Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Peu de Loki dans le chapitre d'aujourd'hui. Mais on a la présence des Avengers en force, du Tony/Pepper, et finalement une discussion et une décision qui couvaient depuis longtemps...
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Makiang4, Meranath, Amy, merci beaucoup pour vos review ! Nous sommes ravies de constater que certains lecteurs sont toujours là ! (et bienvenue au nouveaux !)
Amy : Tellement de plaisir de voir que tu es toujours là Amy ! Tu n'imagines pas à quel point tes review peuvent nous faire plaisir !
Le rapprochement Tony/Loki est laborieux, c'est le moins qu'on puisse dire ! Mais en contrepartie, il est vrai que les moments partagés entre eux sont de plus en plus nombreux, et que les engueulades sont clairement moins nombreuses qu'au début ! (Même s'il va falloir voir les choses en face, hors de question que ça reste comme ça, tout beau tout rose. Il va y avoir des hauts... et des bas ! Mouhahaha !)
Les Avengers permettent de diversifier un peu les interactions et d'avoir des scènes autres que juste Tony et Loki. Quant à Tony et Pepper... tu en sauras plus dans ce chapitre !
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 18
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Une coupe trop pleine, faite de passé, de disputes et de discussions houleuses. Faite de pardon, de bonheur fragile et de souvenirs amers. Faite de trop et de trop peu tout à la fois.
La coupe était pleine, physiquement et métaphoriquement. La mer étale, sans qu'un souffle d'air ne vienne effleurer sa surface immobile. Attentant silencieusement, attendant patiemment. Attendant la fin.
Tony vit la proverbiale goutte de trop tomber, fragile perle translucide, trop semblable à une larme. Il la vit venir. Et il persista pourtant, non pas dans la bonne direction, mais dans la seule qui existait à ses yeux. Et c'est impuissant qu'il vit le vase de ses regrets déborder, sans rien pouvoir faire pour y remédier.
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Ils étaient tous les quatre dans le gymnase – Steve, Clint, Natasha et lui-même – quand l'alarme avait retenti. Steve n'avait pas menti : de retour pour la première fois à la Tour depuis presque trois semaines, il n'avait pas attendu longtemps avant d'entrainer Tony dans la salle de sport afin de constater par lui-même ses progrès – sérieux, ça faisait moins d'un mois que Natasha avait commencé à le tortu… à l'entrainer, alors les progrès, on repassera !
Au moins, malgré sa force bien supérieure à celle d'un humain normal, Steve faisait de son mieux pour ne pas le frapper trop violemment, et surtout avait décidé de faire preuve de pédagogie, en lui apprenant patiemment différents types de parade simples à maitriser en fonction des attaques. La russe quant à elle s'était essentiellement bornée à lui taper dessus en attendant que l'instinct de survie prenne le dessus et qu'il commence à vaguement mettre au point de tactiques pour échapper aux coups et éviter de se faire mettre à terre. Là seulement elle avait commencé à lui montrer des techniques de défense particulières, mais il n'échappait pas pour autant aux coups.
Ouais, il préférait vachement la méthode de Steve quand même…
Natasha, pour changer, avait profité de ce temps là pour se trouver un autre punchingball nommé Barton, au prétexte qu'elle aussi avait besoin de « s'entrainer ». Pff, comme si Clint pouvait rivaliser contre elle ! Mais bon, au moins ce punchingball-ci était capable de répliquer, lui ! Ce qu'il faisait, y compris verbalement, et les moqueries comme les menaces de morts résonnaient à l'autre bout du gymnase.
L'alarme le prit par surprise – et il manqua par la même occasion de prendre un énième pain de la part de Steve – mais il ne fut pas le seul. Natasha et Clint, qui étaient à l'autre bout de la pièce, accoururent rapidement vers eux, toute trace de plaisanterie oubliée. Tony avait l'estomac qui faisait des nœuds. Habituellement, Jarvis le prévenait directement quand il y avait un problème, sans alarme stridente propre à réveiller les morts. C'était la première fois que cette dernière retentissait depuis que les Avengers s'étaient officiellement installés à la Tour. La première fois tout court.
« Jarvis, qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-il à son IA après s'être difficilement raclé la gorge.
« Atlanta, en Géorgie. Un trafic d'armes qui a semble-t-il tourné en prise d'otage. Sept policiers ont déjà été tués, et au minimum une dizaine d'entre eux ont été grièvement blessés. L'un des entrepôts de la zone industrielle a explosé, faisant des dégâts importants sur plus de cinquante mètres. »
« Et pourquoi sommes-nous appelés ? » demanda Natasha, sourcils froncés. « C'est du ressort des forces locales, voire fédérales à la limite. Ils pourraient même envoyer le SWAT ou la garde nationale si ça dégénère à ce point-là. Par qui sommes-nous appelés, et pourquoi ? »
« C'est le gouverneur de Géorgie qui a décidé de faire appel à toutes les forces possibles en renforts. Nous n'avons pas spécifiquement été appelés mais sitôt que j'ai capté ce message sur les fréquences d'alerte, j'ai procédé à une première évaluation de la situation, ce qui m'a amené à déclencher cette alarme. En effet, au vu du rayonnement magnétique très particulier qui se dégage du site de l'explosion, nous avons probablement affaire à des artefacts aliens de contrebande, sans doute récupérés lors de la bataille de New-York l'année dernière. »
Pour le coup, Tony ne fut pas le seul à jurer. Mais Steve ne les réprimanda pas, ce qu'ils faisaient toujours d'habitude – foutu Captain qui interdisait les jurons ! – et se contenta de prendre la parole pour s'adresser à Jarvis, levant comme toujours les yeux vers le plafond pour s'adresser à lui.
« En combien de temps pouvons-nous être à Atlanta ? »
« Avec le Quinjet, en trente-deux minutes Capitaine Rogers. »
Steve se tourna alors vers les trois autres. Malgré tout ce qui avait pu leur tomber dessus depuis qu'ils se côtoyaient, Tony ne l'avait pas vu aussi sérieux depuis la bataille de New-York.
« Vous avez cinq minutes pour récupérer vos affaires, on se retrouve sur le toit. En tenue. »
Tony ordonna immédiatement à Jarvis de lui envoyer Mark-58, confiant sur le fait que l'armure l'attendrait sur le toit avant même que lui-même n'y soit. Cela ne manqua pas, et il l'enfila rapidement avant de s'engouffrer dans le Quinjet et d'allumer les moteurs. Le vaisseau avait été récupéré par Natasha et Clint à la suite d'une de leurs missions. Il faut dire que les agents d'Hydra auxquels il appartenait avant, actuellement enfermés dans une prison de haute sécurité, n'en auraient sans doute plus l'usage. Depuis, il était la propriété des Avengers, d'ici à ce que Tony se penche suffisamment longtemps sur le sujet pour en designer et faire fabriquer un, autrement plus performant soi dit en passant. En attendant, celui-ci ferait l'affaire.
Quatre minutes et treize secondes après les ordres du Cap, celui-ci monta à bord de l'engin, presque immédiatement suivi par les deux espions. Aussitôt, Tony referma les portes et les fit décoller, sans même attendre qu'ils se soient installés. Direction Atlanta !
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Les informations de Jarvis étaient exactes. A mesure qu'ils approchaient d'Atlanta et du site de l'explosion, les données s'étaient peu à peu précisées, jusqu'à ce que Tony puisse identifier avec une quasi-certitude la signature de l'une de ces baleines de transport chitauris. Heureusement, aucune trace desdits chitauris, ce qui n'était sans doute pas plus mal.
Le plus difficile avait été de s'infiltrer dans le bâtiment sans se faire remarquer. Mais grâce aux plans du bâtiment où s'étaient retranchés les preneurs d'otage et de ses environs, Clint et Natasha leur avaient déniché plusieurs points d'accès, et de là Steve avaient donné ses consignes. Franchement, on ne pouvait pas dire que Tony soit franchement du genre à suivre les ordres, ou même à bosser en équipe tout simplement. Mais là, il y avait juste trop en jeu pour qu'il n'en fasse qu'à sa tête, et ce d'autant plus qu'il n'avait pas vraiment d'idée géniale excepté son habituel « foncer dans le tas ».
La première partie du plan s'était déroulé sans accro. Tandis que Natasha coupait le courant dans tout le bâtiment, Tony avait fait exploser à coups de répulseurs un mur non porteur afin d'évacuer les civils que lui envoyaient progressivement Clint et Steve. Mais une fois qu'ils avaient perdu l'effet de surprise, les choses s'étaient compliqués.
Les connards contre lesquels ils se battaient avaient des armes chitauris longue distance, probablement récupérées sur la baleine de transport dont il était question – bien présente d'ailleurs, vive Jarvis et ses infos ! – les forçant à se mettre à couvert. Clint était celui qui se débrouillait le mieux avec ses flèches, suivi non loin de là par Natasha et ses flingues. Même Steve réussissait à imprimer des trajectoires de malade à son bouclier pour l'envoyer dans la face de ces enfoirés. Tony par contre était plus emmerdé. Pour l'avoir expérimenté il y a un an, il savait que ses répulseurs et l'énergie alien faisaient généralement mauvais ménage, et avait même la fâcheuse tendance à exploser. A New-York, ça passait encore. Mais ici, dans un espace confiné, avec eux à l'intérieur… Carrément un mauvais plan, ouais.
Alors bien que ça le foute en rogne au plus haut point de ne pas pouvoir taper sur les méchants, et ne pouvant utiliser ses armes, il avait pris de la hauteur, cible évidente quoi que mouvante, attirant l'attention sur lui plutôt que sur ses coéquipiers. Et ça marchait merde ! Franchement, les méchants de nos jours, c'est plus ce que c'était…
Les derniers ennemis étaient en train d'être mis à terre quand Tony vit apparaitre dans un coin de son écran un type, qu'il n'avait pas encore remarqué jusque là – que personne n'avait encore remarqué jusque-là d'ailleurs – tenant une arme encore inconnue au bataillon, surement de la technologie alien trafiquée. Dans tous les cas, le flingue était bien plus gros que ceux actuellement utilisés, et le canon laissait apercevoir une lueur violette de mauvais augure, de plus en plus brillante à mesure que passaient les secondes. Un canon, directement pointé sur Clint, se croyant bien à l'abri derrière sa caisse tandis qu'il tirait ses flèches. Tony n'avait pas le temps de le prévenir, il était trop tard pour ça. Le type tira. Il s'interposa
Et tout fut noir.
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« Mais puisque je te dis que ça va ! Aie, doucement merde ! »
« Chochotte ! »
Pourtant, c'est avec une douceur renouvelée – douceur peu coutumière de sa part soit dit en passant – que Natasha recommença à étaler la pommade sur sa poitrine. Il ne s'était pas loupé, c'est le moins qu'on puisse dire.
Il n'avait pas perdu connaissance longtemps, à peine quelques secondes, mais cela avait suffi à ses coéquipiers pour neutraliser les dernières menaces. Puis, tout s'était enchainé. Le SWAT était entré, armes au poing, pour trouver quatre Avengers prêt à se battre et toute la bande de preneurs d'otage soigneusement neutralisée. Ça avait demandé un peu de temps pour tirer tous les événements au clair et contacter les autorités compétentes pour prendre en charge tout ce bordel – ouais, c'est dans ce genre de cas que le SHIELD lui manquait vraiment – Il avait ensuite fallu sortir en arborant un grand sourire et agiter la main, sous les applaudissements des otages libérés, de la foule de spectateurs présents et l'œil attentif des journalistes et des caméras. Ce n'est qu'une fois revenu au Quinjet, presque une heure plus tard, que Tony avait pu laisser tomber le masque – physiquement et métaphoriquement parlant – et s'était laissé tomber dans un siège en grimaçant de douleur. C'est Clint qui avait pris les commandes du Quinjet pour les ramener au plus vite à New-York, tandis que Steve et Natasha l'aidait à enlever son armure, et notamment le plastron, sous lequel s'étendait un gigantesque hématome qui s'agrandissait de minutes en minutes et avaient rendu les Avengers totalement muets de stupeur.
Ses coéquipiers ne lui avaient pas laissé le choix, et à peine le jet avait-il été posé qu'il avait été conduit manu militari à l'infirmerie. Il avait échappé de peu à Steve le portant en mode mariée. Natasha l'avait forcé à s'installer dans un lit, menaçant de l'attacher s'il n'obtempérait pas très rapidement. Steve quant à lui avait appelé Bruce grâce des lignes de communication d'urgence – alors qu'il n'y avait pas mort d'homme, franchement – réveillant le bon docteur en sursaut au milieu de la nuit. C'est sous son œil scrutateur que Natasha, qui restait la meilleure option possible en l'absence du doc, avait procédé à l'examen indiqué par Bruce, qui suivait le tout grâce à une caméra obligeamment tenue par Steve. Bruce avait toutefois fini par conclure à un hématome bénin, malgré sa taille et la douleur qu'il provoquait. Les tissus de sa poitrine étaient encore jeunes et sensible après l'opération qu'il avait subi en janvier dernier – sans déconner, comme s'il ne le savait pas ! – de même que les vaisseaux sanguins qui irriguaient la zone, ce qui avait conduit à cet impressionnant hématome. Bruce lui avait prescrit du repos, beaucoup de repos – indication qu'il ne comptait pas le moins du monde suivre ! – des antidouleurs – que par contre il allait généreusement accepter – et une pommade à utiliser matin et soir, que Natasha était justement en train d'appliquer, pour aider à la résorption de l'hématome.
Dans un coin, Clint s'était assis sur une chaise, se rongeant les sangs et culpabilisant à mort, ce qui était le cas depuis l'instant où il avait réalisé comment exactement Tony avait été blessé. Faudrait que Tony s'en occupe à un moment, lui faire comprendre que c'était une décision réfléchie. Ils étaient une équipe merde, ils se couvraient les uns les autres, point à la ligne. L'armure était justement là pour encaisser les coups à sa place, et il n'avait pas franchement eu envie de voir la cervelle de tête de piaf éclatée sur les murs. Mais la grande phase sentimentale et plein d'accolade viriles et de bons sentiments allait devoir attendre, puisque Tony était en train de douiller sévère.
Enfin, ça c'était le plan, jusqu'à ce qu'il croise une nouvelle fois son regard.
« Bordel Clint, détends-toi un peu. Tout va bien, on est tous en vie, la seule blessure notable est juste un putain de bleu sur ma poitrine, alors sers toi un verre et file m'en un au passage, on l'a bien mérité. »
« Je pense pas que le doc serait d'accord pour que je te fournisse en alcool vu les cachets que tu viens de prendre. »
« Pitié Clint, » gémit-il en levant les yeux au ciel, « file moi une bière et on en parle plus. On vient quand même de sauver le monde, merde ! »
« Le monde me semble un peu exagéré, mais oui, on a assuré, » opina Natasha, sans doute plus pour dérider Clint et que par réelle envie de plaisanter. Mais plus étonnant, Steve suivi également le mouvement.
« Nous avons tous bien mérité une bière je crois. Alors remontons l'étage commun, et trinquons à notre mission. »
« Bien dit Captain ! »
Clint avait finalement obtempéré avec un léger rire, qui avait déridé Natasha par la même occasion. Tony trouvait toujours ça dingue la façon dont l'humeur de l'un impactait forcément celle de l'autre. Il se rappelait encore de la tronche qu'avait tiré Romanoff tout le temps où Barton avait été lobotomisé par Loki, l'année d'avant. Enfin, pas vraiment par Loki, pas tout à fait volontairement en tous cas et… Et c'était une voie qu'il préférait ne pas emprunter, pas du tout, et surtout pas maintenant alors qu'il était avec ses coéquipiers.
Ils s'étaient donc retrouvé tous les quatre au salon, avait trinqué bière à la main – Saint Steve trop raisonnable l'empêchant d'en boire une deuxième – et leur brève célébration s'était transformé en déjeuner tardif, puisqu'ils avaient tous loupé l'heure du repas avec tout ça. Quelques blagues et shawarmas avaient achevé de dérider Clint, et ils avaient passé un bon moment tous les quatre, vautrés sur les canapés du salon, discutant et plaisantant. Ouais, c'était cool.
Dommage que cela n'ait été que le calme avant la tempête…
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Les jours qui avaient suivi la mission à Atlanta s'étaient déroulé dans une ambiance tendue. Peu de temps après leur déjeuner, alors même qu'ils venaient d'allumer les infos pour voir ce que la presse disait d'eux et de leurs exploits, Pepper avait débarquée dans un état d'agitation manifeste. Merde, il n'avait pas pensé à ça, mais s'ils avaient accès au infos, Pep' aussi. Et si les reportages se concluaient tous sur l'image des quatre glorieux Avengers, souriant à la foule et apparemment intactes monter dans le jet, elle savait mieux que nulle autre à quel point les blessures pouvaient être traitresses.
Il avait voulu lui montrer son unique blessure pour la tranquilliser, certes impressionnante mais assez bénigne au final, malgré la douleur provoquée, mais ça avait eu l'effet complètement inverse. C'est à peu près à ce moment-là que les autres Avengers avaient courageusement fui la pièce et le dragon en furie que représentait Pepper. Il avait toutefois fini par la rassurer à ce sujet, et pour le coup avoir été escorté d'office à l'infirmerie par ses coéquipiers et avoir appelé Bruce pour avoir son avis avait plutôt joué en sa faveur. Il lui avait ressorti les recommandations du doc au mot près, et l'avait même encouragé à contacter directement Bruce si elle en ressentait le besoin, pour sa tranquillité d'esprit, tout ça. Mais ça, c'était la partie facile.
Parce qu'ensuite étaient venus les reproches, comme à chaque fois. Les mêmes que chaque foutue fois. Le fait qu'il risquait stupidement sa vie sur le terrain et revenait immanquablement blessé – ce qui d'ailleurs était totalement faux, pas à chaque fois – Le fait qu'il s'oubliait totalement au profit de parfaits inconnus. Qu'il l'oubliait elle.
Et okay, c'est vrai qu'il avait merdé en oubliant de la prévenir, à la fois dans le jet en partance pour Atlanta, et surtout en en revenant. Elle avait dû se faire un sang d'encre, à l'imaginer blessé sans avoir directement de ses nouvelles. Enfin ça, c'est la façon dont il l'avait d'abord interprété, avant qu'elle ne s'insurge plus encore de ne pas avoir été prévenu avant qu'il ne parte en mission. Qu'il parte en mission tout court d'ailleurs. Et que pouvait-il répondre à ça ? Ce n'était pas comme s'il s'agissait d'une mission anticipée, ou même qu'il avait voulu y aller ! C'était une réaction d'urgence à une mission de sauvetage d'urgence, qu'est-ce qu'elle ne pouvait pas comprendre là-dedans ?
Alors comme à chaque fois ils avaient crié tous les deux, et maintenant se faisaient mutuellement la gueule. Pepper passait ses journées au boulot, partant tôt le matin et ne revenant que tard le soir, quand elle rentrait tout court au lieu de passer la nuit à l'hôtel dès qu'elle était en déplacement. Lui restait cloitré dans son atelier toute la journée, et une bonne partie de la nuit également.
Loki n'avait pas fait de commentaire sur la situation, hormis pour se foutre de sa gueule, lui qui se laissait blesser ainsi par « quelques pathétiques humains insignifiants ». Et si Tony s'était insurgé haut et fort, affirmant d'un ton grandiloquent qu'il n'avait été blessé qu'en cherchant à protéger un coéquipier et certainement pas à cause de son propre comportement, il n'était pas loin d'être d'accord sur le fait d'être mis à terres par lesdits pathétiques adversaires. Les échanges de piques sarcastiques, lui vantant son comportement héroïque tandis que le dieu descendait en flèche son attitude suicidaire, avaient au moins le mérite de le distraire quelques instants de ses problèmes.
Au final, Pepper et lui ne se retrouvaient que le soir dans leur chambre, parfois, quelques heures fugitivement volées où pas un mot n'était échangé. Comme si le moindre murmure pouvait briser le fragile équilibre qu'ils entretenaient tous les deux et qu'il ne vole en éclats. Car ce n'était qu'une question temps avant que tout ne s'effondre comme un château de carte. Et si pour l'heure Tony s'efforçait tant bien que mal de ne pas penser à autre chose que l'atelier, Omega ou le boulot – repousser lâchement l'inévitable échéance, encore et toujours – il appréhendait bien plus qu'il ne voulait bien l'admettre le temps de la discussion et des décisions. Car cette fois, il savait qu'il n'y aurait pas de retour en arrière.
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Ce petit jeu dura très exactement huit jours. Huit jours nécessaires à ce que la colère ne s'essouffle et que la pression ne redescende de part et d'autre. Et comme bien souvent – comme toujours, il fallait bien le dire – c'est Pepper qui provoqua cette discussion qu'ils n'avaient que trop repoussée tous les deux. Et il ne s'agissait plus là de ces huit malheureux jours, mais bien de mois et d'années.
Il était remonté rapidement dans ses appartements dans l'intention de se faire un sandwich avant de redescendre aussi sec dans son atelier. L'encas fut rapidement préparé, de même que le café qu'il récupéra rapidement. Mais quand il se retourna, prêt à quitter la pièce, ce fut pour trouver Pepper face à lui, l'air décidé et sûre d'elle malgré les vêtements confortables qu'elle avait enfilés en lieu et place de ces habituels tailleurs, si faible et forte à la fois. Sa Pepper.
« Il faut qu'on parle. »
La nausée lui fit reposer immédiatement son déjeuner même pas entamé, mais il opina quand même. Lui faisant signe muettement de s'installer dans le canapé, il se servit un verre pour se donner contenance. Mais il croisa alors son regard digne et sérieux, empreint de tristesse et de résolution tout à la fois. Autant pour l'alcool et à bas les masques, il en était plus que temps. Il déplaça un fauteuil pour s'assoir en face de Pepper, et pris ses mains dans les siennes.
« Ouais, faut qu'on parle. »
Et pourtant, les mots qu'il savait devoir prononcer restaient coincés dans sa gorge sans qu'il ne puisse se résoudre à les laisser sortir. Parce qu'il savait que rien, ni promesses ni excuses, n'empêcherait son monde d'imploser.
« Pep'… » finit-il toutefois par murmurer. Il prit une inspiration étranglée, se forçant à continuer tout en détestant la façon qu'avait sa voix de trembler. « Je sais ce que tu vas dire, à peu de choses près. Bordel, on a déjà eu cette conversation je sais pas combien de fois, tu m'as tellement dit et répété tout ça ! »
« Et que crois-tu que je vais te dire ? » demanda-t-elle, et il se haïssait pour la façon dont sa voix à elle aussi tremblait, même contredite par la fermeté de son regard.
« Exactement les mêmes choses qu'en mars dernier, et que toutes les fois précédentes. Que je fais un boulot dangereux où je risque ma peau à chaque fois que je vais sur le terrain. Que tu t'inquiètes pour ma vie, bien plus que moi-même je ne le fais. Qu'être un super-héros va bien plus loin qu'aller sur le terrain, couvre tellement de domaines et impacte tellement d'aspects de ma vie, de nos vies, qu'il serait sans doute plus simple de lister les aspects qui n'y sont pas liés d'une manière ou d'une autre. Que je passe des heures enfermé dans mon labo, jour et nuit, oubliant le monde autour de moi. T'oubliant toi. Que je n'accorde pas autant de temps à Stark Industries que je le devrais. Que je ne nous offre pas assez de temps à nous. Que ce nous passe toujours après autre chose, de trop nombreuses choses pour qu'elles puissent être comptées. »
« Alors si tu sais tout ça, pourquoi avons-nous encore cette discussion ? »
« Parce que les choses n'ont pas changé. Et ne changeront pas. »
Il se retint de toutes ses forces pour ne pas se lever ou faire les cent pas, ou mieux, aller se servir le premier verre d'une longue série. A la place, il s'accrocha un peu plus au regard de Pepper, au moins autant qu'à ses mains qu'il n'avait pas lâchées.
« Je suis Iron Man, je n'ai jamais cessé de l'être. Ni lorsque j'ai été empoisonné au palladium à cause du réacteur ark dans ma poitrine, ni après New-York, ni après les événements de décembre dernier avec le Mandarin. Et je ne cesserai jamais de l'être. »
Pepper retira ses mains des siennes. Il avait froid tout à coup. Son regard attrapa malgré lui le bout de ses doigts, qu'elle tapotait nerveusement contre ses cuisses. Des ongles limés et parfaitement manucurés, soigneusement peints rouge. Le même rouge que son armure, maintenant qu'il y faisait attention. Ou le même rouge que le sang peut-être. Il ne savait pas pourquoi ce détail avait de l'importance.
« J'ai essayé, je te jure que j'ai essayé, » reprit finalement Pepper d'une voix douce, arrachant ses yeux de ses ongles à la couleur sanglante. « J'ai vraiment essayé de m'adapter, de passer outre. Parce que comme toi aussi tu me l'as si souvent répété, j'étais là quand tu es devenu Iron Man, j'étais aux premières loges. Je t'ai vu changer et devenir ce héros. Nous étions si proches l'un de l'autre, nous étions amis, je pensais si bien savoir ce qu'était ta vie et ce que serait que vivre avec toi. J'avais accepté l'idée que nous n'aurions jamais une vie de couple normale. Et pourtant, malgré tout ce que cela allait nous coûter, tout ce que cela engendrerait, j'ai dit oui. »
« Tu as dit oui, » répéta-t-il comme un écho, sans le vouloir.
Oh, comme il se souvenait bien de ce jour où ils s'étaient embrassés, où elle avait dit oui. Oui à une vie à deux, une vie qu'ils construiraient ensemble. Oui à ce couple qu'ils formeraient ensemble, envers et contre tout. Et vu le sourire un peu tendre, surtout triste, trop nostalgique qu'elle affichait, Pepper aussi devait se souvenir de ce fameux jour. De ce oui fatidique qui au final n'avait été qu'une illusion, n'avait mené à rien.
« Je t'aime Tony. Tu le sais ça, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle finalement d'une petite voix, presque la voix d'une petite fille qu'elle n'était plus depuis longtemps.
« Bien sûr que je le sais, Pep'. J'ai pu douter de beaucoup de choses dans ma vie, à commencer par moi-même, mais certainement pas de toi ou de tes sentiments. »
« C'est important pour moi que tu le saches. Vraiment. Mais même si je t'aime… »
« Ce n'est pas suffisant. Plus suffisant en tous cas pour supporter ce bordel qu'est ma vie. » Il lui adressa un sourire triste quand elle releva vers lui des yeux étonnés, qu'elle avait baissé sans vraiment s'en rendre compte. « Parfois l'amour ne suffit pas. »
Il y eut un silence, encore. Silence coupable, silence triste, silence détruit. Il y eut des sourires brisés, plus encore que ne l'était le silence qui les enveloppaient. Il y eut des larmes que l'un et l'autre refusaient de laisser couler. Pas par fierté mal placée, mais parce qu'ils n'avaient déjà que trop pleuré, et pourtant pleureraient encore une fois qu'ils seraient seuls. Pleurer cette relation qui venait de rendre son dernier souffle tandis qu'eux vivaient encore.
« C'est vraiment fini cette fois, n'est-ce pas ? »
Ce n'était pas une question, pas vraiment en tous cas, et certainement pas une qui demandait une réponse. Elle répondit pourtant.
« Oui Tony. C'est fini. »
Et ce fut tout. Un dernier regard trop brillant, un soupir qui se mue doucement en sanglot, une main qui effleure tendrement une épaule, et Pepper n'était plus là. Et pour ce qu'il en savait, ne serait plus jamais là.
Et ça faisait mal.
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Loki ne s'était pas inquiété de l'absence de Stark. Mieux, il l'avait anticipé. Si lui-même pouvait passer plusieurs jours sans se sustenter et ce sans grand effort, bien que ça n'en demeure jamais agréable, il avait appris à connaitre les besoins physiologiques des humains, et de cet humain-ci en particulier, depuis un an qu'il était sur Midgard. Et si Stark possédait une résistance physique et une endurance certaine, il n'en devait pas moins se nourrir à intervalle régulier, et c'était des plus souvent son intelligence artificielle qui le lui rappelait plus ou moins obligeamment.
Le dieu s'attendait donc à une absence du mortel qui ne durerait guère plus de quinze ou vingt minutes, peut-davantage s'il profitait de cette sortie de l'atelier pour prendre une douche, mais guère plus. Aussi fut-il des plus surpris quand la voix de Jarvis résonna dans l'atelier, alors même que son maitre ne s'était absenté que depuis quelques minutes.
« Veuillez m'excuser de vous déranger dans vos recherches monsieur, mais monsieur Stark ne rejoindra pas rapidement l'atelier. Je crains même qu'il n'y redescende que tardivement dans la nuit, si même il y redescend. »
« Que se passe-t-il ? » interrogea-t-il les sourcils froncés. « S'agit-il d'une nouvelle mission en compagnie des Avengers, ou même en solitaire ? »
« Aucunement monsieur. Mais monsieur Stark a croisé miss Potts à l'étage commun, et… »
« Nul n'est besoin de davantage d'explications, je pense en deviner l'essentiel, » interrompit-il la machine.
En effet, s'il n'avait assisté à la dispute qui avait opposé Stark et sa rouquine lors du retour de mission du premier, il avait pu en constater les conséquences : un Stark émotionnellement fragilisé, enfermé dans le labo des jours durant sans pour autant avoir réellement l'esprit au travail – ce qui avait le don de l'agacer prodigieusement – tout en feignant extrêmement mal l'impassibilité et l'indifférence la plus totale. Piètre menteur. Il avait pu arracher quelques bribes à Stark au sujet de la dispute, et Jarvis l'avait suffisamment informé des circonstances de la mission qu'il avait pu par lui-même remplir aisément les blancs de l'histoire. Après tout, le sujet n'était guère neuf. C'était toutefois la première fois à sa connaissance qu'il prenait une telle ampleur.
C'est la raison pour laquelle il gagna à son tour l'étage – soigneusement dissimulé derrière un sortilège d'invisibilité – afin d'espionner la conversation du midgardien et de sa compagne. Le savoir c'est le pouvoir, et le dieu manquait d'informations pour pouvoir juger efficacement de la situation, et par conséquent des moyens à employer afin d'y remédier.
« …d'aspects de ma vie, de nos vies, qu'il serait sans doute plus simple de lister les aspects qui n'y sont pas… »
Loki se téléporta silencieusement dans la pièce. Depuis le temps qu'ils se côtoyaient, il avait conscience que Stark avaient acquis une sensibilité accrue à sa présence et tout particulièrement au déplacement d'air et au bref changement de pression que provoquaient ses téléportations. Fort heureusement, le midgardien était tant et si fort absorbé par sa discussion qu'il ne sembla point déceler sa présence.
C'est ainsi qu'il assista en spectateur à la rupture, semble-t-il définitive, du couple que formaient les deux mortels. Une décision qu'il savait inévitable, quoi qu'il n'ait pas imaginé qu'elle survienne si tôt. Il les avait toujours trouvés fort mal assortis tous les deux, et qu'importent les sentiments qu'ils semblaient se porter l'un et l'autre. Mais comme l'avait dit Stark, parfois l'amour ne suffisait pas. Était très loin d'être suffisant. Et c'est sans le moindre regret qu'il vit la rousse s'éloigner, l'allure digne mais le pas chancelant, pour quitter la pièce et sans doute le bâtiment même.
Stark resta de longue minutes assis dans son fauteuil, immobile, la tête plongée entre ses mains. Il n'entendait pas de larmes, pas plus que de respiration erratique ou de sanglots. Ce serait pour plus tard. S'il ne doutait pas de la tristesse qui devait habiter le cœur pathétiquement faible de son associé, c'était avant tout le choc qui prédominait en cet instant.
« Je sais que t'es là, alors sors de ta cachette Tête de Bouc »
Loki esquissa un sourire, surpris de le voir s'adresser à lui et se demandant à quel moment il l'avait repéré. Pour toute réponse, il rompit le charme le gardant invisible et vint à son tour s'installer dans un fauteuil, y prenant place en silence. Attendant, patiemment, jusqu'à ce que son vis-à-vis ne se résolve à prendre la parole. Car s'il se moquait éperdument des états d'âmes du mortel, à fortiori quand provoqués par de faibles sentiments humains, il avait parfaitement conscience qu'il s'agissait là d'une étape importante dans le rétablissement de Stark, qu'il voulait retrouver opérationnel et concentré sur le travail aussitôt qu'il serait capable de l'être.
« Je savais que ça arriverait, un jour, » finit par lâcher l'humain d'un ton monocorde, exactement comme le dieu l'avait prévu. « C'était inévitable. Elle a eu beau essayer de toute ses forces de composer avec Iron Man, avec tous les morceaux de ma vie de merde, c'était juste trop à supporter, et j'la comprends. Et moi… moi, je pouvais pas abandonner Iron Man et tout ce que ça représente à mes yeux. Je pouvais juste pas. Même pas pour nous. Même pas pour elle. »
Il se leva, d'un pas encore plus vacillant que ne l'avait été celui de sa compagne quelques instants plus tôt. Titubant presque, il se dirigea vers le bar quelques mètres plus loin avant de se saisir d'une bouteille de ce que Loki reconnut comme de la téquila. Aucun verre cela dit. Probablement comptait-il descendre la bouteille à même le goulot, et sans doute plusieurs autres si seulement il le laissait faire. Or, pour avoir trop souvent vu Stark ivre, et ce en particulier lorsqu'il l'observait sans s'être révélé à lui plus d'un an auparavant, il savait quels ravages la boisson était susceptible de provoquer chez lui.
Il n'était pas le moins du monde ému par les sentiments et la douleur que provoquait cette rupture chez Stark, sa faiblesse et sa vulnérabilité. S'il se sentait concerné par son état de santé, c'était uniquement dans l'optique d'un travail productif, et rien de plus. Ou du moins était-ce sa manière de se mentait à lui-même. Car sans parler de compassion ou d'empathie, il éprouvait pourtant bel et bien quelque chose qui se tordait au creux de son estomac, une once infime d'un sentiment sans nom, l'écho tenace d'un souvenir qu'il n'avait pas oublié, et qui lui fit choisir d'autres mots que ceux auxquels il avait initialement songé.
« J'entends le labo nous appeler, pas vous ? Il ne faudrait pas le faire attendre. »
Ces mots étaient au moins aussi stupides qu'ils ne l'avaient été en mars dernier, prononcés par Stark lui-même alors qu'il émergeait tout juste de sa transe de guérison. Il avait été déboussolé, à ce moment-là. Son équilibre vacillait, en quête de repère. Et ce misérable, arrogant, outrancier personnage qu'était Stark, alors que d'ordinaire il n'aurait pas manqué de l'abreuver de questions toutes plus indiscrètes les unes que les autres, avait simplement offert cette pathétique diversion – comme s'il pouvait seulement être dupe ! – et changé de sujet, quand bien même il n'en pensait pas moins. Cette même diversion que Loki offrait aujourd'hui en retour, avec la sensation tenace de pouvoir enfin effacer cette dette qu'il avait envers lui.
Stark se tourna vers lui et resta un instant interloqué, ne semblant pas comprendre où il voulait en venir. Loki vit pourtant parfaitement dans ses yeux l'instant où la lumière se fit, alors qu'il reconnaissait ses propres mots, énoncés des mois plus tôt. Le dieu vit quelques larmes couler sur ses joues, avant que Stark n'aboie un éclat de rire triste. Il le vit se frotter vigoureusement les yeux, passer une main dans ses cheveux déjà lourdement décoiffés, avant qu'il ne hoche la tête avec sérieux. Et sans pouvoir s'en empêcher, Loki hocha la tête en retour.
