Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame


Euh... Oups ?

Bonjour tout le monde ! Vraiment navré, on vous a... oublié ? Si vous ne le saviez pas, le mois de juin est excessivement chargé dans les écoles (boulot de Julindy) et Kaelyan est elle-même pas mal occupée... Mais on lâche rien !

On se retrouve pour un chapitre absolument crucial avec la confrontation entre Tony et Loki, attendue probablement depuis le début des événements de "L'Ère d'Ultron". On a également pas mal d'introspection du côté de Loki (qu'est-ce qu'il a changé depuis le début de cette histoire quand même !), mais le tour de Tony viendra aussi !

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Meranath, Toundra95, Marguerite . Roxton - Jones, Makiang, merci beaucoup pour vos review !


Bonne lecture !

Ju' et Kae


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CHAPITRE 34

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Ce qu'il est de plus terrible avec la trahison, c'est qu'elle ne peut venir que de personnes à laquelle on accorde une quelconque forme de respect ou de confiance. En effet, l'on ne peut être trompé par ceux envers qui l'on n'éprouve que mépris, ou même la plus simple indifférence.

La trahison nait d'une confiance déçue et s'épanouit en fleurs vivaces à l'ombre des secrets et des mensonges. Et pour toute absolution, aussi librement offerte soit-elle, demeurent des cicatrices éternelles sur le cœur blessé où le doute a germé.

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Loki revint à Malibu bien après que la nuit ne soit tombée. De longues heures durant, il avait arpenté les rues de la ville de Johannesburg. Prenant tout à tour les traits et les fonctions d'un médecin d'une quelconque organisation humanitaire, d'un journaliste ou d'une victime de l'accident, il avait pu discuter avec plusieurs des très nombreux témoins de l'événement. Malheureusement, il n'avait pu obtenir que très peu d'informations. Mais tous s'accordaient à dire qu'une fois le Hulk calmé, il avait repris l'apparence du docteur Banner, et qu'Iron Man avait transporté le corps de l'humain inconscient dans un vaisseau qui s'était posé sur l'une des plus larges avenues de la ville. Nul n'y avait vu les autres Avengers, mais la rumeur voulait qu'ils y soient. Ils avaient par la suite décollé et depuis, aucune nouvelle d'eux n'avait émergé.

Ne se satisfaisant pas de si peu, le dieu avait poussé ses explorations un peu plus loin. Et c'est ainsi qu'il était tombé sur un terrain vague où se dressaient des carcasses de bâtiments maritimes à l'abandon, où grouillait un nombre conséquent d'agents appartenant à Rescue. Modifiant plus profondément ses traits tout en éclaircissant la couleur de ses cheveux et de ses yeux – et grimaçant intérieurement à l'idée qu'il puisse, d'une quelconque façon, ressembler à Thor – il avait endossé un uniforme et s'était silencieusement joint à eux.

Loki avait alors parcouru le champ de bataille, notant d'ores et déjà les similitudes avec celui trouvé à New-York. De nombreuses armures, semblables à celles de l'Iron Legion, avait été trouvées sur place. Et les marques destructrices présentes sur les carcasses robotiques attestaient on ne peut plus clairement de l'identité de ceux les ayant combattus. Il était familier des traces noires causées par les éclairs de Mjöllnir, ou encore des marques laissées par les rayons d'énergie de Stark. Le reste n'était que pure déduction.

A son avis, un ennemi encore inconnu avait trouvé le moyen de retourner les armures de l'Iron Legion contre les Avengers, seule explication logique au fait que ces derniers les aient détruites. Un ennemi capable donc de retourner leurs propres armes contre eux, et ils étaient en toute logique partis à sa poursuite. Pourquoi en Afrique du Sud ? Cela restait à démontrer. Même s'il était invraisemblable que quiconque s'en prenne aux Avengers dans leur bastion, c'était pour l'heure l'hypothèse la plus solide que le dieu avait.

Il était donc de retour à la case départ, la villa, guère plus éclairé qu'il ne l'avait été en partant, et sans aucunes certitudes. Las, il laissa tomber l'illusion qui drapait encore son corps. Si travestir son apparence pour quelques heures était un jeu d'enfant pour lui, devoir maintenir une vigilance constante – nécessaire pour passer inaperçu et se fondre dans la masse grouillante, tout en récoltant de précieuses informations – n'en était pas moins usant pour les nerfs. Et cela était sans compter sur sa magie capricieuse et quelque peu erratique depuis qu'il avait appris la trahison de Stark.

Cette pensée fugitive raviva sa colère, faisant crépiter des flammèches sur le bout de ses doigts. Probablement devrait-il méditer avant de tenter de trouver le sommeil. Surement même. Un tel manque de contrôle sur ses émotions, et plus encore sur sa magie, était absolument indigne de lui.

Sans perdre davantage de temps, il monta à l'étage pour retrouver le calme de sa chambre. Se délestant lentement des vêtements midgardiens qu'il portait, il ouvrit son armoire afin d'y récupérer une tunique asgardienne ainsi que de nouvelles bougies. Pourtant, une fois le battant ouvert, il se figea. Malgré lui, son regard était attiré par un coffret de bois sculpté, placé sur l'étagère la plus haute et en grande partie dissimulé par une étoffe de tissu vert. Mais il savait que la boite était là. Tout comme il savait parfaitement ce qu'elle contenait.

Avec une reluctance manifeste, il s'en saisit. Au vu de l'évolution manifeste de la situation, sans doute devrait-il bruler la boite et détruire son contenu, désormais vide de sens. Objectivement, c'était la décision la plus logique, et il était un être sensé. Froid et indifférent.

A la place, Loki alla s'assoir sur son lit avant d'ouvrir le coffret. Le dieu n'était généralement pas sujet à la nostalgie. Il continuait toujours d'avancer, droit devant lui, sans se retourner sur un passé trop souvent taché de sang et de larmes. Mais comment expliquer autrement l'émotion qui lui saisit le cœur tandis qu'il frôlait du bout des doigts un porte-clé de métal ?

« Il s'agit d'une renne monsieur. Son nez rouge fait référence à un renne en particulier, présent dans beaucoup de chansons et contes de Noël pour enfant, et baptisé Rodolphe. »

Le premier cadeau que lui avait offert Stark, aux célébrations de Noël un an et demi après le début de leur collaboration. Ça partait d'une plaisanterie, ce surnom stupide – un parmi tant d'autres – que lui donnait l'humain, mais il avait été offert avec une intention. Aujourd'hui, il se demandait laquelle.

Et il en allait de même pour cet animal en peluche ridicule offert au Noel suivant, à peine deux mois plus tôt.

« Avez-vous véritablement l'intention de m'offrir un présent en lien avec cet animal risible à chaque Noël que je passerai sur cette planète ? »

« Hey, ne sous-estimes pas l'inventivité de nous autres humains ! J'ai des dizaines d'idées, et largement de quoi me renouveler pour un paquet d'années ! »

« Ceci est sans doute la plus terrible nouvelle de cette journée infernale. »

« Arrête, je sais que tu l'adores cette peluche ! »

« Ah oui ? Et en quoi mon comportement a-t-il pu vous faire croire pareille sottise ? »

Il n'avait reçu qu'une œillade moqueuse en réponse, avant que tous deux ne reprennent le chemin de l'atelier pour travailler. Loki aurait dû détruire cette maudite peluche de près d'un mètre de haut, plus hideuse encore qu'elle n'était encombrante, ce qui en soit était remarquable. A la place, il l'avait réduite à une taille acceptable et l'avait ajouté à cette boite. Stupide, stupide, stupide.

Sortant les deux objets et le posant à côté de lui sur la couverture, il trouva ensuite deux livres. Le premier, « Le Petit Prince » avait été offert un an plus tôt pour son anniversaire. Avec ce livre, Stark lui confiait une partie de ses souvenirs et de son enfance, un sujet qu'il savait sensible chez son partenaire de travail. Le second, il l'avait reçu un mois auparavant, de nouveau lors de son anniversaire.

« Avant que tu ne dises quoi que ce soit, non c'est pas une plaisanterie cette fois-ci. Ça aurait été tentant, mais non. J'veux dire, j't'emmerde avec ces histoires de Rodolphe depuis que j'ai vu ton casque à cornes et ouais, t'auras des cadeaux de Noël Rodolphe aussi longtemps que ce sera possible, pas la peine de rêver. Mais le truc, c'est que Rodolphe, c'est pas juste le symbole des cornes, sinon j'aurais pris n'importe quel cerf qui passait comme symbole. Rodolphe, il est… différent. Pas comme les autres, quoi. Il est rejeté, et quelqu'un finit pourtant par l'accepter comme il est, même s'il est… bah, différent en fait. Il fait partie d'un groupe, d'un tout. Et il apprend qu'être différent, c'est… pas si mal ? Le truc, c'est que c'est bien d'être unique et… chacun a sa place, quelque part, même si c'est loin de chez soi et… Putain, tu te fous de ma gueule pas vrai ? »

« Moi ? Ce n'est pas mon genre ! »

« Va te faire foutre Rodolphe ! »

« Est-ce ainsi que tu te moques de cette pauvre bête ? Ce renne si spécial, si unique en son genre ? »

« Je t'emmerde ! »

Définitivement, ça avait été un bon moment. Moins emprunt de solennité que ne l'avait été son premier anniversaire célébré ensemble, quoi qu'avec la conscience accrue qu'il ne s'agissait pas d'une soirée ordinaire entre eux. Il avait soufflé ces maudites bougies et fait un vœu inutile, puis ils avaient mangé du gâteau et bu du champagne en plaisantant et se racontant des histoires. Puis était venu le cadeau, enveloppé dans le même papier vert chatoyant que les fois précédentes. Une nouvelle fois il s'agissait d'un livre pour enfant, et même sans les vaines tentatives d'explications de Stark il aurait été en mesure de comprendre les aspects symboliques et métaphoriques de l'histoire après une simple lecture. Mais l'objet avait été réel, comme les sentiments ayant poussé l'humain à le lui offrir. Du moins l'avait-il cru.

Loki était perdu, comme rarement il l'avait été. Si la colère ne s'était pas éteinte à la vue de ces souvenirs tangibles, elle était désormais tintée d'incompréhension, ainsi que d'une forme étrange de désarroi. Il savait n'avoir pas rêvé les années qui s'étaient écoulées. Les débuts avaient été difficiles, il ne le niait pas. Emprunts de méfiance, de ressentiment et de colère de part et d'autre. Il avait été le premier à dévier de cette ligne de conduite fermement établie, il le reconnaissait, en se portant à son aide alors qu'il était en difficulté face au Mandarin. Mais c'est Stark qui avait véritablement franchi la ligne, l'hébergeant et le protégeant volontairement alors qu'il était inconscient, suite au désastre de Svartalfheim. C'est suite à cet événement que le dieu avait pris conscience que le mortel avait finalement gagné sa confiance, et promis intérieurement de ne point utiliser ses pouvoir pour lui nuire. Mais ce serment était-il toujours d'actualité, quand la trahison était si flagrante ?

Après ça, ils avaient œuvré ensemble pendant près de deux ans. Et si le chemin avait été parcouru d'embuches, ils avaient également eu de bon moments ensembles. Et, il le reconnaissait avec amertume, des moments de grande proximité émotionnelle. D'anecdotes sur la culture midgardienne en récits venus d'autres mondes, ils en étaient venus à se confier des histoires plus personnelles, souvenirs précieux et traumatismes passés. Leurs joies, leurs peurs et leurs souffrances.

Le midgardien était un homme hanté par son passé, par ce qu'il avait fait et ce qu'il avait subi. Il faisait des erreurs colossales, à vouloir contrôler des choses qui ne pouvaient l'être. Mais il restait debout et avançait. Pétri de bonnes intentions, il cherchait à s'améliorer, à faire mieux. Peut-être le dieu l'admirait-il pour ça, lui qui s'était détourné du chemin du bien il y a fort longtemps, et ne se préoccupait des autres que s'ils pouvaient lui être d'une quelconque utilité.

Stark avait été différent pour lui. S'il n'avait d'abord été qu'un pion sur le grand échiquier du dieu, il s'était seul émancipé de ce rôle qui ne lui convenait pas. Devenant un égal, un partenaire de recherche et un allié. Oserait-il le dire ? Presque un ami. Il était difficile pour lui d'en être certain, il n'en avait jamais eu. Ceux s'en rapprochant le plus était Thor et Sygin, mais ils avaient été respectivement son frère et son épouse avant qu'il ne puisse les considérer autrement. Peut-être était-ce cela qui le blessait, plus qu'il ne l'admettrait jamais à quiconque. Ce qu'il avait cru trouver à ses côtés, et la souffrance de cette illusion qui avait brutalement volé en éclats. Comment avait-il pu se tromper à ce point sur cet homme était au-delà de son entendement…

Perdu dans ses pensées, c'est sans y prendre garde qu'il atteignit le fond de la boite. Mais au lieu d'y trouver du bois, ses ongles tapèrent avec un bruit reconnaissable contre du plastique. Avec lenteur, Loki sortit le dernier objet présent dans la boite : un téléphone portable. Stark s'était rendu ridicule en le lui offrant, comme bien souvent. Comme à chaque fois qu'on attendait une réponse ou une déclaration émotionnelle de sa part à vrai dire. Mais les mots qu'il avait prononcés, et plus encore ceux qu'ils avaient gardé tus… Loki les avaient entendus, chacun d'entre eux.

« T'es pas toujours là, à l'atelier. Parfois tu pars sans prévenir, quelques heures, quelques jours. Parfois pour le boulot, parfois pour te changer les idées ou quoi que ce soit que tu fasses quand t'es tout seul. Mais avec ce téléphone… Je pourrais te joindre où que tu sois, n'importe quand. Et l'inverse sera également vrai, tu pourras appeler pour… tu sais… parler ? »

Ce téléphone n'avait jamais été utilisé, n'avait jamais sonné. Loki l'avait simplement pris. Mais au lieu de le détruire ou de le faire disparaitre comme Stark lui-même l'avait suggéré, il l'avait illogiquement rangé dans cette boite, qui à l'époque ne contenait que le porte-clé et le livre du Petit Prince. Et qu'importe ce que l'humain avait pensé, avait ressenti en le lui offrant, qu'importe ce que lui-même ressentait en cet instant, il tenait peut-être là le moyen de contacter Stark pour connaitre enfin le fin mot de l'histoire. Et, que les Nornes lui en soient témoin, il espérait. Contre toute logique et bon sens, il espérait obtenir une explication logique et ne pas avoir à tuer l'humain.

Il alluma l'objet en hâte, et fut surpris de constater qu'on avait tenté de le joindre. Une inspection plus approfondie l'avertit qu'il s'agissait de Stark, et que tous les appels remontaient à quelques heures, le plus ancien datant de la veille. Surprenant, mais positif. Ainsi, le midgardien avait de son plein gré cherché à prendre contact par ce biais. Mais cela venait également conforter son avis selon lequel l'humain n'était pas responsable du silence de Jarvis à son égard, et en subissait également les multiples désagréments. Alors qu'il s'apprêtait à le rappeler, il constata la présence d'un symbole l'avisant d'un message vocal laissé à son égard. Il ne lui fallut guère de temps pour en déclencher la lecture.

« Loki merde, si je t'ai donné un téléphone, c'est pour répondre quand je t'appelle ! Rappelle-moi dès que t'as ce message, si jamais tu daignes allumer ton portable un jour ! »

Lorsque Loki rouvrit les yeux, qu'il n'avait pas conscience d'avoir fermé, rien n'en apparence n'avait changé dans la pièce. En lui en revanche…

Il pouvait sentir son cœur se contracter violemment dans sa poitrine, et le bruit sourd du sang battant à ses tempes résonnait dans ses oreilles. Il haletait, sa tête tournait et ses mains étaient agités de spasmes incontrôlables. Il pouvait sentir le sang gouter de ses mains, preuve s'il en était nécessaire de la force avec laquelle il avait serré les poings. Sa magie voltigeait dans la pièce, lourde, poisseuse et avide de sang.

A ses pieds, des morceaux de plastiques noirs fumants.

Loki n'était plus guidé que par la rage. Au diable la logique et les bons sentiments, toute raison l'avait quitté. La seule chose qui lui importait désormais était de retrouver ce misérable insecte pour lui faire payer cette déconvenue, et laver son honneur dans le sang.

Fulminant, il se laissa tomber à genoux, et ferma les yeux. Il n'était certes pas dans l'état émotionnel adéquat pour méditer, mais la colère qui brulait dans ses veines venait alimenter sa magie et sa puissance. Et peu importe s'il devait réduire le monde en cendres au passage.

L'âme de ce mortel putride lui était désagréablement familière. Et alors même qu'il devait arborer l'armure en cet instant, elle flottait à la lisière conscience, juste assez loin pour qu'il ne puisse s'en saisir et la localiser. Mais il avait tout le temps du monde. Une heure passa ainsi, avant qu'il ne sente un changement manifeste. La présence de Stark sur ce plan astral se renforçait peu à peu, à mesure qu'il se défaisait de son réacteur ark et s'en éloignait. Il pouvait la sentir, cette âme brulante de vie. Un sourire dangereux étira ses lèvres. Il allait la détruire.

Il ne prit même pas la peine de se rendre invisible. Qu'importe les potentiels témoins, il n'y aurait pas de survivant à l'exécution qui s'annonçait. Il apparut dans une pièce qui lui était inconnu. Face à lui, le traitre l'avait probablement senti apparaitre, puisqu'il se retourna lentement. Le reconnaissant, ce rat blanchit violemment et une lueur de panique qu'il savoura s'alluma dans son regard.

« Merde… »

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Avant qu'il n'ait le temps d'esquisser le moindre mouvement, le dieu fonça sur lui et le saisit violemment à la gorge, au point que ses pieds ne décollent du sol. Instinctivement, ses mains vinrent accrocher celle du dieu, dans une tentative désespérée de desserrer sa prise.

« Ça me rappelle des souvenirs, » ahana-t-il difficilement. Probablement devrait-il se concentrer pour respirer, au lieu de sortir des âneries. « Désolé, y'a pas de fenêtre pour toi ici… »

Il fut brutalement relâché et il s'écroula au sol en hoquetant, se massant la gorge pour vainement tenter d'en faire passer la douleur.

« Ça m'avait pas manqué ça… Putain, tu m'expliques ce qui te prend ? »

S'il n'alla pas plus loin, c'est parce qu'il essayait encore de retrouver son souffle, et certainement pas parce qu'il était effrayé à la vue de la dague acérée que le dieu avait soudainement sortie. Pour la première fois depuis qu'il s'était aperçu de sa présence dans la pièce, il prit véritablement le temps de le dévisager. Livide de rage, poings serrés, sa magie dansait autour de lui comme un feu furieux, aussi sauvage et imprévisible que ne l'était son maitre à l'heure actuelle. Mais ce qui allumait une véritable alarme de danger chez lui était l'abysse de ses yeux, deux puits sans fond qui le transperçaient. Il avait déjà vu le dieu en colère – de nombreuses fois, il était plutôt doué pour le provoquer – mais il ne l'avait jamais vu dans cet état. Ou plutôt, il ne l'avait vu qu'une fois : lors de la bataille de New-York. La seule différence était la couleur des yeux, qui étaient d'un bleu délavé à l'époque quand aujourd'hui ils brillaient d'un vert puissant. Il n'y avait donc là aucune magie du sceptre à l'œuvre, et il n'arrivait pas à savoir s'il devait en être soulagé ou non.

Malheureusement, tout ça ne lui disait pas ce qui l'avait mis dans cet état, et une petite voix – qu'il allait peut-être écouter, pour une fois – lui soufflait qu'il ne serait pas de très bon augure de le provoquer plus avant. Pas s'il tenait à la vie en tous cas. Jamais depuis qu'ils travaillaient ensemble le dieu avait été si proche de le tuer. Et si cette idée faisait battre son cœur plus vite, il réalisait qu'il n'était pas aussi effrayé qu'il devrait l'être.

« Dooooonc… » finit-il par lancer, voyant que Loki ne parlait pas. « Tu m'expliques ce qui se passe ? »

« Ce qui se passe ? » grinça le dieu. « Ne croyez-vous pas que vous êtes celui à me devoir des explications ? »

« A quel sujet ? » l'interrogea-t-il en fronçant les sourcils. Parce que les emmerdes étaient telles actuellement qu'il avait bien du mal à savoir de quoi Loki lui parlait exactement. « J'veux bien croire que c'est un foutoir sans nom en ce moment, même pour toi qui est extérieur à ce bordel, mais c'est pas la première fois qu'une mission dégénère ou que je vais sur le terrain avec les autres sans te tenir au courant dans le détail, non ? »

« Je parle d'Ultron. »

Tony se figea. Se demandant un instant s'il avait bien entendu. Mais aucun démenti ne vint.

« Comment t'es au courant de ça toi ? »

« Comment en effet, alors que des mois durant vous êtes parvenu à me cacher ce projet. »

C'était encore pire que ce qu'il avait imaginé. Loki ne parlait pas du robot psychopathe qui essayait de tous les buter – il ne savait même pas s'il était au courant pour ce dernier, mais il allait supposer que oui – mais bien de son projet initial d'IA pour palier à Oméga qui n'avançait pas. Un projet qu'il lui avait sciemment caché, mentant à l'occasion à son sujet quand le dieu effleurait de trop près des fichiers s'y rapportant. Ce qui lui faisait d'ailleurs penser…

« Et je peux savoir comment tu as eu accès à ces fichiers au juste ? » demanda-t-il, masquant ses incertitudes derrière une bonne dose de morgue et d'arrogance.

« Je n'ai jamais requis votre permission pour consulter vos fichiers. Par ailleurs, ça n'avait pas l'air de vous déranger jusqu'à récemment, si je dois me fier à vos vulgaires ''démerde-toi, cherche dans le dossier'' quand il s'agissait de me rapporter les résultats d'une expérience antérieure. »

« Ouais, mais toujours en rapport avec Oméga. Là, je vois pas en quoi ça te concerne. J'ai tout un tas de projets dont je te parle pas, Ultron est juste l'un d'entre eux. »

Un bruit de verre brisé résonna dans la pièce, mais Tony ne se tourna pas pour voir ce que la magie du dieu avait spontanément détruit. Bluff et déni, encore et toujours, ses armes préférées. Toutefois, il n'était pas étonnant que le dieu de la malice ne s'y soit pas laissé prendre. Bien au contraire, cela semblait l'énerver davantage, ce qu'il n'aurait d'ailleurs pas cru possible. Pas de bol, lui-même commençait à être passablement agacé.

« Cela me concerne, quand ce projet pathétique a pour seule ambition de se substituer de bien piètre manière à Oméga. »

« Et la faute à qui ? » s'exclama-t-il, finissant par perdre patience à son tour. « Je pourrais très bien obtenir un bouclier stable si je le souhaitais, je n'ai pas besoin de toi. Ce qui nous freine, c'est qu'il doit comprendre la magie. Et excuse-moi de te le rappeler, mais la magie, c'est ton domaine mon grand ! »

« Parce que vous insinuez que c'est de ma faute à présent ? »

« Evidemment que c'est de ta faute ! C'est à cause de problèmes magiques que nous ne parvenons pas à atteindre nos objectifs ! Et qui dit à cause de problèmes magiques dit à cause de toi ! »

La dague vola et alla se planter dans le mur derrière lui, ne laissant qu'une fine ligne sanglante sur sa joue. Tony ne baissa pas les yeux. Un discours pareil, c'était à gerber, et il en avait parfaitement conscience. Car oui, il était en colère, mais bien moins contre le dieu que ce que ses mots le laissait penser. Après tout, c'était tellement plus facile d'accuser Loki, quand le problème venait de lui ! Bordel, c'est lui qui avait synthétisé le starkium, et il n'était pas foutu d'en comprendre les propriétés. Et ne parlons pas de les maitriser ! Le starkium était sa création, et le cœur même d'Oméga. Mais tant qu'il n'aurait pas progressé dessus, leur projet resterait au point mort. Il était tout bonnement inutile. C'était d'ailleurs étonnant que Loki ne se soit pas lassé de lui plus tôt et ne se soit pas barré. Ne se soit pas débrassé de toutes les preuves le liant à cet échec, à commencer par lui.

« Et c'est donc pour cela que vous avez lâchement abandonné Oméga et tout ce que nous avions construit pour ce minable projet Ultron ? Perdant ainsi votre temps en vain ? Vous saviez qu'Oméga serait difficile à théoriser, et plus complexe encore à mettre en place. Mais si vous perdez confiance et baissez les bras à la moindre difficulté, c'est que non seulement vous êtes lâche, mais plus faible encore que le misérable commun des mortels ! »

« Bah ouais je suis faible, je suis lâche, que veux-tu que je te dise d'autre ? » hurla-t-il à pleine voix. « Je fais des erreurs, je me plante et ça m'explose à la figure, littéralement ou non. Oméga n'avançait pas, on était dans une putain d'impasse, j'avais besoin d'une solution, quelque chose dont je savais que ça pouvait fonctionner… mais ça a foiré, et en beauté évidemment… » soupira-t-il, alors que sa colère retombait brutalement, le faisant vaciller sur ses jambes.

Il se laissa tomber sur le lit et se passa une main fatiguée sur la figure. C'est pas d'un café dont il avait besoin, mais d'une nuit de sommeil de plus de deux heures, durée de sa dernière sieste. Il se sentait… épuisé. Complètement vidé, à bout de nerf et de ressources, au point qu'il ne parvienne même plus à garder la face plus de quelques minutes devant Loki. Pour sa décharge, il n'avait pas vraiment prévu que le dieu se pointerait ici sans prévenir. Se pointerait tout court d'ailleurs.

En parlant du dieu, si celui-ci ne paraissait pas moins menaçant, il avait sans trop savoir dire pourquoi l'impression que sa colère avait un peu reflué. Ce qui aurait quand même été un comble, après les horreurs qu'il lui avait balancé à la figure. Que faisait-il encore en vie déjà ? Mais si les filaments de magie verts et or qui voletaient dans l'air n'avaient pas disparu, ils étaient bien moins agités, l'entourant avec ce qu'il aurait pensé être de la circonspection s'il s'agissait d'un être vivant. Quant à son regard… Si le brasier n'y était pas éteint, il pouvait y voire une lumière qui n'avait rien à voir avec la haine ou la rage, même s'il aurait été bien en peine de l'identifier. Non pas pour la première fois, il se demandait ce que le dieu avait vu en lui quand il lui avait proposé ce marché il y a si longtemps, et la raison pour laquelle il le supportait encore, lui et ses conneries.

« Nornes toutes puissantes, qu'avez-vous encore fait Stark ? »

Qu'est-ce qu'il disait ?

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La colère du dieu ne s'était pas envolée, loin s'en faut. Mais il ne reconnaissait pas l'homme devant lui. Stark était sûr de lui, outrancier, et arrogant. Mais il n'avait jamais été ce ramassis d'orgueil ordurier. Même à l'époque lointaine où leurs rapports étaient au mieux glaciaux et qu'il faisait tout pour le provoquer – ce qui, il le confessait avec réticence, ne manquait pas de lui faire perdre son sang-froid – jamais les mots n'avaient été vomis d'une manière si odieuse qu'ils ne pouvaient avoir d'autre but que de le faire tuer.

Le choc n'en avait été que plus violent quand ce masque superficiel ne s'était non pas fissuré, mais avait bel et bien volé en éclats. Il avait déjà fermement établi les tendances autodestructrices de Stark qui, couplées à son besoin chronique de réparer ses erreurs – réelles ou non – et de prendre à sa charge le poids du monde, formaient un cocktail détonnant propre à déclencher les pires catastrophes. Ce qui n'avait pas manqué cette fois-ci, visiblement.

« Cela a-t-il un rapport quelconque avec l'état dans lequel j'ai trouvé la Tour ? » relança-t-il avec agacement.

Loki ne pouvait pas ne pas poser la question, c'était après tout l'hypothèse la plus logique. Il avait cependant l'impression tenace d'avancer sur une corde raide où la moindre erreur l'enverrait par le fond. Sans tout à fait comprendre l'origine de cette sensation, puisqu'il était clairement celui qui dirigeait cette discussion.

Stark demeurait néanmoins silencieux, la tête entre les mains. Mais le dieu ne comptait pas le laisser échapper si facilement à ses questions. Pas alors qu'il ne se souvenait que trop bien de l'inquiétude qui l'avait habité en voyant le désastre, et plus encore à mesure que les heures passaient et qu'il ne parvenait pas à localiser Stark. Pas alors qu'il pouvait encore ressentir ce détestable sentiment ressemblant bien trop à du soulagement en apprenant par le biais des médias que les Avengers et Stark en particulier étaient en vie.

« Le salon de la Tour est devenu un champ de bataille, les dégâts y étaient considérables, et de surcroit s'y trouvaient les carcasses détruites des armures de l'Iron Legion, » lista-t-il d'une voix ferme. « Alors je ne poserai la question qu'une seule fois : que s'est-il passé Stark ? »

Alors lentement, Stark commença à lui faire le pénible récits des événements s'étant succédé au cours de dernières quarante-huit heures. Plusieurs fois, Loki fut obligé de le contraindre à poursuivre ses explications tandis qu'ils s'égaraient dans ses pensées, ou bien au contraire de lui demander davantage de détails dans le cas d'informations sur lesquelles il passait trop hâtivement. Mais le dieu avait besoin de se faire une idée aussi précise que possible de la situation, et tout particulièrement de sa dangerosité. De là dépendrait la conduite qu'il tiendrait dans les heures et les jours à venir.

Malheureusement, ils étaient pressés par le temps, Stark l'informant par la même occasion qu'il était ici pour tenter de trouver celui qui s'amusait avec les codes nucléaires – une autre menace s'il en était nécessaire – ce qui les empêchait d'être aussi exhaustifs qu'il l'aurait souhaité. L'homme avait néanmoins profité de ces explications pour reprendre de l'énergie et réendosser son habituel masque faussement imperturbable. Ces inconnus n'y verraient que du feu, quand bien même Loki lui voyait parfaitement au travers, à présent qu'il savait ce qui se cachait en dessous.

« Mais t'inquiètes pas, on va gérer, » concluait d'ailleurs Stark en plaisantant. Incapable toutefois de soutenir son regard.

Mais Loki savait qu'il mentait et pouvait lire l'inquiétude dans chacun de ses traits creusés par la fatigue et le stress, à défaut de le voir dans ses yeux. Pourtant, il hocha simplement la tête, se gardant bien de donner son avis. Il savait ne rien pouvoir faire à ce sujet, ou quoi dire pour alléger ses tourments. Pour dire vrai, il n'était pas réellement certain d'en avoir envie, son ressentiment pour ses actions étant fort loin de s'être dissipé. Face à la menace pressente que représentait cet Ultron dans la nature, ils n'avaient pas eu le temps de réellement aborder les détails du projet Ultron, celui qu'avait conçu Stark avant que la situation ne dégénère, et qui était la véritable source de la colère du dieu. D'ordinaire, il n'aurait pas laissé l'humain s'enfuir avant d'avoir obtenu des explications ainsi que des excuses en bonne et due forme – et seulement là songerait-il à l'épargner – mais il savait qu'il n'obtiendrait rien en cet instant. L'ingénieur était bien plus concentré sur l'avenir et ce qu'il devait affronter pour s'offrir le loisir de s'attarder sur le passé. Ses propres questions demeureraient donc en suspend pour le moment, et il avait horreur de ça.

« Quels sont vos projets pour l'heure ? » finit-il par lui demander d'un ton sec, ne dissimulant pas sa contrariété.

« Trouver celui qui joue avec les codes nucléaires. Puis rejoindre les autres à Séoul, ou alors rentrer à la Tour et les attendre, selon la façon dont tournent les choses là-bas. Le reste, ça dépendra des projets d'Ultron, et de ce qu'on peut apprendre à leur sujet. J'essaierai d'appeler la villa pour te tenir au courant mais je peux rien te promettre. Si je dois repartir en mission il faudra que… »

Il fut brutalement interrompu par quelqu'un frappant à la porte.

« Monsieur Stark ? » résonna une voix masculine derrière le battant. « Excusez-moi de vous déranger, mais ça fait plus de vingt minutes et… »

« Ouais, ouais, une minute, j'arrive, » répondit immédiatement l'interpellé, avant de se tourner vers lui. « Désolé, faut vraiment que je… enfin, je dois y aller, quoi… »

Voyant que Stark se saisissait précipitamment des vêtements sur le lit et commençait à se déshabiller en hâte pour se changer, le dieu se détourna, profitant de l'occasion pour récupérer sa dague – toujours plantée dans le mur – réparer ce dernier ainsi que le miroir que sa magie avait brisé plus tôt, faisant ainsi disparaitre toute trace de sa présence en ces lieux.

Déjà Stark se dirigeait vers la porte, prêt à quitter la pièce. Mais alors qu'il avait la main sur la poignée, il se tourna vers lui avec un regard déterminé et sérieux, cherchant sciemment ses yeux quand il les avait fuis tout du long de leur discussion.

« Quand tout ça sera terminé… Faudra qu'on parle sérieusement, tous les deux. »

Brun contre vert, le dieu n'aurait su dit si c'était de la confiance ou au contraire de la défiance qu'il voyait briller dans ses yeux. Mais Stark attendait néanmoins une réponse de sa part. Alors il haussa les épaules, faussement indifférent, tout en sachant pertinemment qu'il ne duperait personne dans cette pièce.

« Pour cela, il faudra que vous surviviez à ce qui vous attend. Difficile, mais pas impossible. A votre portée vraisemblablement. »

Un sourire fatigué, mais le plus sincère qu'il lui ait adressé ce jour, se dessina sur les lèvres de Stark.

« Compte sur moi. »

Et c'est sur cette promesse qui n'en était pas vraiment une que la porte se referma sur Stark, laissant le dieu seul dans la pièce. Ils n'avaient absolument rien réglé de leurs différents Bien au contraire même, puisque l'annonce de la menace contre laquelle œuvraient les Avengers n'avait fait que s'ajouter à une liste déjà conséquente de problèmes irrésolus. Ils se quittaient sur un mélange d'incertitudes, de frustration et de colère, la pièce résonnant encore des mots qu'ils avaient tous deux hurlés à la figure de l'autre. Mais cette discussion serait peut-être la seule qu'ils auraient avant la conclusion de cette affaire, quelle qu'elle soit, et il leur faudrait s'en contenter.

La colère qu'il ressentait à présent n'avait plus grand-chose à voir avec la rage folle qui l'avait possédé à l'écoute du message vocal cavalier que lui avait adressé Stark – un autre point, un de plus, qu'il leur faudrait éclaircir dans les plus brefs délais – et était teintée de sentiments qu'il n'était pas certain de vouloir identifier. De la même façon, sa magie était de nouveau sous contrôle, même s'il la sentait bouillonner en son sein. Il méditerait une fois rentré, comme il en avait eu l'intention avant que les choses ne dérapent. Puis, lui-même s'offrirait un repos bien mérité, avant d'assister en simple spectateur au dénouement de ce conflit. Oui, cela avait tout l'air d'un plan. Une dernière fois, il promena son regard sur la pièce pour être certain de ne rien avoir oublié.

Une fraction de seconde et il avait disparu.