Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Bonjour tout le monde !

Avant toutes choses, mille excuses pour l'oubli de publication de ce chapitre, qui devait être publié il y a trois semaines. Quand nous nous en sommes rendu compte... Et bien, c'était il y a trois jours en fait, donc trop tard pour rattraper le retard ! Donc non, ce n'est pas une nouvelle pause, nous avons encore plusieurs chapitres d'avance, juste un oubli malencontreux !

Concernant ce chapitre (accessoirement le plus long publié jusqu'ici !), c'est avant tout un temps de transition, après les émotions des deux derniers chapitres, pour pouvoir rebondir dès le prochain chapitre. Peu de Loki ici, mais Pepper et les Avengers seront présents (et on se rattrapera au prochain, promis !)


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 21

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Ériger des murs de pierres autour de soi, couler son cœur dans du béton armé pour mieux le protéger, voilà sans doute la seule chose sensée à faire. Il avait été tenté de le faire, vraiment. Ses murs avaient volé en éclats avec le départ de Pepper, ç'aurait été si simple de les reconstruire ! Faire de ce champ de ruines une forteresse imprenable.

Il avait été tenté. Plus que tenté à vrai dire, il avait essayé. Ça n'avait pas fonctionné, pas aussi bien qu'il l'aurait voulu en tous cas. Car aussi solitaire dans l'âme soit-il, il n'était pas seul, pas totalement. Et être seul était le seul moyen de faire de son cœur une prison inviolable.

Cette réalisation était-elle une mauvaise chose ? Peut-être. Peut-être pas. Alors il monta des murs autour de lui, brique après brique. Des murailles épaisses, des tours massives, des créneaux aux angles agressifs. Et dans cette muraille il laissa une porte solide, soigneusement verrouillée. Et peut-être qu'un jour quelqu'un en trouverait la clé.

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Il n'avait prévenu personne de son retour. C'était quand même la meilleure solution s'il voulait éviter de se faire harceler par ses collègues slash amis slash colocataires aussitôt qu'il aurait posé le pied à la Tour ! Ce merveilleux plan avait donc parfaitement marché… pendant trois petites heures. A peine arrivé, il était descendu à l'atelier afin d'effectuer un petit check-up des machines et ordis qu'il avait laissé en plan deux mois plus tôt, en avait profité pour vérifier les différentes alertes qu'il avait programmé sur internet et les différents réseaux, qu'ils soient gouvernementaux ou privés – celle sur Bucky et le soldat de l'hiver n'était que l'une d'entre elle, il avait bien une trentaine d'actives – et faire une mise à jour système, et… ouais, trois heures donc. Faut dire que pendant ces semaines passées à Malibu, il avait un peu mis de côté tout ce qui ne concernait pas directement ou indirectement Omega. Et si Jarvis l'aurait bien entendu prévenu en cas d'urgence majeure, les données s'étaient tout de même accumulées en son absence. Bah, il aurait de quoi s'occuper dans les prochains jours et puis c'est tout !

Mais quand il était remonté dans les étages, quelque part vers quatre heures du matin et persuadé de ne pas se faire choper – oui, parce qu'il avait également choisi sciemment de faire le trajet de nuit pour éviter de croiser qui que ce soit – il était malencontreusement tombé sur l'insomniaque œil de piaf en train d'errer comme une âme en peine dans les couloirs, et qui avait fait un bon de trois mètres en le voyant apparaitre derrière les portes de l'ascenseur.

« Tony ? »

Pour la discrétion, c'était raté…

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Clint avait rapidement prévenu Natasha, qui avait prévenu Steve. Voilà comment ils s'étaient retrouvés autour de la table du petit-déjeuner – Jarvis se faisant un plaisir de le réveiller à 9h pétante pour lui annoncer joyeusement que ses petits camarades l'attendaient. Le silence avait été un peu malaisant au début, Tony ne sachant pas trop quoi dire, tout en sachant très précisément quels sujets il ne voulait absolument pas aborder. Silence qui perdura jusqu'à ce que Clint ne se mette à se plaindre bruyamment de sa dernière mission qui l'avait envoyé dans un coin paumé en Suède, et qu'il avait passé deux semaines à se geler les miches. Pour rien en plus, puisque les agents qu'il attendait ne s'étaient jamais pointés.

Natasha en profita pour se moquer de lui, lui assurant qu'il allait s'empâter à rester enfermé à se tourner les pouces au lieu de s'entrainer comme il était censé le faire. Le regard en coin qu'elle lui jeta entre deux tirades, ainsi que le couteau beaucoup trop aiguisé pour beurrer des tartines qu'elle utilisait, lui fit clairement comprendre à qui était réellement destinée cette remarque, et lui confirma qu'il n'échapperait pas à une sévère correction – aussi appelé mort subite – au gymnase. Cette fille était une psychopathe en puissance. Steve, lui, se contentait de les regarder se chamailler, son sourire traduisant son habitude manifeste de la scène. Il arbitrait gentiment leur querelle, avant de leur demander de se calmer quand le ton finit inévitablement par monter. Ce qui eut pour unique effet – prévisible, si on lui demandait son avis – de les liguer tous les deux contre lui.

Tony quant à lui savourait pleinement le spectacle en sirotant son café, pas du tout désireux de les interrompre. Il dut toutefois s'y résoudre quand Clint saisit une cuillère pleine de confiture, avec l'intention visible d'en faire une catapulte, celle-ci étant directement pointée sur Steve. Il aimait sa salle à manger comme elle était, merci bien ! Il parla donc des toutes nouvelles fonctionnalités – révolutionnaires, soit dit en passant – de sa dernière armure, le Mark-60, finie moins d'une semaine plus tôt. Comme la quasi-totalité de ses recherches lors des deux derniers mois avaient tourné autour d'Omega, c'était sans doute l'unique sujet sauf qu'il pouvait se permettre d'aborder. La nouvelle selon laquelle il avait renforcé le plastron de son amure eut d'ailleurs un grand succès, preuve s'il y en avait besoin qu'aucun n'entre eux n'avait oublié leur dernière mission, la façon dont elle s'était terminée… et ce qu'il s'était passé après.

Ils terminèrent rapidement leur petit-déjeuner après ça, échangeant des banalités et quelques plaisanteries. Mais ce n'était pas désagréable, au fond… Une fois que Natasha et Clint eurent disparus, il fut toutefois retenu par Steve avant qu'il ne puisse s'éclipser à son tour.

« Tony ? »

« Oui ? »

Il n'avait jamais vu Steve aussi mal à l'aise. Ou peut-être que d'habitude, il le cachait simplement mieux. Toujours est-il que le blond était un mélange étrange de posture déterminée et de regard fuyant, avant qu'il ne le regarde en face.

« Ecoute, je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé entre Pepper et toi, et ce ne sont pas mes affaires. Ce ne sont celles de personnes à part vous deux d'ailleurs. Mais saches que si tu as besoin d'en parler, besoin de quoi que ce soit d'ailleurs, n'hésite pas d'accord ? »

Tony envisagea pendant une seconde de l'envoyer bouler. Comme il l'avait parfaitement bien dit, c'était pas ses oignons ! Et il avait pas envie d'en parler, à qui que ce soit et sous aucun prétexte. Mais si les débuts avaient été difficiles avec le Cap, ils s'étaient rapprochés depuis, et plus encore depuis qu'il avait emménagé à la Tour. Alors il prit cette remarque pour ce qu'elle était, simplement la preuve qu'un ami s'inquiétait pour lui.

« Merci Steve, je… j'y penserai… »

Et il était sincère. Un sourire maladroit de part et d'autre, et ils se séparèrent sur ces quelques mots. Ça ne s'était pas trop mal passé finalement.

Sauf que les Avengers, c'était la partie la plus simple…

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Il lui avait fallu deux jours après son retour pour qu'il envoie un message à Pepper, lui disant qu'il était rentré à New-York et qu'il fallait qu'ils parlent. Il n'avait pas précisé de quoi, après tout il y avait tant à dire, tant à faire et à organiser quand il y réfléchissait. Ils verraient sur l'instant, supposait-il.

Et l'instant était arrivé. Il était dans le salon – le salon de leur, de son appartement, il préférait éviter de se rencontrer dans le salon commun où ils pourraient être interrompus – à attendre qu'elle n'arrive. Elle lui avait dit qu'elle serait là à 14h30, et contrairement à lui Pepper avait toujours été d'une ponctualité exemplaire. Alors il était 14h27 et il attendait.

14h29, et la porte de son appartement s'ouvrit pour laisser apparaitre la rousse. C'était étrange, mais alors qu'il l'avait attendu changée – de quelle façon exactement, il l'ignorait – elle était au contraire exactement la même, telle qu'il l'avait toujours connu. Il ignorait ce qu'elle voyait en le regardant, mais sa posture se fit moins tendue et elle lui adressa un sourire qui n'était presque pas crispé. Sourire qu'il lui rendit. Difficilement, douloureusement, mais il lui rendit quand même.

« Tony. »

« Pepper. »

Le silence était pesant, à couper au couteau.

« Installe-toi, je t'en prie. »

« Merci. »

L'un comme l'autre était gêné, affreusement guindé. Mais pour Tony, le pire était sans aucun doute la distance entre eux. D'ordinaire, ils auraient partagé un canapé. Pressés l'un contre l'autre, leurs mains n'auraient pas manqué de s'effleurer tandis qu'ils parlaient, pour peu qu'elle ne soit pas directement blottie dans ses bras. Aujourd'hui, ils étaient tous les deux assis dans un fauteuil de part et d'autre de la table basse, et il ressentait cruellement cet éloignement.

« Tu m'as demandé de venir, » fit Pepper, prenant finalement la parole pour rompre ce silence entre eux. Elle avait toujours été plus courageuse que lui.

« Ouais. Ouais, je t'ai demandé de venir. J'ai pas mal réfléchi depuis… et bien, depuis la dernière fois qu'on s'est vu. Et si aucun de nous deux ne peux prévoir la façon dont les choses vont se passer entre nous à partir de maintenant, il y a des choses que l'on peut, que l'on doit anticiper. On est… on est toujours amis, n'est-ce pas ? »

« Honnêtement ? Je ne sais pas ce qu'on est aujourd'hui. Plus que de simples collègues, c'est certain, on se connait depuis trop longtemps pour que ce soit le cas. Des amis ? On le sera, mais nous ne le sommes pas actuellement, non. Deux mois… C'est encore trop frais, trop récent. Mais une chose est sûre pour moi, je ne suis pas prête à te laisser complètement sortir de ma vie, et je ne le veux pas non plus. »

« Ça me va. C'est… plus que je ne mérite en fait, et ouais, ça me va complètement. Je peux avancer avec ça. »

Elle hocha la tête, et lui aussi. Les sourires se décrispèrent légèrement, tandis qu'ils s'autorisaient enfin à s'enfoncer dans leurs fauteuils respectifs.

« C'est tout ce que tu voulais me dire ? »

« Non, pas du tout. Au contraire, j'ai même pas commencé à vrai dire ! » s'exclama-t-il avec un éclat de rire un peu sec, en se passant nerveusement une main dans les cheveux. « Mais je crois qu'on avait besoin de cette mise au point avant de pouvoir avancer sur autre chose. Moi j'en avais besoin en tous cas. »

« Moi aussi, » lui confia-t-elle avec un petit sourire, étonnamment timide, avant de détourner les yeux.

Et elle était là cette complicité, cet éclat qu'il voyait brillait dans ses yeux et qu'il savait se refléter dans le siens. Et, plus que l'assurance de Pepper qu'ils n'allaient pas rompre tout contact dans un futur proche, cette petite lumière était la preuve ultime qu'il avait sans trop savoir comment réussi à ne pas tout gâcher entre eux.

« Et donc, pour quelle raison m'as-tu demandé de passer dans ce cas ? »

« Pour parler de Stark Industries. Je sais, pas la peine de me faire ces grands yeux étonnés, je t'ai appelé pour parler boulot. »

Avec un sourire prédateur – sourire qui la faisait vaguement ressembler à Natasha – elle tira vers elle sa mallette de travail qu'elle ne quittait jamais et qu'elle avait posé en entrant, et en sortie une épaisse liasse de feuilles. Misère…

« Tu es au courant que puisque tu as abordé le sujet, je ne vais pas te lâcher n'est-ce pas ? »

Et effectivement, elle ne le lâcha pas de tout l'après-midi. Ils passèrent les heures suivantes à mettre au point la façon dont ils allaient pouvoir travailler ensemble maintenant qu'ils n'étaient plus en couple. Certes, ce n'était qu'une première esquisse, qui demanderait à coup sûr des modifications et des ajustements, selon ce qui fonctionnerait ou non. Mais c'était un bon début.

« Tony, il y a un dernier point que je voudrais aborder avec toi, » finit par le relancer Pepper, près de cinq heures plus tard, tandis qu'elle rassemblait ses derniers documents.

« Lequel ? » s'étonna-t-il. Après tout, il lui semblait qu'ils avaient déjà abordé tous les sujets les plus pressants.

« La Tour, » lui répondit-elle. Il fronça les sourcils avec incompréhension, l'amenant à développer son explication. « Cette Tour est le siège social de Stark Industries, et avec son réacteur ark nouvelle génération, c'est également l'un des emblèmes les plus importants de la marque. Sauf qu'actuellement, nous avons également les Avengers qui logent à temps plein ici. »

« On en avait déjà parlé au moment de leur emménagement, non ? En quoi c'est un nouveau problème ? »

« Le problème justement, c'est que les Avengers sont également un symbole important, presque une marque déposée. Et avec Rescue qui entrera en fonction d'ici un ou deux mois probablement, les choses vont encore se complexifier. Cet endroit ne peut pas à la fois être consacrée à S.I. tout en servant de quartier général aux Avengers et de locaux à Rescue. »

« Donc en fait tu me demandes de choisir ? »

« Je te demande de séparer les deux. La Tour est et doit rester le siège social de Stark Industries, comme ça l'a toujours été depuis sa mise en fonction. Tu es un Avengers, et accessoirement celui qui les logent et les financent. Tu vas être officiellement le Président Directeur Général de Rescue, même si dans les faits ce sera l'agent Hill qui s'occupera de tout gérer. Créer un endroit dédié aux Avengers et à toutes leurs activités, et cela comprend l'entrainement, la recherche et même Rescue, devrait être à ta portée, tu ne crois pas ? »

« J'en pense que tu me donnes beaucoup à réfléchir. C'est vraiment nécessaire ? »

« C'est indispensable, » assena-t-elle, intransigeante. « Je ne dis pas que tes amis doivent déménager demain, ni même la semaine prochaine. Ça demandera plusieurs mois au bas mot pour que tout soit mis en place. Mais c'est quelque chose auquel tu dois penser sérieusement. »

« Je le ferai. »

« Je suis heureuse de te l'entendre dire. »

Elle se leva finalement de son fauteuil, mallette en main, et Tony la raccompagna jusqu'à la porte, qu'il lui tint ouverte.

« Au revoir Tony. »

« Salut Pepper. »

Il resta sur le palier jusqu'à ce que les portes de l'ascenseur ne se soient refermées sur elle. Là seulement, il laissa le sourire qu'il s'était efforcé d'afficher glisser de son visage. Ça s'était bien passé, sans doute bien mieux qu'il ne l'avait escompté de prime abord. Ça n'en faisait pas moins mal.

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Stark et lui ne mirent que peu de temps à retrouver leurs marques et leurs habitudes. Moins de deux semaines après le retour du midgardien à New-York, et c'était presque comme s'il n'était jamais parti. La seule différence majeure, différence somme toute positive, était l'évolution que leur relation de travail avait connu au cours des deux derniers mois. Et il était heureux de constater qu'une fois revenu auprès de ses amis et après avoir revu son ancienne compagne, Stark ne s'était pas éloigné, pas plus qu'il n'avait changé d'attitude par rapport à leurs derniers jours passés à Malibu. Mieux, la rupture entre l'ingénieur et sa rouquine faisait qu'il était bien plus disponible qu'auparavant pour travailler sur Omega, y compris de nuit dans les cas où certaines expérimentations se poursuivaient tardivement. De plus, si Jarvis les prévenait toujours lorsque quelqu'un descendait au labo, laissant à Loki le temps de disparaitre, les Avengers étaient bien moins envahissants que ne l'était cette chère Virginia Potts.

De toutes les façons possibles, Loki était plus que satisfait des arrangements – anciens comme nouveaux – qui avaient été pris.

Loki venait de passer les deux dernières heures à torsader à la main les fils et câbles pour leurs prochains réacteurs ark. C'était sans doute le principal inconvénient d'expérimenter en permanence différentes méthodes, différents alliages. Ils devaient tout préparer à la main, ce qui leur demandait toujours énormément de temps. Mais Loki trouvait dans ce genre d'activité une routine et un apaisement bienvenue. Il aimait laisser ses doigts parcourir les fils de cuivre, de fer ou d'aluminium, parvenant désormais à évaluer d'un coup d'œil ou d'un simple toucher – guidé par sa magie – leur résistance, ou la façon dont ils conduiraient l'énergie. L'indubitable bénéfice du temps passé à travailler dessus, et l'expertise venant avec l'habitude.

Mais toujours est-il que, même s'il appréciait ce genre de tâches, deux heures étaient une durée suffisante pour aujourd'hui. Ses doigts fourmillaient, et il avait envie de passer à autre chose. Rangeant soigneusement son matériel – habitude que Stark ne parviendrait sans doute jamais à prendre – il ne se détourna de son établi qu'une fois que celui-ci fut parfaitement ordonné. Voulant se dégourdir les jambes, il se leva et traversa l'atelier, s'approchant de Stark qui lui tournait le dos. Il ne l'avait pas encore aperçu, ni même entendu venir, laissant tout le loisir à Loki d'observer son ouvrage en cours. Plusieurs écrans étaient allumés, affichant des ressources et des documents divers, tous n'étant pas directement consacrés à Omega. Ainsi, il reconnaissait sur l'un des écran le schéma de l'armure d'Iron Man, ou du moins d'une partie de celle-ci. Il savait comment fonctionnait Stark et a fortiori son esprit. L'ingénieur était tout bonnement incapable de garder son esprit exclusivement consacré sur une seule idée ou un unique projet, entrainant la démultiplication d'écrans. Toutefois, s'il comprenait globalement l'intérêt des différentes informations projetées, l'utilité de l'un de ces écrans échappait à sa compréhension.

« Qu'est-ce que ceci ? »

Stark ne sursauta pas. Il fit littéralement un bond en poussant un cri aigu, se retournant vers lui et manquant de peu de chuter au sol. Dommage. S'il contint par expérience un rire, il ne se priva pas pour autant d'arborer un sourire narquois.

« Putain, tu veux ma mort ou quoi ? »

Main dramatiquement appuyée contra sa poitrine, l'humain reprenait pathétiquement son souffle, le fusillant de ce qu'il supposait être un regard noir. Amusante tentative.

« Je vous demandais donc quel était ceci, » répéta-t-il obligeamment, désignant l'écran qui l'avait interpellé. Sur l'écran en question s'étalaient ce qu'il supposait être les plans d'un bâtiment.

« Ça ? C'est pour les Avengers, » lui répondit-il dès qu'il eut compris de quoi il parlait. « Pepper m'a fait comprendre que la Tour devait rester la Tour Stark, et n'allait pas pouvoir accueillir définitivement les Avengers ni même Rescue. Il fallait trouver un substitut. Alors j'ai commencé à regarder dans les propriétés de Stark Industries, et il y en a justement une, à une dizaine de kilomètres de la ville. C'est essentiellement des entrepôts, alors je pourrais s'en problème les racheter pour en faire notre futur QG. »

« Les racheter ? Pourquoi donc ? » demanda Loki. « Après tout, ne s'agit-il pas d'une propriété de votre entreprise, comme vous l'avez justement souligné ? Donc à vous ? »

« C'est plus compliqué que ça. Je suis en effet à la tête de S.I. Je suis l'actionnaire majoritaire, c'est-à-dire que la boite m'appartient à hauteur de 650%, et les 35% restant appartiennent aux différents membres du conseil d'administration. Ainsi, chacune des propriétés de Stark Industries appartiennent à l'entreprise, avant d'appartenir à des personnes. »

Si Loki tenta de ne rien laisser transparaitre de sa confusion – pouvait-on réellement appeler ceci une explication ? – Stark poursuivit néanmoins en voyant qu'il ne bronchait pas.

« Je vais te donner un exemple. De ce que tu m'as dit, sur Ásgard tu logeais au palais n'est-ce pas ? Mais ta famille devait posséder plusieurs demeures, villas de vacances, palais de chasse ou je ne sais quoi, sur Ásgard ou ailleurs ? » Loki opina, en accord jusqu'ici avec les propos du midgardien. « Sauf que toutes ces demeures appartiennent à la famille royale en général, pas à toi ni même à Odin qui en est à la tête. Alors imaginons que tu veuilles habiter dans l'une de ces demeures à temps plein, pour qu'elle soit uniquement tienne. Tu devrais la racheter à ta famille, de la même façon que moi je vais racheter cette propriété à S.I. C'est plus clair comme ça ? »

« Vous les humains faites tant de problèmes de si peu de chose… »

« Ouais, sur ce coup-là je peux pas dire le contraire. Mais ce sont les règles du jeu, et ni toi ni moi n'allons les changer. »

Loki haussa un sourcil inquisiteur.

« Depuis quand êtes-vous du genre à obéir aux règles ? »

« Quand ça m'arrange uniquement, » répliqua-t-il aussitôt.

« C'est bien ce qu'il me semblait. Je suis certes le dieu du chaos, mais vous-même vous complaisez dans le désordre et la confusion. »

« Ça t'étonne encore ? Le chaos n'est ni une bonne, ni une mauvaise chose. Le chaos détruit, le chaos crée, le chaos transforme, ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre. Nulle part je ne suis plus à ma place qu'au milieu du chaos, et toi aussi. Pour le meilleur et le pire. »

« Rares sont ceux à penser ainsi. Trop souvent les gens associent le chaos aux ténèbres, à la mort et à la destruction. »

« Quand ai-je jamais été comme les autres ? »

Quand effectivement ? S'il avait longtemps méprisé Stark, l'avait détesté avec ardeur, et qu'encore fréquemment il l'horripilait de toutes les façons possibles, il ne pouvait que reconnaitre l'unicité du personnage, dans toutes ses excentricités, sa folie et sa passion.

Loki inclina simplement la tête, laissant Stark vainqueur de l'argument. Un sourire vint jouer sur ses lèvres, tandis qu'une lueur de contentement était présente dans ses yeux. Puis sans rien ajouter se détourna résolument de lui pour retrouver sa multitude d'écrans disparates. Car tel était la nature même du chaos.

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Les jours s'étaient peu à peu rafraichit, à mesure que le mois de décembre touchait à sa fin. Il n'avait pas encore neigé sur New-York, mais ça ne saurait probablement tarder. Cependant, le froid était le dernier de ses soucis, et c'est le 18 décembre à presque minuit qu'il s'en rendit compte.

« Putain de merde, j'ai oublié Noël ! »

« Stark ? » l'interrogea Loki, relevant soudainement les yeux de son livre à son cri. Mais Tony n'en avait rien à foutre et quitta son labo en courant.

« Je t'expliquerai plus tard ! »

Déjà sorti, il ne vit pas le dieu rouler machinalement des yeux avant de se replonger dans sa lecture. Ce ne fut qu'une fois seul dans l'ascenseur qu'il prit toutefois le temps de réfléchir plus de deux secondes à l'idée subite qui lui avait traversé l'esprit. Noël. Qui avait lieu dans moins d'une semaine donc. Et rien n'était prêt, car il n'avait rien organisé du tout, car il avait oublié, car d'habitude c'était Pepper qui gérait le bordel. Ce qui, de toute évidence, ne serait pas le cas cette année. L'année dernière, il n'avait pas vraiment fêté Noël, plus occupé à combattre le Mandarin. Alors non seulement il voulait se rattraper pour ce Noël franchement raté – de toute sa vie, il n'en avait jamais eu de pire, et ce n'était pas peu dire – mais c'était également le premier Noël que passeraient les Avengers à la Tour. Et quelque chose lui disait qu'aucun d'entre eux n'avait probablement fêté Noël depuis un sacré bout de temps. Pas franchement le style de de Natasha et Clint au SHIELD, Bruce était chroniquement agoraphobe et solitaire, Steve ne connaissait personne depuis sa balade au pays des glaçons et Thor ? Thor ne savait probablement même pas ce que c'était !

Il devait aussi inviter Rhodey. Sam Wilson tant qu'il y était, Steve était tout le temps fourré avec lui à présent, ça ne ferait pas de mal de rencontrer le type. Maria Hill aussi – elle était presque devenu aimable depuis qu'ils bossaient ensemble sur le projet Rescue ! – ainsi que Happy. Il se tâtait encore pour Pepper, pas tout à fait certain que ce soit une bonne idée vu les circonstances.

Dans tous les cas, sa liste d'invités – relativement réduite d'ailleurs – était quasi au point. Il ne manquait donc plus qu'à leur envoyer les invitations – soit leur faire comprendre qu'ils venaient fêter Noël à la Tour et qu'il ne leur laissait pas le choix ! – mais également de décorer l'étage commun, acheter un sapin avant de lui aussi le décorer, trouver un traiteur pour le repas, ainsi que des cadeaux pour tout ce petit monde. En six jour donc.

Un jeu d'enfant !

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On pouvait dire de lui un certain nombre de choses. Certaines vraies, d'autres fausses, et un paquet n'étant ni l'une ni l'autre. Mais ce qui était certain, c'est qu'il savait organiser une fête. Même de manière impromptue, en petit comité et en restant à peu près raisonnable, ce qui était quand même rarement le cas quand on comparait à la majorité des soirées qu'il avait organisé, ou même simplement assisté. Le plus difficile avait été d'organiser tout ça en si peu de temps, mais comme d'hab il avait géré, grâce à l'aide précieuse de Jarvis qui avait été un allié de poids dans cette organisation.

En fait, le plus difficile avait été de convaincre Bruce et Thor de venir. Dans le cas du premier, il l'avait eu à force de cajoleries, se plaignant du fait qu'il ne l'avait pas vu depuis la célébration de la bataille de New-York six mois plus tôt, et qu'avec les autres Avengers à la Tour, c'était le moment idéal ! Bon, pour être honnête, il devait quand même avouer que l'élément l'ayant finalement convaincu était le canon à particules qu'ils avaient récupéré lors de leur mission à Atlanta – le même canon ayant repeint sa poitrine en camaïeu de noir, violet et bleu – et qui l'attendait sagement au labo.

Quant à Thor, il avait à sa plus grande honte – et après s'être assuré à plusieurs reprises que personne n'était présent pour l'observer, et surtout pas Loki – été obligé de se percher sur le toit de la Tour pour hurler au ciel comme un débile que Thor était invité à des festivités traditionnelles entre amis sur Midgard, espérant qu'Heimdall – c'était bien le nom du fameux gardien qui voit tout, non ? – choperait son message et le transmettrait au principal intéressé. Il n'avait pas été certain de la réussite de son plan, jusqu'à l'arrivée en Bifröst de Thor le 24 au petit matin, ravi de revoir ses frères d'armes et de se répandre en libations à leurs côtés – et là il citait directement Point Break.

Ils avaient passé le réveillon tous les six dans un salon décoré aux couleurs de Noël : rouge, vert et or. Enfin, surtout rouge et or maintenant qu'il y réfléchissait. Mais merde, il était chez lui quand même, il faisait ce qu'il voulait ! Un immense sapin de près de trois mètres de haut se dressait dans la pièce, ornée de boules colorées et de guirlandes électriques qui clignotaient joyeusement. Il avait même répandu de la fausse neige partout sur le sol, manquant accessoirement de se vautrer dans le processus. Toutefois, vu la tête des autres lorsqu'ils étaient entrés dans la pièce, ça en avait carrément valu la peine. Il était presque certain d'avoir vu une petite larme briller dans l'œil de Cap, bien qu'essuyée rapidement. Mais il l'avait vu, ah !

Le 25 avait cependant vu leur petite liste d'invitée s'élargir – ouah, passer brutalement de six à onze personnes, le salon était presque noir de monde, quelle horreur ! – et davantage de paquets être déposés au pied du sapin en attendant d'être ouverts. Pepper avait accepté de venir quand elle avait appris qu'Happy et Rhodey serait également présents, ne le laissant pas seule au milieu des super-héros qu'étaient les Avengers. Actuellement, elle était en train de discuter avec Hill – et il pariait qu'elles parlaient boulot, encore. C'était Noël merde ! – coupe de champagne à la main, preuve qu'à défaut d'être totalement à l'aise elle n'était pas complètement isolée.

Tony lui avait préféré coller Bruce. Son sciences bro lui avait quand même vachement manqué, malgré des coups de téléphones relativement réguliers. Mais il gardait en même temps un œil discret sur Wilson. Apparemment, celui-ci avait cru que son invitation à passer Noël à la Tour avec les Avengers était un canular, jusqu'à ce que Steve ne l'appelle pour confirmer l'invitation. Le gars n'avait pas caché son ahurissement tandis qu'il explorait le bâtiment, qu'il visitait pour la première fois, et lui avait vigoureusement serré la main en disant qu'il était ravi de faire sa connaissance. Brave type. Peut-être que le militaire n'était pas trop mal, ils pourraient surement en faire quelque chose.

Le repas s'était déroulé sans le moindre problèmes – et il était plus que ravi d'avoir écouté les recommandations de Jarv' concernant la quantité de nourriture, puisque Thor avait englouti deux dindes à lui tout seule, et Steve presque une entière ! – et Tony avait sagement fait le choix de ne boire que modérément, se remémorant avec une grimace la dernière grosse cuite qu'il avait pris, et surtout les raisons de celle-ci. Mauvais souvenir, et carrément mauvais plan de boire de nouveau autant alors qu'il était en public, à fortiori alors qu'il s'agissait d'amis et de proches.

Mais alors que les dernières parts de buches avaient été avalée avec un dernier verre de digestif, cognac dans son cas – parce que fallait pas déconner non plus ! – arrivait enfin l'heure tant attendue des cadeaux. Il s'était fait chier afin de trouver quelque pour tout le monde et le recevoir en moins d'une semaine – une nouvelle fois, il était obligé d'avouer que c'était généralement Pepper qui s'occupait de choisir et d'acheter les cadeaux aux gens, et ce de leur part à tous les deux. Peut-être était-ce parce qu'elle était présente et qu'il voulait lui prouver à la fois qu'il avait muri et qu'il pouvait se débrouiller tout seul ? Peut-être était-ce la mélancolie de Noël, et l'envie de bien faire les choses au milieu du bordel qu'étaient tous les autres aspects de sa vie ? Peut-être même était-ce juste de la fierté mal placée, ce qui ne serait même pas étonnant venant de lui. Qu'importe la raison, les raisons, singulières ou plurielles, il espérait vraiment avoir misé juste, ou au moins pas complètement à côté.

Installés dans le canapé et les fauteuils rassemblés près du sapin – ou assis directement par terre dans le cas de Tony, Clint et Steve – tous se regardaient, sourires impatients et regards curieux, semblant attendre que l'un d'entre eux se dévoue et ne se décide à s'approcher des paquets. Roulant des yeux et soupirant bien fort, Tony fut celui à se lever pour prendre les cadeaux et les distribuer à leurs propriétaires respectifs – et ce n'était pas du tout parce qu'il était impatient de les voir découvrir leurs présents.

Le premier fut Rhodey. Ça tombait bien, c'était le premier cadeau qu'il avait trouvé et le plus facilement, avec un risque minime de s'être planté. L'avantage de le connaitre depuis des années. Son meilleur ami découvrit ainsi une maquette, qu'il collectionnait – un truc de militaire probablement, vu les yeux brillants de Steve et Wilson, pfff – et plus précisément du modèle de tank autrichien SK-105 Kürassier, aussi appelé Jagdpanzer Kürassier, un modèle rare dont il savait que son ami n'avait pas encore la reproduction. Et vu le sourire de son ami, il avait vu juste. Yeah, un sur dix, plus que neuf !

La suivante était Hill. Une des plus compliquée, parce que mine de rien il la connaissait assez peu. Alors il lui avait offert un cache œil en cuir noir, lui assurant avec un grand sourire que c'était nécessaire si elle tenait à prendre la tête de Rescue à la place de Fury. Le second paquet eut toutefois le mérite de faire cesser son regard assassin – ainsi que les rires de tous ceux qui avaient côtoyé de près ou de loin l'ancien directeur du SHIELD – pour la laisser muette de stupeur. Un simple roman policier assez quelconque à son humble avis, voir même à chier pour parler franchement – merci Jarvis qui avait piraté sa liseuse pour lui filer les références ! – mais qu'il avait réussie à faire dédicacer par l'auteur, une vieille connaissance datant de l'époque de ses études. Et rien que pour l'ahurissement peint sur le visage de la brune habituellement impassible, ça avait valu le coup de demander une faveur à ce connard !

Clint, Natasha et Thor reçurent respectivement une veste en cuir avec un faucon dessiné dans le dos – un motif unique qu'il avait personnellement dessiné, parce qu'il était génial et déchirait sur tous les tableaux ! – une paire de kinjal – des dagues russes, un modèle produit en de très rares exemplaires, et une arme mortelle pour une super espionne telle que Romanoff – et une Ulfberht – une épée viking, et d'origine en plus ! – Et même s'il avait fallu expliquer à Thor l'origine de son présent et ce qu'il signifiait exactement, ses trois amis avaient eu l'air vraiment heureux de leurs cadeaux, et même surpris dans le cas de Clint, qui s'attendait probablement à un cadeau blague de sa part, dans le même genre que le premier paquet de Hill – et il ne pouvait pas dire qu'il n'y avait pas pensé, avant de finalement se raviser.

Il avait offert à Happy une de ses voitures. C'était con, mais il savait que son chauffeur aka garde du corps avait toujours lorgné ses voitures, et celle-ci en particulier. Ce n'était pas la plus chère, la plus rare ou la plus tape à l'œil de sa collection, bien au contraire. Une berline noire aux lignes racées et élégantes, loin des véhicules plus « sportifs » qu'il conduisait lui-même la plupart du temps. Alors quand il avait besoin d'une sortie discrète en ville, il avait souvent demandé à Happy de sortir celle-ci, alors qu'habituellement il préférait alterner et profiter des différents modèles de sa collection. Conscient qu'il sortait bien moins qu'avant, qui plus est incognito, c'était sans regret qu'il lui en offrait aujourd'hui les clés.

Wilson avait été l'autre inconnu, avec Hill. C'est une nouvelle fois grâce aux précieuses informations récoltées par Jarv' qu'il avait pu lui offrir deux billets en loge VIP pour le Superbowl qui aurait lieu en février et opposerait les Seahawks de Seattle aux Broncos de Denver. Personnellement, il avait toujours détesté le football. Mais Wilson avait l'air ravi – s'empressant au passage d'inviter Steve à aller voir le match avec lui – ce qui était quand même l'essentiel.

En parlant de Steve, il n'avait rien acheté pour lui justement. A la place, il avait fait rapatrier certains des cartons de son père, et en fouillant parmi ses affaires il avait, comme il s'y attendait, retrouvé quelques effets personnels datant de la guerre, dont un album photo en particulier. Son connard de père était dedans bien sûr – photographies sur lesquelles il ne s'était guère arrêté – mais y était surtout exposé Steve, le glorieux Captain America dans toute sa splendeur. Quelques affiches de propagande, des photos de lui, d'autres avec Barnes à ses côtés ou bien Peggy, les Commandos Hurlants au grand complet… Il les avait numérisées pour en garder une trace – quand bien même il ne compte pour la plupart ne jamais y jeter de nouveau un coup d'œil, avant d'emballer l'album. Il s'attendait à des réactions très diverses, mais il ne s'attendait pas à voir son ami aussi ému, ni même à être étreint avec une telle force. Mais aussi peu assuré a-t-il pu être en préparant ce cadeau-ci en particulier – guère étonnant vu tous les souvenirs auxquels il était rattaché – il accueilli avec plaisir cette accolade, malgré un temps de retard dû à la surprise. Ouais, ils en avaient fait du chemin tous les deux depuis New-York…

Bruce quant à lui était désormais le propriétaire d'un dispensaire flambant neuf à Calcutta, où il avait vécu ces dernières années et était retourné se planquer récemment. Ouais, Bruce lui manquait, terré dans son trou paumé à l'autre bout du monde. Mais il savait qu'il ne rentrerait pas aux Etats-Unis de sitôt, alors autant encourager le bon docteur dans ses missions humanitaires tout en lui donnant les moyens de soigner le plus de gens possible. Lui aussi avait pleuré. Plus que Steve, et sans s'en cacher qui plus est. Ce qui l'avait fait le plus rougir néanmoins n'était pas ses remerciements, mais les sourires et les regards presque… fiers ? de ses camarades, et de Pepper en particulier.

Pepper donc. Pepper qu'il avait gardé exprès pour la fin, quand il avait distribué les autres paquets dans un ordre complètement aléatoire. C'était absurde, peut-être un peu ridicule – surement même – mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Du coin de l'œil, il avisa Natasha qui alpagua les autres dans une discussion avec l'aide de Steve, leur laissant un semblant d'intimité. Clint était peut-être l'œil de faucon officiel, mais rien n'échappait à l'espionne, et pour une fois il lui en était vraiment reconnaissant.

Plus anxieux qu'il ne l'avait été de toute la remise de cadeaux, il se mordillait la lèvre et jouait avec ses mains tandis que Pepper déballait le présent. C'était une petite boite toute simple, dans laquelle se trouvait un trousseau de clé. Et le soupesa un instant dans sa main avant de lever sur lui un œil inquisiteur.

« Ce sont les clés d'un hôtel particulier à quelques rues d'ici. A vrai dire, tu pourrais y être en quinze minutes à pied je crois. Il appartient à ma famille depuis des décennies, mais je n'y ai pas mis les pieds depuis des années, et ne compte d'ailleurs pas y retourner. Mauvais souvenir datant de mon enfance, » ajouta-t-il après une hésitation devant son regard curieux. Mais malgré l'explication succincte, presque sèche, elle hocha simplement la tête, elle qui ne connaissait que trop bien ses rapports conflictuels avec sa famille et son père en particulier, lui laissant tout le loisir de poursuivre. « Maintenant que nous ne sommes plus ensemble, je sais que tu ne loges plus à la Tour. Et je comprends, je comprends totalement pourquoi ne t'inquiète pas ! » s'exclama-t-il vivement, ne voulant pas lui laisser croire qu'il insinuait quoi que ce soit. « Je sais également que tu loges actuellement dans un des lofts du centre-ville qui appartient à S.I. Mais je voulais te laisser l'opportunité d'avoir… ton propre chez toi. Quelque chose qui ne soit pas temporaire. Les papiers ont été mis à ton nom et c'est définitif, alors sens-toi libre de faire tous les changements, tous les travaux que tu souhaites. C'est chez toi maintenant. »

Pepper était muette de stupeur. Rarement avait-il réussi à la prendre au dépourvu – de la bonne façon s'entend – aussi n'était-il pas peu fier. Elle finit pourtant par se remettre de sa surprise et saisit ses mains dans les siennes, les pressant avec vigueur.

« Merci Tony. Sincèrement. »

« Tout pour toi Pep'. »

Et peut-être cette dernière phrase était-elle de trop, mais il la pensait. Pepper sembla le comprendre, puisqu'elle se contenta de lui sourire avec affection avant de l'embrasser tendrement sur la joue.

Heureux de son carton plein – une victoire éclatante, il avait carrément géré ! – Tony promena son regard sur ses invités qui se montraient leurs cadeaux respectifs, avant de se figer lorsque ses yeux s'arrêtèrent sur le sapin. Tout le monde avait eu son cadeau, il en était certain, mais vérifia quand même malgré tout. Une fois, deux fois, mais tout était bon. Pourtant, il en restait un au pied de l'arbre, un paquet qu'il était certain de ne pas avoir déposé. Plus lentement – vaguement suspicieux, même s'il ne le montrait pas – il s'agenouilla auprès de l'arbre pour se saisir de la boite enveloppée de papier brillant rouge et or. Et si cela n'avait pas été un indice suffisant, il pouvait désormais y voir une étiquette avec son nom écrit dessus. Il ne s'attendait pas à recevoir de cadeau, il l'avait accepté de bon cœur. Après tout la grande majorité d'entre eux avaient été prévenus l'avant-veille au plus tôt. Et pourtant, ce paquet était là.

Ses mains tremblaient tandis qu'il ouvrait le paquet, décollant soigneusement le scotch quand d'ordinaire il aurait eu tendance à déchirer le papier. C'était une petite boite rouge, longue et mince. Quand il l'ouvrit, il découvrit sur un petit coussin de tissu un magnifique stylo plume Montblanc noir et or. Anodin. Tony ne mit pourtant qu'une fraction de seconde à le reconnaitre, ainsi qu'à se remémorer les circonstances dans lesquelles il en avait vu un pour la dernière fois. Il en avait offert un exemplaire similaire à Pepper lors du premier anniversaire qui avait suivi sa nomination en tant que PDG de Stark Industries. Une femme d'affaire de son rang se devait d'avoir un stylo plume à la hauteur de sa position, lui avait-il dit. Elle avait ri, avant de l'essayer timidement, la plume glissant merveilleusement sur le papier. Il avait toujours admiré son écriture, simple et élégante, surtout comparée à ses propres pattes de mouche. C'était le bon vieux temps.

Dans la pièce, les autres discutaient et riaient bruyamment, mais il ne les entendait pas. Ils se regardèrent en silence, avant de se sourire un peu tristement.

« Joyeux Noël Pepper. »

« Joyeux Noël Tony. »

oOoOoOoOoOoOoOo

A Malibu, Loki était dans le salon à profiter d'un livre et d'un verre de scotch. Si Stark avait trouvé un moment au cours de la dernière semaine pour lui expliquer ce qu'était ce fameux Noël qu'il avait oublié, il avait toutefois fallu compter sur l'aide de Jarvis pour lui expliquer les origines de ces célébrations et les traditions s'y rapportant. Aussi, lorsqu'il avait appris le retour de Banner à New-York, il avait préféré regagner rapidement la côte ouest. Prévenu par Stark que Thor était également en visite ? Il ne s'approcherait pas à moins de cent kilomètre de la Tour de la toute la durée de son séjour !

« Monsieur Loki, puis-je vous demander d'aller vérifier la boite aux lettres à l'extérieur s'il vous plait ? » l'appela Jarvis, le sortant de sa lecture. « Monsieur Stark y a fait livrer quelque chose pour vous. »

« Une livraison ? Pour quelle raison ? »

Face au silence buté de l'IA, il n'eut d'autre choix que d'obtempérer, suivant les instructions de Jarvis pour récupérer ladite livraison. Une fois de retour au salon, c'est avec curiosité qu'il ouvrit le sachet de papier, pour y trouver un petit objet en métal. L'objet avait l'apparence d'un animal qui lui était inconnu, probablement midgardien. De toute évidence, c'était un cervidé au pelage marron, orné d'une tache d'un rouge particulièrement vif au niveau du museau. L'animal était quant à lui relié par une courte chaine à un anneau métallique.

« Jarvis, qu'est-ce que ceci ? »

« L'objet est un porte-clé monsieur. Il s'agit d'un objet permettant d'attacher des clés ensemble par le biais de l'anneau que vous pouvez voir. Il existe des milliards de modèles de porte-clés différents à travers le monde, avec des motifs ou des matériaux très divers. »

« Et que représente celui-ci ? »

« Il s'agit d'un renne monsieur. Son nez rouge fait référence à un renne en particulier, présent dans beaucoup de chansons et contes de Noël pour enfant, et baptisé Rodolphe. »

Et comme pour venir assoir les propos de Jarvis, Loki tira du sachet une courte note, écrite de la main de Stark. Joyeux Noël Rodolphe. Si Loki leva les yeux aux ciel, écœuré de tant de mièvrerie, il ne put toutefois pas retenir un mince sourire.