Shiva laissa échapper un soupir exaspéré et leva les mains pour montrer qu'elle ne ferait rien, la lame d'un glaive venant lui chatouiller la gorge. Doflamingo n'avait pas eut le temps d'assimiler encore ce qui venait d'arriver qu'un autre grand blond – mais moins que lui quand même – tout en muscle, menaçait la jeune danseuse d'une décapitation propre et éclair. Un second intrus avait pénétré sur le navire et tenait en respect Kyosa. Il avait les cheveux longs d'un gris clair et une cicatrice barrait son œil, rendu inutilisable le jour où il s'était puni pour avoir déçu son seigneur. Enfin, debout sur une passerelle placée à l'occasion de l'abordage, un homme d'une beauté surnaturelle fit son apparition, jugeant le monde d'un œil froid.

Il était grand, même si finalement cette information était très relative quand on le comparait à certains, le Corsaire en tête. Disons qu'il avoisinait très certainement les 2 mètres 10 ou un peu plus. Ses cheveux d'un violet profond s'arrêtaient à ses épaules. La couleur de ses yeux s'approchait de celle d'un grenat sans impureté mais n'était animé d'aucune émotion particulière. Alors que pourtant, il s'en prenait quand même à un grand Corsaire ! Il aurait pu avoir la décence de se montrer un peu méfiant, un peu sceptique, un peu effrayé ! Mais non, il avançait avec aisance sur la fine passerelle, ses bottes en cuir claquant sur le bois, son long manteau ouvert sur une chemise dont seuls les boutons du haut n'étaient pas lacés, dévoilant la naissance d'un torse impeccablement musclé. Il dut néanmoins opérer une halte une fois arrivé sur le pont, entouré de pirates menaçants armés jusqu'aux dents. L'heure de la danse était définitivement passée.

- Non mais dites donc, qui vous a permis ! s'offusqua d'ailleurs Diamante en pointant sa propre épée sur l'homme qui menaçait sa déesse !

- C'est une très bonne question, ça, gronda Doflamingo en agitant la main.

Les armes des deux intrus qui menaçaient les filles firent alors un vol plané jusqu'au troisième larron, et il ne dut son salut qu'à la rapidité avec laquelle les deux hommes réapparurent près de lui pour rattraper leurs biens. Lui-même n'avait pas bronché, visiblement confiant sur les capacités de ses subalternes. Il leva les yeux vers le Corsaire, toujours debout à la poupe, et son regard glissa sur la jeune femme à ses côtés. Il en eut presque l'air… attendri.

- Enfin te voilà.

Piqué au vif, Doflamingo dévisagea durement Shiva. Comment osait-elle faire venir à elle un de ses prétendants, sur SON navire à lui ? Un homme qui lui faisait les yeux doux à son nez et à sa barbe !

La jeune femme surprit son regard et en eut l'air interloqué. Qu'est-ce qu'il lui voulait, celui-là, encore ? Il ne voyait pas qu'elle était déjà occupée à juger fortement l'autre gugus ?!

- Mais quoi encore ?!

Doflamingo inspira profondément, conscient que sa propre attitude était ridicule. Il jeta un regard à l'intrus qui n'avait pas bougé et qui ne parvenait visiblement pas à détacher son regard de Shiva, avant de se pencher vers elle pour lui murmurer.

- Défais ta « Soumission », petite idiote !

- Alors de un, je vous emmerde, de deux chez moi on appelle ça « Fascination », de trois ça ne marche QUE quand je danse. Vous me voyez en train de danser ? Vous devez être très fort alors !

Le pirate tiqua, avant de désigner du doigt l'homme qui avait osé poser le pied sur SON navire sans permission aucune.

- Tu ne vas pas me faire croire qu'il n'est pas sous l'emprise de ton sort ! Tu l'as vu au moins ?

- Mais je vous emmerde ! Croyez-moi que si j'avais ce type de pouvoir sur les gens, vous et lui vous seriez déjà à la flotte !

- Tu as bien forcé mes hommes à danser avec toi !

- Mais ça ne marche que quand … ! Vous savez quoi, demandez-lui ! Allez-y !

Et comme Doflamingo ne semblait pas vouloir faire le moindre effort, elle se tourna donc vers l'intrus elle-même et le héla.

- Eh dites donc, Eïre, vous n'avez pas, je sais pas moi, un royaume à administrer ?!

Le fameux Eïre eut un sourire froid, son regard ne se détachant pas de la jeune femme. Il se dégageait de son attitude une impression malsaine, qui mettait n'importe qui de normal mal à l'aise.

- Mais c'est ce que je fais. Il nous aura fallu du temps pour découvrir vers quelle île fuyaient nos esclaves. N'est-ce pas, madame la Fondatrice d'Ayasu ?

Shiva eut l'air surpris, et se tourna vers ses deux amies qui secouaient la tête énergiquement. Ah non, elles n'étaient pas au courant non plus !

- Mais c'est de chez vous que viennent Rloden et Lewlö alors ? Espèce de pet… de grand salopard ! Je savais bien que votre pays était super louche quand on y a débarqué ! ESCLAVAGISTE !

L'homme eut un rire froid et s'avança finalement vers les escaliers qui le menaient à la poupe, sans qu'un des pirates présents ne puisse stopper son avancée. Avant même de pouvoir dire ouf, il se trouvait face à Shiva, la surplombant de toute sa superbe, et ignorant sciemment le pirate blond qui se tenait à côté de la scène. Elle le fusilla du regard et se saisit d'un sabre qui trainait par là d'un geste rapide, juste à temps pour bloquer le coup qui manqua de l'embrocher. Eïre recula d'un pas, satisfait, faisant tournoyer entre ses doigts le trident qui venait d'y apparaître.

- Je devrais être fâché, Shiva. Toi et les tiens me privez d'une main-d'œuvre exceptionnelle et gratuite. Mon peuple va devoir combler ses trous et il n'en est pas ravi.

- Feignasses en plus !

Comme son boss ne faisait pas mine de bouger, Diamante, fortement perturbé par les évènements, ne savait pas quoi faire. Devait-il prouver à tout le monde qu'il était le héros du Colisée ? Devait-il protéger de son corps la nymphe céleste qui hurlait des insultes au grand blond musclé et qui répondait visiblement au nom d'Hézabiel ? Devait-il surveiller les mouvements suspects d'Ondine qui préparait visiblement un mauvais coup ? Il ne savait plus !

- Mais qui sont ces hommes ! finit-il par s'exclamer quand la navigatrice revint vers lui – enfin vers Kyosa – en s'essuyant le front.

- Eux ? Le grand aux cheveux violets est le roi de l'île de Kishia, celui aux cheveux gris est son bras droit et l'autre con une sorte de… général de son armée ?

- Diantre ! Et pourquoi sa présence enflamme autant mon am… notre chère Kyosa !

Ondine ne retint pas une grimace, avant d'adresser un doigt d'honneur au dénommé Hézabiel qui continuait à provoquer son amie.

- Disons que son cousin est une ordure qui a fait beaucoup de mal à Kyosa, dans le passé.

- COMMENT ! C'EST IMPARDONNABLE !

Ni une, ni deux, le général de Diamant se retrouva face à Hézabiel, pointant vers lui son épée.

- En garde, espèce de fou ! Je vais venger ma dulcinée !

Hézabiel qui haussa un sourcil, surpris, avant de s'adresser à Kyosa, hilare.

- Parce que t'as vraiment trouvé un mec qui veut d'une ratée comme toi ?

- JE VAIS TE BUTER, CREVARD !

Elle bondit sans attendre aux côtés de Diamante, lui ordonnant de lui donner une arme, n'importe laquelle, pour pouvoir éclater la tronche de cet insupportable vantard. Le général s'exécuta non sans étoile dans les yeux, vivant son rêve le plus cher : lui, le héros incontesté du Colisée, et sa jeune disciple énamourée, se battant côte à côte pour défaire les imbéciles qui se mettaient en travers de leur route !

- Et c'était vraiment obligé de faire venir Hézabiel, cette huître à deux de Q.I ? Vous trouvez pas que Kyosa a assez à faire, ces temps-ci ?!

- Kyosa ? répéta Eïre d'un air absent, avant de jeter à regard à la jeune femme blonde en contrebas. Ah oui. L'ancienne esclave.

Shiva fit de gros efforts pour ne pas se jeter à la gorge de l'homme, se contentant de lui envoyer à la tête tout ce qui lui passa par la main : un poignard, un spot, une chaise, un tonneau, un boulet de canon.

- CA SUFFIT ! rugit Doflamingo tout à coup, alors que la moitié de son équipage s'évanouissait soudainement et que les combats se stoppaient sur le navire.

Pile au moment où Shiva s'apprêtait à casser un des mats pour le balancer sur l'horripilant envahisseur. Mais il fallait avouer que lui aussi ne l'aimait pas beaucoup. Il donnait une telle impression de se sentir supérieur aux autres, alors qu'il n'était même pas un Dragon Céleste ! C'était tout simplement impardonnable.

Il claqua des doigts et Pica et Diamante surgirent dans le dos de leur souverain, droit comme des i.

- Allez me chercher une table, de quoi s'asseoir et surtout de quoi boire, leur ordonna le corsaire sans quitter Eïre des yeux. On a visiblement des invités de marque, même si leur étiquette laisse à désirer.

Son commentaire fit mouche, et l'intrus eut une moue dédaigneuse avant de rengainer son trident.

- Très bien. Il est vrai qu'il n'est pas dans mes habitudes de m'emporter ainsi. Il faut croire que l'impatience m'a privé un instant de ma raison.

Il fit volte-face pour redescendre sur le pont et rejoindre ses hommes, leur donnant ses ordres d'une voix calme et posée. Atekso resta à ses côtés tandis qu'Hézabiel retournait sur le navire pour héler des ordres à leur équipage.

Doflamingo se tourna vers Shiva et lui fit signe de descendre à sa suite.

- Tant que je ne t'autorise pas à parler, tu te tais, compris ?

- Eh. C'est MON ennemi et pas le vôtre, rétorqua la jeune femme en lui passant carrément devant. Alors vos ordres, vous vous les carrez où je pense.

Il laissa échapper un grognement agacé, mais n'insista pas plus sur le sujet. Peut-être était-il finalement bien plus curieux qu'il ne l'aurait cru.


Enfin tous les protagonistes se retrouvèrent autour de la table : d'un côté, les grosses pointures de la Family et Shiva ; leur faisant face, Eïre et Atekso, le premier s'étant bien placé en face de la jeune femme. Il eut néanmoins une seconde à accorder à Doflamingo et le dévisagea sans qu'aucune expression ne passe sur son visage.

- Et donc, vous êtes ?

Le Corsaire serra les dents de rage contenu, persuadé que l'homme en face se foutait de lui. Mais ce fut le dénommé Atekso qui répondit à sa place.

- Donquijote Doflamingo, Grand Corsaire et Roi de Dressrosa.

- Dressrosa ? répéta l'homme aux cheveux violets en haussant un sourcil. Je ne connais pas ce nom.

- Nous ne commerçons pas avec eux, lui confirma son bras droit.

- Dommage, cela aurait pu rendre les négociations plus faciles, laissa échapper Eïre dans un soupir. Remettez donc moi Shiva.

- Comme ça, de but en blanc, sans même préliminaires, le railla le pirate en se servant un grand verre d'alcool. Je peux savoir ce que vous lui voulez exactement ?

Le souverain de Kishia joignit les mains et laissa échapper un de ses rares sourires en observant la femme qui lui tirait la langue.

- Je veux tout de toi. Ton existence-même est un miracle pour un être comme moi.

- Et la vôtre un cauchemar, rétorqua Shiva en le toisant méchamment du regard. Qui a envie de passer ses jours auprès d'un tyran sociopathe ?

- Mon peuple ne s'en plaint pas.

- Et bien le mien, si !

Doflamingo frappa du poing sur la table pour ramener l'attention sur lui.

- A vos habits et votre navire, on devine que vous êtes quelqu'un de riche. Vous dirigez un royaume. Vous avez un physique à faire pâlir d'envie Boa Hancock. Vous n'allez pas me faire croire que vous voulez CETTE sauvageonne-là !

Eïre en eut l'air offusqué, et même surpris de se sentir offusqué. Mais c'était là une nouvelle raison de garder à ces côtés cette « sauvageonne » qui était bien la seule à lui faire ressentir ce genre de sensations.

- Les lunettes sur votre nez, c'est juste pour faire joli ou ça vous rend aveugle au vrai talent ?

- Ah ! Un talent, où ça ? Des danseuses comme elle, j'en ai à la pelle sur Dressrosa, et bien plus belles et féminines que ça ! cracha le pirate, sans se rendre compte qu'il était bien plus en colère qu'il n'aurait dû l'être.

Et puis il se souvint de la raison de cette rage qui bouillonnait en lui et se pencha vers l'homme aux cheveux violet, un sourire mauvais aux lèvres.

- Vous êtes juste victime de son sort de Soumission, c'est tout.

- C'est Fascination, bordel de zut !

Il ignora l'intervention de Shiva et se redressa en haussant les épaules.

- Moi aussi, j'ai failli me faire avoir. Mais croyez-moi, ce que vous ressentez est tout à fait artificiel.

Sa voisine de table allait protester, avant d'hocher vivement la tête et de se détourner dramatiquement des deux hommes, une main sur le front.

- Vous savez quoi ! C'est vrai, Doflamingo a raison ! Je vous ai ensorcelé pour faire de vous mes choses et que vous me payez tout ce que je désire ! Voilà, je suis comme ça, vénale et vile !

A nouveau, Eïre eut un sourire et croisa les bras en observant sa cible.

- Tu sais bien que ton pouvoir ne marche pas sur mon espèce, fit-il, approuvé par son bras droit.

- Que vous pensez ! Mais je suis super forte en fait !

Malheureusement pour elle, l'homme ne tombait pas dans le panneau, visiblement sûr de lui. Il se concentra donc de nouveau sur Doflamingo, dont il avait encore du mal à comprendre la présence aux côtés de la femme qu'il désirait.

- Et bien si vous pensez qu'elle a une telle influence sur vous, livrez-la moi. Je vous en débarrasse sans conditions. Je vous laisse même ses amies si vous le désirez, elles ne me sont d'aucune utilité.

- Quoi, même la médecin ?

Eïre dut une nouvelle fois se tourner vers Atekso, qui lui décrivit brièvement Sae.

- Et bien oui, même elle, si vous le désirez. Le marché est honnête.

Diamante hocha vivement la tête, approuvé par son grand ami Pica. Doflamingo, lui, tapota nerveusement des doigts sur le bois de la table, visiblement en proie à un conflit intérieur.

- Mais pourquoi elle ? Pourquoi pas une autre ? Pourquoi vous agissez comme si vous ne voyiez qu'elle ?!

- Mais parce que c'est le cas, répondit Eïre le plus sincèrement du monde.

Et vraiment, ça, le pirate ne le comprenait pas. Il jeta un regard à Shiva qui semblait menacer silencieusement l'homme aux cheveux violets, au mépris de tout danger qu'il pouvait représenter pour elle. Il observa dans son dos ses deux amies, Kyosa qui ne cachait ni sa haine ni son dégoût, et Ondine qui semblait rire sous cape. Il réalisa que si l'homme face à lui lui avait proposé un autre type d'échange, il n'aurait sans doute pas hésité une seule seconde, même si cela devait briser le cœur de ses subalternes.

- Notre mariage permettra de lier nos deux pays et éviter un conflit sanglant.

A nouveau, Doflamingo tiqua. Comment est-ce que ce type pouvait parler de mariage ?! En plus il était roi, ce n'était pas comme si ça se décidait aussi simplement.

- Pour la MILLIÈME fois, Eïre, je suis DÉJÀ mariée !

- Moi aussi, mais nous acceptons la polygamie. Enfin je compte bien me débarrasser de ma première épouse, de toute façon.

- QUOUA ?!

L'exclamation de surprise non feinte qui vint simultanément aux lèvres de tous les lieutenants, tous les généraux de la Family, fit sursauter Shiva et ses amies. Jora la première tourbillonna autour de la table, abattant ses mains sur le bois près de la jeune fille, manquant de renverser verres et bouteilles à proximité.

- Tu es MARIÉE ?!

- … C'est ça le problème, plus que l'autre enflure qui vient de vous dire qu'il va tuer sa femme ?! Mais vous avez tous un sacré grain !

- Alors c'est vrai ?!

Shiva leva les yeux au ciel, agacée.

- Oui c'est vrai ! Je suis mariée, voilà !

Elle sursauta quand, de nouveau, la moitié de l'équipage et la moitié de l'équipage du tyran de Kishia s'évanouirent, provoquant une grande confusion sur le second navire. Pourquoi il fallait que l'autre pirate s'énerve à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, exactement ?