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Chapitre 9 : Crise psychotique

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Le lendemain, les mêmes pensées qui l'avaient empêché de bien dormir continuaient à tourner en boucle dans la tête de Bruce. John avait-il réalisé qu'une caméra était dissimulée dans sa chambre ? S'en était-il rendu compte avant ou après sa petite partie de plaisir solitaire ? Et si jamais il s'en était rendu compte avant... Avait-il fait cela uniquement dans un but provocateur ? John jouait-il avec Bruce ? Le jeune millionnaire espérait d'ailleurs que John ne croit pas qu'il s'agisse d'Alfred derrière les caméras...

En tout cas, en cette nouvelle matinée, John se comportait de manière tout à fait habituelle. Bruce essayait de faire de même, bien que la gêne ressentie et le léger réveil de ses tendances paranoïaques le perturbaient quelque peu. En ce dimanche matin, Alfred confia à John quelques tâches de jardinage. Celui-ci partit se mettre à l'ouvrage avec enthousiasme, et Bruce ne le surveilla discrètement que depuis l'intérieur du Manoir, le regardant à travers la fenêtre, tout en restant songeur.

Alfred quant à lui en profita pour effectuer un peu de ménage dans la cuisine avant de se mettre à la préparation du repas, préparation à laquelle il finit par convier John et Bruce comme ils en avaient maintenant pris l'habitude. Après le repas, il invita les deux jeunes hommes à prendre un petit moment de repos en vue d'être en forme pour l'après-midi au lac qui était prévue dans leur programme.

Bruce était donc remonté dans ses quartiers après s'être assuré que John avait fait de même. Ayant bien vu sur les caméras que le jeune homme était affalé sur son lit, l'air occupé par ses pensées, Bruce s'était senti suffisamment entouré de calme pour effectuer son exercice de méditation.

Mais c'est alors qu'un bruit attira son attention et le coupa dans sa relaxation au bout de quelques minutes à peine. Lorsqu'il ouvrit les yeux, son regard fut immédiatement attiré par la caméra du rez-de-chaussée ayant capté des mouvements : ceux d'Alfred, équipé de son matériel de ménage, qui pénétrait dans la bat-cave.

Toutefois un autre mouvement attira le regard de Bruce. Il regarda spontanément vers l'angle de l'écran affichant la chambre de John, qui était vide à présent. Ni une ni deux, Bruce se leva d'un bond et sortit de sa chambre en trombes avant de dévaler les escaliers.

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Pendant ce temps calme Alfred faisait mentalement la liste des tâches ménagères à effectuer. La plupart avaient déjà été faites en compagnie de John, à la fois pour l'occuper et pour l'impliquer au sein de sa nouvelle demeure ; mais il en restait une que le majordome ne pouvait effectuer que seul. Certes, l'entretient de la bat-cave n'était en rien urgent et avait même été relégué à une importance très secondaire durant ces dernières années... Mais, depuis que Bruce avait retrouvé cet aspect que Alfred qualifierait de tout simplement plus "vivant", depuis que le projet d'accueil de John lui avait redonné l'envie de se rendre dans l'antre du Batman, il tenait à cœur à Alfred de prendre soin de cette partie cachée du Manoir. C'était peut-être, au fond, comme s'il prenait soin d'une partie de Bruce...

Bien sûr, sachant qu'ils n'étaient pas seuls dans la maison, Alfred avait d'abord vérifié que John était bien dans ses appartements avant de se résoudre à aller faire un brin de ménage dans la bat-cave. Il était monté jusqu'aux appartements Sud sur la pointe des pieds, s'assurant que John ne s'apprêtait pas à les quitter, puis était redescendu tout aussi furtivement. Seul le mécanisme d'ouverture du passage secret, au rez-de-chaussée, avait fait un léger bruit ; mais Alfred avait bien vite refermé derrière lui.

Il descendit donc les marches tranquillement avant d'arriver au centre de la vaste pièce, prenant un instant pour inspirer l'air frais du gigantesque sous-sol taillé dans la roche.

Mais son moment de quiétude fut interrompu. Son regard se dirigea vers le haut des escaliers sombres tandis que les notes de musique puis le bruit du mécanisme du passage secret résonnaient contre les parois. « Bruce ? » se demanda-t-il mentalement. Des bruits de pas retentirent, s'approchant peu à peu de lui. Et là, stupeur : ce n'était pas Bruce qui descendait les marches de la bat-cave. C'était John.

« John... ! s'estomaqua Alfred, laissant tomber son matériel au sol tandis qu'il revenait prestement sur ses pas, le cœur battant.

- Ça par exemple ! s'exclama le jeune homme, regardant autour de lui avec intérêt.

- Vous ne devriez pas être ici, s'affola Alfred avant d'essayer de reprendre son calme. Je... C'est une partie du Manoir qui m'est personnelle, et je euh, j'apprécie y effectuer le ménage seul, alors si vous pouviez remonter... »

John lui lança un regard quelque peu condescendant.

« Voyons Alfred, pas besoin de jouer les innocents. »

Cette phrase cloua le majordome sur place.

« Alors... reprit le jeune homme. C'est donc à ça que ressemble le bat-quartier-général ? »

La mâchoire d'Alfred s'ouvrit sous le choc. Il regarda ensuite lentement autour de lui : les équipements du Batman avaient été rangés il y a bien longtemps de cela ; au final seul le grand ordinateur trônait dans la vaste pièce. Alors... Comment John avait-il fait si directement le lien avec Batman ? Est-ce que... Se pouvait-il que John soit au courant... ?

L'étincelle pétillante dans les yeux verts lui apporta une réponse silencieuse.

« Vous... Mais... Depuis quand... ? »

John lui fit un sourire.

« Depuis quand je sais que le petit Brucie et le gros Batman ne font qu'un ? Hm... Et bien, j'aurais envie de vous répondre "depuis le début", mais ce serait peut-être un poil prétentieux. Alors, disons... Depuis longtemps. »

Alfred en perdit ses mots.

« Mais... Comment... ? »

Il ne put pas prendre le temps de se remettre de ses émotions pour mieux formuler sa question. Car, en haut des marches, son regard venait de se poser sur Bruce qui les toisait tous deux depuis la pénombre.

« Bruce ! »

La panique gagna à nouveau Alfred, tandis qu'à son exclamation John s'était retourné vers le nouveau venu. Le temps sembla suspendu durant l'échange de regards qui s'ensuivit. Puis, abruptement, Bruce tourna les talons.

Il s'engouffra dans le rez-de-chaussée, laissant le passage ouvert derrière lui, trop occupé à contenir la rage qu'il ressentait dangereusement palpiter en lui. Il n'était pas arrivé à temps pour empêcher John d'espionner Alfred tandis qu'il ouvrait le passage. Il n'était pas arrivé à temps pour l'empêcher d'entrer. Mais il était arrivé au moment où John avait avoué qu'il savait depuis longtemps qui se cachait derrière l'identité du Batman...

Le choc avait été violent. La honte également. De même que la colère. Depuis tout ce temps... Cela voulait-il dire que lorsqu'il était encore le Joker, il connaissait déjà son identité ? Et lorsqu'il était arrivé au Manoir en tant que John Kerrigan... Il savait aussi. Dans un sens, Bruce ressentit cela comme une forme de trahison. Et il se sentit également vulnérable. Une sensation particulièrement désagréable...

Derrière lui, John était remonté avant Alfred.

« Hey, Bruce, écoute... » lui dit-il tandis qu'il posait une main sur son épaule.

Bruce se retourna brusquement et, d'un geste, il envoya valser la main que John avait posé sur lui.

« Ne me touche pas » gronda-t-il, la voix emplie de colère.

Il se retourna à nouveau et partit d'un pas sec en direction des escaliers menant à l'étage, bien décidé à se réfugier dans ses appartements afin de ne pas exploser en public.

John, quant à lui, ressentit un violent vertige après que Bruce l'ait repoussé. Le vertige s'insinua dans tout son corps, remuant tant ses tripes que l'intérieur de sa tête. Il s'appuya contre le mur pour tenter de reprendre ses esprits.

Mais, fait particulièrement étrange, le mur lui sembla poisseux sous son toucher. Sa vision se fit trouble alors qu'il regardait Bruce s'éloigner. Il cligna des yeux plusieurs fois puis reporta son regard sur sa main collée au mur. John eut un vif mouvement de recul : il y avait du sang sur sa main.

Il ne comprit pas ce qu'il voyait là. Était-il blessé ? Ou bien était-ce Bruce qui était blessé ? Le sang s'était-il imprimé sur sa main après qu'il lui ait touché l'épaule ? Son regard se posa à nouveau sur le mur, et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur : le sang ne venait pas de lui, ni même de Bruce. Il venait du mur.

Le mur saignait.

Le vertige revint encore plus fort tandis qu'il regardait de grandes entailles qui étaient apparues en haut du mur, telles des plaies béantes, d'où s'écoulaient des traînées de sang de plus en plus abondantes, gouttant peu à peu jusqu'au sol.

Son étonnement, accompagné d'une angoisse naissante, fut d'autant plus grand tandis qu'il regardait justement le sol. Celui-ci commençait à se fissurer à certains endroits. Tandis que les fissures s'agrandissaient, les pierres commençaient à s'émietter ; puis, peu à peu, des morceaux entiers se détachèrent et tombèrent dans le vide qui s'était ouvert pratiquement sous ses pieds. Non, pas le vide, corrigea-t-il mentalement. Le néant. Un gouffre s'ouvrait peu à peu, avalant le sol autour de lui, se rapprochant dangereusement de sa personne dans un grondement de plus en plus menaçant.

John recula de quelques pas et s'écroula par terre.

Oh non. Non non non non non.

Il ferma les yeux et appuya ses mains contre ses tempes.

Il connaissait ça. Ces visions, ces sensations... Comment la psy avait-elle appelé ça déjà, hm ? Il fit un effet pour se rappeler. Un « épisode psychotique bref ». Voilà. En fait, il était en train de faire une nouvelle crise. Rien de tout cela n'était réel, ce n'était que son esprit qui s'inventait des choses. Un point c'est tout. Et donc, lorsqu'il rouvrirait les yeux, toutes ces horreurs auraient disparu et tout serait revenu à la normale. Tout simplement.

John prit une grande inspiration puis rouvrit les yeux.

Le sang coulant du mur formait à présent une vaste flaque menaçant d'arriver jusqu'à ses pieds. Ses pieds, justement, étaient posés sur le dernier morceau du sol qui n'avait pas encore été avalé par les abysses.

John éclata de rire.

C'est que ça semblait foutrement réel pour des hallucinations !

Le grondement résonnait à présent tant dans le sol que dans le mur lui-même. Un peu comme si le mur cherchait à lui dire quelque chose... Et puis quoi encore. Un mur qui parle ? Hors de question. Les murs n'avaient jamais rien eu d'intéressant à dire, autant dans le réel que dans les hallucinations. Hors de question que John accepte de l'écouter.

« FERME-LA ! » hurla-t-il au mur qui grondait de plus en plus fort.

Alfred, quant à lui, se sentait complètement perdu.

Alors qu'il était arrivé en haut des marches de la bat-cave, il avait vu Bruce repousser John. Il avait été surpris de voir le jeune homme à la peau pâle vaciller, avant de s'appuyer contre le mur et de regarder sa main d'un drôle d'air, puis de s'écrouler subitement.

« John ? » appela-t-il doucement, interloqué par cet étrange comportement.

« FERME-LA ! » hurla John.

Alfred recula d'un pas, mais fut d'autant plus surpris par le fait que John ne semblait pas s'adresser à lui. C'était presque comme s'il avait parlé... au mur ?

Bruce, de son côté, était redescendu dans le hall, alerté par le cri de John. D'abord prêt à se battre si jamais celui-ci s'en était pris à Alfred, il se figea d'étonnement devant la scène face à lui : Alfred, l'air désemparé, regardait John qui s'était recroquevillé au sol dans un coin du rez-de-chaussée.

Fronçant les sourcils, Bruce s'approcha d'Alfred.

« Que s'est-il passé ?

- Je... Je ne sais pas... » répondit le majordome.

Bruce s'approcha alors de John, doucement, restant sur ses gardes face à cette étrange situation.

John, les yeux fermés, frappait sa tête contre ses genoux à un rythme régulier.

« Non non non non non... » murmurait-il en boucle.

Et puis, soudain, une connexion se fit dans l'esprit d'Alfred.

« Attendez, je... Surveillez-le, je reviens » dit-il à Bruce avant de se rendre dans le petit salon.

Il ouvrit prestement l'armoire dans laquelle il avait rangé les documents donnés par la psychiatre, cherchant une fiche qu'il se souvenait avoir lue tant avec intérêt qu'avec étonnement, un soir de la semaine tandis qu'il prenait son infusion avant d'aller se coucher.

Il chercha au milieu des papiers puis, enfin, il trouva celui dont il était question. Il le parcourut rapidement des yeux puis retourna dans le hall auprès de Bruce et de John.

« Je... Je crois que c'est ça » dit-il à Bruce en lui tendant le document d'une main un peu tremblante.

Intrigué, Bruce se saisit du papier et le parcourut avec attention.

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« Conseils face à une crise psychotique

Qu'est-ce qu'une crise psychotique ?

Une crise psychotique, aussi appelée bouffée délirante aiguë ou épisode psychotique bref, est un moment particulièrement complexe, lors duquel la personne peut avoir l'impression que la réalité « explose », laissant en proie à de violentes douleurs ou angoisses, des idées délirantes, des hallucinations, un discours ou un comportement désorganisé. Les personnes peuvent vouloir fuir à tout prix, se recroqueviller, se faire du mal, elles peuvent perdre l'accès au langage... Tout dépend de chaque personne. C'est un moment d'extrême vulnérabilité et, pour beaucoup, de honte. Il faut donc faire attention à ce que l'on fait si l'on souhaite pouvoir aider la personne en crise et conserver sa confiance.

Quelques conseils :

1. Ne pas toucher la personne

Premièrement parce que la personne en crise peut ne pas être en mesure de vous reconnaître et peut chercher à se défendre ; mais aussi parce que vous pouvez lui faire potentiellement mal et très peur : toucher sans prévenir c'est perturber les perceptions encore plus qu'elles ne le sont déjà.

2. Demander l'autorisation, prévenir, décrire

Il va falloir essayer de créer un contact avec la personne en crise afin de lui permettre d'en revenir ; ne pas forcer, aller au rythme de la personne. Il est important de demander l'autorisation (« est-ce que je peux m'asseoir à côté de toi par terre ? ... »), et prévenir de tout ce que l'on va faire, décrire l'environnement (« tu es dans telle pièce, avec moi [nom], en sécurité... »).

3. Limiter les perceptions

Les personnes en crise ressentent déjà toutes leurs perceptions à un niveau très aigu, elles sont en surcharge cognitive et émotionnelle. Il faut donc limiter le plus possible les lumières vives, les bruits, les mouvements, mais aussi le nombre de personnes présentes autour... Vous pouvez aussi proposer, par exemple, de la couvrir d'une couverture sur la tête.

4. En appeler à la lucidité de la personne

En lui montrant que vous croyez en elle et en sa capacité à s'en sortir, cela apportera un soutien de plus à la personne. Faire appel à la lucidité peut être particulièrement important en cas d'agressivité (envers autrui ou envers soi-même).

5. Ne pas forcément chercher à savoir ce qu'il se passe ni pourquoi

Cela surchargerai mentalement encore plus la personne et pourrait aussi augmenter son angoisse, car bien souvent les personnes en crise perdent le sens de la réalité.

6. Parler

Si la personne ne veut / ne peut pas parler de ce qu'il lui arrive, il est important que vous, vous lui parliez : il s'agit de maintenir le contact. Comme un phare dans la nuit, vos propos vont guider la personne jusqu'à la réalité.

7. Gérer l'après

Une fois que le plus gros de la crise est passé, demandez à la personne si elle a besoin de boire, manger... Privilégiez des questions en oui/non. Ramenez-la chez elle si elle est à l'extérieur, vérifiez qu'elle a tout ce dont elle pourrait avoir besoin. Et enfin, débriefez : il ne faut pas que cela reste en non-dit. Toutefois il faut en parler uniquement lorsque la personne se sent prête (parfois cela prend plusieurs heures, voire quelques jours). »

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Bruce adressa un regard grave à Alfred. John était-il actuellement en proie à ce type de crise ? Les battements de son cœur s'accélérèrent, la colère ayant maintenant fondu pour laisser place à l'inquiétude. Alfred et lui étaient-ils en capacité de gérer ce genre de crise ? L'idée d'appeler la psychiatre lui traversa l'esprit, mais le temps qu'elle arrive au Manoir l'état de John pouvait se dégrader...

Bruce prit alors tout son courage et, lentement, s'approcha de John, le document toujours en main.

« John ? » appela-t-il suffisamment fort mais tout en essayant de garder un ton le plus doux possible.

Pas de réponse.

« John ? » appela-t-il à nouveau.

Face au silence du jeune homme toujours recroquevillé, il tenta une autre approche.

« John, c'est Bruce. Est-ce que... Est-ce que tu peux faire un signe si tu m'entends ? »

Lentement, sans relever sa tête de ses genoux, John leva sa main droite. Puis il fit un doigt d'honneur en direction de Bruce.

Bon. Au moins, il s'agissait d'un signe, John l'entendait toujours. Bruce fit l'effort de ne pas se sentir offusqué.

« John, dit-il à nouveau. Je... » il regarda à nouveau le document. « Je vais venir m'asseoir à côté de toi. »

Il lança un regard à Alfred puis, doucement, il se rapprocha de John. Une fois arrivé à sa hauteur, il reparcourut le document des yeux, suivant les conseils.

« John, est-ce que je peux m'asseoir à côté de toi ? »

Silence. Puis...

« ...Si tu tombes pas dans l'vide, pourquoi pas... » murmura John qui n'avait toujours pas relevé la tête.

Ne comprenant pas vraiment ce que le jeune homme entendait par là, Bruce capta néanmoins l'autorisation et s'assit doucement à côté de lui.

« Je suis assis à côté de toi » l'informa-t-il comme la fiche le lui conseillait. Il regarda son majordome qui les couvait du regard. « ...Et Alfred est près de nous aussi. On est là, à côté de toi. »

Bruce avait quelque peu l'impression de se répéter, mais ce n'était pas important, car il lui semblait avoir saisi l'idée : être rassurant, sécurisant, le plus possible. John ne répondit pas mais il sembla à Bruce qu'il avait légèrement hoché la tête, bien que cela soit difficile à dire puisque celle-ci était toujours enfouie entre ses genoux.

Bruce prit le temps de relire le document, encore une fois, afin de chercher la prochaine étape à suivre.

« On est là, répéta-t-il. Dans le hall du Manoir, tous les trois, en sécurité. Ça va aller. Tu vas t'en sortir. On va t'aider. »

Nouveau silence, mais il sembla à Bruce que, au fil des secondes, la respiration de John se calmait peu à peu.

« Est-ce que... »

Bruce s'apprêtait à demander si John avait besoin de quelque chose, mais peut-être valait-il mieux ne pas le surcharger de question trop large. Il proposa donc une chose qui était conseillée.

« ...Est-ce que tu voudrais une couverture pour te couvrir, pour être bien au calme ? »

Là aussi, nouveau silence. Puis John réussit à formuler une réponse.

« ...C'pas con » répondit-il dans un murmure.

Alfred hocha la tête d'un air entendu et partit dans le petit salon, attrapa la première couverture qu'il trouva, puis l'amena à Bruce.

« Alfred a amené la couverture, commenta Bruce. Je... Je vais te recouvrir avec, de la tête aux pieds. »

Doucement, il déplia le tissu et avec l'aide d'Alfred ils enveloppèrent John entièrement.

John ressentit que quelque chose l'enveloppait soudainement. Quelque chose d'agréable. Le poids lui semblait un peu lourd, mais également réconfortant. Il ne percevait plus de lumière agressive derrière ses paupières closes. Il entendit sa respiration, plus nette, se réverbérant probablement contre le tissu. Une douce chaleur se répandit peu à peu autour de lui, puis à l'intérieur de lui ; une chaleur apaisante.

Lentement, John osa rouvrir les yeux. Il faisait presque noir sous la couverture, très peu de lumière réussissant à filtrer au travers du tissu. Il fut soulagé de voir qu'il n'y avait pas de sang, ni de néant sous ses pieds ; il y avait juste la couverture, la pénombre et le calme.

...Et la présence de Bruce, qui avait dit être assis à côté de lui.

John leva mentalement les yeux au ciel. De quoi devait-il avoir l'air, ainsi enfoui sous la couverture... ?

« Bruce ? appela-t-il.

- Oui » répondit l'homme à côté de lui.

Le fait de savoir qu'il était toujours là, à ses côtés, eut un petit quelque chose d'encore un peu plus réconfortant.

« Dis-moi... murmura-t-il. J'ai pas l'air trop ridicule comme ça ?

- Non, pas du tout » répondit Bruce instantanément.

John eut un petit rire.

« Vraiment ? Dans ce cas... Ça ne te dérangerait pas de me rejoindre ? »

Bruce, de son côté, jeta un regard étonné à Alfred.

« ...Non. Non, ça ne me dérange pas. »

Il attrapa un pan de la couverture et le souleva doucement, hésita un instant puis décida d'enfouir la tête en-dessous.

John plissa les yeux lorsqu'un rai de lumière surgit de sous la couverture ; mais bientôt la lumière fut obstruée par une forme sombre. « La tête de Bruce », se répéta John mentalement pour se rassurer. « C'est Bruce qui est là ». Malgré la pénombre, il se força à détailler les traits du visage face à lui. Sa vision se stabilisa peu à peu. Pas de sang, pas de monstruosité. Juste Bruce.

« ...Alfred confirme que nous n'avons pas du tout l'air ridicule » lança Bruce, essayant de dédramatiser la situation.

Nouveau rire de John.

« Alfred est une maman-poule, murmura-t-il. Il n'oserait jamais dire une chose pareille. »

John vit Bruce faire un sourire, et soudain il lui importa bien peu qu'il puisse sembler ridicule ainsi. Bruce était avec lui. C'était tout ce qui importait.

Au bout d'un moment, ce dernier osa lui poser une question.

« Est-ce que tu te sens mieux ? »

John prit le temps de considérer réellement la question avant de répondre.

« ...Je crois, oui. Un peu. »

Il avait la sensation d'avoir la tête dans un étau, des courbatures comme s'il avait couru un marathon, le ventre totalement noué... Mais les hallucinations avaient disparu, et avec un peu de chance elles le laisseraient tranquille maintenant qu'il était un peu plus revenu à la réalité.

Bruce eut l'air rassuré à sa réponse.

« Est-ce que... Est-ce que tu penses que tu peux te relever ? Tu serais sûrement mieux dans ta chambre... Bien au chaud au fond du lit. »

John ferma les yeux avant de les rouvrir, comme cherchant par là à tester ses capacités.

« Je peux essayer. »

Bruce hocha la tête puis, finalement, se dégagea doucement de sous la couverture.

« Je vais te prendre le bras » annonça-t-il à John avant de s'exécuter.

Celui-ci se releva doucement grâce à ce soutien, puis fit lentement glisser la couverture de sa tête pour la poser sur ses épaules et s'enrouler dedans comme dans un châle. Il cligna des yeux plusieurs fois face à la luminosité, et Alfred eut le bon réflexe de se diriger vers l'interrupteur pour éteindre, plongeant le hall dans la pénombre, simplement éclairé par les lampes du salon adjacent.

John lui adressa un petit sourire de remerciement, que Alfred lui rendit avec bienveillance.

« Je vais t'aider » reprit Bruce tandis qu'il soutenait John de son bras.

Lentement, il se mirent en marche. Ils gravirent les escaliers en faisant bien attention, puis ils arrivèrent finalement devant l'entrée des quartiers Sud. Bruce ouvrit la porte et entra dans la chambre avec John ; Alfred, lui, décida de les laisser et de plutôt attendre sur le pas de la porte.

Bruce conduisit John jusqu'à son lit. Celui-ci s'assit sur le bord, et Bruce le délaissa un instant afin de tirer les rideaux. Pendant ce temps, John réussit à s'allonger et ferma ensuite les yeux. Bruce revint à ses côtés et rabattit doucement les couvertures sur lui.

Il se sentait épuisé. Et un peu honteux après pareille situation... Mais, bien plus important : John ne se sentait pas seul. Il était bien, là, dans la chaleur des couvertures, avec Bruce à côté de lui.

« Merci... » dit-il alors dans un souffle, avant que l'épuisement le fasse finalement sombrer dans le sommeil.

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Un nouveau chapitre comme promis, aux tonalités un peu plus sérieuses. J'espère qu'il vous aura plu, et je serais d'ailleurs ravie d'avoir vos retours donc n'hésitez pas à taper review si le cœur vous en dit !

Concernant les conseils de gestion d'une "crise psychotique" (l'appellation psychiatrique est "épisode psychotique bref", tandis que le terme psychanalytique est "bouffée délirante aiguë") : il s'agit d'une fiche que j'ai rédigée à partir de différents témoignages. J'espère que le sujet aura pu vous intéresser - voire même, qui sait, pourra être utile un jour.

Le prochain chapitre portera sur un flash-back retraçant la dernière rencontre entre Batman et le Joker, ainsi que la décision de Bruce de raccrocher son armure de justicier. Il faut dire que les derniers événements ont ravivé quelques souvenirs chez nos chers personnages...