L'équipage avait quitté Thriller Bark depuis quelques jours, et Zoro était encore profondément endormi.

Pour soulager Chopper, le même tour de garde que lorsque Sanji était blessé s'était mis en place, et chaque nuit, tous se relayaient autour du sabreur.

Le médecin les avait rassurés, expliquant que depuis qu'ils avaient quitté l'île, le vert s'était stabilisé – très rapidement d'ailleurs au vu de son état – et que son réveil n'était qu'une question de temps.

Malgré tout, le rêne passait ses journées au chevet du sabreur, les repas représentant ses seules pauses, et l'épuisement commençait à être visible sous ses yeux.

Ainsi, personne n'était inquiet outre mesure, chacun se contentant de vaquer à ses occupations habituelles.

En revanche, Sanji faisait figure d'exception, la culpabilité lui rongeant les sangs. Évidemment, il faisait tout son possible pour ne rien laisser paraître, et y arrivait parfaitement, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que l'état du sabreur était entièrement sa faute. Certes, il était désormais hors de dangers, mais curieusement, ça ne suffisait pas à rassurer le blond, qui s'était mis à fumer un peu plus que d'habitude pour décompresser.

Il ne cessait de se repasser en boucle la vision du sabreur, et, comme si ce n'était pas assez, la découverte du sabreur couvert de sang hantait ses nuits, prenant la forme d'atroces cauchemars. Dans ses songes, le sabreur s'écroulait devant lui, sans vie ou alors, il mettait trop de temps à aller chercher Chopper et lorsqu'ils étaient de retour, il avait tout simplement disparu, la seule trace de lui étant une marre de sang au milieu des ruines.

Cette nuit là, ce fut encore pire, lorsqu'il s'était approché de Zoro, celui-ci s'était écroulé dans ses bras, le regard plein de haine, et il lui avait craché « tout est de ta faute » avant de pousser son dernier souffle. Le blond avait mis une éternité à aller chercher le médecin, le chemin s'allongeant encore et encore et se distordant étrangement. Lorsqu'il y était parvenu, tout l'équipage gisait au sol. Ils étaient tous morts, et leurs yeux étaient fixés sur lui, plein de reproches.

Il s'était réveillé en sursaut, le cœur battant la chamade et trempé de sueur, et il avait été obligé d'aller prendre une douche froide pour revenir à la réalité. Alors qu'il aurait dû lui rester quelques heures de sommeil, il n'était pas aller se recoucher, passant le reste de la nuit à enchaîner les cigarettes sur le toit de la vigie, scrutant l'horizon.

Il été ensuite allé préparer le repas avec une heure d'avance, en profitant pour préparer les plats préférés de Chopper, tentant vainement de se racheter.

Il se sentait tiraillé. Jamais il n'avait remis en question sa mission, pour la simple et bonne raison de l'issue semblait floue et lointaine. Maintenant qu'il en avait eu un aperçu clair, il lui semblait que c'était loin d'être une bonne chose. Après tout, même si Luffy et les autres étaient des ennemis du gouvernement, n'avait-il pas eu, à plusieurs reprises, la preuve qu'ils pouvaient être bien meilleurs que la marine ?

Lorsqu'il repensa aux histoires respectives de chacun des membres de l'équipage, il remis d'autant plus en question la légitimité de sa tâche.

Zoro d'abord. Luffy lui avait raconté leur rencontre, et il se souvenait avoir été surpris par la version de l'homme élastique, ayant eu des échos de l'événement ne racontant pas du tout la même histoire. Le sabreur avait tué le chien d'Hermep – qui terrorisait la population de l'île par son agressivité – fils d'un colonel de la Marine, et ce dernier lui donné sa parole qu'il passerait l'éponge s'il parvenait à tenir un mois complet sans manger, attaché à un poteau au milieu de la cour de la base. Seulement, il finit par prévoir tout de même l'exécution du sabreur dix jours avant l'échéance, rompant sa promesse. Luffy lui sauva la vie, et mis par la même occasion une bonne raclée à Hermep.

Nami, ensuite, qui travaillait depuis qu'elle n'était qu'une enfant pour Arlong, dans l'espoir de pouvoir racheter son île natale et ainsi la libérer du joug de l'homme poisson, qui faisait régner la terreur en toute impunité en graissant allégrement la patte aux membres de la marine qui auraient dû assurer la protection des habitants. Ces mêmes hommes qui allèrent voler le trésor de la navigatrice alors qu'elle était à deux doigts d'avoir réuni les fonds nécessaires.

Robin, dont la tête était mise à prix depuis sa plus tendre enfance, son seul tord ayant été de survivre à la destruction d'Ohara par le gouvernement mondial. La seule raison de cette extermination massive étant que les habitants de l'île cherchaient à comprendre ce qu'il s'était passé durant le siècle oublié grâce à l'étude des ponéglyphes.

Même si au début, il avait cru que la version de la marine était la bonne concernant Zoro, il avait bien été obligé de constater par lui même que la marine jouait un rôle important sur la terreur que subissaient les habitants de l'île de Nami. Et concernant l'île d'Ohara, il était conscient depuis longtemps de la véracité des faits, bien qu'à l'époque il ne s'était pas rendu compte de l'horreur de la chose, noyé dans le flot de justifications de ses professeurs lorsqu'il apprenait encore le métier au sein de la marine.

Il tenta de se concentrer au maximum sur ce qu'il faisait pour arrêter d'y penser. Il ne pouvait pas se permettre de passer de l'autre côté, même s'il en avait de plus en plus envie. Les risques étaient trop importants.

La nuit était à présent bien entamée, et Sanji terminait son tour de surveillance à l'infirmerie, remplacé par Robin, qui s'installa sur la chaise à côté du lit, un livre à la main.

Au bout de quelques minutes, elle entendit la respiration du sabreur devenir moins régulière et elle posa son livre, sans manquer de retenir la page à laquelle elle s'était arrêtée, pour poser les yeux sur le vert. Elle aperçu ses doigts remuer doucement, et ses paupières semblaient lutter pour s'ouvrir. Au bout de quelques minutes, Zoro ouvrit doucement les yeux, essayant aussitôt de se redresser.

« Non, l'interrompit la jeune brune en posant une main sur son torse pour l'empêcher de se relever. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de s'agiter aussitôt, assura-t-elle en se levant. Je vais chercher Chopper, restes tranquille.

- J'ai dormi combien de temps ? Articula le vert, la voix rauque. Il tenta de s'éclaircir la gorge en vain, sa bouche était complètement pâteuse. Il attrapa le verre sur la table de nuit et le but avidement jusqu'à la dernière goutte.

- Ça fait quatre jours.

- Tout le monde va bien ? Continua-t-il, se rappelant les événement qui l'avaient conduit à ce lit.

- Parfaitement. » répondit la jeune femme avant de sortir de la pièce.

Sans prendre en compte les conseils de l'archéologue, Zoro se redressa doucement, chose qu'il regretta bien vite, sa tête tournant dans tous les sens et des étoiles dansant devant ses yeux alors qu'il se laissait retomber sur le matelas.

Alors que son tournis se calmait, le petit médecin entra dans la pièce, accompagné de Robin, et un sourire éclatant illumina son visage lorsqu'il vit son patient. Il attrapa son tensiomètre d'une main et son stéthoscope de l'autre pour prendre les constantes du sabreur.

« Comment te sens-tu ? S'enquit-il en écoutant le cœur de son ami.

- Je pète la forme. Ironisa le sabreur en souriant alors que le jeune médecin prenait désormais sa tension, relevant les données sur un petit carnet.

- Tu n'as mal nulle part ? Continua Chopper, ignorant l'intervention de Zoro.

- J'ai l'impression d'avoir été passé au mixer, confirma le sabreur. Je pourrais reprendre le sport à partir de quand ? Demanda-t-il, s'attirant un regard outré du petit rêne.

- Tu es incorrigible ! Le gronda celui-ci. Je ne veux pas te voir toucher à un seul poids pendant au moins une semaine ! Le menaça le petit rêne. Sinon, je demanderais à Sanji de ne plus te donner une seule goutte de saké pendant au moins six mois ! Ajouta-t-il pour dissuader le vert, qui ouvrit grand les yeux devant l'air incroyablement sérieux du médecin.

- D'accord. » Marmonna le vert sans essayer de débattre. Il était sûr que ce n'était pas des paroles en l'air, le médecin ne recourant jamais à ce genre de menaces habituellement.

Chopper lui donna ensuite une petite gélule ainsi qu'un verre d'eau, qu'il lui pria de prendre.

« Merci beaucoup Robin, je vais prendre le relais.

- Bien, bonne nuit messieurs. » répondit simplement la jeune femme en quittant la pièce.

Durant les quelques heures les séparant de l'aube, le petit médecin effectuait analyses sur analyses afin de s'assurer que le sabreur s'était correctement remis et que rien ne clochait. Lorsque le jour pointa le bout de son nez, Zoro put sortir prendre l'air sur le pont, en profitant pour se dégourdir les jambes. Il se sentait courbaturé, mais mourrait d'envie d'aller soulever de la fonte pour détendre ses muscles engourdis par le long sommeil. Néanmoins, la menace du rêne avait suffit à le dissuader de monter aussitôt dans la vigie, du moins pour la journée.

Il observa le soleil percer l'horizon, l'éblouissant et faisant briller l'immense étendue d'eau devant lui comme des milliers de diamants. Respirant à plein poumons, il ne put s'empêcher de sourire. Il était heureux d'être en vie. Il n'avait eu aucun regret lorsqu'il avait supplié le corsaire d'accepter son sacrifice pour sauver la vie de ses amis, et il n'en avait pas plus à cet instant. Malgré tout, il était reconnaissant de pouvoir continuer de participer aux aventures qui les attendaient, et d'avoir la chance de pouvoir réaliser son rêve.

En même temps qu'il l'examinait sous toutes les coutures, Chopper lui avait expliqué que c'était le cuistot qui était parti à sa recherche dès qu'il avait ouvert les yeux et s'était empressé de venir chercher le médecin lorsqu'il l'avait finalement trouvé.

Zoro repensa au blond, et à ce geste fou qu'il avait eu de vouloir se sacrifier à sa place pour qu'il soit épargné.

Le vert se dirigea vers la cuisine, l'eau lui montant à la bouche tandis que les arômes qui s'échappaient de la pièce embaumaient les couloirs du navire.

Il y entra. Sanji était dos à lui, occupé à fouetter énergiquement une drôle de pâte dans un immense plat.

« Bonjour Robin-Swan, tu es bien matinale aujourd'hui, roucoula-t-il en se retournant, que me vaut ce... il écarquilla les yeux en se rendant compte que ce n'était pas du tout l'archéologue face à lui, suspendant par la même occasion son fouet en l'air au dessus du saladier qu'il tenait encore dans ses bras. L'outil lui échappa des mains, tombant dans le plat et éclaboussant le visage du blond de pâte.

- Oï, cuistot du dimanche, j'ai la dalle. Lui répondit Zoro, un grand sourire moqueur illuminant son visage devant l'air hébété de son compagnon qui peinait à retrouver ses esprits. Le blond posa négligemment le grand bol sur la table et se dirigea vers lui, posant ses mains sur les triceps du sabreur, comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.

- Marimo... Souffla le cuistot. Tu vas bien ? »

Le vert rit en voyant le trouble de son homologue. D'un doigt, il récupéra de la pâte sur la joue de Sanji et la goutta, une lueur narquoise éclairant son regard. Ce geste fit sursauter le blond, qui reprit aussitôt ses esprits et s'écarta de quelques pas, remettant une distance raisonnable entre eux.

« Qu'est-ce que tu fous tête d'algues ?! S'offusqua-t-il, surpris du geste du second.

- Je t'ai dis que j'avais faim, sourcils en vrille, et comme t'as pas l'air de comprendre, je me sers. Ironisa Zoro en s'installant à table.

- Abruti, grommela le blond en s'essuyant le visage avant de se remettre aux fourneaux, servant d'ores et déjà un café au sabreur. Chopper t'as déjà laissé sortir ? S'enquit-il, en profitant pour changer de sujet, perturbé plus qu'il ne l'aurait dû – autant par la présence du second que par son geste.

- Il s'est endormi sur son bureau, lui expliqua le sabreur en soufflant sur son café brûlant avant de boire à petites gorgées, j'en ai profité pour m'évader, il me fait subir des examens depuis que j'ai ouvert les yeux.

- Il a passé toutes ses journées à ton chevet non stop, la fatigue à dû lui tomber dessus d'un seul coup. » précisa le blond en souriant tendrement tout en goûtant à la pâte qu'il venait de terminer, avant de la faire couler avec application dans un moule à manqué.

Sanji sortit une fournée de viennoiseries du four avant d'y placer le gâteau. Il saisit un croissant particulièrement doré qu'il déposa devant le sabreur, l'air de rien.

« Attention, c'est encore brûlant tête d'algues, ça me ferait chier que t'évanouisses encore. Lança-t-il en servant une nouvelle tasse de café pour lui même. Décidant qu'il pouvait s'octroyer quelques minutes avant de continuer la préparation du repas, il s'assit en bout de table, à l'opposé du sabreur qui leva la tête pour le fixer dans les yeux.

- Merci. Dit-il à voix basse, sans quitter le blond des yeux qui sentit le rouge lui monter aux joues.

- Je vais peut-être aller chercher Chopper, tenta le cuistot pour se défiler, on dirait que ça ne va pas mieux finalement.

- Je parles sérieusement, Love-cook, merci d'avoir essayé de te sacrifier à ma place, merci de m'avoir cherché quand tu t'es réveillé, et merci d'être allé chercher Chopper quand tu m'as trouvé. » Continua le second sans le quitter du regard.

Sanji resta de longues secondes à l'observer, ses yeux plantés dans ceux de Zoro. Il était rare que le sabreur soit aussi généreux en paroles, et ça ne manquait pas de le surprendre. Il sentit une vague de culpabilité déferler en lui, manquant de l'engloutir. Ne me remercie pas, tout est ma faute. Si je n'étais pas à bord de ce navire, jamais rien de tout ça ne serait arrivé. Il se sentait indigne des remerciements de son compagnon, et le fait que celui-ci n'était jamais démonstratif le troublait d'autant plus qu'il savait que le vert était totalement sincère.

C'est lui qui brisa le contact visuel, baissant la tête sur sa tasse avant de l'engloutir d'une traite. Il se remis à la cuisine, espérant que Zoro s'arrêterait là.

« Il n'y a pas de quoi. » répondit-il sobrement sans le regarder, pouvant sentir le regard du sabreur dans son dos.

Il répartit les différents plats sur la table, en prenant garde à ne plus regarder le second, qui s'était détourné pour manger son croissant en silence.

Lorsque la porte s'ouvrit, le cuistot fut soulagé.

Robin les salua en s'installant à table avant de s'enquérir de l'état du sabreur, qui répondait brièvement à ses questions. Sanji ne put s'empêcher de penser qu'il avait certainement utilisé son quota de mots pour la journée entière en discutant avec lui, et ça le fit sourire.

Le reste de l'équipage fit son entrée au compte goutte, chacun demandant au sabreur comment il se sentait, ce dernier répétant inlassablement les mêmes choses à chaque sollicitations.

« J'AI FAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIM ! » entendirent-ils tout à coup, le cri ne manquant jamais de leur arracher un sourire.

Comme à son habitude, le capitaine envoya valser la porte, qui tenu bon – Ussop et Franky se tapèrent dans la main, fiers de la solidité de leurs renforts – et se jeta sur la nourriture.

Lorsqu'il eut gobé une poignée de pâtisseries, il leva la tête pour saluer l'équipage – la bouche pleine – en postillonnant sur Brook, face à lui, qui s'abritait derrière la coupelle de sa tasse.

« Ponchour tout le monche ! » réussit-il à dire, déglutissant.

« Je parie cent Berrys qu'il ne remarquera pas Zoro avant la fin du repas. Lança Nami à voix basse pour que son capitaine ne l'entende pas.

- Je te suis, répondit sur le même ton Franky, buvant une bouteille de Cola à même le goulot.

- Et moi je t'en parie cent de plus qu'il va le remarquer dans moins de deux minutes. Avança Ussop en tendant la main à la navigatrice.

- Pari tenu ! S'empressa de répondre la rouquine en tapant dans la main du canonnier, trop heureuse à l'idée de gagner deux cents Berrys d'un seul coup. L'air fier, le canonnier s'éclaircit la gorge avant de lancer, haut et fort :

- Zoro, peux tu me passer la corbeille de pains s'il te plaît ? »

Aussitôt, Luffy leva la tête comme s'il avait reçu un électrochoc, et tourna la tête vers la place qu'occupait habituellement son second, sa mâchoire s'échouant sur la table lorsqu'il le vit.

« JOROOOOOO ! » hurla le brun en sautant par dessus la table, attrapant Zoro par le cou et le faisant dangereusement basculer en arrière – retenu de justesse par un bras sortant du sol, lui évitant de chuter. Le vert grimaça sous le choc avant de rire avec son capitaine.

« Et voilà, deux cents Berrys de gagnés ! Annonça Ussop à la navigatrice, qui serra autant les poings que les dents.

- C'est de la triche ! Je ne te donnerais pas une seule pièce ! Le prévint-elle, tournant la tête de manière hautaine pour clore la conversation.

- Un pari est un pari ! Toi aussi tu triches quand il y a de l'argent en jeu ! Se défendit Ussop, outré du culot de la rouquine.

- Sauf que tu n'as pas de preuves ! » Clama-t-elle en lui tirant la langue, chacun croisant les bras sur sa poitrine et tournant le regard.

La porte s'ouvrit à nouveau sur Chopper, paniqué, qui regardait dans tous les sens avec un air affolé.

« Zoro à disparu ! Lança-t-il, sur le point de pleurer.

- Je suis là, Chopper. Le coupa aussitôt le sabreur, levant un bras pour que le rêne le repaire sous la masse informe de leur capitaine, qui ne l'avait pas encore lâché. Au lieu d'être rassuré, le médecin se mit à hurler, se précipitant sur les deux hommes et attrapant son capitaine par le col.

- Luffy ! Lâches-le tout de suite il doit encore se reposer ! Je n'ai pas fini de faire tous les examens, il doit se ménager ! »

Le capitaine consentit à le lâcher, détournant son attention sur la nourriture, tandis que le sabreur tentait d'apaiser le rêne, lui assurant qu'il allait merveilleusement bien. Au bout de quelques minutes d'intenses négociations, Chopper accepta de reporter les autres analyses et s'installa à table pour prendre son petit déjeuner.

La journée suivit son cours plus ou moins normalement sur le Sunny, sauf pour Zoro, qui avait pour interdiction formelle de soulever le moindre poids, et devait donc trouver une autre manière de s'occuper l'esprit.

De plus, il ne pouvait faire confiance à aucun de ses camarades puisque le jeune médecin les avaient tous priés de le prévenir immédiatement s'ils voyaient le sabreur essayer de s'entraîner d'une quelconque manière, s'alliant avec la navigatrice, qui promit une belle somme d'argent si quelqu'un le dénonçait, ainsi qu'avec le cuistot, qui lui mit en jeu de la nourriture pour les pirates qui n'en avaient rien à faire des Berrys.

Ainsi, il se retrouvait coincé, et sentait que ses camarades observaient du coin de l'œil chacun de ses gestes. Il avait donc dormi une bonne partie de l'après midi sur le pont, à la vue de tous.

Seulement maintenant, il n'était plus fatigué, et s'ennuyait ferme. S'il n'appréciait pas autant Chopper, il l'aurait certainement coupé en rondelles pour avoir utilisé une méthode à ce point fourbe pour l'empêcher de s'entraîner. Il ne put néanmoins s'empêcher de penser que c'était bien joué de sa part, il connaissait si bien le sabreur qu'il n'avait aucun autre choix pour l'obliger à se reposer que de le menacer, et faire de tous ses nakamas des collabos pour ne pas avoir à le surveiller vingt quatre heures sur vingt quatre.

Il se rendit dans la cuisine en fin d'après-midi. Le cuistot était déjà en train d'élaborer le plat du soir.

« Est-ce que je peux prendre une bouteille, sourcils en vrille ? Demanda-t-il, croisant les doigts pour que Chopper ne l'ai pas, en plus, interdit d'alcool pendant quelques jours.

- Bien sûr marimo. » répondit le blond sans plus prêter attention au vert qui se servit dans le garde manger avant de s'attabler, débouchant la bouteille avec les dents.

En même temps qu'il buvait, Zoro observait discrètement le blond. Dans son élément, celui-ci évoluait avec grâce d'un côté à l'autre du plan de travail. Le sabreur était fasciné en le voyant saisir les ustensiles, les flacons d'épices et ingrédients sans même regarder, connaissant avec précision l'emplacement de chaque objet. Il allait vite, mais ne se précipitait pas pour autant, chacun de ses gestes était assuré, et il semblait danser.

Zoro se dit qu'il observait une facette jusque là inconnue de son compagnon. Lorsqu'il était là, à l'abri de tous les regards, il semblait enfin lui même, faisant tomber tous les masques.

Le sabreur cru déceler une profonde mélancolie dans les yeux de Sanji, lorsqu'il pensait que personne ne le regardait. Il se demanda si le cuistot avait conscience qu'il n'était pas sorti, ou s'il était complètement ailleurs, faisant fi de tout se qui se trouvait autour de lui.

Il a une belle gueule, quand il ne l'ouvre pas, se dit le bretteur. Il sursauta presque, surpris de ses propres pensées, et leva la bouteille entre lui et la lumière pour jauger le niveau. Il avait bu plus des trois quarts de la boisson. Il reposa la bouteille, sentant ses joues chauffer mais ne sachant pas si l'alcool ou cette remarque soudaine qui s'était infiltrée dans son esprit étaient fautifs.

Peut-être le saké combiné avec les médicaments le faisait délirer.

Ou alors, c'était le manque d'activité qui lui faisait déjà perdre la tête, et il se dit qu'il n'était pas au bout de ses peines, puisque qu'il lui restait une semaine entière à patienter avant de retrouver ses occupations habituelles.

Il vida la bouteille d'un trait et la jeta avant de quitter rapidement la cuisine.

Il se rendit dans le salon. Franky, Ussop, Luffy, Chopper ainsi que Nami jouaient aux cartes. Brook jouait du piano, et Robin était plongée dans un livre, hermétique au bruit.

Le sabreur rejoint la partie de cartes, trop heureux de pouvoir se changer les idées.