Chapitre 48

Naruto Uzumaki

Les semaines qui suivirent furent chargées pour le couple et épuisantes pour la future mère, mais maintenant qu'elle avait atteint les six mois, il ne lui restait que les enregistrements studio avec Tayuya, les tournages studio de ses clips avec Sasuke et le shooting avec Mizu Cosmetic. C'était justement à la compagnie, qu'ils se trouvaient tous les deux avec Kiba. Alors que les maquilleuses s'occupaient de la jeune femme, Naruto attendait près de la directrice marketing et du photographe en compagnie de l'agent de la brune.

- Comment s'est passé le recrutement des filles qui vont poser avec le maquillage de Miss Kpop ? demanda Kiba.

- Nous avons décidé d'organiser un concours et nous en avons sélectionné six. Elles ne devraient plus tarder à arriver. En attendant, nous allons faire quelques photos avec Hinata seule.

- À moins que vous ne vouliez participer, ajouta le photographe en regardant Naruto.

Ce dernier se contenta de rire pour seul réponse. Le mannequinat n'était pas fait pour lui et il ne comptait pas refaire de shooting artistique de sitôt, alors encore moins un de mode. Et puis, il aimait bien regarder Hinata travailler, que ce soit lors des tournages, des enregistrements ou encore durant les shootings. Elle était dans son éléments devant un appareil photo, magnifique et pleine d'assurance. Lorsque le photographe s'agita, Naruto suivit son regard et découvrit sa copine qui s'approchait dans une robe simple et blanche, d'inspiration renaissance avec les volants autour du cou et de ses poignets. Ses cheveux avaient été légèrement bouclés et ramené sur une épaule pour dégager son visage maquiller avec simplicité.

- Magnifico ! s'exclama le photographe. Una vera bellezza dell' innocenza. Dea delle donne.

Ne comprenant pas l'italien, Naruto ne pouvait être sûr de ce que disait le photographe, mais s'il n'avait eu l'âge d'être leur père, il se serait peut-être offusqué de le voir se comporter ainsi devant lui. Plutôt déplacé de manifester ce genre d'intérêt pour une femme en couple devant son petit-ami. Hinata fit à peine attention aux paroles du photographe et marcha jusqu'à eux. Bien entendu, pour ne pas abimer son maquillage, elle ne pouvait pas l'embrasser, mais elle le rejoignit et le blond se leva pour la prendre dans ses bras.

- Tu es magnifique, lui souffla-t-il à l'oreille.

- Merci.

- On va faire quelques photos en attendant les autres modèles. Vous pouvez vous asseoir sur le fauteuil, l'invita le photographe en montrant le siège de la main.

Hinata s'exécuta et y prit place, assise sur le bord, légèrement tournée vers la gauche, le dos droit et les chevilles croisées. On aurait pu croire qu'une princesse était là pour prendre un portrait, tant sa posture avait quelque chose de… altier ? Il fallait juste que la directrice marketing décide de lui mettre un diadème et l'illusion serait complète. Naruto comprit rapidement que le fauteuil était là que pour le confort de sa copine enceinte, puisque le photographe se tentait trop proche d'elle pour la cadrer de la tête aux pieds. Un coup d'œil au moniteur et il pouvait voir que les clichés ne descendaient pas plus bas que ses épaules. Elle aurait eu un décolleté, qu'on n'aurait même pas entraperçu la naissance de ses seins. Tout passait dans son regard et le petit sourire qui retroussait le coin de ses lèvres.

Des bruits un peu plus loin annoncèrent l'arrivée des filles qui joueraient le rôle de Miss Kpop durant le shooting. Elles pénétrèrent à tour de rôle dans le studio, maquillées à l'aide d'une palette différente et vêtues d'un ensemble pour compléter le look. Celle qui représentait le Fairy K, toute de pastel, ressemblait à une poupée de porcelaine, alors que celle qui portait Miss Bubbly était une explosion de couleurs vives, jusqu'à la perruque dotée d'un serre-tête avec une corne et des oreilles de licorne. Le Boyish Style avait dû être rapide à faire, puisque la fille qui le représentait ne semblait rien porter sur le visage. De l'autre côté, pour le G-Crush, la fille choisit avait un look de motarde rock'n'roll qui la rendait menaçante et sûre d'elle. Pour le Psycho Girl, sa porteuse était effrayante au point de se demander si elle allait bien. Elle semblait pleurer des larmes de sang ou d'avoir mordu quelqu'un, se dit-il en voyant le rouge qui débordait au coin de ses lèvres. Et pour le Sexy Vibes… C'était comme une version plus prononcée du maquillage qui avait été fait à Hinata, sophistiqué mais sensuel. C'était le genre de maquillage qu'il verrait bien pour une performance de tango ou de rumba. Elles étaient toutes différentes, mais Naruto arrivait à voir la Miss Kpop qui avait tournée dans les clips durant la dernière année.

Les six chanceuses s'arrêtèrent à quelques pas de Naruto, n'osant pas s'approcher plus sans en recevoir l'autorisation et observèrent Hinata travailler. Naruto pouvait voir l'admiration dans leurs yeux, ce qui le réjouit. Le dur travail de la jeune femme commençait à être reconnu et c'était un soulagement. Pour lui, tout ce qu'elle accomplissait était le fruit de ses efforts constants et n'avait plus rien à voir avec son influence à lui.

Hinata Hyuuga

Du coin de l'œil, Hinata avait vu arriver celles avec qui elle allait poser, mais concentrer sur le photographe, elle n'avait pu regarder le résultat de la transformation faites par l'équipe de stylistes et de maquilleuses engagé pour l'occasion. La directrice marketing, assise derrière le moniteur pour observer les photos prises au fur et à mesure de la séance, demanda au photographe de venir voir quelque chose et s'arrêta de la mitrailler avec son appareil. Naruto se leva pour venir la rejoindre avec une bouteille d'eau. Elle fit attention de ne pas abimer son rouge à lèvres en y prenait une gorgée, même si une maquilleuse s'empresserait de lui en remettre une couche avant qu'ils ne reprennent la séance. Elle en profita pour jeter un coup d'œil aux six jeunes femmes qui attendaient en retrait. Elle ignorait de quoi elles avaient l'air en temps normal, mais leurs transformations étaient bluffantes, elle en était persuadée.

- Tu devrais leur faire un petit salue de la main, elles n'osent pas venir te parler, lâcha Naruto avec un petit sourire.

Son commentaire la fit sourire à son tour et elle fit comme il le lui avait suggéré.

- Vous pouvez approcher.

Les six jeunes femmes restèrent un instant immobiles à les fixer, incertaines, avant d'oser s'approcher, une expression impressionnée sur le visage. Les voir dans cet état juste par sa présence, gêna un peu Hinata, n'ayant pas l'habitude de provoquer cette réaction. Et encore moins avec Naruto à ses côtés. En général, c'était plutôt lui qui provoquait ces réactions.

- C'est toujours comme ça, quand tu rencontres des fans ? chuchota Hinata.

- Certains, oui.

- Mademoiselle Hyuuga, commença celle portant la palette Fairy K. C'est un honneur de vous rencontrer, ajouta-t-elle, suivie par les cinq autres jeunes femmes.

- Vous pouvez m'appeler Hinata.

Je ne suis pas si connue que ça, eut-elle envie d'ajouter, mais elle se retint. Vu le succès de sa chaîne YouTube et l'excitation de ces jeunes femmes, elle ne pouvait plus se considérer comme une inconnue. Inconnue, dont le seul point important dans sa vie, soit d'être en couple avec « L'enfant star ». Et à voir comme elles n'avaient d'yeux que pour la brune, elles l'idolâtraient plus que Naruto. Dès qu'elle les eut encouragées à lui poser toutes les questions qu'elles avaient pour elle, Hinata tenta de leur répondre comme elle le pouvait. Sauf qu'une question la mit particulièrement mal à l'aise, mais pas parce qu'elle fut déplacée ou trop personnelle.

- Comment faites-vous pour avoir un corps si parfait ? demanda celle qui portait la palette G-Crush. J'aimerais tellement devenir mannequin, mais je suis énorme, soupira-t-elle avec une mine piteuse.

Corps parfait ? Hinata avait encore du mal à se trouver belle et attirante, malgré toutes les paroles de Naruto. Et puis, cette jeune femme se trouvait énorme ? Pour l'actrice, elle était magnifique et pas seulement grâce au maquillage. À ce moment-là, elle comprit ce que son entourage avait dû supporter durant son adolescence. Elle voulait reprendre la jeune femme pour enlever cette idée de la tête, mais avant qu'elle n'ait le temps de répondre, le photographe revint, annonçant la reprise de la séance. Restant professionnelle, elle mit de côté ce moment, avec l'intention de prendre à part celle qui lui avait posé cette question pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas grosse et qu'elle-même, elle n'était pas parfaite. Il fallait qu'elle lui ouvre les yeux avant qu'elle ne plonge dans le même tourbillon destruction qu'avait vécu Hinata durant l'adolescence.

Elles enchaînèrent donc les prises, entre coupé par des retouches de son maquillage ou de sa coiffure et des pause pour qu'elle puisse boire un peu d'eau. Une séance où elles posaient toutes les sept, puis Hinata en duo avec chaque femme. À la fin de la séance, il ne restait que les deux dernières dans le studio, soit celles qui portaient le Miss Bubbly et le Sexy Vibes.

- Où sont passées les autres ? s'enquit Hinata.

- Elles devaient retourner en cours, annonça la première.

- C'est pour ça qu'elles sont passées en premier, ajouta la deuxième.

- Oh, soupira l'actrice, déçue.

- Elles étaient déçues de ne pas pouvoir discuter avec vous plus longtemps, mais les cours passent en premier, acquiesça la Miss Bubbly.

- Faudrait faire un meeting de fans comme les idoles de Kpop, lâcha la Sexy Vibes.

- Oh oui, ce serait super ! s'exclama la première avec enthousiasme.

Naruto et Kiba les rejoignirent à ce moment. Le premier passa un bras autour de sa taille et posa un baiser sur sa tempe, provocant un air attendris chez les deux jeunes femmes.

- Qu'est-ce qui serait super ? demanda Kiba.

- Un meeting de fans pour pouvoir les rencontrer en personne, expliqua Hinata.

- Oh, c'est une bonne idée, approuva Naruto.

- Je peux en discuter avec Itachi, suggéra Kiba.

- Vraiment ? s'exclamèrent en cœur les deux fans.

Leur réaction fit sourire le couple, qui les salua avant de rejoindre la loge pour qu'Hinata puisse se changer avant de rentrer à la maison. C'est qu'une fois assise dans la voiture, qu'elle partagea ses inquiétudes vis-à-vis de la fan qui lui avait posé cette question dérangeante.

- Veux-tu que je demande les coordonnés de cette fille à la directrice marketing ? proposa Kiba.

- Non, ça ne changerait pas le problème. Des jeunes filles qui pensent comme elle, il y en a plein.

- Alors quoi ? Faire un meeting de fans pour en parler ?

- Ça va prendre un certain temps à programmer, déclara Naruto.

- Voilà pourquoi je me dit qu'on pourrait en parler durant un live « Just chatting ».

Naruto Uzumaki

Naruto se retourna d'un coup vers Hinata en l'entendant. Il y avait plusieurs mois de ça, il lui avait parlé de son désir de faire une vidéo pour parler de différentes maladies mentales qui touchaient beaucoup de gens, dont des jeunes qui manquaient parfois de ressources et d'encadrement pour s'en sortir ou d'apprendre à vivre avec. Il travaillait justement sur la création d'une fondation à but non lucratif pour offrir ce soutien.

- Aujourd'hui ? s'exclama Naruto, pris de court. La journée a été longue, alors je ne crois pas que…

- Peut-être pas aujourd'hui, mais dans les prochains jours. On pourrait voir si d'autres personnes du milieu ont ou déjà eu des troubles similaires. Comme Gaara avec sa bipolarité, suggéra Hinata.

Il avait effectivement pensé à faire parler son ami et agent dans cette vidéo qu'il avait prévu de faire, lorsqu'Hinata aurait été prête à parler de son anorexie sur sa chaîne.

- Je vais essayer de contacter quelques personnes pour voir si ça les intéressent. Tu pourrais demander à ta sœur, si elle peut participer ? demanda Naruto.

- Pourquoi ma sœur ? Elle n'a jamais souffert d'un trouble mental.

- Non, mais elle a assisté à ta « chute » et ta guérison. Elle pourra parler de comment elle l'a vécu de son côté.

Naruto pouvait voir les remords hanter le regard de la jeune femme au souvenir de ce sombre passé et du mal qu'elle avait fait à ses proches en s'affamant de la sorte.

- Tu pourrais aussi inviter un psychologue pour en parler en profondeur, proposa Kiba. Expliquer chaque maladie plus simplement pour les viewers.

- Pas bête, acquiesça Naruto.

Voyant qu'elle était toujours perdue dans ses sombres pensées, il tendit le bras pour attraper la main d'Hinata et d'en caresser le dos. Elle tourna la tête lentement vers lui et il lui offrit un sourire affectueux, qu'elle lui rendit. C'était sa façon de lui montrer qu'elle n'était pas seule et qu'il était là pour l'épaule.

L'organisation pour le live prit un peu de temps. Déjà, trouver une date où tous les invités qui avaient accepté de parler de leur expérience fut ardue. Ensuite, trouver un psychologue qui voulait bien parler sur un live, en vidéo conférence en plus, avait été étonnement compliqué. Un peu plus d'un mois pour tout préparer, planifier un semblant d'horaire, d'ordre de passage selon la disponibilité des gens. Naruto avait prévu de débuter le live en parlant de sa dépression trois ans plus tôt, tout comme Gaara et Karin parleraient de leur expérience en tant que proches.

- Bonjour tout le monde, commença Naruto. J'espère que vous allez bien. Comme je l'ai annoncé sur les réseaux, le live de ce soir sera plus sérieux et je veux qu'il serve de prévention pour les plus jeunes qui suivent. Ce ne sera pas un live très interactif, ça aurait pu n'être qu'une simple vidéo, mais entre chaque témoignage, on prendre le temps de lire vos messages dans le tchat. Plusieurs personnes viendront durant le live pour parler et j'ai décidé de passer en premier. Je vous ai déjà parlé de ma jeunesse, comment j'ai vécu mon enfance sous les projecteurs, mais je ne suis jamais revenu sur… ma pause de deux ans. Je ne reviendrai pas sur les causes, tout le monde sait ce qui est arrivé et je refuse de donner de la visibilité à mon ex, mais… À ce moment-là, reprit-il après une courte pause pour trouver ses mots, je n'ai pas seulement « disjoncté » comme certains le disaient, mais je suis vraiment tombé en dépression. C'est arrivé en deux temps. Au début, je me suis littéralement transformé en diva insupportable. Je prenais beaucoup plus les autres de haut, j'arrivais en retard sur les plateaux, j'étais désagréable avec tout le monde, même ma famille. Alors quand j'ai été « coupé », que je n'ai plus eu de tournage ou d'apparition public, l'inactivité m'a plongé dans une sorte de puits sans fond de désespoir. Je voulais plus sortir de chez moi et lorsque je le faisais, c'était pour aller dans des bars pour me saouler et parfois faire des choses que je regrette, vous n'avez pas idée. Et ça durée une bonne année. Mes parents et ma sœur ne savaient plus quoi faire pour me… sortir de ce trou. Et c'est là où… Comment dire ? Où mon amitié avec Gaara a changé la donne sur son travail d'agent. Si ça avait été quelqu'un d'autre, soit il aurait démissionné, soit il aurait tenté de profiter de la situation pour se faire de l'argent sur mon dos. Gaara se montre toujours cent pourcent honnête avec moi, que ça me plaise ou non ce qu'il va me dire, et six mois environ avant que je décroche de ce rôle pour le film avec Hinata, il m'a secoué avec brutalité pour me faire ouvrir les yeux sur la réalité et comment j'étais en train de gâcher ma vie et détruire tout ce que j'avais construit. Sauf que… Si ça prend du temps et beaucoup d'effort pour se forger une réputation, ça ne prend qu'une seconde pour la bousiller. Et ce que plusieurs ne réalisent pas, c'est que personne ne voulait travailler avec moi après tous les caprices que j'avais eu avant ma dépression. Gaara, et même Itachi, on fait des pieds et des mains pendant six mois pour m'obtenir un rôle qui me permettrait de revenir dans l'industrie. Au final, c'est ma sœur, engagée sur le tournage de Kakashi, qui a parlé en mon nom, assurée que j'étais redevenu celui que j'étais à l'époque. On imagine souvent la célébrité comme une vie facile faite de paillette, mais on oublie rapidement que tout n'est pas rose, qu'on subit beaucoup de pression car on est devenu des personnalités publiques et qu'on doit avoir une image lisse pour servir d'exemple à la future génération. Mais on est des humains comme tous les autres, imparfaits, et cette pression, lorsqu'elle devient trop lourde, on craque et c'est ce qui m'est arrivé. Tous ces articles qui sont sortis après le scandale, ça touché mon image, mais aussi ma crédibilité dans un sens. J'ai eu l'impression d'être un pigeon, d'avoir cru à tous ces mensonges pendant presque deux ans et les médias n'aidaient pas. Ça m'a bien plus touché, que vous ne pouvez l'imaginer.

Naruto prit quelques secondes pour lire un peu le tchat, avant d'introduire Gaara et Karin en vidéo conférence, leurs écrans respectifs sous le sien. Pendant qu'ils racontaient leurs points de vue, il suivit les messages dans le tchat et ressentit une vague de chaleur devant le soutien de ses fans. Et il prit note au passage de récompenser ses modérateurs, qui punissaient les trolleurs qui osaient faire des remarques déplacées ou insultantes sur lui et ses actes après le scandale avec Sakura. Dès qu'ils eurent terminé, Naruto annonça la suite du live, soit l'histoire de Gaara et de sa bipolarité.

- Il vous a déjà un peu parlé de notre rencontre à tous les deux et ça vous avait choqué de découvrir comment ça s'était passé. Par contre, ce qu'il n'a pas mentionné, en vu d'une future vidéo, c'est pourquoi j'avais été aussi agressif envers lui. À l'époque, avant d'être transféré dans la même école que Naruto, j'ai traversé une sorte de phase noire et d'angoisse lorsque je me retrouvais dans des lieux où il avait foule. Plutôt que d'aller voir un psychologue, mon père m'a juste fait rencontrer un médecin qui m'a diagnostiqué une schizophrénie et on m'a prescrit des pilules pour « calmer » mes angoisses. Sauf qu'au final… Je me suis plutôt mis à avoir des phases d'agressivité et je me mettais à attaquer sans raison, la première personne que je rencontrais. Ça m'a valu un renvoi et j'ai atterri dans l'école de Naruto. J'ai… agressé verbalement son ami Choji, il l'a défendu, on en est venu aux mains, j'ai fini à l'hôpital… Bref, mes médicaments fonctionnaient dans un sens, mais ils avaient de gros effets secondaires. C'est Shikamaru, dont le père travaille en laboratoire pharmaceutique, qui m'a suggéré d'arrêter de les prendre. Mon agressivité à disparu, mais mes idées noires et mes angoisses sont revenues. Il m'a donc parlé d'un ami de son père qui est psychologue et on a finalement découvert que je ne souffrais pas de schizophrénie, mais plutôt de bipolarité. Ma médication a changé et même quasi disparu maintenant. En suivant Naruto à ses auditions et ses tournages, je me suis habituée aux foules et en devenant son agent, je suis devenu si occupé, que je n'avais plus le temps d'avoir des idées noires. Il m'arrive parfois d'avoir de petites rechutes, mais ma famille et Naruto ont l'habitude, alors ils la voient arriver et je recommence à prendre mes pilules le temps que ça passe. En fait, je crois que la grande réserve d'énergie de Naruto me permet de ne pas déprimer et de me concentrer sur autre chose.

Naruto enchaîna avec sa propre perception de la situation que vivait son ami à l'époque, puis il fit apparaître l'écran de Temari, pour qu'elle parle à son tour de son expérience, plus longue que celle du blond pour le coup.

- Beaucoup imagine que ce n'est que des extravagances, des rebellions, un besoin d'attirer l'attention et ne prennent pas au sérieux que c'est une maladie bien réelle qui détruit parfois des vie, lorsqu'elle n'est pas prise au sérieux, voire moquée par les autres.

- Pendant que je préparais ce live, poursuivit Naruto, j'ai fais le tour des forums, en plus de discuter avec une psychologue qui viendra plus tard durant le live, et on ne réalise pas que certains finissent par commettre des actes irréversifs, lorsqu'ils ne sont pas pris aux sérieux. Suicides, agressions, voire meurtres dans les cas extrêmes. Ces maladies mentales les détruisent de l'intérieure, tout comme leurs vies et leurs relations avec les autres. J'en suis venu à me demander comment je pourrais aider ceux qui n'ont pas les ressources pour obtenir de l'aide. J'annonce donc, ce soir, que je travaille sur l'ouverture d'un centre d'aire anonyme. On n'en ait encore qu'à l'ébauche, mais je crois qu'il n'y a pas de meilleur moment pour en parler.

- Y a-t-il un moyen de contribuer ? intervint la voix robotique de son bots en lisant le message de viewers.

- Contribuer ? Pour le moment non. Enfin, pas directement. Depuis que j'ai ouvert mes chaînes YouTube et Twitch, tous l'argent que j'en retire vont dans un compte à part et que je vais utiliser pour financer ce projet. Hinata a fait la même chose avec sa chaîne de Miss Kpop. Donc, pour le moment, si vous avez envie de contribuer, vous pouvez faire des dons sur nos chaînes respec…

Une avalanche de dons, de bits et de subs défilèrent dans le tchat avant qu'il n'ait le temps de finir sa phrase. En moins d'une minute, il avait atteint le dernier niveau du train de la hype. Naruto était sans voix, tout comme Gaara et Temari, dont les écrans étaient toujours visibles sur le live. Hinata pénétra dans le studio, les larmes aux yeux et son téléphone à la main.

Hinata Hyuuga

Il n'était pas prévu qu'elle entre avant qu'il ne l'annonce pour raconter son histoire, mais le retournement de situation les avait tous pris par surprise. Elle prit place sur la seconde chaise et observa le tchat. Bien sûr, elle avait suivi le live sur son ordinateur, assise dans le salon, attendant sagement son tour. Avec les hormones, elle risquait de fondre en larme en écoutant les autres raconter leurs histoires, alors elle avait préféré rester hors champ durant les premiers témoignages. Mais lorsque les dons s'étaient enchaînés sur le stream et même sur son compte YouTube de Miss Kpop, elle n'avait pas pu rester assise dans le salon.

- Je… Je suis sans voix.

- Tu n'es pas la seule, lâcha Naruto. Je ne m'attendais pas à ce que vous vous montriez aussi généreux. Je voulais juste faire l'annonce ce soir et y revenir dans quelques semaines, lorsque le projet aurait un peu avancé.

- Je suis certain que plusieurs ici vivent ou ont vécu des situations similaires, résonna la voix robotique du bots. En tout cas, c'est mon cas. Je m'en suis sorti, heureusement, alors si je peux aider d'autres personnes à trouver du soutien, je suis prêt à donner pour la cause.

Hinata couvrit sa bouche de ses deux mains, émue par ce message. C'est pour cette raison qu'elle voulait elle-même participer à ce live et raconter sa propre histoire.

- Et dire que vous n'avez eu que deux histoires, sourit Naruto. Il y en a encore six personnes qui doivent témoigner de leurs maladies et leurs expériences. La prochaine personne n'est pas très connu, bien qu'elle soit de ma famille. C'est mon oncle, Nagato.

Il changea le partage d'écran, remplaçant Gaara et Temari, par celle d'homme dans la trentaine et aux cheveux aussi rouge que Kushina. Une mèche cachait le côté droit de son visage, qui semblait maigre, voire squelettique. De ce que Naruto avait dit à Hinata, il avait un trouble alimentaire à cause de l'une de ses personnalités.

- Bonjour la commu. Très peu de gens savent que je suis le petit frère de Kushina et… que c'est mon trouble de la personnalité multiple qui l'a emmené à suivre des cours de théâtre. J'avais neuf ans, lorsque Pain est apparu et nos parents ont cru que j'étais en dépression, parce que j'étais soudainement triste, sans aucune raison. Le problème, c'est que je redevenais joyeux comme si de rien n'était. Et à ce moment-là, on ne parlait pas encore de bipolarité, donc les pilules qu'on me faisait prendre, n'aidaient pas du tout. Ajisai est apparu à douze ans, je crois. Je n'ai jamais vraiment compris comment elle, parce que c'est une femme, comment cette « entité » est née. Kushina m'a raconté qu'un soir, je suis juste entré dans sa chambre et lui ai demandé de me prêter des vêtements et de me maquiller. C'est à ce moment, qu'ils ont commencé à comprendre que je n'étais pas dépressif. Par contre, comprendre que j'avais plusieurs personnalités qui prenaient le contrôle à tour de rôle, ça mit un peu plus de temps, parce qu'en dehors d'Ajisai, j'étais certes différent, mais pas de façon trop marqué. La naissance de Hell est probablement la plus simple à expliquer. J'ai subi du harcèlement à force d'apparaître en tant qu'Ajisai à l'école. Le travestisme n'était évidemment pas bien vu et associé aux gays, donc je me suis fait beaucoup battre par des camarades de classe et je crois que Hell est apparu pour nous protéger tous les trois. Pour faire court, il prenait le contrôle pour rendre les coups. C'est durant cette période que ma sœur a eu son premier rôle et avec son succès, on a commencé à me laisser tranquille à l'école. J'ai passé cinq années, sans grand changement avec mes multiples personnalités. Le plus gros problème avec plusieurs entités, ce sont les trous de mémoire, donc ils ont tous les trois commencé à me laisser des notes et c'est comme ça qu'ils ont choisi leurs noms. C'est aussi à ce moment-là, vers mes quinze ans, qu'on a choisi un nom pour désigner ma personnalité principale et garder Nagato comme le « tout » et donc c'est comme ça que Tendo est devenu la moitié plus joyeuse de Nagato. Mais il y a une dernière personnalité, qui a vu le jour après ma majorité et… pour fuir les médias qui tournaient autour de ma sœur et notre famille. C'est Ghost et elle a un talent pour passer inaperçue. Littéralement. Il y a plusieurs tapis rouge où je me suis rendu avec ma sœur, mais aucun photographe n'a réussi à capturer ma présence. Cependant, chaque cas est différent. Que ce soit la naissance des personnalités ou les traits de caractère de celles-ci. Parfois, ça peut passer complètement inaperçu. Dans mon cas, elles sont toutes très différentes et dès qu'on connaît les cinq, on peut rapidement identifier à qui on a affaire. Si les médias me connaissent peu, ce n'est pas parce que ma famille a voulu me cacher, ce qui arrive parfois lorsque les proches ont… hontes de cette particularité, mais pour le coup, c'est moi qui ait gardé une certaine distance. Chaque fois que j'apparais en compagnie de ma sœur, bien souvent, ce n'est pas Tendo. C'est soit Ghost ou Ajisai. La première est invisible, alors que la deuxième est plus extravagante. Je suis totalement méconnaissable dans ces moments-là. Si j'ai accepté la demande de mon neveu, c'est pour mettre en lumière un trouble assez méconnu des gens en général, mais ça reste tout de même assez flou, puisque chaque cas est différent et que je ne veux pas faire de généralisation.

Après avoir raconté quelques anecdotes de ses premières « rencontres » avec les différentes entités de son oncle, Naruto le remercia d'être passé sur son live, puis il remercia la bienveillance de ses fans qui montaient de l'amour dans le tchat. D'autres dons furent lâchés à la fin de son témoignage et le blond attendit que les alertes se terminent avant de poursuivre. C'était finalement le tour d'Hinata. Elle prit plusieurs respirations pour se donner du courage, puis commença son histoire.

- J'ai…, commença-t-elle avant de soupirer. C'est toujours difficile d'en parler. Tout le monde sait que ma mère a été mannequin et… mon rêve était de suivre ses traces. Malheureusement, j'ai arrêté de grandir à douze ans, ma petite sœur m'a rapidement dépassé, mes… courbes se sont développées presque d'un coup… Je n'avais pas la silhouette d'un top model et… J'ai cru que si je maigrissais, j'arriverais peut-être à donner l'illusion d'être plus grande. Je me suis mis au régime, à faire plus de sport, mais voyant que ça ne suffisait pas… J'ai commencé à couper mes portions de plus en plus, jusqu'à ne manger qu'une barre protéiné au réveil. Pour éviter d'inquiéter ma famille, lorsqu'on mangeait tous ensemble, je m'empressais de finir mon assiette pour pouvoir aller me faire vomir avant que mon corps ne commence à digérer. Ça durée… pratiquement quatre ans. Le jour où je me suis évanouie devant ma sœur, alors âgé d'à peine treize ans, on m'a conduit à l'hôpital et ce n'est qu'une menace sur mon père, puisqu'on me fit croire que la police le soupçonnait de me maltraiter, que j'ai finalement compris que je me faisais du mal en me privant de nourriture. Ça m'a pris pratiquement un an pour m'en sortir en changeant de rêve et en me lançant dans le cinéma. C'est un combat que j'affronte encore aujourd'hui après onze ans. Entendre les gens dire que je suis parfaite ou qu'ils veulent être comme moi, me donne toujours la nausée, car ces gens ne voient que le sommet de l'iceberg, qu'un masque que je porte en public pour cacher mes complexes et mes angoisses. Ça s'est grandement amélioré durant la dernière année, ajouta Hinata en jetant un coup à Naruto qui lui sourit, mais avec la grossesse, mes vieux démons sont revenus et plus mon ventre grossi, plus je dois faire des efforts pour ne pas replonger dans mes troubles alimentaires. Il y a un mois, j'ai rencontré des fans lors d'un shooting pour Mizu Cosmetic et l'une d'entre elle m'a justement dit qu'elle me trouvait parfaite et qu'elle se trouvait énorme, ce qui m'a poussé à vouloir parler en live ce soir. Je me suis revue au même âge, me trouvant grosse, alors que j'étais déjà en sous poids. L'anorexie et la dysmorphophobie sont de vieux maux aussi résistants que des cafards. Même lorsqu'on pense s'en être débarrassés, ils reviennent avec force, indestructible. Même à vingt-six ans, je dois encore voir une psychologue pour ne pas franchir un cap sans possibilité de retour.

Durant son monologue, Hinata avait évité de regarder le tchat, malgré les alertes de dons qui continuaient de pleuvoir. Un coup d'œil au compteur de viewers et elle vit que le nombre avait pratiquement doublé. Elle ne serait pas étonnée que certains aient fait de la pub pour attirer plus de gens sur le stream pour obtenir plus de donation pour la fondation. Les modérateurs publiaient régulièrement un message explicatif de la fondation que Naruto allait ouvrir avec l'agent qu'il faisait avec ses chaînes. Que les gens qui débarquaient le connaissent ou non, son projet parlait à beaucoup de monde. Que ce soit des expériences personnelles ou d'un proche, rares étaient ceux qui n'avaient pas vécus des situations similaires dans leur quotidien.

Lorsqu'Hanabi vint témoigner de son point de vue lors de l'incident, onze ans plus tôt, Hinata eut beaucoup de mal à contenir ses larmes et pas seulement à cause des hormones. Il y avait des choses dont elle ne lui avait jamais parlé. Les doutes, l'incompréhension, l'incapacité à l'aide avant qu'elle ne soit hospitalisée. Hinata ignorait que sa sœur avait remarqué son mal-être, sans comprendre pourquoi c'était le cas, puisqu'elle-même, elle jalousait la silhouette de son aînée. Malheureusement, à treize ans, elle n'avait pas les ressources ou les mots pour l'aider. Elle avait donc regardé sa sœur dépérir, impuissante. Leur père avait commencé à manger plus souvent avec elle le soir, croyant que sa présence l'obligerait à manger plus, mais aucun d'eux ne s'attendaient à ce qu'elle commence à se faire vomir pour compenser et leur faire plaisir. Ce moment était devenu tabou dans la famille, alors Hinata découvrit en écoutant sa cadette, que leur père s'était effondré en découvrant qu'elle était à l'hôpital, dans un état critique de sous-alimentation et refusant toujours d'avaler quoique ce soit.

Hanabi expliqua qu'il s'était remis en question, se demandant où il avait échoué dans son rôle de père. Découvrir ça, onze ans plus tard, troubla Hinata. Il est vrai, que son père s'était montré plus présent dans leurs vies, à sa sœur et elle, quelques temps avant son hospitalisation. Sans être froid ou distant, après la mort de sa femme, Hiashi Hyuuga avait eu beaucoup de mal à s'en remettre, passant plus de temps à travailler qu'avec ses filles. Les troubles alimentaires d'Hinata avaient finalement été le déclic. Il avait compris, que s'il n'était pas plus présent dans leurs vies, maintenant, il pourrait les perdre en un battement de cils comme sa femme.

- Autant c'est difficile pour Hinata d'en parler, c'est évènement qui m'a profondément marqué et… Ce n'est pas facile d'y repenser, ni de partager mon expérience. Mais comme ma sœur, je pense que pour aider des jeunes filles ou garçons à se reprendre en main, il faut faire de la prévention et pour ça, il faut en parler. Il ne faut pas que ça deviennent des sujets tabous. Notre père refuse d'en parler, pas parce qu'il ne veut pas, mais parce qu'il en est incapable. Avoir passé à deux doigts de perdre une de ses filles, et surtout aussi jeune, l'a profondément traumatisé. Ce n'est pas le père le plus démonstratif ou émotif, mais… toutes les deux, on sait voir les petits gestes ou mots qui transmettent ses sentiments. Je crois qu'apporter le point de vue d'un parent est tout aussi important que celui des frères, des sœurs ou des amis, car… car je ne crois pas qu'il y ait pire pour un parent, que de perdre un enfant.

Le témoignage de son père, transmis par Hanabi fut la goûte de trop pour Hinata et elle fondit en larme. Elle savait que sa famille avait beaucoup souffert de son anorexie, mais puisqu'ils se comportaient tous avec entrain, l'encourageant à progresser avec toutes ses séances chez le psychologue, elle n'avait jamais compris qu'ils étaient bien plus marqués qu'elle ne l'avait imaginé.

Naruto Uzumaki

N'ayant eu que la version d'Hinata jusqu'à maintenant, Naruto ignorait à quel point sa famille en avait souffert. Mais d'un autre côté, il pouvait facilement l'imaginer. Il pouvait se mettre à la place d'Hanabi. Vu l'enfance qu'ils avaient eu en tant qu'enfants de deux célébrités, l'idéalisation de l'image, surtout chez les femmes, aurait pu emmener Karin à avoir des troubles alimentaires. Et maintenant qu'il allait devenir père, il pouvait aussi se mettre à la place d'Hiashi, d'autant qu'encore une fois, leur fils allait grandir sous le regard du public, entouré de journalistes et de standards de beauté nocifs. Il espérait réussir à le soutenir, comme ses propres parents l'avaient fait avec lui.

Durant les trois heures qui suivirent, cinq autres personnes vinrent témoigner. Crise de panique, trouble post-traumatique, trouble obsessionnel compulsif, Syndrome Gilles de la Tourette. Des cas tous plus différents que les autres, que la psychologue qu'il avait invitée décortiqua, tentant d'expliquer avec des mots simples toutes ces maladies. Tout le long du live, il avait reçu de multiples dons et Naruto hésita à jeter un coup d'œil sur le compte qu'il avait ouvert pour recevoir les revenues de ses deux chaînes. Il est clair qu'avec tout ça, il pourrait prévoir un salaire généreux pour les intervenants qu'il tentait de recruter pour la fondation. Il avait plus de chance de les attirer et de les garder, s'il pouvait leur faire une offre alléchante.

Lorsqu'il ferma son ordinateur, Naruto resta assis un petit moment à fixer l'écran noir, tentant de se remettre de toutes ces émotions. À sa droite, hors du champ de la caméra durant la dernière heure, Hinata avait fini par s'endormir dans sa chaise, les mains posées sur son ventre. Avec un sourire attendri, il se leva et la souleva dans ses bras. Elle resserra ses bras autour de son cou, grommelant doucement en frottant son visage contre son torse, mais sans se réveiller. Il rejoignit leur chambre et l'allongea sous les couvertures. Il prit le temps de la déshabiller pour qu'elle soit plus confortable, puis il éteignit toutes les lumières avant de la rejoindre. Il était tôt et il n'avait pas trop sommeil, mais il se glissa tout de même dans son dos pour enrouler ses bras autour de sa taille. Les yeux fermés et le menton appuyé sur le dessus de sa tête, il caressa doucement son ventre, souriant chaque fois qu'un petit coup frappait sur sa main. Y avait-il quelque chose de plus magique, que de savoir que son fils pouvait le sentir et qu'il communiquait avec lui de cette façon ?