Nuisances
Thranduil se tenait immobile et droit, vêtu d'un justaucorps cintré de soie argentée et d'une longue robe émeraude qui faisait détonner le doré de sa chevelure. Culminant la salle de conseil de sa grande taille, le bout de ses doigts reposait sur le bois clair de hêtre devant lui et son regard fixait les elfes qui entraient, s'attardant chacun et chacune un court instant pour saluer leur roi en portant leur main à leur font, avant de venir prendre place derrière l'un des sièges qui leur étaient destinés autour de la longue table ovale. Quand le flux de mouvement se figea, les yeux du monarque firent le tour de la pièce, et satisfait de voir toutes les personnes attendues présentes, il leur fit signe de s'asseoir. Il prit alors place dans sa chaise, permettant ainsi aux elfes de faire de même.
Laegryn, qui avait pris sa place habituelle à droite du roi, s'adressa alors à l'assemblée des commandantes et commandants :
« Bien, nous pouvons commencer. Commandant Celeduil, quel est le rapport du capitaine Melroch sur la situation à la frontière sud ? »
Le commandant des gardes-frontières, un elfe au visage carré et aux cheveux coupés aux épaules, acquiesça et suspendit son regard sur son souverain.
« L'aide de la troupe d'archerie du capitaine Legolas a été la bienvenue pour contenir les araignées, mais elles viennent toujours plus nombreuses et il est fort probable qu'un certain nombre d'entre elles aient pu passer la frontière pour s'établir à proximité du sentier.
— Cela est très ennuyeux, exprima Laegryn. Avons-nous une estimation ?
— Non, mon seigneur, répondit Celeduil.
— Rhovaniel, la défense intérieure a-t-elle repéré des nids ?
— Pas encore, la capitaine Miruin a déjà envoyé plusieurs troupes au sud du sentier pour patrouiller et nous sommes en train de mettre en place une ligne de défense secondaire, annonça l'intéressée. La garde civile a également prévenu tous les villages de prêter attention à la formation d'éventuels nids.
— Bien, mais cela ne suffit pas, répondit le maréchal. Les frontières du royaume sont constamment assaillies par ces viles créatures depuis plusieurs saisons et ce n'est plus tolérable. Qu'en disent Legolas et le capitaine de la frontière sud ?
— Le capitaine Legolas pense qu'il serait souhaitable de mener une chasse pour quadriller les montagnes et détruire les nids, répondit Celeduil. Cependant, il n'a pas assez d'elfes avec lui pour cela, et la garde-frontière ne peut se passer de qui que ce soit.
— Ce n'est point un problème, nous avons une réserve actuelle de dix troupes supplémentaires, dont six de la compagnie d'archerie et quatre d'infanterie », dit alors Lothuil, une elfe aux cheveux d'ébène aussi sombres que sa peau et tressés sur toute leur longueur. Elle était la commandante du régiment de la garde extérieure, dont dépendait la compagnie de Legolas.
« Combien y a-t-il de nids ? demanda alors le roi qui prenait la parole pour la première fois.
— Difficile à dire, sire, mais nous avons identifié les deux passages que les araignées empruntent depuis les montagnes, répondit Celeduil, la difficulté sera d'empêcher leur fuite vers le nord.
— Dans ce cas, il est préférable que vous preniez la direction de cette mission, commandante Lothuil, reprit Laegryn. Le capitaine Lergelir restera en réserve. Nous ne pouvons pas laisser cette situation s'envenimer.
— Bien, mon seigneur, répondit la commandante.
— Quand pouvez-vous être prête à partir ?
— Demain soir au plus tôt, le temps de réunir le matériel et les provisions. Nous atteindrons la caserne de la frontière après deux jours et pourrons ainsi commencer la chasse au premier jour de iavas.
— Commencez au deuxième jour. Il ne serait pas prudent de provoquer ces bêtes alors que les elfes festoient dans la forêt. Commandante Rhovaniel, vous veillerez à prévenir les villages au sud du sentier de l'attaque ainsi que de renforcer la garde autour de ceux-ci. Y a-t-il autre chose concernant ce sujet ? » demanda le maréchal en faisant naviguer son regard sur les elfes autour de la table, avant de faire un signe de tête à Thranduil.
Le roi avait écouté les échanges en restant silencieux. Les commandants et commandantes de son armée se réunissaient toutes les semaines avec le maréchal pour faire le point sur les difficultés rencontrées et l'évolution de certaines situations délicates. Il se contentait généralement de laisser Laegryn gérer les discussions et décisions, mais il se permettait tout de même de questionner ce qui lui semblait confus, ou bien de poser son veto sur certaines résolutions. Il était le roi après tout.
« Quelques elfes du personnel soignant vous accompagneront, déclara-t-il lentement.
Avec l'attaque du conseil blanc sur Dol Guldur qui approchait, Thranduil sentait qu'autre chose que des araignées agiteraient le sud d'Eryn Galen, et il ne voulait prendre aucun risque.
« Renforcez également les effectifs de toutes les gardes-frontières quitte à réduire les périodes de permission, ajouta-t-il en posant son regard sur Celeduil.
— Entendu, sire », répondit l'elfe en fronçant les sourcils. Il était clair que quelque chose semblait inquiéter leur roi pour qu'il demandât de telles dispositions, et bien que celui-ci ne prît pas la peine de le formuler, chaque elfe autour de la table savait qu'il ou elle pouvait compter sur son intuition. Thranduil fit alors un signe de tête vers Laegryn pour lui redonner la parole.
« A présent, commandante Arhaviel, reprit le maréchal, où en sont les nains ? »
L'intéressée, une elfe menue et de petite taille dont les yeux bleu clair se distinguaient de ceux de ses compatriotes, délia ses mains et fit naviguer son regard entre le roi et le maréchal, en répondant :
« Ils suivent encore le sentier et ont passé avant-hier la rivière enchantée. Mithrandir a dû les avertir de ne pas toucher l'eau, car ils n'ont pas essayé de la boire ou de la traverser à la nage. Ils ont fait en sorte d'utiliser la barque, mais le plus gros des treize nains a chuté dans la rivière.
— Treize ? demanda alors Lothuil. N'étaient-ils point quatorze ?
— Certes, la garde-frontière avait compté quatorze voyageurs, mais le quatorzième n'est pas un nain. Je ne sais d'où il vient, mais il ressemble aux periannath(L) qui peuplaient le Val d'Anduin avant l'avènement de Dol Guldur.
— Il me semble qu'il reste quelques-unes de ces créatures dans les Loeg Ningloron(L). Mais pourquoi un perian voyagerait avec des nains ?
— Ça, nous l'ignorons, répondit Arhaviel. Ils paraissent déterminés à atteindre la lisière orientale, mais ils n'ont plus de provisions et sont de bien piètres chasseurs, avec une mauvaise connaissance de la forêt. Ils seront bientôt affamés. Ils sont de plus ralentis car ils doivent porter le nain qui est tombé dans la rivière et qui ne devrait pas se réveiller avant plusieurs jours.
— Et qui sont-ils ? demanda alors Thranduil en soupirant.
— Ce sont apparemment des nains des Ered Luin et le chef de leur compagnie est Thorin Écu-de-Chêne. Il semble qu'ils soient passés par Imladris avant de traverser les Hithaeglir(L) et que, poursuivis par des orcs, ils aient été accueillis par Beorn, l'homme change-peau.
— Écu-de-Chêne ? Le petit-fils du roi Thror ?
— Oui, sire.
— Intéressant. Ont-ils évoqué leur destination ?
— Ils parlent d'une montagne, mais sont très discrets quant à son évocation.
— Dans ce cas, laissez-les s'affamer quelques jours. Nous nous occuperons d'eux après Mereth Iavas(L). Les descendants de Durin sont fiers et arrogants, mais peut-être que la faim les fera parler. »
— Bien, sire. »
Le roi n'était pas surpris d'apprendre que Thorin Écu-de-Chêne faisait partie de la compagnie de nains et cela confirmait ses suspicions. Le petit-fils de Thror pouvait prétendre au trône sous la Montagne et le seul obstacle au retour de la lignée de Durin à Erebor était le dragon.
Ainsi, Mithrandir avait trouvé un nouvel appât pour tenter de déloger Smaug de son tas d'or. Mais que pouvaient faire treize nains et un perian contre un cracheur de feu ? Thranduil ne doutait pas que l'ithron comptât rejoindre la compagnie avant la fin de leur expédition, si se débarrasser de Smaug était leur dessein, mais le sage lui-même avait-il assez de puissance pour en venir à bout ? A moins qu'une armée de nains des Emyn Angren dût rejoindre Thorin Écu-de-Chêne. Dans tous les cas, il lui fallait suivre cette affaire avec attention.
Plongé dans ses réflexions, Thranduil avait laissé Laegryn enchaîner sur le sujet des mesures de sécurité prévues pour Mereth Iavas. Des patrouilles allaient être disposées à proximité des clairières où les elfes comptaient se réunir, et comme accoutumé, elles allaient pouvoir compter sur l'aide précieuse des arbres pour les prévenir de dangers éventuels. Quand le maréchal eût confirmé toutes les dispositions à prendre avec Rhovaniel, la commandante de la garde intérieure, l'assemblée fut démise et hormis Laegryn, chaque elfe sortit après avoir salué le roi.
« Tu es inquiet », constata alors son ami qui le fixait de ses yeux sévères. Ce n'était point une question, mais il était clair qu'il s'interrogeait sur la source de cette inquiétude. Thranduil soutint son regard puis soupira.
« Certes, confirma-t-il d'une voix lasse.
— Pour Legolas ? Tu sais qu'il est parfaitement apte à gérer cette mission, d'autant plus avec la présence de Lothuil.
— Pour la forêt, notre peuple et nos troupes, ajouta le roi. Ce ne sont pas les araignées des montagnes qui m'inquiètent.
— Qu'est-ce donc, alors ? Certainement pas les nains ? »
Thranduil garda le silence un moment. Il n'était lui-même pas sûr de ce qu'il appréhendait le plus, alors il lui était difficile d'en parler à son maréchal. D'un côté, l'arrivée de ces nains dans la forêt laissaient planer la crainte de voir le dragon être réveillé, mais cela n'était pour le moment qu'une conjoncture. Il était certain d'une autre chose, cependant.
« Le conseil blanc se réunit, répondit-il. Mithrandir veut le convaincre d'attaquer Dol Guldur.
— Ah, c'est donc cela que tu omets de me dire depuis plusieurs semaines. Mais n'est-ce point une bonne chose ? La dernière fois que Mithrandir y a mis les pieds, nous avons bénéficié d'un répit de quatre cents printemps.
— Après avoir accusé de lourdes attaques sur tous les fronts de la part d'orcs, d'araignées, de loups, et autres esprits libérés de l'emprise de leur maître. Combien avons-nous perdu d'elfes à ce moment-là ? Combien de familles ont passé ces trois în de prétendue paix à pleurer les leurs ? »
Le maréchal ne répondit pas tout de suite. Beaucoup d'elfes et d'hommes avaient en effet péri quand Gorthaur avait fui la forteresse, laissant ses créatures maléfiques livrées à elles-mêmes dans la forêt et les terres sauvages alentours. S'en était ensuivie la Paix Vigilante, mais pour le roi d'Eryn Galen, il ne s'était jamais vraiment agi d'une paix mais de l'attente du retour de l'ombre sur leur demeure.
« Nous pourrions nous joindre à eux, proposa alors Laegryn. Avec l'armée du seigneur Celeborn, nous pourrions mettre à bas les créatures qui ont envahi Eryn Galen.
« Comme tu l'as si bien formulé, ce ne serait qu'un répit, répondit Thranduil d'une voix doucement maussade. L'ombre reviendra. Encore et encore. Je ne dis pas que Mithrandir a tort de pousser le conseil blanc à chasser le Nécromancien de Dol Guldur, car si celui-ci venait à retrouver toute sa puissance, les peuples d'Ennor(L) n'auraient plus aucune chance. Mais de cette chance, notre peuple n'en a plus bénéficiée depuis deux millénaires.
— Je le sais, Thranduil, mais nos troupes sont lasses. Elles se battent sans interruption depuis plus de trois în pour obtenir une paix qui ne viendra peut-être jamais. Nos elfes ont droit à un moment de repos. N'est-ce pas ce que tu souhaites pour Legolas ? »
Le roi plissa les yeux. Oui, il eût aimé permettre à son propre fils de laisser le combat de côté, même pour un temps. Il craignait le jour où la guerre marquerait et briserait son esprit radieux, comme elle avait atrophié le sien.
« Il n'est pas dit que, même en temps de paix, Legolas cesserait de combattre les ennemis des créations d'Ivann(L), que ce soit avec ses armes ou son esprit.
— Oh certainement, il passerait son temps en compagnie d'Æwellon, à murmurer aux arbres pour les réveiller. »
Un sourire se dessina sur le visage jusqu'alors fermé de Thranduil. Si Legolas appréciait la compagnie de Mithrandir, ce n'était rien en comparaison de l'attachement qu'il avait pour le serviteur d'Ivann, l'ami des oiseaux et des bêtes qui peuplaient Eryn Galen.
« Si le conseil accède à la proposition de Mithrandir, quand penses-tu que l'attaque serait menée ?
— Aussitôt, j'imagine. »
Laegryn acquiesça, puis répondit :
« Eh bien, nos troupes seront sur leurs gardes, comme à leur habitude. »
Alors que l'elfe s'apprêtait à se lever pour reprendre le cours de sa journée, la voix de Thranduil le retint :
« Sais-tu quand sort la prochaine patrouille de la capitaine Miruin?
— A la tombée de la nuit, répondit Laegryn.
— J'en serai.
— Bien, je fais prévenir Miruin ainsi que Thurindir. »
Laegryn se leva alors, portant ses doigts à son visage pour saluer son ami, puis il contourna la table et sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Si le devoir retenait très souvent le roi à l'intérieur de la forteresse, il restait un guerrier d'expérience. Dès que ses obligations le lui permettaient, il accompagnait les unités de la défense intérieure qui patrouillaient à moins d'une demi-journée de marche de Taurothrond. C'était un moyen pour lui de rester en contact avec la réalité du terrain, mais aussi de retrouver la forêt les moments où il ressentait le besoin de se couper de son rôle, des réflexions qui le tourmentaient et des décisions qu'il devait prendre. Cela l'apaisait.
Thranduil se leva alors à son tour et se dirigea vers le fond de la salle, passant la porte qui donnait sur son cabinet personnel. Il se rapprocha alors de la console située derrière son bureau, se servit une timbale de vin, puis vint se pencher sur son bureau, attrapant un bout de parchemin vierge sur lequel il griffonna quelques lignes. Il plia ensuite le papier en deux, puis traversa le cabinet jusqu'à la porte en chêne qu'il ouvrit. Seldir, qui était assis à son propre bureau dans l'antichambre, se redressa d'un bond pour venir se planter devant son roi et le saluer. Celui-ci lui tendit le parchemin sur lequel était mentionnée la personne destinataire. Le valet le prit alors de ses mains puis se mit sans attendre en route à travers les galeries de Taurothrond.
Le roi avait encore quelques heures devant lui avant la tombée de la nuit, alors il s'enferma une nouvelle fois dans son cabinet pour lire les missives que Berethuil lui avait apportées plus tôt dans la journée. Il s'agissait de sollicitations et autres demandes des chefs et cheffes des villages du royaume concernant leurs besoins ou encore leurs craintes. Le roi laissait généralement le soin à sa sénéchale de répondre à ces courriers, mais il tenait toutefois à lire chacun d'eux. Ces dernières semaines, beaucoup de villages du sud s'inquiétaient de l'invasion arachnéenne, craignant de subir leur attaque alors qu'ils se préparaient à célébrer l'arrivée de iavath. Il comprenait leur détresse et entreprit donc de tracer personnellement, de son écriture plate et linéaire, une réponse à chacune des lettres, exprimant sa sympathie et les informant des actions qui allaient être menées par l'armée.
Sa plume grattait le parchemin depuis longtemps quand il entendit les coups frappés par Seldir sur la porte. Tout en l'invitant à entrer, il leva les yeux vers la chandelle qui brûlait sur le coin de son bureau. Il était temps pour lui d'aller se préparer s'il ne souhaitait point manquer le départ de la troupe de Miruin.
« Vous rendrez-vous dans la grande salle, sire, ou préférez-vous que je vous apporte un repas ? demanda le valet.
— Nenni, je n'ai pas d'appétit. Par ailleurs, je sors ce soir avec la défense intérieure.
— Avez-vous besoin de quelque chose ?
— Faites repousser tous mes rendez-vous de demain matin, puis vous pourrez prendre congé jusqu'à mon retour. Bonne nuit, Seldir.
— Bonne nuit, sire, et que Tauron(L) vous garde. »
Il porta sa main de son front jusqu'à son menton puis referma doucement la porte derrière lui. Thranduil entreprit alors de cacheter les lettres qu'il avait terminées d'écrire avant de quitter à son tour le cabinet, traversant le labyrinthe des couloirs caverneux de Taurothrond jusqu'à arriver à un escalier qui le mena aux quartiers royaux, dans lesquels régnait un silence lourd. Il s'engouffra ensuite dans son appartement, dégrafant et jetant au sol sa robe de soie avant de déboutonner et de se départir de son justaucorps argenté puis de ses bas.
Il ouvrit alors un grand coffre disposé contre une paroi en bois et en tira des braies brunes ainsi qu'une tunique de lin écrue qu'il enfila rapidement. Il se vêtit ensuite d'une broigne de cuir et de daim brun dont les pans retombaient jusqu'à ses cuisses, puis chaussa et laça ses bottines. Se relevant, il vit du coin de l'œil la porte de l'appartement s'ouvrir sans un bruit sur son épouse, Imlothiel. Elle était vêtue d'une ample robe de couleur brune, agrémentée de broderies ambrées qui faisaient ressortir le vert amande de ses yeux saillants.
« J'ai eu ton message, dit-elle de sa voix chantante. Ainsi, Lasgalen(L) ne rentrera pas pour Mereth Iavas.
— Sa mission a été rallongée, répondit le roi avec une pointe de déception dans la voix.
— Ainsi soit-il, répondit la reine avec un sourire triste, il n'aurait point pu en profiter s'il avait dû laisser à la porte du royaume quelque danger.
— Certes. »
Thranduil s'approcha alors de son épouse, dont la longue chevelure mordorée, tressée et ornée de délicates fleurs de lys, reposait sur son épaule. Il plaça alors ses longues mains ivoire de part et d'autre du doux et clair visage brun d'Imlothiel et posa son front sur le sien, leurs nez et leurs regards entrant en contact avec une tendresse qu'elle seule pouvait lui inspirer.
« Dois-je également comprendre qu'il me faudra trouver une autre compagnie pour la soirée ?
— En effet. Il me faut me rendre sur le terrain pour voir à quoi sont confrontées nos troupes », répondit Thranduil d'un ton maussade. Il rompit le contact puis tendit une de ses mains vers son épouse qui l'entremêla de ses doigts habiles. Elle le tira alors à travers la pièce jusqu'à une chaise dans laquelle elle le fit basculer. Confus, il l'interrogea du regard, ce qui la fit pousser un rire cristallin, mais il comprit vite son intention quand elle attrapa un peigne sur une coiffeuse et qu'elle commença à démêler sa chevelure dorée. Il sentit un sourire s'étirer au coin de ses lèvres.
« Ainsi, les araignées continuent d'arriver des Emyn Duir ? demanda Imlothiel en continuant sa tâche.
— Oui, en grand nombre. Legolas souhaite assainir les montagnes. Lothuil part demain soir avec soixante-dix elfes en renfort.
— Soixante-dix ? Je craignais que nos réserves de lembas ne soient guère suffisantes, mais il va falloir aux Ivonwin(L) tâcher toute la nuit.
— Et j'en suis fort navré, répondit le roi d'un air contrit. Il faudra également envoyer cinq elfes du hall de guérison avec eux.
— Il s'agit là d'une requête utopique, mon roi », fit Imlothiel avec un petit rire. Elle attrapa une fine mèche au-dessus de l'oreille gauche de son époux qu'elle commença à tresser, avant de continuer :
« Tu me demandes de trouver du jour au lendemain cinq elfes prêts et prêtes à manquer Mereth Iavas pour des combats contre les rejetons d'Ungoliant(L) ?
— C'est ce que nous demandons à nos troupes.
— Mais ce n'est pas ce que nous attendons généralement de notre personnel soignant. Les volontaires seront difficiles à trouver.
— Fort heureusement tu es à la fois leur reine et leur responsable, et peux de ce fait en faire un ordre.
— Oh, j'avais oublié ce détail », répondit-elle malicieusement avant de s'atteler à tresser la mèche opposée. Imlothiel était une guérisseuse érudite et administrait avec adresse le hall de guérison de Taurothrond.
« Merci pour ta précieuse aide, dit-il alors doucement de sa voix sépulcrale en cherchant dans le miroir qui lui faisait face les yeux saillants et brillants d'Imlothiel.
— Voudrais-tu donc que je me tourne les pouces, alors même que notre fils se bat pour protéger notre peuple ?
— Je n'attends rien, et pourtant je suis toujours comblé par ton soutien. »
La reine poussa un long rire cristallin qui sonna comme une douce mélodie de printemps aux oreilles de Thranduil. Elle vint alors déposer un tendre mais court baiser sur sa tempe avant de se mettre à tresser le reste de la chevelure royale tout en entamant un chant populaire sylvestre célébrant l'aménité de l'automne. Il se laissa alors porter. Maintenant qu'il était là, à entendre sa douce voix et à sentir sa chaleur près de lui, il regrettait de devoir la laisser pour aller patrouiller à la recherche de nids d'araignées géantes. Trop souvent passait-il ses nuits dans son cabinet, seul ou entouré de quelques ministres. Et quand par miracle il arrivait à se libérer de ses obligations, il n'était jamais sûr que sa tendre épouse ne fût à son tour sollicitée.
« Qu'y a-t-il, mon cher ? »
Imlothiel avait fini sa besogne et elle se pencha pour poser son menton sur l'épaule de Thranduil, venant l'enlacer de ses bras et envahir ses narines du parfum des fleurs de lys. Il inspira profondément, se rassasiant de la suave senteur, puis soupira.
« Ce n'est rien, Melloth, répondit le roi, posant ses mains sur les avant-bras de son épouse, comme pour l'inciter à prolonger l'étreinte.
— Il s'agit là d'un piètre mensonge, mon roi, mais soit, gardez donc vos secrets, dit-elle alors d'un ton facétieux. Il va me falloir cependant écourter ce moment pour m'atteler à mon travail. Le lembas ne se confectionnera guère tout seul. »
Imlothiel se redressa alors, libérant le roi de son étreinte tandis que celui-ci se relevait. Il posa son regard attendri sur son épouse, puis s'approcha jusqu'à ce qu'elle fût obligée de lever haut le menton pour voir ses yeux, tant il la surpassait de sa taille de géant. Leurs mains s'entremêlèrent et il se pencha pour venir déposer délicatement sur ses lèvres un baiser. Mais il sentit Imlothiel le lui rendre avec force, montant sur ses demi-pointes pour se grandir, tandis que ses yeux vert amande brillaient de tendresse.
Elle le repoussa cependant après un moment qui parut bien trop court à Thranduil. Il grogna de frustration tandis qu'elle lui souriait d'un air amusé.
« Le roi va se faire attendre, fit-elle remarquer.
— C'est l'un des avantages à être un roi, il est toujours attendu. »
Un nouveau rire échappa des lèvres d'Imlothiel et Thranduil eût voulu profiter de cet instant encore longtemps. Entendre le rire de son épouse faisait toujours vibrer son cœur.
« Que les étoiles d'Elbereth(L) te guident. »
Elle se tourna alors, libérant ses doigts de ceux de Thranduil, puis rejoignit la porte de sa démarche traînante. Après un dernier regard, elle sortit, le laissant seul. L'odeur de son parfum subsista un instant autour de lui, le berçant de sa douceur, et il ne remarqua qu'à ce moment que son propre visage arborait un sourire béat. Il s'en défit rapidement cependant, poussant un soupir. Il jeta un regard vers le loggia dont la porte était ouverte et l'obscurité qui en émanait indiquait que la soleil était déjà passée sous l'horizon. Il était en retard.
Tentant vainement d'écarter Imlothiel de ses pensées, il attrapa alors dans le coffre une cape verte comme la forêt et la jeta sur ses épaules, la liant avec une broche sur laquelle était gravée l'emblème du royaume. Il prit une ceinture à laquelle il y pendit d'un côté le fourreau de son épée ainsi qu'une longue dague blanche, puis de l'autre son carquois. Il ne perdit pas plus de temps et, attrapant son arc, il sortit de la pièce, marchant à grands pas à travers les quartiers royaux, puis dans les galeries de la forteresse.
Il arriva bien vite dans le grand vestibule, que bien des elfes traversaient, entrant ou sortant de la grande salle où le repas du soir était servi. Il tomba alors sur Thurindir, son garde personnel, qui était également le commandant de la garde royale, et avait donc à ses ordres les autres elfes responsables de la protection du roi et de sa famille. Thurindir était grand pour un elfe sylvain, bien que bien moins que le roi, et ses yeux étaient sombres et profonds. Il ne dit rien quand le roi arriva, se contentant de le saluer avant de lui tendre une outre d'eau ainsi qu'une poche dans laquelle Thranduil devina qu'il se trouvait du lembas. Il les accepta puis les attacha à sa ceinture avant de continuer son chemin vers les grandes portes de la forteresse, avec son garde à sa suite. Il s'engouffra alors dans la nuit estivale.
Thranduil leva les yeux vers le ciel. Celui-ci ne s'était pas totalement assombri, ne laissant apparaître pour le moment que les étoiles les plus lumineuses. Il traversa le pont de bois, tandis que son regard se posait sur la troupe qui s'était rassemblée en marge du chemin. Arrivant à leur niveau, les elfes firent glisser leurs doigts sur leurs visages avant de se mettre au garde à vous. Leur capitaine, Miruin, s'approcha de lui, le saluant à son tour.
« Il est bon de vous avoir parmi nous, sire.
— Quelle est la mission ?
— Une des patrouilles qui est revenue cet après-midi dit avoir trouvé des traces de passage des araignées, à une lieue au sud du sentier. Nous devons vérifier qu'un nid ne s'est pas formé. »
Thranduil acquiesça, puis fit signe à la capitaine qu'elle pouvait se mettre en route, ce qu'elle fit après avoir donné des derniers ordres à ses elfes. Les gardes de la défense intérieure se mirent en marche, prenant le chemin qui les mènerait vers le sentier qui traversait la forêt d'ouest en est, tandis que le roi se glissait entre leurs rangs.
Le début du trajet se passa dans un calme relatif, bien que la cadence fût élevée. Les gardes discutaient dans un murmure de leurs projets pour Mereth Iavath ou récitaient des chants à la gloire d'Elbereth et d'Ivann. On eût pu leur reprocher leur inattention, mais Thranduil savait que parmi la troupe, deux elfes portaient en permanence leurs sens sur la forêt, surveillant chaque mouvement, chaque bruit, et écoutant les chuchotements des arbres. Parfois, Miruin envoyait également un ou une garde en avant pour éclairer leur passage.
Au bout de quelques heures, alors que la nuit était totale et que les étoiles se laissaient apercevoir entre les branches des cimes, Thranduil remarqua que Thurindir marchait désormais au même niveau que lui. Le garde royal était un elfe discret, suivant généralement l'ombre de son roi en se faisant oublier. S'il s'était rapproché, c'était parce qu'il avait quelque chose à lui dire. Thranduil haussa un sourcil, interrogeant du regard son garde dont le visage ne laissait rien paraître. Il devina cependant qu'il hésitait, car même après un moment, aucun mot ne sortit de sa bouche.
« Qu'y a-t-il, Thurindir ? demanda-t-il finalement, à bout de patience.
— Rien d'impérieux, sire, répondit l'elfe en fixant un instant ses yeux profonds sur son roi.
— Toutefois, cela vous contrarie. Parlez, mon ami.
— C'est à propos de Felanor, mon seigneur. Je souhaiterais vous demander une nouvelle fois de changer son affectation. »
Felanor était le garde attitré de Legolas depuis que ce dernier avait été assigné à la garde extérieure. L'archer s'était tout d'abord opposé à cette nouvelle disposition, puis comme avec tout être, il s'était lié d'une forte amitié avec Felanor. Après un temps, il n'avait plus protesté à être suivi lors de toutes ses missions et les deux elfes passaient également la majorité de leur temps libre ensemble une fois rentrés. Thranduil avait alors été rassuré de voir que son fils ne cherchait plus à semer son garde, mais Thurindir n'avait pas été de cet avis. Le commandant lui avait fait part quelques în auparavant de sa défiance quant au lien qui unissait désormais Felanor et sa charge. Cette fois-là, le roi avait rejeté la requête de Thurindir, peu enclin à recommencer le processus.
« Que craignez-vous ? demanda-t-il.
— La première fois que je vous ai fait cette demande, je craignais des erreurs de jugement. A présent, je crains ce qu'il adviendrait de celui qui devrait vivre si l'un d'eux périssait sous les yeux de l'autre. Le lien qui les unit s'est resserré. »
Thranduil fronça les sourcils, voyant clairement dans son esprit l'image que Thurindir lui dépeignait. Legolas anéanti devant le corps sans vie de Felanor. Mais il balaya bien vite cette terrible vision. Thurindir n'avait pas tort. Thranduil avait vu tomber nombre d'elfes sous ses yeux, certains qui avaient été ses meilleurs amis. D'autres avaient été sa propre famille, dont il avait éprouvé l'agonie dans son propre fae avant de sentir la part de leur âme liée à lui s'évaporer, laissant un trou béant dans son cœur. De la mort de sa sœur, il s'était difficilement relevé, mais la culpabilité qui l'avait envahi quand sa propre mère était tombée sous ses yeux l'avait rapproché dangereusement des cavernes de Badhron(L). Il ne souhaitait cela à personne, surtout pas à son fils.
« Vous avez raison, dit-il alors lentement. Mais tous deux ne comprendraient pas cette décision.
— En effet, même si nous leur expliquions, ils ne voudraient pas comprendre. Mais il nous faut agir vite, sire.
— Nous n'avons pas de remplacement. Taurian n'est pas encore prête. Elle est jeune et manque d'expérience sur le terrain. »
Taurian était une elfe qui avait été récemment assignée à la garde royale et avait actuellement pour mission d'accompagner la reine dans ses déplacements. Cependant, celle-ci n'avait pas voyagé hors du royaume depuis de longues în et sa route n'avait jusqu'alors jamais été troublée.
« Aglarorn pourrait remplacer Felanor et se charger de guider Taurian. Elle manque d'expérience car nous ne lui avons pas encore permis d'en prendre.
— Aglarorn est talentueux et je lui fais entièrement confiance, mais il lui faudra du temps pour s'adapter à sa charge. Legolas est impulsif, il n'est pas du genre à annoncer quand il va sauter dans le vide. Et ne daignez pas vous proposer, Thurindir, car j'ai beaucoup trop besoin de vous. »
Il soupira.
« Ne nous hâtons pas, je vous prie, reprit-il. Je sens que les prochaines saisons seront difficiles et je ne souhaite pas encombrer Legolas d'un ou d'une garde qui ne le protègera pas comme Felanor peut le protéger. Nous pouvons déjà assigner Taurian sous la responsabilité de Felanor puis aviser une fois que l'hiver sera passé. »
Thurindir ne répondit rien, prenant le regard autoritaire que lui jeta Thranduil comme signe que la discussion était close. Il acquiesça alors, ralentissant ses pas pour venir retrouver sa place derrière le roi.
Thranduil soupira. Il comprenait l'urgence que ressentait le commandant, mais il ne souhaitait pas prendre de décision hâtive, surtout quand il savait que celle-ci engendrerait l'indignation de son fils.
Alors que la troupe dépassait le sentier, s'aventurant désormais sur des pistes tracées par les sangliers, il tenta tant bien que mal de reporter son attention sur la mission. Les elfes sous les ordres de Miruin avaient bandé leurs arcs et s'abstenaient à présent de parler, chacun et chacune concentrant leurs sens vers les alentours, cherchant à apercevoir tout mouvement suspect, ou à entendre les viles pas rapides d'araignées. Longtemps, les gardes arpentèrent le bois, mais rien ne se montra autre qu'une biche suivie de ses faons et rien ne se fit entendre hormis le bruit des renards creusant leurs terriers ou le hululement des hiboux.
Mais alors que Miruin modifiait leur trajectoire en direction de l'est, les elfes se figèrent, un long sifflement se faisant soudainement entendre au loin, puis un autre et enfin un troisième plus bref. Passé le moment de confusion, la capitaine commença à distribuer ses ordres avant de faire signe à la troupe de se diriger vers l'ouest, d'où provenait l'appel à renfort d'une autre patrouille de la défense intérieure.
Thranduil et Thurindir se mirent à courir arcs en main à la suite de Miruin. La troupe parcourut la lieue qui les séparait de leurs congénères en moins d'un quart d'heure, mais cela leur parut bien long, craignant d'arriver trop tard. Quand enfin les cris des araignées et le choc des lames résonnèrent distinctement à leurs oreilles, Thranduil comprit qu'ils et elles avaient finalement trouvé leurs proies.
Se rapprochant du lieu où se tenait le combat, il leur était enfin possible d'apercevoir les mouvements de leurs semblables malgré l'obscurité et la capitaine fit signe à ses elfes de ralentir, répartissant ses gardes entre le couvert des arbres et le sol. Thranduil dégaina son épée, tandis que Thurindir préféra s'armer d'une dague et d'un couteau. Quand Miruin fut sûre que tous et toutes étaient à leur place, elle fit signe à sa troupe de lancer l'assaut.
Thranduil inspira un grand coup, cherchant à reprendre le contrôle de son rythme cardiaque qui s'était affolé lors de leur course effrénée, puis il s'élança, parcourant le dernier furlong qui le séparait de l'énorme créature velue qu'il visait. Celle-ci était aux prises avec deux gardes qui tentaient vainement de la faire reculer, et elle ne semblait pas avoir senti le danger qui allait s'abattre sur elle et ses congénères. Un sifflement retentit, et d'une grande impulsion, Thranduil se jeta sur la bête, plantant sa lame dans la partie de son corps qui constituait son thorax. Son cri strident perça la nuit, tandis qu'elle cherchait sans succès à échapper à son agresseur. Son agonie cessa quand une flèche se planta entre ses yeux et que la dague de Thurindir transperça son abdomen.
Les deux soldats se figèrent un instant en reconnaissant leur roi, mais reprenant leurs esprits, ils le saluèrent promptement avant de se retourner à la recherche d'une autre ennemie. Thranduil s'élança de nouveau entre les arbres, Thurindir toujours dans son sillon. Un peu plus loin, le cadavre d'une deuxième bête jonchait le sol, une partie de ses pattes ayant été tranchées par une lame bien aiguisée. Mais alors qu'il allait s'attaquer à une araignée qui s'enfuyait, pourchassée par une archère dissimulée dans les branches, il sentit dans son esprit l'avertissement des arbres.
Se retournant, il se retrouva face à une autre créature qui fonçait droit vers lui à vive allure, ses nombreux yeux globuleux remplis de rage. Se préparant à la collision, il dirigea la pointe de son épée vers la bête, mais au dernier moment, celle-ci dévia. Le roi fut percuté par le flanc, jeté au sol, tandis que Thurindir roula pour l'éviter de justesse. Le garde se redressa promptement, décidant de s'écarter de Thranduil tandis que l'araignée faisait demi-tour pour revenir à la charge. Elle hésita quand elle remarqua que ses cibles s'étaient divisées en deux, mais elle s'élança tout de même, choisissant de s'attaquer à l'elfe qui se démarquait des autres par sa taille et la clarté de ses cheveux.
Thranduil se mit en garde une nouvelle fois, écartant les jambes pour rapprocher son centre de gravité du sol et s'ancrer le plus possible. Quand la bête fonça sur lui, il la bloqua férocement avec la tranche de son épée, poussant de toutes ses forces avec ses deux mains. Soudainement, le cri strident de l'araignée lui perça les tympans et après un instant, elle tomba lourdement sur le sol, le cœur empalé par l'épée de Thurindir. Il soupira, sentant la pression se relâcher dans son corps.
Autour d'eux, les cris et les tapotements des pas des araignées avaient cessé, tandis que les lames et les cordes des elfes s'étaient tues. Après un moment, ils entendirent plusieurs courts sifflements qui venaient de toutes parts et auxquels Thurindir s'empressa de répondre, suivis d'un long qui sonna comme un appel. Ils se mirent alors en marche pour rejoindre le point de rassemblement, où Miruin les attendait.
Heureusement, il n'y avait à déplorer que quelques blessures mineures parmi les deux unités. Les araignées avaient été surprises de l'attaque des gardes puis l'arrivée de la troupe de Miruin avait permis de faire basculer l'avantage numérique en leur faveur. Le combat s'était ainsi terminé moins d'une heure après son commencement.
Alors qu'il écoutait le rapport que faisait le lieutenant de la première troupe à Miruin, Thranduil sentit le regard de son garde appuyé sur lui. Il haussa un sourcil.
« Qu'y a-t-il, Thurindir ?
— Vous semblez… las.
— Ne vous inquiétez pas inutilement. »
Le garde hocha la tête, sans pourtant lâcher du regard son roi. Ce dernier soupira. L'adrénaline du combat s'était estompée et il sentait peu à peu son corps se refroidir et ses muscles se raidir. Même son esprit semblait s'embrumer. Il y avait longtemps qu'il n'avait dépensé autant d'énergie. Il n'avait plus l'habitude des escarmouches. Il s'entraînait parfois avec Thurindir ou Aglarorn, mais ces moments devenaient de plus en plus exceptionnels, tout comme ses sorties dans la forêt s'étaient rarifiées. Lointaine lui parut l'époque pendant laquelle il n'avait été qu'un guerrier de l'armée de son père, le roi, et qu'il avait passé le plus clair de son temps dans la forêt, à s'entraîner ou encore à l'arpenter durant des patrouilles.
Il chercha alors à porter son attention sur les étoiles, mais celles-ci avaient disparu. Arien(L) se levait. Autour de lui, les deux unités s'accordaient une pause, mais bientôt, le départ vers Taurothrond fut sonné. Long parut le trajet au roi, car il était las, et quand la troupe eût passé le sentier, il permit à son esprit de s'égarer dans ses songes, car il savait que bien des rendez-vous l'attendraient à son retour, et que tout près de lui, Thurindir veillait.
Lexique :
- Perian/Periannath (canon) : Semi-homme
- Loeg Ningloron (canon) : Champ de Flambes/D'Iris, lieu de la mort d'Isildur au début du Troisième âge.
- Hithaeglir (canon) : Monts Brumeux
- Mereth Iavas (adapté) : Fête de l'automne
- Ennor (canon) : Terre du Milieu
- Ivann (canon) : Equivalent sindarin de la Valië Yavanna, créatrice des plantes et des Deux Arbres de Valinor. Protectrice de la faune et la flore. Radagast est à son service.
- Tauron (canon) : Equivalent sindarin du Vala Oromë, le chasseur
- Lasgalen (canon) : Verte feuille/Vertes Feuilles, sens équivalent à Legolas. J'en ai fait un surnom.
- Ivonwin (canon) : Les Jeunes filles de Yavanna, les femmes elfes initiées à l'art de la préparation du Lembas à partir d'un grain de maïs offert par Yavanna. C'est à la femme elfe qui a le plus haut rang, la reine le cas échéant, de distribuer de Lembas.
- Ungoliant (canon) : Esprit corrompu par Melkor/Morgoth ayant pris la forme d'une araignée géante, tuant les Deux Arbres de Valinor, et se reproduisant, donnant naissance notamment à Arachne (Shelob).
- Elbereth (canon) : Autre nom de Varda, la reine des Valier, qui a créé les étoiles.
- Badhron (canon) : Autre nom de Námo, aussi appelé Mandos, le juge des Valar. Dans ses cavernes sont envoyés les esprits des morts. Ceux des nains y sont réunis par le Vala Aulë, leur créateur, ceux des hommes n'y transitent que brièvement avant d'être envoyés vers une destination inconnue, tandis que les elfes y demeurent le temps de se remettre des épreuves vécues avant leur mort, puis quand ils sont prêts se voient offrir un nouveau corps et libérer des cavernes.
- Arien (canon) : La maia qui porte et guide le soleil, un vaisseau transportant le dernier fruit de l'un des deux Arbres de Valinor, Laurelin.
