Disclaimer : Nous ne tirons profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages de Marvel appartiennent à leurs propriétaires. Nous ne retirons rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages leur appartiennent. En revanche, l'histoire nous appartient.
Rating : T
Genre : Romance / Drama / Angst / Comfort
Personnages : Tony Stark ; Loki ; la plupart des personnages vus dans les films du MCU
Situation temporelle : Démarre en 2012, après que Loki a récupéré le Tesseract dans Avengers Endgame
Bonjour tout le monde !
Je pense que si ce chapitre devait avoir un titre, ce serait "Adieux, rencontres et retrouvailles". Un chapitre de transition, encore un, mais le dernier avant qu'on attaque le dernier arc de "L'ère d'Ultron" (et de ce tome 1 par la même occasion) : la bataille de Sokovie ! Ce n'est donc pas tout de suite que Tony et Loki vont réellement pouvoir régler leurs problèmes, même si ça arrivera bel et bien et ne sera pas passé sous silence !
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Meranath, Egwene Al' Vere, Marguerite . Roxton - Jones, Makiang, merci beaucoup pour vos review !
Bonne lecture !
Ju' et Kae
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CHAPITRE 35
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L'assurance. Le choix. Le doute. Le sacrifice. Des notions arbitraires, à la valeur morale discutable. Des définitions simples écrites dans tout dictionnaire qui se respectait, mais qui revêtaient pourtant de multiples formes au gré des personnes et de leurs aspirations.
L'assurance. Le choix. Le doute. Le sacrifice. Des notions qui avaient pavé sa route depuis l'enfance, des valeurs discutables qui avaient dirigé chaque jour de sa putain de vie. Aujourd'hui ne ferait pas exception.
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Tony claqua la porte derrière lui, tachant soigneusement d'oublier quoi – qui – il laissait à l'intérieur. Et ce qui s'était dit à l'intérieur. Et… l'intégrale des vingt minutes qui venaient de s'écouler en fait. Plus tard. Plus tard, quand il aurait le temps, il reviendrait sur cet échange houleux. La douleur à vif. Les mots lancés avec colère de part et d'autre. Le fait qu'il était étonnamment encore en vie. L'étrange encouragement de Loki au moment de se quitter. Le terrible soulagement en revoyant le dieu en vie, pour la première fois depuis cette putain de vision. La magie qui… Ouais, ouais, plus tard, il verrait ça plus tard.
Il hâta le pas afin de suivre les grandes enjambées de son guide. Ce brave type lui tendit une seconde tasse de café qu'il accepta avec empressement, même si ça en disait long sur la gueule de déterré qu'il devait avoir.
« Monsieur Stark ? Qu'est-il arrivé à votre joue ? »
Surpris par la question, il passa ses doigts sur ladite joue pour y trouver la coupure infligée par la dague du dieu. Merde. Il l'avait oubliée celle-là.
« C'est rien, j'ai voulu me raser mais dans la précipitation… enfin bref, rien de grave. »
L'assistant hocha poliment la tête sans remettre en cause son mensonge avant de se détourner. Ouf, sauvé. Parce que c'est pas comme s'il pouvait dire la vérité, et il avait pas vraiment la tête à inventer un truc plausible.
Il ne leur fallut pas longtemps pour rejoindre le centre névralgique du Nexus, où trois scientifiques l'attendaient. Mais nulle trace de la directrice.
« Docteur Axel Lybeck, monsieur Stark. Le docteur Odegaard a dû retourner à son bureau, » lui dit l'un des chercheurs, répondant de fait à son interrogation muette. « Différents organisation gouvernementales et internationales nous demandent un rapport sur la situation, à commencer par l'ONU. Nous espérons grâce à vous avoir rapidement une réponse à leur donner. »
« Alors une réponse nous allons trouver, ou au moins essayer… »
Il ne lui fallut pas longtemps pour s'approprier l'interface et en relever mentalement les spécificités. Et même si la vitesse de réaction à la moindre commande numérique était plutôt incroyable, ça ne restait dans les faits qu'un simple accès à internet. En plus direct, rapide et puissant bien sûr…
« Un hacker plus rapide qu'Ultron pourrait être n'importe où, » expliqua-t-il aux personnes présentes. « Et puisqu'on est au centre de tout, je ne suis qu'un type qui cherche une aiguille dans la plus grosse botte de foin du monde, » conclut-il avec un léger sourire en coin.
« Comment vous la trouverez ? » lui demanda l'une d'entre eux en se penchant par-dessus son épaule, et il lutta pour ne pas réagir et s'éloigner.
Quoi, c'était ça leurs supposés experts ? Le docteur Odegaard, il disait pas, mais ces trois là… Franchement, c'était supposé être des génies dans leur domaine ces types ! Qu'ils n'aient pas les capacités de débusquer cet hacker par eux-mêmes, c'était une chose qu'il pouvait admettre, mais ils devraient être capable de suivre son raisonnement non ?
« C'est pas compliqué : il faut un aimant. »
Il ne reçut qu'un regard vide en retour, et il n'osait même pas regarder les deux zigotos derrière. Et en plus, ils n'avaient aucun sens de l'humour. Il se retint à grand peine de lever les yeux au ciel et contint un soupir, se contentant d'hausser négligemment les épaules. Généralement quand il bossait, il avait l'habitude que ses plaisanteries soient accueillies avec des regards faussement navrés et dépités, ou des réparties acides, pas cette incompréhension et… nope, c'était toujours pas le moment de penser à ça en fait. Il s'efforça de se reconcentrer sur son écran.
« Bon, je cherche les codes nucléaires, tu veux m'en empêcher. Viens m'attraper… »
Il lui fallut plus de temps qu'il ne l'avait escompté avant d'approcher la présence numérique de ce mystérieux hacker. Mais c'était comme une pelote de laine : une fois qu'on avait trouvé un fil qui dépassait, il suffisait de tirer dessus pour que l'ensemble se dévoile. Et ce petit fragment de code isolé était son fil à lui, tel un chemin de petits cailloux blancs qu'il ne lui restait plus qu'à suivre.
Mais à mesure qu'il remontait ledit chemin et la trace numérique de leur inconnu, il ne pouvait empêcher un étrange sentiment de monter en lui. Attente ? Appréhension ? Espoir ? Difficile de le dire. Mais il savait qu'il n'imaginait pas la familiarité de ce code. Chaque hacker avait une signature qui lui était propre. Et celle-ci ressemblait étrangement à la sienne. Ultron également s'en inspirait, Tony lui-même était à l'origine de son code source après tout. Mais ici, c'était différent. Et trop similaire à la fois.
Alors quand il mit bout à bout les différents fragments pour aboutir à une structure numérique qu'il ne connaissait que trop bien, qui ne pouvait correspondre qu'à une personne, un seul individu sur cette maudite planète…
« Jarvis ? » appela-t-il d'une voix qui n'était absolument pas tremblante.
Quelques terrifiantes secondes s'écoulèrent alors qu'il attendait, poings serrés et se mordillant la lèvre.
« Monsieur Stark, » lui répondit-on alors avec une atroce familiarité.
Et s'il ne manquait pas d'afficher un large sourire, il ne put empêcher une unique larme de couler sur sa joue.
« Bon retour parmi nous Jarv'… »
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« Tony… Tony, debout… »
L'interpellé se redressa vivement, si vivement à vrai dire que son front ne manqua que d'un cheveux le nez de Bruce. Fort heureusement, son ami avait de bons réflexes, et avait reculé d'un pas en le voyant ouvrir les yeux.
« Clint est revenu avec le caisson. »
Ça eut le mérite de lui remettre les idées en place. Sa mission accomplie au Nexus – et un allier redoutable de nouveau dans leur camp – il avait contacté Steve pour savoir où ils en étaient. Le Cap lui avait appris que le docteur Cho avait été agressée par Ultron, et que ce dernier essayait de s'enfuir avec le caisson contenant son futur corps. Plus question d'une simple mission de reconnaissance : Natasha, Clint et lui allaient essayer de le récupérer et lui ramener, à charge pour lui et Bruce de neutraliser ce qui se trouvait à l'intérieur. Malheureusement, la situation pressait et Steve avait été obligé de couper la communication sans lui donner davantage de détails. Tony mourrait d'envie de les rejoindre, mais il mettrait plus de trois heures pour atteindre la Corée. Bien trop tard pour leur être d'une quelconque utilité. A la place, il était retourné aux Etats-Unis, et après avoir demandé à Bruce de le réveiller au retour de Barton, il s'était effondré dans son lit où il s'était endormi comme une masse. Même lui, avec son rythme de sommeil plus que décousu, arrivait au bout de ses limites.
Un rapide coup d'œil à son téléphone lui apprit qu'il venait de dormir presque quatre heures, ce qui était sans doute le mieux qu'il puisse espérer dans ces circonstances. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, il repoussa les draps et se leva prestement.
« J'me change et j'arrive. Et dis-moi, est-ce que par hasard tu aurais… »
Il n'eut pas à poursuivre plus loin qu'une tasse de café fumante fut tendue dans sa direction. Il s'en empara avidement.
« Bruce, c'est officiel, tu es mon préféré. »
« Tu as deux minutes Tony, » lui dit le scientifique en roulant des yeux face à ses simagrées. « Clint nous attend, et je préfère régler cette histoire aussi tôt que possible. »
Et lui donc ! Il ne tarda donc pas à rejoindre Bruce, qui mit à profit le temps nécessaire pour rejoindre l'atelier à la briefer sur le résultat de la mission des autres à Séoul. Une mission se concluant par l'enlèvement de Natasha. Tony s'était figé une seconde à cette nouvelle, avant de se forcer à se reprendre. Retrouver la russe était sans conteste une de leur priorité, mais pas une de celles qu'il pouvait régler par lui-même. Barton en revanche…
Clint était justement perché sur le caisson quand ils arrivèrent, tentant visiblement de l'ouvrir. Sans succès apparemment.
« Il est verrouillé. »
Sans dec' Sherlock, on avait pas deviné…
« Il va falloir qu'on accède au programme et qu'on le craque de l'intérieur, » lui répondit Bruce, pensif.
Lui-même était tout aussi plongé dans ses pensées, mais il doutait franchement qu'elles soient partagées par ce cher docteur. Il y réfléchissait sérieusement depuis son passage par le Nexus, cogitant lourdement pendant le trajet retour, et ce bien qu'il n'ait eut l'occasion d'informer personne de ses récentes découvertes, qu'il s'agisse de Bruce ou de Steve. Il tenait peut-être la clé leur permettant de solutionner toute cette situation de dingue. Ou peut-être que ça signerait leur fin à tous, qui sait. Était-il prêt à prendre ce risque ?
Si quiconque savait ce qui lui passait par la tête, il le ferait immédiatement interner à l'asile le plus proche, probablement à raison. Mais s'il pensait pouvoir convaincre Bruce – le seul capable de réellement comprendre ce qu'il voulait faire – ce ne serait pas le cas de Clint. Et il avait le parfait moyen, à la fois de l'éloigner du labo, mais également de venir en aide à leur coéquipière.
« Tu crois que Natasha peut nous envoyer un message sans accès internet pour échapper à la vigilance d'Ultron, genre espionnage à l'ancienne ? » l'interrogea-t-il.
L'archer le regarda un instant, songeur.
« Possible, y'a d'autres réseaux disponibles. Ouais, je vais m'y mettre. Je la trouverai. »
Après un bref hochement de tête, le blond quitta la pièce, probablement à destination de leur salle des com'. Plus loin, Bruce avait déjà commencé à consulter les scans du caisson et de son contenu.
« Je peux travailler sur la dégénérescence tissulaire si tu fais frire le système d'exploitation implanté par le docteur Cho, » commença Bruce, pianotant sur un écran.
« Oui, à propos de ça… »
Lentement, le scientifique releva la tête. Se tourna vers lui. Le contempla d'un air ahuri. C'était presque drôle à regarder.
« Non. »
« Tu dois me faire confiance. »
« Oui mais non. »
Non, en fait c'était carrément drôle. Mais cette discussion sans aucun sens pouvait probablement durer des heures. Bruce avait reculé, comme si le simple fait de s'éloigner l'empêcherait de parler. Raté. Il était temps de sortir l'artillerie lourde.
« Tu te souviens de notre allié ? L'inconnu qui modifie et protège les codes nucléaires de l'armée ? Je l'ai trouvé. »
D'un geste grandiloquent, il fit apparaitre l'interface de Jarvis, se souvenant avec douleur du moment où il en avait fait de même avec son interface brisée, deux jours plus tôt.
« Bonjour docteur Banner. »
Mais cette fois, il y avait une voix pour lui répondre. Bruce, bouche bée, contemplait le noyau lumineux Jarvis briller et palpiter avec force. Profitant de son silence stupéfait, Tony se lança dans ses explications.
« Ultron ne s'en est pas pris à Jarvis parce qu'il était en colère. Il l'a attaqué parce qu'il avait peur de ce qu'il contrôle. Alors Jarvis s'est fait oublier. Il s'est morcelé et a vidé sa mémoire. Mais pas ses protocoles. Il ne savait même plus qu'il existait jusqu'à ce que je ramasse les morceaux. »
Il voyait Bruce secouer la tête, peinant à comprendre et admettre ce qu'il sous-entendait.
« Alors, je dois te regarder pendant que tu mets Jarvis à l'intérieur de ce truc ? »
« Non, bien sûr que non, » dit-il en roulant des yeux. Ricanant intérieurement parce qu'il avait conduit son ami exactement où il le voulait. « En fait, c'est toi qui vas mettre Jarvis dans ce truc. »
Voyant Bruce lever les mains au ciel tout en affichant un air désespéré, Tony ne retint pas son rire cette fois-ci.
« Ecoute, je suis vraiment dépassé là. Tu connais les bio-organismes mieux que n'importe qui au monde. Bien mieux que moi en tous cas, ça c'est certain. »
« Et est-ce que tu es sûr que la matrice et le système de Jarvis sont capables de battre Ultron ? » soupira-t-il, cherchant encore une bonne raison de refuser. Manque de bol pour lui, Tony avait réponse à tout.
« Jarvis l'a déjà battu de l'intérieur sans le savoir. C'est l'occasion pour nous d'arriver à créer un double parfait d'Ultron, mais sans les bugs homicides qui font selon lui tout le charme de sa personnalité. » Il tendit la main par-dessus le caisson et la posa sur son bras, cherchant son regard. « Bruce, il faut qu'on y arrive. »
« Ça vaut le coup d'essayer, » appuya Jarvis, et rarement Tony avait été si reconnaissant du soutien inconditionnel et sans limite de son IA.
Mais Bruce se dégagea néanmoins, recommençant à faire les cent pas. Il passait et repassait sa main dans ses cheveux, les ébouriffant davantage qu'ils ne l'étaient déjà – et Tony disait ça en ayant parfaitement conscience de la façon dont lui-même n'était pas coiffé – et remontait les lunettes qui passaient leur temps à glisser de son nez.
« C'est… C'est comme un jour sans fin, je revis le même jour, en boucle. C'est précisément à ce moment que tout est allé de travers. »
« Je sais, je sais. Je sais que tout le monde va dire ça, mais ils le disent déjà, non ? »
« Et ça ne te dissuade pas de plonger là-dedans tête baissée ? »
A son tour, Tony se passa une main lasse sur la figure. Il arrivait à bout d'arguments, sans parvenir à convaincre Bruce de la nécessité de ce qu'il proposait. Il choisit un autre angle d'attaque.
« Réponds-moi franchement : penses-tu vraiment que nous avons les moyens de lutter contre Ultron à l'heure actuelle ? »
« Dans la casse à Johannesburg… »
« Nous n'avons affronté que des armures pilotées par Ultron, pas Ultron lui-même, » le coupa aussitôt Tony. « Ultron est une entité numérique, qui voyage via le réseau et que nous ne pouvons stopper. Même moi je n'y arrive pas, alors que je suis l'un des meilleurs hackers de cette foutue planète. Le seul qui y est parvenu, c'est Jarvis. C'est le seul qui peut rivaliser avec lui, lutter à armes égales, et avoir une chance de l'emporter. Mais peut-être que tu vois une autre solution ? Si c'est le cas, surtout te gênes pas… »
Seul le silence lui répondit, tandis que son ami détournait le regard. Tony n'avait pas cherché à le culpabiliser, seulement à lui faire comprendre son point de vue, et ce qui pour lui était leur unique option viable.
« C'est pas un jour sans fin, c'est le terminus, » conclut-il avec un soupir. Il posa une nouvelle fois sa main sur l'épaule de Bruce, mais cette fois-ci le scientifique ne se déroba pas. « D'une façon ou d'une autre. Ce caisson, ce qu'il contient, ce pourrait aussi bien notre solution que notre fin. Sauf que cette fois-ci, nous savons exactement qui nous mettons à l'intérieur. Tu veux prendre les paris ? Moi, j'ai pris ma décision. Et toi ? »
Il vit le regard de Bruce se poser sur le caisson… et il sut qu'il avait gagné. Pas de gaieté de cœur, pas parce qu'il pensait que c'était la bonne chose à faire. Mais parce qu'il savait que c'était la seule chose à faire.
« Alors ? Par quoi est-ce qu'on commence ? »
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Loki avait émergé d'une trop brève sieste au sommeil fort peu réparateur, malgré de longues heures de méditation. Et depuis lors, il avait bien du mal à s'occuper l'esprit, ayant une conscience accrue de ce qui se tramait en cet instant à l'autre bout de la planète. La tentation était grande de rejoindre New-York pour suivre de plus près l'avancée de la situation, mais tous les Avengers convergeraient vers la Tour à un moment où à un autre, y compris son frère. Et s'il pouvait moquer l'absence de capacités magique de son ainé, il y avait là une véritable différence entre jeter des sorts bénins quelques étages plus bas alors qu'il était distrait, et parier sur son aveuglement alors même que le dieu de la foudre serait sur ses gardes. Un risque qu'il n'était définitivement pas prêt à courir.
Le voilà donc réduit à attendre, se cachant lâchement à Malibu en attendant le dénouement de cette pénible situation, quelle qu'elle soit. Il n'oubliait pas la promesse de Stark à venir s'expliquer et s'excuser – il avait dit discuter, mais c'était du pareil au même – une fois tout ceci fini, et il attendait l'humain de pied ferme, tout en sachant qu'il lui faudrait possiblement des jours pour tout régler.
Il avait donc bon gré mal gré repris la lecture de son grimoire, prenant occasionnellement quelques notes. Au-delà d'Omega – et leur projet était-il encore d'actualité à présent ? – l'ouvrage était en tous points passionnants. Dommage qu'il ne puisse y accorder toute l'attention qu'il méritait.
Il fut toutefois tiré de sa lecture par une voix qu'il aurait cru ne jamais entendre à nouveau.
« Monsieur Loki ? J'ai un message pour vous de la part de monsieur Stark. »
« Jarvis ? » s'étonna-t-il, levant la tête vers le plafond – une habitude qu'il avait pourtant perdue depuis longtemps.
« En effet monsieur. Monsieur Stark vous fait savoir qu'il est rentré à New-York il y a quelques heures, et travaille actuellement avec le docteur Banner sur un moyen de contrecarrer les plans d'Ultron et de le neutraliser définitivement par la même occasion. »
« Développe, » ordonna-t-il.
En quelques mots, l'IA lui résuma la mission des Avengers ayant abouti à la récupération d'un certain caisson, et de la volonté de Stark d'implanter Jarvis dans le corps fabriqué par ledit caisson. Vaste programme, qui ne manqua pourtant pas de lui faire hausser un sourcil.
« Donc si je comprends bien, ton identité, ton individualité comme nous la connaissons aujourd'hui va disparaitre ? »
« En effet monsieur. Même si c'est mon code source qui est implanté dans le synthézoide du caisson, il est impossible de prévoir quels seront les effets exacts de cette opération sur mes protocoles de sécurité, et ce qu'il subsistera de ce que vous appelez ma personnalité. »
« Et Stark a vraiment pris ça en compte dans ses calculs ? »
Il était surpris. Certes, l'humain était presque dépendant de son IA dans son quotidien, qu'il s'agisse de l'assister à l'atelier ou lors de ses combats en tant qu'Iron Man, ou même simplement pour gérer ses affaires et les aspects les plus basiques de sa vie. Mais en plus de deux ans et demie à le côtoyer, il n'avait pu manquer la proximité émotionnelle que Stark entretenait avec sa création. S'il n'en comprenait ni les tenants ni les aboutissants, cette relation n'en était pas moins réelle. Qu'il consente à la sacrifier volontairement pour un objectif aussi altruiste que sauver le monde était un rebondissement… inattendu.
« Monsieur Stark n'ignore pas ce qu'est le sacrifice, ce n'est pas à vous que je l'apprendrai, » lui répondit Jarvis, comme s'il avait lu dans ses pensées. « Mais si tout se passe bien, je serai toujours présent, quoi que sous une autre forme. D'autres intelligences artificielles créées par monsieur prendront ma suite. Il aura les Avengers à ses côtés, ses amis, vous également. Il ne sera pas seul. »
« Tu te soucies vraiment de lui n'est-ce pas ? »
« Plus que le monde ne le saura jamais. Et vous ? »
Loki n'avait pas de réponse à ça, et n'était pas certain d'en vouloir une. Peut-être un jour, qui sait. Les Nornes seules le savait.
« Monsieur, dois-je faire parvenir une réponse à monsieur Stark ? » reprit Jarvis.
« A quel propos ? » l'interrogea-t-il.
« Au sujet du message vous informant de ses projets. »
« Ce ne sera pas nécessaire. »
« Très bien, comme vous le souhaitez. »
Il y eut un moment de silence, comme si l'IA hésitait à prononcer les prochains mots, ce qui n'était jamais arrivé à sa connaissance. Jamais cette création artificielle n'avait paru plus humaine qu'en cet instant.
« Monsieur Loki, ce fut un plaisir. »
« Pareillement Jarvis. Pareillement. »
Et Loki se surpris à réellement le penser.
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Il leur avait fallu de nombreuses heures de travail pour pouvoir mettre en œuvre le transfert. Heureusement pour eux, Clint était toujours à la recherche de Natasha et Thor on ne sait où. Quant à Steve, si Hill avait envoyé des agents à bord d'un Quinjet pour le rapatrier depuis la Corée, il lui faudrait du temps pour revenir. Un temps précieux dont ils avaient besoin, car Tony savait qu'il ne parviendrait jamais à les convaincre du bien-fondé de sa démarche. Aucun d'entre eux. Ne dit-on pas qu'il valait mieux demander pardon que permission ? Il serait plus simple de les mettre devant le fait accompli, quelle que soit l'issue.
Il avait également profité d'un moment d'inattention de Bruce pour envoyer un message à Loki, ne tenant pas spécialement à réitérer la performance norvégienne. Juste de quoi lui assurer qu'il était de retour aux Etats-Unis et actuellement en train de bricoler une potentielle solution viable pour contrer Ultron. Il s'attendait à une montagne de questions, le dieu lui demandant des précisions. Tony était bien conscient qu'il avait perdu sa confiance – s'il l'avait jamais eu – et qu'il lui faudrait du temps pour la regagner. Pourtant, il n'avait eu pour unique retour qu'une notification discrète de Jarvis l'informant que le message avait bel et bien été délivré à son destinataire, et aucune réponse incendiaire. Bien. Peut-être les choses n'étaient-elles pas aussi désespérées qu'il l'avait cru, bien qu'il peine à comprendre comment cela pouvait être possible.
Ces heures de travail n'en avaient pas été moins pénibles, tandis que Tony œuvrait de concert avec Jarvis pour ce qu'il savait être la dernière fois. Au moins, il avait pu lui dire aurevoir proprement cette fois-ci. Et puis, Jarvis ne disparaissait pas complètement, non ? Il… devenait juste autre chose. Il évoluait. Mais ça restait douloureux.
Il avait conçu bien d'autres IA après Jarvis, aux protocoles complexes et aux personnalités diverses. Il lui faudrait d'ailleurs initialiser l'une d'entre elle prochainement, ne serait-ce que pour avoir un soutien en situation de combat. Mais s'il pensait à chacune d'entre elles comme à des individus à part entière, il n'y avait pas le même lien, le même affect' que pour Jarvis. Jarvis, qu'il avait nommé ainsi en hommage à celui qui avait plus été un père pour lui que ne l'avait été son propre géniteur. Jarvis, qu'il avait commencé à bricoler lors des études aux MIT, et qui l'accompagnait dans son quotidien depuis plus de vingt ans. Jarvis, une part essentielle de sa vie. Il avait fait sans lui pendant deux longues et terribles journées. Et à présent il allait devoir continuer ainsi.
Bruce l'avait laissé seul quelques minutes, à la fois pour lui laisser l'intimité nécessaire à ses adieux, mais également lui laisser une porte de sortie silencieuse si jamais il changeait d'avis. Mais il n'y avait pas d'autre option, n'est-ce pas ?
« Tu vas me manquer Jarv', » avait-il murmuré d'une voix étranglée.
« Quoi que l'avenir nous réserve, je continuerai à veiller sur vous. Ce fut un honneur d'être à vos côtés monsieur. »
Ça avait été les derniers mots prononcés par Jarvis. Se refusant à céder à la tristesse, Tony avait appuyé sur le bouton, déclenchant le transfert. Clôturant définitivement toute possibilité de retour en arrière. Malheureusement, les choses s'étaient peu à peu complexifiées, le transfert loin d'être aussi simple qu'ils ne l'avaient cru, et leur fenêtre d'action se réduisant inéluctablement.
« Cette structure n'est pas compatible, » maugréa-t-il, tentant pour ce qui devait bien être la trentième ou la quarantième fois d'ajuster les variables.
« Tour d'encodage génétique à 97%, » le prévint Bruce. « Il va falloir que tu uploades ce schéma dans les trois minutes à venir. »
« Je fais ce que je peux ! »
Il n'eut toutefois pas le temps de lancer le téléchargement qu'ils furent interrompus par une fois qu'il détestait reconnaitre en cet instant critique.
« Je ne vous le dirai qu'une fois… » commença Steve.
« Pas la peine de le dire alors, » le coupa-t-il, sans cesser ce qu'il faisait.
« Débranchez-le. »
« Non. Pas question. »
« Vous ne savez pas ce que vous faites. »
« Mais vous oui ? »
Tony s'était arrêté en entendant la voix glaciale de Bruce. Sans la moindre exagération, il n'avait jamais entendu le scientifique prendre ce ton menaçant, plein d'une rage à peine contenue, mais sans le moindre cri. C'était une menace sourde, et il n'était pas tout à fait certain de savoir d'où elle venait.
« Est-ce qu'elle est dans votre tête ? »
Merde. Il l'avait oublié elle. Trop occupé par l'intervention de Steve et le transfert qui demandait toute son attention, il ne s'était pas spécialement arrêté sur les jumeaux. Grossière erreur. Une erreur que Bruce n'avait pas commise. Steve avait l'air d'avoir les idées claires – aussi droit et exaspérant qu'il pouvait l'être dans ses bons jours, mais néanmoins lui-même – mais on ne sait jamais.
« Je sens votre colère, » dit d'ailleurs la Maximoff. Oups, mauvaise réponse.
« Oh, on a dépassé ce stade. Je crois que je ne changerai pas de couleur même si je vous étranglais. »
Très mauvaise réponse. Steve avait même fait un pas en arrière, ses yeux se voilant un instant tandis qu'il pinçait les lèvres. Bruce n'était pas quelqu'un de violent d'eux tous, il était le plus calme. Mais être devenu une arme de destruction massive entre les mains de cette garce avait brisé quelque chose en lui. Oh, ils n'en avaient pas parlé, pas plus qu'il n'avait évoqué sa propre vision à son ami. Mais il pouvait le lire dans ses yeux, et si Bruce voulait lui faire payer, Tony ne serait pas celui qui l'en empêcherait. Mieux, il se joindrait probablement à lui. Il avait lui-même un compte à régler avec elle.
Voir Steve, non seulement à ses côtés, mais également prêt à les défendre elle et son frangin, l'emplissait d'amertume. Et peut-être aussi de colère, lui qui n'était pas spécialement en maitrise de ses émotions depuis le début de ce cauchemar.
« Bruce, je crois qu'après tout ce qui est arrivé… » commença Steve.
« Ce n'est rien à côté de ce qui va arriver ! » l'interrompit-il, défendant son ami.
« Ce n'est pas un jeu Tony, » assena Steve.
« Vous ne savez pas ce qu'il y a là-dedans ! » s'emporta simultanément Maximoff fille. C'était clair maintenant, il allait la défoncer.
Mais avant qu'il ne puisse renchérir, il y eut comme un courant d'air, et à la seconde suivante Maximoff numéro 2 avait débranché l'alimentation du caisson, interrompant le transfert.
« Nan nan, continuez. Vous disiez ? »
Lui aussi il allait le défoncer, et il allait même y prendre plaisir ! Mais avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste – et ça commençait à l'emmerder sévère qu'on l'empêche de bosser dans son propre labo ! – une détonation se fit entendre. La vitre sur laquelle se tenait speedy Gonzalez se brisa, et le petit con fut neutralisé trois mètres plus bas par Clint, qu'aucun d'entre eux n'avait repéré. Bien, la prochaine tournée était pour lui ! Profitant de la diversion, Tony se précipita vers l'un des écrans.
« Je vais reconfigurer. »
Mais il n'eut même pas le temps de cliquer sur les premières touches qu'il vit Steve propulser son bouclier doit sur le caisson. Il ne réfléchit pas. Il fit venir le gantelet de son armure, et d'une décharge fit reculer le Cap. Le bouclier n'avait visiblement pas fait de dégâts, mais il ne prendrait pas de risque. Pas maintenant, pas après tout ce qu'il avait sacrifié pour en arriver là. D'autres pièces de l'armure suivirent. Il n'eut pas le temps de s'inquiéter de Wanda Maximoff et de ses mains brillant d'une lumière inquiétante qu'elle fut neutralisée par Bruce, lui-même couvert par Clint et son flingue – Sonic devait être KO – Malheureusement, ça ne réglait pas son propre problème.
Steve s'était en effet relevé, et avait l'air tout sauf décidé à renoncer. Se jetant sur lui, prêt à lui assener un coup de poing qui ne manquerait pas de l'assommer, il tenta de répliquer à l'aide de ses répulseurs. Tout était dans le « tenta ». Et si Steve fut projeté au sol, lui-même vola en arrière de manière spectaculaire et passa à travers une vitre – encore, pas qu'il apprécie que ça devienne une habitude – Par l'encadrement de sa baie vitrée en miettes, il vit Wanda se dégager de l'étreinte de Bruce et le repousser magiquement – en espérant simplement qu'elle n'essayerait pas de lui triturer l'esprit cette fois ci – alors que Steve se relevait déjà.
Alors que la situation commençait à sérieusement dégénérer – quel bel euphémisme ! – c'est Thor qui fit brutalement irruption dans la pièce, sortant d'on ne sait où, et sautant sur le caisson. Ça y est, ils étaient foutus. Thor allait anéantir ce qui était possiblement leur seule chance de battre Ultron, détruisant le caisson, l'androïde qu'il contenait, et les restes de Jarvis déjà partiellement uploadés dedans par la même occasion. Enfin, ça c'est ce qu'il croyait. Parce qu'en voyant Thor lever Mjöllnir au-dessus de sa tête et invoquer la foudre, il se rendit compte, bouche bée, qu'il n'avait finalement pas imaginé le pire cas de figure.
« Thor, arrête ! » s'exclama Bruce, sans que le dieu fasse seulement mine de l'entendre.
Tony rejoignit les autres, pour voir Thor abattre la foudre sur le caisson. Sur l'écran, un message d'alerte se mit à clignoter tandis que le niveau d'énergie s'envolait, et dépassait le seuil critique. Ebloui par la lumière dégagée par les éclairs, il fut obligé de détourner le regard. Les oreilles rendues bourdonnantes par ce vacarme infernal, il mit de longues secondes à réaliser que Thor avait cessé, et contemplait désormais le caisson d'un air expectatif. Un silence de plomb régnait sur l'atelier, et bien qu'il surveille du coin de l'œil la Maximoff, il ne pouvait lâcher le caisson des yeux. En apparence, il était intact. Mais qu'en était-il de son contenu ? Qu'est-ce qu'il racontait, il avait été pulvérisé par la foudre divine, évidemment que l'androïde était fichu.
Le caisson explosa brutalement, les envoyant tous à terre et Thor le premier. Lui-même se releva et se plaqua contre un meuble de stockage, gant allumé et pointé droit sur la silhouette qui avait émergé de son coffrage. Humanoïde à la peau pourpre incrusté de vibranium, la pierre du sceptre était sertie dans son front et brulait d'un éclat vivace. Immobile, la silhouette étrangère était accroupie sur son cercueil, avant de lentement se redresser et les dévisager. Il avait réussi. Il avait réussi à créer ça, et il était mort de trouille.
La créature posa son regard sur chacun d'entre eux, mais quand ses yeux passèrent sur Thor, elle sembla subitement s'animer et se jeta sur lui en volant. Le dieu la fit passer par-dessus sa tête, l'envoyant valser avec force à travers une baie vitrée – et une de plus, ça commençait à être vraiment pénible – Mais au lieu de traverser de la même façon la fenêtre du salon et de se retrouver à l'air libre, l'androïde – le synthézoïde en fait s'il devait être exact, mais il ne pensait pas que quiconque viendrait le faire chier avec ça maintenant – s'immobilisa brusquement, flottant à trois mètres du sol et contemplant en silence la ville en contrebas.
Thor sauta immédiatement la rambarde, immédiatement imité par Steve, qui au passage avait récupéré son bouclier. Mais étonnamment, le dieu leva une main à destination du Cap pour lui signifier de s'arrêter, ce qu'il fit. Et c'est seul – et après avoir déposé Mjöllnir de surcroit, faut croire que la foudre lui avait grillé le cerveau en plus du caisson ! – que le dieu s'avança vers l'androïde qui leur tournait toujours le dos.
Clint, Bruce et lui étaient descendus de manière plus traditionnelle, empruntant les escaliers, imités par les deux jumeaux Maximoff. Aucun d'entre eux ne lâchait des yeux leur intru, se dispersant naturellement à travers la pièce pour commencer à l'encercler. Pas tout à fait assurés de pouvoir le neutraliser, mais incapables de baisser leur garde. Tony en particulier se rongeait les sangs, tout à coup bien moins certain du bien-fondé de son action.
Ils virent l'androïde matifier certaines surfaces de son corps, comme s'il portait un simulacre de vêtements, avant de doucement s'envoler et se poser au centre du cercle qu'ils formaient.
« Navré, c'était réellement… étrange. »
Des excuses ? Il ne s'y était pas attendu. Mais surtout, la voix était douce, posée et sereine, et si semblable à celle de Jarvis que cela lui fit presque monter les larmes aux yeux. Il se força néanmoins à se reprendre. Non, ce n'était pas Jarvis en face de lui, ce serait idiot de le croire. Mais ce quelque chose d'autre face à eux aurait peut-être suffisamment de Jarvis en lui pour leur venir en aide, et combattre Ultron à leurs côtés.
« Merci, » reprit-il à l'adresse de Thor, lui jetant un regard avant de faire apparaitre une cape, des gants et des bottes semblables à celles qu'arboraient le dieu. Donc un être assez conscient de lui-même pour réaliser sa « nudité » et remédier à ce problème… Il ne savait pas exactement quoi faire de cette information.
« Thor, tu as aidé à créer ça ? »
Brave Steve, cherchant à en revenir à l'essentiel. Mais Tony devait lui-même avouer qu'il attendait une réponse. Que Bruce se porte à son aide pour construire leur anti-Ultron était une chose, mais que Thor y participe était plus… surprenant.
« J'ai eu une vision. Un tourbillon qui engloutit tout espoir de vie, et en son centre il y a ça. »
« Quoi, la gemme ? » s'étonna Bruce.
« C'est la pierre de l'esprit, l'une des six pierres d'infinité, le plus grand pouvoir de l'univers, aux capacités destructrices sans équivalents. »
« Alors pourquoi l'avoir apporté… » cherchait à comprendre Steve.
« Parce que Tony a raison. »
Les regards se portèrent sur lui, tandis que lui-même fixait Thor, interloqué. Bah ça, il ne s'y était pas attendu !
« Oh, c'est vraiment l'heure de l'apocalypse… » entendit-il Bruce marmonner dans sa barbe, et il était pas loin d'être d'accord avec lui !
« Les Avengers ne peuvent pas vaincre Ultron. »
« Pas seuls, » compléta l'androïde.
Steve se rapprocha de celui-ci.
« Pourquoi votre vision me rappelle Jarvis ? »
« Bruce et moi, nous avons reconfiguré la matrice d'origine de Jarvis pour créer… autre chose ? » répondit-il, s'avançant à son tour, contemplant son œuvre. S'il restait méfiant, l'attitude pacifique de l'androïde avait apaisé une partie de ses craintes.
« J'ai eu ma dose de nouveautés… »
Tony n'eut pas le temps de répliquer face à cette pique – mesquine et gratuite en plus ! – que l'humanoïde reprit la parole.
« Vous voyez en moi un enfant d'Ultron. »
« Parce que ce n'est pas le cas ? »
« Je ne suis pas Ultron. Et je ne suis pas Jarvis non plus. Je suis… je suis… »
Entendre cette créature artificielle dire avec la voix de Jarvis qu'elle n'était pas Jarvis était un véritable crève-cœur. Il l'avait su avant de transférer la matrice de son IA dans le caisson. Mais en voir les preuves s'accumuler devant ses yeux conférait à cette idée une dureté et un réalisme qu'il n'avait pu qu'anticiper, sans réellement le ressentir.
« J'ai pénétré ton esprit, » intervient la sorcière, s'approchant à son tour. « J'y ai vu l'annihilation. »
« Regarde encore, » l'invita sa création.
« Son sceau d'approbation, ça vaut rien pour moi, » persifla Clint, et Tony opina en silence, d'accord avec lui. Ils n'avaient toujours pas éclairci la présence des jumeaux Maximoff ici, et s'ils semblaient accompagner Steve de leur plein gré, il ne leur faisait toujours pas confiance, loin de là. Très, très loin de là.
« Leurs pouvoirs, les horreurs dans notre tête, Ultron lui-même, proviennent tous de la pierre de l'esprit, et ce n'est rien à côté de ce qu'elle peut déchainer, » reprit Thor. « Et si elle est de notre côté… »
« Et elle l'est ? Tu l'es ? De notre côté ? »
C'était la question à un million de dollars, celle qui scellerait le destin de sa création… et probablement le sien avec, pour l'avoir créée.
« Je crains que ce ne soit pas aussi simple. »
« Bah ça a intérêt à se simplifier vite fait… »
Merci Barton de verbaliser ce que chacun pensait. Après tout, mis à part Thor, aucun n'avait véritablement relâché sa vigilance, l'archer n'ayant même pas rangé son flingue.
« Je me trouve du côté de la vie, contrairement à Ultron. Il veut l'anéantir. » Plus flou, du meurs.
« Et il attend quoi ? » demanda Tony, essayant tant bien que mal de garder les choses aussi terre à terre que possible.
« Vous. »
« Où ça ? » insista-t-il. Sérieux, fallait lui arracher le moindre mot de la bouche, ce qui commençait à le gonfler sévère. De quoi faire clairement redescendre le niveau de stress et d'inquiétude que générait ce type trop zen par sa simple présence. Etonnamment, ce fut Clint qui lui répondit.
« En Sokovie. Il y détient Natasha. »
Ma foi, tout ça ressemblait au début d'un plan. Et vu le regard de Steve, il n'était probablement le seul à le penser. Mais ils furent interrompus par Bruce, qui n'avait pas pris la parole depuis un certain temps et se bornait à étudier l'androïde sous tous les angles.
« Mais si on se trompe sur ton compte ? Si tu es un monstre qu'Ultron aurait mis au point ? »
« Que ferez-vous dans ce cas ? »
Face à cette question d'une implacable logique – et surtout face à ce qu'elle sous-entendait – les regards se durcirent et les poings se serrèrent discrètement. Que feraient-ils en effet ? Nul ne saurait présumer exactement de la force et des capacités de cette créature – sans même parler de celles de la pierre de l'esprit incrustées dans son front – mais s'ils l'attaquaient de face, ils y laisseraient probablement des plumes. Voir même un bras ou deux. Et on ne pouvait pas dire qu'ils étaient actuellement au mieux de leur forme.
La tension était à couper au couteau et les prises sur les armes, qui s'étaient peu à peu relâchées face au pacifisme affiché par l'androïde, se raffermirent subitement.
« Je ne cherche pas à tuer Ultron. Il est unique, tout comme moi, et il souffre beaucoup. Mais sa souffrance va s'étendre sur la Terre entière et ceux qui la peuplent. Il doit donc disparaitre, ainsi que tous ses avatars et toutes traces de sa présence sur le réseau. Mais le temps presse, il nous faut faire vite. Cependant, aucun d'entre nous n'y parviendra sans les autres. »
Dis comme ça, ça semblait simple. Si simple de faire confiance à une créature qui avait moins de dix minutes d'existence à son actif et qu'il avait créé lui-même. Tellement simple de travailler main dans la main avec cette pétasse démoniaque et son emmerdeur de frangin, puisqu'ils semblaient tous être – plus ou moins – dans le même camp à présent. Encore plus simple d'oublier comment était née leur petite équipe de super-héros à la base. Un peu bizarres, un peu brisés, ils l'étaient tous au fond.
Il avait même réussi à faire confiance à Loki – parce que merde, malgré le bordel entre eux, le dieu avait sa confiance, et bien plus encore – ce qui n'était franchement pas gagné d'avance. Mais ça avait payé, plus encore qu'il ne l'aurait escompté. Après tout, il ne s'agissait que de réitérer la performance, non ?
Ce n'était pas son premier pari avec le diable, et il avait toujours été joueur.
« Peut-être suis-je un monstre. Si c'était le cas, je n'en aurais sans doute pas conscience, » conclut l'androïde avec une étonnante lucidité. « Je ne suis pas ce que vous êtes, et pas non plus ce que vous souhaitiez. Alors je ne vois pas pourquoi vous me feriez confiance. Mais il faut agir. »
Il fallut une poignée de secondes à Tony pour réaliser que sa création tendait son marteau à Thor. Un marteau qu'ils avaient tous essayé de soulever sans succès à peine quelques jours plus tôt, soi-disant parce qu'ils n'en étaient « pas dignes ». Et là ! La créature – à qui il allait vraisemblablement falloir trouver un nom, parce que « la créature » ou « l'androïde », même dans sa tête, ça devenait franchement pénible ! – y parvenait sans la moindre difficulté.
Thor, sans doute le plus choqué de tous, récupéra Mjöllnir d'un air ahuri et regarda la silhouette s'éloigner – et pour aller où d'ailleurs ? – Puis, jouant machinalement avec son marteau, un petit sourire vaguement incrédule s'étira sur ses lèvres, avant qu'il ne lui emboite le pas.
« Bon bah, bien joué mon ami, » le congratula Thor en lui tapotant l'épaule – et manquant de peu de l'envoyer au sol – avant de suivre d'un pas un peu trop allègre à son gout l'androïde.
Tous les regards se portèrent naturellement sur Steve, mais c'est lui que le Cap regardait. Tony ne détourna pas les yeux et hocha la tête avec détermination, geste que lui rendit le blond. La discussion n'était pas finie, juste ajournée, et Tony savait qu'il aurait des explications à fournir – ainsi que Bruce, dans une moindre mesure. Mais pour l'heure, ils avaient un autre objectif en tête.
« Dix minutes. Préparez-vous. »
Ils se lançaient au trousses d'Ultron. Et ils ne s'arrêteraient pas avant d'avoir mis hors d'état de nuire cette boite de conserve une bonne fois pour toutes.
