Buck était assis sur le canapé chez Athena.

Il tenait la feuille qu'elle lui avait remis entre les mains depuis plus de cinq minutes et il ne semblait pas croire ce qu'il lisait.

Eddie lui-même n'arrivait pas à y croire.

Si cet enfoiré était là, il le frapperait jusqu'à que son visage ne soit plus que de la bouillie. Il faisait déjà appel à toute sa volonté pour ne pas serrer les poings. Il faisait refluer toute sa violence très loin en lui pour ne pas faire peur à Buck.

Lui seul comptait à présent.

Il avait accepté de rester pour le moment. Il l'avait suivi jusqu'à la voiture et il l'avait conduit chez le vétérinaire pour vérifier que la boule de poils était en bonne santé. Buck s'était vu confier les soins du chiot en attendant de savoir s'il voulait l'adopter.

Il allait devoir lui donner du lait au biberon, le chiot n'ayant que deux ou trois semaines d'existence. Buck était encore réticent à l'idée d'être responsable d'un autre être vivant mais Eddie voyait bien combien il s'était déjà attaché à lui.

Il le soutiendrait quel que soit son choix.

Il avait rappelé Athena pendant que la boule de poils recevait son premier vaccin. Elle lui avait demandé de la retrouver chez elle plutôt qu'au commissariat de police. Et maintenant Eddie comprenait mieux pourquoi.

Ils avaient donc récupéré Christopher qui comme prévu était déjà tombé amoureux de la boule de poils. Il se trouvait à quelques mètres de lui en train de le caresser. L'animal se laissait faire mais ne quittait pas Buck des yeux.

Il ne semblait pas pouvoir se détacher de son sauveur.

– Je ne pensais pas qu'il irait jusque-là, souffla soudain Buck.

Eddie comprenait sa surprise.

Lui-même n'arrivait pas à croire que ce salopard ait pu lancer un avis de recherche contre lui. Il lançait toutes les polices du pays contre son propre mari. Était-ce cela qu'il appelait de l'amour ?

Il s'installa à ses côtés et passa un bras sur ses épaules pour le maintenir contre lui, l'assurer de son amour et le faire se sentir en sécurité.

– Je n'ai tué personne, Athena, affirma-t-il. Je te le jure.

– Oh chéri, je le sais très bien voyons.

– Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? demanda-t-il. Je veux dire, il est recherché par les autorités et c'est déjà une chance que tu l'ais reconnu et que tu nous aies prévenu.

– Je ne veux plus me cacher, Athena, la supplia Buck.

– Tu n'auras pas à le faire, Buck. Mais pour cela nous devons mettre un terme à ses agissements, le dénoncer. Je sais que tu es contre cette idée mais écoute moi, il a prouvé qu'il était prêt à tout pour te retrouver quitte à te mettre en danger. Il te fait passer pour un meurtrier Buck, si un officier de police te reconnait, il y a de fortes probabilités pour qu'il t'abatte avant que tu n'aies eu le temps d'ouvrir la bouche.

– Il veut me faire tuer ?

– Je pense qu'il refuse que tu vives loin de lui et qu'il préfèrerait te voir mort, confirma Athena.

– Si je ne fais rien, j'ai le choix entre mourir ou me cacher, c'est ça ? Il me prive encore de ma liberté, en fait.

– Je suis désolée.

– Je le déteste, putain, jura-t-il en portant ses mains à son visage.

– Ça va aller, souffla Eddie. On est avec toi.

– Combien de temps entre le moment où tu démens l'avis de recherches et le moment où il sera inculpé pour le meurtre de Tyler ?

– Justement, on ne pourra pas l'inculper pour ça.

– Quoi ? sursauta Eddie. C'est quoi ce bordel ?

– C'est parce qu'il est policier, c'est ça ? devina Buck.

– Non bien sûr que non, s'offusqua-t-elle.

– Est-ce que c'est parce qu'on est marié, que je ne peux pas témoigner contre lui ?

– Non, Buck ! le coupa-t-elle. J'ai enquêté sur cette affaire. J'ai contacté New York et j'ai finalement retrouvé le père de Tyler. Il a emménagé au Texas après l'overdose de son fils. Il a pensé que ça serait un nouveau départ... pour eux deux.

– Quoi ? sursauta Buck. Est-ce que... ? Il est... ?

– Oui, Buck, il est vivant, confirma-t-elle. Son père l'a retrouvé in-extremis mais il est vivant et il va bien.

Buck s'écroula en pleurs et Eddie le serra contre lui.

Il pouvait sentir le soulagement le libérer du poids de la culpabilité qu'il ressentait depuis toutes ces années. Eddie entendit la boule poils couiner alors qu'elle s'échappait des bras de son fils, filant tout droit vers eux, en dérapant sur le parquet d'Athena, qui éternua lorsque le chiot arriva à proximité.

Eddie le ramassa avant qu'il n'atteigne Buck et le posa sur ses genoux.

Buck le prit contre lui et le serra alors que la boule de poils tentait de lui lécher le visage pour le débarrasser de ses larmes.

Buck émit un petit rire mouillé en caressant l'animal.

– Je vais bien, rit-il. Je suis tellement soulagé.

Eddie le regarda embrasser la boule de poils, avant de se tourner vers Athena qui recommença à éternuer.

– Pourquoi il n'a rien dit ? explosa Eddie qui bouillait de rage. Pourquoi il l'a laissé aux mains de cet enfoiré ?

– Eddie ! souffla Buck. Ça va.

– Non, ça ne va pas, il aurait pu te venir en aide. Et il n'a rien fait. Je veux savoir pourquoi.

– Parce qu'il n'en a aucun souvenir.

– Quoi ?

– Il se souvient à peine de la journée et encore moins de la soirée. Quand son père l'a retrouvé, tu n'étais plus là et ils ont retrouvé ça.

Elle lui tendit une photocopie d'une lettre manuscrite et Eddie se pencha dessus en même temps que lui. Cette lettre était censée être de Buck mais Eddie savait qu'il ne s'agissait pas de son écriture.

– Je n'ai pas écrit ça ! réfuta son petit-ami. C'est l'écriture de Doug, pas la mienne.

– Je m'en suis doutée, soupira Athena. Tyler était épris de toi Buck, et son père le savait parfaitement. Quand il a lu la lettre dans laquelle tu lui disais que tu ne l'aimais pas de cette façon et que tu préférais partir, il a pensé...

– ...que Tyler avait essayé de se tuer par dépit, termina Buck. Il a pensé à tout.

– On ne peut pas l'inculper pour tentative de meurtre ? demanda Eddie.

– On pourrait s'il y avait eu une enquête ou une preuve.

– Mais Tyler était un ancien toxicomane, conclu Buck. Et la lettre était une preuve en elle-même.

– Mais il te l'a avoué..., commença Eddie complètement abasourdi.

– Ça sera ma parole contre la sienne.

– Alors il gagne ? explosa-t-il de nouveau. On ne peut rien faire contre lui ?

– On peut, affirma Athena. J'ai parlé avec ton ami et il est terriblement désolé de ne pas se souvenir de ce qui s'est passé, de t'avoir laissé entre ses mains. Mais il a dit qu'il était prêt à porter plainte pour que nous réouvrions l'enquête, mais seulement si tu es d'accord avec ça.

– Mais ça sera long.

– C'est pour ça que je te propose de lui faire croire que tu es mort. Pour ta sécurité, jusqu'à ce que nous puissions réunir assez de preuves dans la tentative de meurtre contre ton ami mais aussi pour tout ce qu'il t'a fait subir, pour pouvoir l'arrêter.

– Sauf qu'il va débarquer ici pour en être sûr, argumenta Buck. Il se passera quoi quand il découvrira que j'ai porté plainte contre lui ?

– Il y a peut-être une solution pour le tenir éloigné de Los Angeles, lui sourit Athena.