Hey
Ouiii j'ai encore oublié de poster. J'ai été pris par des projets perso, mais normalement j'ai presque tout fini de ce côté. Merci aux gens qui viennent encore lire malgré tout !
Bonne lecture !
L'ombre qui s'amène
.
Les épaules sous une épaisse couverture, Riku rapproche de lui le chocolat que Vanitas a eu la bonté de préparer. Enfin, la bonté. Il a fait chauffer le lait au micro-onde avant d'y mettre deux cuillères de cacao, ce n'est pas du grand art. Mais c'est déjà beaucoup, venant de lui. Alors il ne fait pas de commentaire.
— Comment tu te sens ?
— Bizarre.
C'est drôle de le voir s'inquiéter pour quelqu'un. Vanitas n'a pour autant pas perdu son rictus de petite chose arrogante, mais il s'arrête parfois pour le regarder, poser sa main sur son front, l'interroger. Et Riku… Il ne le reconnaît pas. Ou plutôt, il reconnaît un ancien Vanitas, qu'il a aimé il y a si longtemps. Parce que c'est bien ce qu'il a vu, hein ? Neo… C'était lui ?
Neo.
Il soupire.
— Ce que tu m'as montré…
— Je ne t'ai rien montré, le vampire rétorque. Je t'ai rendu tes souvenirs.
Ses souvenirs. Riku avale une gorgée de chocolat chaud. Il pense que c'est l'été, l'été qui touche à sa fin. Il sait qu'il ne retournera définitivement pas à la fac. Cette vie qui est la sienne ressemble aux rêves troubles qui menacent de céder. Il va se réveiller.
— Mes souvenirs…
Il cherche son reflet dans le bol, mais le liquide reste désespérément brun.
— Je comprends pas.
Il est déjà venu ici. Il a dormi dans ce manoir avant que Sora ne le ramène. Il revoit les autres buveurs de sang, attroupés devant l'entrée alors qu'on l'invitait à pénétrer pour la première - enfin, presque première - fois en ces lieux. La surprise sur leurs traits. La réaction d'Aqua. Et ce tremblement de terre qui l'a secoué, quand il a vu Vanitas, c'était…
C'était comme s'il le connaissait déjà. Un sentiment enterré qui a explosé en posant les yeux sur lui comme une boite trop pleine.
Il le regarde, et il a envie de poser sa main sur sa joue.
— Je suis mort ?
— C'est ça.
— Et je suis… Là ?
C'est impossible. Il sait où il est né. Il a grandi, il a une famille. Rien à voir avec ce double lui qu'il a vu. Il y a des années, des dizaines d'années d'écarts entre eux. Peut-être plus. Une centaine ?
— Je ne comprends pas. Je ne suis pas Neo, je…
Vanitas se crispe. Il peut voir ses doigts blancs serrés autour de la couture de sa veste et malgré lui, il pose sa main dessus. Sa main, sur la sienne. Les cognements dans son torse s'apaisent.
C'est comme s'il avait vécu toutes ces années pour retrouver cette peau.
— Tu t'es réincarné.
Il rirait bien si, pour une fois, Vanitas n'avait pas l'air sérieux.
— Réincarné ?
— Tu comptes faire le perroquet longtemps ?
— C'est possible ? il insiste.
— Oui. Tu n'es pas le premier.
Bien. De son autre main, il termine la boisson qu'on lui a servie, avant de contempler la cheminée vide. Alors Neo et lui…
C'est logique, en un sens. Tous ces sentiments qui ont déchiré le pauvre garçon, il les comprend. Il les a ressentis. En fait, ça lui ressemble. Plus jeune, il avait le même esprit revanchard. Ce besoin de compétition qui le poussait toujours plus loin. Il était bon en cours, et il a fait du sport. Beaucoup de sport. Il ne sait pas comment ça lui a passé. Avec le temps, sans doute. En soignant des insécurités qui perçaient entre ses os. Mais oui. Plus jeune, il aurait sans doute voulu être l'égal de Vanitas. Ce fossé entre eux lui aurait semblé insupportable, comme une insulte à sa personne.
Aujourd'hui, il s'en moque. La vie de vampire ne l'intéresse pas. Mais le noiraud l'attire, comme il a attiré Neo.
— C'est arrivé il y a longtemps ?
— Plus d'un siècle.
Bien. C'est ce qu'il lui semblait, quoi que Riku ne soit pas expert en histoire.
— Et ça arrive souvent, ce… Genre de choses ?
— La réincarnation ?
Il hoche la tête, comme Vanitas hausse les épaules.
— Aucune idée. Ça arrive, c'est tout. Aqua s'y connait mieux que moi, tu n'auras qu'à lui demander. Si tant est que tu aies encore envie de lui adresser la parole.
Aqua. Un long frisson traverse son dos. Il revoit la lame levée haut et la tristesse au fond de ses yeux. Il serait bien incapable de lui en vouloir. D'une part, il est plus qu'évident qu'il était en tort dans cette histoire. Enfin, que Neo l'était. Neo avait… Il a fait des choses que Riku n'approuvera jamais
Et elle, elle s'en voulait.
Soudain, il pense à son ami.
— Sora.
Il inspire.
— Il savait ?
— Evidemment. Il est idiot, mais pas ce point.
Riku serre les dents. Vanitas est toujours aussi insupportable. Il lui glisse un regard irrité, mais le corbeau n'en a ostensiblement rien à faire. Il se contente de caresser sa main.
S'il dit vrai – et le gris n'en doute pas – alors son ami lui a menti. En tout cas, il lui a caché des choses. Et pas des moindres.
— Pourquoi est-ce qu'il m'a rien dit ?
— Ce n'est pas à moi que tu dois poser la question.
Non, effectivement. Mais il ne se sent pas de confronter Sora pour l'instant. Il a peur des réponses qu'il pourrait trouver. Peur de comprendre qu'aux yeux des autres…
Ceux de Vanitas, justement, se posent sur lui. Il sent toute l'impatience qui les fait briller. Ses doigts passent sur sa joue. Elle est froide, elle aussi. Comme ses épaules, sa nuque. Sa présence le fascine toujours, mais il n'a plus l'impression que ses jambes vont le lâcher. Le premier choc passé, il s'est doucement fait à cette émotion qui le prend quand ils se croisent dans les couloirs.
Il se penche pour l'embrasser, et ça vient naturellement, comme s'il l'avait déjà fait des centaines de fois. Parce que c'est le cas. Ce n'est pas leur premier baiser. Mais ça fait un bien immense de toucher à nouveau ses lèvres, avec ce long siècle de privation.
Vanitas ne se fait pas prier. Il le sent qui sourit contre ses lèvres et, avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, le noiraud est sur ses cuisses. Ses jambes passées autour de son bassin comme une prison confortable. Il sent ses doigts dans ses cheveux, le tracé familier qu'ils ont déjà parcouru lui fait trembler le haut du dos. C'est nouveau et familier, tout à la fois, une caresse dont il a désespérément besoin.
— Tu es chaud, Vanitas murmure.
Il faut un moment à Riku pour comprendre qu'il ne parle pas de sexe. Oui, il est chaud. Et Vanitas est glacé. Leurs corps ne sont plus à la même température, c'est perturbant.
— Ça te dérange ?
— Pas le moins du monde.
Il a encore des questions à poser. Des détails qui glissent entre ses doigts sans qu'il ne puisse comprendre. Il revoit cet homme dans la neige, et son amant en train de se débattre. Le théâtre de cadavres, la soif insatiable dans sa gorge, le besoin de plus. Le tremblement que le sang humain propageait dans son corps. Ce sentiment de toute puissance.
Mais la bouche de Vanitas efface ses doutes. Et pour l'heure, c'est là-dessus qu'il se concentre.
. . .
Aqua serre les dents. Oh, elle se doutait bien que ça arriverait. Tôt ou tard, Vanitas allait lui désobéir. Ce n'est pas la première fois. Pas la dernière. Une colère frustrée la prend, qu'elle calme d'une grande inspiration.
Elle les a vu partir vers la forêt. Elle n'a pas eu besoin de s'approcher beaucoup pour comprendre, l'odeur du sang de Vanitas lui a suffit. C'était une bonne idée. Un lien assez fort pour faire remonter la mémoire de Neo, en tirant sur ses souvenirs les plus chers.
Mais Neo, justement, n'est plus qu'un souvenir. Et l'entêtement de Vanitas l'attriste finalement plus qu'il ne l'irrite.
Assise sur un banc des jardins du manoir, elle contemple les roses endormies. Plus tard, elle ira parler à Riku. Elle a eu le temps de l'observer, et elle doute qu'il représente un danger. Tout du moins n'en était-il pas un jusqu'à ce que Vanitas fasse sa petite affaire. Mais maintenant… Elle doit s'assurer de certaines choses, si elle veut pouvoir dormir sur ses deux oreilles.
Pas le temps d'y songer plus, cependant. Un pas léger la tire de ses sombres pensées, et le sourire mesquin de Joshua apparaît sous la lune.
— Tu m'as l'air bien contrariée, le garçon ronronne. Ce sont les frasques d'Ardyn qui te mettent dans cet état ? Si c'est le cas, je suis au regret de t'annoncer que j'apporte de mauvaises nouvelles.
Evidemment. Et il fallait que ça tombe maintenant. Elle n'aime pas la manière dont les mauvais présages s'attirent et s'assemblent. Si ça continue, Xemnas et elle ne pourront bientôt plus gérer la situation seuls.
— Tu as fait ce que je t'ai demandé ?
— Et ce n'était pas une mince affaire. Mais j'ai quelques contacts plutôt… Conciliants. Et bavards. Tu vas être ravie. Enfin, façon de parler. Tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire. Mais j'apporte aussi une bonne nouvelle.
Elle secoue la tête. Joshua est autrement plus irritant que Vanitas, mais il a au moins le mérite de faire ce qu'on lui dit. Quand on a de quoi faire pression pour lui. Elle ne comprend d'ailleurs pas pourquoi ce drôle d'humain l'intéresse autant. Il n'y a pas d'attraction particulière entre eux, Neku n'est pas un réincarné.
Enfin. Ce n'est pas son problème, et elle en a assez à gérer pour ne pas se mêler de cette histoire.
— Je t'écoute.
Le petit vampire s'installe sur le banc, jambes croisées. La lumière de la lune lui va bien, mais elle lui donne le teint affreusement blafard. Sa tenue blanche n'aide pas. Même si elle le croisait de nuit dans une rue vide, elle aurait du mal à le prendre pour un humain.
— Ardyn compte attaquer les clans qui se sont opposés à lui pendant le rassemblement.
— Je m'en doutais.
Elle aurait aimé se tromper. Mais elle a suffisamment d'expérience avec les fortes têtes pour savoir que rien ne les arrête, et surtout pas la morale.
— Il sait que vous lui tomberez dessus, s'il essaie de se montrer au grand jour. Pas littéralement, évidemment. Sinon, le problème se règlerait de lui-même.
— Alors il veut nous éradiquer ?
— Oh, non ! Le clan Izunia a grandi, mais il n'est pas assez puissant pour ça. D'autant que tout le monde n'est pas d'accord avec lui au sein de sa propre faction. Parait-il que je ne suis pas le seul déserteur.
Joshua fait jouer ses doigts sous les rayons de nuit, comme s'il les admirait.
— Il veut seulement vous affaiblir. Et s'il pouvait évincer votre patriarche, ou celui des Gainsborough, en passant…
— Aerith.
Si Ifalna court un danger, il faut qu'elle la prévienne au plus vite. La mère de son amie est puissance, sans doute autant que leur propre chef. Mais une attaque surprise bien préparée pourrait leur être fatale. Elle enverra une missive à Zack sitôt cette conversation terminée.
— Il compte attaquer, puis mettre ses plans à exécution une fois que nous n'aurez plus les effectifs nécessaires pour l'entraver. Des dires de mon ami.
— Et est-ce que ton ami sait quand Ardyn passera à l'action ?
— D'ici un mois, au plus tard.
C'est court. Il faut qu'elle prévienne Xemnas. Ils n'auront pas le temps d'attaquer les premiers, et ils doivent évacuer les humains avant que la bataille n'éclate. Inutile de risquer des vies qui ne pèseront pas dans l'affrontement. S'il arrivait quelque chose à Roxas…
— Mais tu connais Ardyn, il est aussi patient qu'impulsif. Il pourrait rapprocher la date.
Joshua a raison.
— Et la bonne nouvelle ?
— Oh, trois fois rien. Je comptais juste préciser que, puisque nous sommes prévenus à l'avance, la contre attaque serait plus simple à organiser.
— C'est tout ?
Il se tourne vers lui, ravale mal l'agacement que son ton lui procure. Joshua a un don pour se faire détester, mais il sait paradoxalement se rendre aussi indispensable qu'il est insupportable.
— Ne me regarde pas comme ça. Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi, j'aime bien cet endroit. Et je n'ai pas envie de recroiser Ardyn, au vu de notre dernière discussion.
— J'imagine.
Bien. Elle a les cartes en main. Maintenant, il faut qu'elle trouve quoi en faire avant que la catastrophe tant redoutée ne leur tombe dessus, et ce n'est pas gagné. Le clan Izunia est plus grand que le leur. Mais ses vampires sont plus jeunes et moins expérimentés. Ils vont devoir jouer là-dessus.
Elle se lève, prête à retrouver Xemnas. Son supérieur ne pourra plus ignorer la menace qui pèse sur eux, maintenant qu'elle a confirmation de ce qu'elle redoutait.
— Encore une chose, Joshua reprend.
— Quoi ?
— Ardyn a la rancune tenace.
Le garçon dodeline de la tête. Il fait mine d'hésiter.
— Il attaquera ses deux adversaires simultanément pour éviter que nous ne nous prévenions mutuellement du danger. Et s'il doit se joindre à la bataille, il y a fort à parier qu'il en profitera pour régler ses comptes.
Donc, il viendra ici.
— Bien.
Elle doit se préparer à faire face à l'un des vampires les plus vieux que le monde ait connu. Il n'aurait qu'un seul moyen de riposter à la hauteur du danger qui les attend. Et Xemnas sera sans doute de son avis.
L'idée ne lui plait pas. Mais ils n'auront pas le choix.
C'est Vanitas qui sera de fort méchante humeur, quand elle lui annoncera la nouvelle.
— Merci.
Un dernier geste en guise de salut, et Aqua s'enfonce entre les murs du manoir. Il n'y a pas de temps à perdre. Même avec un mois d'avance, les minutes qu'elle gagnera seront peut-être des vies de sauvé. Sans tarder, elle fait venir à elle une des chauves-souris qu'elle utilise pour réguler le courrier.
La la la. (j'ai hâte de vous faire lire les chapitre suivants)
En vrai, j'hésite à poster cette fanfic sur AO3 en parallèle. Le fandom que KH est plus actif là-bas, j'ai l'impression ? (évidemment, je posterai toujours ici)
A la prochaine !
