Chapitre 15 : Les Gardiens
Forêt du Yokmir, 17ème jour de l'Automne…
Lest regarda la clairière où Alice l'avait guidé, une fois sorti de l'interminable boyau souterrain où elle l'avait attiré. L'endroit était beau, baigné de la douce lueur argentée du clair de lune. Les étoiles étincelaient dans un ciel sans nuages.
_ Ce que tu es lent, mon garçon ! Les humains le sont toujours plus que les autres espèces, mais tu détiens la palme !
La Cureuil le regardait avec sévérité, agitant son épaisse queue rousse avec impatience.
_ C'est ici que tu as… fais je-ne-sais-quoi pour faire la Gardienne dont tu m'as parlée ?
_ Drôle de tournure de phrase. Mais oui, c'est ici que j'ai liée la quatrième Gardienne au sort de ce monde. Puisqu'elle a fuit, il faut la remplacer. Simplement trouver un nouveau Gardien ne suffira plus, il en faut plus que quatre, c'est pour ça que tu dois placer la sphère runique.
_ Pourquoi avoir emprisonné des personnes si un caillou peut jouer leur rôle ?
_ Ce n'est pas la même chose. Tu poses vraiment des questions bizarres ! C'est à croire que Ventuswill ne t'a parlé de rien !
Lest ouvrit la bouche et la referma. C'était le cas, le Dragon Divin de sa ville ne lui avait jamais rien dit au sujet de ces ''Gardiens'', mais il sut sans l'ombre d'un doute que Frey était dans la confidence. Oui, sa sœur devait savoir, et ça expliquait le comportement étrange qu'elle avait envers leur divinité, faisant la distinction entre Venti son amie qu'elle adorait taquiner, et la déesse Ventuswill envers qui elle pouvait faire preuve d'un profond méprit.
_ Tu as dit que quatre ne suffisaient plus… ça veut dire que tu vas faire un nouveau Gardien ?
_ Moi non, mais le Terrami de cette génération oui. Tu devrais le savoir, tout ça ! Mais c'est vrai que les humains sont tellement ignorants. Enfin passons, ce n'est pas notre soucis principal. Tu vois le cercle de fleurs en plein milieu ? Dépose la sphère à l'intérieur.
Définitivement convaincu qu'il n'aimait pas le Cureuil, Lest obéit néanmoins. Il espérait ne pas être aussi impératif envers Vishnal et les autres domestiques. Le jeune homme déposa la sphère bleue dans les fleurs et une lumière éblouissante en jailli immédiatement, transformant un bref instant la nuit en jour. Lorsqu'elle se dissipa, le prince de Selphia vit des dizaines de Runys dans les arbres, le regardant en émettant leur étrange son de clochette creuse. Alice sautilla sur place avec un rire d'allégresse.
_ L'équilibre est restauré ! Tout va rentrer dans l'ordre !
Vraiment, Lest n'y comprenait rien, et pour être franc, il s'en moquait.
_ Je peux récupérer mes bottes et rentrer, maintenant ?
_ C'est une vrai fixation ses bottes, chez toi !
Mais la Cureuil les lui rendit néanmoins. Elle ramena Lest sur le chemin menant à la sortie de la forêt, bien plus court que l'allée ayant nécessité le détour par la grotte. Elle disparu au détour d'un virage, sans un mot d'adieu, ayant obtenue ce qu'elle vouait, laissant Lest rentrer seul.
Le jeune homme continua donc d'avancer, les bottes sous le bras, pendant de longues minutes.
_ …est !
Il s'arrêta, les sourcils froncés.
_ Lest !
Oui, il ne s'était pas trompé, quelqu'un était bien en train de crier son prénom à pleins poumons. Il se remit à marcher et aperçut très vite une silhouette entre les arbres, l'appelant d'une voix désemparée, désespérée.
_ Vishnal…
Son majordome se retourna et laissa échapper un sanglot enroué en l'apercevant. Il se précipita vers le jeune prince et le serra dans ses bras, envoyant allègrement paitre les protocoles et les convenances. Il éclata en sanglots soulagés, l'étreignant avec force. Lest resta les bras ballants, incapable de savoir comment réagir au désarroi de son majordome. Il finit par lui tapoter maladroitement le dos.
_ Euh… Vishnal ? Tout va bien ?
_ Non ! Non ça ne va pas ! J'ai eu peur ! Je ne vous trouvais pas ! Et j'ai vu une trace de chute près de la falaise, et un morceau de votre manteau juste à côté, et je ne vous voyez pas en bas, mais je ne pouvais pas descendre, et je vous appelais, je vous appelais, et vous ne répondiez pas ! J'ai cru… J'ai cru que…
Sa voix se noya dans un nouveau sanglot, toute la peur qu'il avait éprouvée s'évacuant lentement. Lest se mordit la lèvre et serra pour de bon son majordome dans ses bras.
_ Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur… Je pourchassais un Cureuil et… tout va bien. Je n'ai rien.
Vishnal recula et observa le prince avec attention. Il finit par soupirer profondément et se laissa tomber à même le sol.
_ Quel soulagement…
_ Je suis désolé, Vishnal. Je n'ai fait attention à rien en suivant le Cureuil, je n'ai pas pensé à prévenir quelqu'un.
_ Pourquoi suivre un monstre comme ça ?
Lest se mordit la lèvre et regarda les bottes tombées à terre. Il s'accroupit devant Vishnal et se gratta la nuque.
_ Il a volé ton cadeau d'anniversaire. Je suis un minable petit lâche, je n'ai même pas été capable de te l'offrir avant, alors que… ce n'est rien.
_ Lâche ?
_ Ça n'a pas d'importance. Je peux me rattraper, maintenant. Alors… Joyeux anniversaire, Vishnal !
Lest présenta la paire de bottes à son majordome qui les regarda avec des yeux tout écarquillés de surprise.
_ Vous… Mais… Je… Pourquoi ?
_ J'ai remarqué que les tiennes sont abimées…
Vishnal sourit, un beau sourire éclairant tout son visage, faisant pétiller son regard avec candeur.
_ Merci mon prince !
Lest poussa un profond soupir de soulagement et sourit à son tour.
_ J'espère qu'elles vont t'aller… J'ai demandé à Bado de les faire à partir d'une de tes paires de chaussures que m'a données Volkanon.
_ Il ne fallait pas vous donner tant de mal pour moi, mon prince.
Vishnal délassa ses vieilles bottes de cuir abimé et les retira. Il regarda Lest, toujours accroupi devant lui, qui lui présentait ses bottes neuves comme pour l'aider à les chausser. Le prince détourna le regard, les joues rouges.
_ Tu t'occupes de moi toute l'année, je peux bien te rendre la pareille au moins une fois…
_ Alors je vais en profiter. Merci… mon prince…
Il glissa ses pieds dans les bottes, surprit par leur souplesse agréable à porter. Il se redressa et les tapota doucement conte le sol pour les ajuster.
_ Elles sont parfaites !
Lest renversa la tête en arrière avec soulagement. Ça commençait à faire beaucoup de soulagement, mais il ne s'en plaignait pas.
_ Je suis content !
Il se releva finalement et leva les yeux vers la lune si belle dans le ciel parsemé d'étoiles. C'était une belle nuit…
_ Ah ! Mais Vishnal ! Qu'est-ce que tu fais là ?!
Déstabilisé, le majordome pencha la tête sur le côté pour le dévisager.
_ Je vous l'ai dit, non ? Je m'inquiétais de ne pas savoir où vous étiez. Clorica m'a dit que vous étiez parti, alors…
_ Ce n'est pas ce que je veux dire, tu devrais être avec Clorica et passer la soirée avec elle ! Je suis désolé ! A cause de moi…
Vishnal secoua la tête et regarda le ciel étoilé avec un sourire. Oui, c'était vraiment une belle nuit.
_ Ne vous excusez pas.
_ Mais… ton diner avec Clorica…
_ Il y a des choses plus importantes.
Le majordome regarda son prince et sourit avec douceur. Il fit un léger signe du menton pour désigner le chemin.
_ Rentrons à Selphia, mon prince, d'accord ?
Lest le regarda, une expression étrange sur le visage. Il finit par hocher la tête en souriant.
_ Oui…
_oOo_
Ville de Selphia, 18ème jour de l'Automne…
Lest regarda les premiers rayons du soleil apparaitre au-dessus des toits de la ville alors qu'il y rentrait enfin. Il n'aurait jamais pensé que la Forêt du Yokmir soit si loin de Selphia. Peut-être que le chemin que Vishnal avait prétendu plus court n'était pas si ''plus court'' que ça… Le majordome écrasa un bâillement en franchissant la porte de la ville sous l'œil effaré du garde de ladite porte. Pour une fois, ce n'était pas Arnaud, mais l'un de ses collègues.
Avec Vishnal, Lest regagna le Palais du Dragon en proie à une vive agitation. La disparition du prince n'était pas passée inaperçue, et les domestiques couraient en tout sens à sa recherche, fouillant les endroits les plus improbables en en espérant l'y trouver. Son retour provoqua un vif soulagement et il fallut un bon moment pour que chacun retourne à ses tâches habituelles. Sauf Vishnal, à qui Lest ordonna de se reposer de la nuit blanche qu'il lui avait involontairement fait passer.
_ Et c'est un ordre, Vishnal.
_ Qui suis-je pour désobéir à un ordre de mon prince ?
Le majordome s'inclina en se retenant difficilement de rire. Lest le regarda partir et sursauta lorsque Volkanon s'approcha de lui.
_ Votre Altesse ?
_ Ah ! Hein ? Quoi ? Oui ?
_ Je ne voulais pas vous faire peur, pardonnez-moi. Mais Dame Ventuswill se sent mieux, ce matin.
_ Ventuswill ? Parfait, j'ai deux mots à lui dire.
Le jeune prince se dirigea immédiatement vers la salle du trône où siégeait Ventuswill. La dragonne aux écailles vertes s'y trouvait, l'air plus alerte que la dernière fois qu'il l'avait vue.
Il avait toujours été intimidé en sa présence, son aura de Dragon Divin lui donnant l'impression d'être un moins que rien face à elle.
Mais pas cette fois.
_ Dites-moi ce qu'est cette histoire de Gardiens.
_ Lest… Où as-tu entendu parler de ça ?
_ Répondez-moi !
Ventuswill se redressa, étonnée devant le ton autoritaire du jeune homme. Il avait plus que jamais l'air d'un prince. Elle poussa un soupir profond et agita légèrement ses ailes irisées.
_ Très bien… Commençons par le début. Comme tu le sais, il y a quatre Dragons Divins maintenant l'équilibre du royaume de Norad. Sans nous, la fertilité de la terre serait détruite, plus rien ne pousserait et ce serait la fin. Notre vie est cependant différente de celle des autres êtres vivants peuplant ce monde. Lorsque nous mourront, notre essence finit par renaitre pour que l'équilibre soit maintenant. Tu me suis ?
_ Vous prétendez que les Dragons Divins sont indispensables à notre monde. Mais je ne vois pas le rapport avec les Gardiens.
_ Tu es aussi impatient que ta sœur. Ne fais pas cette tête, j'ai déjà raconté cette histoire à Frey. Donc, je poursuis. Je suis le Dragon Divin du vent et du temps. J'aurais dû, comme tous les autres, mourir et voir mon essence se réincarner en mon successeur. Mais… Il y a très, très longtemps, quelqu'un en décida autrement. C'était un ami qui m'était très cher… Pour me sauver, il décida d'aller voir un Terrami, un être particulier capable de jeter des sorts impossibles pour les autres. Mon ami paya de sa vie pour rallonger la mienne, acceptant d'être emprisonné quelque part. Il avait un don particulier, qui lui permettait en quelque sorte d'attirer les runes à lui, ce qui faisait de lui le candidat idéal pour ce sortilège.
_ Les runes ?
_ Elles sont la force vitale de la terre. Sans elles, elle mourra. Elles sont émises par les Dragons Divins, d'où notre importance. Mais en contrepartie, cela épuise notre vie. Mon ami n'a pas voulu accepter cela. Il est devenu le premier Gardien pour fournir à ma place les runes, de part son don. Les suivants, possédant eux aussi le don, ont fait de même, ce qui m'a donc permit de continuer à vivre…
_ Vous avez sacrifié quatre existences pour sauver votre peau.
_ Non ! Je n'ai jamais voulu ça ! Ni pour Léon, ni pour les trois autres ! Je ne voulais pas voir Dolce, Dylas et Amber être condamnés à une éternité d'enfermement ! Pas plus que je ne veux voir la suivante devenir Gardienne !
_ Parce qu'il y en aura encore ?!
_ Inévitablement. Il faut de plus en plus de runes, surtout maintenant… maintenant que l'un des autres dragons, Terrable, est mort. Les runes de son corps vont continuer d'alimenter notre monde jusqu'à l'apparition de son successeur, mais j'ai peur qu'à cause de moi, ça ne soit plus suffisant.
Lest la regarda avec dureté. S'il avait bien tout comprit, quatre personnes avaient été emprisonnées sous le nom ironique de Gardiens pour faire le travail de Ventuswill à sa place, à savoir garder l'équilibre du monde en l'abreuvant de runes. Et Frey savait ça.
Elle n'avait pas dû apprécier.
_ Bon… Et les sphères runiques, que savez-vous de ça ?
_ Tu as entendu parler de ça aussi…
_ Une Cureuil prénommée Alice, qui s'est présentée comme une Terrami m'en a fait placer une dans la forêt.
_ Alice ? Elle est pourtant morte après avoir scellé Amber… Les sphères runiques peuvent remplacer le rôle des Gardiens. Ce sont des artéfacts très puissants.
_ Et pourquoi ne pas les avoir utilisée dès le début ?
_ Parce que… nous ne savions pas où elles sont. Elles n'existaient pas du temps de Léon et de Dolce. Puis, effrayés par leur puissance, les Terramis qui les ont créées les ont cachées. C'est pour ça que la tradition des Gardiens perdure.
Lest inclina doucement la tête et soupira.
_ Cette Amber dont vous parlez… c'est la fillette qu'a ramenée Kiel, n'est-ce pas ? Donc vous avez été malade car Dolce et elle ne faisait pas ce truc avec les runes à votre place. Et comme vous avez vécu bien trop longtemps, si les Gardiens disparaissent, vous mourrez.
_ C'est exact.
_ Avoir placé une sphère vous a donné un sursit… Où sont les deux autres Gardiens ?
_ Léon ce trouve à l'ouest d'ici, dans la tour Léon Karnak. Et Dylas… est dans les Ruines Englouties.
_ Le monstre cheval qui détient Frey…
Lest serra les poings.
_ Alors c'est pour ça que vous ne vouliez pas que je parte sauver ma sœur, pour ne pas faire de mal à votre si précieux Gardien !
_ Non ! Ce n'est pas…
_ Navré, mais cette fois ça suffit. Je vais libérer ma sœur. Si par hasard je trouve une sphère, je remplacerais Dylas par elle, mais je ne laisserais pas Frey devenir une victime collatérale de votre incapacité à admettre que nous devons tous mourir un jour, vous y comprit.
Lest se détourna, furieux, et s'éloigna d'un pas déterminé. Tout d'abord, il devait aller se coucher et dormir, épuisé par sa nuit qu'il était. Il ne sauverait pas Frey en ayant l'esprit embrumé par le sommeil. Puis il prendrait la Garde des Vents et partirait aux Ruines Englouties, et advienne que pourra. Quant à Ventuswill… pour l'heure, son sort lui était bien égal.
_oOo_
Amber tenait seule la boutique de fleuriste ce jour-là, Illuminata s'étant absentée pour discuter d'exportation avec Arthur. L'elfe passait beaucoup de temps avec le Grand Prince de Norad, même l'innocente Amber l'avait remarqué. D'autres aussi, et parfois elle les entendait murmurer de l'inconvenance d'un tel comportement. Une elfe et un humain ? Mais ils n'étaient même pas de la même race !
Tout ça échappait à Amber. Dans la forêt, les monstres ne s'embarrassaient pas de tant de simagrées.
Elle sursauta lorsque la porte s'ouvrit, une clochette tintant allègrement.
_ Bonjour ! Oh… Dolce.
L'elfe libérée du Manoir Obsidienne observa la fille-monstre tirée de la Forêt du Yokmir. Nul besoin d'artifices et de mensonges entre elles, elles se reconnaissaient comme des semblables au-delà des années et des espèces. Elles étaient deux Gardiennes.
_ Bonjour.
_ Amber peut faire quelque chose pour toi ?
_ Oui… Nancy a dit aimer de petites fleurs rose qui ressemblent à des clochettes, alors je voudrais lui en offrir. Tu vois de quelles fleurs il s'agit ?
Amber fit le tour du comptoir en hochant la tête. Dolce la voyait plus soucieuse que d'habitude.
_ Ventuswill s'est rétablie.
_ Oui.
_ Qu'est-ce que ça signifie, à ton avis ? Est-ce qu'on va devoir redevenir des Gardiennes ?
_ Hors de question !
La gentille Amber se retourna, furieuse, son visage prenant l'espace d'un bref instant les traits de l'Ambroisie qu'elle était, ses ailes boursoufflant le dos de sa robe rose et ses antennes sortant de ses cheveux. Le vase qu'elle tenait heurta une table avec force, sans se briser, mais l'eau qu'il contenait déborda.
_ Je ne retournerais pas là-bas ! Jamais ! J'ai enfin put avoir une vie normale, ici ! J'ai Lumie, Xiao Pai… et Kiel, je ne laisserais personne me prendre ça ! Surtout pas un dieu !
Dolce la regarda avec étonnement, ne s'attendant pas à la voir réagir ainsi. Elle hocha la tête et s'appuya sur le comptoir en croisant les bras.
_ Moi non plus. Tu sais… j'avais une vie très agréable, avant. Mes parents, Pico, mes amis… on était vraiment très heureux, jusqu'à ce qu'un Terrami vienne me chercher. Je ne voulais pas devenir Gardienne, même pour Venti. Je l'aimais bien, mais au point de lui dédier ma vie ?
_ Moi non plus. J'étais heureuse dans la forêt, avec les autres monstres. Venti nous laissait encore aller en ville, à l'époque. Maintenant les monstres en sont banni, pour éviter que ceux qui savent encore ce qui m'est arrivé n'en parle. Ceux qui peuvent parler, bien sûr. Avec le temps, les autres en sont arrivés à haïr les monstres…
Dolce hocha lentement la tête et s'agenouilla pour aider Amber à éponger l'eau sur le parquet ciré.
_ Et les autres Gardiens ? Tu crois qu'ils le voulaient ?
_ Je ne sais pas…
Elles restèrent silencieuses, perdues dans les souvenirs de ce qu'elles avaient perdu pour sauver un dragon. Amber finit par se redresser et sourit. Elle avait l'air bien loin, l'innocente fillette courant dans les rues avec Kiel et Xiao Pai. L'Ambroisie avait disparu de ses traits, mais son ancienneté se voyait dans son regard.
_ Mais je ne me laisserais plus faire, Dolce. Je veux vivre. Et toi ?
_ Si je ne voulais pas vivre, je ne serais pas ici à acheter des fleurs pour Nancy et Jones.
Amber sourit et hocha la tête et retourna derrière son comptoir.
