Chapitre 12

May Craven

5 ans plus tôt

Roy faisait nerveusement les cents pas dans le salon de May Craven, il observait chaque petits bibelots, lu chaque titres de livres sur l'étagère, s'attarda devant la fenêtre pour observer le jardin puis recommença à tourner en rond. Grégorio plus détendu s'était assis sur le canapé, le bras sur le large accoudoir en cuir beige.

« Tu devrais te calmer un peu mon ami, a te voir on dirait que tu va passer une inspection. »

« C'est pas ce qui va nous arriver ? Elles sont pas en train de se disputer à cause de nous ? »

« Mais non, voit ça comme un passage obligatoire intergénérationnel. C'est comme ça dans toute les familles. Les parents ne sont jamais réellement satisfait des personnes que ramène leurs progénitures. C'est le cycle de la vie. »

« Tu dis ça comme si ça ne te faisait rien. »

« Assied toi et reste patient. Tu n'aidera pas Tally en t'agitant dans tout les sens. »

Le jeune homme vint s'asseoir à coté de son compagnon, la tête légèrement rentré dans les épaules. Il regarda Tally et sa mère se déplacer dans la cuisine, essayant de ne pas écouter les éclats de voix.

Lorsque May Craven se pencha par l'ouverture de la porte, il ne pu qu'esquisser un sourire tendu et un geste de la main nerveux. Tally avait enfin décidé de présenter ses compagnons à sa mère et de profiter de ce séjour en Californie pour rallier à leur cause les sociétés de sorcières de Sacramento.

« Mais non maman, c'est pas par vengeance. »

« Mais comment est ce que tu peux me faire ça ? »

« Faire quoi ? »

Tally était excédée, sa mère tournait en rond dans la cuisine la voix tremblante et le ton implorant. Cela faisait presque deux ans qu'elles ne s'étaient pas vu et comme à chaque fois sa mère avait toujours des choses à redire sur sa vie .

« C'est parce que tu n'as pas connu ton père c'est ça ? »

« Je vois pas le rapport, qu'est ce que mon père à avoir avec tout ça. »

« Mais enfin Tally quand tu m'as dit que tu venais accompagnée, je pensais que tu viendrais avec tes sœurs d'arme mais pas avec deux hommes ! »

Elle se pencha par la porte de la cuisine pour observer Grégorio et Roy qui lui fit un signe de la main avec un sourire penaud assis sur le fauteuil de l'autre coté du salon.

« Et le deuxième tu l'a trouvé où ? C'est encore un bébé. »

« Roy n'est pas un bébé, c'est un homme tout à fait charmant. »

« Et en plus tu me dis que ça fait trois que vous vous fréquentez ? »

« En fait ça fait plutôt cinq pour Grégorio et effectivement trois pour Roy. »

May Craven était totalement bouleversée par la nouvelle. Elle qui avait toujours vécu dans une société matrifocale ne comprenait pas le choix de Tally qui elle même avait grandit dans cette société.

« Je t'assure maman que ce sont des hommes respectables, Grégorio Shellbark fait partie des plus anciennes familles de Fort-Salem et Roy est le cousin de Scylla, descendant de l'unité oublié Pégasus. »

« Peut importe qui ils sont, c'est pas ça le problème. »

« Maman, nous ne sommes plus dans le cercle de la société matrifocale, j'ai le droit d'avoir un homme dans ma vie, enfin deux, fait pas ton objectrice de conscience, je sais ce que je fais. Je ne t'ai rien dit quand tu as fréquenté un moment ce Jason. »

« Ça n'a rien à voir, je venais que quitter le cercle, j'avais besoin de m'insérer dans ma nouvelle vie... »

« C'était un camarilla maman... »

« Oui c'était, tu ferai bien de le dire. »

Les deux femmes restèrent un moment en silence à ce regarder avec fureur.

« Tu n'a pas changé d'un poil, tu a toujours cette irrésistible envie de faire partie de quelque chose de plus grand. »

May s'était mise à regarder sa fille avec nostalgie, elle s'était rapprochée de Tally, passa sa main sur une de ces longues mèches de cheveux roux qui lui caressait la joue et finalement apaisa les tensions en la prenant dans ses bras.

« Et bien ! Allons servir le thé à ses deux hommes puisque de toute façon tu va continué a n'en faire qu'a ta tête, autant apprendre à les connaître. »

Tally s'était mise à sourire en secouant la tête. Elle connaissait sa mère et savait qu'a la fin de leur séjour, cette histoire serai oublié et ses deux compagnons feraient partie de la famille. May avait prit la bouilloire sur la gazinière tandis que Tally avait sortie le lot de tasses du vaisselier. Grégorio dans le salon c'était levé et proposa son aide à son hôte. Roy essaya maladroitement de faire pareil mais se cogna contre le pied de la table basse, il tomba gauchement vers l'avant et se mit à léviter au dessus de la table pour ne rien casser.

May Craven s'arrêta net dans l'entrée du salon en voyant le jeune homme à plat ventre au dessus de la table basse. Elle fit demi tour, posa son plateau sur le plan de travail de la cuisine un peu bruyamment. Tally regarda Roy d'un œil accusateur et retourna dans la cuisine avec sa mère.

« Maman, qu'est ce qui se passe encore. »

May avait la main plaqué contre sa bouche, les yeux débordant de larme. Et à l'étonnement générale ne put retenir plus longtemps un fou rire.

« Je suis désolée ma chérie ... »

Elle n'arrivait plus à sortir une phrase correcte tant la situation lui paru cocasse et drôle. Tally se mit à rire avec un peu plus de retenue, elle regarda Roy qui s'est remis sur ses pieds avec un air totalement gêné et abattu.

« Roy est un peu maladroit quand il est nerveux, il n'est pas très à l'aise avec des inconnus. Il n'est pas très à l'aise avec tout le monde à vrai dire. »

Lorsque que le fou rire de sa mère fut passé, Tally reprit le plateau et tous s'installèrent dans le salon. Grégorio se présenta en premier, habitué au mondanité de la haute société de Fort-Salem il n'avait pas de mal à se montrer sous son meilleur jour. Son phrasé parfait, son intonation et ses sourires charmeurs n'eurent aucun mal à séduire May. Roy plus timide eu du mal à rivaliser avec son compagnon. Il était aussi gauche dans sa gestuel que dans ses mots. En tant que soldat c'était un jeune homme accompli, il était doué et habile de ses mains pour manipuler haches et fouet, il vocalisait des sorts complexes, maîtrisait le combat au corps à corps sans difficulté et faisait parti de l'élite de l'armée. Pourtant en société il avait toujours l'air d'un chiot perdu et maladroit. La vie coupée du monde que Elie lui avait imposé depuis sa naissance se reflétait encore sur son comportement vis à vis des autres. Il balbutiait souvent, perdait le fil de sa conversation et au final laissa Tally expliquer la situation à sa place. Il s'enfonça dans le fauteuil essayant de ce faire tout petit pelotonné contre Grégorio.

Tally rapporta brièvement l'histoire de son sauvetage et la façon dont ils s'étaient tout les deux rapprochés et sans entrer dans les détails comment est que avec Grégorio ils formaient un trio amoureux.

May écoutait silencieusement et attentivement sa fille tout en dévisageant de pieds en capes les deux hommes, sirotant une gorgée de thé de temps en temps. Ce qui pour elle était inconcevables à peine quelques heures plus tôt lui paru étrangement naturel dans la bouche de fille. Mais le sujet de la conversation devint tout autre, lorsque enfin elle aborda le sujet de la matrice.

« Tu es sure de ce que tu avance ? »

« Oui maman, nous avons des preuves de ce que Willa Collar et Anacostia Quatermain ont avancé. »

May se gratta le front, les yeux posé sur la pelouse de son jardin à travers la fenêtre. Les sociétés de sorcières de Californie bien que ne suivant pas tout les préceptes des sorcières depuis ses origines avaient tout de même des croyances liées à la matrice.

« Tu sais que je n'ai jamais été très portée sur tout ça. On à eu beau me dire que mes sœurs étaient mortes pour la déesse et la nation, je n'y ai vu que des paroles en l'air. Je ferai attention et j'en parlerai pendant un groupe de lecture. »

« Vous lisez quoi en ce moment ? »

Roy tenta une nouvelle fois de charmer la mère de Tally sans savoir que les groupes de lecture de May Craven n'en était pas vraiment.

« Je pense qu'on va lire « Cold Storage » »

Tally et sa mère échangèrent un sourire complice sous les yeux interrogateur des deux hommes.

« Maman, si jamais les choses tournent mal, promet moi de te rendre à la concession. Je te connais, tu attendra toujours la dernière minute pour agir, mais s'il te plaît fait moi confiance, j'en ai le pré-sentiment. »