Chapitre 2 : Le garçon et le monstre

Forêt du Yokmir, 19ème jour du Printemps…

Forte leva sa main gantée pour signifier à son petit groupe de s'arrêter. Son regard bleu scruta l'espace dégagé juste devant elle, une charmante clairière coupée en deux par une rivière chantante alimentée par une cascade tombant à pic de la falaise. La jeune fille rajusta sa visière d'acier et se retourna vers son petit groupe. Kiel se cramponnait à la poignée de Durandal en souriant, tournant frénétiquement la tête à la recherche d'un monstre. Beaucoup plus calme et discrète que lui venait Tully. C'était une elfe d'une grande beauté, à la peau noire et à la longue chevelure souple d'ébène faisant ressortir ses yeux rubis. Elle était calmement adossée contre le tronc d'un arbre, les bras croisés, vêtue d'une simple jupe bleue brodée d'argent fendue jusqu'à la cuisse et d'un gilet sans manche de cuir bouilli teint également en bleu. Sa beauté faisait d'elle une jeune femme très convoitée à Selphia, et le nombre de demandes en mariage lui ayant été faites était effrayant. Elle les avait toutes refusées, ayant fait vœux de célibat pour se dévouer à son épée. Bienveillante malgré un visage relativement inexpressif, elle veillait sur leur petit groupe comme une mère.

Mère capable de faire preuve de sévérité, comme en faisant bien souvent les frais Léandre, un homme-lion fêtard et toujours prompt à se saouler dans les bars. Il était également très connu des maisons closes de la ville, surtout La Lanterne Rouge, où il aimait particulièrement retrouver la douce Naoko. Il n'en était pas moins loyal et dévoué à ses amis. Ses oreilles de félin sortaient sur le dessus de sa tête d'une hirsute tignasse brunâtre tombant sur ses épaules. Ses yeux fauves se promenaient sur les alentours, prêts à repérer le moindre monstre et à faire entrer en jeu le marteau dans son dos pour lui fracasser le crâne. Sa queue de lion s'agita, dépassant de son armure aux pièces disparates laissant voir ses muscles impressionnant roulant sous sa peau dorée. Une pièce de tissu bleue était enroulée autour de son torse puissant.

En derniers, on trouvait Oural et Mistral, jumeaux humains se ressemblant beaucoup, avec la peau laiteuse, les cheveux blonds et soyeux et les yeux bleu océan. Oural était un jeune homme grand et robuste comme une montagne, chose peu fréquente pour les mages. Il était spécialisé dans la magie de terre et de roche. Mistral, sa jumelle, était son contraire, gracile comme une brise, mage ayant une affinité marquée pour la magie du vent. Tout deux portaient d'amples manteaux bleus sur un pantalon noir et une chemise blanche. Ils étaient assis sur un rocher, côte à côte, en discutant à voix basse, le nez plongé dans un vieux grimoire.

Tout ce petit monde dirigé par Forte constitué la Garde des Vents, un détachement de Chevaliers Dragons effectuant toute sorte de missions confiées par La Dame, comme l'excursion actuellement menée dans les profondeurs de la Forêt du Yokmir.

_ Il y a un arbre déraciné qui enjambe la rivière. Nous allons traverser par là. Soyez prudent, nous risquons de croiser des monstres de l'autre côté. Dame Ventuswill affirme qu'une horde d'Orques y a élu domicile, nous nous devons de les éliminer.

_ J'ai hâte de leur fracasser le crâne à coups de marteau s'ils osent se montrer devant moi !

Léandre brandit son arme pour ponctuer ses propos, esquissant un sourire faisant étinceler ses crocs.

_ Alors en route. Tully, ton épée est prête ?

_ Oui, et il lui tarde de s'abreuver.

L'elfe noire tira sa lame d'acier clair à l'aspect simple mais au tranchant sans nul autre pareil et inclina sobrement la tête. La Garde des Vents traversa la rivière sur le pont improvisé recouvert de mousse.

Ils avaient à peine posé le pied de l'autre côté qu'un monstre humanoïde surgit. Il s'agissait d'un Orque armé d'une lance de bois, sommairement vêtu de peaux dont dépassaient des touffes de poils bruns et rugueux. Sa face monstrueuse, croisement entre un loup et un sanglier était pourvue de défenses redoutables et de petits yeux porcins scrutant le groupe. Son groin siffla lorsqu'il huma l'air. Soudainement, il brandit son arme et poussa un hurlement semblable à un hurlement de loup et ses semblables apparurent entre les arbres, certains aussi grands que Léandre et tous dépassant Kiel d'une bonne tête.

_ Ça n'aura pas tardé… En position.

Les combattants s'alignèrent en brandissant leurs armes et leurs magies. Kiel sourit en levant son épée.

_ Enfin, je vais devenir un vrai héros, comme l'Ouragan !

Aux côtés de sa sœur, il fondit sur le groupe d'Orques.

_oOo_

Ville de Selphia…

Lest délaissa l'agitation de la Voie du Dirigeable, une artère de la ville devant son nom au port d'embarquement des dirigeables et autres aéronefs desservant la ville. L'un des engins volant venait d'accoster, déversant des flots de visiteurs pour le festival à venir, foule bigarrée de provenances diverses, mêlant les voiles finement brodés des pays d'orient aux fourrures épaisses venues du nord, en passant par les pagnes colorés des visiteurs en provenance des pays insulaires. Lest s'engouffra dans le restaurant le plus côté de la ville, proposant également quelques chambres pour les locations de longues durées.

Il était impossible de passer à côté de la façade sans la voir, avec ses deux énormes homards entremêlés, comme accouplés, scintillants de tout leur éclat doré.

_ Prince Lest ! Comme je suis heureux de vous voir ! Voulez-vous m'épouser ?

_ Bonjour Porcoline. Quand célébrerons-nous nos épousailles ?

Le jeune homme sourit doucement en se tournant vers l'homme ventripotent derrière le comptoir, son énorme bedaine comprimé dans une chemise à volants blanche aux boutons sur le point de céder, passée sous une veste de satin bleu azur à doublure rouge, assortie au ruban ornant son col. Ses soyeux cheveux d'un roux brillant étaient coiffés d'une toque de chef blanche piquée de deux plumes d'aigrette bleutées, cascadant librement dans son dos et mettant en valeur ses yeux d'un bleu éclatant incroyable, seule chose belle sur son visage difforme et bouffi. Malformation congénitale, Porcoline était gratifié d'un nez épais et d'un bec-de-lièvre fendant sa lèvre supérieure et donnant à sa voix des intonations aigües.

_ Oh ! Vous me flattez, prince Lest ! Restons-en là, vous ravir à toute la gent féminine soupirant devant votre visage d'ange serait criminel !

Lest secoua la tête avec amusement. Porcoline avait la petite manie de demander en mariage toute personne entrant dans son champ de vision, mais chacun savait que ce n'était pas sérieux. Le cœur aussi bon que son visage était laid, Porcoline était le cuisinier et propriétaire du restaurant, et n'hésitait jamais à accueillir et nourrir les plus démunis.

_ Je viens voir Arthur, il est encore ici ?

_ Oui, il est dans son bureau, juste à côté. Je viens d'envoyer Margaret lui apporter à manger. Il a encore travaillé toute la nuit.

_ Arthur est tout le contraire de Clorica, il n'a besoin que de très peu de sommeil…

Lest secoua doucement la tête et salua Porcoline avant de se diriger vers une massive porte de bois séparant la salle de restauration du bureau où travaillait Arthur. La salle avait été une autre salle de réception, mais quand Arthur était arrivé en ville, Grand Prince du royaume de Norad envoyé par son père le Grand Roi en personne, Porcoline lui avait immédiatement loué une chambre et débarrassé la vaste salle pour qu'il puisse y travailler à loisir.

Chaque ville importante dans le royaume de Norad était gouvernée par un prince. Ces princes n'avaient pas de liens de parentés avec le Grand Roi de Norad, et avaient un statu social moindre. Arthur D. Lawrence, fils du Grand Roi, avait été mandé pour superviser Selphia et aider Lest dans sa tâche de prince ; et se former lui-même à petite échelle au rôle de souverain qui lui incomberait un jour.

Le bureau d'Arthur était une pièce studieuse avec un coin aménagé de canapés et d'une table basse pour prendre le thé dont raffolait le Grand Prince de Norad. Le bureau prenait la place d'honneur devant la cheminée encadrée par deux imposantes bibliothèques et étagères, un volumineux globe terrestre offrait sa face ronde au soleil entrant à flot par la fenêtre et de nombreuses lunettes, péché mignon de l'occupant des lieux, étaient étalées un peu partout.

Lest repéra immédiatement Arthur en haut d'une échelle permettant d'accéder à la plus haute étagère d'une bibliothèque. C'était un jeune homme au visage sérieux, un peu plus âgé que Lest et aux cheveux blonds coupés en un carré rigoureusement parfait. Une frange couvrait son front et s'arrêtait au-dessus de ses lunettes à monture fine. Derrière, ses yeux carmin brillaient d'intelligence et de gentillesse. Il était vêtu d'une lourde robe crème qui, selon lui, le faisait ressembler à un marchand, et d'un riche manteau de brocard bleu outremer aux délicates broderies plus claires.

_ Bonjour Arthur !

_ Bonjour Lest, comment allez-vous ?

_ Bien, merci. Vishnal m'a dit que vous souhaitiez me voir ?

_ C'est exact ! Attendez deux minutes, j'ai presque terminé de vérifier les livraisons à venir.

_ Bonjour Lest !

L'interpelé se retourna et remarqua Margaret, jusque là occupée à nettoyer un étrange trophée en forme de navet, à côté d'une commode où trônait un plateau chargé de nourriture. Margaret était une superbe jeune elfe aux épais cheveux blonds piqués de rubans bruns et de fleurs bleues, cascadant jusqu'à ses reins. Deux barrettes bleues retenaient deux grosses mèches encadrant son visage lisse aux yeux aussi bleus que l'océan. Elle portait une tenue moulante de plusieurs nuances de bleu et de volants blancs passé sur un justaucorps marron. Un porte-jarretelles de cuir brun retenait ses cuissardes blanches galbant ses jambes fines par-dessus sa culotte bouffante bleue. Une splendide harpe richement sculptée était passée dans son dos.

_ Bonjour Margaret !

_ Je vous ai déjà dis de m'appeler Meg, nous sommes amis, non ? Et Frey le fait bien, elle !

Lest sourit d'un air contrit devant le doigt de Margaret s'agitant juste sous son nez. La jeune elfe vivait en ville quelques rues plus loin, mais vouait un tendre attachement à Porcoline à qui elle devait beaucoup, bien que personne ne sache exactement de quoi en retournait ce ''beaucoup''. Elle passait donc le plus clair de son temps au restaurant, où elle divertissait les clients au rythme de sa splendide voix et des accords de sa harpe.

Lest discuta quelques minutes avec Margaret en attendant qu'Arthur finisse, puis le Grand Prince de Norad les rejoignit. S'il était bien venu à Selphia pour se former au métier de souverain, sa passion pour le commerce lui prenait tout son temps.

Il vanta de longues minutes à Lest les bienfaits d'un thé qu'il avait gouté lors de son dernier voyage et qu'il voudrait importer à Selphia. Le jeune prince de la ville l'écouta patiemment et finit par hocher la tête, convaincu. Il y avait beaucoup d'amateurs de thés, en ville, et nul doute que le sens aiguisé du commerce d'Arthur avait déniché le prochain breuvage à la mode.

Un coup d'œil à l'horloge posée sur le manteau de la cheminée informa Lest que sa visite avait duré plus de temps que prévu.

_ Par La Dame, il faut que je me dépêche ! Le festival va débuter bientôt, et si je suis en retard, Frey va encore se moquer de moi !

Le jeune homme s'empressa de partir, retrouvant l'agitation de la rue. Il aperçut plusieurs visages connus se dirigeant vers l'arène et fendit la foule pour rejoindre Lin Fa et sa fille, Xiao Pai. Toutes deux originaires d'un pays plus à l'orient, elles tenaient l'hôtel des bains Le Carillon. Lin Fa était considérée comme l'une des plus belles femmes de la ville, mariée à un marchand toujours en voyage de part le monde. Elle avait de long cheveux souples et soyeux coulant jusqu'à sa taille d'un beau gris perle faisant ressortir le rose de ses yeux. Elle portait une simple robe rose à broderies aubergine soulignant sa taille fine et sa poitrine généreuse, une cape couleur pétrole drapant ses épaules. Xiao Pai, sa fille plus jeune que Lest et Frey, avait hérité de sa mère son visage rond et de ses cheveux gris, bien que les siens soient coupés courts, une barrette en forme de panda les retenant en une courte queue de cheval basse. Une pince ressemblant à une fleur empêchait une grosse mèche de retomber dans ses yeux anthracite. Elle était vêtue à la mode orientale, avec une tunique pétrole sur un pantalon ample blanc fermé aux chevilles, ses petits pieds chaussés d'espadrilles assorties au rouge de la courte cape couvrant sa gorge et ses épaules.

Lest chemina avec elles en discutant, se rapprochant de l'arène au rythme de la foule.

_oOo_

Forêt du Yokmir…

Kiel regarda autour de lui mais ne vit que des arbres à perte de vue, et une obscurité totale entre leurs troncs noueux. Et surtout, il n'y avait aucun bruit, juste le grincement du bois, le chant du vent dans le feuillage et les cris des animaux.

_ Forte ?

Mais sa sœur ne lui répondit pas. Elle ne devait même pas l'entendre. Le jeune homme blond était seul, désespérément seul.

Il se rappelait qu'il se battait avec Forte et la Garde des Vents contre un groupe d'Orques et qu'un groupe de Fourmis, insecte lui arrivant à la taille et longs de presque un mètre, à la solide carapace rouge, avait surgit, comme attiré par la bataille. Ces Fourmis vivant dans la Forêt du Yokmir n'étaient pas des chasseuses, mais des opportunistes, et elles attendaient avec impatience le premier mort pour se jeter sur lui et le dévorer. Ce sort peu enviable était arrivé à un garçonnet égaré en forêt et tué par un monstre. Les Fourmis n'avaient laissé que ses os. Ses parents avaient déménagé peu après la macabre découverte.

Kiel secoua la tête pour chasser ce sombre souvenir. La venue des Fourmis l'avait séparé du reste du groupe et un Orque solitaire particulièrement grand l'avait prit en chasse, l'éloignant des siens. Kiel baissa les yeux sur le cadavre du monstre à ses pieds et sourit avec fierté, ses vêtements verts maculés du sang de la créature.

C'était le premier monstre qu'il tuait. Il savait devoir s'éloigner, l'odeur de la mort attirerait une nuée de Fourmis et d'autres insectes nécrophages qui s'empresseraient de faire disparaitre la carcasse encore chaude.

Kiel se mit en route dans ce qu'il espérait être la bonne direction.

_oOo_

Elle courait.

Ses pieds nus ensanglantés martelaient les feuilles couvrant le sol, assourdissant le bruit de ses pas. Elle se retourna en entendant ses poursuivants crier.

Elle trébucha et tomba sur le sol.

De son épaule blessée, un filet de sang grenat tomba sur les feuilles. Elle le cacha avec quelques brindilles avant de se relever et de reprendre sa course effrénée. Et derrière elle, toujours, les monstres grognaient. L'un d'eux dû repérer le sang qu'elle avait laissé sur un tronc en s'appuyant un bref instant dessus pour souffler.

Des larmes de peur et de douleur roulèrent sur ses joues alors qu'elle continuait de courir entre les arbres.

_oOo_

Kiel s'arrêta brutalement lorsqu'un nuage de papillons colorés surgit juste devant son nez, lui arrachant un cri effrayé. Il cru un instant qu'il s'agissait d'une horde de monstres, mais réalisa bien vite qu'il s'agissant d'insectes tout à fait normaux… A ceci près qu'ils semblaient clairement vouloir montrer le chemin au jeune homme.

Kiel fronça les sourcils. C'était peut-être un piège le conduisant à un monstre qui le tuerait, ou bien les insectes étaient-ils bien intentionnés et voulaient le ramener en sécurité.

_ Ou alors je me monte la tête tout seul et je suis en train de suivre des papillons qui ne font que voler sans but dans la forêt…

_oOo_

Celle qui courait s'arrêta après avoir dépassé un arbre effrayant dont les yeux avaient suivit son passage dans la clairière au centre de laquelle il trônait, maitre des bois.

Derrière elle, les cris de ses poursuivants s'étaient éloignés. Malgré ses blessures, elle avait finit par les tromper pour leur échapper. Et dire que peu de temps avant, elle jouait avec innocence en compagnie de ses amis habitants de la Forêt du Yokmir… Et ils étaient arrivés, monstres aux corps recouverts de plaques d'un gris brillant et d'étoffes bleues. Ils l'avaient attaquée, frappée de leurs étranges griffes, écorchée… et elle n'avait put que s'enfuir sans comprendre pourquoi ces monstres lui voulait du mal.

Ses pieds douloureux saignaient. Elle n'était pas habituée à marcher autant. Mais si elle s'arrêtait trop longtemps, elle serait retrouvée. Elle devait chercher une cachette et s'y nicher en attendant qu'ils quittent sa chère forêt.

Elle reprit sa course entre les arbres.

Elle heurta soudainement, sans l'avoir vu venir, l'un de ces monstres la pourchassant. Celui-ci était certes vêtu de vert, mais il tenait lui aussi l'un de ces griffes étranges identique à celles ayant lacéré son pauvre corps. Il se tourna vers elle et ses yeux noirs s'arrondirent.

_oOo_

Kiel observa l'étrange créature l'ayant percuté, alors que les papillons venaient de disparaitre dans la frondaison des arbres. Il leva son épée en reculant, prêt à se battre contre le monstre l'ayant vraisemblablement attaqué.

_ Une Ambroisie…

Elle était l'un de ses créatures se servant de son apparence humaine pour tromper les gens et les entrainer dans la forêt et les tuer. Celle face à lui était comme ses livres les décrivaient. Elle ressemblait à une jeune fille d'environ son âge, avec des cheveux d'un vert végétal coupés court dont dépassaient deux antennes ressemblant à des feuilles. Elle portait une robe composée de fleurs, de feuilles et de brindilles, des ronces courant le long de ses jambes.

Kiel soutint son étrange regard aux yeux voilés d'une fine membrane jaune lui servant de seconde paupière.

L'Ambroisie recula alors en tournant la tête, cherchant visiblement une échappatoire. Elle avait l'air terrorisée.

Le jeune homme prit alors conscience des blessures recouvrant le corps du monstre, de son sang, aussi rouge que le sien, coulant sur sa peau claire, de ses ailes d'un beau violet piqueté de noir pendant misérablement dans son dos, déchiquetées et sanglantes… Le monstre s'était récemment fait attaquer, et Kiel se surprit à éprouver de la compassion. Doucement, il abaissa son épée en se traitant intérieurement de fou.

_ N'ais pas peur, je ne te ferais pas de mal…

L'Ambroisie cilla en entendant sa voix calme. Elle observa le sourire effrayé mais rassurant du jeune homme et ouvrit la membrane recouvrant ses yeux, révélant deux iris d'un beau gris argenté.

_ Pas… de mal ?

Kiel laissa échapper une exclamation surprise lorsque la créature lui parla. Jamais il n'avait entendu parler d'un monstre doué de parole ! Il se reprit et lui tendit la main en souriant.

_ Pas de mal.

Lorsque le monstre posa une main tremblante dans la sienne, il cessa de voir un monstre. Il n'y avait plus devant lui qu'une jeune fille terrorisée et blessée qui le regardait, les larmes aux yeux, avec le fol espoir qu'il la sauverait. Il serra fermement ses doigts autour des siens et hocha la tête. Lui qui avait toujours rêvé d'être un héros comme dans les histoires, un chevalier pourfendeur de monstre, décida ce jour-là de renier tout ce en quoi il croyait.

Ce jour là, un garçon humain sauva une fille monstre.