Buck courait aussi vite que possible.
Sa voiture avait été embouti par un idiot ivre et se trouvait en réparation au garage et évidemment c'était aujourd'hui qu'il avait reçu l'appel de l'hôpital. Il courait comme si sa vie en dépendait et il avait un sentiment amer de déjà vu mais il chassa la pensée.
La blessure, même guérie, continuait de faire mal.
Ça faisait un an que Kameron était partie de l'Etat en emmenant Junior à plus de deux mille quatre cents kilomètres de lui. Il avait respecté son choix et elle ne l'avait jamais appelé. Il gardait sa ligne ouverte, au cas où, mais il refusait d'attendre, de mettre sa vie entre parenthèses jusqu'à ce qu'elle se décide à le faire.
Cela avait pourtant été son intention première.
Se terrer dans un coin, seul, dans un flou de quotidien, son avenir n'avait plus rien de certain mais il avait calculé qu'il avait plus de soixante-dix-huit pour cent de chances de tomber en dépression, alors il avait quitté Eddie pour ne pas le blesser dans le processus.
Ses poumons hurlèrent de protestation lorsqu'il escalada les marches, menant au comptoir d'accueil et qu'il s'écroula sur le comptoir tentant de reprendre son souffle.
Il posa la main sur sa poitrine en regardant l'infirmière qui tentait de voir s'il allait bien.
– Evan Buck..., commença-t-il.
– Buck ! lâcha la voix de Maddie dans son dos.
Il se tourna vers elle et alla la rejoindre alors qu'il entendait l'infirmière contourner son comptoir pour venir les rejoindre.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? haleta-t-il.
– On faisait notre balade comme tous les jours et elle a perdu les eaux.
– C'est presque deux semaines d'avance, protesta-t-il.
– Mais c'est fait maintenant et que tu le veuilles ou non, c'est le moment.
– C'est le père ? demanda l'infirmière en lui tendant la blouse stérile.
– Ouais, c'est... c'est moi.
– Suivez-moi !
Il obtempéra avant de se tourner vers sa sœur.
– J'ai couru jusqu'ici et je n'ai pas eu le temps d'appeler...
– Je m'en occupe, le rassura-t-elle.
Il lui sourit et tenta de calmer sa nervosité. Il se changea rapidement et enfin pu entrer dans la salle d'accouchement.
Elena attrapa sa main dés qu'il la lui tendit.
– Merci, tu es là, haleta-t-elle de douleur. Le travail a commencé. Je suis désolée.
– Non, hey, ça va, la rassura-t-il. Tu fais ce qu'il faut.
Il avait rencontré Elena seulement dix mois auparavant lors d'un incendie.
Ils avaient tout de suite accroché tous les deux et maintenant elle allait mettre au monde son enfant. Ça n'avait pas été facile pour en arriver là. Buck s'était battu et il avait certainement fait beaucoup d'erreurs sur le chemin.
La première de toute ayant sans doute été d'avoir rompu avec Eddie.
Il s'était attendu à ce qu'Eddie accepte ça, qu'il se résigne mais comme tout ce qui concernait Eddie, ses calculs étaient faussés.
Eddie ne l'avait pas laissé faire.
Faute de savoir où le trouver, il avait redéposé sa bague dans son casier à la caserne, alors que Buck avait changé de quart, comme un signe clair qu'il refusait qu'il le quitte de cette façon.
Buck avait eu l'intention de lui rendre sa bague de la même façon mais Eddie avait eu un accident de voiture.
Etant son contact d'urgence, Buck avait été appelé. Il se souvenait d'avoir eu tellement peur, qu'il l'avait seulement embrassé de pur soulagement dès qu'il avait pu le rejoindre dans sa chambre d'hôpital. Heureusement, Eddie n'avait que des égratignures mais Buck avait eu si peur, qu'il avait repassé la bague à son doigt, en jurant de ne plus jamais la retirer.
Ensuite, ils avaient travaillé dur pour reconstruire leur relation.
Puis, il avait rencontré Elena, qu'il avait sauvé de l'incendie de son appartement. Elena avait changé sa vie de toutes les manières possibles. Elle s'était imposée dans sa vie avec une telle vitesse que c'en était étourdissant. Elle était devenue son amie, sa confidente et elle avait grandement participé à la reconstruction de sa confiance en lui.
Et il en était là.
Il serra la main d'Elena lorsque le médecin lui demanda de pousser. Son enfant à naitre semblait gros pour son petit gabarit et le médecin parla une seconde de passer à la césarienne d'urgence, avant de se rétracter.
Elena jura en espagnol d'avoir fait un bébé si gros mais elle l'avait prévenu qu'elle devenait grossière sous la douleur alors il passa outre.
– Tu t'en sort bien, Elena, la rassura-t-il en épongeant son front.
– Ne reste pas planté là, idiot, se moqua-t-elle. Va voir naitre ton bébé. Laisse-le mettre son bébé au monde, ordonna-t-elle au médecin. Saca a tu enorme bebé, me está destrozando la barriga (Sors ton gros bébé, il me casse le ventre).
Buck retint un rire avant de prendre la place du médecin.
Elena avait son franc parlé et c'était peut-être aussi pour ça qu'elle s'entendait si bien avec Maddie. Elle était devenue comme une sœur pour eux deux et quand elle avait entendu parler de son projet de faire appel à une mère porteuse, elle s'était portée volontaire.
Buck ne savait pas comment il pourrait un jour la remercier pour ce qu'elle faisait pour lui, pour sa famille. Elle avait été témoin à son mariage, cinq mois plus tôt et avait promit de s'assurer qu'il ne ferait plus la bêtise de quitter l'homme parfait qu'il avait.
Buck n'avait pas l'intention de refaire cette erreur.
Elena poussa trois fois de plus avant que son corps endolori n'expulse sa petite fille. Elle se tortilla entre ses bras mais il la maintint fermement, avant de la déposer sur la balance pour la pesée.
– Trois kilos deux-cent soixante-dix pour 53 cm, annonça-t-il fièrement à la jeune femme exténuée qui venait d'expulser son placenta.
– Maldito bebé grande (Putain de gros bébé), répondit-elle en riant à moitié.
– Quel est son nom ? demanda l'infirmière.
– Maria Isabel Buckley-Diaz, répondit fièrement Buck en emmaillotant son nouveau-né. Tu seras sa marraine, tu sais ?
– Ah non pas question, je l'ai portée et mise au monde, j'ai fait ma part alors je passe mon tour, gronda-t-elle le faisant rire. Je ne plaisante pas Buckley-Diaz !
– On en reparlera quand tu seras dans de meilleures dispositions, lui sourit-il.
– Mierda arrogante (Petite merde arrogante), le gronda-t-elle de nouveau. C'est tout vu. Va présenter ton énorme bébé à ta moitié, au lieu de perdre ton temps avec moi. Laisse-moi dormir maintenant.
– Elena, la rappela-t-il. Merci pour tout.
– Fiche le camp, lui sourit-elle.
Buck emporta sa fille hors de la pièce et rejoignit la pédiatrie en suivant l'infirmière. Heureusement, Maria évitait la couveuse étant assez forte, comme si elle était née à terme. Elle allait rester sous surveillance le temps de son hospitalisation puis, il pourrait la ramener à la maison.
Buck suivit les indications de l'infirmière qui posa Maria sur sa poitrine pour un peau à peau et tout à coup le silence se fit dans son esprit.
– Bienvenue au monde, ma petite princesse, murmura-t-il.
Il embrassa ses cheveux noirs et frisés et discerna une tâche de naissance au sommet de son crâne.
– Pas de doute, tu es ma fille, rit-il.
Maria bougea sa tête et ouvrit les yeux cherchant à téter.
– Tu as faim ?
– Oh alors ça explique que l'infirmière m'ai collé ce biberon dans les mains avant que je n'aie pu ouvrir la bouche, s'amusa Eddie sur le pas de la porte.
– Hey, Babe, lui sourit Buck. Viens que je te présente notre petite fille.
Buck bascula Maria sur son bras pour que son mari puisse la voir et en profita pour lui proposer le biberon.
– C'est tout toi, s'amusa Eddie en remarquant ses jolis yeux bleus. Jésus Christ, sommes-nous prêts pour les ravages qu'elle va faire dés quelle sera en âge ?
– Pas encore mais je suppose que tu sais toujours te servir d'un fusil ?
– Je suppose que oui, rit-il en l'embrassant.
Ils observèrent leur petite fille pendre son premier repas.
Buck ne put retenir ses larmes et Eddie les lui essuya tendrement embrassant ses joues avec tendresse.
– Regarde là, chuchota-t-il. Elle est tellement belle.
– Elle est parfaite, approuva Eddie.
– On l'a fait Eds, on a notre bébé.
– On a agrandit notre famille.
Buck croisa son regard et il sourit amoureusement.
– Je t'aime. Je vous aime tous les trois.
– Et on t'aime nous aussi, lui confirma-t-il.
Buck recouvrit sa main de la sienne en plongeant dans son regard dans le sien, laissant leurs alliances s'entrechoquer.
C'était ça. Ce silence, cette sérénité qu'il ne trouvait qu'avec sa famille. Oui, c'était ça le bonheur.
