« Contrôle des billets ! » maugréa une voix faussement autoritaire.

Candice sursauta, joignant sa main à son cœur. Elle leva la tête et heurta deux yeux verts enjôleurs.

« Antoine… laissa-t-elle sortir tout bas. Mais … ?

- Hum… acquiesça-t-il en glissant son sac dans le compartiment supérieur. J'avais envie d'aventures… continua-t-il en s'asseyant à ses côtés.

La blonde esquissa un large sourire en le fixant.

- Mais tu sais… On pouvait très bien s'en sortir à deux…

- Mais à trois on sera encore plus efficace…

Elle acquiesça, déstabilisée par leur proximité.

- Et avec Suzanne comment tu vas faire ?! demanda-t-elle après avoir retrouvé ses esprits.

- C'est Julie qui la garde chez moi pendant deux jours…

- La nounou… ?

- Ouais… confirma-t-il.

- Je m'étais pas trompée alors… répliqua-t-elle faussement agacée.

- De ?

- Bah elle partage un peu ton lit quand même finalement…

Antoine rigola doucement.

- À caractère exceptionnel ! précisa-t-il pour se justifier.

- Mais… Et ta mère… ?

- Ah… Elle s'est trouvé une nouvelle lubie… Elle fait du bénévolat à Montpellier… depuis elle a moins le temps de s'en occuper… Ça m'arrange pas mais bon…

- Hum…

- Et… Dis-moi… Pourquoi t'es passée chez moi ce matin ?

Blême, Candice détourna le regard vers l'horizon qui défilait à la fenêtre.

- Euh… Bah je… J'venais voir Suzanne !

- Ah bon ?! s'étonna-t-il.

- Euh bah oui… Ça m'a fait de la peine de partir tôt hier soir et puis je la sentais déçue alors… alors bah je me suis dit que j'allais venir lui dire bonjour.

- Vraiment ? demanda-t-il peu convaincu.

- Oui… acquiesça-t-elle en souriant faussement. Mais j'ai été un peu refroidi par ce que j'ai vu… Fin' j'voulais pas vous déranger quoi…

- Hum… Et bah la prochaine fois, préviens-moi avant de passer à l'improviste…

- Ouais…

- Bon.. Sinon... Rassure-moi… T'as pris un maillot de bain ?!

- Euh… commença-t-elle surprise. Je crois pas… Pourquoi ?!

- Bah de cette chaleur… Un petit bain de minuit ne serait pas de refus quand même…

Candice éclata de rire.

- Vraiment… ? Toi… ? Un bain de minuit… ?

- Écoute, un jour, quelqu'un m'a dit que j'étais pantouflard… alors depuis, j'essaye d'y remédier…

Amusée, elle esquissa un sourire avant de le fixer.

- C'est vrai… mais pour un bain de minuit… Y en a pas besoin, de maillot…

- Pas faux… confirma-t-il en rigolant. Mais on peut changer les règles… On est dans un cadre professionnel après tout… expliqua-t-il faussement sérieux pour la faire rire.

- T'es bête…

- En tout cas, ça va me faire du bien de changer d'air… J'aime bien mon bureau mais j'avoue que les missions loin de Sète, ça va me rappeler des souvenirs du terrain…

- C'est étonnant qu'ils t'aient laissé partir quand même...

- Fallait bien un membre de Sète pour se joindre à vous... Puis, c'est que deux jours... Marquez sait gérer sans moi...

- Hum... J'espère que t'es pas trop rouillé depuis le temps… plaisanta-t-elle en rigolant.

- Tu sais que la dernière fois que j'ai quitté le bureau pour une mission… c'était…

- Valenciennes… compléta-t-elle songeuse.

- Ouais…

- Hum… »

Et face à l'oppression de deux yeux verts sur les siens, la commandante perdit son sourire, se remémorant cette mission dans le nord quelques années plus tôt. Sa fragilité… Sa rupture professionnelle avec Antoine… Leurs retrouvailles… Leur dérapage… Les images défilaient dans son esprit, lui rappelant qu'une seule nuit dans un hôtel hors de leur cadre habituel les avait fait sombrer dans la passion. Les mots du psy résonnèrent soudainement « Attention ! On ne tombe pas dans les extrêmes ! » répéta-t-elle en boucle. Allaient-ils y parvenir alors qu'ils passaient à nouveau quelques jours loin de leur environnement quotidien ? Rien n'était moins sûr… Pourtant, intérieurement Candice tentait de se convaincre de sa capacité à résister. Alors, elle détourna le regard, déstabilisée par son sourire.

« J'vais me reposer un peu… annonça-t-elle faiblement.

- Tu peux venir là hein… répliqua-t-il en montrant son épaule.

- Ça va aller…

- Tant pis… »

Souriante, Candice hocha négativement la tête avant de se poser contre la fenêtre en attendant l'arrivée de son adjoint. Une quinzaine de minutes plus tard, le train se stationna en gare de Montpellier et laissa ses passagers grimper à bord. Les deux policiers ne tardèrent pas à apercevoir leur collègue s'installer face à eux. Perplexe, Nathan fixa le commissaire sans sourire.

« Bah… ? bégaya-t-il d'incompréhension.

- Perrin nous a envoyé un renfort… expliqua Candice en souriant.

- Un commissaire ? Sur le terrain ?

- Mais c'est pas n'importe quel commissaire aussi…

- Puis j'ai toujours préféré le terrain…

- D'accord ! Bah c'est cool ! sourit-il vers sa collègue. Et on arrive à quelle heure sur ce terrain déjà ?

- 22 : 30… c'était les derniers billets d'aujourd'hui…

- Eh bah on a le temps de dormir en attendant ! lâcha Nathan avec dépit.

- Exactement ! Et après Marseille, on reparle du planning de demain.

- Ok chef ! »

Amusée, Candice jeta un regard complice à Antoine. Pour une fois, ils avaient réussi à mettre de côté leurs différends et pour une fois, ils semblaient s'entendre… à nouveau… comme avant…

« Sûre ? Demanda-t-il en montrant son épaule pour plaisanter.

- Certaine… répondit-elle avant d'élargir son sourire et de s'appuyer contre la fenêtre. »

. . . . .

Attablés autour de l'affiche retrouvée chez l'ex d'Émilie, les trois collègues tentaient d'établir un plan d'attaque. L'objectif était simple, s'entretenir avec les individus recensés par Émilie afin de reprendre son enquête. Rapidement, l'équipe se mit d'accord pour rendre visite aux amies de Camille. Grâce à Grégoire, Ismaël était parvenu à les identifier précisément et à obtenir leurs adresses.

« Bien… Donc demain matin, on se rend chez cette fameuse Sarah… répéta Antoine.

- C'est ça… Et on a aussi l'adresse de Ninon, la rousse sur la photo à côté… Comme ça on verra bien si Émilie était venue les voir…

- Mais est-ce qu'Émilie les a recensés comme potentiels suspects ou comme témoins… ? osa Nathan.

- J'en sais rien… souffla la blonde dépitée. Elle avait établi des liens entre eux c'est certain… Mais de quelle nature ?

- À voir… répondit Antoine. En tout cas, on va commencer par ça et on verra bien… Et qu'est-ce qu'on sait sur ces deux filles ?

- Elles se connaissaient depuis le lycée visiblement… Et Sarah bossait dans un petit supermarché de quartier, le même que celui de Camille.

- Mais je comprends pas… Elle est venue à Agde pour bosser non ?

- Exactement… C'est pour ça qu'on va lui demander pourquoi Camille a quitté son petit job pour faire cette saison à Agde… conclut Candice alors qu'ils arrivaient à destination. »

C'est éreinté que les 3 compairs sortirent de la gare. Ils empruntèrent rapidement un taxi qui les conduisirent jusqu'à l'hôtel en question, vue direct sur le front de mer. Heureusement, une fine brise marine soufflait, permettant d'atténuer la chaleur de cette fin de septembre caniculaire. Les policiers débarquèrent dans le hall, décoration pure, minimaliste, au look plutôt moderne… Rien de ce qui enchantait la commandante, nettement plus encline aux détails vintages. Dumas s'approcha doucement de l'hôtesse et annonça leur arrivée tout sourire.

« J'espère que vous avez fait bon voyage… répliqua-t-elle souriante.

- Oui, merci…

- Alors donc, vous avez une réservation pour une nuit au nom de Perrin c'est bien ça ?

- Euh non… On avait réservé deux nuits.

- Ah… bafouilla la niçoise. Pourtant, sur votre fiche récapitulative c'est bien noté pour la nuit du 28 septembre… Pas celle du 29…

- Merde…

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Candice en s'approchant d'Antoine.

- Y a eu une erreur dans la résa… On a pris qu'une nuit…

- Et c'est déjà un miracle d'avoir eu 3 chambres à la dernière minute… La saison n'est pas encore totalement terminée et vu la chaleur dehors… On croule encore sous les réservations…

- Bon… continua Candice. Et bah on va réserver aussi pour demain soir. C'est possible ?

- Euh… Je vais regarder… déclara-t-elle en se penchant sur son écran d'ordinateur.

- Perrin a dû merder… lança Nathan à sa cheffe qui haussa les épaules.

- Il me reste plus que deux chambres pour demain soir… annonça-t-elle désolée.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

- On peut peut-être s'arranger… proposa le capitaine à ses supérieurs. »

Candice blêmit, imaginant l'instant d'une seconde, devoir partager une chambre avec son commissaire. Pour elle, il en était hors de question ! Non pas qu'elle n'en avait pas l'envie mais… elle les connaissait et savait leur capacité de résistance à un niveau très… très faible… Pourtant, elle sentait deux yeux verts la fixer… Pas besoin de mots, le regard s'exprimait simplement. Après tout c'est vrai, dormir à deux sans aucune ambigüité ils l'avaient déjà expérimenté… Mais la situation n'était peut-être pas tout à fait la même… Paniquée, la blonde laissa sortir une phrase bien plus dure que ce qu'elle aurait voulue.

« D'accord mais moi je dors pas avec lui ! lança-t-elle en montrant son commissaire de la tête.

Antoine serra ses mâchoires, presque blessé par sa déclaration.

- Pourquoi ? Je sens mauvais ? demanda-t-il par provocation.

- Sinon… on laisse la chambre à Candice et on s'arrangera tous les deux pour dormir ensemble… Une nuit c'est pas la mer à boire…

- Bah voyons… répliqua la blonde en fixant son collègue avec amusement.

- Donc je réserve ? demanda l'hôtesse perdue.

- Allez-y oui ! On s'arrangera entre nous… »

Candice observa son ex récupérer ses clés et s'aventurer dans les escaliers de l'hôtel. Gênée, la blonde le suivait en silence, hésitant à justifier ses propos qu'elle avait lâché sans réfléchir. Finalement, le commissaire se contenta de leur souhaiter une bonne nuit et s'isola dans sa chambre, non sans une once d'amertume. Candice souffla, consciente qu'elle avait à nouveau merdé… Faut dire que la fatigue n'arrangeait en rien la situation et que la commandante mourrait de faim. Heureusement, l'hôtel avait pris le soin de déposer un panier garni dans leurs chambres respectives. De quoi se ressourcer quelque peu après ce voyage éprouvant…

00h. Inévitablement, le commissaire ne dormait pas, envahi par l'envie de poursuivre la discussion du matin… Et par mimétisme, la chambre face à lui accueillait elle aussi une insomniaque en proie aux ruminations… Et chaque minute la blonde scrutait son téléphone espérant une invitation à la discussion… Alors même que quelques minutes plus tôt elle annonçait son refus catégorique de partager sa chambre… Une inconstance typique Candicienne… La commandante souffla, se décidant enfin à éteindre sa lampe de chevet lorsqu'un coup résonna contre sa porte. Elle releva brusquement la tête et fixa le rectangle en bois sur la droite. Aurait-il entendu ses appels silencieux… ? Perplexe, elle osa descendre de son lit et réajuster son kimono avant d'ouvrir légèrement la porte.