à l'infirmerie jusqu'à présent, puis dans la salle commune. Ce serait leur refuge, et c'était très agréable.
Luna savait que son amie ne lui disait pas tout. Certes, elle lui avait parlé de ses dons de voyances, ainsi que des nombreuses histoires qu'elle avait dans la tête, mais elle voyait bien qu'elle était différente. Bien plus qu'elle, à vrai dire. Et ce n'était pas l'année qui les séparait, qui la rendait plus sage. Non. C'était l'expérience. Quand elle regardait Sacha, Luna avait l'impression de voir une jeune adulte qui lutte pour se cacher. Quelqu'un avec des pouvoirs incroyables, mais différents de ceux des sorciers.
Parfois, elle se demandait si elle était métisse. A d'autres, qu'elle était une sorcière venant du futur, qui aurait remonté le temps pour sauver le monde, mais devait se cacher. C'était amusant de se dire que son amie était une héroïne de conte.
Puis, elle avait constaté que Sacha voyait les Sombrals. Elle avait constaté que les fantômes n'aimaient pas Sacha et s'en éloignaient, et que cette dernière était obsédée par les ouvrages sur le druidisme et les vieilles croyances. Aussi, la nouvelle hypothèse était que son amie était une personne s'étant réincarnée, et que, d'une manière ou d'une autre, elle se souvenait désormais de sa vie antérieure. Mais ce n'était pas grave, parce que Sacha était gentille avec elle, elle la conseillait pour ses sorts, pour la nourriture, pour ses jeux, aussi. Même si elle ne faisait pas de magie, la Serdaigle semblait parfaitement connaître son fonctionnement.
Et plus que tout, Sacha croyait en elle.
C'était rare qu'un sorcier croit encore en la magie elle-même. En l'origine. Son père y croyait fortement, et sa mère aussi, autrefois. La tristesse marqua le visage de la petite blonde au rappel de sa mère, mais elle chassa la peine, et revint au présent. Finissant de se doucher pour vite rejoindre son amie dans la chambre, Luna rinça ses cheveux, les tressa, puis enfila son pyjama rose avec des carottes brodées dessus.
« Et voilà, ce sera notre première vraie soirée ensem- » Luna se tut. Il n'y avait personne dans le dortoir. Seulement la moitié d'un pyjama plié sur le lit nouvellement fait… Et des taches de sang noir sur le plancher. « Oh non… »
Elle vérifia aux toilettes, mais rien. Aussi, dans la salle commune, elle demanda directement à la préfète en chef. Mais ce que Pénélope Deauclair lui répondit, ne lui plut pas du tout.
Sacha avait traversé la salle commune, avec seulement le bas de son pyjama et un soutien-gorge, la main sur son visage, pour cacher un filet de sang. Cho Chang l'avait arrêté pour lui demander où elle allait, avait de lui dire que même si elle désirait se rendre à l'infirmerie, elle ferait mieux de s'habiller correctement. Sauf qu'elle n'avait pas eu de réponse, la brune avait quitté la salle commune sans un mot pour personne, le regard vide.
« Vous n'avez vraiment aucune idée de la direction qu'elle a prise ? » Redemanda Luna, plus qu'inquiète d'avoir failli dès le premier soir en tant que colocataire.
« Non. Mais si j'étais elle, j'éviterais les professeurs. C'est bientôt l'heure du couvre-feu, et elle perd assez de points chaque jour comme ça. »
Luna n'avait pas besoin d'écouter la suite pour comprendre. Sacha était probablement sortie en transe, et tout le monde s'en fichait. Elle allait se geler… Il fallait qu'elle trouve Rusard, ou un professeur.
Rusard était une meilleure idée. Il était gentil, un peu bizarre, mais il veillait sur Sacha comme sur sa propre fille. Luna n'était pas sûre, mais elle se demandait si les deux n'étaient pas liés par le sang. C'était possible, après tout ! Tout le monde ne parlait pas de sa famille, et puisque la demoiselle avait au moins un cousin dans l'école, pourquoi pas un grand oncle ou un parrain ? Rusard portait bien ce rôle.
Elle fonça dans les couloirs, cherchant Sacha, tout en se dirigeant vers le bureau du concierge, au second étage. Percutant un groupe d'élèves qui semblait vouloir descendre aussi, Luna se retrouva sur les fesses, la tête douloureuse, et les yeux pleins d'étoiles colorées.
« Oh la… Pardon. Est-ce que ça va ? » La grande main tendue la fit hésiter une seconde. Puis, en voyant de qui il s'agissait, elle s'empressa de la saisir.
« Cédric ! » Le Champion l'aida à se relever, toujours un peu surpris que n'importe quel élève de l'école l'appelle désormais par son prénom, comme s'ils étaient proches. Bien qu'il fût amical avec tous les étudiants jusque-là, c'était perturbant.
« Oui, c'est moi. Je ne t'ai pas fait mal ? » Mais la blondinette secoua la tête, l'air exaltée.
« Tu es Cédric ! » La fille et les deux garçons qui l'accompagnaient se mire à ricaner.
« Oui. Je suis Cédric. Le Champion de Poudlard, j'ai saisi… »
« Tu as des fans chez les petits aiglons, c'est trop mignon ! » Ricana l'adolescente blonde aux cheveux coupés carrés.
« Champion de Poudlard ? Tu as reçu une médaille ? » Les questions de Luna achevèrent Thimothey Fawley, le préfet des jaunes et noir, qui les accompagnait.
« Euh, non… » Le 6e année était perdu, cette fois.
« Alors ce n'est pas important. Tu es le cousin de Sacha, pas vrai ? » Là, il perdit en couleurs à ce rappel. Ses amis le chambraient pas mal à ce sujet depuis une semaine, il n'avait pas envie d'en entendre parler.
« Oui… »
« Il faut que tu m'aides alors ! Elle est partie. » Là, Cédric tiqua.
« Comment ça, elle est partie ? »
« Sacha. Elle fait beaucoup de somnambulisme, depuis la rentrée, et là, elle n'est pas aux dortoirs. Elle est partie sans être totalement habillée, et j'ai vu du sang sur le plancher. Je pensais que la préfète de ma maison l'aurait arrêté, mais elle n'a rien fait et Sacha est sortie mal. Je ne sais pas quoi faire. Tu peux m'aider ? S'il te plaît, je suis vraiment inquiète. »
Assommé par cette logorrhée plus ou moins incompréhensible, Cédric nota plusieurs choses.
Sacha était apparemment somnambule.
La petite blonde la cherchait.
Il y avait du sang dans les dortoirs.
L'inquiétude s'immisça lentement mais sûrement dans sa tête, et il plissa les lèvres. Il hésita une seconde, avant de demander confirmation. Sait-on jamais…
« Ce n'est pas une blague, ce que tu me racontes ? »
« Pourquoi je ferais une blague là-dessus, ce n'est pas drôle ! Sacha ne va pas bien la nuit, c'est toujours la nuit, d'ailleurs… Elle est un peu cyclique, tu sais ? Comme la lune.» L'innocence de Luna fit le reste. Cédric posa sa main sur l'épaule de l'adolescente, avant de se tourner vers ses comparses.
« Tim, va prévenir l'infirmière, Béa, trouve le professeur Flitwick si possible. »
« Je vais trouver le professeur Chourave. » Annonça Gabriel Truman qui avait saisi l'idée.
« Merci. Moi j'accompagne la petite pour trouver ma cousine. »
« Il faut prévenir le concierge, aussi. » Assura Luna. Béatrice Haywood, qui regardait déjà les deux garçons partir, fixa la petite blonde avec circonspection.
« Attends, le concierge ? Pourquoi ? » Et avec tout le naturel habituel, la petite Serdaigle répondit aux deux Poufsouffles restant de la même façon.
« Parce que c'est son gardien, bien sûr ! » Cédric secoua la tête, en se disant que la petite blonde avait dû tomber très souvent sur la sienne, mais accepta.
« Va pour Rusard. Maintenant on se dépêche. »
Aucun d'entre eux ne vit l'ombre mouvante se glisser derrière une tapisserie.
« On fait quoi ? » demanda l'une des silhouettes cachées.
« La question ne se pose pas, Lee. On y va. »
« Je croyais que tu avais un problème avec cette fille ? » Mais la 3e silhouette poussa un soupir à fendre l'âme.
« Problème ou pas. On ne peut pas la laisser seule dans cet état. Imagine s'il lui arrive un accident ? Ou pire, qu'un serpentard la trouve avant ? » L'idée même qu'un serpent puisse poser ses horribles pattes gluantes sur une jeune fille en détresse fut suffisante pour que le trio de farces et attrapes - normalement là pour piéger le bureau du professeur Maugrey - se mettent en route.
Marchant à droite de son jumeau, armé de sa baguette, Fred ruminait. Ce qu'il venait d'entendre ne lui plaisait pas. Il se souvenait très bien du corps froid de Sacha serré contre le sien, après qu'elle se soit jetée dans le vide. Il avait encore la texture poisseuse de son sang sur ses doigts, quand il y pensait trop. Une nouvelle crise… Il imaginait le pire. Et après leurs dernières découvertes, ça ne présageait rien de bon.
George le savait. Il gardait la tête froide pour son jumeau, mais cette fille avait un problème. Était un problème. Etait-ce cette étrange maladie qui la faisait bouger la nuit ? Était-ce le mage noir avec qui elle était ? Rien n'était moins sûr. Le tout combiné à son don pour la divination si particulier ? Il ne savait pas.
Il savait en revanche que son frère se mettrait en danger pour elle, même si elle l'avait visiblement rejeté, et qu'il essayait de l'ignorer purement et simplement depuis cinq jours.
Ils descendirent quatre à quatre les escaliers qui menait au rée de chaussée, lorsqu'une ombra passa tout prés. Frémissant, ce fut Lee qui, en baissant la tête, constata les empreintes sanglantes sur le sol carrelé.
« Euh, les gars ? »
« Merde, c'était elle ! Et les traces vont en direction du hall ! »
Et pas un mot de plus, alors que Fred et George passent en tête de file. Du moins jusqu'à ce qu'un pétard-surprise leur tombe littéralement dessus, les balayant dans le couloir, eux, et une armure, au passage, dans une cacophonie monstrueuse.
« Qu'est-ce que ! »
« Putain ! » Et toute une autre floppée de jurons.
« Haaaahahahahahahaaaa ! » Le rire tonitruant de l'esprit frappeur les refroidit tous les trois. D'autant plus après que ce dernier, orné d'une énorme fraise au cou, se soit mis à piailler. « Elèves hors du dortoir ! Attention aux pétards ! » Et ne balance de nouveau des explosifs sur les trois lions.
« Je vais me le faire ! » Gronda Fred dans sa barbe inexistante.
« Peeves, c'est pas le moment de jouer ! » Hurla Lee Jordan en essayant de se relever du pilier contre lequel il avait atterrit.
« C'est touuuuuujours la nuit ! Que viennent vous trouver les ennuis ! » Et l'esprit frappeur leva les bras, prêts à jeter de nouveaux pétards sur le trio.
« Prêt Forge ? »
« Prêt, Gred. » Confirma le rouquin à son double.
Les deux levèrent leurs baguettes magiques vers le plafond et les croisèrent entre elles. Les explosifs plurent avec violence sur eux, mais ce fut comme si à chaque fois, une main brillante jaillissait des baguettes croisées pour s'en saisir et renvoyer au poltergeist. Peeves, acculé contre un mur par les nombreux pétards, se mit à geindre.
« Wow, c'était dément ce que vous venez de faire, c'est quel sort ? »
« C'est encore assez expérimental… » Commença l'un.
« Mais on se perfectionne avec le temps. » Termina l'autre.
« Et je vous retire 5 points chacun pour être dehors alors que le couvre-feu approche… »
« Il n'est pas encore dix heures ! » Protesta Lee Jordan après avoir sursauté. L'arrivée du professeur Rogue en pleine farce devenait une habitude.
« Et pour avoir traumatisé un magnifique esprit frappeur appartenant à Poudlard depuis bien avant votre naissance ! »
« C'est lui qui nous a attaqué en premier ! » Reprit le noir.
« Nous sommes là pour retrouver… Merde ! Elle n'est plus là !» Fred paniquait déjà, imaginant le pire, et, baguette toujours en main, voulut s'élancer dans les escaliers qui menaient à la grande porte. Mais la main solide du professeur de potion manqua de lui arracher le bras dans l'élan.
« Vous n'irez nulle part, monsieur Weasley. Ce sera une retenue pour vous et vos compagnons. » Assena le professeur.
« Je me fous de votre retenue, Sacha est dehors en pleine transe ! » L'emprise sur son bras se crispa, et Rogue lui fit faire volteface, pressant son épaule de son autre main et approchant son nez crochu de son visage.
« Qu'est-ce que vous venez de baragouiner ? »
« Sacha O'Nigay est en pleine crise de somnambulisme. On a entendu Lovegood en parler à Diggory, deux étages plus haut. Elle la cherchait. » Se permit de répondre George en se rapprochant du professeur omni et de son frère.
« Lovegood a dit qu'elle avait trouvé du sang dans leur dortoir. » confia à son tour Lee.
« Et il y a des traces au sol, là-bas… » Termina Fred, en tendant son bras dans la direction de l'escalier.
Severus relâcha légèrement son emprise sur le bras du rouquin et pencha la tête par-dessus la rambarde. Le constat des traces de sang le fit se tendre encore plus, et laisser l'élève de 6e année s'écarter pour de bon.
« Monsieur Jordan, allez prévenir immédiatement le professeur Flitwick de la disparition de son élève. »
« Pas besoin professeur, Haywood s'en charge. Truman est allé chercher le professeur Chourave, et Fawley l'infirmière. »
Si Severus n'était pas inquiet de la continuité des évènements, il se serait énervé sur l'incongruité de la chose. Combien d'élèves allaient s'y mettre pour chercher une adolescente ? C'était bien le moment d'en perdre la moitié !
« Puisque vous ne me laissez pas le choix. Vous ferez le nord et nord-Est du parc. Je prends le sud-ouest. Si vous la trouvez, jetez des étincelles avec vos baguettes. »
« Et si elle va dans la forêt interdite ? » osa demander George, qui sentait déjà la réaction de son jumeau dans ce genre de contexte.
« Priez pour qu'elle n'y aille pas, car je vous sanctionnerai en conséquence. » Répondit le professeur Rogue d'une voix glaciale.
oOoOoOo
Je ne savais pas où j'allais. C'était comme si chacun de mes pas étaient rythmé par la mélodie que je percevais au loin. Je l'entendais en continue depuis… Je ne sais pas. Un instant, j'étais dans mon nouveau dortoir, et ensuite… J'étais là, sur ce sentier monochrome.
J'avais la conviction de marcher sur du sable argenté, mais je ne savais pas si j'étais en intérieur, ou dehors. Il n'y avait pas d'air frais, pas de bruit, pas de mots. Juste cette musique. Ces voix…
Je n'ai pas vu beaucoup d'orchestres jouer, ni même assister à de nombreux concerts de musique classique. Mais j'étais certaine d'avoir déjà entendu celui-là. Ce chœur mixte dont je ne comprenais pas un traitre mot, même si je savais que c'était du latin. Les voix me parvenaient de trop loin.
Et moi j'avançais…
On ne sait jamais comment s'achèvera notre vie. Parfois, on espère finir aux cotés de nos proches, après avoir vécu mille et une chose en compagnie d'un mari, d'enfants. D'autres, on s'imagine s'éteindre lentement, après d'incroyables aventures qui auront laissé une trace dans l'histoire de l'humanité. Moi ? Je n'avais rien de tout ça.
Pas de familles, pas d'amis réels, pas d'aventures à conter qui puisse être exaltante. Rien de marquant. Mon seul lien tangible, le seul réel, intime, que je possédais, était bloqué. Lointain. Je ne l'avais rencontré que deux fois. Mais ces deux fois avaient été suffisantes pour confirmer ce que j'avais supposé dès nos premiers échanges de lettres. Je l'aimais. Plus que tout. Bien assez pour donner ma vie en échange de la sienne.
Je l'avais fait. En âme damnée.
Et alors que j'avance sur ce chemin ensablé, je repense à lui. A nos mots échangés… Les noms qu'il me donnait, les sourires qu'il faisait naître sur ma bouche, la jalousie que je ressentais lorsque d'autres femmes, que je savais mille fois mieux que moi, lui gravitaient autour. La déchirure qui m'emplissait lorsque je découvrais qu'il avait cédé à chacune d'elle. Parce qu'il en avait envie. Parce que je n'étais personne pour lui. Officiellement. Et ma promesse, pourtant horrible, de ne jamais le chercher même quand j'en crevais d'envie.
J'avais surmonté tout ça. J'avais offert ma vie. Je me sentais vide. Las. Ce chant funeste me calme un peu, étrangement. J'ai l'impression de me sentir plus libre, d'aborder mes souvenirs plus sereinement. Meleth ni, est-ce toi qui m'offre cette musique ?
Les voix se rapprochent, et si je vois toujours ce sable clair sous mes pieds, je sens la rugosité de la pierre, et la douceur de l'herbe… La fraicheur de ce que je suppose être de la neige. Tiens, le sable blanc comme ça, pourrait être de la neige, finalement. Ce serait plus joli. À la musique se mêle désormais le craquement de mes pas dans la poudreuse.
« Lai… »
Un rire léger franchit ma gorge. Je n'ai même pas froid, j'ai chaud. Pourtant, du ciel noir, du noir tout autour, il pleut des flocons. J'en suis sûre. Je me sens mieux. Plus forte. C'est étrange. À quoi je pensais ? Je ne sais plus. Je dois continuer d'avancer. Les voix me le disent… Il faut le faire. Je dois me laisser submerger. C'est ce qu'elles disent… Oui. C'est normal. Même si c'est douloureux.
C'est ce qu'il faut faire…
oOoOoOo
« Sachaaaa ! » Cédric avait froid. Il n'était clairement pas assez couvert pour cette sortie. Et l'adolescente qui l'accompagnait encore moins. Son pyjama lui arrivait juste au-dessus des chevilles, et ses pantoufles s'enlisaient dans la neige.
Levant sa baguette, il lui lança un sort de réchauffement, faisant naître un étrange sourire confiant chez la petite blonde. Luna Lovegood était vraiment bizarre. Elle l'avait poussé à sortir et à se rendre jusqu'au stade de Quidditch, lui parlant d'un pressentiment. Que les nargols semblait voltiger en plus grand nombre dans cette direction. Par Merlin, il ne savait pas ce que c'était que les nargols, et il n'aimait pas l'idée de suivre l'intuition d'une gamine de 13 ans.
Cependant, après avoir reçu la visite d'une biche argentée qui s'était mise à parler avec la voix du professeur Rogue, il avait dû se rendre à l'évidence. Luna Lovegood n'avait pas menti une seule seconde sur l'état suspect de sa cousine en quittant leur salle commune. Le potioniste avait dit que deux groupes cherchaient à l'intérieur du château, et qu'un autre le faisait en extérieur en plus de lui-même. Que les premiers à trouver Sacha O'Nigay devraient lancer une gerbe d'étincelles.
Ne pouvant pas produire de patronus corporel, Cédric se contenta de répondre à la biche - tout en se disant que ça ne collait vraiment pas à l'image de la chauve-souris des cachots - que lui et Luna Lovegood approchaient du stade. L'apparition fantomatique disparue aussitôt qu'il eut terminé sa phrase, et le champion se demanda si la bête avait transmis son mot avec sa voix, ou si le professeur de potion allait s'entendre parler.
« Que faites-vous ici ? »
« Haa ! » Incapable de retenir sa surprise, et encore moins son cri, Cédric avait naturellement pointé sa baguette en direction de l'intrus. Qui était une intruse. « Bon sang c'est toi… »
« Qui voudrais-tu que ce soit ? Cédric, c'est ça ? » Demanda la jeune femme blonde en croisant ses bras dans son dos.
« Oui. Et toi… Fleur ? La championne de BeauxBâtons. »
« C'est exact. » Et elle n'avait même pas prit la peine de sortie sa baguette. Son uniforme bleu luisait joliment à la clarté de la lune, et sa cape, chaude, doublée d'une fourrure qui ressemblait à de l'hermine, la rendait quelque peu royale. « Que faites-vous dehors ? » Et l'accent français, bien qu'à couper au couteau, la rendait d'autant plus charmante.
« On cherche… Ma cousine. Elle a… Des troubles du sommeil, apparemment. » Il n'aimait pas dire ça de cette manière, il avait l'impression de dévoiler un secret terriblement humiliant. Qui plus est, il n'avait jamais fait attention à son état de santé réel. Il savait qu'elle avait des crises de colères, pour y avoir assisté et quelques malaises, mais pas tout ça. Pas à ce point-là. Et il s'en voulait de ne pas avoir fait plus attention à ce que Sacha ressentait depuis des mois. « Et toi ? Il est tard, tu devrais être dans ton carrosse…»
« Pourquoi donc ? » Fleur papillonna des yeux.
« Le couvre-feu ? » Hésita Cédric.
La demi-vélane lui offrit un sourire incroyablement moqueur.
« Vous avez un couvre-feu ? C'est adorable… Non, nous à Beauxbâtons, nous savons nous réguler seuls. Est-ce que je peux vous aider à chercher ? »
« C'est pas néce- »
« Mince, tu es gelée. Attends, je te passe ma cape ! » Fleur avait simplement ignoré son début de réponse, pour détacher le fermoir en argent ciselé de sa cape - une sorte de loup couronné de ronces - puis déposer le vêtement chaud sur les épaules de la jeune Luna.
« Merci, Fleur. »
« Je t'en prie. Comment t'appelles-tu ? »
« Luna Lovegood. » Et Fleur sourit un peu plus, parfaitement consciente que Cédric allait perdre patience à force.
« C'est très joli. C'est ta cousine aussi, que nous devons chercher ? »
Luna secoua la tête, soudainement bien inquiète à nouveau. Elle leva les yeux vers le ciel neigeux, puis vers le stade, plus loin.
« Non. Sacha n'est pas ma cousine. C'est ma première amie de Poudlard. Je n'aime pas quand elle est somnambule comme ça. Elle se met en danger. » Cédric voulut dire quelque chose, mais Fleur lui coupa l'herbe sous le pied.
« Je comprends ton inquiétude. Ma petite sœur, Gabrielle, fait souvent des cauchemars, et parfois, elle bouge dans son sommeil. On va retrouver ton amie, je te le promets. Vous vous dirigiez vers le stade, c'est ça ? »
« Oui. » Confirma Luna.
« Alors allons-y ! » reprit la française, en se saisissant de la main de la petite Serdaigle. Venait-elle de prendre la tête des opérations ? Oui.
oOoOoOo
Entre deux poutres, cachés par les longues toiles teintées aux couleurs des maisons de Poudlard, deux personnes attendaient. La première était grande, bossue, difforme. Il lui manquait un bout du nez, des cicatrices zébrait tout son visage, et un œil enchanté tourbillonnait dans un monocle. A ses côtés, couverte par une haute cape de la tête aux pieds, une silhouette féminine. La seule chose de visible était sa main tendue devant eux, sur laquelle reposait un monceau de cyanite irrégulier luisant.
« Vous êtes sûr que votre truc fonctionne, là ? » Demanda le sorcier d'une voix bourrue.
« Pauvre imbécile. Tu penses bien que si ça ne fonctionnait pas, nous ne serions déjà plus là. » Répondit la voix, jeune et douce.
« Alors où elle est votre… cible ? » Sous son capuchon noir, la femme sourit.
« Elle arrive. Hypnotiser un sorcier est d'une facilité déconcertante. Mais une héritière… Il faut bien plus de pouvoir que tu ne l'imagines. »
Maugrey, ou plutôt Barty junior, se racla la gorge. Il n'était vraiment pas à l'aise avec cette femme, avec cette mission, tout court, en fait. Servir le maitre était naturel pour lui, son devoir. Sa loyauté allait de pair avec son existence. Mais il devait déjà se concentrer sur Potter. Et là, on lui demandait d'accompagner cette étrange femme dans l'école, alors qu'il était sous couverture, pour torturer une gamine devenue cracmol, afin que peut-être, elle dévoile des dons incommensurables.
Le peut-être le dérangeait.
Ça, et le fait que cette femme avait clairement les faveurs du maitre. C'eut été Bellatrix, il aurait compris. Mais d'où est-ce qu'elle sortait, celle-là ? Il ne l'avait jamais vu avant l'heure précédente. Et pour avoir eu le loisir d'observer ses bras nus, elle ne portait pas non plus la marque. Quel était le but réel de cette mission ? Il n'en avait aucune idée. Mais il commençait à s'impatienter.
« Regarde. La voilà. » Annonça la femme.
Barty releva la tête et son œil magique volé observa derrière le tissu, la silhouette titubante qui marchait dans la neige. Sacha O'Nigay, en soutien-gorge et pantalon de soie, pieds nus, s'avançait lentement. Elle trébucha une première fois, mais ne sembla même pas s'en rendre compte, et se releva tout aussi gracieusement qu'un pantin dont on aurait coupé les fils.
« Tiens. Continue d'insuffler ta magie dans la pierre, et mets-y du tiens. Je ne veux pas qu'elle se réveille immédiatement. »
« Ça va, ça va, je sais quand même lancer un sort ! » Il n'aimait pas du tout qu'on le prenne de haut. Encore moins que ce soit par cette petite intrigante.
Mais il se souvenait des effets inexistants de l'impérium sur l'élève de Serdaigle. Dans toute l'école, seulement 5 autres personnes avaient plus ou moins résisté à l'impardonnable. Juste après Sacha O'Nigay que ça avait rendu malade, sa camarade Luna Lovegood, qui ne s'était même pas rendue compte qu'il le lui avait lancé. Harry Potter, qui avait vaillamment résisté contre l'ordre donné avant de céder. Les jumeaux Weasley, qui l'un comme l'autre avait donné cette impression de lutter ensembles contre le sort. Et Drago Malfoy, qui avait relevé la tête, croisé son regard et simplement répondu non, à son ordre. Mais c'était un Malfoy… Il devait être entrainé par son père.
Récupérant le cristal luisant de bleu et de noir, le sorcier fut brutalement happé par sa froideur, et se senti comme aspiré par la pierre. À l'entrée du terrain, Sacha s'était arrêtée, perdue.
« J'ai dit, continue d'insuffler le cristal ! »
Obéissant à l'injonction, et prenant conscience que oui, hypnotiser une héritière semblait particulièrement plus difficile qu'un sorcier, Barty se concentra sur la pierre pour y envoyer de la magie. Sa magie. C'était la même chose que pour commander un impérium, mais en beaucoup plus intense, sa fausse main trembla. Il comprit. Quelque chose luttait. Pas juste l'adolescente. Il y avait quelque chose avec elle, de plus fort, et de plus sombre aussi, qui tentait de la protéger.
Mais il ne la laisserait pas partir. Il allait l'attirer jusqu'au centre du stade, et la chose que sa nouvelle comparse était en train d'invoquer, s'en prendrait à elle comme convenu. Même si cette bestiole était sincèrement immonde. C'était quoi, d'ailleurs ? Parce que Barty, même en ayant travaillé au ministère quelques temps, n'avait jamais croisé d'invocateurs. C'était une magie interdite en Grande-Bretagne, comme la nécromancie.
Était-ce un animal existant ? Ou une créature sortie des enfers ? Rien n'était moins sûr.
oOoOoOo
« Fred ! George ! » Appela une voix, pas loin derrière eux. Les jumeaux se retournèrent, alors qu'ils approchaient tout juste de la porte menant vers les serres du professeur Chourave.
« Harry ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Et… » George n'acheva pas sa phrase. Le brun venait de tirer sa cape d'invisibilité, dévoilant Ron et Hermione avec lui. La jeune fille tenait entre ses mains, la carte du maraudeur.
« On est venu vous trouver aussi vite que possible. On était aux cuisines quand on a vu le préfet des Poufsouffle avec l'infirmière. » Expliqua Ron, les mains dans les poches de son pantalon.
« Sacha est au stade de Quidditch, près du gymnase, mais elle n'est pas seule. Regardez ! » Et Hermione leur montra les étiquettes mouvantes sur la carte.
Sacha clignotait faiblement à l'entrée du stade, et se dirigeait vers deux étiquettes. La première nommait un certain Barty Croupton Jr. La seconde était une étiquette qui clignotait de la même manière que la Serdaigle, mais avait inversé les teintes. Blanc sur noir. Ce qui était très étrange, en plus du nom d'une planète. Et derrière, à hauteur des vestiaires, les étiquettes de Cédric, Luna et Fleur avançait d'un pas vif pour rejoindre l'endormie.
« Euh, les gars, c'est pas bon du tout… » Commença Lee.
« Quoi, Pourquoi ? » Demanda Harry en se tournant vers Lee Jordan.
« Parce que Barty Croupton Junior était un mangemort. » Les yeux bleus de Ron s'agrandirent d'horreur, et Hermione couvrit sa bouche avec sa main. Fred et George s'entre-regardèrent, le cœur au bord des lèvres. Entre ça, et la réalisation de l'identité du cavalier de Sacha… C'était un cauchemar.
« Il faut qu'on y aille ! » Et aussitôt, Fred s'était mis en route, mais son bras fut saisi par Lee au vol.
« Attends ! »
« Je vais pas attendre que Sacha aille directement trouver des mangemorts ! » S'énerva Fred, les joues écarlates et la terreur au fond des yeux. Mais Hermione avait bien perçu la nuance dans les paroles du Gryffondor.
« Tu as dit que c'était un mangemort. Pourquoi tu emplois le passé… ? » Demanda-t-elle, suspicieuse.
« Parce que Croupton Jr est mort à Azkaban peu de temps après son arrestation. En 1982. »
Le frisson d'horreur fut collectif. Et les six lions prirent la direction du gymnase sans perdre de temps, baguette au poing et prêt à en découdre. Traverser le parc en sens inverse les épuisa, d'autant plus qu'ils n'arrêtaient pas de courir dans tous les sens depuis une bonne demi-heure.
La voix de Cédric, bien forte au-dessus du vent, attira leur attention. Et ils se précipitèrent dans sa direction, Hermione surveillant toujours la carte malgré sa course, et un peu à la traine. Ce fut elle qui réalisa l'étrangeté de l'atmosphère en premier lieu. Il y avait comme… des voix… dans l'air. Pas l'écho de Cédric ou Luna qui hurlait après Sacha, non… Comme… Des chœurs de voix… Lointains. Et ça lui donnait froid dans le dos.
Rangeant la carte dans sa poche après avoir annoncé « méfaits accomplis » Hermione accéléra l'allure pour arriver à hauteur des autres. Tous stagnaient désormais à l'entrée du stade, et fixaient la silhouette hagarde de Sacha, au milieu de la neige, et surplombée d'une ombre massive.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » Demanda Ron, pas rassuré.
« Je n'en sais rien ! » S'énerva George, son lumos n'éclairant pas grand-chose.
« On ne peut pas la laisser comme ça, il faut y aller ! » Voulut agir Fred, avant d'être retenu brutalement par son jumeau. Il n'allait pas le laisser foncer dans la gueule du loup, même pour une fille.
« J'y vais ! » Annonça Cédric, mais il ne put faire un pas de plus.
« Poussez-vous ! » Ordonna Hermione, en forçant Fleur et Cédric à s'écarter. Et elle se glissa entre eux, avant de les devancer de trois pas.
La brune pointa alors sa baguette vers le milieu du stade, et fit un geste inconnu de tous. Au bout de sa baguette, alors même qu'elle n'avait encore rien dit, commença à naître une boule de lumière brûlante. Une étoile, une vraie, qui se mit à enfler, et enfler sous les yeux époustouflés de tous les étudiants présents.
C'était un acte de magie élémentaire particulièrement avancé, pour ne pas dire impossible à réaliser de la part d'une sorcière de premier cycle. Ou même de second cycle. Il y avait 4 niveaux d'intensité pour chaque sort élémentaire, ou plutôt, chaque élément. Pour invoquer la lumière, on apprenait en premier lieu le Lumos. Puis le suffixe Maxima permettait de passer au second niveau. Là, on pouvait donc utiliser un Lumus solem, qui permettait de produire un léger phare, puissant et chaud.
Le 3e, permettait d'invoquer des flèches de lumière qui en plus de transpercer les ténèbres, étaient surtout assez physique pour s'en prendre à un ennemi. Mais il y avait besoin d'une surface solide en fond pour s'y planter. Dans tous les cas, seuls les sorciers expérimentés s'essayaient à ce sortilège de flèches lumineuses. Et rares étaient ceux qui parvenaient à le lancer.
Et puis, il y avait Hermione Granger, une Gryffondor de 15 ans, née moldue, qui passait directement au niveau 4, sans même craindre d'échouer. Un sortilège seulement maitrisé par ce qu'on appelait au moyen-âge, les enchanteurs. Un sort qu'aucune sorcière de son époque n'aurait dû être en mesure de connaître, et encore moins de produire.
« PATERNA LUX ! » Et le mini soleil, de la taille d'une charrette fut propulsé au-dessus du stade, éclairant tout l'endroit comme en plein jour. Eclairant Sacha, bras tendu vers le ciel, vers quelqu'un d'imaginaire qu'elle cherchait à atteindre.
Et le monstre ignoble et difforme qui ouvrait la gueule pour la dévorer.
