Être un homme

Rapide résumé des dialogues précédents

- Ce n'est pas un sujet de plaisanterie.

- Je pensais chaque mot que je vous ai dit.

- D'accord car je ressens la même chose

- Ha c'est une chance. Et Pike ?

- Il comprendra redites-le moi encore

- Que je vous redise quoi ?

Patrick Jane assumant parfaitement ses paroles, se leva sans mettre sa cheville par terre et vint déposer un baiser sur les lèvres de Teresa en relevant son menton de ses doigts. L'opérateur de garde s'offusqua et tapa contre la vitre en leur demandant d'arrêter. Seulement, nos deux amants, dans ce moment crucial de leur début de relation, avaient fait abstraction du reste du monde. Seul leur baiser comptait à présent. Puis l'opérateur excédé, ouvrit la porte pour se manifester et les arrêter. Il fit un pas en avant et nos deux agents se séparèrent.

- Vous ne pouvez pas faire cela ici messieurs dames.

Il prit un temps de pause nécessaire pour insister sur ce point, sembla réfléchir à la situation et la conduite à tenir. Il demanda enfin à l'agent Lisbon :

- Madame, je vais vous demander de sortir s'il vous plait, le prévenu doit attendre le chef du poste de commandement pour s'expliquer.

Jane, un peu agacé par cet arrêt brutal, et faisant fi des ordres du garde, voulu se déplacer et faire le tour de la table pour prendre sa désormais compagne dans les bras. Il avait besoin de la sentir contre lui, de la toucher, de l'embrasser, c'était plus qu'un besoin, il voulait se prouver que tout ceci était bien réel et qu'il n'était pas en train d'halluciner.

Le garde faisant un pas vers Patrick, se mit devant lui et posa une main sur son torse pour l'arrêter. Ce que fit Jane bien sûr, il ne pouvait pas lui passer dessus, il barrait le chemin. Observant la main de l'homme posé sur son torse, il regarda Lisbon qui leva un sourcil. Elle souhaitait voir comment celui-ci allait réagir dans cette situation même si elle se doutait bien que tout ceci finirait inexorablement en bagarre. Mais bon, il était majeur et vacciné après tout, alors elle observerait jusqu'au moment où elle finirait par intervenir pour sauver la situation comme toujours.

- Vous avez posé la main sur moi, je ne rêve pas. Dit-il avec tout son sérieux afin de décontenancer l'homme face à lui.

- Monsieur, ne jouez pas avec moi, je vous prie de vous rassoir. L'agent Lisbon est ici car elle fait partie du FBI et que nous tolérons sa présence, mais si vous recommencez à vous étreindre, je devrais la faire sortir.

- Ouais bha un conseil, ne vous loupez pas, parce que moi je ne vais pas vous louper.

La posture du garde changea, il rapprocha son visage du mentaliste en le menaçant :

- Ne m'obligez pas à vous donner une correction devant votre dame.

- Vous me menacez ? dit Jane en pointant son doigt vers lui.

- Oula, OK, on va se calmer, dit alors Teresa en prenant le garde par le bras.

- Je vous suis…OK ?! dit-elle en insistant sa prise sur le bras de l'homme.

Le garde céda et se recula tout en gardant les yeux fixés sur Jane. Notre agent provocateur mis deux doigts face à ses yeux et recommença ce geste vers ceux de son interlocuteur. Il fit cela plusieurs fois pour le défier. Lisbon ne pouvait s'empêcher de sourire, Jane faisait du Jane, franchement il ne fallait pas trop lui barrer la route à cet homme. Elle en avait été trop de fois témoin. Le garde passa devant elle et, en le suivant, elle regarda Jane et chuchota en hachant chaque mot pour qu'il comprenne bien.

- Je…vais…te…sortir…de…là.

Puis elle disparut. Jane se rassit sur sa chaise en faisant attention à sa cheville et ne put réprimer un grand sourire. Elle était restée pour lui alors que, parmi tous les scénarios qu'il avait élaboré dans sa tête depuis quelques minutes, celui-ci avait peu de chance d'arriver. Il était surpris, agréablement. Il mit les mains derrière sa nuque et souffla. Il espérait maintenant que cela ne serait pas trop long.

Quelques minutes plus tard, l'agent Lisbon revint dans la pièce. Jane s'était assoupi, depuis peu il dormait à nouveau mal, le fait d'avoir des sentiments amoureux pour sa collègue et de ne pas pouvoir les exprimer avait déclenché des insomnies. Elle avait l'habitude de taper dans le pied de son canapé pour le réveiller mais ce temps était révolu, elle opta pour une façon plus douce.

Jane avait les yeux clos, un pied sur une chaise, les mains derrière la nuque et il sentit un souffle dans son oreille lui susurrer des paroles très agréables.

- C'est bon Jane, on peut y aller.

- Hum… gémit-il

C'était divin. Puis elle descendit ses lèvres sur sa joue et y déposa un baiser. Jane ne put s'empêcher de passer une main dans le dos de la jeune femme et de caresser sa joue avec son autre main libre. Puis, délicatement, elle releva la tête et il l'embrassa. Entre deux baisers elle réussit à lui dire :

- On ne peut pas faire cela ici.

Il s'interrompit.

- J'ai promis

Finit-elle

- Ha d'accord. Dit-il un peu déçu.

- On y va alors

- Oui quittons cet endroit.

- Euh … dit-il pendant qu'il essayait de se redresser

- Va falloir que tu m'aides à marcher. Ça s'est refroidi et ça fait un mal de chien.

Il descendit avec précaution sa jambe de la chaise et Teresa l'aida à se relever. Il laissa échapper un « outch » de douleur.

Nos deux agents sortirent enfin de l'aéroport. Teresa regarda Patrick et lui demanda où était la voiture. Celui-ci lui indiqua la route et bientôt ils arrivèrent à destination. Lisbon s'évertua à installer le consultant du FBI sur le siège passager. Soudain, son téléphone sonna et elle le sortit de sa poche. Elle et Jane pouvait voir qui appelait et ce ne fut pas une grande surprise que de lire le nom de Pike. Patrick, un peu mal à l'aise, ne souhaitait pas trop être témoin de leur conversation. Il fit signe à Teresa qu'il allait se débrouiller pour finir de s'installer et elle se dirigea vers le capot de la voiture où elle prit appui. Elle décrocha. Patrick pouvait voir les attitudes de Teresa en observant sa silhouette et les gestes de ses mains. Au début de la conversation, elle était dans une posture de culpabilité puis l'échange sembla avoir pris une tournure plus musclée car il voyait son bras libre lever un doigt réprobateur. Peut-être que finalement il ne comprenait pas si bien.

Lisbon finit par raccrocher et pris le chemin vers le côté conducteur du SUV, elle était un peu en rogne et culpabilisait en même temps. Elle s'assit et ne dit mot, elle posa les mains sur le volant. Patrick brisa ce silence.

- Ça pas eu l'air d'être simple…

Elle soupira et se tourna vers lui

- Pfff, non… c'était complexe, mais c'est fait.

- Qu'est ce qui te met en colère alors ?

- Rien… c'est juste que…

Elle hésita un peu puis finit par dire :

- Il a essayé de te casser du sucre sur le dos

- HOO C'est une jolie expression pour dire qu'il m'a descendu

Elle rit et cela fait du bien. Jane sourit. Puis il demanda :

- Tu veux m'en parler ? Qu'est-ce qu'il a bien pu te dire que tu ne savais pas encore sur moi ?

Elle rit de plus belle, Patrick savait détendre l'atmosphère dans ce genre de situation et mettre son interlocuteur à l'aise pour parler.

- Tu veux vraiment savoir ?

- Ben oui ça me concerne quand même non !?

Il accompagna ses paroles en levant les mains en signe d'évidence. Puis il se tournèrent l'un vers l'autre.

- Ok… Il a dit que tu n'avais rien à m'offrir, que tu n'étais qu'un égocentrique qui faisait un caprice et que lui avait un plan pour nous. Il m'a demandé si toi tu avais proposé quelque chose.

- Quel plan ?

- Bha tu sais… une maison, un mariage, des enfants et un labrador dans le jardin.

- Ho

Il prit la nouvelle un peu comme un retour de boomerang en pleine face. Il fixa un point devant lui face au pare-brise. Elle attendit qu'il digère l'info et finit par dire :

- Mais tu sais, ce n'est pas important pour moi, je veux dire…

- Non, non, il n'a pas tort, tu sais.

- Comment ça ?

- Je n'ai pas de choses précises à te proposer, je veux qu'on voit comment les choses évoluent entre nous.

- Je sais Jane, je ne voulais pas te faire flipper, je n'aurais pas dû t'en parler. Excuse-moi.

Patrick ne répondait pas, leur relation était naissante mais il n'avait pas l'habitude de lui mentir, enfin pas sur ses sentiments.

- Tu lui as répondu quoi ?

- Que ce n'était pas un concours ni un poste vacant, que je n'avais pas besoin de proposition ou de ton CV.

Il se mit à sourire timidement. Elle continua.

- Ecoute Jane, je sais bien qui tu es, je te connais, j'ai vu le pire de toi mais aussi le meilleur, je n'ai pas besoin de plan, je n'ai pas fait le choix de raison avec toi…mais celui du cœur.

A ces mots, Patrick se tourna vers elle, très surpris de son argumentation. Il était un peu déconcerté et pour une fois n'avait pas grand-chose à répondre à cet aveu.

Il se pencha et mit une main sous sa joue pour l'attirer à lui

- Viens…murmura-t-il.

Puis il l'embrassa mais cette fois-ci pas de façon chaste. Il y mit de l'ardeur et de la passion. Quand il se séparèrent, il la regarda droit dans les yeux et lui dit :

- Merci.

- De quoi ? De t'avoir choisi ?

- Oui et puis de me rassurer, quelque fois j'en ai besoin

- Je sais.

Il se rassit à sa place.

- Qu'est qu'on fait ?

Demanda-t-il.

- Comment ça, le grand Patrick Jane n'a pas de plan pour la soirée ?

- Euh … bah non, j'improvise totalement. Je suis vidé et j'ai un peu mal à la jambe. Nous pourrions retourner à l'hôtel et prendre le room service. Car à cette heure, je ne pense pas qu'on nous serve.

- C'est une bonne idée en effet mais l'hôtel… tu crois… je ne tiens pas trop à retourner là-bas

- Ha vous les femmes !

Soupira-t-il.

- Comment ça « nous les femmes » ?

- Tu ne veux pas retourner là-bas car on s'est disputé dans ce lieu et que tu as pris la décision de partir à l'aéroport et bla bla bla, le « pouvoir des lieux ».

- Le pouvoir des lieux ?

- Oui ça ne te rappelle pas de bons souvenirs.

P- arce que pour vous les hommes, ça ne marche pas comme ça ?

- Non, nous, on est rationnel, pragmatique un lieu est un lieu, peu importe les souvenirs.

Elle lui décrocha un crochet du gauche dans l'épaule.

- Hé je suis déjà blessé.

- OK, du coup on va où ?

- Il faut que je récupère mes affaires à l'hôtel donc on va y repasser mais sans y rester.

Dit-il en pointant un doigt en l'air, il continua :

- Je pense qu'on doit un minimum d'explication à Abbott qui est resté comme deux ronds de flanc après mon départ. Mais si tu ne souhaites pas le croiser ni qu'il sache pour nous deux, je peux m'arranger. Et puis nous irons manger, je meure de faim.

- OK

- Tu ne demandes pas où ?

Elle démarra le moteur et enclencha la marche avant.

- Non.

- D'accord.

Dit-il lentement dans un murmure.

Teresa conduisit jusqu'à l'hôtel, le voyage se fit sans un mot, chacun appréciant ce silence témoin de leur histoire naissante. Mais connaissant Jane cela ne pouvait pas durer.

- Tu serais vraiment partit loin de moi ? demanda-t-il innocemment.

- Jane… souffla-t-elle. On pourrait peut-être passer à autre chose non ?!

- C'est juste pour faire la conversation, tu sais…

- On est arrivé. Dit-elle soulagée de ne pas être harcelée pour répondre à cette question.

Le véhicule s'engagea dans la rue de l'hôtel et Teresa se gara non loin de la porte afin que Patrick n'ait pas trop de chemin à parcourir avec sa cheville douloureuse. Patrick déposa un baiser très rapide sur les lèvres de sa compagne et descendit comme il put du véhicule. Avant de fermer la porte, Lisbon l'interpella.

- Hé Jane… tu vas en parler avec Abbott ? Je veux dire de nous…

- Hum tu sais, il faudrait lui en dire un peu.

Teresa parut contrariée, elle ne souhaitait pas étaler sa vie privée devant ses supérieurs. Jane comprit qu'il allait marcher sur des œufs dans cette histoire. Il fit mine de réfléchir un peu et lui proposa :

- Bon ! Je lui dis que tu ne pars plus et je me tire en courant.

Lisbon sourit. Patrick continua.

- Laisse-moi faire et fait moi confiance OK ?!

- OK se résigna-t-elle.

Il avait l'habitude de gérer ce genre de situation mais Abbott saura additionner deux et deux, il était loin d'être crétin. Jane se précipita comme il pouvait à l'intérieur.

Il récupéra sa clé à l'office et devait prendre l'escalier, mais il était un peu embêté car il peinait vraiment à marcher. Il commença son ascension quand le bras d'un homme se positionna sous son épaule pour l'aider. Jane fut un peu surpris mais assez content à vrai dire de l'identité de cette personne. C'était Abbott. Il allait faire d'un pierre deux coup. D'une main il allait parler de Lisbon à Abbott, et de l'autre il trouva un appui pour vite monter chercher ses affaires et retrouver son amie.

C'est Abbott qui commença à parler :

- Vous avez pu la voir à l'aéroport ?

Jane, prit de court mais pas surpris, essaya de nier.

- Je ne suis pas allé à l'aéroport, j'avais besoin de prendre l'air c'est tout.

- Ha … prendre l'air hein !?

- Oui la nuit est belle ce soir, il faut en profiter.

- Et pour votre cheville, vous avez fait ça comment ?

- J'ai voulu… et puis… vous voyez.

Jane n'arrivait pas trop à gérer sa douleur et mentir à la fois, il n'était pas concentré. Arrivé en haut de l'escalier, Patrick s'appuya conte le mur.

- Patrick, il faut que je sache si elle part ou pas. Et ne m'annoncez pas ça lundi au bureau ou par courrier s'il vous plait !

- OK OK, non elle ne part plus.

- Voilà qui est mieux et donc ?... Vous deux…

- Je ne peux pas trop en parler.

Dit-il en esquissant un sourire gêné.

- Ho je vois, comme vous voulez Jane. Vous allez dormir ici ?

- Non je prends mes affaires, je rentre.

- Hum … d'accord.

Abbott laissa Jane reprendre des forces contre le mur et se dirigea vers le fond du couloir quand il se retourna et revint sur ses pas.

- Je peux vous donner un conseil Patrick et vous parler en ami ?

- Oui Dennis, j'aime à croire que nous le sommes.

- Vous devriez oublier un peu votre passé ce soir.

Dit-il en lui montrant son alliance. Puis il poursuivit en le montrant du doigt.

- Cette femme vous à choisi Jane. Elle vous a choisi, vous ! Alors que vous n'avez rien à lui offrir à part votre amour. Alors arrêtez de vouloir l'impressionner avec des hôtels, des restaurants et des cadeaux. Faite moi plaisir ce soir, soyez un homme pour elle.

Jane, un peu surpris par le conseil, le regarda droit dans les yeux.

- Être un homme ?! C'est ça votre conseil ?

- Oui, exactement.

Puis Abbott partit en direction de sa chambre et laissa Jane pantois. Il mit la tête en arrière jusqu'à atteindre le mûr. Son supérieur avait raison, finies les fioritures. Il fallait passer à l'action et arrêter la poudre aux yeux « même si je suis un bon magicien » se dit-il.

Teresa, dans la voiture, se demandait bien comment cela allait se passer, elle qui aimait tout contrôler n'avait pas la main ce soir et cela la déstabilisait un peu. Elle avait appris à lui faire confiance au fil des années, elle se remémorait ce jour où ils avaient fait le test de confiance et où elle s'était laissée tomber en arrière afin qu'il la rattrape. C'était un très joli moment. Que de chemin parcouru depuis, elle espérait bien en profiter désormais. Jane apparut dans la custode avant du véhicule, sautillant presque pour ne pas poser le pied par terre. Il posa sa valise dans le coffre à côté de celle de l'agent Lisbon qui l'avait récupérée tant bien que mal dans la soute de l'avion avant le décollage.

Patrick s'assit sur le siège passager et ne regarda pas sa partenaire tout de suite. Elle, elle l'interrogeait du regard mais perdait patience.

- Alors ? Tu l'as vu ?

- Oui

Pas très loquace notre consultant, pensa-t-elle, il allait falloir lui tirer les vers du nez ou elle ne saurait rien.

-Tu lui as dit que je ne partais plus ?

- Oui.

- Tu lui as dit pour nous deux ?

- Non.

Après un moment de silence elle fit la supposition

- Mais il a deviné…

- Mais il a deviné

Admettra-il dans un souffle

Teresa était exaspérée maintenant, non pas qu'il y avait mort d'homme, mais bon, la vie privée doit rester privée.

- Jane, je t'avais dit de…

Jane se tourna vers elle et l'interrompit :

- Lisbon… il sait, il n'est pas idiot

Patrick resta pensif et ajouta :

- Je pense même qu'il le savait avant que moi-même je me rende compte de ce que je ressentais vraiment pour toi ! Alors pfff.

Il avait au moins réussi à la faire sourire. Elle enclencha la première et dit au mentaliste :

- On rentre ?

- Je pense que si je ne mange pas dans la prochaine heure je vais m'auto digérer

- Je prends ça pour un oui.

L'agent Lisbon conduisait prudemment, la nuit était belle, et le moment était propice à la réflexion. Elle aimait Jane et voulait vraiment sortir avec lui, mais pas ce soir. Elle rêvait secrètement de son canapé, d'un plaid et d'une certaine intimité avec son nouveau compagnon. Jane aimait lui sortir le grand jeu, il aimait lui offrir ce qu'il y avait de mieux, mais tout ce qu'elle voulait c'était lui, seulement lui, chez elle, dans son salon avec une lumière tamisé. Elle sortit de ces pensées lorsque Patrick lui signifia de s'arrêter sur le bord de la route.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Des fruits !

Teresa n'en croyait pas ses oreilles.

- A cette heure Jane, tu veux acheter des fruits? Je le crois pas.

- Pourquoi, il y a des heures pour acheter des fruits ?

- Euh bha … pas en plein milieu de la nuit en tous cas.

- Arrête-toi je te dis, je n'en ai pas pour longtemps

Elle obtempéra. C'était une petite échoppe qui ne payait pas de mine mais bien achalandée. Jane sortit comme un fou sans se préoccuper de sa jambe qui se rappela à son bon souvenir assez vite.

- Bonsoir Monsieur, vous devez me sauver la vie ce soir.

Le gérant, un homme d'une quarantaine d'année d'origine indienne le regarda, dubitatif.

- Vous sauvez la vie ?

- Oui, ma petite amie dans la voiture, elle va me quitter si je ne lui trouve pas à manger un sceau de poulet, vous en avez ?

L'homme sembla surpris par cette question.

- Non monsieur, je ne vends que des fruits et j'allais fermer.

Patrick prit alors un air sérieux et tenta une autre approche plus incisive.

- OK… donc l'odeur d'huile de friture c'est pour les fruits ?

Il fit une pause le temps que l'homme face à lui se rende compte qu'il était découvert. Il ajouta :

- Vous avez un joli business. Je pense que vendre du poulet vous apporte un petit complément de revenu non négligeable. Mais bon je suis du FBI et je dois dire que si vous n'avez pas de patente pour vendre de la viande je vais être obliger de le signaler.

Le gérant changea alors de ton et sur un air beaucoup plus commercial il lui dit :

- Pour deux alors monsieur ?

- S'il vous plait wahou ! Merci, je suis content qu'on ait réussi à s'entendre

- Il va falloir attendre un peu. Comment avez-vous su que je vendais du poulet ?

- Il est bientôt 23h, on ne vend pas des fruits à cette heure. C'est ma compagne qui me l'a fait remarquer.

Le gérant était un peu stupéfait par cette déduction.

- De plus, j'ai vu une publicité sur la route pour de la vente directe dans une ferme qui fait du poulet à 500 mètres. Alors quand j'ai senti l'odeur d'huile j'ai additionné 2 et 2.

- C'est très malin

- Merci

- Du coup, elle va apprécier votre amie ?

- Oh oui, elle croit que j'achète des fruits, comme elle est du FBI aussi, on va la jouer discret.

- Ok je prends un grand sac.

- Vous êtes génial.

Jane repartit avec un sac rempli de poulet et de fruits par-dessus pour camoufler sa surprise. Il appliquait les conseils d'Abbott, pas de grand spectacle ce soir pour Patrick, mais une soirée intime chez sa compagne. Une soirée propice aux confidences et à la détente. C'est exactement ce qu'il leur fallait.

Quand ils furent presque arrivés à bon port, Patrick mis son plan à exécution.

- Je pense que tu peux te garer devant chez toi, je vais rentrer poser mes affaires avec la voiture et je viendrais te chercher.

- Pas question ! Tu es blessé. Dit-elle d'un ton sec et autoritaire.

Pour Jane cela partait mal, mais il ne s'avoua pas vaincu pour autant.

- Lisbon… C'est une automatique.

- Je ne vois pas le rapport.

- J'ai besoin que d'une jambe.

Elle regarda sa cheville blessée.

- Oui mais ce sera la mauvaise…

Il regarda machinalement ses jambes puis l'emplacement des pédales du côté conducteur, et accepta qu'elle eût raison.

- Bon très bien… Et si je te dis que je prends la voiture mais que je ne conduis pas.

Teresa leva un sourcil, son passager la surprenait avec cette affirmation, elle ne voyait pas trop où il voulait en venir. Encore un plan douteux se dit-elle.

- Non c'est fini, tu ne m'auras plus avec tes plans foireux. Ecoute, je ne vais pas me battre.

Dit-elle en faisant un grand geste devant elle afin d'accompagner sa phrase.

Elle poursuivit, résignée :

- Tu veux la voiture, tu auras la voiture. Mais s'il t'arrive quoi que ce soit, je te jure que…

- Il ne m'arrivera rien puisque je ne conduis pas.

L'interrompit-il.

Notre mentaliste, très fier de lui, arborait un grand sourire, il avait encore gagné, il avait eu raison d'insister. Il allait mettre tout en œuvre afin de lui faire passer une excellente soirée. Elle arriva devant chez elle et s'arrêta.

- Je laisse le moteur tourner ?

- Hum… oui s'il te plait.

- D'accord. Dit-elle avec exaspération.

Patrick attendait dans la voiture que sa collègue rentre chez elle, puis il coupa le moteur et décida d'attendre un peu. Elle devait avoir envie de se retrouver un peu seule et de défaire sa valise. Il l'avait senti, pendant leur échange, elle ne voulait pas de l'hôtel et certainement pas du restaurant. « Je pense que mon poulet canapé sera le bienvenu ce soir » pensa-t-il.

Teresa rentra dans sa maison, des cartons jonchaient le sol dans toutes les pièces. Elle avait omis ce détail. Elle posa sa valise et décida d'aller prendre une douche. Elle devait se préparer à sortir même si elle supposait qu'à cette heure ils ne trouveraient rien de mieux qu'un tacos au bord de la route. « Laissons faire notre expert de la débrouille » se dit-elle.

Patrick regarda sa montre, cela faisait presque 10 minutes, il était temps pour lui d'entrer en action. Il prit dans le coffre le sac de « fruits » et vit dépasser un bouchon. Il tira dessus et en sortit une bouteille de vin. Il pensa à voix haute :

- Ha les pots de vin, ça a du bon quand même.

Il prit son seau de poulet, sa bouteille, et se dirigea vers la maison de Teresa. Il sonna et mit le repas derrière son dos. Quelques secondes plus tard, elle ouvrit, surprise.

- Jane ?!

- Ce n'est pas moi que tu attendais ?

Dit-il un peu boudeur.

Elle sourit à cette remarque.

- Je ne t'attendais pas tout de suite. Entre ! je vais me changer et on pourra sortir.

Jane entra dans la maison et fut surpris de voir tous ces cartons, finalement elle serait sans doute partie loin de lui s'il n'avait pas agi. Il chassa cette idée de sa tête, il voulait passer une bonne soirée et lui faire en faire passer une aussi agréable. Le passé doit rester où il est.

- Ne fais pas attention aux cartons, je rangerai tout ça quand j'aurai un moment.

Elle vit un peu le trouble sur son visage, il avait l'air un peu triste tout d'un coup. Elle revint sur ses pas et déposa un baiser sur ses lèvres. Il avait encore les mains derrière le dos.

- Qu'est-ce que tu caches ?

Il l'embrassa à son tour et ramena ses bras devant lui afin de lui présenter les mets de ce soir et la boisson.

- Mais comment tu as … ?

Elle essayait de comprendre quand avait-il pu acheter tout ça. Pour seule réponse, elle reçut encore un baiser. Puis elle le regarda avec un air interrogateur.

- Le marchand de fruits ?

- Hum… Mais il ne faut rien dire, il nous achète avec une bouteille de vin, regarde.

Il lui tendit la bouteille.

- Mouais… du vin californien

- C'est le meilleur !

S'offusqua-t-il puis il ajouta :

- Et tu sais pourquoi ?

Elle fit signe que non.

- Les cépages sont français, du bordeaux, mais nous avons quelque chose qu'ils n'ont pas…

Teresa était très intéressée par la fin de l'explication, son compagnon avait toujours tout un tas d'histoires de ce genre. Il avait une culture générale et une compréhension du monde assez bluffantes. Elle aimait lorsqu'il lui expliquait pourquoi nous voyons les arbres en vert et pas en bleu par exemple, pourquoi et comment les pupilles des chats se dilatent. Ça avait le mérite de lui vider la tête et de parler d'autres chose que du travail à longueur de temps.

Il finit sa phrase devant une Teresa buvant ses paroles.

- 300 jours de soleil. Finit-il avec un grand sourire puis il ajouta

- Les fruits étant plus mures il est donc normal qu'il soit plus fort et meilleur.

L'agent Lisbon resta muette devant la chute de l'histoire. Elle prit le seau de poulet et en tirant quelques cartons, elle fit de la place sur la table basse. Elle était assez surprise qu'il ait pensé à passer la soirée chez elle dans l'intimité. Elle en était ravie, c'est exactement ce qu'elle souhaitait. A croire qu'il lisait vraiment dans les pensées. Comme Jane avait décidé du programme de la soirée, elle souhaitait lui faire plaisir.

- Je vais passer un truc un peu plus sympa !

- OK.

Elle regarda Patrick qui scrutait l'intérieur de la pièce de son œil expert mais il ne pouvait pas trop observer car tout était encartonné malheureusement. Il fit quand même le tour du salon et en se contorsionnant entre les piles de cartons, il alluma une lampe. Il éteignit alors l'interrupteur principal. L'atmosphère se fit tout de suite plus chaleureuse. Il aperçut la chaine hifi qui n'avait pas été emballée, les CD était posés sur le sol.

- Tu écoutes les Platters ?

- C'était à ma mère.

Lui répondit une voie lointaine.

- Je peux le mettre ?

- Oui oui, vas-y.

Il inséra alors le CD et la musique envahi alors la pièce.

- Voila qui est bien mieux pensa-t-il.

Teresa sortit de la salle de bain et retourna dans le salon, elle portait une petite robe du soir noire très simple mais qui faisait son effet. Patrick resta quelque peu interdit pendant un instant, il aimait la voir dans des tenues féminines. Elle s'en aperçut et lui sourit.

Ils s'installèrent dans le salon sur le canapé qui était au milieu, prêt à partir. Patrick lui demanda si elle allait quitter cette maison et elle répondu que finalement non, elle se rétracterai sur son préavis, elle en avait encore le droit.

Ils commencèrent à piocher dans le seau de nourriture posé entre eux sur le divan, Teresa avait réussi à retrouver deux verres à vin et ils purent trinquer.

La conversation dériva sur leur souvenir du CBI, Jane racontait quelques-unes de ces frasques dont Teresa n'avait jamais eu connaissance, et cela la faisait beaucoup rire. Puis Jane se remémora un moment où il était avec Rigsby et Cho dans leur Pub habituel et où celui-ci lui avait confié qu'il pensait que lui et Lisbon finiraient en couple.

- Non, il t'a dit ça ?!

Demanda alors Teresa.

- Oui je te jure, Rigsby et sa délicatesse légendaire. Je n'avais jamais vu Cho sourire franchement, je crois que c'est le première et dernière fois que j'ai vu ça.

Il sourit en pensant à ce moment

Jane resservit un peu de vin pour se donner du courage, il était curieux de nature et avait une question qui lui taraudait l'esprit. Il jouait avec son verre en le fixant et Teresa vit à son comportement qu'il voulait lui demander quelque chose. Elle attendait, et lorsque leurs regards se croisèrent, elle leva un sourcil en guise de question muette.

- Je… j'ai une question mais si tu ne veux pas y répondre tout de suite, y'a pas de mal.

Il attendit d'avoir son accord, elle lui fit signe de la tête de continuer.

- Quand… quand as-tu su que tu m'aimais ?

Lisbon ne s'attendait absolument pas à cette question, elle ne parlait pas de ses sentiments même si elle savait les montrer par de multiples façons, les paroles ce n'était pas son fort. Elle semblait réfléchir et Patrick lui laissa le temps nécessaire. Il faisait tourner son alliance sur son annulaire. En attendant sa réponse, il lui avoua :

- Je vais te dire quand moi j'ai su. Quand j'ai tué John le rouge et que je suis parti, je pensais mettre fin à mes jours. J'avais accompli mon but et je voulais rejoindre ma famille. C'était mon plan initial.

Il enleva sa bague et la regarda scintiller dans la lumière.

- Et puis, je pensais à toi, tous les jours, alors je t'ai écrit pour te signifier que j'étais en vie, que je ne m'étais pas tué. Je voulais que tu saches que, peut être un jour, je reviendrai. Ça m'a profondément marqué cette période, car sans le savoir tu m'as maintenu en vie.

Teresa prit alors la bague qu'il tenait entre ses doigts et la remit à son annulaire. Ce geste signifiait beaucoup pour Jane, elle acceptait cette partie de lui qu'il avait vécu avant elle. On dit souvent que lorsqu'on commence une relation il faut accepter le passé de l'autre et attendre qu'il s'en défasse. C'était vrai à ce moment, mais elle sentait qu'il n'était pas encore prêt à se séparer de tous ses souvenir. On ne peut pas se mettre à la place de quelqu'un qui a vécu un tel traumatisme, le temps guérit tout heureusement. Un silence s'installa quelques secondes puis Teresa lui dit alors :

- Le jour où je t'ai revu après ton exil et que tu m'as prise dans tes bras dans le bureau du FBI. C'est là que j'ai su.

De nouveau un silence se fit, Jane enregistrait cette réponse, il avait besoin de savoir ces choses pour sa chronologie de l'esprit. Il aimait que chaque chose soit définie dans le temps, ça l'aidait à mieux appréhender l'avenir.

Il jouait encore avec son alliance et relava la tête vers elle.

- Tu te demandes où tout cela va nous mener ?

- Non, répondit-elle simplement.

Son regard était intense puis elle ajouta :

- Je me dis que nous avons assez souffert, tu ne crois pas ?! Il serait peut-être temps d'en profiter un peu.

Jane qui ne l'avait pas quitté des yeux, prit le seau de nourriture et le déposa par terre avant de se rapprocher. Il repensait à ce qu'avait dit Abbott, « soyez un homme pour elle ce soir » il prit alors son verre des mains et le posa sur la table basse. Elle se laissa faire et se rapprocha aussi de lui en lui faisant face, ses jambes pliées remontaient sur le canapé. Il l'embrassa doucement puis leur baiser devint plus pressant. Il avait une main sur sa joue, il jouait avec ses cheveux puis descendit le long de son corps jusqu'à ces genoux qui étaient remontés sur le divan. Sa bouche glissa vers son cou où il déposa de multiples baisers. Il lui glissa à l'oreille tout en remontant sa main sous son vêtement le long de ses cuisses :

- Je veux être un hom….

Mais sa phrase mourut dans sa bouche quand il ne sentit aucun sous-vêtement de sa main sous la robe de Teresa. Il s'arrêta net, la surprise fut grande. Il se détacha de son visage et la sonda du regard. Sa compagne avait alors un sourire un peu coquin, qu'il ne lui connaissait pas. Il la prit par la taille et la souleva un peu afin qu'elle vienne à califourchon sur lui. Elle pouvait sentir son excitation à travers son pantalon. Il prit le bas de sa robe et lui enleva par le haut en faisant remonter ses mains le long de son corps. Elle était complétement nue devant lui, il la détailla un instant. Teresa mis fin à ce moment de contemplation en se penchant pour l'embrasser puis elle glissa à son tour vers son cou. Il ne put empêcher un gémissement de contentement de sortir de sa bouche. Il fit glisser une main dans ses cheveux, remonta vers sa nuque, tandis que l'autre se posa en bas de son dos à la naissance de ses fesses. Il la colla alors contre lui, lui faisant comprendre qu'il allait prendre possession de son corps. Elle enroula ses bras autour de son cou. Il lui glissa au creux de l'oreille :

- Teresa…Ce soir tu es à moi !