Chapitre 13.

Hermione remuait nerveusement la tête pour se remettre les idées en place, et ce pour la troisième fois de la matinée.

Cela faisait une dizaine de jours qu'elle n'avait pas revu Snape, depuis qu'il lui avait dit qu'il ne voulait plus d'elle. Elle avait bien du se rendre à l'évidence qu'elle s'était laissée avoir comme une débutante par les effets de l'Amortencia, malgré les avertissements de Ginny et les tentatives désespérées de Minerva pour les éloigner.

Sa naïveté l'avait véritablement rongé de l'intérieur, et elle n'était pas au bout de ses peines.

Ce matin, elle était plongé dans la rédaction de son mémoire lorsque la porte de son laboratoire s'ouvrit en grand fracas.

Derrière cette dernière se tenait Minerva, fulminante.

Plantée au travers de la porte, la sorcière semblait sur le point de la tuer d'un Avada dans la seconde, et Hermione s'affaissa par automatisme dans son siège, sans un mot.

« Je peux savoir ce qui vous a pris ? se mit-elle à hurler. »

Hermione ouvrit la bouche, puis la referma, interdite.

Elle ignorait de quoi le professeur McGonagall parlait, sans pour autant éprouver le quelconque besoin d'en savoir d'avantage. En fait, elle avait surtout envie d'aller se terrer dans un trou de souris en attendant que la tempête passe, surtout lorsqu'elle vit que Minerva hurlait à plein poumons la porte ouverte, tenant au passage au courant Poudlard tout entier de ses bêtises.

« Vous avez pris mon apparence, vous vous êtes introduite illégalement au sein de Sainte Mangouste, mais vous êtes devenue dingue ?! »

Le teint de l'ancienne Gryffondor se pâlit à vue d'oeil.

« Et ne tirez pas cette tête de six pieds de long, vous pensiez vraiment que je n'allais jamais être tenu au courant ?! »

De nouveau, Hermione resta silencieuse, le regard fuyant.

« Vous avez bousillé des semaines de traitement et de thérapie, Severus est de nouveau dans un état de manque.

_ Un état de manque ? prononça-t-elle enfin après un sursaut.

_ Le concept de sevrage ne vous dit sans doute rien ?

_ Le professeur Snape n'est pas drogué, s'exclama-t-elle soudain en bondissant comme un ressort.

_ Détrompez-vous. Figurez-vous que les magicomages ont découvert que votre présence activait les molécules de la potion. L'Amortencia contenue dans ses veines a agit sur la première personne qu'il a croisé, à savoir, vous. Il faut qu'il l'élimine entièrement de son organisme, et le processus serait bien trop long voire, impossible en votre présence.

_ Et le remède ?! Je ne crois pas un mot de cette histoire.

_ Miss Granger, siffla Minerva. Vous êtes encore en apprentissage, vous ne pouvez prétendre en savoir mieux que…

_ La potion agit par voie intraveineuse. Il y a eu une erreur sur l'anti-potion j'en suis certaine et je trouverais.

_ Peu importe que vous trouviez, puisque le philtre va s'éliminer seul. Maintenant, sachez que je prévois une sanction pour votre comportement !

_ Sanctionnez-moi dans ce cas, je ne regrette en rien de l'avoir visiter. Le professeur Snape allait très mal, et je pense que mes visites lui ont fait du bien. »

Minerva arrondit le regard devant l'impertinence d'Hermione Granger, chose qu'elle ne lui connaissait que bien trop peu.

« Vous ne regrettez rien ? Vous avez pris ma place, vous devriez être bien au courant à propos des effets par lesquels Severus est passé et sachez qu'ils ont été plus plus fort par la suite. »

Hermione se décomposa, mais Minerva était si en colère, qu'elle ne pouvait s'empêcher d'enfoncer le clou. Oh, elle entendait bien une petite voix en elle lui crier de la fermer, mais elle en avait tellement assez que Granger n'en fasse qu'à sa tête !

« Hé oui, durant des jours entiers, il a hurlé de douleurs, et aucun calmant ne pouvait contrer les effets. Les infirmières ont du enquêter et ce n'est qu'en découvrant vos visites qu'elles ont pu comprendre pourquoi il avait replongé. Mais sachez que ça a duré, encore et encore, surement parce qu'il a du vous jurer de se taire ! »

Le regard d'Hermione s'embruma soudain, et elle devint pâle comme un linge. Après des années sous pression, à protéger tout ce beau monde, c'était comme si le professeur McGonagall explosait en vol, comme si cette énième atteinte envers Severus Snape était celle de trop.

« Alors, vous êtes satisfaite maintenant ? Votre entêtement l'a détruit. »

Face à cette révélation un peu crue, le souffle d'Hermione se coupa. Elle se retourna brutalement pour se rattraper au bord de son bureau, et retenir un haut le coeur.

Minerva ferma les paupières un court instant.

Elle avait été brute, bien trop brute. Mais sa colère avait prit le dessus.

Minerva s'était sentie trahi d'avoir eu son identité violée de la sorte, trahi par Miss Granger qui avait fait tout ça dans son dos et qui avait mit son collègue, et ami, en danger, par pur égoïsme, égocentrisme, elle n'en savait rien. En tout cas, ne rien regretter lui avait donné presque envie de se venger, et elle l'avait fait en quelque sorte, en lui révélant à quel point Severus était passée au travers d'une véritable épreuve.

Tout ce dont elle était sure était qu'Hermione Granger était une sorcière têtue, la plus têtue qu'il soit, qu'elle avait une obsession certaine sur le fait de garder le contrôle, et qu'à force de vouloir s'occuper de tout, toute seule, de trouver la réponse par tous les moyens possibles, elle y avait laissé des plumes.

Minerva soupira pour elle-même.

« Miss Granger, je suis désolée. »

La professeur n'eut aucune réponse. Elle tenta de s'approcher, mais se figea lorsque des reniflements lui parvinrent aux oreilles.

Pleurait-elle ?

Non, impossible, n'est-ce pas ?

« Miss…

_ Sortez, sanglota Hermione.

_ Je ne voulais pas dire ça, Severus sort d'ici trois semaines, tout au plus… »

Hermione leva juste la main en l'air, sans se retourner pour autant. Elle se secoua la tête, alors que des larmes tombaient par intervalles plutôt rapide sur le sol et le bureau en bois.

Minerva regretta instantanément d'avoir trop parler, alors que Poppy lui avait intimé de se taire sur cette affaire. Elle aurait du se contenter d'un avertissement. Dieu, que lui avait-il pris ?

Dans le fond, elle le savait. Voir Severus se tordre, l'entendre hurler de douleur, tous ces examens pour vérifier son coeur, et à force d'enquêter sur le pourquoi de son état qui se dégradait, il avait bien été contraint de cracher le morceau.

Hermione Granger venant lui rendre visite, Hermione le refaisant plonger par sa simple présence en activant malgré elle une dose de ce foutu philtre d'amour qui n'en était plus vraiment un. Il n'y avait eu que ses révélations à propos des gouttes incrustées dans sa peau qui avaient permis de trouver une piste.

Ils n'avaient trouvé qu'une solution un peu extrême certes… l'opération. La peau de son avant bras lui avait été ôtée pour la remplacer par une greffe.

L'idée venait de Snape, qui avait trouvé au passage, l'occasion parfaite pour se débarrasser de la marque des ténèbres (même si les médecins ne lui avaient pas garanti qu'elle ne pourrait pas ressortir un jour, ce genre de maléfice étant d'une puissance inouïe).

En fin de compte, tout s'était plutôt bien terminé, et les examens sanguins démontrait bien qu'il ne restait plus d'Amortencia dans son organisme. Et pourtant… Oui, pourtant, elle avait voulu se venger, elle avait voulu lui laisser penser qu'il ne s'en sortirait pas. Et c'était vraiment idiot, en fin de compte, car Hermione Granger était bien loin de se moquer de l'état de Severus.

« Miss Granger, écoutez-moi.

_ Non, pleura-t-elle encore en secouant la tête de nouveau.

_ Si je vous dis qu'il est quasi sorti d'affaire…

_ Laissez-moi, j'ai… j'ai besoin d'air, commença-t-elle à pleurer de nouveau alors que sa gorge se serrait.

_ Hermione, voulut intervenir Minerva plus durement. »

Soudain, les sanglots se muèrent en respiration sifflante, et Hermione se sentit frissonner de façon irrémédiable. Elle s'accrocha fébrilement à la table, ce fut à cet instant que le professeur McGonagall décida d'arrêter de l'écouter et de la tenir par les épaules.

« Il…me faut, de l'air, articula-t-elle avec difficulté, comme suffocante.

_ Je vous dis que Severus va bien, tenta la sorcière pour la énième fois, un peu désemparée.

_ Poppy, il me faut… Poppy, lâcha Hermione en se détachant avec brutalité de la poigne de Minerva pour avancer, avant de manquer de s'effondrer de nouveau, prise de vertiges. »

La directrice des Gryffondors n'hésita guère plus avant d'envoyer un patronus, les mains un peu tremblantes.

Alors que la magicomage avait rapatrié Hermione dans l'infirmerie face à son trouble panique soudain, Minerva s'était faites grondée comme une enfant par cette dernière lorsque la vieille sorcière avait avoué à demi-mot y avoir peut-être été « un peu fort » concernant l'état de santé de Snape.

Les deux femmes s'étaient ainsi retrouvées dans le couloir adjacent à l'infirmerie, se renvoyant la balle avec nervosité pendant que Miss Granger se reposait enfin. Il avait fallu au moins 1 heure pour la calmer.

« Je vous avais dis que ça lui aurait créé une bouffée d'anxiété !

_ Je ne pensais pas… finit par lâcher Minerva en se passant les mains sur le visage. Mais enfin, pourquoi a-t-elle eu une réaction pareille ?!

_ Elle se sent responsable de ce qui lui arrive, expliqua la magicomage.

_ Elle l'est, trancha Minerva néanmoins, hésitante.

_ C'était un accident, Minerva ! s'insurgea Poppy. Mais enfin, soyez un peu indulgente ! Elle fait tout pour réparer son erreur, tout ! Saviez-vous que l'épouvantard de Miss Granger vous représentait en train de lui annoncer que tous ses examens étaient un échec ?

_ J'en ai entendu parler, oui, et comme elle a pu être moqué par son besoin de validation pour cela.

_ Vous voulez dire, le besoin de votre validation, compléta Poppy. A votre avis, pourquoi vous ai-je demandé de ne rien dire ? »

Minerva se décomposa.

« Ecoutez, soupira Poppy. Miss Granger ne décroche pas de son bureau depuis des semaines, je pense qu'elle est aussi fatiguée par cette histoire que Severus. Elle a besoin de se reposer, et de soutien, car lorsqu'il reviendra, je crains que cela soit difficile pour elle.

_ Vous pensez ? s'inquiéta soudain Minerva.

_ Severus lui donnait énormément d'attention, confessa Poppy d'un air inquiet. Il l'aidait et elle appréciait beaucoup qu'il se comporte de la sorte avec elle. Qui sait s'il ne redeviendra pas froid et distant à son retour ? Il lui en voudra d'avoir fait de lui la personne qu'il a pu être durant tout ce temps. Enfin, vous le connaissez mieux que moi ma chère. »

Minerva soupira puis se tourna vers le lit occupé par Granger, endormie, mais aux traits tirés.

« Bien trop, je le crains, ajouta la sorcière, inquiète. »

xXx

Snape touchait désormais nerveusement son bras avec une sensation bizarre, nouvelle et bien particulière. Il avait ainsi pris la mauvaise habitude de remonter régulièrement sa manche pour constater que cette horrible marque noire avait disparu de sa peau.

Rien n'était définitif. Les médecins avait insisté. Aprés tout, la marque pouvait même réapparaître flambant neuve demain, après demain, dans un mois, un an, ou alors jamais. D'autres mangemorts s'étaient essayés à l'exercice, et ça avait été quitte ou double, mais Snape avait bon espoir. Ayant figuré parmi les premiers à y adhérer, le sortilége n'était peut-être pas si puissant que les derniers à avoir prêté allégeance. Et puis, au moins, cela avait éliminé le plus gros de l'Amotencia présent sous sa peau. Il s'était contenté d'éliminer naturellement le reste du philtre. Sans la présence de Granger, cela n'avait eu aucune incidence.

Tous les jours, il avait eu droit à sa prise de sang qui avait montré une baisse significative de son taux, jusqu'à ce que cela tombe à zéro. Sans jamais l'avouer à personne, le personnel lui avait même ramené quelques photos de classe dans lesquelles figurait Hermione Granger, et cela ne lui avait fait ni chaud ni froid.

Sous l'autorisation d'une myriade de médecins, Snape avait quitté l'hospice, non sans une visite rapide vers le couple Longbottom, séjournant dans le même service.

Jusqu'ici, jamais il n'avait osé leur parler de nouveau. Autant dire que la vision de ces deux sorciers errants, et complètement muets avec le regard vide l'avaient touché, sans qu'il ne le montre véritablement. Et puis, ils lui avaient rendu visite lorsqu'il y avait eu vent de son hospitalisation dans le service. Un beau jour, alors qu'il était en pleine crise, Franck était entré dans sa chambre et était resté là, sans un mot, pendant que Snape se tordait de douleur.

C'était peut-être bizarre, mais il s'était un peu senti soutenu, si ce n'est, moins seul.

Malgré ses relations tendues avec le jeune Neville, Snape avait même prit la décision d'en toucher deux mots au garçon.

Dans tous les cas, le maître des potions était de retour à Poudlard, enfin. Et le regard dissuasif qu'il lançait aux élèves osant croiser sa route laissait à penser qu'il était bel et bien redevenu lui-même.

D'un pas plutôt énergique, ce fut vers les cachots que Snape se dirigea machinalement.

Albus était au courant de son retour, ainsi que l'ensemble de l'équipe enseignante, mais il n'avait pas franchement envie de leur faire la causette.

En réalité, il avait plutôt une promesse à honorer.

Car Severus Snape était ainsi : autant se débarrasser du désagréable le plus rapidement possible, et, dans son immense folie, il avait promis à Granger de discuter au plus vite des événements passés une fois qu'il serait guéri, ce qui était le cas.

Sans vouloir tout à fait se l'avouer, c'était aussi en quelque sorte un test pour lui. Il ne l'avait pas revu depuis tant de temps, et il était curieux de connaître son ressenti réel face à celle qui l'avait hanté jour et nuit jusqu'à ce qu'il s'en rende malade.

Son laboratoire ayant été déménagé dans les cachots pour l'élaboration de l'antidote, Snape avait en outre, un léger détail à lui faire part. Il arriva ainsi rapidement, jusqu'à la porte depuis laquelle il émit deux coups rapides.

Sans réponse, il ne se laissa pas prier avant de l'ouvrir. Mais, à son grand étonnement, il constata bien vite qu'il n'y avait plus rien dans la pièce.

Son laboratoire avait disparu, ses notes, ses livres et son matériel. N'en restait qu'un bureau classique.

Snape fronça ainsi les sourcils, puis monta les marches quatre par quatre vers la tour des Gryffondor, au travers du dédale de l'immense château où il mit au moins une vingtaine de minutes avant d'arriver sur place. En chemin, à son plus grand damn, il ne croisa pas celle qu'il attendait. Néanmoins, au détour d'un escalier, c'était sur sa bien détestée collègue sur laquelle il était tombée. Ils s'arrêtèrent tous les deux dans leur démarche, l'une descendant les marches tandis que l'autre les montaient.

« Severus, soupira Minerva, ravi de le revoir en chair et en os, mais surtout, en excellente forme, avec cet air acariâtre auquel elle s'était habitué.

_ Minerva, savez-vous où est Miss Granger ? »

Snape vit sa collègue se figer, avant de soupirer d'un air bien dramatique.

« Vous êtes sérieux ? siffla-t-elle, fatiguée. Après toutes ces histoires, vous n'êtes revenu que depuis une heure à peine et vous demandez déjà à voir Miss Granger ?!

_ Je peux savoir ce que ça peut bien vous foutre ? »

Aucun doute : le véritable Severus Snape était bien revenu parmi eux.

« Prenez une pause nom d'un chien !

_ Mais je ne vous demande pas votre avis espèce de vieille bique. Où est votre putain de protégée préférée ? Je lui ai dis que j'irais discuter avec elle dés que la potion ne ferait plus effet, et quand je dis quelque chose, vous m'excuserez, mais j'ai tendance à honorer ma parole. Alors vous allez me dire où elle se trouve, ou dois-je retourner cette école tout entière en beuglant sur tous ceux que je croise ? »

Minerva afficha une mine tout à fait indifférente, le sourcil levé en une expression presque fatiguée d'avance.

« Miss Granger n'est sans doute pas prête de vous revoir tout de suite.

_ Depuis quand est-ce à vous d'en décider ? Miss Granger a changé de nom pour devenir Miss McGonagall ? Quelle horreur. »

Elle en avait presque oublié à quel point il pouvait être fatiguant.

« Ceci étant dit, cela expliquerait son côté moralisatrice.

_ Je ne suis pas moralisatrice, trancha Minerva.

_ Peu importe, je ne suis pas là pour faire étal de vos défauts, ni des siens, mais pour vous demander où cette petite sotte est passée. Voyez-vous, j'ignore si vous êtes au courant, ironisa-t-il, mais cette maladroite a fait tombé un horrible philtre sur moi il y a plusieurs mois et je me suis ridiculisé à lui courir après comme un petit toutou dans tout le château, alors laissez-moi lui botter le cul et on n'en parle plus. »

Minerva leva les sourcils en croisant les bras sous sa poitrine. Oh, il était hors de questions qu'elle continue de se laisser parler de cette façon désormais.

« Voyez-vous cela, lâcha-t-elle sur le même ton cynique. Je pensais que vous l'aviez sauvé en la rattrapant avec vos bras musclés. »

Snape serra la mâchoire en la fusillant d'un regard noir.

« Que vous l'aviez protégé ce jour-là du sol dangereux de Poudlard.

_ Mais c'est ce que j'ai fais, rebondit Snape. En réalité, je pense que je suis un sorcier bien trop bon et que cela m'a porté préjudice. Votre bien aimée étudiante a, suite à cela, bien évidemment profité de moi.

_ Il est sur que c'est bien votre style de vous laisser faire.

_ Je ne suis qu'une victime malheureuse d'une situation terriblement embarrassante. »

Minerva prit une inspiration agacée avant de taper nerveusement du pied contre le sol.

« Bon, maintenant, dites-moi où elle est, que j'aille la remercier, insista le maître des potions d'un ton guère convainquant.

_ Miss Granger est dans ses quartiers, mais je vous préviens : n'allez pas la faire culpabiliser pour ce qu'il s'est passé !

_ Qui ça, moi ?! s'écria Snape d'une voix suraiguë, portant théâtralement sa main contre sa poitrine. Comme si c'était mon genre ! »

La vieille sorcière grogna avant de le laisser se dérober, hésitante à l'idée de le retenir.

xXx

Snape toquait rapidement contre le portrait qu'il ne connaissait désormais que bien trop. Mais une fois encore, il n'eut aucune réponse.

« Fontaine de Bonne Fortune, balança nonchalamment Snape en restant appuyé contre le chambranle de l'entrée. »

La dame élégante laissa tomber son sextant pour ouvrir le tableau, déçue de devoir le faire d'ailleurs. Snape passa une tête timide vers l'intérieur, pour tomber sur la silhouette de dos d'Hermione Granger, assise devant son bureau, sa plume virevoltant au dessus d'elle.

« Granger ! »

La concernée sursauta avant de se retourner brusquement. Elle en laissa tomber son encrier, et se leva avec tant de maladresse qu'elle manqua de choir de nouveau.

« Oh, vous, êtes vraiment là ! lâcha Hermione, sous le choc.

_ Pourquoi, vous espériez voir un fantôme ? ironisa Snape d'une voix sifflante, se détachant enfin de sa position d'une posture bien sévère.

_ Je suis tellement contente que vous alliez bien ! s'écria-t-elle soudain. »

Snape resta figé sur place lorsque la jeune femme s'avança vers lui et l'enlaça avec la force d'un ours. Les bras le long du corps, crispé comme jamais, il baissa les yeux sur elle qui ne semblait franchement pas s'en soucier.

« Vous êtes devenue dingue ? siffla-t-il.

_ Vous êtes vous-même, marmonna-t-elle avec joie, le nez dans sa redingote.

_ Bien sûr que je suis moi, et je vais vous faire regretter de m'être tombée dessus espèce de sale petite maladroite ! »

Toujours aussi stoïque, il éloignait son visage en arrière comme pris d'un dégout démesuré. Mais rien à faire, Hermione restait accroché à lui comme une moule à son rocher, et il était prêt à la balancer physiquement à un bon trois mètres avant d'entendre un reniflement… ou deux.

« Vous pleurez ?!

_ Non… »

Snape leva les yeux au ciel, avant de soupirer et de passer d'une position tendue à une lassitude évidente, sans qu'elle ne le lâche pour autant.

« Arrêtez de chialer, vous allez tacher ma chemise. »

Mais Hermione secoua la tête, sans un mot. Snape grogna en remuant un peu, rien à faire.

« Lâchez-moi ou je vous tue.

_ Si je vous lâche, vous allez justement me tuer, sanglota-t-elle un peu.

_ Et si vous ne le faites pas de vous-même, je vais vous balancer toute nue dans le lac. »

A ces mots, Snape ferma les yeux de dépit.

Tout d'abord, parler d'Hermione Granger nue après des événements pareils, il devait être complètement givrée, et ensuite, cette phrase lui rappelait autre chose, une menace qu'il avait proféré avant qu'il ne se passe un événement bien plus gênant, chose qu'il voulait effacer de sa mémoire pour toujours.

Hermione sembla du même avis, et il sentit les muscles de la jeune femme se raidirent, eux aussi. Oh seigneur, elle avait pensé à la même chose…

« Est-ce aussi malaisant pour vous que ça l'est pour moi ? ne put-il se retenir de marmonner. »

A ces mots, la jeune femme se détacha de cette étreinte impromptue avant de se racler la gorge de nervosité.

« Je… ne vois pas de quoi vous voulez parler. »

Snape prit une inspiration avant de serrer la mâchoire. Au moins, elle avait le bon sens de ne pas s'enfoncer dans l'embarras.

« Donnez-moi une raison, oui, une seule pour me retenir de ne pas vous trucider là, tout de suite. Et pourquoi je n'irais pas pas courir après Madame Selwyn histoire de lui hurler de se débarrasser de vous et de votre incompétence ? »

Hermione leva le menton, et finit par affronter le regard imperturbable de son ancien professeur de potions, son vrai professeur.

« Si vous faites ça, alors je ne pourrais jamais soumettre mon projet de loi interdisant l'usage des philtres d'amour dans le monde sorcier. »

Soudain, Snape se figea en une expression stupéfaite, le sourcil levé. Hermione soupira en réalisant qu'il ne lui en demanderait jamais d'avantage, alors elle décida d'elle-même d'argumenter.

« J'ai changé quelque peu le sujet de mon mémoire. »

Snape l'observa entrer dans ses quartiers, et se décida enfin à la suivre prudemment.

« Après vous avoir visité à l'hôpital, j'ai réalisé la dangerosité de l'existence des philtres d'amour. Je veux dire par là, que Voldemort est né d'une union impliquant ce genre de potions, sans compter sur Ron qui s'est lui aussi, retrouvé presque à l'infirmerie à cause d'une surdose de chocolat contenant de l'Amortencia. Alors, plutôt que de m'étendre sur un antidote qui n'a, de toute façon, même pas fonctionné, j'ai décidé de rédiger un projet de loi afin d'encadrer bien plus sévèrement ce genre de potions capable d'altérer le jugement, mais aussi les sentiments d'un autre individu. »

La jeune femme alla ainsi jusqu'à son bureau, et réuni un ensemble de parchemins qu'elle lui tendit. Suspicieux, Snape s'en empara en lui envoyant un drôle de regard, entre curiosité et méfiance.

Puis, il en parcourut les lignes, devenant soudain bien silencieux.

Hermione attendait son avis avec une impatience peu contenue, se balançant d'un pied à l'autre en se rongeant l'ongle du pouce, nerveuse comme jamais. C'était comme se retrouver devant son impitoyable professeur de nouveau, face au devoir déterminant l'ensemble de son année.

Il resta dans la même position un temps qui lui parut une éternité, continuant la lecture de son mémoire sans un mot. Il plissa bien les yeux une fois ou deux, mais ce fut tout.

Que penser de ce silence ?

« C'est un projet ambitieux, balança enfin Snape d'une voix détachée.

_ C'est tout ?!

_ L'aparté sur l'élaboration de l'antidote dans l'étude fourni me laisse toutefois un peu plus perplexe.

_ Que voulez-vous dire ? »

Snape soupira.

Il n'était pas là pour lui filer des conseils, pas là pour lui donner un cours, mais pour lui gueuler dessus une bonne fois pour toute. Et pourtant, il s'agaça en faisant trainer sa chaise sur le sol pour la faire s'y asseoir.

Suspicieuse, Hermione s'exécuta, non sans lui lancer un regard bien étrange. Snape, d'un geste plutôt rageur, se mit à feuilleter toutes les feuilles présentes sur son bureau en formant un capharnaüm encore plus chaotique avant de trouver ce qu'il cherchait.

« Ah ! se contenta-t-il d'exclamer avant de plaquer rudement le parchemin sous les yeux de la Gryffondor. »

Hermione leva un sourcil dans sa direction avant de timidement baisser ses yeux vers ce qu'il lui montrait.

« Ce sont mes calculs, constata-t-elle.

_ En effet.

_ Et… ?

_ Regardez les encore une fois espèce de crétine. »

Hermione leva les yeux au ciel en se demandant vraiment si elle n'allait pas lui refiler une ou deux gouttes de potions, juste pour qu'il retrouve un semblant d'amabilité. Alors qu'elle se penchait au dessus du papier recouvert de runes en tout genre, Snape en fit de même et elle sentit sa présence spectrale derrière elle.

« Que dois-je trouver ? demanda-t-elle.

_ Ils sont corrects, non ? »

Sans s'en rendre compte, il lui avait chuchoté cette question prés de l'oreille, à un tel point qu'elle avait senti les syllabes prononcés contre sa peau et que son souffle à elle se coupa un peu.

« Ils le sont, se contenta-t-elle de dire en se tournant un peu, la peau frissonnante.

_ Dans ce cas, pourquoi l'antidote n'a pas marché ? »

Snape venait d'avancer son visage juste à côté du sien, et ils se tournèrent de concert l'un vers l'autre, le maître des cachots levant un sourcil d'un air imperturbable tandis qu'Hermione ouvrit et ferma la bouche, un peu interdite.

« C'est impossible que ça vienne de la préparation, trancha-t-elle en murmurant.

_ Pourquoi ça ne le pourrait pas ?

_ C'est vous qui l'avez faites, appuya Hermione.

_ Je suis incapable de faire des erreurs ? demanda-t-il sur le même ton étrangement peu piquant. »

Hermione fronça les sourcils vers lui, et Snape s'accouda encore d'avantage au bureau, continuant de faire face à son visage bien proche du sien.

« Je ne voulais pas que ça marche.

_ Qu'est-ce que vous me racontez, rit-elle nerveusement.

_ Vous le savez très bien, que je ne voulais pas prendre cette potion, que je refusais l'idée de vous détester.

_ Vous l'avez saboté vous-même ? demanda-t-elle, d'un mélange de consternation et d'horreur.

_ Pas consciemment, mais je pense être à l'origine de mon propre empoisonnement, d'une façon ou d'une autre. Avez-vous repris la liste des ingrédients ?

_ Poudre de pieuvre, bézoard, armoise, extrait d'Amortencia partiellement préparée, corne de bicorne et aconit, récita-t-elle par coeur. Mais c'est moi qui me suis occupé de l'extrait du philtre.

_ N'y a-t-il pas une plante dans votre liste qui ne soit nocive ?

_ Si, bien sûr, on ne peut utiliser que les fleurs de l'aconit, car le reste est… »

La phrase d'Hermione resta en suspens alors que derrière son regard s'affichait la réalisation, puis l'effroi et que Snape lui, pencha la tête en affichant une mine résignée.

« C'est horrible, réalisa-t-elle en une expiration coupée.

_ Je sais.

_ Vous auriez pu mourir… fit-elle le constat, épouvantée. »

Hermione détourna enfin le regard pour se perdre sur un point invisible. Puis, elle se tourna de nouveau vers lui, les yeux embrumés de larmes et la gorge nouée.

« Vous auriez pu mourir, répéta-t-elle d'un ton plus grave et teintée d'émotion. »

Cette fois, Hermione pleura vraiment de terreur, de tristesse, et de consternation, tant et si bien que machinalement, Snape se mit presque à genoux pour, avec lenteur, la laisser couler vers lui en une étreinte étrange. Hermione versa ses larmes dans son cou, des spasmes lui parcourant la poitrine, et il ignorait pourquoi il la laissait faire… mais il le faisait.

« Je… pensais que c'était de… ma faute, dit-elle avec difficulté au milieu de ses sanglots.

_ Je sais, chuchota-t-il.

_ Je n'aurais jamais du vous laisser préparer l'antidote, pleura-t-elle contre lui. »

Snape n'en répondit rien, car il ne savait pas quoi dire face à cela. Il était l'unique responsable de ce beau bazar, mais comment s'en vouloir ? Il était sous l'influence de ce truc. Quant à elle, elle avait peut-être était un peu négligeante, mais elle n'était pas responsable de ce qu'il avait fomenté, en bon Serpentard qu'il était.

« Le plus grand ennemi des maitre des potions est la fatigue, murmura-t-il d'un ton plus détaché, même s'il sentait à son tour, sa gorge l'étreindre.

_ Ce n'est pas une raison, non, nia-t-elle en secouant la tête tout en se raccrochant à son cou. Et si vous en étiez mort ?

_ Vous n'auriez pas été tenu responsable.

_ Je m'en serais voulu toute ma vie, ajouta-t-elle entre deux spasmes, jamais je n'aurais pu vivre avec ça, jamais !

_ Arrêtez de dire des bêtises, lâcha Snape maladroitement, interdit.

_ Je ne voulais pas faire tout ça, non ! Tout ce que je voulais, c'était que vous me considériez un peu, que vous pensiez que j'en valais la peine, je ne voulais pas vous faire du mal, je ne voulais pas que vous atterrissiez dans cet hôpital sordide, je ne voulais pas vous mettre en danger, ni que vous… »

Hermione ne parvint à finir sa phrase, et Snape n'eut d'autres réflexes que de faire des allers et retour de sa main dans son dos, l'entrainant dans une sorte de balancier subtil et émettant un grognement presque agacé tant il voulait qu'elle cesse.

« Allez, arrêtez maintenant, lui marmonna-t-il au creux du cou.

_ Je suis désolée, tellement, désolée, sanglota-t-elle de plus belle. »

Jamais il ne lui avait été dit de choses aussi simples et pourtant, si sincères que cela. Et pourtant, ça ne lui faisait pas tant de bien que ça. Il aurait pu penser qu'entendre Hermione pleurer toutes les larmes de son corps aurait pu représenter un certain soulagement, mais il n'en éprouvait aucune joie.

Comment agir ? Lui-même était décontenancé par son propre sentiment face à ça.

« Vous aviez raison sur la potion agissant en sous-cutané, la rassura-t-il en ne faisant de sa voix qu'un faible murmure.

_ Ah, ah oui ? sanglota-t-elle encore.

_ J'ai même eu droit à une greffe superbe de la peau de ma hanche vers mon avant bras, vous voulez voir ? »

Hermione rit au milieu des larmes et il la sentit secouer la tête contre lui.

« Non, répondit-elle simplement.

_ Vous allez me vexer. »

Snape se redressa enfin un peu, et Hermione en fit de même. Il prit son visage en coupe et fronça les sourcils pour lui-même.

Son nez coulant à moitié, ses joues rouges, ses yeux humides et les traces de ses larmes sur son visage, cela aurait du demeurer un spectacle pathétique, non ?

C'était étrange, il ne ressentait rien de cela. Son coeur se serrait un peu à cette vue, et Snape songea qu'il avait peut-être été trop tôt pour lui d'être en contact avec elle, malgré l'aval des médecins.

« Allez y, moquez-vous de moi, je l'aurais bien mérité, marmonna-t-elle. »

Snape leva les yeux au ciel. D'un air fatigué, il marmonna en se relevant difficilement, et invoqua une chaise pour s'y laisser tomber à côté d'elle.

« Voyons voir les termes de cette proposition de loi… »