Hey !

Définitivement, je mets un temps monstre à poster. Mes projets originaux ont pris le pas sur tout le reste. Je vais quand même me bouger pour finir de poster cette fanfic maintenant que j'ai un peu de temps.

Ce chapitre est assez tranquille. De manière générale, on entre dans la dernière phase "posée" de l'histoire, alors profitez !

EDIT du 28/06: La première partie de ce chapitre ( De "Riku ouvre les yeux" à "Maintenant que le danger est réel, elle doit prévenir les autres membres du clan." a été ajoutée après coup. Je me suis rendu compte que je n'avais jamais posté ce chapitre (je sais pas où j'ai merdé vu qu'il est bien dans mes documents, maiiiiis bref. Encore désolé. J'espère que ça n'aura pas trop nuit à la compréhension de l'histoire)

Merci à Mijoqui pour ses reviews !

Bonne lecture !


Ces jours comme une rivière tranquille

.

Riku ouvre les yeux alors que le soleil tape contre les volets. Les rayons n'entrent pas dans sa chambre, mais il devine que le peu de clarté qu'il perçoit lui vient de l'extérieur. Il doit être midi. Au moins.

Il irait bien vérifier, mais le corps de Vanitas, nu contre le sien, ne lui donne pas envie de se dégager.

C'est comme d'avoir trouvé une place dans un cocon. Un milieu confortable et doux où il passerait bien le reste de sa vie, si courte soit-elle comparée à celle de son amant. Amour. Il grimace. Aucun de ces deux mots ne va à Vanitas, et pourtant, il va bien falloir en trouver un pour le désigner.

— Déjà réveillé ?

Une voix d'outre tombe ronronne à son oreille. Riku inspire. Il se tourne vers le visage clair qui l'accueille et tend sa main contre sa joie. Vanitas le scrute comme un prédateur, un rire au fond de l'œil.

— Il est si tard ?

— Aucune idée. Ça fait des années que je ne me préoccupe plus de l'heure, le vampire répond.

Oui, sans doute.

— Tu es resté là toute la nuit ?

— Ça t'étonne ?

Oui. Non ? Est-ce qu'il restait avec Neo ? Les souvenirs qu'il lui a rendus remontent déjà, et Riku les observe à travers un voile flou. Comme quand il essaie de remonter sa propre mémoire, en somme. C'est… Oui, il se rappelle s'être déjà réveillé près de lui. Enfin, Neo s'est réveillé près de lui.

— T'es pas du genre patient.

— Certes.

Le bras froid de Vanitas passe en travers de sa taille et Riku se souvient qu'il est nu. Contre le noiraud. Ça devrait l'étonner, au moins le faire réagit, mais il n'en est rien. Il se laisse approcher sans craindre la bête. Pense vaguement qu'il devrait parler avec Sora. Mais il a l'impression de ne pas l'avoir croisé depuis des années.

Le dos de Vanitas s'emboite parfaitement au sien. Sa bouche embrasse son cou, là où elle s'est déjà posée hier. Cette nuit. Il a chassé ses vêtements, mordu ses épaules dures et écarté ses jambes, perdu dans l'odeur des sapins, ce parfum résineux et collant qui maculait sa peau.

Les souvenirs remontent alors que la fatigue s'échappe. Riku soupire. Il a l'impression d'être là où il devrait être, à l'exacte place que le monde lui a réservée. Un destin qu'il a toujours attendu. La colère qu'il éprouvait contre Vanitas s'est dissipée.

Mais il ne peut pas passer la journée au lit.

— Qu'est-ce que tu fais ? le corbeau demande en le voyant qui se redresse.

— J'ai faim.

— Reste.

Il caresse paresseusement sa hanche. Riku devrait se sentir gêné de sa nudité. Mais la honte est évasive, loin comme un rêve qui s'efface au réveil. Il adresse un bref regard à son amant d'une nuit – et des suivantes, à n'en pas douter.

Ça cogne.

Sa vision le rassure. Il est là, près de lui. Il ne s'envolera pas. Il peut casser la croute en paix.

— J'ai besoin de manger, si je veux rester en vie.

— Tu as déjà tenu plus longtemps que ça sans sortir de cette chambre.

Ces mots le secouent. Il. Lui, il y a longtemps. Il tend la main vers les cheveux de Vanitas.

— Je reviens vite.

Mais le noiraud s'éloigne, faussement vexé. Il offre à sa vue un dos magnifique et blanc, qu'il a envie de retourner embrasser. Sa présence le rassure. Il a cette impression, ce sentiment jusqu'alors inconnu d'avoir trouvé son exacte place dans le monde. Peut-être qu'il pourrait tenir plus longtemps sans manger.

Mais il y a autre chose qui l'inquiète, et il aimerait autant le vérifier maintenant.

. . .

Il ne lui faut pas longtemps pour trouver Aqua. En fait, c'est elle qui le trouve.

— Je ne te demande pas pourquoi tu t'es levé aussi tard aujourd'hui, elle lance alors qu'il passe la porte de la cuisine.

Il ne lui fait pas remarquer qu'il s'est levé tard plus d'une fois, ces derniers jours. Il a compris le sous entendu. L'esprit encore pâteux, il va se chercher un café. Il lui faut au moins ça pour arranger les idées flottantes dans sa tête.

— Vanitas est très prenant, il déclare alors que l'eau chauffe.

— Ça, je veux bien le croire.

Il soupire. Les bulles se forment à la surface. Il a envie de les toucher – mauvaise idée, il sait. Dans une tasse, il verse la poudre bon marché.

— Tu es… il commence, hésitant. Au courant ?

— Tout dépend de quoi. Mais si tu parles de ta petite escapade d'hier, oui.

Pas de jugement dans sa voix. Elle est tendre et lisse. Riku se surprend à l'imaginer lui proposer une tasse de thé entre les mains, puis il se souvient qu'Aqua ne fait pas partie de ces vampires qui se nourrissent encore comme les humains. De mémoire, Neo n'a jamais fait ça. Sitôt qu'il a connu le goût du sang…

Neo.

Il vient s'asseoir près du bras droit du clan.

— Et si tu parles de ce que Vanitas a fait, je m'en doute.

Il attend une réprimande, mais elle se contente de l'observer.

— Tu savais, pour Neo ? il demande enfin.

— Evidemment.

Son sourire s'allonge et s'attriste.

— Tout le monde savait, Riku. Sora y compris. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d'eau, et ce genre de coïncidence n'arrive pas sans raison.

Bien. C'est ce qu'il pensait. Ce qui lui échappe, c'est pourquoi son ami ne lui en a jamais parlé. Il l'a cru, quand il lui a avoué l'existence du monde vampirique. Il lui aurait aussi fait confiance là-dessus. Il a toujours fait confiance à Sora. C'est comme de croire en Dieu. Ça ne s'explique pas, c'est là et c'est tout.

Et maintenant, il ne sait plus si cette amitié est là leur, ou si elle lui vient de Neo. Son autre lui n'était pas particulièrement proche de Sora, mais il a connu, et il ressemble à Vanitas. C'est…

— Tu es perdu, Aqua souligne.

— Il y a de quoi.

— Oui.

Elle pousse dans sa direction un petit paquet gras, dans lequel il trouve des viennoiseries alléchantes. Elle les a achetées pour lui ? Le geste l'étonne. La sévérité de son ton lui revient, comme la dureté nécessaire des limites qu'elle a imposées, et qu'il a… Que Neo a…

Non. Aqua a toujours été tendre avec lui, depuis son arrivée. Il n'y a pas de raison pour que ça change. Les souvenirs qu'il a vus hier datent du siècle dernier.

Mais il la revoit, sa faux à la main. Comment s'est-elle sentie quand il a passé la porte du manoir, il y a plusieurs mois ? Quand elle a compris qui Sora ramenait au foyer ? Ça a dû être un sacré choc.

— Je ne te ferai pas de mal, si c'est ce qui t'inquiète, elle reprend. Mais sache que s'il te vient l'idée de rejoindre nos rangs, je m'y opposerai. Je ne peux pas prendre deux fois le même risque.

— Je comprends.

Il secoue la tête.

— Mais j'ai pas envie de devenir… Enfin, de revenir un vampire. Si c'est ce qui t'inquiète.

Ça devait la travailler, parce que sa réponse détend instantanément ses traits. Elle acquiesce et il mord dans un croissant délicieusement gras.

— Ce n'est pas que je ne te fais pas confiance, elle reprend. Je sais que Neo et toi n'êtes pas pareils. Mais je ne veux pas voir l'histoire se répéter. Tout le monde a souffert de cette décision, Vanitas y compris.

Il l'entend encore hurler dans la neige. C'est si proche, et si loin en même temps. Riku ne sait pas quoi faire de cette mémoire qui flotte autour de lui.

— Je vois ce que tu veux dire.

Il sent comme Neo était en colère contre Aqua. Cette impression étouffante d'une chaîne qu'elle serrait autour de son coup, ces interdits qu'elle imposait contre sa soif de liberté. Mais lui, il ne voit qu'une expression calme. Une personne qui, depuis ses premiers jours ici, s'est montrée bienveillante à son égard. Malgré ce qu'il- ce que l'autre a fait. Ce qui s'est passé.

— C'est bizarre, il lâche. Je me souviens de ce que Vanitas m'a montré. J'ai… Je sais qui était Neo. Mais c'est comme si j'observais quelqu'un d'autre.

Il regarde son café. Le maigre reflet qu'il y trouve. C'est étrange à formuler, mais il ne voit pas avec qui il pourrait parler de ça ici. Sora ne sait pas encore qu'il a retrouvé la mémoire et Vanitas trop impliqué dans cette histoire.

— Riku.

L'assurance d'Aqua l'interpelle. Elle attrape son regard.

— Ce n'est pas comme si tu observais quelqu'un d'autre.

Elle marque une pause, cherche ses mots. Et ça le frappe, comme la relation qu'il partage avec elle n'a rien à voir avec celle que la vampiresse avait avec Neo. Il ne ressent ni colère ni frustration. Il s'en souvient, bien sûr. Mais ces émotions ne viennent pas de lui.

— Tu n'es pas Neo.

— Je l'ai été, il rétorque.

Ces sentiments, ces envies, tout lui a appartenu fut un temps. Encore aujourd'hui, l'attrait qui le tire vers Vanitas est à lui. Il l'aime, ça coule dans ses veines comme une vérité inébranlable. Il est heureux de l'avoir retrouvé.

Mais Aqua secoue la tête.

— Sais-tu comment fonctionne la réincarnation ?

— Non.

Bien sûr, il savait ce que c'était avant de rencontrer Sora. Même s'il ne la concevait pas comme ce qu'il a découvert hier.

— Est-ce que Vanitas t'as expliqué pourquoi les vampires se réincarnent ?

— Il m'a dit que tu t'y connaissais mieux que lui.

— Evidemment.

Son soupir l'amuse. Et en même temps, ses propos l'inquiètent. Il a l'impression d'avoir manqué une information primordiale.

— Je ne peux pas t'assurer que ce que je vais te dire est la stricte vérité. Mais il y a des centaines d'années, du temps où nous vivions encore en Valachie, nous possédions des ouvrages sur le sujet dans nos bibliothèques. Et les explications que j'y ai trouvées racontaient que l'âme des vampires ne pouvait atteindre l'au-delà.

Elle se laisse tomber contre le dossier de sa chaise.

— Nous sommes corrompus. Lorsque notre corps est détruit, il nous est impossible de rejoindre les lieux qui sont promis aux humains. Alors notre âme erre, jusqu'à trouver une nouvelle enveloppe.

Une nouvelle enveloppe. Riku observe ses mains. Son corps. Si proche de celui de Neo. Cette peau à la couleur identique et ces cheveux tout aussi gris.

— En un sens, tu as été Neo, c'est vrai. Mais tu n'es pas seulement ça.

Ces caractères si proches et pourtant loin de ce qu'il est devenu aujourd'hui.

— Vos vies ne se ressemblent pas. Vous n'avez pas étés forgés par les mêmes expériences, ni par les mêmes rencontres. Même si tu partages son âme, toi et Neo êtes deux personnes différentes.

Il l'écoute en silence. Ces mots lui apportent une forme d'apaisement. Oui, c'est logique. S'ils sont la somme de leur expérience, alors ils auront évolué différemment.

Plus jeune, il était impulsif et franc. Têtu. Mais en grandissant, il s'est assagi. Riku a quitté cette adolescence dans laquelle Neo semble s'être perdu. Le vampire n'est plus qu'un amas de souvenirs qui ne bougeront jamais, là où lui continuera d'exister. Enfin, si tout se passe bien. Il n'est pas à l'abri d'un accident de voiture ou d'un cancer.

— Je vais être honnête avec toi, elle poursuit. J'étais contre l'idée que Vanitas te rende la mémoire.

— Parce qu'à tes yeux, je ne suis pas Neo.

Il comprend.

— C'est ça. Je ne nie pas le lien qui te raccroche à lui, ce serait mentir que de dire que vous n'avez rien en commun. Mais tu es toi. Tu as ta propre existence à mener et Neo n'a rien à voir avec ça. Il a eu sa chance et il l'a laissée passer. Tu n'as pas à payer le prix de ses erreurs, pas plus que tu ne te dois de vivre pour lui.

Ses mots sonnent juste, ses explications le rassurent. Oui, il n'est pas Neo. Il possède sa mémoire, un reste de ses émotions. Il ne peut pas faire comme s'il l'ignorait. Mais ses sentiments pour Vanitas lui appartiennent, et le reste n'est qu'un tas de souvenirs.

Cette histoire s'est produite il y a cent ans. Elle ne le concerne plus.

— Merci.

Elle aussi, elle a l'air rassurée. Sûrement qu'elle est heureuse de constater que la catastrophe ne se répètera pas une seconde fois. Il n'a pas de mal à imaginer la douleur que ça a dû être, de prendre la vie d'un des siens.

Connaissant Vanitas, il a dû le lui faire payer chaque jour de son existence.

— C'est normal.

Apaisée, Aqua va pour se lever, mais elle se ravise.

— Encore une chose.

— Laquelle ?

— Comme tu t'en doutes, Vanitas a beaucoup souffert de cette histoire.

Ça, il n'a aucun mal à le croire.

— Il n'a plus jamais été le même après ça. Je te passe les détails, mais la mort de Neo l'a profondément affecté. Quoi qu'il en dise, il ne s'en est pas remis.

Sa voix, et la neige. Les piques des autres vampires à son sujet. De ce que Sora lui a dit, il ne sortait pas beaucoup de sa chambre. Riku imagine sans mal la douleur que ce peut être de perdre quelqu'un qu'on aime. Mais il ne soupçonne pas l'étendue d'une telle plaie quand on sait qu'on la portera pour l'éternité.

Est-ce que Vanitas espérait qu'il finirait par se réincarner ? Est-ce qu'il l'a attendu ?

— Fais attention à lui.

Aqua lui offre ces derniers mots d'une extrême douceur, tout en veillant à soutenir son regard. Puis elle se tourne.

Riku serre ses mains autour de sa tasse. Il inspire l'odeur du café.

Ces paroles étaient-elles une requête ou une mise en garde ?

. . .

Les escaliers grimpés, Aqua se laisse respirer. Le jour en est à sa moitié, les volets sont fermés et les vampires somnolent dans cette tendre torpeur qui fait passer les heures plus vite. C'est le moment parfait pour coincer Xemnas.

Elle rejoint ses quartiers d'un pas rapide, cogne à sa porte et attends.

— Entre.

La porte qu'elle pousse lâche un grincement d'autant plus désagréable que son ouïe est aiguisée.

— Je suppose que tu as des nouvelles pour moi ?

— Riku est au courant, pour Neo.

Elle lâche la bombe, apprécie la surprise qui suit et referme derrière elle. Maintenant qu'elle a son attention, elle va régler cette histoire au plus vite.

— Qu'est-ce que tu entends par là ?

Installé dans son fauteuil, Xemnas l'observe de haut en bas. Ce n'est pas souvent qu'il lui témoigne ce sérieux. Ça l'irrite. S'il pouvait se sentir aussi concerné par l'histoire d'Ardyn, elle n'aurait pas à déployer tant d'efforts pour prévenir la catastrophe qu'elle devine. Elle sait comme cette histoire a pesé sur leur clan et sur leur crédibilité auprès des autres. S'ils n'avaient pas exécuté Neo dans les plus brefs délais, leur accords avec les Gainsborough aurait sombré. Mais c'est de l'histoire ancienne.

— Vanitas, il comprend avant qu'elle ne lui explique.

— Tu le connais. On ne peut pas l'empêcher de faire ce qu'il veut.

— C'est tout le problème.

Si les trois frères ont bien un point commun – qu'ils aiment se reprocher – c'est cet entêtement qui les caractérise. Elle ne peut pas le leur reprocher. Elle sait de qui ils tiennent.

— Comment Riku a-t-il réagi ?

— Il n'a rien à voir avec Neo, si c'est ce qui t'inquiète.

— Tu ne peux pas en être sûre.

— Je le fréquente plus souvent que toi. La vie de vampire ne l'intéresse même pas.

— Pour l'instant. Qui sait si Vanitas ne va pas lui mettre des idées en tête.

Aqua s'assoit face à lui, jambes croisées. Elle pose ses mains sur la table.

— Riku n'est pas aussi influençable que Neo. Ils n'ont rien à voir, Xemnas, je t'assure.

Il la jauge en silence. Aqua sait qu'il lui fait confiance, elle lui a de nombreuses fois prouvé sa valeur. Elle a toujours su faire les bons choix, si dur les décisions étaient-elle à prendre. Et contrairement à lui, elle ne se laisse pas avaler par sa fierté.

— De toute façon, nous ne pouvons rien lui faire sans que Sora n'en soit affecté, elle ajoute.

Il grimace. Un rictus sec qui l'aurait amusée, en d'autres circonstances.

— Bien. Je te fais confiance.

— Tu fais bien. Parce que nous avons un problème autrement plus important.

Sa curiosité piquée, le vampire croise les bras contre son torse.

— J'ai du nouveau concernant le clan Izunia, elle commence.

— Il s'est passé quelque chose ?

— Non. Mais ça ne saurait tarder.

Elle lui explique en quelques mots les informations que Joshua lui a rapportées. Cette fois, Xemnas n'évite pas le sujet. Elle l'entend soupirer lourdement, comme on fait face à une tâche qu'on a trop longtemps évitée. Ses mirettes s'allument comme des miroirs sous la lune alors qu'il se perd en pensées, avant de se concentrer à nouveau sur elle.

— Une attaque.

— Et il y a fort à parier qu'Ardyn se joindra à la bataille.

— Pour punir Joshua.

Elle ne sait toujours pas ce qui a poussé Xemnas à accepter de lui accorder sa protection. Mais aujourd'hui, ce geste pourrait leur sauver la vie. Ou bien la leur coûter. Ardyn est vieux, c'est un combattant hors pair et sans scrupules. Elle sait déjà qu'elle ne fera pas le poids contre lui.

— Nous pouvons le tenir à distance, mais pas l'éliminer, il constate.

— Nous, non.

Le sous entendu n'a rien de subtile. Xemnas comprend immédiatement, elle le devine au sourire étonné qu'il affiche.

— Ça fait longtemps qu'il ne s'est pas réveillé. Il n'apprécie pas d'être dérangé.

— Il n'appréciera pas non plus de se réveiller avec un pieu dans le cœur.

Il sera de mauvaise humeur au début, mais l'idée d'un affrontement à la hauteur de ses capacités lui plaira, elle le sait. Reste à espérer que la vue de Riku ne contrariera pas. S'il décide que le risque est trop grand de le garder ici, elle ne pourra rien pour l'ami de Sora.

— C'est Vanitas qui va être ravi, Xemnas ironise.

— Il n'est au courant de rien.

— Il faudra bien le lui dire.

— Je sais.

Et elle va s'en occuper. Le noiraud la déteste déjà, de toute façon.

— Je te laisse prévenir Ifalna Je m'occupe de contacter les clans mineurs. Certains se sont peut-être rangés aux côtés d'Ardyn, nous devons savoir ce qu'il en est.

Il n'a pas tort. Les jeunes chefs, qui n'ont pas connu la vieille époque, l'idéalisent. Certains rêvent de revenir aux temps où, cloîtrés dans les contrées de la Valachie, les vampires n'avaient pas à se cacher. Ardyn n'aura pas de mal à les convaincre.

Beaucoup refuseront de prendre parti de peur de se faire effacer dans la bataille, mais les autres…

Ils ne doivent négliger aucun détail.

La conversation terminée, Aqua se redresse. Elle adresse un bref signe de tête à Xemnas en le saluant avant de quitter la pièce.

Maintenant que le danger est réel, elle doit prévenir les autres membres du clan.

. . .

Les jours coulent comme un filet d'eau dans la forêt. Si Riku retrouve une rythme de vie régulier, c'est pour ouvrir les yeux aux dernières heures du soleil dont il profite dans le jardin, pendant que Vanitas grommelle dans son lit. Leur lit. Leur chambre. À l'abri sous les rideaux.

Le jour n'a pas grand intérêt chez les vampires, mais il aime profiter du reste de soleil qui caresse sa peau.

Le retour à la fac n'est plus qu'une vague idée qu'il a abandonnée. Octobre approche, les températures tombent. Riku sent le froid qui l'accompagne quand il va se poser sur le bord de la fontaine, et il imagine – non, il se souvient de ce même paysage, couvert de neige. Le coton qui crissait sous ses pieds. Les bancs de pierre et les buissons dénudés. C'était hier et il y a cent ans.

Il sait que Neo n'aimait pas l'hiver. C'était la saison du froid et de la faim, quand il vivait dans la rue. L'été, au moins, il pouvait espérer grappiller des fruits dans les vergers. La nature a toujours quelque chose à offrir à l'automne et au printemps, pour peu qu'on sache où chercher; mais l'hiver…

Pour Riku, c'est l'inverse. L'hiver est une saison délicate. Celle du réconfort, des cheminées allumées et des kakis qu'il va chercher au marché. Il y trouve sa place derrière un écran, une manette en main, le rire de Sora à ses oreilles.

Et cette année, il n'aura même pas à s'inquiéter des fêtes familiales.

Un bruit dans son dos le fait sursauter. Il se retourne, alerte, prêt à… À quoi ? À fuir ? Ses yeux en cherchent deux bleus qu'il connait bien, mais ils tombent sur la mine calme de Zexion. Un bonhomme plus petit que lui qui s'approche, son livre à la main.

— Désolé, le garçon s'excuse. Je ne voulais pas te faire peur.

— C'est rien. C'est moi, j'étais… Perdu dans mes pensées.

Comme souvent, ces derniers temps. Quand il ne songe pas, il guette le pas familier de Sora pour mieux l'éviter. Il sait que c'est idiot. Ses questions ne trouveront pas de réponses dans les silences fuyants. Mais il n'ose plus l'aborder.

Il ne comprend pas pourquoi son meilleur ami ne lui a rien dit. Sora est quelqu'un de franc, et il a peur des raisons qui l'ont poussé à lui cacher cette histoire.

Les derniers rayons de soleil retombent et comme la nuit commence, Riku rentre prendre son petit déjeuner.

. . .

Il ne dit pas à Vanitas qu'il compte rester, et Vanitas ne lui pose pas la question. C'est une évidence. Il ne peut pas rentrer, retourner à la fac et faire comme si cette histoire n'avait jamais eu lieu. Et il ne veut pas se contenter de lettres et d'appels pour entretenir un feu qui le consume depuis des mois. Il a trop attendu la peau de Vanitas sur la sienne.

— Tu pourrais prendre le petit déjeuner au lit, le concerné propose d'ailleurs.

— Pour passer la journée avec toi ?

— La nuit, en l'occurrence. On ne t'a jamais appris que les vampires craignaient les rayons du soleil ?

Riku soupire. La blague l'amuse à moitié, l'autre part de lui étant trop occupée à profiter des lèvres de Vanitas dans son cou. Il ravale un soupir. Le fourbe sait bien quel effet il lui fait. Comme son odeur enivre, sa voix porte sur des terres lointaines, des eaux où il voudrait se laisser sombrer. Il sait que Neo pouvait passer des heures, des jours à se perdre en lui. Une fois vampires, ils faisaient l'amour pendant des heures. Mais Riku est un humain, et il se sont suffisamment tripotés hier. Aussi, la main de Vanitas sur sa cuisse n'a-t-elle pas l'effet escompté.

— Je suis pas comme toi, il lui fait remarquer.

— Malheureusement.

Riku tique. Est-ce que Vanitas voudrait le transformer ? Le vampire n'a jamais abordé le sujet, et de toute manière, il se heurterait à une réponse négative. De toute façon, ils savent tous les deux que ce serait une mauvaise idée. Neo était incapable de contrôler sa soif. Elle l'a avalé tout entier, et si rien ne dit qu'il finira par tomber dans le même piège, Riku préfère ne pas tenter le diable – surtout celui dans son dos.

Mais il a besoin d'être sûr.

— Tu préférais quand j'étais…

Il hésite.

— Un vampire ? Vanitas termine. Non, pas particulièrement. Tu étais plus énergique, mais tu voulais tout le temps boire. C'était épuisant.

Effectivement. Riku se souvient de cette sécheresse dans sa gorge. Le sang l'appelait comme une longue mélodie. Même repu, il pensait au prochain repas. C'était tellement vivifiant, une source pure dans sa gorge qui résonnait dans son corps. C'était comme de sortir d'un long sommeil, d'ouvrir un peu plus les yeux chaque fois qu'il buvait, et…
Cette force, qui n'existe plus que dans sa mémoire, lui tire des frissons. Mais ça ne suffit pas. Ça n'en vaut pas la peine.

Il se tourne juste ce qu'il faut pour regarder Vanitas. Même quand il le voit sourire, son air de chat affamé sur les lèvres, il l'imagine hurler dans la neige. Cette image ne le quitte pas. Cette peur profonde dans sa voix…

Il l'a vu fragile. Ça ne lui ressemble pas, c'est perturbant. Et en même temps ça lui donne vie de caresser sa nuque pour aller l'embrasser.

L'autre le devance et presse sa bouche sur la sienne.

— Tu n'as aucun instinct de survie, le noiraud ricane contre ses dents. Embrasser et coucher avec un vampire.

— Je peux arrêter, si tu préfères.

— Certainement pas.

Ils restent un instant l'un contre l'autre, avant que Riku ne se redresse pour quitter le lit.

— Tu dois vraiment déjeuner tous les jours ? Vanitas râle.

— Pour rester en vie ? Oui.

Pour une fois, c'est l'humain qui rit.

— Moi aussi, j'ai faim, souffle le noiraud.

Tiens. Ça, c'est nouveau. Riku se tourne vers son amant, lequel le scrute alangui sur les draps. Est-ce qu'il est sérieux ? C'est peut-être une plaisanterie, mais ce qu'il vient de dire, là… C'est bien ce qu'il croit ? En tout cas, ça y ressemble fortement.

— C'est-à-dire ?

— Ne fais pas comme si tu ne comprenais pas.

Le vampire s'avance et vient embrasser ce cou qu'il mordillait hier soir, de la pointe de ses petites dents. Riku frissonne. C'est loin d'être désagréable, mais c'est pour le moins… Surprenant. Il ne sait pas ce qui l'étonne le plus. Que Vanitas demande ça alors qu'il le sait lié à Sora, ou qu'il ne l'ait pas proposé avant ?

— Ton frère...

— Ça l'empêche de te tuer, Vanitas le devance. Mais ça ne t'interdit pas de nourrir quelqu'un d'autre.

— Donc, tu me vois comme un garde-manger.

— Pas seulement. Mais disons que ça compte.

Riku n'est pas sûr d'aimer cette réponse. Mais il sait que son amant ne le videra pas, il tient trop à lui pour ça. Et Sora… Est-ce que Sora le saura, s'il se laisse mordre ? Si quelqu'un d'autre impose sa marque sur son corps ?

Ses doigts glissent autour du pendentif qui pend sur son torse.

— Il ne se passera rien, le corbeau le raille. Ce truc ne se mettra pas à briller ou à s'agiter dans tous les sens.

— Tu m'en vois rassuré.

Une part de lui a envie de sentir les dents de Vanitas s'enfoncer dans sa peau. L'autre… L'autre ne sait pas quoi penser de cette situation. Mais ils ne font rien de mal. Ce n'est pas comme s'il trompait Sora, ils ne sont pas ensemble. Et puis, il doit bien mordre d'autres personnes quand il chasse. Ou Kairi. Est-ce qu'ils font comme lui et Vanitas à l'époque, quand ils…

Non, il n'a pas envie d'imaginer ça.

— Alors ? Vanitas insiste.

Sa langue passe contre sa nuque et descend le long de son épaule. Riku inspire. Ils l'ont déjà fait, de toute façon. Dans une autre vie. Ce ne sera pas la première fois.

— Vas-y.

L'autre ne se fait pas prier. Son nez caresse la peau fine et sensible de son cou et, là où Riku attend la douleur, ce n'est qu'un mince pincement qui vient le titiller. Il couine. Mordille sa propre lèvre. Ça ne ressemble pas au contact de la bouche de Sora sur son poignet, c'est plus… Intime. Ce que Vanitas lui fait n'appartient qu'à eux. Et comme il le laisse boire, il a l'impression de se rapprocher de Neo. De ce qu'ils ont été.

Il ne fait pas attention au sang qui coule sur sa peau et imprègne son tee-shirt.

. . .

[Eh, il s'est passé un truc avec Vanitas, non ?]

[Tu m'évites ?]

Riku voudrait pouvoir dire que c'est faux. Mais si même Sora l'a remarqué, alors c'est incroyablement évident. Et ça le met d'autant plus mal. Il voudrait que tout soit simple, mais plus il esquive son ami, et moins il se sent le courage d'aller lui parler.

Dans son cou, le souvenir de la morsure s'est déjà effacé. Pas de cicatrice sur sa peau claire. Il ne sent rien quand il y passe ses doigts.

— Toi. T'es dispo aujourd'hui ?

Le gris sursaute. Il n'avait pas vu Larxene arriver. Entre elle et Zexion, ça commence à faire beaucoup.

— Tout dépend pour quoi, il souffle.

— Sortir en ville. Je commence à me faire chier maintenant qu'il fait plus 35 degré, et personne ici veut m'accompagner. Enfin, peut. Bref, t'as compris.

Il y a sans doute d'autres humains qui seraient prêts à sortir, mais Riku songe qu'il est effectivement le moins casanier d'entre tous, ici. Zexion passe son temps caché quelque part, à dévorer des bouquins. Roxas vit la nuit, et Neku… Il la croisé deux fois aux cuisines, et il a eu bien du mal à lui arracher un mot.

— Je comptais aller me coucher, il répond.

Le soleil ne va pas tarder à se lever, et quoi qu'il ai fait une longue sieste après une énième partie de jambe en l'air avec Vanitas, la fatigue ne va pas tarder à pointer. Mieux vaut qu'il préserve ce rythme précaire qu'il a su trouver.

— Le prend pas mal Riku, mais depuis que t'es avec Vanitas, t'as vraiment plus de vie.

— Pardon ?

Il ouvre grand les yeux devant Larxene, laquelle s'allume une clope sous ses yeux sans s'inquiéter de sa réaction. Elle crache sa fumée et pose ses fesses contre le rebord du sofa.

— Vous passez votre temps à vous choper avant de vous pieuter. Le seul moment où on te voit sortir de ta chambre, c'est quand tu vas bouffer.

— C'est faux. Je sors. Dehors, il croit bon de préciser.

— Dans le jardin devant le salon. C'est pas un exploit. Si tu vivais seul dans un appart étudiant, on appellerait ça une dépression.

Elle y va fort. Riku rétorquerait bien que ça n'a rien à voir avec un dépression, et il s'y connaît sur le sujet. Mais il doit reconnaître qu'elle n'a pas entièrement tort. Il ne sort pas beaucoup et il sait qu'à la longue, ça lui fera plus de mal que de bien. Il n'a toujours pas visité la ville la plus proche, dont Sora lui a pourtant parlé. Ce serait l'occasion.

Vanitas va râler, mais ce n'est pas comme s'il pouvait le suivre pour le ramener, hein ?

— Bien, Riku se résigne. Laisse-moi deux minutes, que j'aille chercher mes affaires.

— Nickel. Et t'inquiète pas pour le bus, Aqua m'a filé des tickets.

Le gris acquiesce avant de quitter la pièce, mitigé. Est-ce qu'il passe vraiment autant de temps dans sa chambre ? Il ne s'en était pas rendu compte. Tout va si vite, c'est… Il ne saurait même pas donner la date du jour. Septembre n'est pas terminé, au moins ? Oh, il s'en fout, il ne reprend pas la fac.

Larxene le regarde filer, l'air satisfaite. Riku n'est pas méchant mais clairement, il est en train de se laisser aller. Et elle, elle se fait chier, depuis qu'ils ne prennent plus leur petit-dej' de midi ensemble. Zexion est bien mignon, mais il ne sait pas parler d'autre chose que de ses livres. Et Demyx étant reparti en tournée, elle n'a plus personne avec qui cracher sur la dernière série à la mode.

Si elle veut aller en ville, autant en profiter pour mettre une tenue cool. Elle grimpe les escaliers en deux deux, cendre sa clope dans une tasse qui traîne et… Du bruit. Elle s'arrête.

— Tu es levé tôt.

Ça, c'est la voix d'Aqua. Et elle fait de l'ironie.

— Axel ronfle. Et j'avais soif.

Et, ça, c'est celle de Roxas. Tendre et grave, toujours pleine d'une affection qui le prend quand il croise Aqua. Larxene entre dans le couloir pour signaler sa présence – sa meuf l'aura sentie, de toute façon – et les deux posent leur regard bleu sur elle.

— Yo, elle lance à l'attention de Roxas. On va en ville avec Riri. Si jamais ça t'intéresse.

— Non merci.

Le garçon refuse avec une politesse soignée. Il adresse un dernier sourire à Aqua puis disparaît dans l'escalier. Larxene vient passer son bras autour de cette taille fine de vampire.

— Tu sors ?

— Quelle fine observatrice.

La grande dame glousse. L'humaine a droit à un minuscule baiser. Puis elle sent qu'on lui vole sa clope.

— Eh ! C'est à moi, ça, elle proteste.

— Et je t'ai déjà dit de ne pas fumer à l'intérieur. On le sent depuis l'autre bout de l'aile.

— Pas ma faute si vous avez un pif de cabot, rends-moi ma clope.

— Tu auras tout le temps de fumer en te baladant.

Elle la regarde, impuissante, écraser le bout de sa cigarette avant d'abandonner le mégot dans une coupelle. Tant pis. C'est juste une clope, elle s'en fout. C'est Aqua qui lui paye ses paquets.

Il n'empêche, parmi la myriade de questions qui lui titille l'esprit, il y en a une qui demeure depuis que la vampiresse lui a expliqué cette histoire de réincarnation.

— Eh ? Aqua ?

— Oui ?

— Y a un truc avec Rox' ?

Tac. Le regard de la belle s'assombrit, et elle comprend qu'elle a vu juste. Ce qui n'est pas une bonne chose, à en juger par l'expression qu'Aqua. On dirait que ça pique.

— C'est une longue histoire.

— C'est une excuse pourrie, ça.

Elle soupire. Mais elle comprend. Un sujet pas facile à aborder, sans doute. Elle ne l'emmerdera pas plus que de raison, les infos se gagnent plus facilement par la patience que par la force, avec la vampiresse. En attendant, elle réclame un autre baiser.

— Je te ramène quelque chose ? elle enchaîne.

— Non. Fais juste attention à toi.

La main d'Aqua effleure sa joue. Elle a l'air préoccupée, ces derniers temps. Et quand elle n'est pas tendue, elle est nostalgique. Pas sur que ça sente bon mais encore une fois, Larxene préfère attendre que les infos viennent à elle. Aqua finit toujours par lui parler. Puis c'est un truc de suceur de sang, cette mélancolie millénaire. Larxene ne comprend pas, et n'a pas envie de comprendre.

C'est plus fun d'aller faire les boutiques en ville avec Riku.

Pourtant, quand elle recroise Roxas au pied des escaliers, ses questions lui reviennent.

— On est à court de sirop. Tu pourras en racheter ? le blond lui demande.

— D'acc.

Est-ce qu'il sait quelque chose ? Elle parie que non. Et pourtant, Roxas lui fait l'impression d'en savoir plus qu'il ne le prétend. Sa trogne se partage entre un air lointain, pensif, et cette candeur de gosse qui le rajeunit.

Enfin. Ce ne sont pas ses affaires, et Riku l'attend, alors elle déguerpit. Puisqu'elle arrive la première, elle en profite pour se griller une autre clope. Dehors, cette fois.