Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Au programme d'aujourd'hui, Tony et Loki se construisent tant bien que mal une petite routine de travail, la présence de Pepper se fait sentir, et on a l'irruption d'un personnage surprise à la villa.

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edenvy-D.M, Lyrellys, merci pour vos reviews et votre fidélité !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 5

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Le noir. Le vide. Le silence. Le froid.

La mort.

De l'autre côté du trou de ver, partout dans l'univers et à cet endroit-là précisément, où des chitauris par milliers, par millions peut-être, patientent paisiblement malgré leur faim de chair fraîche. Ils savent que le festin est sur le point de commencer.

La mort.

Elle les attend tous. Elle est en chemin.

En direction de leur minuscule petite planète bleue, à la merci de monstres venus d'une autre galaxie. Un cauchemar tout ce qu'il y a de plus réel, et qui hante ses pensées jour et nuit, réveillé ou assoupi.

Personne ne sait. Personne ne comprend. Il n'y a que lui qui a réalisé. Que lui qui essaie de trouver une solution.

Mais il n'a pas de solution. Il n'en aura pas. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais.

Parce qu'il n'est qu'un insecte. Une misérable loque imprégnée d'alcool hors de prix.

Il est seul et misérable.

Peut-être mérite-t-il la mort, en réalité. Le monde – et Pep – ne s'en porteront que mieux.

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Tony se réveilla en sursaut, réussissant à retenir un cri de détresse. En revanche, il ne put contenir un sanglot, qui s'échappa douloureusement de ses lèvres. Il mordit dans son poing serré pour tenter d'endiguer les suivants, essayant d'inspirer lentement par le nez. Mais sa cage thoracique se comprimait douloureusement au rythme des spasmes de ses pleurs et rien ne pouvait l'arrêter.

Il se laissa glisser du canapé, se cognant durement contre la table basse. Il ferma les yeux pour essayer d'oublier la douleur physique mais les images de son cauchemar frappèrent ses rétines. Un gémissement s'échappa de ses lèvres closes et ses mains se glissèrent dans ses cheveux avant de se contracter, emprisonnant douloureusement des mèches brunes entre ses doigts serrés, alors qu'il relevait les paupières.

Un temps indéfini passa, comme à chaque crise. Lorsqu'il arrivait à retrouver quelques courtes secondes de lucidité, il se faisait engloutir par l'horreur et l'impuissance, le replongeant dans cette spirale infernale.

Petit à petit, il réussit à reprendre assez le contrôle de son esprit pour tenter de s'extraire de la crise.

Essayer de focaliser sa pensée sur quelque chose d'agréable. De rassurant.

Pepper.

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Hormis cette crise d'angoisse qu'il avait soigneusement dissimulée à sa petite amie, le week-end s'était déroulé à merveille. Pepper et lui avaient plus profité de leur couple en deux jours que depuis les évènements de New-York, et ça avait fait un bien fou à Tony. Lorsqu'elle était repartie, elle avait arraché à l'ingénieur la promesse de dormir quelques heures de plus – elle allait en faire de même dans le jet. Et il avait obéit, parce qu'il n'avait pas pu lui dire qu'il risquait de faire un autre cauchemar, toujours pour les mêmes raisons et que puisqu'il avait promis, il allait le faire. Il savait se dérober aux injonctions des autres, mais pas à celles de sa petite amie.

Il finit par se lever, prendre une douche et descendre au labo – vide. Ne se formalisant pas de l'absence de Loki, il se mit au travail. Le dieu fit son apparition en milieu d'après-midi, entrant dans le laboratoire d'un pas conquérant, un air hautain et absolument scandalisé sur le visage.

« Vous êtes répugnant, mortel. Ne pensez-vous pas qu'il y a d'autres choses auxquels penser que copuler ainsi que vous l'avez fait avec cette femelle ? J'admets que nous ne sommes pas à une journée près, mais je suppute qu'elle sera régulièrement présente et que chacune de ses apparitions retardera d'autant notre avancement, » cingla-t-il sur un ton méprisant.

« C'est ma petite amie, tu t'attendais à quoi ? Qu'elle ne passe jamais ? » rétorqua l'ingénieur.

« Ce terme est ridicule. Elle est plus grande que vous, » répliqua le dieu.

Tony dut se retenir d'ouvrir la bouche sous la surprise.

« Sérieusement, Tête de Bouc ? C'est censé être une insulte ça ? »

« Non, bien entendu. Pourquoi voudriez-vous que c'en soit une ? De toute manière, je ne peux vous en tenir rigueur, vous n'êtes qu'un midgardien soumis à ses instincts, » répondit Loki d'un ton plat.

La rage envahit Tony en une fraction de seconde.

« De quel droit oses-tu... »

« Oh pitié, arrêtez de geindre, » le coupe-t-il. « Nous n'avons pas de temps à perdre. »

L'ingénieur serra les poings et pinça les lèvres pour s'empêcher de laisser échapper sa colère. Loki avait raison, ils n'avaient pas de temps à perdre. Pourtant, comme d'habitude, il ne put laisser Loki finir la conversation. C'était plus fort que lui.

« Dis-moi, toi qui prônes la politesse, tu peux m'expliquer pourquoi tu n'as pas commencé par me saluer en entrant dans le labo, au lieu de m'agresser verbalement ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.

Il tourna immédiatement le dos à Loki, lui signalant qu'il se moquait de sa réponse.

« Bon, tu viens ? » l'interpella-t-il immédiatement après. « C'est pas que, mais on a du pain sur la planche. »

Le dieu approcha d'un pas mesuré – comme d'habitude.

« Quel rapport avec la nourriture ? Encore une de vos expressions illogiques, je suppose, » déclara-t-il, faisant la question et la réponse.

« Pourquoi tu demandes si tu sais déjà ? » répliqua l'ingénieur.

Loki eut le bon goût de ne pas relancer, mais il ne fallut à l'ingénieur que lui jeter un coup d'œil pour savoir qu'il était lui-même à deux doigts de s'énerver. Il prit sur lui et se concentra sur ce qu'il avait à l'écran.

« Bon, comme d'habitude, tu es ok avec ce dont on a parlé la dernière fois ? »

Il entendit le Jötunn inspirer lentement avant de répondre.

« Oui. Je ne pense pas avoir tout saisi par rapport aux nanoparticules, mais vous avez dit que nous y reviendrons plus tard alors je n'insiste pas, » répondit-il.

Tony hocha la tête.

« Très bien. Alors reprenons. Et si ça ne te gêne pas, j'aimerais qu'on reparle un peu de magie, j'ai pensé à quelque chose mais je n'ai aucune idée de la faisabilité. »

« Bien entendu. Nous pourrons voir cela dans l'après-midi, » répondit le dieu.

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La "session" – il ne pouvait pas vraiment parler de journée, puisque leurs échangent duraient la plupart de temps une trentaine d'heures – fut mouvementée. Loki se téléporta quatre fois à la base et Tony sortit deux fois du labo en claquant la porte. La session suivante, alors que Pepper était revenue l'espace d'une vingtaine d'heures, fut encore pire.

Alors que les premiers jours, ils arrivaient à se comporter de manière civilisée l'un envers l'autre, ils étaient redevenus incapables de communiquer sans prendre la mouche à la moindre remarque ou question.

Loki avait fini par supposer que leurs caractères – et leur passif – ne leur permettaient pas de rester courtois l'un envers l'autre très longtemps. Aucun des deux n'était habitué à être dans la position de celui qui a des choses à apprendre – et encore moins de laisser quelqu'un d'autre tenir le rôle du professeur. Heureusement – ou malheureusement – les rôles s'échangeaient régulièrement, équilibrant leurs statuts, la hiérarchie se renversant régulièrement et empêchant l'un ou l'autre de prendre réellement le dessus.

Malgré ces altercations récurrentes, les sessions continuèrent, le mortel réussissant à lui expliquer la manière dont il espérait mettre en œuvre le bouclier, et Loki apprenant lentement au mortel les bases de la magie.

Les jours passant, donc, une certaine routine s'installa. Pepper passait en moyenne deux à trois jours par semaine à la résidence, jours durant lesquels Loki s'occupait de façons variées. Le mortel lui donnait l'heure à laquelle elle était censée repartir et lui se téléportait à la résidence de Malibu quelques heures après – on n'était jamais trop prudent – Le reste du temps se passaient de la façon suivante : ils travaillaient jusqu'à ce que le midgardien tombe d'épuisement, Loki repartait à sa cachette le temps que Stark se repose – il avait tenté de rester se reposer ou méditer à la villa, mais les cauchemars de l'autre homme le déconcentraient – et revenait une douzaine d'heures plus tard. Ils passaient donc approximativement soixante-douze heures par semaine à travailler ensemble.

Comprenant qu'il allait rester encore un moment dans sa cachette, il avait attendu que Thor ne soit plus sur Midgard pour créer un système d'aérations, lui permettant de renouveler l'air et ne pas manquer d'oxygène. Il avait définitivement consolidé les gravats et transformé magiquement le béton accumulé de manière aléatoire lors de l'effondrement en murs propres ne le recouvrant pas de poussières dès qu'il passait un peu trop près. Il s'était même payé le luxe de téléporter d'un magasin en Europe de la tapisserie et de la moquette confortable.

Il avait décidé de ne plus se compliquer la vie en dérobant de la nourriture, ayant découvert les restaurants. Une fois qu'il eut compris que les standards de Stark étaient soit catastrophiques – il se souvenait encore avec répugnance de son « cheeseburger » – soit terriblement haut-de-gamme, il réussit à faire le tri dans les conseils de l'humain et trouva des établissements respectables, particulièrement en Europe.

Il avait du mal à y croire, pourtant il était en train de tomber dans une routine qui le reposait, même s'il savait qu'elle l'ennuierait à long terme. Et même s'il était agacé par le mortel tous les jours et qu'il rêvait parfois de l'étrangler – vraiment, certaines fois, il se posait la question des bénéfices qu'il tirerait à l'avoir mort et silencieux à ses pieds – il se sentait plus serein qu'il ne l'avait été ces dernières décennies.

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Le dieu n'était pas le seul à avoir trouvé une espèce de train-train. Malheureusement, du côté de Tony, il comprenait également la récurrence des crises d'angoisse. Les seuls moments où il n'en avait pas était lorsque Pep était dans la villa. Et encore…C'était déjà arrivé, alors qu'elle était à Malibu avec lui. Très rarement, mais c'était déjà arrivé. Et il savait qu'il ne supporterait pas que cela devienne une habitude. Et aussi stupide que cela paraisse, lorsqu'elle était présente, il avait peur qu'une crise survienne, à la fois parce que sa petite amie allait l'obliger à consulter, et aussi parce que ça voudrait dire qu'il n'aurait aucun moment de répit. Plus aucune nuit sans cauchemar, plus aucun moment sans se dire qu'il serait plus ou moins en paix – jusqu'à ce qu'elle parte. C'était absolument aberrant. Il n'osait pas croire que les choses allaient bien se passer quand Pepper était là, de peur qu'elles se passent mal et stressait à mort, au risque de provoquer une crise. Stupide. Crétin. Abruti. Incapable de profiter des moments de répit ! Peur d'aller bien !

Alors pour empêcher de céder à ses peurs délirantes, il passait du temps dans son atelier. Comme Loki n'était pas présent, et qu'il ne pouvait prendre le risque de travailler sur le bouclier au cas où Pep rentre dans le labo et pose des questions très gênantes – pourquoi tu as un dossier nommé « magie vane » et un autre « magie ase » ? – il avait continué des recherches classiques. Les armures. Les améliorer, en créer de nouvelles.

S'occuper l'esprit, coûte que coûte. Ça ne changeait pas de d'habitude, en un sens.

Un matin, alors que Pepper dormait encore, et après avoir récupéré sa thermos de café dans la cuisine, il créa un nouveau dossier qu'il appela Mark-22, refusant de penser au fait que la dernière qu'il ait utilisé en combat réel était Mark-8, à New-York, à peine deux mois plus tôt.

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Après quelques jours, Tony s'était rendu compte que le dieu ne pouvait pas le localiser. L'ingénieur se trouvait au salon en train d'admirer le soleil couchant lorsque le Jötunn s'était pointé.

« Jarvis, passe dans les enceintes du labo ce que je dis, qu'il m'entende, » avait-il demandé lorsque l'IA l'avait averti de l'arrivée du dieu. « Amène-toi Tête de Bouc, la vue est sympa d'ici, » avait-il déclaré.

La réponse lui était parvenue pas le biais des haut-parleurs du salon.

« Je voudrais bien, si j'avais connaissance de l'endroit où vous vous trouvez, » lui était parvenue la voix légèrement grésillante du dieu.

« Dans le salon, » avait-il répondu par automatisme.

Trois secondes plus tard, le léger son de l'air qui se déplace, accompagné du frisson coutumier des téléportations l'avertirent que Loki était apparu juste derrière lui.

« Comment pouvais-tu ne pas savoir où je me trouvais ? » demanda-t-il immédiatement.

« Je suppose que cela vient du réacteur ark, » expliqua Loki. « Comme il vous rend insensible à la magie, Je ne suis pas capable de vous localiser. »

Tony n'avait pas insisté, acceptant l'explication. Ils étaient restés plantés devant la baie vitrée les quelques minutes qu'avaient duré le coucher de soleil puis s'étaient dirigés vers le labo.

L'ingénieur était satisfait de leur arrangement. Il avait enseigné suffisamment de notions scientifiques au dieu pour que celui-ci comprenne la suite de ses recherches, et ce dernier lui avait appris les bases de ce que Loki appelait magie, assez en tout cas pour comprendre les explications du dieu. Tony put donc reprendre ses recherches et Loki démarrer les siennes.

Après réflexion, ils avaient décidé que Tony créerait en série des réacteurs ark, jusqu'à en avoir constamment une dizaine d'opérationnels. Une partie servirait à l'amélioration de ses armures, l'autre pour les tests de Loki concernant la compatibilité magie-technologie.

Ils travaillaient dans le laboratoire, que le scientifique avait séparé en deux parties distinctes. Le long d'un des murs se trouvait une grande bibliothèque que seule Loki pouvait voir et où le dieu stockait tous les ouvrages potentiellement intéressant pour leur projet. Cela avait été difficile à admettre pour Tony, mais il ne la sentait même pas alors qu'il passait à travers. Mais quand Loki avait posé sur la table entre les deux fauteuils une dizaine de livres, il avait bien été obligé d'admettre qu'elle existait.

L'ingénieur avait demandé à les regarder, et Loki lui en avait tendu un sans rechigner. Surpris mais satisfait, Tony s'en était emparé avant de déchanter rapidement. Il était écrit dans une langue qu'il ne comprenait pas et pire, ne reconnaissait même pas. Il avait rendu l'ouvrage en levant les yeux au ciel mais avait retenu sa langue. Ça avait été une journée plutôt calme, pas besoin de l'envenimer.

Malgré leurs incessantes prises de bec – l'ingénieur n'arrivait pas à ne pas répondre aux provocations du Jötunn même s'il faisait attention à ses mots ; il avait eu le malheur une fois de parler de son ascendance, juste pour lui demander si tous les Jötunn faisaient de la magie, et Loki avait disparu une journée entière, alors qu'il venait d'arriver. Tony s'était senti mal à l'aise, craignant d'avoir fait fuir l'autre pendant des jours, mais finalement ça ne s'était pas si mal terminé. Il était revenu comme si de rien n'était, et l'ingénieur s'était bien gardé de poser plus de question. Il...

« Tony ? Tu es avec moi ? » l'interrompit la voix de Pepper.

« Hein ? Oui, excuse-moi, je t'écoute, » assura-t-il. « Je trouve inadmissible que ce Sao Feng ait fait tant d'histoires pour si peu, » ajouta-t-il pour montrer qu'il suivait, en espérant que sa petite amie n'avait pas changé de sujet.

Le regard consterné qu'elle lui envoya brisa ses espoirs.

« Tony, j'ai vraiment besoin de ton avis. Je sais que tu me fais confiance, ça me touche et je ne pourrais pas être à cette place si ça n'était pas le cas, mais il restera toujours des sujets que je ne maîtriserai pas car ils sont scientifiques, et la personne qui a ces connaissances, ce n'est pas moi, c'est toi, » déclare-t-elle, oscillant entre la neutralité prudente et un l'agacement certain.

Il se contente de hocher la tête, la connaissant assez pour savoir que n'importe quelle réponse ou excuse l'agacerait. Il se demanda si Loki était présent. Il lui avait interdit de rester lorsque Pepper était là, et Jarvis scannait constamment toute la villa et ses alentours grâce aux caméras thermiques, mais il restait persuadé qu'il pouvait tromper les détecteurs de chaleur en restant invisible sous sa forme de naissance. Il se demandait d'ailleurs à quoi ressemblait un Jötunn. Il avait trouvé des illustrations sur le net, bien entendu, mais elles variaient tellement d'une source à l'autre qu'il était difficile d'en tirer une forme précise.

« Bon sang Tony ! » s'écria soudain Pepper. « Que se passe-t-il ? Quel est le problème ? » demanda-t-elle, partagée entre inquiétude et colère.

« Il n'y a rien, Pep', je t'assure. Je suis désolé, je suis crevé et mon esprit... » il s'arrêter avant de hausser les épaules.

« Non, tu crois ? » ironisa la jeune femme. « Depuis que tu es revenu à Malibu, c'est à peine si nous nous voyons. Même lorsque je suis présente, tu passes tout ton temps à l'atelier, ou tu dors. Dois-je en déduire quelque chose ? As-tu quelque chose à me dire ? » finit-elle, sa voix montant dans les aigus.

Alerte ! Alerte ! hurla une voix dans sa tête, ressemblant de manière perturbante à celle de son majordome virtuelle. Il devait faire immédiatement quelque chose. Arrêter de divaguer et aligner les mots qu'il fallait.

« Bien sûr que non Pepper, » assura-t-il de sa voix la plus sérieuse en la regardant droit dans les yeux. « C'est juste... Ce qu'il s'est passé à New-York n'était pas très rassurant, et ce que j'ai vu de l'autre côté encore moins. Ces monstres connaissent notre planète, désormais. Si le mec derrière tout ça a envoyé Loki pour nous écraser, alors il enverra peut-être quelqu'un d'autre. Et à ce moment-là nous devrons être prêts, » ajouta-t-il.

Il ne pouvait pas dire la vérité. Qu'il bossait de concert avec celui qui avait tenté d'envahir la Terre, que le Titan était probablement déjà en chemin et qu'il arriverait d'ici quelques années d'après les calculs de Loki – et ça pouvait paraître très loin mais Tony savait combien de temps il faudrait pour créer et déployer le bouclier, et ça prendrait au moins autant. Il ne pouvait pas dire que s'il travaillait jusqu'à l'épuisement, c'était pour essayer de dormir du sommeil le plus lourd et faire le moins de cauchemars possibles.

« Je ne peux pas imaginer ce que tu as vécu lors des quelques secondes que tu as passé dans l'espace, » reprit-elle, un peu calmée. « Mais te voir t'épuiser ainsi m'inquiète de plus en plus. Ça ne coûterait rien que tu demandes conseil. Après l'Afghanistan, ça t'avait bien aid... »

« S'il te plait Pep, si tu veux m'aider, ne parle pas de ce genre de choses, » marmonna Tony, les dents serrées. « Peut-on revenir au sujet de cette réunion ? »

La rousse le jaugea un instant du regard avant de se résigner, continuant le récit de sa dernière réunion, laissant apparemment de côté les questions qu'elle voulait poser. Pour l'instant.

Tony se retint de soupirer de soulagement. C'était également une des raisons qui le poussait à… à passer moins de temps avec sa petite amie, disons-le clairement. Elle n'arrêtait pas de lui faire des remarques sur son état, le poussait à parler, voire à aller consulter un psy comme au retour de son enlèvement.

Au moins Loki ne l'emmerdait pas avec ça. Tony n'avait pas besoin de faire semblant d'aller bien, ou mal, ou peu importe. Le Dieu savait déjà qu'il était au plus mal et le laissait tranquille. Il avait évoqué les cauchemars de l'ingénieur une des premières fois où ils avaient parlé mais depuis plus rien. De fait, le dieu lui avait demandé quelques fois s'il se sentait bien, mais ce n'était pas parce qu'il se sentait concerné : c'était pour être certain qu'il serait apte au travail. Tony le comprenait. Les premiers tests qu'il avait effectués ne s'étaient pas tous bien passés et Loki avait contenu quelques explosions avec sa magie. Cela avait été difficile à admettre, mais avoir le pouvoir de Loki était réellement pratique, dans ces occasions. Il prévenait le dieu avant de tenter quoi que ce soit de potentiellement dangereux et le bouclier énergétique temporaire qu'il générait évitait des blessures au terrien et des jours à attendre que son labo soit réparé. Heureusement, le Jötunn n'avait pas vraiment conscience d'à quel point Tony avait pu détruire murs, mobilier et autres baies vitrées lors des années précédentes, sinon il aurait droit à ses railleries sans fin à chaque fois qu'il lui demandait de créer un champ de confinement magique.

L'ingénieur essaya de se concentrer sur Pepper mais son cerveau ne voulait pas obéir, repartant invariablement vers son compère de travail. Le dieu ne le laissait pas parler de la PDG de S.I. sans la moquer. Assez bizarrement, Tony n'en était pas agacé. Il défendait toujours Pepper, mais calmement, patiemment, sans s'énerver. Il supposait que c'était parce qu'il n'accordait aucune importance à ce que pouvait penser le dieu – tant que ça n'entrait pas dans le cadre de leurs travaux de recherche. Malgré leurs prises de bec toujours régulières – bien que plus espacées – ils avançaient lentement mais sûrement dans leurs recherches. Ils avaient atteint un stade où Tony pouvait qualifier leur relation de professionnelle – mais il n'en n'était pas au point de ne plus avoir l'impression de se trouver dans un univers parallèle en y pensant.

L'ingénieur avait tenté de l'ignorer, mais il avait fini par se rendre à l'évidence. Il était satisfait d'avoir trouvé un autre cerveau ultra intelligent capable de rivaliser avec lui. Il avait pensé que Banner pouvait faire un compagnon de jeu intéressant, et ça aurait probablement été le cas dans un autre univers. Mais cela ne s'était pas fait, à sa grande déception, et d'autant plus frustrant que c'était Loki qui l'avait remplacé. D'un autre côté, vu les saloperies que Tony avait faites et son caractère de merde, ce n'était pas étonnant que le Destin – ou il-ne-savait-qui – lui ait refusé de devenir ami avec un mec génial comme Bruce, même s'il était en contact avec le scientifique et le reste des Avengers de temps à autres.

Fury l'avait contraint à faire un point téléphonique par semaine avec le directeur et le reste de l'équipe de super héros qu'ils venaient de former. Il ne savait pas vraiment pourquoi, la visioconférence ne durait pas plus de quelques minutes à chaque fois – sauf la première où il avait fallu que quelqu'un se déplace jusque chez Cap' parce qu'il ne savait pas comment démarrer l'ordinateur portable dernier cri fourni par le SHIELD. Mais ils faisaient un point sur ce qu'il s'était passé de merdique aux US et les quelques missions auxquels certains d'entre eux avaient participé – en général, Hawkeye, Black Widow et parfois Cap, ou Thor, lorsqu'il était présent – le dieu cherchait ardemment son frère dans les coins les plus reculés de la Terre et était donc régulièrement à portée de Mjöllnir pour filer un coup de main.

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Un matin, Tony réalisa que ça faisait trois mois et demi qu'il collaborait avec le Dieu de la Malice. Il l'attendait dans un des deux fauteuils qu'il avait fait installer dans le laboratoire – Loki lui avait demandé cet agrément afin qu'ils soient bien installés lorsqu'ils débattaient parfois de longues heures – un café à la main, en train de fredonner un air d'AC/DC qu'il avait demandé à Jarvis de lancer. L'intelligence artificielle lui annonça l'arrivée du dieu et baissa la musique immédiatement – une autre demande du dieu, qui avait accepté de tolérer la chose bruyante que le mortel appelait musique à condition qu'elle soit diffusée à un volume raisonnable.

Loki entra de son habituel pas conquérant dans la pièce. Depuis trois semaines environ, il avait laissé tomber son armure pour des habits Ase plus ordinaires, généralement une tunique par-dessus un pantalon de cuir souple. Et ces habits, qui auraient rendu n'importe quel humain ridicule, lui donnait une allure de mannequin qui auraient presque rendu Tony jaloux.

« Bonjour mortel, » le salua le dieu.

« Salut le Néogothique, » répondit-il en se levant du fauteuil.

Il avait tenté de demander à Loki d'arrêter de l'appeler "mortel", le surnom l'agaçant au plus haut point. Ce à quoi le dieu lui avait répondu qu'il était d'accord, seulement si Tony arrêtait également avec les surnoms péjoratifs dont il l'affublait également. L'humain avait soigneusement pesé le pour et le contre avant d'abandonner la partie. Il appréciait bien trop voir Loki pincer les lèvres ou lever les yeux au ciel d'agacement, ça ne valait pas la vague satisfaction de ne plus s'entendre être appelé mortel.

« On s'y met où tu veux voir quelque chose avant ? » demanda-t-il, comme à chaque fois que le dieu arrivait.

« J'ai une suggestion, » déclara-t-il.

Ils démarrèrent ainsi une énième discussion sur les propriétés du réacteur ark, qui aurait pu durer longtemps s'ils n'avaient pas été interrompus par la voix de l'IA.

« Messieurs, pardonnez mon impolitesse de vous interrompre en pleine discussion, mais j'ai pensé que vous auriez aimé savoir que Monsieur Odinson est en train de se diriger vers notre position, » déclara Jarvis alors que le soir tombait.

Les deux hommes échangèrent un regard. Pour la première fois, Tony put apercevoir les émotions du dieu. Ses vraies émotions, pas le masque et les sentiments feints qu'il affichait en permanence. Loki avait toujours gardé pour lui ce qu'il ressentait – hormis l'agacement – mais cette fois, le temps de quelques secondes, l'ingénieur sut.

Peur.

Colère.

Souffrance.

Il eut l'impression de voir son propre regard, lorsqu'il se voyait dans le miroir après un cauchemar.

Mais ce n'était pas le moment de divaguer – rien à voir avec le fait qu'avoir le moindre point commun avec le mec devant ses yeux lui foutait les jetons. Il leur fallait un plan d'action, maintenant. Dire qu'ils n'avaient même pas pensé à cette éventualité. Ils étaient stupides.

« As-tu une idée ? » demanda-t-il au dieu.

« S'il est encore assez loin, je peux me téléporter. Sinon, je me rends invisible, » expliqua-t-il.

« Jarv' ! »

« Monsieur Odinson se trouve à moins de cinq minutes d'ici, » répondit-il.

« Moins d'une centaine de kilomètres ? » insista Loki.

« En effet, » confirma l'intelligence artificielle.

Le dieu le regarda de nouveau, résigné.

« Il est capable de te sentir de si loin ? » s'étonna l'ingénieur.

« Hélas oui. Il n'a beau ne pas savoir utiliser la magie, il y est sensible. Notre m... Frigga en a usé devant lui toute son enfance, il y est même plus sensible que la plupart des Ases, » expliqua le dieu.

« Et il va pouvoir te suivre à la trace ? » insista Tony, mettant de côté sa curiosité au sujet des relations familiales de la famille royale d'Ásgard, dont il savait déjà qu'il s'agissait d'un sujet épineux.

« Non, mais il ira demander à Odin d'envoyer ici des mages dont la spécialité est de suivre les traces laissées par la magie. Et eux sauront remonter jusqu'à moi, où que je me trouve, » soupira-t-il.

« Et ces traces restent longtemps ? »

« Pas plus de quelques heures, mais c'est malheureusement suffisant pour qu'il fasse un aller-retour au royaume d'Ásgard et lance ses chiens à ma suite, » grinça-t-il. « Maintenant cessez, nous sommes en train de perdre du temps. »

« Désolé vieux, j'essaie d'explorer toutes les options en ayant tous les paramètres en main, » râla l'humain, dépité de se faire remonter les bretelles alors qu'il était vraiment en train de chercher une solution.

« J'ai l'habitude de ce genre de situations, ce n'est pas la première fois que cet... être me court après, » marmonna le dieu. « Je n'ai d'autre solution que me camoufler. La trace sera indétectable, elle ne mobilise aucune magie une fois en place, et celle demandée pour l'activer est minime, il ne sentira rien si j'agis maintenant. »

« Alors fais ton tour de magie mon pote. Moi je vais essayer de lui faire passer le moins de temps possible ici, » déclara-t-il.

« J'aurais besoin d'avoir un visuel sur lui. Je saurai décoder son langage corporel. S'il soupçonne quelque chose, je préviendrai Jarvis par ordinateur, et il pourra à son tour vous prévenir. Même si je ne sais pas ce que vous pourrez faire si le cas se présente. »

Tony hocha la tête, s'approcha de l'ordi le plus proche et ouvrit la console pour que le dieu n'ait qu'à taper ce qu'il souhaitait.

« Voilà pour Jarvis. Jarv', tu suivras Thor et moi et tu retransmettras la vidéo sur l'écran mural, sa résolution est meilleure que celle de l'écran holographique, » ordonna-t-il.

« Bien Monsieur. Deux minutes et quarante-sept secondes approximativement, » ajouta l'IA.

« Approximativement ? » ricana l'humain.

« J'ignorerai ce sarcasme, Monsieur, » répondit-il.

« Ouais, vaut mieux. Bon, dis, t'es certain qu'il faut flipper autant ? » demanda-t-il ensuite à Loki. « Parce que je comprends qu'il est fort et tout, et qu'on ne doit surtout pas apprendre que tu es ici mais il n'a pas l'air si méchant que ça, non ? Le peu de fois où je lui ai parlé, non seulement il n'avait absolument pas l'air de savoir où tu te trouvais, mais en plus il avait l'air plus triste qu'en colère. Je ne suis pas certain qu'il mette toutes ses forces dans ses recherches. Et puis le peu de fois où on a parlé de lui, tu as passé ton temps à se moquer de son intelligence limitée, » rappela Tony

« C'est un benêt pour un Ase. Pour le commun des midgardiens, il serait considéré comme un excellent stratège, » déclara le dieu avec un regard désabusé.

« Je ne suis pas le commun des mortels, » répliqua Tony, vexé.

Il s'attendait à une énième pique, mais rien ne vint. Étonné, il leva les yeux vers un Loki au visage neutre et au regard vaguement amusé.

« C'est certain, » admit Loki en penchant légèrement la tête sur le côté. « Sinon je serais parti depuis bien longtemps, laissant derrière moi votre cadavre. »

Tony ouvrit la bouche pour répliquer mais s'arrêta. Il analysa les mots du dieu, un sourire s'étalant progressivement sur ses lèvres.

« C'est moi qui ai gagné cette manche-là ! » s'écria-t-il en parlant de leur joute verbale.

Loki leva les yeux au ciel, l'étincelle d'amusement disparue.

« Je suis déconcentré par Thor qui arrive, mortel, » rappela-t-il.

« Tout comme moi ! » asséna Tony, toujours en souriant. « Essaie de rattraper ça comme tu veux, j'ai gagné ! Et en plus, ce que tu viens de dire s'apparente à un compliment ! T'es fini mon vieux, je vais plus te lâcher avec ça ! » ricana-il en passant la porte du laboratoire en courant.

Il se précipita au salon et analysa ses options, toute trace d'allégresse disparue. Il ne savait pas ce dont Thor voulait lui parler, mais il pouvait toujours tenter d'avoir l'air bourré. Il l'avait assez pratiqué – réellement et par tromperie – pour savoir le faire de manière convaincante. Au pire, si vraiment Thor avait quelque chose d'important à lui dire, il arrêterait son cinéma et lui dirait qu'il avait fait semblant d'être saoul parce qu'il croyait que Thor venait le convaincre de retourner sur New-York comme l'avaient fait Cap et Fury auparavant et qu'il ne voulait pas.

« Jarv', dis-moi qu'il nous reste des bouteilles vides, » demanda-t-il.

« À la vitesse où vous les buvez, il est difficile de les évacuer au fur et à mesure, » railla l'intelligence artificielle.

Tony se promit de recalibrer le programme. Il avait l'impression qu'à force de côtoyer Loki, le programme devenait plus caustique.

« Je me passerai de tes commentaires ! » cingla-t-il.

Sagement, L'IA n'ajouta rien. L'ingénieur se précipita derrière le bar, en sortit quatre bouteilles vide plus une de Tequila pleine, les disposa ainsi qu'un verre sur la table basse, avant de s'affaler dans le canapé.

« Combien ? »

« Trente-trois secondes. »

« Parfait, merci Jarv'. »

« Je vous en prie Monsieur. »

L'ingénieur ouvrit la bouteille, versa de l'alcool dans le verre, en renversa un peu à côté dans sa précipitation – ce qui n'était pas plus mal, ça ajouterait de la crédibilité à son état s'il n'était plus capable de viser correctement le récipient. Il le porta ensuite à sa bouche tout en se laissant aller dans le canapé, renversant encore un peu de liquide sur sa chemise. Il but son verre cul sec, un peu d'alcool s'enfuyant de chaque côté de sa bouche pour dégouliner sur son menton. Il s'essuya la bouche d'un revers de manche et leva son verre en direction de la caméra en face de lui.

« Tu vois ce que tu me fais faire, Tête de Bouc ? » demanda-t-il au dieu. « Et fais gaffe à ce que tu réponds. Même si je ne t'entends pas maintenant, je pourrai visionner l'enregistrement de la caméra du labo plus tard ! » rappela-t-il.

Il se redressa et se servit un second verre de Tequila, avant de s'affaler à nouveau. Il fut tenté de le boire mais il préférait avoir les idées le plus claires possibles pour ne pas faire de bourdes.

Une pensée fugitive lui traversa l'esprit. Ne serait-il pas dangereux de se bourrer la gueule ? Si, alors qu'il n'avait plus conscience de grand-chose, on – c'est-à-dire Pepper probablement, ou tout autre emmerdeur qui viendrait le faire chier à la villa – venait à s'inviter chez lui de manière impromptue – 'tain, depuis quand il utilisait des mots comme ça ? Loki lui déteignait dessus, c'était pas possible – ne risquait-il pas de révéler des choses en rapport avec le Dieu de la Malice ? Si ça devait arriver… En fait, il ne préférait même pas imaginer les conséquences !

Il ne put aller plus loin dans ses réflexions, la sonnette retentit.

« Amène-le jusqu'ici, Jarv', » demanda-t-il dans un souffle, de peur que son invité l'entende.

« Bien, Monsieur, » répondit l'IA.

Une petite minute plus tard, le Dieu de la Foudre entrait dans le salon.

« Ami Stark, je suis heureux de vous voir, » déclara-t-il de son habituel air débonnaire.

« S'lut Thor. Vieux pote. C'ment tu vas ? » demanda-t-il en tentant de se lever du canapé.

Il fit semblant de tituber.

« Ola, ç'bouge, » marmonna-t-il. « T'm'en veux pas si j'reste assis ? »

« Vous êtes saoul ? » demanda le dieu en fronçant les sourcils.

Tony prit une grande lampée de tequila.

« Naaaoooon, » rigola-t-il bêtement. « J'tais saoul y'a deux ou trois heures. Là, j'suis totalement pété, » précisa-t-il en gloussant. Et franchement, il mériterait un Oscar !

« Tony, allez-vous bien ? » demanda le blond en s'accroupissant devant lui, l'air grave.

L'ingénieur s'en voulu soudain de jouer cette comédie. S'il devait y avoir un asgardien au grand cœur, honnête et bon, il l'avait devant les yeux. Et s'il devait y en avoir un mauvais, il était caché dans son laboratoire. Alors pourquoi était-il en train de faire de la peine et d'inquiéter le bon – sans parler de Pep' – pour protéger le mauvais ? "Parce qu'au regard de beaucoup, tu es à ranger dans la même catégorie que Loki alors que tu sais que tu n'es pas foncièrement mauvais ?" lui proposa sa conscience, sale traitresse. Peu importe, il fallait juste qu'il dévie la conversation.

« T'fais pas pour moi, Point Break, » assura-t-il en reprenant une gorgée. « Pourquoi t'es là, d'ailleurs ? » fit-il semblant de se rappeler. « Tu cherches toujours t'frère ? T'penses qu'il est sous mon canap' ? »

La seconde suivante, il se frappa mentalement. Était-il stupide ? Il fallait croire que oui. Comment osait-il dire une chose pareille ?

« L'avez-vous vu ? » questionna brutalement le dieu.

Tony, essayant de conserver l'attitude du mec pinté, éclata d'un rire gras.

« Tu crois que ce connard oserait passer par ici ? Je lui ai mis la pâtée la dernière fois, » assura-t-il.

Thor parut réfléchir, avant de hocher la tête.

« Vous avez raison, c'est absurde, » approuva-t-il. « C'est simplement qu'il s'est passé des choses étranges ces dernières semaines dans un rayon de quelques centaines de kilomètres, impliquant des objets "volant" alors qu'ils ne sont pas faits pour, et d'autres genre de tours que mon frère pourrait accomplir. Mais ce genre de choses se passe régulièrement, partout sur votre monde. Les deux derniers endroits où je suis allé vérifier, les étrangetés étaient dues à un farceur et un ancien guerrier asgardien qui a fuis après la guerre contre ces saletés de Jötnar parce qu'il ne supportait plus la violence. J'aurais dû le ramener pour qu'il soit jugé pour désertion, mais je n'en ai pas eu le cœur. Je ne me suis même pas montré à lui, j'ai acquis ces informations par des chemins détournés. Mais je m'égare, pardonnez-moi, » s'arrêta finalement Thor.

« Haha, t'en fais pas, je suis spécialiste en égarement, » ricana l'humain, grimaçant intérieurement à "ces saletés de Jötnar", parce que Loki allait encore faire la gueule pendant des heures. « Mais vu c'que tu m'dis, j'pourrais faire surveiller certains endroits, ça coûte rien. Jarv', enregistre ça, au cas où j'm'en rappelle pas t't'a l'heure. »

« Tout de suite, Monsieur, » acquiesça l'IA.

« Mon frère sait se rendre invisible, vous ne le détecterez pas avec des caméras vidéo, » précisa Thor.

« P'tain dans l'genre chiant, c'est l'champion ce mec, » souffla-t-il en finissant son verre. « Mais ok. J'verrai si on a des caméras thermique queq'part. »

Le dieu hocha la tête, le regard un peu perdu. Il ne connaissait pas le principe, tout comme Loki avant que Tony lui explique. Et contrairement à son frangin, Tony doutait sincèrement qu'il en comprenne le fonctionnement, même après de longues explications.

« Bon, c'pas tout, mais j'vais aller m'pieuter hein. J'du boulot moi d'main, » grogna-t-il en se relevant difficilement.

Il repoussa la main que Thor tendait vers lui, évitant de le regarder dans les yeux. Il s'en voulait de garder le dieu à distance, il était sûr qu'il était vraiment sympa. Mais il ne pouvait pas se permettre de le laisser se rapprocher de lui. S'il était aussi futé que Loki paraissait le croire – et il lui faisait malheureusement confiance là-dessus, il essayait assez de descendre le Dieu de la Foudre à la moindre occasion pour que le moindre compliment soit pris avec sérieux – alors le comportement de l'ingénieur finirait par lui mettre la puce à l'oreille.

« T'voulais aut' chose ? » demanda-t-il en se dirigeant vers sa chambre, à l'opposé de l'entrée de la villa.

« Non, mais... »

« Alors j'vais t'abandonner, » le coupa Tony. « J'te laisse partir, t'connais la sortie. 'plus m'grand. »

« Vous savoir dans cet état ne me fait pas plaisir, et m'inquiète un peu, je dois l'admettre, ami Stark. J'en toucherai deux mots à vos amis. »

« C'est ça, va pleurer chez Pep', » grogna Tony. « B'ne nuit ! » finit-il en passant la porte.

Il ne donnait pas le nom de sa PDG par hasard. Pepper savait déjà plus ou moins l'état dans lequel il se trouvait et elle venait chaque semaine à la maison. Elle ne pouvait pas augmenter sa durée de présence, prise qu'elle était avec le groupe. Alors que si Thor en parlait à n'importe qui d'autre, Tony était certain qu'il se retrouverait avec un Captain ou un Rodhey sur le dos en plus.

Il s'étala sur son lit sans aucune grâce. Il patienta de longues minutes, avant d'entendre la porte d'entrée et le sifflement accompagnant le déplacement haute vitesse de Mjöllnir. Il se redressa rapidement et descendit au labo.

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Loki oscillait entre soulagement et colère. Lorsque le mortel franchit la porte du labo, ce fut sans surprise le second qui prit le pas sur le reste.

« Êtes-vous parfaitement inconscient ma parole ! » s'écria-t-il alors que la porte n'était pas encore refermée.

« Oh ! On se détend le néogothique ! » s'écria le midgardien. « Je sais parfaitement que j'ai perdu une occasion de me taire, mais tu sais aussi que je serais totalement capable de dire une connerie pareille si tu n'étais pas là. Alors pète un coup et laisse la pression retomber. Merci. »

Ils se regardèrent en chien de faïence alors que le mortel retournait devant son ordinateur.

« Est-ce tout ? » demanda le dieu en masquant son étonnement.

« Quoi ? » demanda l'autre homme en faisant pivoter sa chaise sur elle-même. « De quoi veux-tu parler ? Il n'y a rien à dire. Un clown quelconque fait flipper les gens dans la région, c'est tout. Une fois que Thor aura trouvé de qui il s'agit, il ira chercher ailleurs en était persuadé que tu n'es pas passé et ne passeras jamais dans le coin. C'est le meilleur scénar qu'on aurait pu demander. De quoi tu te plains ? »

Loki s'autorisa deux secondes pleines de réflexion. Devait-il lui dire ? Non, certainement pas. Il ne lui devait rien. Pas sur ce plan-là en tout cas. Mais il jura d'aller se distraire plus loin la prochaine fois, sur une autre partie de Midgard. Il avait été inconscient de jouer des tours aux mortels de la région. Surtout que Stark lui hurlerait probablement dessus – avec raison, partiellement, pour une fois – et il ne souhaitait pas donner au mortel de nouvelles raisons de lui en vouloir.

Les mois précédents, Stark avait étonné Loki. En bien. Il ne croyait pas qu'un midgardien pourrait posséder une vivacité d'esprit et une capacité de compréhension aussi importante. Les premiers jours après avoir proposé cette alliance, il s'était imaginé repartir au bout de quelques semaines. Mais il devait admettre qu'il s'était trompé, et qu'aux vues des premiers résultats de recherches – ceux dont les tests de Stark ne leur explosaient pas au nez – un réel espoir de parvenir à créer ce bouclier existait.

« Très bien, accepta-t-il d'un hochement de tête. « Remettons-nous au travail. Ce grand dadais nous a assez fait perdre de temps. »

Stark leva les yeux au ciel mais n'ajouta rien.

Loki attira un livre à lui par magie et continua ses recherches.

Ils avançaient autant que possible sur Omega – oui, ils avaient fini par lui trouver un nom, parce que "Projet-de-bouclier-anti-magie-et-anti-aliens", ça commençait à devenir pénible – s'interrompant uniquement lorsque la fatigue se faisait sentir. Et ce n'était pas la brève incursion de Thor à Malibu qui allait changer quoi que ce soit à leur routine ou à leurs projets.

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Un soir, alors qu'il travaillait sur Mark-42 en attendant que Pepper arrive – le jet avait eu un peu de retard à cause d'une tempête – Tony écoutait distraitement les infos qu'il avait demandé à Jarvis de diffuser, comme il le faisait occasionnellement. Un énième meeting inutile entre le président et les dirigeants de grosses compagnies d'armes, la guerre en Afghanistan qui suivait son cours, une explosion dans le Tennessee et une autre dans l'Ohio. Rien de particulièrement excitant.

S'il savait…


Vous l'aurez compris, on attaque au prochain chapitre les événements d'Iron Man III. Qu'est-ce que la présence de Loki et ses liens avec Tony vont apporter comme changements ?

Pour votre information, sachez que dans notre chronologie (parce qu'il a bien fallut en établir une), la bataille de New-York a eu lieu à la mi-juin, et ils ont commencé à vraiment travailler ensemble fin juillet (respectivement le 12 juin et le 28 juillet pour être précis, parce que nous sommes toutes les deux et Ju' encore plus de vraies maniaques avec les chronologies !) Comme Iron Man III se passe au moment de Noël (Youpi, enfin un film dont on sait exactement quand est-ce qu'il se passe !), à ce moment-là Tony et Loki travaillent depuis presque cinq mois ensembles.