Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Aujourd'hui, nous nous attaquons à l'un des premiers pivots de cette histoire : la première "rencontre" entre Tony et Loki !

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Lyrellys, edenvy-D.M, Makiang, Myrzi, merci pour vos reviews !

Makiang : Voilà la suite, on espère qu'elle te plaira !

Myrzi : Ah, la rencontre ? Eh bien, nous te laissons lire dans ce cas ;)


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 2

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Ce n'était même pas vraiment un plan. A peine plus que l'ébauche d'une idée. Mais depuis que celle-ci lui avait traversé l'esprit, il était incapable de faire autrement que d'y penser sans relâche.

Elle avait beaucoup de mérite cette idée, et un potentiel de dingue. Ça pourrait être une solution, LA solution à tous leurs problèmes. L'œuvre de toute une vie probablement, plus encore que ne l'était le réacteur ark ou les armures d'Iron Man. Ce serait l'ultime rempart, la dernière défense. Car protéger et défendre, voilà ce qu'il avait toujours voulu. Ce projet, qui n'était encore qu'à ses balbutiements, serait son achèvement.

Le début et la fin, l'Alpha et l'Omega. Ce serait probablement poétique, si ce plan n'était pas l'ultime carte à jouer avant leur destruction à tous.

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Les heures suivantes furent assez calmes et le mortel fut d'une efficacité encore jamais atteinte depuis que le dieu le regardait travailler. En revanche, il ne parlait pratiquement plus, ce qui compliquait d'autant plus la tache de Loki de comprendre les tests qu'il effectuait. C'est donc un dieu particulièrement frustré qui alla se coucher le jour suivant, en fin d'après-midi.

Les jours d'après, Stark oscilla entre état déprimé et efficacité redoutable. Il dormait de moins en moins, excepté quand Virginia Potts était présente. Loki apprit que le second projet sur lequel le mortel travaillait était une armure en pièces détachées. Stark voulait que les éléments – les bras, les jambes et le casque – puissent être assemblés séparément. Le dieu finit par préférer les moments où la femme était présente, car Stark lui expliquait avec des mots non scientifiques ce qu'il faisait – même si elle n'écoutait pas grand-chose – et Loki pouvait ainsi absorber bien plus de connaissances. Malheureusement, le mortel n'abordait pas les aspects les plus techniques, ce qui laissait Loki à la fois satisfait de comprendre les bases mais frustré de ne pas aller plus loin.

Et ce qui devait arriver arriva. Le réacteur fut réparé et le mortel abandonna – temporairement du moins – l'idée de trouver la cause de l'arrachement de la broche de raccordement.

Loki l'observa réfléchir, cherchant un quelconque projet sur lequel travailler. Somnolant presque, le dieu dû se retenir de sursauter lorsque l'imbécile de mortel frappa soudainement le plateau en verre du bureau de la paume de la main, provoquant un claquement sec qui résonna dans le laboratoire.

Il se jeta sur l'ordinateur le plus proche et se mit à taper frénétiquement sur les touches – ce qui n'était pas peu dire vu sa vitesse de frappe habituelle. Rapidement cependant, il dut faire face à un Stark taiseux qui virevoltait d'un plan de travail à l'autre, d'un ordinateur à l'autre, et d'une idée à l'autre apparemment, si Loki s'en fiait aux exclamations dépitées et aux « Non, ça, ça ne marchera pas » récurrents et plus ou moins agacés que lâchait le midgardien à intervalles réguliers.

Loki patienta deux heures avant de se résoudre à quitter l'endroit – de toute manière, le mortel était bien trop concentré pour entendre le moindre bruit.

Une fois dans la cachette, il se décida à aller récupérer un peu de nourriture et à changer le linge du lit, qui était de plus en plus poussiéreux. Après une hésitation, il téléporta depuis la résidence Stark de New-York ce dont il avait besoin. Il ignora la partie de son esprit qui s'insurgeait de devoir s'abaisser à effectuer des tâches de servants et enleva les draps sales pour les remplacer par les propres. Lorsqu'il enfonça sa tête dans l'oreiller, il retrouva l'odeur des premières nuits dans la base effondrée, la même que celle que le midgardien laissait dans son sillage et qu'il sentait chaque fois que Stark passait non loin de lui.

Ne se sentant pas particulièrement fatigué, il se laissa aller à rêvasser. Sans surprise, son inconscient dériva vers quelque chose auquel il pensait beaucoup depuis des jours. Antony Stark. L'homme le déstabilisait, il devait le reconnaître. Il était capable de faire preuve d'une volonté hors du commun et pourtant se laisser déborder par un évènement isolé jusqu'à s'en rendre malade, voire totalement improductif.

Le dieu se posait sérieusement la question d'aider le mortel à dormir en apaisant son esprit par magie. Mais cela avait deux inconvénients majeurs. Premièrement, il serait obligé d'avoir un contact physique avec le mortel, ce qui était des plus dangereux. Ensuite cela l'obligerait à dormir à un autre moment que Stark, et donc manquer une partie des expériences du mortel – mais puisqu'il avait l'air décidé à travailler sur autre chose que le réacteur ark, Loki ne savait pas s'il allait continuer à passer autant de temps assis à même le sol dans le laboratoire. Face à ces journées oh combien longues et répétitives, Il commençait à s'ennuyer.

Maintenant qu'il ne lui servait à rien de rester concentré sur chaque geste ou mot de Stark, il savait qu'il n'allait plus tenir en place. Il tenta de trouver de quoi s'occuper, mais les seules idées qui lui passèrent par la tête impliquait de rendre cinglé le mortel ou de provoquer un certain nombre de dégâts matériels, ce qui serait contreproductif et aurait le détestable inconvénient de révéler sa présence. Une idée lui vint, cependant, qui le divertirait un peu et aurait l'avantage d'apaiser un peu la paranoïa du midgardien. Un sourire aux lèvres, il échafauda son plan.

Mais une heure plus tard, il s'ennuyait de nouveau ferme. Il passa le reste de la journée à réfléchir à la meilleure manière de pousser discrètement Stark à retravailler sur le réacteur ark, mais la seule solution fiable était la moins réalisable : se montrer au mortel et le lui demander directement. Loki n'était pas certain que Stark le livrerait aux autorités midgardiennes – si tant est qu'il en ait les capacités – mais ça ne voulait pas dire qu'il l'aiderait. Avec le sceptre, il aurait pu soumettre le mortel à sa volonté et le forcer à coopérer, sans craindre de quelconques représailles ou rébellions. Mais quand bien même le dieu aurait su où le trouver, il ne se serait pas risqué à l'approcher de nouveau sans une protection adéquate. Une protection que seule le réacteur ark semblait pouvoir lui fournir. C'était un cercle vicieux et inextricable.

Frustré et toujours incapable de dormir, le dieu décida de retourner à la villa. Avec un peu de chance, l'humain serait en train de dormir et Loki pourrait fureter un peu. Effectivement, lorsqu'il se téléporta dans le laboratoire, celui-ci était vide. Il s'approcha des écrans holographiques en plein milieu de la pièce et décrypta lentement les formules et autres schémas, aidé par les quelques pages internet restées ouvertes. Progressivement, il comprit quel était l'objectif de ces recherches.

Le mortel était stupide. Il était impossible, aux vues de l'avancée technique de Midgard, que Stark réussisse à mettre en place une telle technologie. Au rythme où se développait cette planète, il ne saurait la créer avant vingt ou trente ans, au bas mot. Pourtant, l'idée était vraiment intéressante.

Il fouilla des yeux les plans de travail et les écrans pour tenter de glaner quelques informations supplémentaires, mais sans avoir la possibilité de déplacer les papiers ou chercher dans les ordinateurs, il n'obtint aucun autre renseignement pertinent.

Plutôt que de retourner dans la base effondrée, il décida de mettre en place son plan de distraction. Il lui fallu quelques heures, mais lorsque le mortel se réveilla, en même temps que le soleil se couchait, tout était prêt. Pour une fois, il ne resta pas dans le laboratoire à l'attendre mais le suivit dans la maison à une distance raisonnable. Il passa par la cuisine, où Jarvis l'obligea à manger et pas seulement prendre deux cafés et d'emporter le reste de la cafetière au laboratoire. Le dieu regarda l'autre homme agir comme un enfant boudeur, résistant à l'envie de s'en aller uniquement grâce à ce qui allait se passer plus tard dans la journ... dans la nuit.

Loki n'était pas perturbé par grand-chose. Il était blessé, en colère, indifférent. Mais qu'il ressente à la fois de la fascination et une telle envie de tuer dirigées vers la même personne était inhabituel – non pas que le mortel le fascine, bien entendu. C'était juste une façon de parler.

Perdu dans ses pensées, il failli ne pas se rendre compte que Stark s'était levé et se dirigeait droit sur lui. Il fit un bond de côté. Malheureusement, il ne fut pas totalement silencieux et le mortel se figea.

« Jarvis, si tu me dis que tu n'as rien capté, je te vire, » souffla Stark.

« Alors je crains que vous ne deviez me trouver un remplaçant, » répondit l'IA.

Le midgardien se crispa, son regard s'assombrit et ses mains se serrèrent en poings.

« Je ne suis pas fou, » murmura-t-il dans le vide.

Le majordome virtuel ne répondit pas, accentuant la lueur grave dans le regard marron.

« Monsieur... » finit par dire Jarvis avant de se faire couper la parole.

« Laisse tomber. J'ai du travail de toute manière, » déclara le mortel d'un ton parfaitement neutre, qui perturba Loki, plus que d'habitude en tout cas.

Pour l'avoir aperçu en société – même s'il ne l'avait vu interagir avec les autres que quelques minutes, dans la tour Stark – Loki pouvait affirmer que l'homme de fer ne montrait jamais ce qu'il ressentait. Lorsqu'il était seul – l'intelligence artificielle ne comptait pas – les accès de mélancolie, d'abattement et de colère étaient légions. Irritants mais inoffensifs, ils permettaient au mortel d'évacuer les émotions négatives qui le tourmentaient. Mais ce qui venait de se passer était d'une toute autre nature.

Peu importe l'agacement et l'indifférence que le dieu ressentait envers l'humain, la scène à laquelle il venait d'assister pourrait l'inquiéter si elle venait à se reproduire. Stark avait placé sur son visage un masque de neutralité, se faisait croire à lui-même – et plus seulement aux autres – que tout allait bien, parce qu'il ne se sentait pas capable de faire face à la violence de ce qu'il venait de réaliser – qu'il pouvait être fou.

Et Loki connaissait les conséquences de ce genre de comportement – commencer à croire à ses propres mensonges – pour les avoir lui-même expérimentées. Ça l'avait conduit à un enchaînement d'évènements qui l'avait mené entre autres à lâcher délibérément Gungnir et à atterrir chez le Titan Fou, lui faisant vivre les pires mois de sa vie.

Dans le fond, il se fichait bien que le midgardien s'enlise lentement dans l'autodépréciation et le découragement, mais il avait besoin – il grimaça de frustration – de lui. Ou du moins de ses connaissances. La journée passa ainsi dans un silence dérangeant. Le scientifique était dans un jour productif mais n'avait pas ouvert la bouche.

Le dieu fut surpris lorsque le mortel, un peu après le crépuscule, sortit du laboratoire, et le fut encore plus lorsqu'il ne le vit pas revenir. Poussé par la curiosité – ce qu'il nierait fermement si quiconque venait à l'interroger à ce sujet – Loki parcourut la demeure jusqu'à trouver le midgardien dans le garage, dans l'un de ces immensément longs véhicules précisément, en train de... vider consciencieusement le minibar.

Le dieu avait déjà eu l'occasion d'observer le mortel boire plus que de raison, mais à cet instant il semblerait qu'il s'était donné pour but de finir les bouteilles présentes, peu importe l'état dans lequel il se trouverait à la fin. Après une autre hésitation – il doutait un peu trop pour ce qui concernait le mortel, ces derniers temps – il se décida à le laisser agir à sa guise et de n'intervenir que s'il mettait sa vie en danger.

Loki s'installa donc un peu plus loin, sur une chaise à roulettes qu'il mit un point d'honneur à ne pas faire bouger en s'asseyant. Il patienta plus de deux heures, le temps que le mortel se mette à ronfler, avant de se relever et s'approcher. L'odeur d'alcool qui flottait l'écœura – et lui rappela désagréablement une époque où lui-même avait tenté la même solution avant de se résigner à accepter que rien ne pourrait faire disparaître son mal-être généralisé. Il secoua brutalement la tête, refusant une fois de plus de se comparer au mortel. Ils n'avaient rien en commun. Rien.

Agacé, il retourna à sa cachette après avoir vérifié magiquement que les constantes vitales du mortel étaient à un niveau acceptable. Il ne s'agissait pas qu'il meure dans son sommeil, cet imbécile.

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Il revint à la résidence Stark une douzaine d'heures plus tard, pour découvrir un scientifique avachi derrière son écran, le regard hanté par il-ne-savait-quoi, une tasse de café à la main. Le dieu réalisa que l'autre homme n'avait pas bougé lorsqu'il s'était téléporté, ce qui était assez significatif de son état. Pour le secouer un peu, il décida de déclencher son plan de divertissement. Il se déplaça le plus silencieusement possible dans un coin de la pièce, s'accroupit, coinça un poing entre son ventre et ses cuisses et claqua des doigts discrètement, le son assourdi par son corps autour de sa main. Il sentit la magie s'agiter en plusieurs endroits de la villa et un sourire mesquin étira ses lèvres alors qu'il se redressait, constatant non sans plaisir que le maître des lieux n'avait pas bougé d'un iota.

Loki patienta difficilement l'heure et demie qui suivit, attendant la réaction inévitable de l'IA de Stark. Il était en train de se demander s'il allait aller vérifier que son plan n'avait pas raté – ce qui l'aurait étonné, mais savait-on jamais – lorsque Jarvis se manifesta.

« Monsieur, je détecte un léger mouvement dans le garage, et un autre dans le salon, » déclara-t-il.

Le scientifique se leva sans entrain et se dirigea vers la porte.

« Monsieur, je ne sais pas s'il est sage de vous déplacer sans protection si des intrus se sont infil... »

« Tu sais très bien que s'il y avait des intrus, tu les aurais détectés. »

« Je vous signale d'autres mouvements dans votre chambre et dans la cuisine, » ajouta l'IA.

« As-tu un visuel ? »

« Pas enc- oui. Un rat vient de traverser la cuisine, Monsieur. »

Enfin, enfin, le mortel eut une réaction, quoi qu'elle ne fut pas celle qu'il attendait. Il écarquilla simplement les yeux et sa bouche s'entrouvrit, puis il haussa les épaules.

« Appelle une entreprise de dératisation. Essaie de tous les trouver, » ordonna-t-il au majordome virtuel.

« Bien entendu Monsieur. »

Stark hocha la tête et retourna devant son écran holographique, parcourant des yeux les dernières recherches qu'il avait effectuées, un air las sur le visage.

Loki, quant à lui, était absolument frustré. Il avait travaillé dur pour trouver ces répugnantes créatures, avait choisi des spécimens particulièrement gros et agressifs. L'objectif était simple : que le mortel enclenche le branle-bas de combat, s'énerve un bon coup et retrouve par conséquent la motivation nécessaire à continuer ses recherches, de préférence en parlant à voix haute pour que Loki l'entende. Même s'il ne travaillait plus sur le réacteur ark, le nouveau projet – peu importe qu'il paraisse irréalisable dans l'état actuel des choses – serait un avantage certain pour le dieu, vis-à-vis du Titan. Tant qu'il resterait sur Midgard du moins.

Et si aucun habitant de cette planète n'avait les connaissances nécessaires pour achever le projet encore à l'état d'ébauche, il n'était pas impossible que les connaissances du génie mortel associées à celles du Dieu de la Malice se révèlent suffisantes pour qu'ils y parviennent.

Cependant, Loki n'avait qu'un moyen de transmettre ses connaissances : parler avec Stark. Sauf que quelque chose n'allait pas. Le scientifique s'était laissé aller à un tel point que même la recherche commençait à lui paraître inintéressante.

Le midgardien avait besoin d'un coup de pied dans son orgueilleux séant, sinon il allait sombrer. Loki avait besoin d'aide pour utiliser ce foutu réacteur ark et il avait eu une idée pour le nouveau projet du mortel. Le dieu savait qu'il prenait un risque, mais s'il voulait obtenir des résultats, il ne lui resterait plus guère de choix.

Le lendemain, il se montrerait à Stark.

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Il n'avait pas fallu longtemps au dieu pour trouver une approche acceptable du mortel. Il avait pris certaines précautions – entre autres, vérifier que la PDG de Stark Industry, le garde du corps de Stark et le SHIELD soient occupés– et s'était téléporté à la résidence de Malibu.

Ainsi, lorsqu'il sut que Stark allait se rendre du laboratoire au salon, avec l'intention probable de se saouler, puisqu'il avait pris cette détestable habitude, il s'y téléporta avant lui et se servit un whisky, se moquant allègrement que Jarvis se rende compte que la bouteille versait toute seule le liquide ambré dans le verre, et s'installa dans le canapé avant de se rendre visible, au moment précis où le maître des lieux arrivait dans la pièce.

Il vit les pupilles de Stark se dilater brutalement, et tout son corps se raidir. Pour ne pas lui laisser une chance de commencer la joute verbale – le dieu se doutait un peu que la discussion se finirait en combat – il s'enfonça dans le canapé, un bras étendu en haut du dossier, l'autre tenant son verre, le coude reposant sur l'accoudoir.

« Vous m'aviez proposé un verre, j'ai fini par penser qu'il était impoli de refuser une invitation du plus grand génie de Midgard. Enfin, un génie selon les standards admirablementbas de cette misérable planète, » déclara-t-il du ton le plus traînant qu'il avait en stock.

Il aurait pu tenter une approche plus diplomatique. Certes. Mais où aurait été l'intérêt, alors qu'il pouvait regarder les yeux du mortel se remplir de rage et ses joues se teinter de rouge ?

Sauf que le scientifique ne réagit pas. Il laissa échapper un léger rire et secoua la tête.

« Voyez-vous cela, » marmonna-t-il en se dirigeant vers le bar et se servant une double dose d'alcool.

Il revint et se laissa tomber dans l'un des fauteuils faisant face au canapé.

« Monsieur, » intervint Jarvis, « je vous suggérerais de prév... »

« Oh, suffit, Jar', » râla l'homme de fer. « Pour une fois que je peux m'amuser, fiche-moi la paix. »

« Mais Mons... »

« Coupe le son, » ordonna le mortel.

Incapable de contrer un ordre aussi direct, le majordome virtuel fut réduit au silence. Loki ne s'en plaint pas.

« Êtes-vous à ce point incapable de vous faire obéir qu'il vous faut une machine pour vous affirmer ? » railla le dieu avec un sourire en coin, le regard méprisant.

Une fois de plus, Stark ne réagit pas comme Loki le souhaitait.

« Je ne vais pas m'amuser à argumenter avec une autre partie de mon cerveau, » répondit le mortel avec un sourire amusé.

Et Loki comprit que Stark le prenait pour une hallucination, malgré le fait que l'IA l'ait remarqué. Décidant qu'il pouvait tourner cela à son avantage – comme à peu près toute situation qui se présentaient à lui – il but une gorgée de whisky avant de reprendre.

« Peu importe d'où je viens, je reste un Dieu. Je suis tout puissant. Vous ne pouvez que vous agenoui... »

« Tu rêves mon pote, » se fit-il couper la parole. « On reparle de ta toute puissance lorsque tu as voulu me corrompre ? Hein ? Ton bâton magique a eu des ratés, Gandalf. »

Le dieu se retint de répliquer vertement. Obtenir des informations importantes valait bien quelques remarques, aussi désagréables soient-elles. Il réalisa également que Les quelques informations qu'il avait récoltées les semaines précédentes allaient lui être utiles.

« Si vous n'aviez pas été équipé du réacteur ark, je vous aurais soumis comme les autres, insecte stupide, » ricana-t-il.

« Insecte que tu vouvoies, » répliqua Stark aussitôt.

Le dieu s'empêcha de s'énerver, s'accrochant à la pensée que la colère le desservirait. Mais c'était incroyable à quel point il avait envie de le tuer.

« Parce que moi, au moins, j'ai quelques notions de respect, » répondit-il, glacial.

Le scientifique fronça un peu les sourcils.

« Si tu ne parlais pas de choses que le vrai Loki ne peut pas connaître, je croirais presque que tu es lui, » avoua-t-il.

« Qu'est-ce qui peut bien vous fait penser ça ? » demanda le Jötunn en retrouvant son sourire amusé.

Il n'était pas totalement stupide l'insecte. En revanche, il réalisa qu'il était en train de perdre le fil de la conversation. Il avait un but.

« J'en sais rien. Y'a un truc, mais j'arrive pas à mettre le doigt dessus, » marmonna le midgardien avant de boire une grande lampée d'alcool fort.

« En effet, vous n'arrivez pas à trouver un certain nombre de choses. Comme ce qui est arrivé à la broche de raccordement de votre réacteur, » lâcha le dieu à voix basse.

Tout le corps du mortel se crispa, y compris ses doigts qui rapprochèrent une nouvelle fois le verre de sa bouche.

« C'est pas normal, » souffla-t-il.

« Peut-être quelque chose de magique ? » proposa-t-il avec un sourire ironique. « Je n'étais pas très loin après tout. »

Mais le mortel secoua la tête.

« Non, si le réacteur a résisté au sceptre, il t'aura résisté aussi, » assure-t-il avant de froncer encore plus les sourcils. « Bon sang, qu'est-ce qui cloche dans la représentation que j'ai de toi ? » marmonna-t-il en se grattant la mâchoire.

« Ne voulez-vous pas profiter de ma présence pour réfléchir plus en profondeur au problème du réacteur ? Listez-moi sa composition, les étapes de sa construction ? C'est un point de départ comme un autre, » tenta Loki en essayant d'avoir l'air naturel, alors que la seule chose dont il avait envie était d'arracher la langue de cet être vulgaire.

« Je dois être cinglé pour imaginer un mec comme toi aussi serviable. Le connard que tu es en réalité n'aurait même pas pris le temps d'ouvrir la bouche pour me parler. Il m'aurait juste tué et nous n'aurions pas cette discussion totalement invraisemblable. »

« Prends garde à tes mots, mortel, » siffla soudain Loki, n'en pouvant plus de l'impertinence de ce minable petit...

« Ah ben voilà, le retour de mon connard bien aimé, » ricana-t-il.

« Pardon ? » s'étouffa presque le dieu.

Stark leva sa main libre au ciel.

« Mais si, tu sais, la série avec la nana qui fait de la magie en tortillant de la bouche ! » expliqua-t-il. « Roh, tu connais rien, espèce d'inculte ! » soupira-t-il devant l'air interdit que devait présenter Loki, les yeux presque écarquillés et la bouche entrouverte d'ébahissement.

« Bon, je n'arrive toujours pas à trouver ce qui cloche chez toi, connard. Mais ça va venir. On a tout le temps du monde, n'est ce pas ? »

« Certainement pas. J'ai moi-même encore quelques milliers d'années à vivre, mais tu n'as que quelques décennies devant toi ? Et à l'allure où tu martyrises ton corps avec l'alcool, probablement moins que la moyenne de votre monde, » répliqua le dieu, acerbe, en finissant son whisky d'une gorgée avant de déposer le verre sur le petit guéridon accolé à l'accoudoir.

Pourquoi avait-il voulu se montrer à lui, déjà ? Pour en apprendre plus sur sa technologie. Oui, certes. L'idée en elle-même était censée. Il avait juste sous-estimé la capacité du midgardien à le faire sortir de ses gonds. Ils ne s'étaient parlé qu'une fois avant ça pourtant, mais immédiatement, il avait su que le tempérament du mortel serait insupportable pour lui. Et malgré cela il avait tenté de réitérer l'expérience. Décidément, la stupidité des midgardiens déteignait sur lui.

« Oh, je te parle tête de bouc ! » s'énerva soudain le mortel et Loki se rendit compte qu'il s'était égaré dans ses pensées.

C'en fut trop pour sa patience déjà bien entamée. Le dieu bondit du canapé pour fondre sur Stark, se penchant en avant jusqu'à se trouver à vingt centimètres tout au plus du visage du mortel, appuyant ses mains sur les accoudoirs du fauteuil pour se soutenir. Il était prêt à déverser toute sa verve mais n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que les yeux du midgardien s'écarquillèrent soudainement.

« Bordel, tes yeux ! » souffla-t-il.

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Ses yeux. Ses putains d'iris. Ils étaient bleus à la tour. Bleus comme ceux de Clint. Comme la gemme lumineuse du sceptre. Comme son réacteur ark, si on poussait la comparaison, même s'il n'y avait pas de rapport.

Mais les yeux pile en face des siens étaient verts. Il l'avait remarqué lorsqu'ils avaient escorté le dieu après la bataille mais Tony avait totalement oublié ce détail jusqu'à cet instant. Pourtant les iris d'un putain d'émeraude fascinant, porteurs d'agacement contenu, de supériorité, de siècles qu'il avait vécu, et de tant d'autres choses, perturbèrent Tony. Un vert forêt alors que les pupilles se dilataient sous la colère qui envahissait le dieu. Et il sentit.

Les poils de ses bras se hérissèrent, les petits cheveux sur sa nuque également, et un frisson parcourut la totalité de son corps. Il avait l'impression que sa peau crépitait, chauffait et refroidissait en même temps.

Plusieurs conclusions s'imposèrent simultanément à lui : petit un, il sentait la magie de Loki petit deux, Loki n'était pas une hallucination causée par la fatigue ou l'alcool, mais était réellement présent dans son salon.

Il verbalisa le petit trois pour tenter de distraire le dieu alors qu'il appelait Mark VIII, qu'il avait finit de créer quelques jours auparavant.

« Tu as toi-même été manipulé par le sceptre. Ce n'est pas toi qui as décidé de l'attaque, ou de tes actes, » souffla Tony, tendu.

Les iris verts s'éclaircirent brusquement alors que les pupilles se rétractaient, la colère masquée par une légère inquiétude. Le dieu se recula aussi vivement qu'il s'était approché, se retrouvant debout devant le canapé dans une posture presque défensive. L'ingénieur se sentit profondément satisfait d'avoir trouvé au moins un point faible chez l'autre gars, loin d'être aussi impassible et indifférent qu'il le prétendait. Puis il entendit le léger vrombissement de l'armure et n'eut qu'à tendre le bras pour que le métal s'enroule autour de ses doigts, son bras et le reste de son corps, l'entaillant légèrement au passage – il aurait encore quelques réglages à effectuer – et la seconde suivante, il tirait un coup de rétro propulseur dans la poitrine du dieu.

Loki vola en arrière, basculant derrière le canapé.

« Ce n'est pas ainsi que tu auras raison de moi, misérable insecte, » ricana le dieu en se remettant debout d'un mouvement souple.

L'asgardien évita les trois tirs suivants mais son mobilier, lui, n'esquiva pas assez vite – n'esquiva rien du tout d'ailleurs. Lorsqu'un vase de la grand-tante-je-sais-pas-qui de Pepper se brisa, l'ingénieur se figea.

« Je suis désolé mon pote, mais si je n'arrive pas à te tuer, Pep le fera, » déclara-t-il d'un ton si sérieux que le dieu fronça les sourcils.

« Qui ? » questionna-t-il avant de pincer les lèvres.

Visiblement, la question lui avait échappée.

« Pepper. Ma petite amie, » expliqua-t-il.

Les yeux de Loki se plissèrent légèrement.

« Par les Nornes, pourquoi vous lui avez donné un nom d'assaisonnement ? » questionna-t-il encore.

Tony sentit la moutarde lui monter au nez – sans mauvais jeu de mot en rapport avec le poivre, merci.

« Espèce de- » grogna-t-il avant de tirer deux coups de rétro propulseur supplémentaires, qui ravagèrent une chaise et un tableau derrière lequel se trouvait un faux coffre fort – fallait bien occuper les cambrioleurs potentiels. Parfois, Tony disait à Jarvis de les laisser entrer et de les emprisonner dans la villa, le temps que la police arrive, lorsque lui-même se trouvait à New-York. Ça le faisait marrer. « Arrête de te tortiller comme une anguille, enculé ! » siffla-t-il alors que le dieu se téléportait quelques centimètres plus loin à chaque tir.

« Pourquoi cela ? Vous voir vous agiter en vain me distrait, » répondit-il. « Et pas une anguille. Un serpent, » précisa-t-il avec un sourire supérieur.

« Pourquoi ? Parce que chaque putain de personne sur cette planète veut ta tête, et d'après ce que j'ai compris, c'est la même chose sur ton monde. Et pourtant tu te paies le luxe de te distraire, » se moqua l'humain.

« Je vous assure que mes congénères ne me cherchent pas, » assura Loki d'une voix soudainement plus sèche.

« Eh bien on va prévenir Thor de ta présence ici et on va voir le temps qu'il va mettre à rappliquer, » retorqua Tony.

Une lueur de rage pure passa dans le regard vert.

« Thor n'est pas des miens ! » cracha-t-il le dernier mot, comme s'il s'agissait d'une insulte particulièrement vulgaire.

« Je veux bien qu'il ne soit pas parfait mais au moins il est du côté des gentils, contrairement à toi, » répliqua l'ingénieur.

Loki éclata d'un rire tellement amer que l'humain s'en sentit mal à l'aise.

« Bien entendu. Thor le magnifique, défenseur des neuf mondes, contre le terrible sorcier qui cherche à dominer l'univers, » grinça le dieu.

« Non mais c'est bien, l'acceptation est le premier pas vers la guérison, » s'esclaffa l'ingénieur, sarcastique.

Il n'aima pas la manière dont le regard de Loki se durcit alors qu'il se redressait imperceptiblement. Comme si, jusque là, il n'avait que conversé paisiblement et qu'il allait se préparer à attaquer. Tony serra les dents, soudainement sur ses gardes et prêt à encaisser.

« C'est bien connu, l'univers est manichéen. Vous en êtes le parfait exemple. Jamais vous ne vous seriez aventuré à agir d'une manière à ce que quelqu'un en souffre, » persiffla le dieu. « Oh, attendez, » ajouta-t-il en faisant semblant de se souvenir de quelque chose. « Rappelez-moi qui a passé des années à armer des mercenaires dans des pays dévastés par la guerre civile ? »

Tony avait eu beau se préparer à l'attaque, une de celle qu'il entendait depuis des années qui plus est, ça faisait toujours aussi mal. La culpabilité déferla comme une vague s'abattant sur lui, le frappant en pleine gueule.

« Je n'ai jamais dit que j'étais parfait, » siffla-t-il après avoir déglutit difficilement. « Vous pouvez me dire combien vous avez tué de personnes à New-York dans votre attaque ? Ou dans la base du SHIELD en arrivant sur Terre ? Moi au moins je n'ai pas tué sciemment des gens. »

Loki éclata de rire.

« Pourquoi me soucierais-je de quelques personnes sacrifiées pour mon projet ? Dans quelques décennies tout au plus, elles seraient mortes. Cela ne fait aucune différence pour elles. De toute manière, elles ne m'auraient en rien été utiles, » expliqua-t-il comme s'il s'en moquait – ce qui était probablement le cas. « Mais vous vous moquiez bien de savoir dans quelles mains échouaient vos armes. Quand bien même elles seraient allées à l'armée de votre pays, ne pensez-vous pas que leurs projectiles auraient tués des innocents ? Et tant qu'à parler des morts de votre fait, pensez-vous vraiment que vous n'avez pas fait de victimes collatérales lors de la bataille de New-York ? »

La bouche de Tony s'asséchait à chaque mot. Il savait déjà tout ça, comment pourrait-il ne pas le savoir ? Mais qu'un type comme lui se permette de lui renvoyer à la figure ses erreurs ? Il se leva lentement, plus en colère qu'il ne l'avait jamais été. Mais il n'eut jamais le temps de répliquer.

« Vous vous targuez d'être différent de moi, insecte, mais vous êtes, et avez été le même. Vous n'avez pas tué ces personnes sciemment, certes. Mais Pas plus que moi. Alors de quel droit me jugez-vous ? »

Tony lutta contre la nausée qui le menaçait. Ne pas vomir, pas devant ce connard. Il allait réduire Loki en miette. Il ne savait pas comment, mais il allait le faire. De quel droit cet...

« Ne prenez pas cet air supérieur, mortel insignifiant. Le jour où vous arrêterez de geindre comme une fillette apeurée par le noir chaque nuit que vous passerez seul, alors seulement vous pourrez vous permettre de me défier. En attendant, contentez-vous de ramper à mes pieds ! » finit-il froidement avant de disparaître purement et simplement.

Tony ferma les yeux une seconde. Lorsqu'il les rouvrit, il était à genoux au sol, l'armure en pièces à ses pieds – elle avait toujours un souci au désassemblage. Qu'importe. D'un geste malhabile, Il tendit le bras pour récupérer son verre sur la table derrière lui et finit le whisky en une lampée avant de se relever en trébuchant. Il retourna au bar, se saisit de la bouteille, remplit son verre à ras bord et le vida cul sec, s'étranglant presque avec.

La culpabilité l'étouffait, physiquement.

Oublier.

Il remplit le verre de nouveau. Un peu d'alcool déborda. Il le porta jusqu'à sa bouche et le vida d'un coup, en renversant sur son t-shirt au passage.

La honte lui contractait toujours l'estomac.

Oublier.

Trois verres plus tard il dut ouvrir une nouvelle bouteille. Il attrapa la première qui lui tomba sous la main, incapable de dire de quel alcool il s'agissait.

Les larmes menaçaient de déborder de ses yeux.

Oublier.

Lorsqu'il n'arriva plus à verser l'alcool dans le verre sans en mettre plus à côté qu'à l'intérieur du récipient, il décida de boire au goulot.

Les mots de Loki résonnaient toujours dans son esprit.

Oublier.

L'ingénieur sentit le moment où il allait tomber inconscient. Il ne chercha pas à rejoindre le canapé ou un endroit pour s'allonger. Il n'avait plus conscience d'être debout. Plus conscience de grand-chose à vrai dire. Il sentit le noir le prendre avec autant d'appréhension que de soulagement, comprenant inconsciemment qu'il allait enfin pouvoir laisser les mots de Loki derrière lui mais allait probablement tomber dans un cauchemar.

Le noir l'emporta.

Oubli.

oOoOoOoOoOoOoOo

L'ingénieur n'avait pas senti une seule seconde la présence invisible du Dieu de la Discorde, appuyé contre le bar, à quelques dizaines de centimètres de lui. Loki ne manqua pas une miette de la déchéance du mortel. Il le regarda glisser lentement à ses pieds, se recroquevillant en position fœtale, les traits tirés, les joues mouillées de larmes. Une satisfaction intense prit possession de lui.

On ne s'en prenait pas à la Langue-d'Argent sans conséquences. Il se téléporta à la base, un sourire vicieux et victorieux collé sur les lèvres.

Pourtant, une fois dans son lit, il dut admettre qu'une légère frustration traînait dans le fond de son esprit. La victoire était amère. Certes, c'étaient ses mots qui avaient poussé le mortel à boire jusqu'à l'inconscience. Mais ce n'était pas Loki qui l'avait détruit pour qu'il en arrive là. Le midgardien était déjà brisé, il s'était contenté de verser du sel sur la plaie ouverte.

Stark avait frôlé la limite de très près. Trop près. Loki s'était vu serrer la gorge fragile, écraser la trachée, sentir l'air expulsé, les yeux exorbités, et la vie quitter le corps, seconde après secondes, et n'avait retenu ses pulsions que de justesse. Il avait choisi de prendre le dessus sur le mortel, lui rappeler qui menait le jeu. A présent que quelques jours étaient passés depuis leur entrevue, il devait retourner voir Stark. Il avait fait l'effort de ne pas le tuer, autant qu'il profite de cet acte de bonté.


Bon, rencontre : "ok"
État de la relation : "à deux doigts d'appuyer sur le bouton lancement de l'ogive nucléaire"
Espoir de développer une relation neutre à ce stade de l'histoire : "Utopie"

Nous espérons que vous aimez ces deux-là, parce que eux ne s'aiment pas du tout. Et je vous assure qu'on va avoir besoin de soutien pour arriver à les calmer et les convaincre que peut-être il serait dans leur intérêt de bosser ensemble.