Doug refit surface quand les rayons du soleil lui chatouillèrent le visage.

Il ouvrit les yeux se demandant une seconde où il se trouvait. La chaleur l'avait plongé dans des rêves animés et hauts en couleur, et il se réveillait un peu perdu. Puis, les souvenirs revinrent et il se tourna dans l'oreiller pour inspirer l'odeur de son mari.

Ça faisait si longtemps.

Il jeta un œil à sa montre pour voir qu'il était presque dix heures du matin. Il avait passé la nuit dans les draps d'Evan, dans sa maison silencieuse et aucun bruit ne l'avait réveillé. Ou son mari était très silencieux ou, et c'était la raison la plus évidente, il avait découché.

Il ne pouvait pas le savoir là, n'est-ce pas ? C'était forcément une coïncidence.

C'était une chance parce que cela voulait dire qu'il ignorait encore qu'il l'avait retrouvé mais ça le mettait en colère parce qu'il ignorait où il était et avec qui. Mais peut-être qu'il avait dormit chez sa sœur ou alors il travaillait de nuit, ce qui expliquerait ce coin perdu, s'il devait dormir en journée, il avait besoin de silence.

Il se redressa et s'étira.

Si la nuit avait été horrible pour son esprit, elle était restée reposante pour son corps et il se sentait d'attaque pour la journée. Il allait avoir besoin de toutes ses forces pour ramener son mari récalcitrant à la maison.

Il prit une longue douche bien chaude, imaginant Evan plaqué contre la paroi de l'étroite douche, sa peau humide et ses gémissements de douleur et de plaisir. Cela l'envoya dans un orgasme fulgurant et il joui sur le carrelage mural, restant pantelant quelques minutes.

Il se sécha et nettoya la douche pour effacer toutes traces de son passage.

Il emprunta des vêtements propres à son mari et refit le lit exactement comme Evan le faisait. Puis, il ouvrit la fenêtre pour effacer toute odeur de transpiration. Si Evan repassait après son départ, il ne devait pas se rendre compte qu'il avait passé la nuit ici.

Il y avait peu de chance puisqu'il avait entendu sa sœur dire qu'ils se retrouveraient à la fête foraine de la jetée aujourd'hui mais Doug devait parer à toutes les éventualitées. Evan ne devait pas pouvoir lui échapper cette fois.

Il ne pouvait pas.

Son estomac grogna lorsqu'il passa dans la cuisine et il ouvrit le frigo. Il récupéra un reste de gratin au thon, s'empara d'une fourchette dans un tiroir et en mangea une partie, ce qui atténua ses crampes d'estomac. Il avait tellement faim et Evan cuisinait tellement bien. Il n'avait rien mangé d'aussi bon depuis son départ. Il aurait volontiers fini le plat, mais ne s'autorisa qu'une partie avant de le remettre au réfrigérateur.

Evan ne devait pas savoir qu'il était venu.

La température devait friser les quarante degrés dans cette bicoque irrespirable ! Si bien qu'en ouvrant le frigo, il resta devant une longue minute pour se rafraîchir. Puis, il le referma et vit un dessin d'enfant accroché sur la porte.

Il y avait une maison et trois personnages. L'enfant lui-même, un homme avec un casque de pompier et un autre homme avec une tâche de naissance qui ne pouvait être qu'Evan. Son mari n'avait pas intérêt à avoir une aventure avec l'homme du dessin où il le lui ferait payer.

Il remarqua également deux gamelles pour chien sous la table de la cuisine et un jouet en plastique. Il trouvait étonnant qu'Evan ait de nouveau adopté un chien, surtout après qu'il se soit débarrassé du premier cabot envahissant qu'il lui avait offert.

Quel idiot aussi !

Evan voulait un enfant et il n'avait rien trouvé de mieux que de lui offrir un chien. C'était une idée stupide. Si Evan voulait un enfant, il allait en avoir un, Doug allait tout faire pour qu'il soit heureux. Avec un enfant entre eux, Evan ne partirait plus.

Et il allait se débarrasser de ce foutu chien comme du premier.

Il rinça la fourchette, l'essuya et la rangea dans le tiroir. Il remit le torchon à plat, étancha sa soif directement au robinet et vérifia une dernière fois le lit pour s'assurer qu'il avait la même apparence qu'à son arrivée.

Satisfait, il quitta la maison et repartit en direction de son véhicule.

Par chance, sa voiture était tout toujours là. Le toit était brûlant et, en ouvrant la portière, Doug eut l'impression d'entrer dans une fournaise. Comment pouvait-il faire aussi chaud alors qu'il n'était même pas encore midi ?

Il n'y avait personne dans la rue. Il faisait trop chaud pour rester dehors. On étouffait sous un soleil de plomb dans un ciel sans nuages et sans le moindre souffle d'air.

Qui pouvait avoir envie de vivre dans un endroit pareil, bon sang ?

Il repartit en direction de la jetée et se gara sur le parking non loin de la fête. Il s'acheta deux bouteilles d'eau et en vida une d'une traite avant de se lancer à la recherche de son mari.

La canicule ambiante l'empêchait de réfléchir et il serait déjà en route pour Hyde Park, si Evan avait été chez lui hier soir. Lorsqu'il le ramènerait à la maison et montrerait à son chef combien ils étaient heureux ensemble, et John lui rendrait son travail.

C'était un bon inspecteur et John avait besoin de lui.

Evan avait intérêt à ne pas avoir d'amant où Doug devrait le corriger sévèrement pour que jamais cela ne se reproduise. Il l'aimait tellement que la simple idée de le savoir avec un autre homme le rendait complètement fou. Mais Doug savait pertinemment qu'Evan n'était pas à blâmer.

Il était le seul fautif.

Bien sûr il lui disait tous les jours combien il l'aimait mais il le frappait quand même, le blessait, l'humiliait avec des paroles offensantes. Comment son mari pouvait-il comprendre l'amour qu'il éprouvait pour lui alors qu'il passait sa colère et sa haine sur lui ?

Il devait être complètement perdu.

Doug allait être un meilleur mari, il allait arrêter de le frapper, il allait le laisser aller travailler si c'était ce qu'il souhaitait, il le laisserait avoir des amis parce que Evan avait besoin d'interactions sociales pour s'épanouir. Il lui donnerait un gosse et ils allaient reconstruire leur mariage.

Ils allaient être heureux, comme il s'y était engagé lors de leur mariage.

Il faisait de plus en plus chaud mais Doug tenait bon. Il avait vidé sa bouteille d'eau depuis longtemps et repéra un stand où il pourrait en racheter une. Il y avait du monde partout, du bruit, de l'agitation et il détestait ça. C'était un coup à lui coller une migraine d'enfer. Les odeurs de friture aiguisaient à la fois son appétit et sa nausée, tandis que la sueur collait sa chemise à sa peau.

Il passa devant les jeux de hasard, tenus par des arnaqueurs. On y gaspillait son argent puisque tout ça était truqué, mais des tas de crétins s'y pressaient. Il scruta les visages.

Toujours pas d'Evan.

Doug s'avança vers les autres manèges, vit des gamins dans des autos tamponneuses, et des gens faire la queue en gigotant. Plus loin, il aperçut les chaises volantes et partit dans cette direction.

Il évita tout un groupe et se dévissa le cou pour mieux y voir.

Doug vit les chaises volantes s'arrêter et tout un tas de gamins sauter de leurs sièges, mais son attention se focalisait ailleurs. Sur les adultes qui entouraient le manège mais toujours rien.

Il continuait à marcher, ses yeux passant d'un homme à l'autre.

Blond ou brun, cheveux long ou court, peu importait. Il cherchait la silhouette d'Evan. Sous cet angle, il ne voyait pas les gens de face, aussi changea-t-il de position. En quelques secondes, sitôt les gosses descendus, tout le monde s'éparpillerait.

Doug pressa le pas.

Il se retrouva devant une famille, tickets à la main, incapable de décider de la prochaine attraction, parents et enfants discutant ferme.

Des abrutis !

L'homme la cinquantaine et costaud, tenait la femme fine et petite, mais avec un regard dur, contre lui alors que leurs enfants tournaient autour d'eux. Doug grimaça à l'idée d'avoir un gosse mais pour Evan il le ferait.

Le coupla sembla remarquer quelque chose et quitta l'endroit. Doug les regarda se diriger vers un homme asiatique qui lui disait quelque chose. Il tenait la main d'une femme, de Maddie Buckley, de la sœur d'Evan.

Il était sur la bonne voie.

Il les observa à distance alors que la femme déposait un baiser sur la tête d'un petit garçon qui se trouvait de dos. Il se tenait en équilibre sur des béquilles alors qu'un chiot était assis à ses côtés attachés au bout d'une laisse.

Il touchait au but mais toujours pas d'Evan.

Puis, tout à coup, il se leva de sa position accroupit sur le sol, où il semblait être en train de refaire le lacet du gosse. Ils se tapèrent dans la main et il embrassa les nouveaux arrivant pour leur dire bonjour.

Doug était figé sur place.

Il avait les cheveux plus courts mais toujours blond, ses yeux bleus pétillaient de joie et son sourire illuminait tout sur son passage. Il était bien là, vivant et si proche que quelques pas auraient suffit pour qu'il puisse le rejoindre et le serrer dans ses bras.

Il en avait tellement besoin.

Un autre homme les rejoignit avec deux femmes et tous tenaient des glaces de différentes couleurs. L'homme donna une glace à l'enfant en béquille et une autre à son Evan. Il su au regard qu'ils échangèrent et bien avant le doux baiser qu'il déposa sur ses lèvres, qu'ils étaient plus que des amis.

Ses poings se serrèrent d'eux-mêmes mais le plus douloureux était son cœur. Était-ce vraiment la fin ? Est-ce qu'il devait abandonner ? Evan était manifestement plus heureux depuis qu'il ne faisait plus partie de sa vie.

Mais Evan ignorait tous des efforts qu'il voulait faire pour lui. Evan devait savoir, il devait pouvoir choisir avec qui il voulait passer le reste de sa vie. Cet inconnu ou lui, son propre mari ?

Evan allait devoir faire un choix et Doug ne doutait pas qu'il ferait le bon, quitte à l'aiguiller dans le bon sens s'il le fallait, à forcer le destin pour qu'il prenne la bonne décision.

Il les vit s'éloigner et décida de les suivre à distance, jusqu'à ce qu'il trouve une occasion de parler avec son mari en tête à tête.