Résumé du chapitre précédent : Le retour de Maître Fu après son séjour au Tibet a remué pas mal de choses et bousculé beaucoup de certitudes pour Adrien. Vont-ils pouvoir enfin réveiller Emilie Agreste grâce à la magie ancestrale des kwamis ?


Note : Je vous préviens, vous allez crier 🙈


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CHAPITRE 23

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Adrien, Marinette et Maître Fu se tenaient tous les trois devant la capsule de verre qui préservait le corps d'Emilie Agreste. Adrien avait entrelacé ses doigts avec ceux de Marinette, et la pression qu'il exerçait inconsciemment sur la main de sa partenaire indiquait à la jeune fille qu'il n'était pas tranquille ; tout au fond d'elle-même, Marinette craignait qu'Adrien attende beaucoup de ce rituel, et elle espérait qu'il ne se fasse pas de faux espoirs et qu'il ne soit pas infiniment déçu si jamais la magie ne fonctionnait pas et que sa mère ne se réveillait pas.

Marinette scruta le visage de son coéquipier et, face à son air préoccupé, elle ne put s'empêcher de porter leurs deux mains à ses lèvres et y déposa un doux baiser pour lui signifier son soutien.

Son geste eut l'effet escompté : le visage d'Adrien s'éclaira instantanément et il pressa rapidement la main de Marinette en retour. Tous deux se lancèrent un regard déterminé et s'approchèrent de la capsule au signal de Maître Fu qui ouvrit la Miracle Box. Il prononça un mot qu'ils ne comprirent pas, et tous les kwamis apparurent dans une cacophonie qui dénotait grandement dans le silence religieux de l'antre.

- Un peu de ssssilensssse, siffla Sass qui flottait légèrement au-dessus du flot de kwamis surexcités.

Tous se calmèrent instantanément et rejoignirent Maître Fu et Wayzz.

Le Gardien fit un signe de la tête en direction de Marinette qui acquiesça et lâcha la main d'Adrien non sans lui avoir lancé un dernier regard pour s'avancer vers les kwamis. Elle se transforma et saisit son yo-yo, prête à entrer en symbiose avec les autres kwamis qui formaient à présent un cercle autour d'elle. Plagg vola jusqu'à elle et intégra également le cercle désordonné de ses comparses. Ladybug prit une grande inspiration et ferma les yeux pour se concentrer et canaliser la magie des kwamis. Une pâle lueur l'enveloppa.

Adrien resta un instant hypnotisé par la scène ; tout le corps de Ladybug était auréolé d'un halo phosphorescent, lui donnant une apparence éthérée, presque irréelle. Son cœur se mit à battre plus fort et il plongea sa main dans sa poche pour serrer le Lucky Charm qu'il ne quittait jamais.

Maître Fu s'avança solennellement vers Emilie Agreste dont la capsule avait momentanément été ouverte, le Miraculous du Paon entre les mains. Il lui assigna officiellement le Miraculous et l'épingla sur le col de sa veste en prononçant une formule magique ; le Miraculous activa instantanément le mode camouflage et changea de forme, dévoilant un paon magnifique à la robe émeraude aux reflets irisés. Les ocelles de sa queue déployée étaient matérialisées par des joyaux brillant de mille feux. Adrien ne put s'empêcher de penser que le style du Miraculous ainsi camouflé correspondait vraiment à sa mère et qu'elle le portait magnifiquement bien ; le raffinement du bijou lui donnait une apparence précieuse, et le vert lui rappelait la couleur de ses yeux, identique à la sienne. La gorge d'Adrien se noua.

Maître Fu s'assura que le Miraculous était bien en place et recula pour laisser la place à Ladybug et aux kwamis.

Le cœur battant légèrement plus vite que d'ordinaire, Ladybug était un peu nerveuse. Elle voulait de tout coeur réussir le rituel pour Adrien, pour qu'il ait une chance de retrouver la personne qu'il aimait le plus au monde, mais elle craignait de ne pas être à la hauteur. Elle échangea un regard avec lui, et elle pouvait lire tellement de douleur et d'espoir dans son regard que son cœur se fissura. Malgré tout, il n'y avait aucun doute dans les yeux verts de son coéquipier lorsqu'il la regardait, et ce regard lui redonna confiance.

Ladybug ferma les yeux et se concentra de tout son être ; elle se laissait guider par la magie des kwamis, mais elle avait l'impression tout au fond d'elle que quelque chose ne fonctionnait pas. Son cœur en comprit rapidement la raison ; Maître Fu avait beau affirmer que le Miraculous de la Coccinelle était le seul à pouvoir libérer les pouvoirs des kwamis, Ladybug sentait qu'elle avait besoin de son Chat Noir pour équilibrer sa magie. Plagg se devait d'être avec son porteur tout comme l'était Tikki, et non pas dans le cercle des kwamis autour d'elle. Sans un mot, elle ouvrit les yeux et tendit sa main vers Adrien pour l'inviter à la rejoindre. Adrien n'hésita qu'un court instant avant de se transformer. Il prit les deux mains de Ladybug dans les siennes et tous deux se lancèrent un regard complice avant de fermer les yeux. La magie des kwamis les enveloppa et se diffusa doucement dans leurs corps connectés. Le coeur de Chat Noir battait à tout rompre. Il ne put s'empêcher d'ouvrir un œil et de lancer un regard en direction de la capsule ; le corps de sa mère était baigné d'une lueur presque incandescente, et cette scène était aussi fascinante que terrifiante. Chat Noir referma les yeux et les serra si fort que des étoiles apparurent dans son champ de vision l'espace d'un instant. Il entrelaça ses doigts avec ceux de Ladybug qui dût sentir sa détresse car elle caressa doucement le dos de ses mains du bout de son pouce. Le geste empli de tendresse détendit instantanément Chat Noir qui se concentra à nouveau sur la magie des kwamis qui se diffusait dans leurs corps.

Un long moment passa ; l'espace et le temps semblèrent figés. Et soudain, le cercle des kwamis se dispersa d'un coup et tous regagnèrent la Miracle Box que Maître Fu tenait entre ses mains.

Chat Noir tenait toujours les mains de Ladybug et n'osait pas ouvrir les yeux ; il avait cet infime espoir d'entendre soudain la voix de sa mère résonner dans l'antre, mais il dut rapidement se faire une raison. Il sentit Ladybug presser doucement ses mains et il se résigna à ouvrir ses yeux en relâchant un soupir, sans pouvoir masquer sa déception.

- Le processus peut prendre du temps, la magie ancestrale n'est pas instantanée, les informa Maître Fu en constatant l'air plus que déçu de Chat Noir. Mais même si la probabilité que ta maman se réveille ainsi après un coma magique de plusieurs années est faible, elle n'est pas inexistante pour autant.

Chat Noir se détransforma sans lâcher la main de Ladybug et s'approcha de la capsule qui renfermait sa mère, la gorge serrée. Il avait tant espéré qu'un miracle se produise, mais Emilie Agreste restait désespérément immobile dans son cercueil de verre.

- Je... J'aimerais tellement qu'elle se réveille pour enfin comprendre ce qu'il s'est passé, pour comprendre pourquoi ils m'ont menti toutes ces années, avoua Adrien la tête baissée.

Il s'essuya les yeux d'un revers de la manche en sentant ses yeux picoter ; il était hors de question qu'il se mette à pleurer maintenant. Il se pinça les lèvres et inspira un grand coup, le souffle légèrement tremblant.

La détresse d'Adrien toucha Ladybug jusqu'au plus profond d'elle-même ; elle se détransforma rapidement et Marinette s'empressa de passer ses bras autour de la taille d'Adrien et de poser sa tête contre son dos dans une étreinte qui se voulait réconfortante. Adrien se figea sur place, mais l'étreinte de Marinette le rassura. Après tout, Maître Fu avait laissé entendre que la magie des kwamis n'aurait peut-être pas un effet immédiat ; il y avait toujours un petit espoir.

Marinette et Adrien échangèrent un long regard et, sans rompre contact une seule seconde, ils se tournèrent vers Maître Fu qui hocha lentement la tête. Il était temps de quitter cette crypte.

Adrien se sentait terriblement impuissant, et c'est avec une certaine réticence qu'il s'éloigna de sa mère pour regagner la surface avec Marinette et Maître Fu. Il se sentait totalement drainé de toute énergie après ce rituel, et il n'avait à présent plus qu'une hâte : rentrer se vautrer sur le canapé avec Marinette dans ses bras et ne plus penser à rien.

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Adrien dormit très mal cette nuit-là ; il ne fit que tourner et se retourner dans le lit, le sommeil l'éludant complètement. Et lorsque Morphée le trouva par surprise, son répit fut de courte durée : il se réveilla en sursaut, en proie à un nouveau cauchemar. Haletant, il peinait à retrouver un rythme cardiaque régulier, légèrement tremblant après ce mauvais rêve glaçant. Marinette s'était réveillée en le sentant bouger à côté d'elle, et Adrien culpabilisait de troubler ainsi la nuit de sa coéquipière. Mais Marinette s'empressa de l'attirer tout contre elle pour tenter de le rassurer, et il s'abandonna dans ses bras, la gorge nouée.

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La semaine qui suivit fut une véritable épreuve pour Adrien qui se renferma complètement sur lui-même, à défaut de savoir comment exprimer son mal-être. Le jeune homme tentait de faire bonne figure mais Marinette pouvait sentir à quel point le cœur de son coéquipier était lourd ; elle détestait le voir s'isoler ainsi et elle ne savait plus quoi faire pour lui remonter le moral. Elle craignait qu'il ne replonge dans une déprime similaire à celle qui l'avait dévoré les premières semaines de son arrivée chez elle, et des vagues de colère montaient en elle de se sentir aussi impuissante face à son désarroi. Malgré tout, Adrien ne rechignait jamais lorsque Marinette venait se coller à lui et un doux sourire illuminait toujours le visage de son coéquipier lorsqu'elle le prenait dans ses bras, aussi ne se faisait-elle pas prier pour l'inonder d'amour. Et lorsqu'Adrien étouffait entre les quatre murs de l'appartement, Chat Noir prenait le relai et sortait se vider la tête en virevoltant sur les toits de Paris au creux de la nuit. Ladybug l'accompagnait toujours, et même si Chat Noir détestait le fait de la voir raccourcir ses nuits pour lui et aurait préféré qu'elle reste dormir au chaud dans sa chambre, il lui était plus que reconnaissant de ne pas le laisser seul.

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Un soir en rentrant du lycée, Marinette retrouva Adrien allongé sur son lit, l'air morose, sa poupée Ladybug coincée dans ses bras croisés tout contre lui. Adrien voyait bien que malgré l'expression sérieuse que Marinette affichait, elle se forçait à ne pas sourire.

- Ce n'est pas gentil de se moquer des gens qui ont besoin de réconfort, fit-il d'une voix faussement blessée en se roulant en boule tout en serrant plus fort la poupée contre lui.

- Tu es sûr que tu ne préfères pas un câlin de la vraie Ladybug ? fit-elle avec un clin d'œil qui dérida instantanément Adrien.

Le jeune homme se redressa et esquissa un sourire.

- Je ne sais pas trop, répondit-il, faisant mine de réfléchir.

Une moue taquine apparut sur ses lèvres.

- Cette mini Ladybug est trop choupi, et puis regarde, je peux l'emporter partout où je veux si j'ai besoin d'un câlin, ajouta-t-il en la glissant dans la poche avant de son sweatshirt à capuche.

- Oui, mais cette Ladybug-là, elle ne te rendra pas tes câlins.

- Peut-être, mais jusqu'à preuve du contraire, tu ne loges pas encore dans ma poche.

- Multimouse loge dans ta poche, répliqua Marinette en croisant ses bras sur sa poitrine d'un air de défi.

Le sourire d'Adrien s'étendit.

- Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que tu es jalouse de ma relation privilégiée avec Choupibug, fit-il en agitant la poupée sous le nez de Marinette qui repoussa sa main d'un geste légèrement agacé.

- Absolument pas, je suis très heureuse pour vous et j'espère bien être demoiselle d'honneur à votre mariage, lança-t-elle d'un ton acerbe.

- Tu es jalouse-euh, fit Adrien d'une voix chantante, visiblement amusé par la situation.

- Pas du tout. Il y a juste d'autres façons de me dire que tu ne veux pas de mes câlins, répondit-elle le nez en l'air, se sentant soudain ridicule malgré elle.

La mine vexée, elle tourna subitement le dos à Adrien et attrapa la poupée Chat Noir qui trônait sur l'étagère derrière eux d'un geste vif.

- De toute façon, je préfère les câlins de mini Chat Noir. En plus, il est muet, donc ça veut dire pas de blagues ou de jeux de mots pourris. Tout bénèf'.

- Ah oui ? Tu crois vraiment que les câlins de mini Chat Noir sont mieux que les miens ?

- Oui, asséna-t-elle d'un ton qu'elle voulait le plus sérieux possible.

- On va voir ça.

Adrien se rapprocha d'elle pour essayer de la prendre dans ses bras mais Marinette se plaqua contre le mur en le repoussant avec un sourire espiègle.

- Non non non, trop tard, j'ai déjà un Chat Noir pour me faire des câlins, fit-elle en calant la peluche dans le creux de son bras.

- Et est-ce que ce Chat Noir peut faire ça aussi ? lança Adrien en la chatouillant.

Ne s'attendant pas à cette attaque, Marinette poussa un cri de surprise et tenta de s'extirper du lit mais Adrien l'avait déjà immobilisée sous son propre corps et la menaçait d'un mouvement de ses doigts. Marinette cria à nouveau tout en riant et le repoussa, mais Adrien avait l'avantage. Ils chahutèrent un bon moment et finirent par se laisser retomber tous les deux sur le lit, haletants et échevelés, dans un entremêlement de bras et de jambes, un sourire jusqu'aux oreilles. Adrien lança un regard pétillant de bonheur à Marinette et tous deux furent pris d'un fou-rire incontrôlable, empli d'amour et de complicité. Ce genre de fou-rire qui prenait aux tripes et qui réchauffait même les cœurs les plus sombres.

Adrien adorait faire rire Marinette. L'entendre rire apaisait toutes ses angoisses et pansait les plaies encore béantes au fond de son cœur meurtri. A ses côtés, il était heureux comme jamais il ne l'avait été. Car malgré la situation dans laquelle il se trouvait, il se sentait réellement apaisé, et la petite personne qu'il tenait dans ses bras y était pour beaucoup.

A défaut de savoir comment lui exprimer son affection, il s'étala de tout son long sur elle et noua ses bras autour de sa taille avec un petit grognement de contentement avant d'enfouir son visage dans le creux de son épaule. Marinette protesta avec véhémence.

- Adrien ! Lâche-moi ! cria-t-elle, tout en essayant de se libérer de son étreinte. Adrien, tu m'écrases ! Il faut qu'on descende aider Maman et Papa pour le dîner ! Laisse-moi descendre !

- Je croyais que tu voulais des câlins tout à l'heure ? lui rétorqua-t-il avec un sourire facétieux.

- Des câlins, oui. Pas un bulldozer qui me roule dessus.

- Tu vas voir ce qu'il te dit le bulldozer, fit Adrien en la chatouillant de plus belle, ce qui arracha un autre cri à Marinette qui se tortilla en riant aux éclats tout en essayant de se libérer de son étreinte.

Tous deux finirent par se calmer et se redressèrent sur le lit, sans pour autant s'éloigner l'un de l'autre ; Adrien passa son bras autour des épaules de Marinette et la regarda longuement. Ce regard troubla Marinette qui piqua un fard et détourna la tête.

- Tu sais, j'ai parfois encore du mal à croire qu'on ait vécu toutes ces aventures tous les deux sans le savoir, lâcha soudain Adrien, ses yeux verts pétillant de bonheur à l'évocation de leurs souvenirs en commun. Tu peux pas savoir à quel point ça me fait du bien à chaque fois que j'y pense.

Cette remarque laissa Marinette rêveuse ; elle aussi avait encore du mal à mesurer l'impact que ces dernières années avaient eu sur elle. Sa rencontre avec Chat Noir. Puis avec Adrien. Le collège, le lycée. Tous ces combats, cette adrénaline. Leurs victoires, mais aussi les frayeurs, les moments de doute et de terreur. Sans son incroyable partenaire, elle savait qu'elle n'aurait jamais pu y arriver.

Marinette s'était toujours sentie immensément chanceuse d'avoir eu Chat Noir à ses côtés, et elle savait que cela n'avait rien à voir avec les pouvoirs de son alter ego masqué. Depuis le tout premier jour, leur complicité n'avait fait que grandir, et cette confiance absolue qu'ils s'étaient mutuellement accordée depuis leur rencontre ne les avait jamais quittés. Ils avaient vécu ensemble bon nombre d'instants incroyables qu'eux seuls pouvaient comprendre et qui marqueront leur vie à jamais.

Depuis la révélation de leurs identités respectives, Marinette ne pouvait s'empêcher de repenser à toutes les fois où Chat Noir s'était sacrifié sans hésiter pour la protéger. Toutes ces fois où elle avait cru sentir son cœur s'arrêter de voir son partenaire blessé ou bien être possédé par l'akuma car il s'était jeté la tête la première face au danger. Elle n'avait jamais voulu se l'avouer, mais malgré la place qu'Adrien prenait dans son cœur, elle tenait à son partenaire plus que tout. Et à présent qu'elle savait que c'était en réalité Adrien qui s'était sacrifié ainsi pour elle pendant toutes ses années, ces souvenirs lui serraient douloureusement le cœur. Elle avait beau détester la façon dont il s'était souvent mis en danger, elle lui était infiniment reconnaissante pour tout ce qu'il avait fait pour elle, et elle savait qu'elle n'aurait pu rêver d'un meilleur coéquipier.

Marinette s'apprêtait à répondre, mais en levant les yeux, elle constata que l'attitude d'Adrien avait subitement changé et qu'un voile obscurcissait à présent son regard d'émeraude. Marinette détestait ces moments où le sourire de son coéquipier s'évanouissait d'un coup pour laisser place à une expression éteinte. Mais avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit pour tenter de lui remonter le moral et lui changer les idées, Adrien reprit la parole :

- Je crois qu'il va falloir que je me fasse une raison, lâcha-t-il d'une voix morne en fixant un point imaginaire en face de lui, le regard vide.

Son ton soudain sérieux contrastait avec l'ambiance détendue qui planait quelques instants plus tôt. Marinette se redressa et lui lança un regard interrogateur, l'invitant à développer sa pensée.

- Maître Fu a beau dire qu'il y a de l'espoir, je crois qu'il faut au contraire que j'arrête d'espérer et que je me fasse à l'idée que je ne reverrai jamais Maman. Il faut que je tourne définitivement la page.

Une larme s'écrasa sur les draps et Adrien s'empressa d'essuyer ses yeux ; d'avoir énoncé cette éventualité à voix haute ancrait indubitablement la situation dans la réalité, mais ne la rendait pas moins douloureuse.

- Adrien, intervint Tikki d'une voix douce en voletant à sa hauteur. Laisse-toi un petit peu plus de temps. Tu ne sais pas de quoi l'avenir sera fait, promets-moi de garder encore un peu espoir.

Adrien hésita puis finit par acquiescer faiblement, une boule dans la gorge.

Il sentit Marinette poser sa tête sur son épaule et ce geste éclaira légèrement son visage morose.

Adrien détestait avoir autant besoin d'elle et avait constamment peur d'étouffer sa coéquipière avec tous ses problèmes, mais les regards doux et compréhensifs que Marinette posait sur lui le calmait toujours instantanément et lui donnait de l'espoir malgré tout.

Marinette aurait aimé savoir quoi dire pour le consoler, mais la tonalité du réconfort lui échappait. Malgré tout, elle ne put se résoudre à rester sans rien faire, et elle lui donna maladroitement un petit coup d'épaule dans la sienne avec une moue timide pour tenter de le faire réagir. Voyant le visage d'Adrien s'éclairer, elle se mit à sourire franchement, par contagion.

- Tu veux un câlin de Choupibug ? proposa-t-elle avec un clin d'œil qui acheva de dérider Adrien.

Il secoua négativement la tête sans se départir de son sourire.

- Non... Je veux un câlin de Ladybug, répondit-il, les joues légèrement roses.

L'intensité à la fois déterminée et vulnérable avec laquelle Adrien la fixait du regard fit rougir Marinette jusqu'aux oreilles. Son cœur se mit à battre plus fort, et elle s'empressa de nouer ses deux bras autour son coéquipier en baissant la tête pour masquer son trouble. Adrien sentit sa respiration et son coeur s'emballer, et il tentait tant bien que mal de calmer son rythme cardiaque déréglé.

« Marinette n'est qu'une amie », essayait-il de se persuader.

« Tu sais très bien que tu te mens à toi-même », lui répondit une petite voix dans sa tête qu'il essaya immédiatement de faire taire.

« Elle est amoureuse de Luka, je ne peux pas lui faire ça... » pensa-t-il en fermant les yeux, les sentant picoter.

Paradoxalement, Adrien mourait d'envie de lui déclarer ses sentiments, tout en se sentant coupable d'avoir de telles pensées. Il ne savait plus quoi faire. Son cœur lui soufflait une chose tandis que sa raison lui en disait une autre. Une véritable bataille intérieure faisait rage sous sa poitrine, et il craignait que Marinette n'entende les battements de son cœur affolé qui menaçait de fracasser sa cage thoracique. Mais en la voyant ainsi roulée en boule tout contre lui, il ne put s'empêcher d'espérer.

Avant que son impulsion ne s'envole définitivement, il prit son courage à deux mains et s'écarta légèrement d'elle.

- Ma Lady ? commença-t-il tout en essayant de masquer la nervosité qui transparaissait dans le ton de sa voix.

- Mmmoui ? répondit-elle en levant le nez vers lui.

Adrien se perdit un instant dans le regard immensément bleu de sa partenaire, et son pouls accéléra ; il détourna les yeux, se sentant soudain timide.

- Est-ce... Est-ce que ça te dirait... d'aller au cinéma ce soir après manger ?

Il sentit sa respiration se bloquer dans sa gorge, regrettant presque instantanément sa proposition. Pourquoi tenait-il tant à ruiner leur amitié en espérant plus ? Et si Marinette comprenait subitement qu'il avait des sentiments pour elle, comment allait-elle réagir ? Allait-elle le rejeter une nouvelle fois, comme Ladybug l'avait fait maintes fois avec Chat Noir par le passé, piétinant son coeur au passage ? Peut-être qu'il était encore temps pour lui de faire machine arrière, de lui dire qu'il était finalement trop fatigué et qu'il avait changé d'avis, mais tout au fond de lui, il mourrait d'envie d'aller au cinéma avec Marinette, tout en étant terrifié à l'idée qu'elle refuse.

Contre toute attente, le visage de Marinette s'éclaira.

- Oh oui bonne idée ! s'exclama-t-elle en se redressant vivement. Tu veux aller voir quoi ? Je crois que le film dont on parlait l'autre jour avec Alya et Nino passe toujours. Attends, je leur envoie un message pour leur dire de...

- Non ! s'écria Adrien avant d'avoir pu se retenir.

Face à l'expression interloquée de Marinette, Adrien piqua un fard en réalisant qu'il avait littéralement crié.

- Enfin... se reprit-il d'un air gêné en se passant la main sur la nuque d'une voix bien plus réservée. J'aurais aimé que... qu'on y aille juste... toi et moi.

Le temps s'arrêta l'espace d'un instant.

Adrien avait l'impression d'avoir sauté du haut de la Tour Eiffel sans parachute.

Sa respiration était laborieuse, et il sentait ses joues chauffer. Est-ce que l'oxygène s'était soudain raréfiée dans la chambre ?

« Juste... toi et moi. »

Le cœur de Marinette manqua un battement et le rouge lui monta aux joues. Elle remarqua que le visage d'Adrien était cramoisi et il semblait avoir du mal à la regarder dans les yeux. Pourquoi Adrien voulait subitement aller au cinéma en tête-à-tête avec elle ? Est-ce qu'il avait l'impression qu'ils ne passaient pas assez de temps tous les deux ? Ils étaient pourtant fourrés ensemble du matin au soir ! Non, il devait y avoir une autre explication. Et pourquoi se sentait-elle aussi fébrile tout d'un coup ?

Sans oser se poser plus de questions, Marinette prit une grande inspiration et finit par acquiescer timidement. Le visage d'Adrien s'illumina instantanément.

- Par contre, je te préviens, on ne va pas voir un film à l'eau de rose, fit-elle un doigt en l'air en sa direction pour se donner une contenance.

- Promis, fit-il avec un petit rire, visiblement soulagé.

.oOo.

Adrien et Marinette se glissèrent discrètement au fond de la salle de cinéma dans la pénombre pendant que les bandes annonces défilaient à l'écran. La séance était particulièrement déserte à l'exception d'un couple au premier rang et d'une bande d'amis plutôt bruyants qui avaient élu domicile dans un coin de la salle. Tous deux prirent place au milieu d'un rang vide et s'installèrent confortablement ; dès que les lumières s'éteignirent, Adrien retira son bonnet et sa perruque pour être plus à l'aise et il passa aussitôt son bras autour des épaules de Marinette qui ne se fit pas prier pour poser sa tête contre son épaule et se rouler en boule tout contre lui. Ces petits gestes entre eux étaient depuis longtemps devenus automatiques, comme si l'idée de ne pas être en contact plus d'une seconde leur était insupportable. Mais cette fois-ci, l'atmosphère qui planait entre eux semblait différente, plus feutrée. Marinette tentait tant bien que mal de se concentrer sur le film, mais la main qu'Adrien passait machinalement de haut en bas le long de son bras lui procurait de doux frissons et faisait fondre ce qui lui restait de bon sens comme de la neige au soleil. Ils avaient pourtant l'habitude d'être très tactiles l'un envers l'autre, mais dans la pénombre d'une salle de cinéma au creux de la nuit, ces petits gestes lui semblaient bien plus intimes.

« Adrien ne t'aime pas », se répétait-elle en boucle, comme pour tenter de se convaincre.

Malgré tout, une petite partie d'elle-même se sentait triste à cette pensée et ne pouvait s'empêcher d'espérer.

.oOo.

La nuit était déjà tombée depuis longtemps lorsqu'ils sortirent du cinéma. Adrien souriait à nouveau, ses soucis momentanément envolés. Et la jeune fille qui s'exprimait avec de grands gestes à côté de lui y était très certainement pour quelque chose.

- Je ne sais pas si on a bien fait d'aller voir un film de zombies juste avant de dormir, fit Marinette avec une grimace. Je crois que je vais faire des cauchemars de cette scène.

- Petite nature ! lança Adrien, visiblement de bonne humeur.

- Comment ça « petite nature » ? s'écria-t-elle. Tu crois que je ne t'ai pas vu te cacher les yeux quand il lui a ouvert le crâne en deux pour lui manger le cerveau ?

- J'avais une poussière dans l'œil, ça n'a rien à voir, lui rétorqua-t-il, tout en se doutant bien que Marinette ne croirait pas une seule seconde à son excuse lamentable.

A cette remarque, Marinette éclata d'un rire moqueur qui accrocha un large sourire sur le visage d'Adrien. Ce rire lui réchauffa le cœur bien plus qu'un bon chocolat chaud, et ce moment scella une certitude en lui : quelle que soit la nature de leur relation, Adrien savait au plus profond de lui qu'il voulait passer le restant de ses jours à ses côtés.

Sans rien dire, il prit la main de Marinette dans la sienne et il remarqua que ce geste la fit instantanément rougir. Un doux sourire apparut sur le visage du jeune homme ; qu'est-ce qu'il aimait ses pommettes toutes roses et son air timide qui rendait ses yeux azur encore plus vifs et profonds. Elle était si jolie, ainsi emmitouflée dans son manteau d'hiver, uniquement éclairée par les lumières du cinéma derrière eux et les réverbères de la rue. Adrien trouvait adorable la façon dont le bout de son nez dépassait de son écharpe rose, dévoilant ses tâches de rousseur, et il avait bien remarqué que le bonnet qu'elle portait était celui qu'il lui avait tricoté. Marinette quittait rarement ce bonnet, et il ne comprenait pas bien pourquoi mais cette information diffusait une douce chaleur sous sa poitrine.

Son rythme cardiaque qui s'emballa soudain lui rappela qu'il naviguait en eaux dangereuses ; tout au fond de lui, il savait qu'il ne réussirait jamais complètement à refouler ses sentiments pour Marinette. Dès le tout premier jour, il était tombé fou amoureux de cette jeune fille qui était entrée dans sa vie sans prévenir et qui l'avait complètement bouleversée de la meilleure manière qui soit.

Jamais il n'aurait osé se l'avouer, mais il ne pouvait plus vivre sans son affection. Tous leurs gestes tendres et complices étaient devenus aussi vitaux que l'air qu'il respirait.

Un élan de tendresse à l'égard de sa coéquipière lui caressa le cœur et il ne put s'empêcher de passer son bras autour de ses épaules et de l'attirer tout contre lui alors qu'ils rentraient tranquillement jusqu'à la Place des Vosges. Il remarqua que le rouge qui colorait les joues de Marinette était de plus en plus soutenu, et il était ravi de constater qu'il en était visiblement la cause. Son cœur se mit à battre un peu plus vite lorsqu'il sentit sa coéquipière passer son bras autour de sa taille et poser sa main sur sa hanche, et il bloqua sa respiration l'espace d'un instant pour retrouver une contenance.

.oOo.

Tendrement enlacés, Adrien et Marinette se dirigeaient vers la rue Gotlib en silence, profitant du calme de la nuit qui les enveloppait.

Adrien jeta un regard en direction de Marinette qui semblait perdue dans ses pensées, se mouvant de façon mécanique sans prêter attention aux alentours. Ses sourcils étaient froncés, et son air, préoccupé. Un sourire étira les lèvres d'Adrien qui se pencha vers elle et déposa un rapide baiser sur sa joue. Ce geste sortit brutalement Marinette de ses pensées et elle sursauta, ses joues se parant instantanément d'une couleur écarlate.

- M-Mais... Q... Que q-quoi ? P-pourquoi A-Adrien ? bredouilla-t-elle, complètement surprise.

- Tu avais l'air contrariée, ma Lady, répondit-il simplement avec un sourire rassurant. Tout va bien ?

Marinette eut une hésitation avant de relâcher un long soupir.

- C'est rien, je... Je stresse pour les résultats d'entrée, avoua-t-elle en passant sa main le long de son autre bras d'un geste anxieux. On devrait normalement avoir bientôt la réponse, mais qu'est-ce que je fais si elle est négative ? Si ça se trouve, ils ont détesté mes portfolios, ils ont peut-être même perdu mes dossiers et mes prototypes, ou bien le chien d'un des juges les a mangés, et c'est pour ça qu'ils mettent autant de temps à répondre ? Ou alors c'est tellement nul qu'ils ont tout mis à la poubelle et je vais recevoir deux courriers de refus me disant qu'il faut vraiment que je change de voie parce que la mode c'est vraiment pas fait pour moi, mais je n'ai pas de plan B donc qu'est-ce que je vais faire de ma vie si je ne suis pas prise ? Je peux peut-être m'inscrire à la fac, il n'est pas trop tard, mais...

- Marinette, Marinette, doucement, la coupa gentiment Adrien en la voyant s'enfoncer dans une spirale d'angoisse.

Il se tourna vers elle et posa ses deux mains sur ses épaules dans un geste qui se voulait rassurant.

- Ma Lady, tes portfolios et tes tenues sont incroyables, il n'y a aucune raison pour que les juges les mettent à la poubelle ou bien te disent de changer de voie. Tu es faite pour ça, tu as un talent fou et je sais que tu vas être prise !

Contre toute attente, ses mots ne semblèrent pas rassurer Marinette dont l'expression se renfrogna.

- Mais ça tu n'en sais rien Adrien, objecta-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine. Tu n'es pas dans le jury ! Et il y a sûrement beaucoup d'autres personnes qui sont bien plus talentueuses que moi qui seront certainement prises, donc...

- Je sais que tu seras prise Marinette, la coupa-t-il avec douceur, ses grands yeux étincelants malgré le filtre marron de ses lunettes. Je n'ai pas besoin d'être dans le jury pour le savoir, je...

- Adrien, je t'en prie arrête, s'il te plaît, ça ne m'aide pas du tout !

Adrien se tut, le visage soudain fermé, comme pris en faute. Voyant son expression changer subitement, Marinette se radoucit et prit ses mains dans les siennes.

- J'apprécie vraiment que tu essaies de me remonter le moral et de me rassurer. Et... m-merci aussi pour tous les compliments que tu me fais, et le fait que tu croies à ce point en moi. Ça me touche énormément. Mais tu n'en sais absolument rien si je vais être prise ou non, ajouta-t-elle. Donc s'il te plaît, arrête de m'assurer que ça va marcher, ça ne fait que m'angoisser encore plus. Surtout que, si je ne suis vraiment prise nulle part, je vais tomber d'encore plus haut après toutes tes louanges, donc ça ne m'aide vraiment pas.

- Oh... fit Adrien, réalisant qu'il venait visiblement de blesser Marinette sans le vouloir. Je suis désolé.

- Je sais que tu veux bien faire, mais ce n'est vraiment pas ce que j'ai besoin d'entendre.

- Je suis vraiment désolé, répéta Adrien en baissant les yeux. Je voulais essayer de te rassurer, je ne pensais pas que ça ne ferait qu'empirer les choses, je suis vraiment nul.

La façon dont Adrien se renferma instantanément sur lui-même serra le cœur de Marinette.

- Mais je n'ai jamais dit ça Adrien, tu n'es pas nul. Tu n'as rien dit de mal, je t'assure.

- Visiblement si vu que tu...

Adrien s'interrompit en sentant les lèvres de Marinette se poser délicatement sur sa joue.

- Juste... Merci d'être toujours là pour moi.

Le regard empli de douceur que Marinette lui adressa fit disjoncter son rythme cardiaque et il dut se faire violence pour ne pas l'embrasser sur le champ. Tous deux se fixèrent un long moment et Adrien esquissa un sourire embarrassé avant de se détourner de quelques pas pour se donner une contenance. Son rythme cardiaque carburait à mille à l'heure, et ce ne fut que lorsque sa coéquipière passa son bras autour du sien et posa sa tête contre son épaule tout en avançant vers la Place des Vosges qu'il réussit tant bien que mal à maîtriser les sentiments qui lui comprimait douloureusement la poitrine, et il lui emboîta le pas en silence, le coeur un peu plus léger malgré tout.


Extrait du chapitre suivant :
- Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? lui demanda Marinette, gênée par tant d'attention.
- Tu es si jolie, confessa-t-il en posant sa main sur sa joue d'un air émerveillé. J'adore quand tu as les cheveux détachés, ça te va tellement bien.