Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Un chapitre que j'aime beaucoup, avec Tony et Loki tentant de faire chacun un nouveau pas l'un vers l'autre, inquiets de la réaction de l'autre, et paradoxalement pas du tout sur la même longueur d'onde ! Mais c'est amusant de les voir aussi hésitants !
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Egwene Al'Vere et Meranath, merci beaucoup pour vos review ! Toujours là les filles !
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 26
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Sable mouvant sous leurs pas, démarche hésitante, l'écho dissonant des voix qui s'entrecroisent. Questionner, douter, hésiter. Incertitude. Deux étoiles qui ne sont soudainement plus alignées, des longueurs d'onde qui s'entrecroisent sans se toucher, une valse à contre-temps, trop lente pour leurs pas de géant.
S'autoriser à ne pas tout comprendre, pas tout de suite, parfois plus tard, parfois jamais. Accepter de ne pas être le seul à tenir les rênes, et de ne pas tout maitriser. S'offrir du temps. Beaucoup de temps, de discussions et de silence.
Tout rentrerait dans l'ordre.
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Tony se réveilla en sursaut, au son d'un piano fantôme depuis longtemps disparu. Ne reconnaissant pas sa chambre, ni même son atelier, il mit un peu de temps à reconnaitre le salon – et il avait vraiment dormi emmitouflé dans le plaid de Steve, sérieusement ? – et quelques secondes de plus à se rappeler des événements l'ayant conduit là, à ce moment.
Il avait rêvé de sa mère.
Ce n'était pas un souvenir à proprement parler. Pas un cauchemar, mais pas vraiment un rêve non plus. Yeux mi-clos, il pouvait presque voir les mains voler gracieusement sur les touches blanches et noires du piano. Il n'avait pas vu son visage, mais il savait que c'était elle. Il pouvait encore sentir son parfum.
Mélancolique, une boule dans la gorge, il se frotta vigoureusement les yeux dans une tentative désespérée de se réveiller – et pas pour essuyer de potentielles larmes, merci pour lui. Mais c'est alors que ça le frappa.
Il avait rêvé de sa mère. Ce fait était déjà rare, mais surtout ce n'était pas un cauchemar, malgré l'amertume latente de son rêve. Et plus important encore, il n'avait pas fait la moindre foutue crise d'angoisse. Pas l'ombre d'une. Retenant un rire vaguement hystérique sur les bords, il se passa une main lasse sur la figure. C'était à n'y rien comprendre, et au vu de sa consommation « raisonnable » la veille et de son absence de gueule de bois carabinée, il ne pouvait même pas accuser l'alcool.
Son regard se promena sur la pièce, avant de se poser sur la table basse devant lui et les deux verres s'y trouvant, l'un vide et l'autre encore partiellement plein. Le sien, il le savait. Complètement paumé, il se redressa vivement du canapé, grognant légèrement au vertige que cela provoqua. Il saisit son verre, fit tournoyer un instant le liquide doré avant de l'avaler d'une gorgée. Il replia ensuite soigneusement le plaid, rangea la bouteille dont il s'était servi et embarqua les deux verres sales – seules traces de ce qui s'était passé cette nuit – avant de se diriger vers l'ascenseur.
Il devait parler à Loki. Pourtant, ce n'est pas vers l'atelier qu'il se dirigea, mais quelques niveaux en dessous, à l'un des étages consacrés à Stark Industries. Il avait une petite course à faire avant.
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Quand il pénétra finalement dans l'atelier, quelques dix minutes plus tard, il trouva le dieu déjà à pied d'œuvre, penché sur son établi. Il se redressa brièvement, lui adressant un hochement de tête en guise de salutation, avant de se repencher sur son ouvrage. Tout cela était… étonnamment normal, après la soirée qu'ils avaient passée ensemble, d'abord à l'atelier puis au salon. Il fallut donc quelques secondes à Tony pour comprendre ce que faisait exactement le dieu. Il leur offrait une porte de sortie, à l'un comme à l'autre, leur épargnant d'avoir à s'expliquer sur leurs confidences respectives. Manque de pot pour lui, il avait envie, il avait besoin d'en parler. C'est dommage, hein ?
« Loki, » appela-t-il, attirant l'attention du dieu sur lui. Il avait l'air… circonspect, pensant sans doute qu'il saisirait l'occasion qu'il lui avait présenté de faire comme s'il ne s'était rien passé. Raté mon grand. « T'avais… T'avais raison en fait. »
Voilà, ça c'était dit. De circonspect, le regard du dieu se fit aussitôt intéressé et calculateur. Comme s'il l'avait pas vu venir ! Tony était certain de pouvoir prédire sa prochaine phrase, qui était…
« C'est généralement le cas. Puis-je savoir à quelle occurrence en particulier vous faites allusion ? »
Qu'est-ce qu'il disait ? Il secoua la tête, laissant échapper un léger rire, et le sourire sarcastique du dieu se détendit, se faisant interrogateur. Cela força Tony à réagir, et après avoir hésité quelques instants, s'approcha de lui et lui fourra de force un objet dans les mains avant de se reculer, l'air de rien. Visiblement perplexe, le dieu haussa un sourcil dubitatif.
« Un téléphone portable. Vraiment Stark ? Pouvez-vous me dire ce que je suis sensé faire de ça ? »
Mal à l'aise, Tony se balança sur ses pieds et passa une main fébrile dans ses cheveux.
« T'avais raisons okay ? T'avais raison. Parler de l'Afghanistan et de la source des mes crise d'angoisse m'a aidé, et devine quoi ? Parler de mes parents, de ma mère m'a aidé également. J'ai pas fait de crise d'angoisse ni même de cauchemar, ce qui n'est juste jamais le cas quand je me laisse aller à penser à elle. Parler aide. Te parler aide, et me demande pas pourquoi j'en sais foutrement rien. Mais ça marche, alors… Alors maintenant que j'ai trouvé une alternative plus saine que me bourrer la gueule, ce serait con de laisser tomber maintenant, tu crois pas ? »
« Et le téléphone dans tout ça ? »
Le visage du dieu était fermé et impassible, mais son regard inhabituellement sérieux posé sur lui démentait son apparente indifférence. Il l'écoutait. Il le comprenait. Ce qui n'aidait pas Tony à se sentir plus sûr de lui, loin de là.
« T'es pas toujours là, à l'atelier. Parfois tu pars sans prévenir, quelques heures, quelques jours. Parfois pour le boulot, parfois pour te changer les idées ou quoi que ce soit que tu fasses quand t'es tout seul. Mais avec ce téléphone… Je pourrais te joindre où que tu sois, n'importe quand. Et l'inverse sera également vrai, tu pourras appeler pour… tu sais… parler ? »
Ça sonnait bien plus comme une question que comme une affirmation. Tony laissa échapper un rire qui ne cachait absolument rien de son malaise, et ébouriffa plus vigoureusement ses cheveux avant de faire quelques pas en arrière.
« Bordel, je me sens complètement ridicule là. Ecoutes, fais-en ce que tu veux. Jette-le, détruit-le, range-le quelque part et oublie-le dans un coin mais juste… On fait comme s'il ne s'était rien passé et on n'en reparle plus jamais, okay ? Super, bonne discussion mec ! »
Puis, commençant à babiller sans discontinuer sur le premier truc lui passant par la tête, il quitta l'atelier en quatrième vitesse. Laissant derrière lui un dieu vaguement incrédule, ne comprenant pas comment il avait pu en arriver là, dans l'atelier d'un mortel qu'il venait de laisser repartir en vie, et un téléphone portable midgardien dans la main.
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Tony revenait d'un petit voyage express à Londres. Ça faisait bien trop longtemps qu'il n'était pas aller la voir. Il n'y était même pas allé le 9 avril pour son anniversaire, donc sa dernière visite remontait à… mi-février ? Trois mois donc. Faut dire que peu de temps après, lui et Loki avaient enfin compris pour le rôle du starkium pour Omega, il y avait également eu les débuts de Rescue sur la scène publique avec réunions et conférences de presse à n'en plus finir à la clé, puis l'affaire Coulson et… ouais, il avait été pas mal occupé ces derniers mois, maintenant qu'il y réfléchissait.
C'est donc ravi de sa petite escapade pour se changer les idées qu'il se dirigea vers l'atelier, après un petit détour par le gymnase pour saluer Natasha et Clint et les prévenir de son retour. Comme souvent, il trouva Loki installé dans un fauteuil, à lire un énième bouquin poussiéreux. M'enfin, il pouvait pas totalement lui jeter la pierre, sa dernière lecture avait été plutôt intéressante – il nota au passage que l'Edda n'avait pas disparu, contrairement à ce qu'il aurait cru, mais avait été rangé sur l'une des étagères de la bibliothèque. A sa portée donc, et vraisemblablement libre d'accès. Il sourit sans pouvoir, ni vouloir vraiment s'en empêcher.
« Où étiez-vous donc ? » l'interrogea Loki distraitement, sans lever les yeux de son livre.
« Londres. Affaires familiales, » ajouta-t-il, sentant venir la question suivante.
« Et cela s'est-il bien passé ? »
« Ouais, super merci. Et… et toi ? »
« Pareillement, je vous remercie. »
Tony ne savait pas trop quoi penser de ce semblant de conversation mondaine – horriblement courtoise et guindée – qui lui semblait sonner… particulièrement faux. Trop faux. Pour autant, il ne voulait pas la voir cesser pour tomber dans un silence pesant, dont il n'avait pas la moindre idée de la cause. Gagnant son bureau, il relança le dieu.
« Tu lis quoi ? »
« Un ancien traité de magie runique, portant entre autres choses sur les runes de protection. »
« Je… suppose que tu veux essayer de les intégrer à Omega ? »
« En effet, c'est là mon prochain objectif. »
« Cool tout ça, alors… continue ? »
Hochement de tête, et de nouveau le dieu était plongé dans sa lecture. Bordel, mais il se passait quoi là ? Il était tombé dans la quatrième dimension ?
Il nota également que le dieu était vêtu d'une tunique asgardienne noire et verte, chose qui n'était pas arrivée depuis des mois. En effet, il avait progressivement laissé tomber ses habits d'Ase pour des vêtements midgardiens quand ils passaient du temps ensemble. Pas n'importe lesquels évidemment, des trucs chics, généralement un costume noir sur chemise blanche qui lui donnait une allure tellement classe que l'humain en aurait été jaloux s'il n'avait pas su qu'il était lui-même à tomber lorsqu'il en portait.
Mais au-delà de ces considérations vestimentaires futiles, c'était un autre point sur lequel il s'interrogeait, ne comprenant pas davantage ce revirement. C'est vrai quoi, il avait fait des efforts tous les deux, ne s'étaient pas engueulé depuis des mois – au-delà de leurs chamailleries et prises de bec habituelles – et ils avaient depuis longtemps dépassé le stade du « toléré uniquement pour le boulot », non ? Il avait même l'impression qu'ils s'étaient plutôt rapproché récemment. A parler de leur passé, de leur famille…
Ah. Oui. D'accord. Leur famille. Aborder le sujet de leurs souffrances et de leurs traumatismes respectifs en octobre avait été suffisamment difficile comme ça, mais ils s'en étaient sorti. Essentiellement parce qu'ils avaient poursuivi comme si de rien n'était, et repris aussitôt leur petite routine à deux à Malibu sans aucun changement ou presque. Là… Là, c'était différent. Faut croire que parler de leurs mères était autrement plus sensible que d'exposer à l'autre sans le moindre tact les tortures qu'ils avaient subi – et honnêtement, Tony n'était pas loin d'être d'accord avec cette idée.
Sans compter qu'il avait changé juste après ça les règles du jeu de leur petite collaboration en offrant à Loki ce foutu téléphone, se ridiculisant au passage – ce que, malgré tout, il n'était pas certain de regretter – Et après ça, au lieu de retomber tout naturellement dans leur routine, lui s'était barré deux jours en Angleterre. Ouais, peut-être pas le meilleur timing possible…
Donc pour résumer, Loki lui faisait la gueule – parce qu'aussi poli soit-il, c'est ce que c'était – et s'était drapé dans toute sa grandeur et sa glorieuse vertu asgardienne qui le distinguaient du pitoyable mortel qu'il était, le tout comme une protection et un moyen de ne pas admettre qu'ils étaient devenus plus proches qu'aucun des deux ne l'avait prévu ou anticipé. Il connaissait la rengaine. En un mot comme en cent : stratégie d'évitement et de repli sur soi. Une technique qu'il reconnaissait parfaitement pour l'avoir employée un poil trop souvent par le passé – y compris passé récent. Sans compter que son expédition anglaise était une forme d'évitement d'une certaine façon, alors il allait pas trop la ramener quand il faisait exactement la même chose que le dieu dès que les choses se complexifiaient entre eux.
C'est noté pour la prochaine fois, ne pas griller les étapes. Maintenant, comment il débloquait tout ça ? Il aurait bien voulu discuter pour tenter d'apaiser et de normaliser les choses, mais c'est exactement ce qui avait tout déclenché. En même, y avait-il une autre solution – à part espérer que ça se tasse et que tout revienne miraculeusement à la normale sans intervention de sa part ?
Il alla se servir à boire – un café, parce qu'il préférait garder les idées aussi claires que possibles – sans préparer quelque chose à Loki pour éviter de le faire davantage flipper – alors qu'il savait parfaitement quel genre de thé il buvait généralement à cette heure de la journée, et là c'était lui que ça faisait carrément flipper ! – et alla s'installer dans son fauteuil attitré, en face de celui du dieu. Celui-ci ne mit pas longtemps à relever la tête, le regardant d'un interrogateur, mais également prudent nota-t-il.
« Donc, tes machins de protection… » commença-t-il.
« Des runes, » le corrigea immédiatement aussitôt le dieu.
« Ouais, ouais, si tu le dis, tes runes donc. Comment ça fonctionne ? Parce que t'as déjà gravé et peint je ne sais combien de runes sur différent modèles de réacteur ark, qu'est-ce qu'elles sont de spéciales celles-là ? De différent ? Et pourquoi elles pourraient marcher contrairement aux autres, elles ? »
Après un instant d'hésitation, Loki lui répondit, tournant obligeamment le livre vers Tony tandis qu'il lui décrivait le fonctionnement et les pouvoirs des différentes runes dessinées. Pendant ce temps, Tony rebondissait allègrement sur ses propositions, démontant les plus stupides – ce qui n'était que son avis d'inculte bien sûr, ce que ne s'empêchait pas de souligner le sorcier face à lui – et de poser des questions lorsque quelque chose n'était pas clair, sans toutefois perdre totalement de vu son objectif.
Tu vois, rien n'a changé. Voilà ce qu'il essayait silencieusement de dire à Loki. Mais même si le dieu n'était pas soudainement devenu télépathe, ses épaules semblèrent toutefois se décrisper un peu à mesure que la discussion se poursuivait sur un terrain émotionnellement sûr et aussi neutre et objectif qu'il était possible de l'être quand tous deux étaient concernés.
Malgré lui, Tony s'en retrouva rassuré. Parce qu'il avait pas de plan B si son projet « discutons innocemment avec un dieu surpuissant capable de m'éviscérer en moins de trois secondes montre en main en cas de contrariété » ne fonctionnait pas. Le reste, et bien, il supposait que ça reviendrait progressivement à la normal. Peut-être devrait-il lui laisser un peu d'air ? Il avait été pas mal sur son dos dernièrement, et pas spécialement agréable qui plus est, avec ses propres cauchemars et crises d'angoisse, sans compter le stress causé par Omega.
Et puisqu'il ne pouvait pas le forcer à partir – il savait qu'essayer de le foutre dehors serait forcément mal pris, c'était même pas le peine d'essayer ! – c'est lui qui partirait. Il y avait justement une inspection des usines S.I. que Pepper avait prévu pour la semaine prochaine, et à laquelle il avait initialement décidé de ne pas participer. C'était l'occasion rêvée pour à la fois remonter sa côte de popularité auprès de Pep' et du conseil d'administration, mais également de laisser du temps et de l'espace à Loki. Et à lui aussi tant qu'à faire, un peu de temps – presque – seul loin de Loki et d'Omega ne pourrait pas lui faire de mal.
Un plan génial, brillant dans sa simplicité, digne du génie qu'il était ! Personne n'allait rien voir venir, et surtout tout allait rentrer à la normal !
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Loki profitait du silence de l'atelier, ce qu'il ne pouvait faire dès lors que le propriétaire dudit atelier était présent. Or, Stark avait cédé au harcèlement continu de Miss Potts et consenti à accompagner cette dernière pour une tournée d'inspection des centres de production Stark Industries sur la côte ouest, avec également plusieurs jours de réunions, conférences et autres séminaires dans leurs locaux de Los Angeles. Stark s'était suffisamment plaint de ce voyage ces derniers jours pour que Loki en connaisse par cœur les moindres détails.
Une semaine d'une paisible solitude, dont toutefois Loki ne profitait guère. Trois jours déjà que l'ingénieur était parti, et tout autant de temps que Loki ressassait les mêmes idées, encore et encore. Aujourd'hui le 19 mai 2014, à dix jours exactement de l'échéance fixée, ces pensées pour trop obsédantes étaient à présent teintées d'agacement.
« Quelque chose vous tracasse-t-il monsieur Loki ? » lui demanda – trop – aimablement Jarvis.
« Absolument rien, merci bien, » répliqua-t-il d'un ton rogue.
Comment cette maudite machine pouvait-elle percevoir son trouble de manière si évidente ? C'est à cette pensée fugace que Loki se rendit compte qu'il avait commencé à faire les cent pas et à déambuler aléatoirement dans la pièce. Les Nornes soient louées, Stark n'était pas là pour assister à cette débâcle.
« Selon toute vraisemblance, les choses semblent aller fort moins bien que vous ne me l'assurez. Aussi me permettrais-je d'insister en vous demandant de nouveau si quelque chose ne va pas. »
« Tout va bien ! »
« En êtes-vous bien certain ? »
« Parfaitement ! »
L'entêtement de cette intelligence robotique était hors du commun ! Et son arrogance ! L'une comme l'autre était de toute évidence à l'image de leur créateur ! Loki avait toutefois suffisamment appris à connaitre ladite machine pour savoir que Jarvis ne le laisserait probablement pas en paix avant qu'il n'ait répondu, et le poursuivrait virtuellement quand bien même il se téléporte à Malibu. Il pouvait presque sentir le regard dubitatif de l'IA posé sur lui et se retint difficilement de fusiller du regard le plafond et ses caméras, une habitude qu'il avait difficilement perdu aux débuts de sa collaboration avec Stark.
Toutefois, l'insistance de Jarvis n'était pas totalement dénuée d'intérêt, et Loki se prit à penser qu'il y trouverait peut-être quelques réponses à ses questions. Peut-être. Avait-il quelque chose à perdre ? Mis à part sa dignité, évidemment.
« Qu'apprécie Stark ? »
« Plait-il monsieur ? »
Déjà Loki regrettait son soudain accès de faiblesse. Mais un proverbe midgardien ne disait-il pas qu'une fois le vin tiré, il fallait le boire ? Sur Asgard, on aurait davantage dit qu'une fois l'épée tirée du fourreau point n'est possible de retour en arrière, mais l'idée était sensiblement la même. Et maintenant qu'il avait cédé, autant poursuivre et aller au bout de son raisonnement et de ses interrogations.
« C'est bientôt l'anniversaire de Stark, » consentit-il donc à répondre du bout des lèvres. « Dans très exactement dix jours. Or, il m'a très clairement fait comprendre que la coutume midgardienne voulait qu'on offre un cadeau à celui dont on fêtait l'anniversaire. Je te demande donc ce qu'apprécierait Stark en guise de présent. »
Car si Stark lui avait conté par le menu les coutumes midgardiennes entourant l'anniversaire de quelqu'un, et en particulier celle du présent, c'est bien parce qu'il devait attendre quelque chose de sa part, non ? Surtout après le téléphone portable qu'il lui avait récemment offert – dont il n'était pas certain de vouloir se pencher sur la signification – que Loki devait probablement interpréter comme une incitation à peine voilée à lui offrir quelque chose en retour.
Sauf qu'il n'est pas le subalterne de Stark, loin s'en faut, et n'a donc pas à se plier à chacun de ses caprices. Il n'est pas davantage son ami, il n'a donc pas à lui offrir quoi que ce soit !
« Monsieur Loki ? »
Pourtant, ne serait-ce pas perdre inutilement un temps précieux dans leurs recherches en prenant le risque que Stark ne se vexe de ne se voir rien offrir ? Au vu de son tempérament orageux et facilement irritable ces derniers temps, avec Omega qui n'avançait pas comme prévu… Surtout qu'il était fort peu probable que lui trouver un quelconque présent ne lui prenne beaucoup de temps ou de magie. La corvée serait accomplie, il aurait la paix, et ils pourraient tout aussi rapidement se remettre au travail.
« Monsieur Loki ? »
Sauf si Stark venait à penser que ce cadeau était un moyen de s'acheter ses faveurs, ce qui était à l'opposé de la réalité. Pire, il pourrait imaginer que Loki l'apprécie, ce qui serait une idée plus stupide encore. Misérable mortel !
« Monsieur Loki ! »
Cessant ses va-et-vient incessants, Loki ne put retenir un claquement de langue méprisant, agacé d'avoir été interrompu au milieu de son monologue intérieur. Ou… peut-être pas si intérieur que cela, selon toute vraisemblance.
« Si je puis me permettre monsieur, vous n'avez aucune obligation envers monsieur Stark, et il ne vous tiendra nullement rigueur de ne rien lui offrir. »
« Et comment peux-tu en être si certain ? Aussi bien puisses-tu le connaitre… »
« Il est celui qui m'a créé, et si ce qu'on appellera « ma personnalité » s'est développée avec le temps, monsieur Stark reste celui à l'origine même de mon existence. Je suis également celui qui l'accompagne quotidiennement, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, depuis plusieurs années à présent. Je pense donc humblement être bien mieux placé que bon nombre de personne pour vous affirmer avec une certitude relative de 93,4% que monsieur Stark ne vous en tiendra aucunement rigueur si vous ne lui offrez rien pour son anniversaire. Mais ce n'est là que mon avis personnel, monsieur. »
« Maudite machine… »
Parfois, Loki n'était pas loin de détester Jarvis. Car à l'entêtement et l'arrogance s'ajoutaient une répartie et un sarcasme qu'il n'était pas certain d'apprécier. Au moins cette fois-ci, l'IA lui était utile, lui permettant finalement de trancher dans ce dilemme crucial qu'était de trouver ou non un cadeau d'anniversaire à Tony.
Il était tombé si bas, c'était navrant…
Au moins, toute réclamation de Stark serait gérée par son IA, ce qui n'était pas un mal. Il allait pour quitter l'atelier – ainsi que la tour Stark par la même occasion, et retourner à Malibu – quand il fut interrompu une nouvelle fois par cette damnée intelligence artificielle.
« Monsieur Loki ? Avant que vous ne partiez, puis-je ajouter quelques mots ? »
« Ce n'est pas comme si tu me laissais réellement le choix, n'est-ce pas Jarvis ? »
« Non, en effet monsieur. »
Que disait un peu plus tôt ? Entêtement, arrogance, répartie et sarcasme. Tout son créateur, même quand il n'était pas là et que Loki avait enfin la chance de gouter un peu à la paix !
« Toute sa vie, on a offert des choses à monsieur Stark. Bien trop souvent des choses chères et superficielles, outrageusement clinquantes ou parfaitement inutiles. »
« Où veux-tu en venir ? »
« Ces cadeaux n'étaient jamais que des moyens de ne pas s'investir, affectivement et émotionnellement. Une manière hypocrite de dire que puisqu'un cadeau avait été offert, on avait fait suffisamment d'effort pour se soucier de lui. Juste une illusion de plus, qui s'évanouissait dès le jour de son anniversaire passé. Alors si vous me permettez de vous offrir un conseil, ne lui offrez pas un objet dénué de sens ou d'intention. Ne lui offrez rien par obligation, uniquement si vous en ressentez l'envie ou le besoin. »
« Que les choses soient bien claires Jarvis : je n'apprécie pas Stark et ne me soucie guère de lui et de ses sentiments. »
« Si vous le dites monsieur. Après tout, je ne suis qu'une machine. Que puis-je bien connaitre aux émotions ? »
Loki ne trouva rien à répliquer, et cela plus qu'autre chose l'agaça. Vexé – plus qu'il ne voulait bien l'admettre – il quitta la pièce en se téléportant, persuadé de pouvoir encore entendre la voix sarcastique du majordome virtuel à son oreille.
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Stark était revenu de son voyage d'affaire sur la côte ouest. Ils avaient repris leurs expériences, avec une volonté et une détermination dont l'ingénieur s'était trouvé dépourvu ces derniers temps.
Et quand, le 29 mai au soir, Stark avait quitté de bonne heure l'atelier pour diner avec les agents Barton et Romanoff ainsi que le Capitaine, exceptionnellement tous présents à New-York, le dieu n'avait rien dit.
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« Tu vas me dire où on va ? »
« C'est la combientième fois que tu demandes depuis ce matin ? »
« Au moins la dixième je pense. »
« Et donc, comme les neuf fois précédente, ma réponse est… ? »
« Non, » soupira finalement Steve, tandis que Tony éclatait de rire.
« Relax, même à la vitesse à laquelle on va, on arrive d'ici cinq minutes à tout casser. »
« Et ça en fait plus de dix qu'on a quitté New-York. »
De jouer, le sourire de Tony devint carnassier.
« Ouais, je sais… »
Ignorant le nouveau soupir de Steve – pas aussi agacé qu'il voulait bien le faire croire, le brave Captain – Tony accéléra brièvement pour dépasser quelques voitures, avant de revenir à une allure plus raisonnable. Il avait malheureusement bien conscience de qui était assis sur le siège passager, et avait dès le départ adapté son allure en conséquent. Un temps de trajet par conséquent doublé, mais sinon il avait pas fini d'en entendre parler alors…
Ce matin, alors qu'il textotait avec son chef de projet pour connaitre l'avancement des travaux de son dernier bébé en date, Steve s'était invité dans son salon pour lui proposer de diner avec les autres le soir-même, ce qu'il avait accepté. Mais alors que le soldat allait quitter la pièce, pris d'une inspiration subite, Tony lui avait proposé de se joindre à lui pour une petite virée hors de la ville.
Et si les termes « projet pour les Avengers » avaient tout de suite attiré son attention, il avait rapidement déchanté quand Tony avait annoncé ne pas vouloir lui en dire davantage. Son attention malgré tout piquée, il avait accepté de venir avec lui. Et même si Steve n'avait pas renoncé à lui poser des questions pendant le trajet, Tony était resté muet comme une carpe, et il n'en était pas peu fier !
Heureusement pour l'un comme pour l'autre, ils arrivèrent rapidement en vue du chantier. Des ouvriers vinrent écarter les barrières pour laisser passer la voiture, avant de leur désigner une route mal bitumée couverte de terre, de poussière et de peinture séchée, qui menait vers des bâtiments en plein travaux à quelque cent mètres de là.
« On est où là ? » demanda Steve, sourcils froncés.
« Devine ! »
Tony roulait au pas pour ne pas abimer les pneus de sa précieuse voiture, leur laissant l'occasion à tous deux de découvrir les lieux. Tony n'était en effet pas revenu depuis le début des travaux début février, peu après le lancement de Rescue, et s'était contenté depuis de photos et de quelques vidéos à l'occasion. Et y'avait pas à dire, ça avait sacrément changé en tout juste quatre mois !
Steve ne semblait quant à lui pas parvenir à comprendre où ils étaient et ce qu'ils faisaient là, jusqu'à ce que ses yeux ne se pose sur un A au design familier, se remémorant probablement les mots prononcés par Tony à la Tour, avant qu'ils ne partent.
« Tony, quel est ce rapport entre ce lieu et les Avengers ? »
Souriant, Tony lui fit signe de sortir de la voiture, avant de lui-même s'exécuter. Parcourant les derniers mètres à pied, l'ingénieur consentit enfin à lui donner quelques explications.
« Pepper m'a fait comprendre que je devais séparer plus clairement mes activités en tant qu'Iron Man, et donc qu'Avengers, de mon rôle de PDG de Stark Industries. Ce qui n'est pas franchement évident, et s'est encore plus compliqué depuis que vous vous êtes tous installé l'été dernier. Et je te parle pas de Rescue, dont les locaux sont actuellement situés dans la Tour Stark. C'est juste… pas faisable sur le long terme. »
« D'où cet endroit, » comprit le blond.
« D'où cet endroit, » opina-t-il, avant de poursuivre. « Si la Tour Stark va rester dédiée aux affaires de S.I., et uniquement à celles-ci, tu as devant toi le futur QG des Avengers ! »
Et si le regard de Steve était tout aussi curieux qu'avant, il était désormais empreint d'un mélange de respect et d'excitation, la même qu'on pouvait très probablement lire dans ses propres yeux, tandis qu'un grand sourire lui mangeait la moitié de la figure.
« Monsieur Stark ! »
Les deux hommes se retournèrent pour tomber face à l'homme les ayant probablement hélés.
« Steve, je te présente James Porter, mon chef de projet à la tête de ce chantier. Il avait déjà dirigé les travaux de construction de ma villa à Malibu il y a quelques années, ainsi que sa reconstruction plus récente, et a été l'une des personnes avec qui j'ai travaillé pour la Tour Stark. James, je pense que je n'ai pas besoin de te présenter Steve Rogers ? »
« Enchanté de vous rencontrer monsieur Porter, » le salua-t-il en lui serrant la main.
« Moi de même. C'est un honneur de vous rencontrer capitaine Rogers. J'espère que vous serez satisfait de votre visite. »
« Tu fais pas autant de manières quand c'est juste moi qui vient James ! » se moqua gentiment Tony, lui assenant une tape sur l'épaule. « Alors, tu nous fais visiter ? »
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Ils avaient commencé par les constructions les plus avancées, et qui dans quelques mois abriteraient les bureaux administratifs, soit essentiellement ceux de Rescue. Mais ces locaux seraient accompagnés de lieux de formation, d'un gymnase dédié aux agents ainsi que d'une aile résidentielle leur étant allouée, pour que chaque agent qui le souhaite ait la possibilité de vivre sur la base. Le bâtiment juste à côté, plus petit, était en réalité une annexe scientifique, avec des laboratoires de recherches et de développement. Ces deux blocs, quelque peu excentré du bâtiment principal, seraient en fait consacrés à toutes les affaires des Avengers… n'étant pas les Avengers eux-mêmes.
Car guidés par James, Steve et lui venaient de pénétrer dans le bâtiment principal. Leur bâtiment. Quand Tony avait conçu les plans de cette bâtisse, il avait été confronté à un dilemme, à savoir faire de cet endroit aussi bien un lieu de vie qu'un lieu de travail et d'entrainement. Garder la chaleur et le confort de l'un, sans perdre de vue les objectifs fonctionnels de l'autre. Alors plutôt que de miser sur un bloc massif d'une dizaine d'étages de haut – fallait au moins ça pour caser tous les occupants et leurs affaires respectives – il était parti sur un raisonnable trois étages, mais avec une surface au sol beaucoup plus importante.
Le rez-de-chaussée et le premier étage était consacrés aux Avengers en tant que super-héros. Salle de tir, gymnase, piscine, un mini complexe sportif rien qu'à eux, encore plus équipé que ne l'était actuellement celui de la Tour. Était également prévu un « vestiaire » pour entreposer leurs armes et leurs équipements, ainsi qu'une salle de réunion – que Tony priait pour utiliser le moins possible.
Au deuxième étage, on trouvait son laboratoire personnel – non, il ne partagerait pas avec les scientifiques de l'autre bâtiment, c'était même pas la peine de demander ! – et aussi et surtout un vaste espace commun. Mentalement, il repensa à sa liste de critères sans fin, cochant une à une les petites cases : une grande pièce à vivre bien sûr – obligatoire vu le nombre de personne à accueillir, sans compter que l'équipe pouvait potentiellement s'agrandir dans les années à venir – une cuisine toute équipée – qu'il n'utiliserait probablement jamais, à moins évidement qu'on cuisine pour lui, comprendre Bruce ou Steve – un home-cinéma – indispensable, quoi que les autres en disent ! – une bibliothèque – qu'on ne compte pas sur lui pour la remplir ! – ainsi que quelques autres pièces, pour le moment sans fonction précise, mais dont il ne doutait pas que les autres leur trouverait une utilité. Enfin, le troisième et dernier étage était composé d'appartements individuels, tous équipés de façon à ce que quiconque y habiterait n'aurait plus jamais besoin d'en sortir s'il le souhaitait.
Et si Tony avait laissé James diriger la visiter des deux premières structures et répondre aux nombreuses questions de Steve, se contenant de quelques commentaires de temps à autres, il avait pris les choses en main pour ce dernier bâtiment. Et voilà qu'il babillait, exposant une à une les difficultés de configuration auxquelles il avait fait face, les choix qu'il avait fait et pour quelles raisons, racontant la petite histoire cachée derrière la conception de chacune de ces pièces. Incapable de se taire, parlant en continu, tout juste interrompu par quelques questions de temps à autres auxquelles il répondait avec autant de détails que possible.
Ce que Tony n'avait pas imaginé en invitant Steve à cette visite impromptue, c'est à quel point son avis lui importait. Bien sûr, il avait tout conçu en fonction des goûts de chacun, essayant de penser à tout ce dont ils auraient besoin, en tant qu'individu comme en tant qu'équipe. C'est pour ça qu'il y avait, parmi tant d'autres choses, une pièce de sécurité pour le Hulk, et un pas de tir de quelques centaines de mètres de long en extérieur pour Œil de piaf. Mais rien de tout ça n'avait reçu l'approbation des autres, et encore moins celle de Steve. Alors bien sûr, celui-ci avait l'air très enthousiaste et posait beaucoup de question, mais ils avaient un témoin – des témoins au pluriel, en comptant les nombreux ouvriers qu'ils croisaient – alors c'était pas vraiment fiable.
Il lui fallut attendre qu'ils regagnent la voiture après presque deux heures de visite pour qu'il puisse enfin poser la question qui lui brulait les lèvres.
« Alors, t'en penses quoi ? » demanda-t-il à brule pourpoint, quittant le chantier et s'engageant sur la route en direction de New-York.
Steve ne répondit pas immédiatement, et comme toujours lorsqu'il se sentait stressé, Tony se sentit obligé meubler le silence, argumentant et parlant sans discontinuer.
« Tu sais, rien n'est définitif. Enfin si, l'architecture et l'ossature globale l'est bien sûre, définitive je veux dire. Mais pas le reste. Abattre une cloison ou en remonter une, c'est rien pour eux, ça pourrait être fait en quelques heures à peine, facile. On peut faire des changements, si tu veux. Ou si les autres le veulent d'ailleurs. »
« Tony… »
« Je comptais bientôt vous en parler tu sais. Mais je voulais d'abord être certain que les travaux avançaient comme je le voulais et que mes plans étaient viables avant de vous en parler parce que tu sais ? Pas de faux espoirs. »
« Tony… »
« Mais vous aurez votre mot à dire. Je me suis occupé du design général, mais la déco est encore à venir. C'est Pepper qui s'en occupait généralement, alors j'aurais besoin d'un coup de main pour décider de toute façon. Parce que choisir la couleur des murs ou le style des meubles, j'avoue que là c'est pas exactement mon domaine. Et bien sûr, vous serez entièrement libres de la déco dans vos apparts personnels, faudra juste détailler aux ouvriers ce que vous voulez exactement. Enfin, à James ou à moi, et on transmettra aux ouvriers. »
« Tony ! »
Manquant de peu de piler net, Tony se tourna vers Steve qui venait de l'interrompre. Il pensait voir de l'agacement dans ses yeux, ou peut-être juste une lassitude familière face à son babillage irritant. Mais tout ce qu'il vit fut un visage ouvert, le regard brillant de reconnaissance et un large sourire aux lèvres.
« Tony, ce sera parfait. C'est déjà parfait. Merci. »
Et si c'était le Cap' qui le disait, peut-être que c'était vrai, qui sait ? Souriant à son tour, Tony accéléra brusquement, éclatant de rire lorsque son accélération brutale tira un cri outré de Steve. Ouais, il avait pas fini d'en entendre parler…
