Bonsoir :)
Je suis ravie de vous retrouver pour la suite de cette histoire. Je ne sais toujours pas où elle me mène mais je prend plaisir à la construire. Ce chapitre devrait répondre à quelques questions, je vous laisse le découvrir, bonne lecture ! ;)

Shadow: On est d'accord ! Cassandra ne sait pas ce qu'elle perd... Himuro au courant ? Peut-être...


2. Blazing sky

Le regard perdu au loin à travers son immense baie vitrée panoramique, Aomine observe la ville en contre-bas nimbée de son célèbre brouillard. Aujourd'hui, seul le sommet des Twin Peaks et le haut du Golden Gate Bridge sont visibles en dehors des buildings voisins, surplombant la mer de coton flottant à leurs pieds. Le spectacle le saisit à chaque fois, lui laissant la troublante impression de vivre littéralement dans les nuages.
En apportant la tasse de café fumante à ses lèvres, Aomine se dit que le brouillard devait être encore plus épais ce matin, s'il ne s'est pas dissipé plus que ça à cette heure-ci. Bien que ce ne soit pas une science exacte, en cinq ans le brun a appris à reconnaitre le cycle de ce phénomène au fil de la journée et des saisons. D'ailleurs il est à peu près certain que demain sera une journée sans. Peut-être en profitera-t-il pour emmener Taïga aux jumelles si ça le tente. Ces deux collines en plein cœur de la ville, lui conférant un de ses nombreux points de verdure, offre une balade à ne pas manquer. Connaissant le tigre, il se doute qu'il va vite tourner en rond enfermé ici, toute à couper le souffle que soit la vue.

En parlant de lui, il s'étonne de ne toujours pas le voir pointer le bout de son museau mais après tout, ils sont rentrés tard, ou tôt… et Kagami a un déficit de sommeil à récupérer. Tant mieux s'il arrive à se reposer ici. Il ne sait pas jusqu'à quand son ami a décidé de rester mais vu l'état de ses placards et leurs appétits monstrueux, ils ne survivront pas deux jours avec ses maigres réserves. Ils peuvent commander bien-sûr mais très égoïstement, Daïki se dit qu'alors il n'aura pas droit à la cuisine de son compatriote. La nourriture, c'est bien ce qui lui manque le plus de sa terre natale. Même si Satsu lui envoie des colis de temps en temps, il est rare de trouver un vrai bon restaurant Japonais. C'est bien simple, à San Francisco ils sont au nombre de huit et il les a tous essayé et pas un n'égale la sauce teriyaki de Taïga ou son curry.

S'arrachant à la vue hypnotique, il se décide à sortir en mission ravitaillement. Avant de partir il laisse une note à son invité. Ça ne devrait pas lui prendre trop de temps, China Town n'est pas loin et il sait qu'il y trouvera de quoi faire dans les nombreuses épiceries du quartier asiatique. Pour le gros des courses, il commande en ligne en quelque clic son panier habituel dans le store le plus proche qu'il ira récupérer plus tard. Une merveille de technologie qui a révolutionné sa vie. Non, ce n'est pas de la flemme. C'est de l'économie de temps !


Lorsque Kagami ouvre les yeux, il doute de l'avoir vraiment fait tant l'obscurité de la pièce est opaque. Déboussolé il met quelques secondes à se souvenir où il se trouve et pourquoi son corps proteste de la sorte. Daïki… il est venu chez Daïki et comme à chaque fois, il a fallu qu'il abuse. Comme s'il ne savait plus être raisonnable en sa présence, il a bu plus qu'il n'aurait dû et… jouer au basket en pleine nuit jusqu'à ce que KO s'ensuive. God… il se croirait revenu mille ans en arrière, lorsque ivres de s'affronter, les ténèbres ne suffisaient pas à les stopper. Le souvenir de parties débutées pour cause d'insomnie se terminant au petit matin le fait sourire dans les draps. Ça ne fera qu'une de plus à leur actif… Le réveil est peut-être difficile mais il avait vraiment besoin de ça. De se défouler, sortir, un basket. Juste pour le fun.

Lorsqu'il se sent plus réveillé il tâtonne à la recherche de la télécommande sur la table de chevet. Après un essai infructueux il trouve finalement le bouton qui active les stores. D'abord le panneau occultant se fait plus ajouré, inondant la pièce de la lumière du jour bien entamé puis se lève doucement jusqu'à dévoiler entièrement la vue. Il lui faut un petit temps d'adaptation, le soleil Californien agressant ses rétines. Assis au bord du lit face à l'immensité de l'horizon, Kagami comprend facilement pourquoi Aomine a choisi de s'installer ici. Il l'imagine sans peine rêvasser le nez coller aux vitres des heures durant.

Le spectacle grandiose lui permet au moins d'oublier son inconfort quelques minutes avant qu'il ne se décide à satisfaire ses besoins. Il range rapidement ses vêtements de la veille, fait le lit et file sous la douche attenante à la chambre. Ce n'est qu'une fois laver de sa fatigue qu'il rejoint la cuisine en quête de café. La tasse dans l'évier l'intrigue, mais la note qu'il trouve sur la machine à expresso vient répondre à sa question.

« Je suis sortie faire des courses, fais comme chez toi. Je reviens d'ici 2 heures. D. »

Kagami lève les yeux au ciel en préparant son millésime dans des gestes automatiques. C'est tout Aho ça ! Le don qu'a son ami de ne donner que la moitié des informations _quand il ne les oublie pas complètement_ le rend fou. À ce niveau c'est à se demander s'il passe trop de temps la tête dans les nuages ou s'il le fait carrément exprès. Deux heures d'accord… Mais deux heures, s'il est parti il y a cinq minutes ou une heure et demi, ça change tout. Il ricane tout seul à la bêtise de son ami, couvrant le son de la machine coulant son café.

Un peu vaseux il n'a pas spécialement faim pour l'instant alors il se contente de sa boisson au comptoir de l'ilot en consultant son portable. Il s'étonne de voir qu'il est déjà plus de quinze heures et confirme à Himuro que oui, il est bien arrivé chez Aomine, le traitant de flippant psychopathe au passage pour avoir su avant lui sa destination. Ne sachant trop quoi faire en attendant le retour de son ami, il décide d'inspecter les lieux. Il est déjà venu plusieurs fois ici, trop heureux d'avoir son vieux rival à portée. Contrairement à lui Daïki a débuté sa carrière à l'étranger avant d'intégrer la NBA, et ce n'est que plus récemment encore qu'ils se sont retrouvés dans le même État. Ça ne les a jamais empêchés de se voir quand il rentrait au japon, ou pendant la césure. Mais il aime bien le savoir à cinq heures de voiture plutôt que plusieurs heures de vol. Toujours est-il que c'est la première fois qu'il se retrouve seul chez lui et il n'a rien d'autre à faire.

L'appartement n'est qu'un immense espace ouvert, sauf les chambres se trouvant un demi étage au-dessus et un bureau un demi étage au-dessous. C'est peu conventionnel comme agencement mais très classe et épuré. Chaque espace est visible depuis l'élément central qu'est la cuisine, ne laissant aucun obstacle occulter la vue sur le panorama. L'endroit qu'il connait le moins et dans lequel il est le plus curieux de flâner est le bureau. C'est aussi la pièce la plus fournie. Sur le seuil des quelques marches y donnant accès il reste un instant hébété. Contrairement au reste de l'appartement, la décoration ici semble vouloir exploser. L'harmonie des meubles et des couleurs s'est perdue dans le bazar de souvenirs, bibelots, posters, livres et objets en tout genre. Ça le fait immédiatement sourire, comprenant que c'est ici que Daïki passe le plus clair de son temps. Finalement il se dit que les lieux sont tout à l'image de la panthère. Un extérieur de marbre, inébranlable, arrogant de perfection avec ce côté inaccessible et presque froid. Tandis que l'intérieur, certes en pagaille mais foisonnant, éclatant et coloré, qui invite à la découverte. Un esprit de rêveur dans une carapace maîtrisée.

Kagami laisse son regard parcourir les étagères, cherchant dans ses propres souvenirs les références, les histoires, les raisons de leur présence ici attachées à chaque objet. S'il y parvient pour certains, c'est plus difficile pour d'autres. Lui rappelant que s'il connait Daïki depuis longtemps, il reste un homme mystérieux, secret, parfois difficile à atteindre. La preuve : le livre dont ses doigts caressent la tranche. Si apprendre que son ami se lançait dans l'écriture ne l'a pas vraiment surpris, le résultat beaucoup plus. Il sait que Aomine a une imagination débordante, qu'il vit souvent dans sa tête, mais il ne s'était pas attendu à autant de talent pour raconter ce qui s'y passait. Génie du basket ne suffisait donc pas ? Ou alors, il n'est pas très objectif ? Possible…

Délicatement il saisit l'ouvrage et effleure la couverture. Les lettres du titre qui sont imprimées dans un léger relief, dans un rouge chatoyant, brillant en contraste sur le fond noir et mat lui serrent la poitrine.

« Blazing sky… » Murmure-t-il pour lui seul.

Le nom d'emprunt qu'avait préféré prendre Daïki pour le publier lui arrache un demi sourire contrit et quelque part pourtant, soulagé qu'il ait pris cette précaution. Même si Kagami le connait par cœur, il retourne le volume entre ses mains pour lire le résumé et les commentaires élogieux de la presse censés convaincre les curieux.

Blazing sky
Daryl, jeune garçon orphelin voit son existence chamboulée par une nuit d'été, lorsque le ciel s'est embrasé d'une pluie de feu. Gravé au fer rouge par cette expérience unique, Daryl s'éprend du ciel et de ses mystères. Dans sa quête de réponses il rencontre Tyler, qui se souvient comme lui des comètes et rêve de les revoir un jour. Ensemble ils suivent les traces brulantes illuminant le ciel. Le nez toujours dans les étoiles, Daryl met du temps à voir ce qui se trouve si près de lui, sa dure réalité l'empêchant d'accepter le merveilleux.

« Dans cette aventure palpitante, le lecteur est invité à se rappeler les joies simples de l'enfance, et la difficulté que représente pour chacun le fait de grandir et de s'accepter.»

« Touchant. Inattendu, surprenant. »

« Aussi tendre que courageux. Une histoire inspirante, où le fantastique vient flirter avec un réalisme poignant. »

La gorge serrée d'autant de fierté que de cette boule sans nom qui lui donne chaud et froid à la fois, il range le bouquin soigneusement entre les autres.

Il y a quelques mois de ça, la première fois qu'il l'a lu, Kagami s'est immédiatement reconnu dans le personnage de Tyler. Le meilleur ami du héros. Ça l'avait énormément touché de découvrir qu'il était aussi important pour Daïki que ce dernier l'était pour lui, en réalisant que certaines de leurs conversations ou de leurs moments avaient inspirés, il en était sûr, quelques passages de l'histoire. Sans parler de sa spécialité, le Meteor Jam qui a grandement contribué à construire sa renommée au basket, faisant étrangement écho au thème principal. Mais lorsqu'à la fin, on apprend qui est vraiment Ty, et pourquoi il est descendu du ciel, Kagami en est resté scotché. Très troublé, il a hésité des jours et des jours, écrivant et effaçant une centaine de messages à l'auteur pour savoir s'il avait bien compris ce qu'il avait cru lire entre les lignes. La littérature, ça n'a jamais été son fort alors il pouvait très bien se tromper, non ? Pourtant il n'a pas pu s'y résoudre, redoutant trop la réponse de Daïki et ses conséquences sur leur relation. Quelques semaines après, alors qu'il entendait parler de ce livre partout, il l'a relu, cherchant à se convaincre qu'il avait tout imaginé. Mais avec ses déductions en tête, la vérité lui avait sauté aux yeux dès les premiers chapitres. Aujourd'hui il en est persuadé : Daïki est Daryl, le gamin perdu tombé amoureux des comètes, et il représente Tyler, la comète tombée du ciel.

Certains passages lui reviennent en mémoire tandis qu'il ère toujours dans la pièce sans plus la voir, toujours aussi perturbé par sa découverte. Il aimerait arriver à lui demander. Lui demander s'il l'aime encore de cette façon. Depuis quand ? Pourquoi a-t-il préféré le déclarer au monde entier plutôt qu'à lui ? Mais admettre qu'il est au courant de son attirance l'effraie bien trop. Plus que tout, il a peur que Aomine lui confesse qu'il ne peut plus faire semblant, qu'il attend plus de leur relation. Un scénario qu'il s'efforce de repousser quand il est en sa compagnie. Compagnie dont il ne veut égoïstement pas se priver. S'il avait remarqué des signes que son ami en souffre, peut-être aurait-il envisagé de renoncer à lui. Mais si c'est le cas, Daïki n'en montre rien, n'en a jamais rien montré. Et Daï est un pilier bien trop important dans sa vie, d'autant plus aujourd'hui alors qu'un nouveau pilier s'est effondré peu de temps après celui de sa carrière dont il a encore du mal à gérer le terme. Alors il ne demande pas. Il fait semblant lui aussi. Il déteste ça, mais pour l'instant Kagami considère que c'est un mal pour un bien, faute de savoir ce qu'il en est vraiment.

Sur le bureau faisant face au mur de verre, Kagami remarque de vieux carnets qu'il connait bien. Leur vision a au moins le mérite de le ramener au présent et de lui tirer un sourire. Ce sont les carnets dans lesquels parfois il surprenait Aomine à écrire, perché sur un toit ou adossé au panier d'un terrain. Son autobiographie qu'il disait !

« Pour quand je serais célèbre. » Affirmait-il avec conviction.

À l'époque Kagami s'en moquait plus qu'autre chose et n'a jamais été tenté de lire les élucubrations mégalos de la panthère imbue d'elle-même. Ne s'imaginant pas une seconde que son Aho de rival écrivait des choses importantes, ou même intelligentes à l'intérieur. Jusqu'à aujourd'hui, où les carnets apparaissent plus comme des trésors de réponses, que des délires d'adolescent prétentieux. Un instant il hésite à en ouvrir un lorsqu'une voix tonitruante le fait sursauter, le rappelant à l'ordre.

« Honey ? J'suis rentré ! »

Taïga se tient la poitrine pour calmer son cœur en panique et sort du bureau secouer d'un rire nerveux involontaire à ce nouveau surnom, qu'il ne trouve pas drôle du tout.

Il s'apprête d'ailleurs à réprimander Ao pour ça mais en le trouvant tout sourire, si fier de sa connerie il soupir. Ne pas entrer dans son jeu est encore la meilleure réaction possible… Au risque de se voir affublé de tout un tas d'autres sobriquets tendancieux. Il lui arrache un pot de cornichons des mains pour le placer dans l'immense frigo vide et l'aide à ranger le reste des courses.


Aomine pouffe à la réaction de Kagami. Il le sent sur le point de dire quelque chose mais rien ne vient avec son air grognon. Il ne lui décroche pas un mot non plus de ce qu'ils s'affairent autour des sacs de commissions. Le tigre à l'air un peu ailleurs, il évite son regard même quand il cherche où ranger ce qu'il a acheté. Le brun laisse couler sans s'offusquer, mettant ça sur le compte d'un lendemain de soirée compliqué.

Alors qu'il allait briser le silence pour lui demander s'il avait faim, Taïga sort déjà quelques ingrédients et des ustensiles de leurs tiroirs. Satisfait de voir son plan fonctionner, Aomine montre patte blanche en se munissant d'un couteau.

« Un coup de main ?»

Son ami lui jette un coup d'œil suspicieux mais doit trouver son sourire de bonne foi, puisqu'il lui donne les légumes à découper. Il s'attèle à la tâche du mieux possible, se rappelant les conseils et indications que Kagami a pu lui donner en matière de cuisine. Sa mission terminée, il leur sert à boire et l'observe combiner les différentes préparations dans des gestes lui semblant familiers. De ce que le cuisinier a le dos tourner, il ne peut s'empêcher de piquer un morceau de viande dans la poêle. L'odeur est trop alléchante, et il est bien trop impatient de regoûter aux recettes de Taïga. Ce dernier devine son méfait dès qu'il croise son regard et le menace de sa cuillère en bois, mécontent.

« Faut toujours que t'y mettes les pattes hein ? C'est pas possible !

— On n'se refait pas. Lance-t-il en haussant les épaules, peu impressionné.

Je me disais aussi que c'était louche ton envie d'aider… »

Faussement contrit, il lui offre l'air le plus innocent qu'il lui est possible avant de sortir quelques trucs à grignoter, en attendant que le repas soit près. Puis lorsque tout est sous contrôle en train de mijoter Daïki lui partage l'idée qu'il a eu plus tôt.

« Aujourd'hui ça risque de faire un peu tard, mais ça te dit de faire les Twins demain ? Il va sûrement faire beau je me suis dit qu'on pourrait se balader. »

Kagami le regarde surpris puis dérive derrière lui, sur les fameuses collines un peu plus dégagées à présent.

« Yeah, why not ! Sounds great but…

— Quoi ?

— Tu ne dois pas travailler ? Je peux trouver de quoi m'occuper tout seul, déjà que je m'impose…

— T'inquiète. Pour l'instant je patauge de toute façon alors un jour de plus ou de moins.

— D'accord alors ! » Accepte Taïga plus enjoué.

Heureux qu'il accepte, Aomine fait taire la voix de son éditeur qui résonne dans son crâne et lui déconseille de procrastiner encore, lui rappelant les deadlines qu'ils se sont fixés. Entre rester enfermer à surveiller un écran vide ou passer la journée avec Kagami, le choix est vite fait. Et puis de toute façon il a besoin de sortir pour nourrir son inspiration à sec. Ça ne pourra pas lui faire de mal décide-t-il en mettant la table.

Après ce repas tardif, ils passent une bonne partie du reste de la journée à jouer, ou plutôt à s'affronter sur diverses jeux vidéo. Ni l'un ni l'autre n'étant motivé pour autre chose que de glander, pour son plus grand plaisir. Ils restent vautrés dans son salon à regarder des films, à discuter de tout et de rien à la fois comme ils ne l'ont pas fait depuis une éternité. Daïki s'étonne quelque peu de voir un Kagami si docile et calme alors qu'il n'a pas bouger de chez lui de la journée. À la réflexion, il a peut-être sous-estimé le degré de fatigue ou l'état psychologique de son ami, ce qui a le don de l'inquiéter. Cette supposition ne fait que le conforter dans son choix d'activité pour le lendemain, le grand air, ça fait toujours du bien. Alors que Taïga s'endort avant le dénouement de la saga, il réfléchit aux endroits que ce dernier ne connait pas encore et qu'il aimerait lui montrer.


À son réveille Kagami se sent plus en forme. Ces dernières semaines, il n'avait plus l'énergie de rien, accablé par le poids de ce qu'il a dû gérer en catastrophe tout en se débattant avec sa déception et sa peine. La force tranquille d'Aomine et leur journée de la veille à ne rien faire lui ont étonnement fait du bien. Il le sait parce que ce matin, il n'a pas eu besoin du réveil pour sortir du lit et il a même hâte de commencer la journée. Une sensation qu'on pense anodine, mais qui prend toute son importance lorsqu'elle s'inscrit aux abonnés absents. Cette petite étincelle d'entrain lui avait manqué et il est heureux de la retrouver, ajoutant à sa bonne humeur.

Tout à fait reposé il descend pour leur préparer un petit déjeuner digne de ce nom. Le tigre prend quand même quelques minutes avant de s'y mettre pour boire un café et profiter de la vue parfaitement dégagée, comme l'avait prédit le propriétaire des lieux. Ce constat étire le coin de sa bouche en un sourire amusé. Daïki ne cessera jamais de l'étonner.

Alors qu'il empile ses derniers pancakes dans deux assiettes, Aomine débarque dans son champ de vision le pas trainant, la crinière ébouriffée et les yeux luttant encore pour s'ouvrir. L'animal s'installe en face de lui, l'odeur du festin semblant le tirer peu à peu du sommeil. Il sourit pour lui-même en constatant que Daïki n'est toujours pas du matin et lui tend un café. Affamé, il investit le second tabouret à ses côtés pour commencer son repas en silence, laissant le fauve émerger tranquillement. Ce n'est qu'une fois sa tasse vide et une bonne partie du repas englouti que le gros chat s'étire et bâille bruyamment avant d'enfin prendre conscience de sa présence.

« Pas de grâce mat' aujourd'hui ? Demande-t-il de sa voix rauque du réveil

— Non j'ai eu mon quota je crois. Je t'ai réveillé ?

— Hm

— Désolé… souffle-t-il embêté.

— T'inquiète, j'ai connu pire comme réveil que l'odeur de pancake… »

Kagami lui adresse un sourire entendu. Dans le langage Aominesque c'est ce qui se rapproche le plus d'un « merci ».

« Tu voulais partir quand pour les Twins ? demande-t-il.

— Je m'étais dit qu'on pourrait pique-niquer là-bas. Donc faudrait décoller fin de matinée.

— Ouais bonne idée. »

Tandis que son hôte termine de manger il fait comme chez lui et commence à débarrasser. Puis il sort de quoi leur faire des sandwichs sous la supervision de Daïki. Si ce dernier arbore son air flegmatique habituel, il peut lire un certain amusement dans son regard qu'il s'abstient de commenter. Il ne vaut mieux pas tendre le bâton pour se faire battre, d'autant qu'il est de trop bonne humeur pour se chamailler avec lui de bon matin. Et puis il n'a pas besoin de demander ce qui le fait rire. Il se doute que son empressement et ses petites habitudes de « maniaque » l'amusent toujours autant. Lui préfère « organisé », mais n'a pas envie d'en débattre pour la millième fois.

Fraîchement douché, une serviette sur les hanches Kagami reste un moment dubitatif devant le contenu de son sac étalé sur le lit. Il cherche une tenue adéquate pour l'activité qu'ils ont prévu. Il finit par trouver son bonheur, en se félicitant d'être prévoyant et paré à tout. Un dernier regard dans le miroir et il s'estime fin prêt. Quoique … il lui manque un accessoire. Il fouille une dernière fois ses affaires mais rien. Il l'a oublié. Il se résout à traverser le couloir pour demander à Aomine, il doit bien en avoir une à lui prêter. La porte est entrouverte mais il toc par précaution. La voix de son rival l'invite à entrer. Il le trouve torse nu devant son dressing et marque un temps d'arrêt. Kagami se reprend rapidement, s'étonnant de sa propre surprise. Ce n'est pas comme s'il n'avait pas l'habitude, Aho n'a jamais été très pudique. Mais dans l'espace intime de Daïki, ça lui semble différent.

« T'aurais une casquette à me prêter ?

— Euh si vas- y sert toi. Il doit y en avoir par-là. »

Kagami se dirige à l'endroit désigné du dressing digne de celui dont rêvait Cassandra, où il trouve trois casquettes. Une bleue électrique et jaune à l'effigie de Warriors, une blanche, plus sobre mais aussi de l'équipe de San-Francisco, quant à la dernière qu'il saisit par dépit elle est noire, brodée de rouge. Un large sourire lui mange le visage et il se retourne immédiatement pour chambrer Aomine :

« J'y crois pas ! T'as gardé des fringues du lycée ?

— Parce que tu vas me faire croire que toi non peut-être ? Rétorque l'autre sans se démonter.

— Pas pour les porter ! »

Il se moque mais rougit un peu, incapable de démentir. Il a effectivement gardé un jersey de Seirin, et peut-être aussi une paire de basket de l'époque qu'il n'a jamais pu se résoudre à jeter.

« Sérieux t'en n'as pas d'autres ? J'ai le choix entre Warriors ou Too ?

— Nop, sorry. Pourquoi, t'aime pas porter mes couleurs ? Le nargue son vieil ami.

— Tes couleurs… Pff, c'qui faut pas entendre ! Le noir m'est toujours mieux aller qu'à toi. » Marmonne-t-il en enfonçant la relique d'une autre époque sur son crâne.

Aomine s'esclaffe dans son dos tandis qu'il quitte sa chambre et lui lance pour enfoncer le clou :

« Prends en soin Bakagami, j'y tiens ! »

L'adolescent en lui roule des yeux et grimace, imaginant la tronche de ses anciens coéquipiers s'ils le voyaient coiffé de la sorte. Il sait que c'est ridicule, pourtant il a l'horrible impression de les trahir. Mais à choisir, c'est moins grave et surtout moins compromettant que de porter le logo très reconnaissable des Warriors sur son front tout aussi reconnaissable, associé aux Lakers. Il a ses limites.

De ce que l'As des emmerdeurs termine de se préparer, il glisse les sandwichs et des bouteilles d'eau dans leurs sacs à dos, fin prêt pour la balade et il doit le dire, impatient de sortir.


Le brun rejoint un Kagami sur la défensive mais ne fait aucune remarque supplémentaire. Ce n'est pas l'envie qui manque, surtout quand il le sent si susceptible à propos de quelque chose, mais ça lui plait bien de le voir avec ses couleurs, quoiqu'il en dise. Et puis son ami à l'air en meilleur forme aujourd'hui, alors autant ne pas trop le contrarier. Ils décident qu'il sera plus simple de rejoindre le sentier de randonnée avec la voiture de Taïga et quittent l'appartement.

En arrivant au sous-sol, dans le parking privé de la résidence, Daïki se fige en découvrant la voiture de Kagami. La première fois qu'il l'a vu il n'a pas fait attention, trop occupé à en sortir son sac du coffre. Et puis il n'y connait absolument rien en voiture. Mais lorsqu'il s'approche, le nom chromé ornant les flancs du bolide ne peut pas le tromper.

Comet…

Taïga s'est offert une comète. La main sur la poignée, son cerveau turbine à la recherche de réponses aux questions qui se bousculent en lui, tandis qu'il essaie tant bien que mal de rester calme. Il finit par ouvrir la portière et déglutit pour chasser son désarroi.

« On ne se refuse rien dis-moi…

— Ça te va bien de dire ça tient ! T'as vu l'endroit où tu vis ? Et puis je l'ai toujours dit non ? Que je m'en offrirais une… » Réplique Kagami en caressant fièrement le volant.

Maintenant qu'il l'a sous les yeux, oui, il s'en rappel. Happé par un souvenir aussi net que perturbant, il se rappel comme si c'était hier de leurs rêves éveillés de gloire et de succès devant les matchs de NBA lorsqu'ils s'imaginaient passer pro, passer de l'autre côté de l'écran. Énumérant inlassablement les trophées qu'ils remporteraient, les records qu'ils battraient, les équipes qu'ils intègreraient, la vie qu'ils mèneraient et tout ce qu'ils pourraient alors s'offrir... Bien-sûr qu'il se souvient de cette bagnole dans la liste de Taïga.

Fébrile, alors qu'il s'attache dans le siège en cuir Daïki croise le regard brûlant de son rival, animé d'une lueur de défis qu'il ne connait que trop bien et qui le ferait presque frémir. Il soutient son regard, tétanisé, le cœur pulsant dans ses tempes. C'est dans ce genre de moments qu'il est certain que son ami a lu son roman. Qu'il sait tout. Mais au cas où il se fasse des films, jouant le même jeu de l'ignorance il ne saisit pas la perche silencieuse et commente d'un ton qu'il veut détaché en suivant du regard le décapotage du toit.

« Yeah, I remember. Une mercury comet convertible des années soixante. » Récite-t-il de mémoire. « Tu ne m'avais pas dit que t'en avais enfin trouvé une ? »

— Yeah well… Elle n'était pas sortable. Je n'avais pas vraiment le temps avant… Mais ça y est j'ai fini de la retaper avec Tatsu, elle est comme neuve maintenant. » Lui explique le conducteur avant de faire ronronner le moteur, sourire aux lèvres.

Aomine ne commente pas. Beaucoup trop sonné pour maintenir une conversation cohérente. Profondément troublé, il n'en n'est pas moins fasciné par la puissance de l'inconscient. Il se demande comment il a fait pour ne pas distinguer le lien avant aujourd'hui entre ce souvenir enfouit et son roman. Il pensait pourtant avoir fait le tour de son histoire, de sa genèse, d'en détenir toutes les clés, tous les tenants et les aboutissants. Pourtant il vient d'en découvrir un nouvel aspect, réalisant par la même occasion son évidence.

Perturbé à l'idée que pendant qu'il écrivait son livre, Kagami travaillait lui aussi sur une comète, il ne voit pas vraiment le défilé des rues où s'alignent les jolies maisons victoriennes. Ces hautes bâtisses colorées faisant la renommée des beaux quartiers de San-Francisco. L'ironie du sort, il ne peut même pas en rire avec lui au risque que ça lui explose au visage. Est-ce que Taïga l'a fait exprès ? Venir ici avec… ? Dans quel but ? Ne peut-il s'empêcher de se demander alors qu'ils s'éloignent peu à peu du centre-ville.

Son esprit s'égare vers Satsuki, avec l'envie dévorante d'avoir son avis sur la question. Depuis longtemps au courant de ses sentiments, c'est à elle qu'il avait confié la relecture de son manuscrit. C'est elle qui l'a convaincu de le soumettre aux maisons d'édition, lui promettant que personne ne pouvait comprendre à moins de connaître intimement le vrai « Ty » et que s'il avait vraiment peur, il pouvait toujours prendre un pseudonyme. Alors il avait cédé, rêvant secrètement autant qu'il le redoutait que Kagami comprenne que cette histoire était plus que le fruit de son imagination, mais aussi un peu la sienne.

Avec cette voiture comme preuve supplémentaire et insoupçonnée des sentiments qu'il lui porte, il se demande combien de temps encore va durer leur petit jeu de cache-cache. Parce qu'il lui semble tout bonnement impossible à présent que Taïga ne soit pas au courant. Reste à savoir ce qu'il en pense…

D'ailleurs, visiblement désireux de le sortir de son silence, ce dernier monte le volume de la musique et fait l'idiot, jouant les rocks-stars en playback sur une vieille chanson de Bon Jovi. Son imitation approximative_pour ne pas dire complètement fausse_ réussit à le sortir de ses réflexions moroses. Bakagami parvient même à le faire rire, tant il est déchainé. L'énergie communicative du pilote, le vent dans ses cheveux en parfait accord avec la chanson qui invite au lâché prise, il s'essaie à son tour à pousser quelques vocalises, chorégraphie à l'appuis. Sa performance a au moins le mérite de faire éclater de rire le tigre et retourner quelques têtes sur leur passage. Ils poursuivent leur route ainsi, laissant une traînée de notes de musiques plus ou moins justes et de gaz d'échappement derrière eux.


Arrivé sur le parking au départ du sentier de la promenade, Kagami observe discrètement son passager pour s'assurer que tout va bien. Il a remarqué sa confusion, il a même pu entendre les rouages de son esprit grincer. Il aurait payé cher pour entrer dans sa tête, lire ses pensées, savoir ce qui le travaillait à ce point. Mais à défaut de pouvoir l'y rejoindre il a tenté de le distraire avec il doit le dire, un certain succès. Aomine a finit par sortir de sa bulle et jouer les copilotes pour les conduire à bon port. Tandis que ce dernier sort leurs sacs à dos du coffre, il le trouve plus serein et enjoué. Il prend le temps de remettre la capote de sa précieuse voiture en place avant d'en sortir.

Alors qu'ils enfilent leur sac en quittant le parking, Kagami s'étonne de découvrir la silhouette des collines si haute. Elles paraissent bien moins imposantes vu du perchoir de son ami, mais rien qui ne le décourage. Au contraire, la perspective de ce petit challenge lui plait bien. D'un pas déterminé il amorce la montée des premières marches. Daïki le précède et bifurque à droite en haut de l'escalier, le menant à un point d'observation. Une représentation graphique du panorama détail ce qu'ils peuvent voir d'ici et son ami s'improvise guide touristique.

« Au Nord on pourra voir le Golden Gate Bridge, et de l'autre côté-là bas tu as l'océan et l'entrée de la baie. »

Kagami acquiesce et prend encore quelques instants pour observer la ligne d'horizon découpée par les gratte-ciels du centre-ville puis ils entament le véritable chemin de randonnée de terre battue qui monte en pente douce jusqu'au premier sommet des Twins. Comme Daïki l'avait prédit, il fait beau aujourd'hui. Le brouillard de ces derniers jours s'est levé et leur laisse une vue dégagée sur toute la ville et sa topographie si particulière. Le soleil de Mai lui donne vite chaud, mais la brise marine rend l'effort supportable. À regarder droit devant on pourrait croire le terrain plat, pourtant il n'a de cesse de grimper. C'est traitre et ça commence à tirer sur ses adducteurs qui ont trop vite pris l'habitude de ne plus autant servir qu'avant. Il s'essuie le front en se disant qu'il devrait rajouter des sessions jambes à son entraînement. Devant lui Daïki continue d'avancer sans montrer de signe particulier de fatigue ce qui a le don de lui mettre un coup de fouet.

Pendant qu'ils marchent, ils n'échangent pas beaucoup. Chacun perdu dans ses propres pensées. Il finit par se surprendre lorsqu'il dérive sur Cassandra, qui n'était pas venu envahir son esprit depuis… un bon moment maintenant. Préférant que ça reste ainsi il chasse son ex de sa tête, se persuadant qu'il n'a pas besoin de savoir comment elle va, ou ce qu'elle fait. Après tout, il n'a aucune nouvelle lui permettant de penser qu'elle se soucie de lui, alors pourquoi lui rendrait il la faveur ? Il secoue la tête et se reconcentre sur le souffle régulier de son rival à quelques pas devant lui, callant ses pas dans les siens.

Sans s'en rendre compte, il arrive en haut de la première colline. Il profite d'une petite pause pour boire un coup et admirer la vue dans laquelle se perd Aomine. Le mythique pont rouge reliant San-Francisco et Sausalito, suspendu au-dessus du détroit de Golden Gate.

« Il est impressionnant sous cet angle.

— Hum … » Marmonne pensivement Ao pour toute réponse.

Le tigre s'amuse de l'air rêveur de Daïki. Celui qu'il arbore quand il est à moitié avec lui, à moitié il ne sait trop où. Il ne s'en offusque pas outre mesure et passe un bras autour de son cou, s'appuyant contre lui pour admirer le paysage, cherchant à voir ce que peut bien y trouver son ami de si fascinant et qui lui échappe. Au bout d'un moment dont il serait incapable de définir la durée, Aomine retrouve la parole pour une confidence qui lui arrache un sourire, levant le mystère sur ses pensées.

« Des fois j'ai du mal à croire que je suis vraiment là. Aux States j'veux dire. Ça me paraissait tellement loin, tellement impossible à l'époque… Des panoramas comme ça, je me disais que je les verrais qu'en carte postale.

— Aho… Il serait temps que tu te réveil. Parce que ça fait plus de dix ans que t'es là, et maintenant, tu fais même parti du décor. » Lui rappelle-t-il gentiment en resserrant son étreinte.

Aomine se laisse faire en pouffant, incrédule. D'aussi près, il a tout le loisir de voir un sourire illuminer son visage qui réchauffe aussi son cœur. Puis son rival se dégage doucement en ajustant sa casquette.

« Bon, on se fait la deuxième avant de manger ?

— Yeah let's go ! »

Ils choisissent le chemin le plus court pour rejoindre l'autre sommet, et aussi le plus ardu. Celui qui descend a flan de colline et remonte en pente raide. L'inclinaison du chemin les fait presque courir, leur tirant des rires de gamins insouciants. Mais quand vient la montée, ils cessent de se marrer pour préserver leur souffle. Kagami sent ses muscles crier sous sa peau moite de sueur. Il a la désagréable sensation d'être rouillé, de souffrir alors qu'il y a quelques années encore, cet exercice lui aurait sans doute semblé trop facile. Ou alors son inactivité récente lui a vraiment fait plus de mal qu'il n'aurait cru, ce qui lui donne l'envie farouche d'y remédier au plus vite. C'est décidé ! Demain, il reprend son jogging quotidien.

Il arrive tout de même au bout de l'ascension, essoufflé mais content de lui et de la sensation familière des endorphines agissant sur son esprit. Le grand air et le sport, ça remet les idées en place. Il frape dans le poing que lui tend un Aomine tout aussi satisfait, sous le regard curieux et étonné des autres promeneurs ayant choisit le chemin le plus sûr. Ils reprennent leur souffle en cherchant un coin à l'ombre où s'installer pour pique-niquer et reprendre des forces. De nombreuses tables sont déjà occupés et Daïki le mène un peu plus bas, hors du sentier. À l'ombre d'un arbre solitaire ils se posent dans l'herbe en soupirant d'aise. Kagami en profite pour s'allonger et s'étirer de tout son long, appréciant la brise fraiche venant du Pacifique en face d'eux qui rencontre le détroit. D'ici ils voient toujours le pont mais la ville a laissé place à des quartiers plus résidentiels à leurs pieds, avec le port un peu plus loin.

« C'était pas long en fait.

— Non en deux heures facile ça se fait. Et on a fait le plus dure.

— C'est pas plus mal. C'était une bonne idée en tout cas. » Affirme-t-il en attrapant son sandwich.

Pendant le repas, Aomine lui raconte un peu ça vie ici. L'ambiance générale de la ville qu'il apprécie particulièrement comparé à d'autres. Ils parlent aussi de leur routine qui a changé, le vide que leur carrière a laissé et qu'ils essaient de combler. Sans véritable regret, mais avec une certaine nostalgie de cette effervescence qui les laisse déboussolé, comme une tempête qui vous aurait fauché en cours de route pour vous abandonner des milliers de kilomètres plus loin, échevelé et sans repère.

« Je sais qu'il faut faire de la place aux jeunes, mais c'est pas facile de tourner la page. Je comprends mieux Alex… et encore, elle a été forcée d'arrêtée.

— Faut dire qu'on a bosser tellement dure pour y arriver. Je n'ai jamais vraiment réfléchi à l'après…

— Et moi donc ! »

Ils font parti de ces chanceux pour qui le basket à été plus qu'une passion, mais tout un pan de leur vie. Tout reconnaissant et heureux qu'il soit d'avoir réalisé son rêve le plus cher, Kagami ne peut s'empêcher de se sentir triste et vide. Vide d'objectif, vide de projet, vide de sens. Sans but à atteindre, il trouve le principe d'avancer un peu creux, presque inutile. Pour l'instant son idée d'école reste théorique, rien n'est encore palpable et il s'impatiente de plus en plus de constater combien c'est long et usant de ne pas avoir le contrôle sur tout. Au moins au basket, s'il voulait un résultat, il travaillait jusqu'à l'obtenir. Là, il a beau faire tout ce qu'il faut, d'autres personnes sont impliquées et ralentissent sa progression. Il se confis à Ao sur sa frustration et faute de lui donner des solutions, il trouve au moins en lui une oreille attentive et compréhensive.

« Ça n'a jamais été ton genre d'attendre les bras croisés… Je comprends que ça t'enrage. Mais si tu veux vraiment que ton projet voit le jour il va te falloir un peu de patience.

— J'ai l'impression de me retrouver sur le banc, à regarder le match qui se fait sans moi… j'te jure je déteste ça. »

Aomine rit de sa comparaison. Faisant part des souvenirs de son tempérament de feu qui l'avait poussé plus d'une fois à rendre chèvre son coach pour entrer sur le terrain. Son ami lui affirme d'ailleurs que sur internet, il y a encore quelques montages qui tournent de ses excès « d'enthousiasme ». Kagami lève les yeux au ciel face à son hilarité. Comme s'il était mieux que lui cet abruti !

« Je suis sûr qu'on en trouve autant de toi… Aho !»

Sa remarque ne fait qu'accentuer le rire de Aomine, cependant il ne dément pas non plus. De mauvaise foi, il le bouscule mais finit par se joindre à lui.

Après leur pause repas, ils se décident à terminer la balade. Le ballet des bateaux entrant et sortant de la baie les accompagnant sur ce versant du relief.


L'après midi est chaude, et après l'effort, Aomine estime qu'ils ont bien mérité une petite récompense. De ce que Kagami décapote son bolide il lui propose d'aller sur le port.

Malgré la journée ensoleillée promettant un bel été, le début de la saison estivale n'a pas encore apporté son lot de touristes. Il y en a quelques-uns, mais pas assez pour en faire une foule dans laquelle se noyer. Ils marchent sur la promenade en s'amusant des noms des bateaux à quai, imaginant l'histoire derrière chacun d'eux. Le brun passe un si bon moment en compagnie de Kagami qu'il arrive à en oublier ses tracas et les doutes qui persistent au fond de ses tripes. C'est toujours comme ça avec lui. Leur complicité revient naturellement, effaçant le temps qu'ils ont laissé s'étirer entre eux, et les non-dits qui attendent. Il est content de retrouver le sourire de son ami, la lumière dans son regard, entendre son rire franc et sincère.

Aomine enfonce un peu plus sa casquette et ajuste ses lunettes de soleil lorsqu'ils approchent d'un glacier, où une petite foule s'est agglutinée. D'un geste du menton il invite Kagami à rejoindre la file d'attente. Les mains dans les poches il patiente en silence, l'avant-bras du tigre posé sur ses épaules.

« Tu sais ce que tu vas prendre ? Interroge-t 'il alors que leur tour approche.

— Hm nan… Ils ont beaucoup trop de choix ! »

Tandis qu'il reste dans le classique, Aomine s'amuse de l'indécision du tigre face à la multitude de bac de glaces colorées. Finalement il opte pour trois parfums pour le moins … originaux et ils les dégustent en rejoignant un ponton qui s'avance sur la mer.

« Alors c'est comment ?

— Pas mal… surtout celle au curry.

— Qui a l'idée de faire des glaces salées sérieux…

— Pas toi apparemment, monsieur chocolat vanille ! Se moque Kagami.

— Hé ! On ne change pas une équipe qui gagne ! »

Ils se chamaillent mais quand son ami lui propose de gouter il accepte d'y passer un coup de langue, curieux. Il ne trouve pas ça mauvais, mais de là à manger tout un cornet… pas sûr.

« Alors ?

— Mouais… ça passe. Concède-t-il.

— You see ? Told you ! »

Ils ont fini leurs gourmandises sur un banc face à l'océan puis ont repris leur marche. Leurs pas les guident à présent jusqu'à la sortie de l'espace portuaire. Ils s'apprêtent à rebrousser chemin quand Aomine se souvient de quelque chose. Le bout de ses doigts picote déjà alors qu'il invite Kagami à le suivre.

« Tu m'emmènes où ? » S'enquiert le tigre en fronçant les sourcils.

Il ne prend même pas la peine de répondre alors que son ami le suit déjà et il s'enfonce dans une rue qu'il sait déboucher sur un parc. Bientôt, ils peuvent l'entendre avant de le voir, le chant familier du playground. Crissement de chaussures, chuintement feutré, rebond sur l'asphalte. Kagami lui sourit et presse le pas pour trouver l'entrée du terrain. Voilà de quoi bien finir la journée, se dit la panthère.

Un groupe de six ou sept gamins s'agite sous les paniers de basket. Ils ne doivent pas avoir plus de quinze ans. Concentrés, ils ne les ont pas vu. Il lance un regard en biais à son vieux rival, et la lueur de défis et le sourire carnassier qu'il obtient en réponse le font frémir. Il franchit les lignes du terrain pour saisir le ballon au vol et commence à dribbler face à trois opposants ahuris. Kagami éclate de rire face à leurs yeux ébahis et se fait remarquer. Leurs casquettes ne suffisent pas à les camoufler aux yeux des jeunes fans et très vite ils se font sauter dessus. Ils se retrouvent à signer quelques autographes sur des maillots ou des chaussures et prennent des photos avec les mômes qui ont promis de ne pas aller prévenir tous leurs copains.

S'ensuit un match que les gamins garderont surement longtemps en mémoire, où les deux adultes s'unissent contre eux. Ils leurs donnent des conseils, saluent les beaux gestes et finalement épuisés d'avoir dû courir partout pour leur subtiliser le ballon, les jeunes réclament une pause.

« On peut vous emprunter le ballon en attendant ?

— Vous allez jouer tous les deux ? » S'étonne un des ados au bord de l'hystérie.

Aomine ricane et se place au centre du terrain en position. Kagami ne le fait pas attendre en le rejoignant et lance la balle qu'il tenait toujours au groupe surexcité.

« Ouais, c'est pour ça qu'on est là… Vous pouvez lancer le tip off ? »

La jeune fille du groupe qui semble aussi être la plus jeune se voit offrir ce privilège et bien qu'elle paraisse intimidée, elle s'applique comme une pro.

Juste avant que le ballon n'atteigne le point culminant de son ascension, Daïki bondit pour l'attraper mais c'est sans compter sur l'explosivité de son rival qui a toujours surpassée la sienne. Kagami part en dribble en direction du panier mais il le rattrape et se place devant lui, un sourire lui mangeant le visage.

« Comme on se retrouve Tiger… »

Son adversaire ne dit rien mais son regard incandescent parle pour lui. Ils se jaugent un peu, s'épient pour anticiper l'action de l'autre. Là, un frémissement. Son pied droit suit le pied gauche de Taïga, en parfait miroir. Il tend le bras pour lui voler son bien mais ce dernier passe entre ses jambes écartées par sa prise d'appuis et Kagami en profite pour passer en force. Le tigre récupère la balle plus loin derrière lui et marque dans un dunk puissant à en faire trembler l'anneau. Aomine encaisse, en frissonnant de plaisir. Il fait craquer sa nuque sous l'air satisfait de Taïga, prêt pour le second round.

Très vite, les exclamations et les applaudissements du groupe de gosses ne lui parviennent plus. Il n'y a plus que leur affrontement qui compte. L'adrénaline sature son corps et aiguise ses sens, mélangée à la dopamine envoyée par ses nombreux souvenirs de leur one and one, Aomine se laisse submerger. En face de lui, Kagami n'a plus rien de son ami. C'est un fauve en furie. Et il adore ça. L'excitation qu'il éprouve de le retrouver de cette façon, parvient à émaillée sa concentration. Faille que Taïga exploite évidemment à son avantage pour mener au score. Au centre, c'est à son tour d'essayer de marquer. Dans un geste qu'il ne peut s'empêcher de trouver sexy, Kagami soulève sa casquette pour plaquer ses cheveux humides en arrière avant de la replacer. Il en profite pour le provoquer.

« À croire que c'est ma casquette qui te rend meilleur que d'habitude…

— J'ai toujours été fasciné par les conneries que tu pouvais débiter pour justifier tes défaites…

— Tu dis ça comme si y en avait eu des tonnes, Baka.

— Amène-toi au lieu de parler Aho, aujourd'hui ça t'en fera une de plus. »

Et pour appuyer son propos, Kagami place sa casquette à l'envers dans un sourire à lui retourner le cœur. Il rit de sa provocation à peine voilée et commence à dribbler dans un rythme infernal et saccadé.


S'il oubli la veille, c'est la première fois depuis un sacré bout de temps qu'il affronte Daïki. À fortiori en one and one. Sans alcool dans le sang cette fois, Kagami a tous ses sens en alerte maximale. Il ne manque rien des gestes de son rival, lisant ses intentions dans chacun d'eux. Et aucun n'est déplacé, ou provoque plus de contact que nécessaire. Ce à quoi il se serait presque attendu. Il ne note rien d'autre que le feu et l'amour de Ao pour le basket dans son regard vif et brillant. Rien de plus qu'il ne connait déjà. Peut-être qu'il s'est fait des idées, pense-t-il en réalisant que rien n'a changé.

Après tout, peut-être que Daïki n'éprouve plus rien pour lui, peut-être qu'il a écrit cette histoire pour d'autres raisons que celles qu'il s'est imaginé. Oui, peut-être que si Daïki l'a aimé un jour comme Daryl aime Tyler, il a tourné la page. Kagami n'est pas sûr de savoir comment interpréter ce qu'il ressent à cette idée. Il aurait cru être soulagé, rassuré mais cette perspective ne le libère pas comme elle aurait dû. L'indifférence évidente de Aomine contraste avec ce qu'il a interprété de ses mots, et ne fait qu'ajouter des questions à la pile qui se dresse déjà dans son esprit. Pourtant malgré les apparences, il y a toujours cette peur irrationnelle tapis au fond de lui que tout change s'il venait à les poser.

Perturbé par ces pensées parasites, il fait une erreur qui permet à son adversaire de remonter au score. Il se maudit intérieurement et se secoue pour se reconcentrer. Il lui a promis une défaite, et il ne voudrait surtout pas le décevoir…


Disclamer : Si l'histoire de Daïki « Blazing sky » et de la voiture de Taïga vous est familière, c'est normal. Rendons à César ce qui lui appartient, j'ai emprunté l'idée aux Frères Scott (ou One Tree Hill pour les intimes). En effet Lucas écrit un livre racontant l'histoire d'un scientifique qui voue sa vie et ses recherches à une comète, en attendant son retour. Et Peyton conduit : une comète…
À la base je ne pensais pas détailler ce point de l'histoire mais vous avez tous été très curieux de savoir ce que pouvait bien raconter le roman de Aomine. Quand je me suis posée la question, j'ai tout de suite pensé à une histoire un peu fantastique autour d'étoiles filantes qui m'a rappelé The Comet, le fameux bestseller de Lucas Scott. J'ai donc ajouté la voiture de Kagami pour parfaire le clin d'œil.
Vous noterez tout de même que je suis allée chercher une référence touchant au basket, parce que faut pas déconner non plus xD !