Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Un an...
Oui, un an sans nouvelles. Nous vous avions quitté fin 2020 pour notre "trêve hivernale", et revenons en ce début 2022, un an plus tard que prévu. Malheureusement, les événements de la vraie vie, tant sur le plan personnel que professionnel, nous ont empêché de consacrer autant de temps que nous l'aurions souhaité à cette histoire.
Mais nous sommes malgré tout de retour. Nous n'abandonnons pas cette histoire. Et si nous ne pouvons pas vous promettre que de telles interruptions ne viendront jamais à se reproduire, c'est un projet qui nous tient trop à cœur pour le laisser de côté si facilement. Aux vacances de la Toussaint, nous avons terminé de prévoir l'intrigue liée au film Infinity War, et avons entamé le travail sur Endgame. Alors oui, ce sont des intrigues qui viendront dans longtemps, des années de narration et de longs mois d'écriture devant nous. Mais c'est là. Nous ne lâchons rien.
Nous reprenons notre publication toutes les trois semaines, le week-end, et avons actuellement plusieurs mois de publication d'assurés devant nous.
Au plaisir de vous revoir, vous les fidèles qui avez attendu si longtemps une suite, comme d'accueillir les nouveaux lecteurs qui tomberaient sur cette histoire !
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Lyrellys, Tsuki Banritt, MARGUERITE . ROXTON - JONES, Amy, Egwene Al'Vere, Meranath, merci beaucoup pour vos review.
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Au vu de temps écoulé depuis la dernière publication, petit rappel des événements récents...
Après les événements du films "Captain America : Le soldat de l'hiver", Steve, Natasha et Clint se sont installés à la Tour Stark. Si Natasha est convoquée devant les autorités pour répondre de la situation et de l'effondrement du SHIELD, ils s'en sortent tant bien que mal. Pour pallier à l'absence du SHIELD, désormais organisation terroriste, Tony commence (sur l'idée de Loki) à bosser sur le projet "Rescue", une organisation substitut au SHIELD.
Enfin, du côté de Loki et Tony, ils viennent de célébrer le premier anniversaire de leur collaboration (ou, comme le dit le dieu, "l'anniversaire du jour où j'ai temporairement laissé de côté l'idée de vous tuer pour m'associer avec un misérable mortel tel que vous"), et commencent tous les deux à difficilement admettre qu'à défaut d'amitié, il y a quelque chose entre eux. Les miracles existent !
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 17
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L'équilibre est une chose précieuse et éphémère. Fragile. Homme, dieu, héros, vilain, ingénieur, magicien, travailleur, collègue, compagnon, ami. Allié. Ils étaient l'un ou l'autre, et tout cela à la fois. Ils tous deux plusieurs facettes, différents aspects de leur vie et de leur personnalité, qu'ils choisissaient à leur gré d'afficher aux yeux du monde ou au contraire de quelques rares privilégiés. Et parfois les cachaient, y compris à eux-mêmes.
Mais quand ces facettes, chacune le reflet partiel et fragmentaire d'un même être, se démultipliaient à l'infini, comment garantir l'éternel équilibre entre chacune d'entre elle ? Comme ne pas s'y perdre soi-même ? C'était impossible.
Alors ils naviguaient entre les vagues, toutes voiles dehors, tenant la barre aussi fermement que possible. Attendant sans jamais pouvoir la voir venir la lame de fond qui les ferait tous sombrer.
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Avec la commission sénatoriale enfin derrière eux, la pression avait lentement mais surement commencé à redescendre, laissant tout le loisir à Tony de se pencher un peu plus sérieusement sur les données du SHIELD et d'Hydra. Surtout d'Hydra d'ailleurs. En juin dernier, ça avait essentiellement été du bricolage amateur, pour tenter de colmater les fuites immédiates et de limiter les dégâts. Une opération de haut vol, loin d'être réalisable par le premier informaticien venu – et soyons honnêtes, également loin d'être à la portée des supposés génies qu'employaient la NSA, le SHIELD lui-même ou les autres agences gouvernementales et internationales plus ou moins légales de ce pays et des autres. Mais en comparaison avec la qualité habituelle de son travail, c'était tellement brouillon et loin d'être au point qu'il pourrait presque en avoir honte.
Depuis une semaine, Tony avait donc patiemment entrepris de décortiquer les moindres fragments de cryptage qu'il – ou plutôt, que Jarvis – avait collecté, pour pouvoir analyser les documents, les recrypter correctement – parce que franchement, si le SHIELD osait appelait ça du cryptage, Fury allait l'entendre ! – et archiver le tout sur l'un de ses serveurs personnels les plus sécurisés. Hors de question que ce bordel puisse se reproduire ! Parce que certes, après en avoir discuté à de multiples reprises avec Natasha et Steve, il pouvait comprendre la nécessité d'exposer Hydra au grand jour, et il savait qu'ils avaient dû agir dans l'urgence. Simplement, il y avait peut-être des moyens plus subtils que de balancer toutes les données du SHIELD sur le net en même temps !
Mais en sept jours de boulot, Tony avait à peine commencé à en creuser la surface. Il l'avait pressenti alors qu'il commençait tout juste à trier les données, au lendemain de l'effondrement du SHIELD. A présent, c'était une certitude : ce ne serait pas des jours ni même des semaines qui seraient nécessaires pour analyser et trier tout ce bordel, mais bien des mois. Joie. Et il ne voulait même pas commencer à compter en année, ce qui pourrait pourtant bien être le cas.
« Puisque cela va bientôt faire dix minutes que vous êtes avachi sur votre siège à regarder dans le vide, mâchoire béante et regard vitreux, sans doute pouvez-vous mieux employer votre temps et venir m'aider ? »
Loki, ou l'une des raisons pour laquelle cela prendrait plus de temps que prévu. Loki, et indirectement Omega. Surtout Omega en fait. Parce que c'était bien joli de bosser sur les données du SHIELD et d'Hydra, ses armures d'Iron Man, les réunions Stark Industries avec Pepper, le projet Rescue et toutes ses affaires du côté Avengers. Mais Omega avait la priorité. Aurait toujours la priorité, qu'il le veuille ou non – en l'occurrence, il le voulait plutôt bien. Leur objectif était trop important pour être simplement mis de côté ou négligé. Après tout, même lorsqu'il examinait les données, Loki était presque toujours dans l'atelier en même temps, à plancher sur ses propres projets. Leur projet. Difficile dans ce cas de rester concentré sur des formulaires administratifs du SHIELD datant des années quatre-vingt.
« Quoi, je te manque tant que ça ? Fallait le dire plus tôt ! » lança-t-il avec un grand sourire, récoltant un regard furieux au passage. L'idée que, environ un an plus tôt, il aurait probablement fini baignant dans une flaque de sang pour ce genre de plaisanterie, le fit sourire davantage. Pour autant, il n'en rajouta pas et s'approcha de l'établi de Loki, se penchant sur le réacteur ark et les éléments que le dieu lui désignait successivement. Dans son dos, le SHIELD et Hydra était totalement oublié tandis que Jarvis sauvegardait les dernières mises à jour et éteignait son propre écran.
Ouais, la priorité allait définitivement à Omega.
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« Droite, gauche, et bloque ! »
Tony bloqua une seconde trop tard, et se retrouva brutalement mis au tapis par un coup de pied surpuissant de Natasha, pour la vingt-troisième fois depuis le début de la séance, moins d'une heure plus tôt. Et qu'on ne vienne pas lui dire que la russe n'y prenait aucun plaisir, il voyait parfaitement le sourire narquois que cette sadique affichait dès qu'elle parvenait à lui faire mordre la poussière – soit approximativement toutes les deux minutes trente – et qu'elle n'essayait même pas de cacher. Bourreau cruel et sanguinaire.
Et tout ça sur une foutue idée de Rogers. Saint Steve, pour le remercier de tous les héberger à la Tour, avait gentiment proposé d'entrainer un peu Tony, qui malgré toute la puissance de feu de son armure demeurait totalement vulnérable sans elle. Sentant venir le coup fourré, il avait essayé de nier, s'inventant même des cours de boxe et de self-défense, vaguement suivi il y a quelques années avec Happy – Comme si quiconque était dupe ! – Mais cette maudite russkoff, pour avoir infiltré son entreprise et partagé son quotidien pendant quelques mois, savait parfaitement qu'il n'en était rien et n'avait pas manqué de le dire à quiconque voulait bien l'entendre – comprendre : tout le monde – et Steve le premier.
Mais comme le super soldat n'était pas souvent à la Tour – depuis son emménagement, il passait presque tout son temps libre en compagnie de Sam Wilson à traquer Bucky, ce que tous comprenaient et encourageaient – il avait demandé à Natasha si elle voulait bien s'en occuper lorsqu'elle avait un peu de temps libre, ce que cette psychopathe en puissance avait accepté avec un large sourire. Il y avait échappé jusque-là, mais maintenant que la commission était passée, l'espionne avait tout à coup beaucoup plus de temps libre et une soudaine envie de le torturer. Mais attention, cela ne voulait pas dire qu'il échapperait aux roustes infligées par Steve, qui allait s'empresser de « l'entrainer » aussi souvent qu'il serait de retour à New-York. Sans offense, mais Tony en était presque à prier pour que Bucky soit bien planqué, quelque part dans le trou du cul du monde, et que Steve mette des années à le retrouver. Presque.
En parlant de trou du cul du monde, il avait appelé Bruce quelques jours auparavant, pour lui donner les dernières nouvelles, dont entre autres le verdict de la commission – et accessoirement lui raconter ses malheurs – et Bruce, ce cher Bruce, son science bro, avait osé éclater de rire avant de lui raccrocher au nez.
Il les détestait tous.
Tout ça pour expliquer qu'il ne mettait en effet que peu de bonne volonté à se relever pour la vingt-troisième fois du sol où il avait échoué, et où l'empreinte de son corps allait finir imprimée au rythme où avançaient les choses. Pour dire les choses franchement, il était répandu au sol, immense flaque de muscles endoloris couverte d'hématomes divers, agonisant péniblement au rythme d'une respiration erratique, la sienne. Finalement, le sol n'était pas si inconfortable que ça… Pas assez pour qu'il envisage d'en bouger dans un avenir proche en tous cas.
Fort heureusement, une main charitable se porta rapidement à son secours et l'aida à se relever, lui fourrant dans les mains une bouteille d'eau dès qu'il fut suffisamment stable sur ses pieds. Bouteille qu'il descendit en quelques gorgées, avant d'exhaler un soupir de satisfaction. Bordel, il avait rarement autant aimé tête de piaf que ce jour-là !
« Dis Barton, t'était tout autant un agent du SHIELD que Romanoff non ? » demanda-t-il, pris d'une inspiration subite. « Pourquoi ce ne serait pas toi qui m'entrainerais ? »
Pour toute réponse, il reçut un regard navré du principal intéressé, et un haussement de sourcil vaguement – totalement – hautain de sa tortionnaire d'instructrice.
« Même si je me débrouille plus que bien au corps-à-corps, ce n'est pas ma spécialité. Tu sais, sniper ici… »
« Ouais, mais quand même. Le but c'est pas de faire de moi un agent de terrain capable de foutre l'ennemi par terre d'un unique coup de pied bien place comme Super Ninja ici présente. Non, je suis juste censé être capable de vaguement me débrouiller sans mon armure et éviter de me faire tuer en attendant les renforts, ordre du Captain. »
« Le truc, c'est que jamais été instructeur, contrairement à Nat. Il y a quelques années, les responsables l'avaient collée la formation des nouvelles recrues. » Clint eu un bref éclat de rire face à la grimace assez explicite de Tony. « Ouais, je crois que t'imagines parfaitement le résultat. L'infirmerie a rarement été aussi pleine que pendant ces quelques mois. Disons qu'au moins, c'était un moyen rapide et fiable de s'assurer de la motivation des futurs agents de terrain ! »
Ils partagèrent un regard de connivence tandis que Natasha les toisait, sourire mesquin et air supérieur.
« Du coup je suppose que c'est pas la peine que j'insiste, hein ? »
« Désolé mon pote ! » lui répondit-il, tapotant vaguement son épaule. Tu parles, ce traitre n'avait pas l'air désolé. Pas du tout.
« En attendant, l'entrainement est fini pour aujourd'hui, » les interrompit l'autre impitoyable sergent instructeur. « Mieux vaut ne pas y aller trop fort au début, même si tu vas avoir de sacrées courbatures. »
« Quoi, ça c'était "pas trop fort" ? »
« J'aurais bien voulu enchainer avec une deuxième séance dès demain, » poursuivit-elle comme s'il ne l'avait pas interrompu, « mais Clint et moi allons nous absenter quelques jours, Hill a retrouvé la trace d'une ancienne équipe basée à Buenos Aires, soit une douzaine de nouveaux agents dont nous devons nous assurer de la loyauté. »
« Alléluia, merci ! » s'écria-t-il, épuisé mais aussi et surtout soulagé.
Sur ces derniers mots ils quittèrent rapidement la salle d'entrainement – en même temps, qu'est-ce qui lui avait pris d'en installer une ? – pour prendre l'ascenseur et rejoindre l'étage commun où devait normalement l'attendre Pepper, rentrée plus tôt après sa dernière réunion. Sans doute Jarvis l'avait-il prévenu de leur arrivée imminente, puisqu'elle avait délaissé sa montagne de paperasse pour l'accueillir.
« Hey Pep' ! » s'exclama-t-il joyeusement en se dirigeant vers elle, avant d'être stoppé tout net par une main fermement dressée devant lui en un geste universel de « pas bouger ».
« Chéri, je suis heureuse de voir que tu as su t'amuser avec tes collègues, et accessoirement te remettre au sport. » Avec l'expérience forgée de l'habitude, elle ignora du même coups ses dénégations outrées et les soi-disant supers espions qui ricanaient comme des hyènes malfaisantes à ses côtés afin de poursuivre comme si de rien n'était. « Malgré cela, tu vas me faire le plaisir d'aller prendre une douche avant de revenir et de t'approcher à moins de trois mètres de moi. »
Que pouvait-il répondre à ça, autre que « Oui chérie », et tant pis pour les hyènes ricanant dans son dos.
Sauf qu'une fois lavé, il ne rejoignit pas immédiatement sa compagne, voulant faire un – bref, cela va sans dire – détour par le labo. Il avait lancé avant sa séance de torture une nouvelle simulation prometteuse pour Omega, et il était trop impatient d'en voir les résultats pour pouvoir attendre l'opportunité de gagner l'atelier pour y travailler : surement pas avant le lendemain, ou dans la nuit au cours d'une "insomnie" dans le meilleur des cas. Sans compter que la simulation avait dû se terminer au moins vingt minutes plus tôt, et il savait que Loki était tout aussi impatient que lui d'en connaitre les résultats. Sauf qu'évidemment, il ne pouvait pas compter sur le néogothique pour l'attendre !
« Hey, c'est ma simulation ça ! » s'exclama-t-il en franchissant les portes du labo, outré mais franchement peu surpris de voir les résultats de ladite simulation affichés sur l'un des écrans principaux, un Loki aux sourcils froncés penché dessus avec attention.
« Notre simulation voulez-vous dire. »
« Ouais, notre, si tu le dis… » consentit-il du bout des lèvres, renonçant rapidement à un débat stérile pour se pencher à son tour sur les résultats, l'œil avide. Mais ce soudain manque de combativité sembla raviver l'intérêt du dieu envers sa personne, qui se tourna plus franchement vers lui pour le toiser du regard, les lèvres ornées d'un très léger sourire moqueur.
« Alors, cette séance de supposé entrainement ? S'est-elle si mal déroulée que cela ? En soit, ce n'est guère étonnant. Je crois sentir le délicat fumet de la défaite et de l'humiliation qui semble irradier de votre personne à chacun de vos pas. »
« C'est ça, fous-toi de ma gueule Rodolphe, je te dirais rien, » maugréa-t-il dans sa barbe sans même le regarder. Pas assez doucement toutefois.
« Voyons, si j'avais voulu me moquer de vous, j'aurais loué les couleurs bleues et violettes qui teintent votre peau et viennent raviver l'éclat naturel de votre teint. Et cela est sans mentionner la ravissante couleur noire qui vient entourer votre œil gauche, rendant votre regard des plus… percutant. »
« Percutant hein ? Je t'en foutrais moi des regards percutants… » râla-t-il, parfaitement conscient de son ton qui sonnait davantage boudeur que colérique. Puis, dans un geste de maturité extrême, lui tourna carrément le dos et croisa les bras sur sa poitrine, toute son attention focalisée sur l'écran devant lui et pas du tout sur le dieu derrière lui. Ouais, boudant définitivement.
Il fut surpris d'entendre le rire de Loki résonner derrière lui, et il dû lutter de toutes ses forces pour ne pas se retourner. Le rire n'était pas sarcastique ou moqueur, comme c'était habituellement le cas. En cet instant il ne pouvait lire les expressions sur le visage du dieu, surement l'une des raisons de ce soudain laisser-aller, tellement indigne du glorieux prince tout puissant qu'il était ! Mais ce rire lui semblait être plus sincère qu'il ne l'avait jamais entendu l'être, et Tony se retrouva presque malgré lui à rire à son tour, parfaitement conscient du ridicule de la situation. C'était sans doute stupide, et même pas particulièrement drôle en plus – le dieu de la malice à la langue d'argent, surnom certes non usurpé, l'avait quand même habitué à beaucoup mieux ! – mais ça lui faisait un bien fou de pouvoir rire à gorge déployé, au nom d'un prétexte futile et même complètement débile, simplement parce qu'il en avait envie et qu'il le pouvait.
Les rires de l'un comme de l'autre s'essoufflèrent rapidement, mais ils mirent toutefois de longues minutes avant de se décider à rompre le silence apaisé, presque complice, qui régnait entre eux. Ce fut Tony qui dut pourtant s'y résoudre, parce qu'après tout, il n'avait pas toute la journée, lui. C'était juste un passage rapide afin de pouvoir étudier les résultats de la simulation – résultats qu'aurait pu lui communiquer Jarvis à n'importe quel moment, mais bon, c'était quand mieux de tout constater par lui-même, plus explicite avec les schémas et tout – et d'en discuter rapidement avec Loki, afin de programmer leurs expériences du lendemain. Un bref passage, voilà comment il l'avait défini dans sa tête, alors qu'il descendait au labo un peu plus tôt.
Sans doute la raison pour laquelle il ne remonta finalement que deux heures plus tard…
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Les résultats de la dernière simulation qu'avait lancé Stark, aussi prometteurs soient-ils, leur avaient toutefois fourni davantage de questions que de réponses. Il était toujours difficile de prédire les résultats que donneraient leurs expériences, même pour lui, et ces simulations virtuelles que lançait Stark à partir d'algorithmes complexes, à la fiabilité somme toute correcte, avaient le mérite indéniable d'écarter certaines des trop nombreuses pistes qu'ils émettaient en permanence, ou tout du moins à les amener à reconsidérer celles-ci.
Mais la dernière simulation en date avait produit des résultats pour le moins étonnants, et Stark et lui avaient passés l'intégralité de leur temps de travail lors de ces huit derniers jours à tenter d'en tirer des conclusions.
Pour l'heure, ils avaient toutefois laissé leurs travaux de côté. Si douze heures sans la moindre interruption dans l'atelier était une durée relativement commune pour eux, elle faisait néanmoins suite à une journée bien plus chargée encore, et à une nuit qu'il savait avoir été interrompue par une intervention d'Iron Man. Tiré de son sommeil et devant brutalement quitter du même coup sa couche et sa compagne, il était venu en aide aux secouristes de la ville de Washington, qui tentaient d'évacuer un gigantesque complexe immobilier empli de civils et en proie à un violent incendie qui demeurait malgré les efforts de tous non maitrisé et menaçait d'engloutir le quartier tout entier dans un déluge de feu. Stark, le défenseur de la veuve et de l'orphelin ! Le dieu avait lui-même suivi l'intervention depuis Malibu, où il passait ses nuits en l'absence de Stark, grâce à un écran fort opportunément allumé par Jarvis. Et s'il méprisait toujours cet altruisme qui poussait Stark à risquer si stupidement sa vie pour de parfaits inconnus, et bien que cela lui coute de devoir l'avouer, il ne pouvait nier que sa présence avait fait une véritable différence, épargnant ainsi de nombreuses vies innocentes.
Toujours est-il que malgré un timide 18h30, ils avaient rassemblé les affaires présentes sur leurs établis – tout du moins Loki avait-il rangé le sien, il était tout bonnement incapable de déceler la moindre présence d'ordre sur celui de Stark – et la plupart des écrans étaient en veille ou directement éteints. Lui-même s'était installé confortablement dans son fauteuil et avait repris le grimoire dont il avait récemment entamé la lecture. Mais alors qu'il s'attendait à voir Stark quitter la pièce au plus tôt pour rejoindre sa compagne en avance, il fut surpris de voir le mortel venir s'avachir dans le fauteuil face au sien, deux verres à la main.
Stark lui proposa l'un des deux verres de bourbon, que le dieu accepta de bonne grâce en posant son livre. Si l'alcool midgardien était définitivement trop faible pour affecter son comportement ou altérer son état physique de quelque manière que ce soit, qui plus est en des quantités si risibles, il en était venu à apprécier le goût légèrement fumé de cette boisson et ne rechignait guère à en accepter un verre ou deux. A fortiori lorsqu'il buvait aux frais de son hôte, ce qui était pour ainsi dire toujours le cas et ne manquait jamais de le ravir face à pareille ironie.
« A ton tour. »
Pour ton réponse, Loki leva un sourcil interrogatif, amenant le mortel à lui fournir de plus amples explications au lieu de se contenter de ces quelques mots sibyllins.
« C'est moi qui avais terminé la dernière fois. J'avais conclu notre discussion en te racontant l'histoire de cette grosse débile de Petit Chaperon Rouge et de la soi-disant morale se cachant derrière ce conte pour enfants à la con. Conte qui d'ailleurs n'a été que trop repris et interprété de toutes les façons possibles et imaginables, le plus souvent de façon totalement absurde ou ridicule. C'est donc à ton tour. »
Loki ne mit qu'une fraction de seconde à comprendre où par les Nornes le midgardien voulait en venir, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il était surpris de ce choix d'introduction comme de la volonté même de poursuivre cette discussion. Il ne niait pas avoir passé une agréable soirée en la compagnie de Stark trois semaines plus tôt, il le reconnaissait même franchement en son for intérieur – mais qu'il soit damné si un seul mot y faisant référence franchissait la barrière de ses lèvres, d'une quelconque façon que ce soit ! Toutefois, il ne s'était pas attendu à ce que le sentiment soit partagé, à fortiori que Stark le relance pour reprendre où ils en étaient. Rare dans sa vie avaient été les fois où quelqu'un était revenu de son plein gré vers lui afin de poursuivre une conversation entamée. Pas même son frère n'avait été de ceux-là, lui qui abhorrait ce qu'il appelait des futilités, tant de temps perdu qui selon lui aurait pu être bien mieux employé, comprendre sur le terrain d'entrainement. Thor avait toujours été limité, cela n'était pas nouveau. Il n'y avait jamais eu que sa mère, avec qui il pouvait parler librement pendant des heures des sujets les plus divers, sans jamais pouvoir venir à bout d'une discussion et devoir à leur plus grand plaisir les poursuivre des jours, des semaines durant.
Totalement pris au dépourvu par la demande de Stark mais refusant de le montrer, il se contenta de boire paisiblement une gorgée, aussi impassible que d'ordinaire, avant de poser finalement son verre et de croiser les doigts.
« La légende d'Axias, le dieu aux deux visages. »
Aussitôt ces mots eurent-ils franchis la barrière de ses lèvres qu'il le regretta profondément. Mais il était trop tard pour reprendre ses mots, le regard de Stark s'étant fait ouvertement curieux tandis qu'il souriait, visiblement soulagé et peut-être même étrangement heureux de voir le dieu se plier à sa demande et poursuivre volontairement leur discussion.
« La légende d'Axias est parmi les plus vieilles de mon peuple. Souventefois cette histoire m'a-t-elle été contée par ma mère durant mon enfance. Voilà bien des décennies que je n'y avais point songée… »
Fermant brièvement les yeux, il se retrouva presque malgré lui à se remémorer des souvenirs lointains, des souvenirs remontant à son enfance. Derrière ses paupières closes, il pouvait deviner l'éclat doré de la chevelure de sa mère, les couleurs chatoyantes de ses robes et la douceur de son sourire. En se concentrant un peu, il pouvait presque sentir son parfum, floral et volatil. Cet instant fugace ne dura qu'une fraction de seconde, mais le bouleversa par sa vivacité étonnante. Ainsi, c'est d'une voix basse qu'il entama son récit, ses mots se mêlant à ceux de sa mère dans sa mémoire.
« Il y a bien longtemps, en des temps immémoriaux qui ne figurent plus aujourd'hui que dans les légendes d'autrefois, il y avait un asgardien prénommé Axias. Devenu involontairement parricide à la suite d'un tragique accident, il fut puni par les Nornes. Il devint une créature maudite, condamné à revêtir non pas une mais deux apparences des plus disparates, changeant au gré des jours sans qu'il n'ait la moindre prise sur ses métamorphoses. Mais contre toute attente, il ne fut pas affublé d'une quelconque difformité, ou transformé en monstre destiné à la chasse et à être abattu. La malédiction était bien plus perverse et vicieuse que cela.
Un jour, il était un homme de petite taille, les cheveux couleur de blé mûr, des yeux de glace et la peau bronzée par le soleil d'Ásgard. L'autre, elle était une femme incroyablement grande, les cheveux couleur de nuit, des yeux d'encre et une peau si pâle qu'on aurait cru qu'elle n'avait jamais connu la chaleur du soleil. Et le jour suivant elle retrouvait son apparence première d'homme, pour qu'il redevienne le lendemain cette femme qui était lui. Homme et femme à la fois, sans jamais réellement se sentir l'un ou l'autre.
Il n'était pas particulièrement fort pour un homme, et pas plus habile avec une arme. Elle n'était pas spécialement belle pour une femme, et ne possédait aucune aptitude à la magie. Il n'était personne, et elle n'était pas davantage. »
La gorge soudainement sèche, il voulut faire venir à lui la carafe de bourbon par magie, mais Stark avait été plus rapide et s'était directement levé pour la saisir et leur resservir un verre. Un hochement de la tête en remerciement, geste qui lui fut retourné avec sérieux. Si la curiosité n'avait pas quitté son regard, le sourire joueur avait peu à peu laissé place à une concentration et un sérieux bien au-delà de ce que réclamait d'ordinaire un conte pour enfant, mais que Loki ne pouvait s'empêcher de trouver particulièrement adapté aux circonstances et audit récit.
« La malédiction n'était toutefois pas destiné à être éternelle, mais bien au contraire à être rompue, » reprit le dieu une fois qu'il se fut désaltéré, ayant du même coup repris ses esprits. « Mais cet espoir qui lui était offert était sans doute la plus cruelle malédiction de toute. Pour combattre le sort qui lui était échu, il devait réussir à se faire aimer d'une personne, quelle que soit l'apparence qu'il arborerait. Et s'il était parvenu plus d'une fois à gagner le cœur d'un asgardien ou d'un asgardienne, car après tout il demeurait une personne au cœur profondément bon, jamais il ne conserva leur amour lorsque naissait son autre apparence à la lumière d'un jour nouveau.
Ayant compris que jamais la malédiction ne prendrait fin, il quitta Ásgard en secret, mais également les Neuf Mondes. Il voyagea loin et longtemps, découvrant des civilisations inconnues et des mondes oubliés. Jusqu'au jour où il parvint sur une planète du nom de Dramgid. Les gens là-bas n'avaient jamais entendu parler d'Ásgard et ni de ses dieux, ni même rencontré quelconque créature à l'apparence semblable. Aussi, ils prirent cette double apparence comme ce qu'elle était, soit rien d'autre qu'une des nombreuses aptitude de leur invité. Même lorsqu'il s'ouvrit à eux de sa différence ils n'en changèrent pas d'attitude.
Sur Dramgid, Axias pansa ses blessures et ses chagrins, se détournant d'Ásgard et de ses gens aux habitudes futiles et aux pensées étriquées pour s'épanouir aux côtés de ceux qui jamais ne l'avaient jugé pour sa différence, mais l'acceptant tel qu'iel était. Iel aima et fut aimé en retour. Iel se maria à l'un de habitants de Dramgid, et eu de nombreux enfants et une longue descendance. Pourtant, il est dit que jamais Axias ne cessa ses métamorphoses, et qu'iel en remercia les Nornes jusqu'au jour de sa mort. Telle est la légende d'Axias, le dieu aux deux visages. »
Le silence qui régnait dans la pièce, lorsqu'il eut achevé son récit, était d'une lourdeur et d'une implacabilité comme il ne l'avait pas été depuis bien longtemps entre eux. Loki n'aurait su dire s'il se retrouvait enchainé par les mots de ce conte, sa morale absurde, les souvenirs de son enfance ou même la douleur de ce deuil qui ne datait que de quelques mois. Mais s'il ne connaissait point la cause exacte, il ressentait par mille fois le poids de ses entraves.
« J'ai longtemps cru comprendre la morale de cette histoire, aussi ne comprenais-je pas la volonté de ma mère de me la conter si souvent, au point que j'en puisse réciter les mots de mémoire, » conclut-il, d'une voix encore plus basse et rauque qu'elle ne l'avait été jusque-là. « Mais aujourd'hui, à la lumière des événements des dernières années et de la vérité révélée autour de mon adoption et de ma véritable ascendance, je crois percevoir en ces mots une vérité plus profonde. »
Ce que Loki ne disait, pas c'est que sa mère concluait immanquablement son récit par les mêmes paroles.
« Un jour Loki, un jour tu sauras ce que c'est que d'être écartelé en deux, tout ton être déchiré en deux moitiés si disparates que tu ne puisses même concevoir l'idée qu'elles forment un tout. Ce jour-là pourtant il te faudra avancer, contre vents et marées. Trouve en toi cette force d'accepter, d'avancer. Trouve ton chemin, celui qui n'appartient à nul autre qu'à toi-même. Forge toi-même ton destin. Et alors seulement, tu pourras être heureux. Vraiment heureux, Loki. Et c'est tout ce qu'une mère puisse souhaiter pour son enfant. »
A chaque fois il avait hoché profondément la tête, sans réellement avoir conscience de la profondeur de ce qui lui était dit, de ce secret qu'elle devait garder tu et de la terrible vérité à laquelle elle essayait tant bien que mal de le préparer. Il n'avait pas compris, à l'époque.
Aujourd'hui, il savait. Ça n'en était pas moins douloureux.
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Étendu de tout son long sur le canapé de leur appartement, Tony écoutait d'une oreille distraite les remarques successives de Pepper qui, attablée quelques mètres plus loin au milieu de la paperasse, lui dressait le bilan du dernier conseil d'administration auquel il n'était bien évidemment pas allé. Après tout, il avait fait de Pep' la PDG de Stark Industries pour une bonne raison quand même ! Bon, okay, il était mourant à l'époque. Mais une fois son petit problème d'empoisonnement au palladium réglé – parce que génie, il ne laisserait jamais personne l'oublier ! – il n'avait certainement pas essayé de récupérer son poste. Et puis quoi encore ? Non seulement Pepper faisait un boulot tout simplement fantastique, bien meilleur que tout ce qu'il avait jamais pu faire, et c'était sans compter que lui-même se portait bien mieux depuis ! D'accord, il devait toujours gérer – comprendre : laisser gérer Pepper pour la plus grande partie – les aspect liés à son rôle d'actionnaire majoritaire et d'égérie de la marque – ce qui selon lui était déjà beaucoup trop ! – sans compter son implication dans le département Recherche, mais c'était quand même une franche amélioration.
C'était donc un de ces fameux, maudits jours dédiés pleinement et uniquement à Stark Industries, ces jours qu'il maudissait de l'instant où il se levait – après une grasse matinée particulièrement tardive, parce qu'il n'allait pas accorder plus de temps que strictement nécessaire à ces conneries ! – à celui où il se recouchait. Aussi sa participation se bornait-elle les trois quarts du temps à des hochements de têtes sérieux à intervalles réguliers, tout en arborant un air concentré de circonstance en s'efforçant de ne pas trop décrocher. Sauf que là ça faisait presque une demi-heure qu'elle avait entamé un énième compte-rendu sans qu'il n'en voie le bout, que lui-même s'était couché à près de six heures du mat' parce qu'il avait une dernière expérience sur le feu – en plus ce n'était même pas une expression ! – avec Loki, et qu'en plus il anticipait les heures à venir, qui se dessinaient sous des auspices peu flatteurs. Pitié, quelque chose à faire, n'importe quoi !
« Donc tu n'écoutes plus. »
Tony sursauta, tombant presque du canapé, et releva la tête vers Pepper. Cette dernière était debout au-dessus de lui, poings sur les hanches. Et au vu de son regard furieux, ce n'était visiblement pas la première fois qu'elle l'appelait ainsi pour s'assurer de son écoute et de son attention.
« Désolé ? »
Mais il fallait plus qu'un regard faussement innocent – qui par ailleurs ne la trompaient plus depuis bien trop longtemps – pour faire flancher sa chère PDG, qui le remit fermement d'aplomb et lui présenta derechef une pile de documents. Mais alors qu'il cherchait – et trouvait – un stylo près de lui afin de parachever une à une les nombreuses feuilles de cet engin de torture, elle s'empressa de le lui arracher des mains.
« Hors de question. Pour une fois, tu vas me faire le plaisir de lire un peu ces documents, avant de signer tout et n'importe quoi sans même faire semblant de prendre connaissance de ce que tu signes. Au vu de ta façon de faire, j'aurais pu depuis longtemps récupérer ton entreprise et tous tes avoirs, tes possessions, et même t'expulser de ce bâtiment qui porterait déjà mon nom, affiché en grosses lettres brillantes. »
« Ah, parce que mon entreprise ne t'appartient pas déjà ? »
Malgré sa colère, il réussit à lui tirer un bref sourire, qui disparut toutefois rapidement tandis qu'elle lui tendant la première feuille. Soupirant lourdement, il s'en saisit et commença machinalement à lire à mi-voix.
« Je, soussigné Anthony Edward, autorise par la présente attestation l'octroiement d'une pension subsidiaire d'un montant de six-cent-mille dollars annuel, effectué sous la forme d'un versement mensuel de cinquante-mille dollars… Tout ça pour leur dire que je leur file du fric hein ? Putain de jargon juridique à la con… »
Et ce fut ainsi pendant des pages et des pages, les uns après les autres, qu'il lisait d'un ton monocorde accompagné de remarques dégoulinantes de sarcasme avant de les signer une à une. Mais cela ne faisait pas une heure qu'il était à pied d'œuvre qu'il fut surpris par quelqu'un frappant à la porte. Relevant vivement la tête, sourcil froncé, il se rappela rapidement qu'il avait demandé à Jarvis de ne pas les interrompre, raison pour laquelle celui-ci n'avait pas annoncé le visiteur avant même qu'il ne frappe, comme il le faisait d'ordinaire.
« Jarvis, qui est-ce ? » interrogea-t-il.
« Clint Barton, monsieur. Il me fait savoir qu'il sort d'un rendez-vous avec l'agent Maria Hill, et souhaite s'entretenir avec vous à ce sujet, comme vous le lui aviez expressément demandé. »
« Super, dis-lui d'entrer ! » Puis, sentant venir l'inévitable objection, il se tourna derechef vers Pepper. « C'est à propos de Rescue, j'avais de supers idées pour le recrutement et la formation des futurs agents, et je voulais que Clint en parle à Hill pour qu'elle voit si c'était crédible et réalisable avant qu'on se penche réellement dessus. C'est aussi du travail, non ? »
Puis, sans perdre une seconde ou attendre de réponse, il s'empressa d'aller accueillir son ami – son sauveur ! – à la porte. Parce que même si Rescue restait le boulot, c'était quand même vachement plus fun que ce qu'il faisait juste avant !
Le temps que Clint et lui ne s'installent sur le canapé, les piles de documents Stark Industries avait disparu – Yeeeeeeeees ! – au profit d'un classeur d'un bleu profond, soigneusement étiqueté « Rescue » en grandes lettres majuscules, tandis que sa petite-amie faisait glisser vers eux une tablette avec les dernières informations mises à jour pour leur création d'entreprise. Il embrassa rapidement Pepper qui lui adressa un petit sourire, peut-être un peu trop crispé sur les bords, avant qu'elle ne détourne le regard pour sortir certains documents du classeur et les étaler devant eux.
Pepper ne participa pas beaucoup à la discussion, se contentant d'apporter des précisions ou au contraire de freiner leurs idées trop grandiloquentes quand le besoin s'en faisait sortir, mais c'était généralement le cas lorsqu'on en venait à parler de Rescue. Malgré l'assurance que Rescue ne traquerait pas Hydra et resterait une force indépendante entièrement dédiée aux Avengers, il savait qu'il s'agissait d'un sujet avec lequel Pepper avait parfois des difficultés à interagir, les frontières entre le businessman, l'ingénieur, le super-héros et l'homme qu'il était dans l'intimité se troublant plus qu'en nulle autre occasion.
Aussi, quand Clint les quitta près de deux heures plus tard, c'est de lui-même qu'il alla chercher les fameux documents à signer qu'ils avaient abandonné plus tôt – ou plutôt, essaya de les chercher, avant que Pepper ne lève les yeux au ciel et ne se lève pour les prendre elle-même, vu qu'il n'avait pas la moindre idée de là où les avait rangé – et de reprendre sans trop grogner sa tâche rébarbative – en gardant quand même le sarcasme, parce que fallait pas déconner non plus !
Qu'on ne vienne pas lui dire que la vie de milliardaire ou de chef d'entreprise, ce n'était qu'une partie de plaisir !
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Il s'agissait de l'une de ces nuits paisibles que Loki passait seul à Malibu, avec nul autre bruit que celui des vagues et ceux générés par sa propre présence. Réveillé en sursaut après un rêve particulièrement vivace, peu de temps après être parvenu à s'endormir, il avait renoncé à trouver le sommeil pour une nuit de plus et avait gagné comme bien trop souvent le salon et son canapé des plus confortable afin d'y passer les prochaines heures.
Sa respiration avait depuis de longues minutes recouvré sa régularité coutumière, mais ses pensées elles chevauchaient sans retenu les bribes disparates de son rêve, l'empêchant de focaliser son esprit sur sa lecture. Agacé, il referma son livre avec un claquement de langue sec et reposa l'ouvrage sur la table avant de se lever. Renonçant instantanément à une promenade sur la plage, qui avait d'ordinaire le don d'apaiser ses pensées, il savait pertinemment que cela ne serait d'aucun effet ici. A la place, il prit la direction du sous-sol et de l'atelier, dont Jarvis ouvrit obligeamment la porte sans que le dieu n'ait à prononcer le moindre mot.
Loki venait rarement ici. Toutes leurs recherches se faisaient à New-York, leurs expérimentations également, et ils passaient chaque jour – à de très rares exceptions près – de nombreuses heures dans l'atelier. Mais depuis cinq jours qu'il peinait à trouver le sommeil, il savait que rien d'autre que le travail ne saurait parvenir à le distraire suffisamment. Cinq jours depuis sa discussion avec Stark, et son erreur d'aborder la légende d'Axias. Cinq jours qu'il pensait à sa mère, plus souvent qu'il ne voulait bien l'admettre, y compris à lui-même. Sa mère, et les circonstances terribles de sa mort. L'invasion d'Ásgard, Malekith et Algrim. Svartalfheim. Cette épée qui le transperce et le froid, tellement de froid…
Il s'ébroua mentalement, refusant fermement de concéder la moindre seconde supplémentaire à ses pensées parasites qui ne faisaient que le distraire. Sans pouvait contenir son agacement, il alla s'installer à l'établi qu'il s'était arrogé et avait décrété sien, et reprit son ouvrage. Il devait en effet tailler de nombres variétés de pierres précieuses et semi-précieuses dans le cadre de leurs expérimentations, en des formes complexes propres à l'usage de la magie ou au contraire les fractionner plus encore afin de les ajouter à leurs montages. C'était un travail de longue haleine qu'il devait conduire régulièrement face au nombre conséquent d'expériences menées par lui-même ou par Stark, quand il ne s'agissait pas de production commune, et qu'il pouvait tout aussi bien mener d'ici que de l'atelier new-yorkais. Il tenterait par la même occasion d'oublier que les rubis qu'il taillait cette nuit étaient les pierres préférées de sa mère.
